Voilà une très belle surprise que cette série horrifique inspirée du folklore coréen !
Jae-Shin est un jeune homme qui a du s'habituer à vivre avec le surnaturel... Depuis qu'il est môme, il voit et entend des monstres et des fantômes suite à une tragédie. Aujourd'hui, jeune romancier sans réel succès, il doit passer par des petits boulots pour assurer son quotidien. Sa seule motivation : retrouver la femme qui lui apparaît en rêve toutes les nuits et qui lui dit qu'elle l'attendra... C'est quand il entend parler de disparitions mystérieuses dans le quartier de Nan Yak qu'il décide de s'y installer pour réaliser rapidement que ces histoires de fantômes sont loin d'être des fadaises...
Si j'ai un peu tiqué sur le dessin en entamant ma lecture (je trouve que la représentation des personnages est assez sommaire), je me suis rapidement laissé prendre par cette histoire où le surnaturel règne. Et puis apparaissent les premières créatures, et là j'ai fait "Whaaa !!! J'adore !" ; on peut dire que les coréens ont un sacré bestiaire et que nos auteurs ont su trouver une histoire à la narration intense et immersive !
Si je ne me trompe pas , c'est la première série de cette nouvelle collection "Kbooks dark", en tout cas ça commence sur les chapeaux de roue et que c'est plutôt très bien trouvé pour l'inaugurer !
Vivement la suite !
Voilà un très beau portrait de femme, marqué par l’ouverture aux autres, doublé d’une évocation historique intéressante.
Dès que j’ai vu la couverture, j’ai su que je ne résisterais pas à l’achat. Je la trouve splendide, avec ce personnage d’Otama qui se tourne vers nous alors même que ses compagnons nous tournent le dos. La composition, la finesse du trait, le choix des couleurs, le style pictural qui rappelle certains courants impressionnistes… j’adore cette couverture.
Ensuite vient le personnage d’Otama et le couple qu’elle forme avec Vicenzo, son seul unique et grand amour. Cette passion pour l’art, cette ouverture aux autres, ces incessants échanges culturels, cette humilité, cette simplicité. L’image que les auteurs donnent de cette grande petite dame fait naitre en moi un profond respect pour cette dernière. Son humilité ne bride pas sa détermination, son ouverture aux autres ne l’enferme pas dans un rôle ou un statut. Elle n'est pas plus soumise que libérée. Elle est... tout simplement.
Le fait que les auteurs aient choisi ce personnage historique n’est sans doute pas anodin (lisez le nom des auteurs et sachez qu’Otama va partager sa vie entre le Japon et la Sicile). Cela se ressent dans la manière dont certaines thématiques sont illustrées, et c’est certainement ce petit supplément d’âme qui fait la différence.
Pour des raisons pratiques, j’ai apprécié le fait que le sens de lecture de l’album soit de gauche à droite (rien à faire, c’est plus facile pour moi) mais il s’agit bel et bien d’un manga, avec les codes du genre. Mais un manga très sobre dans sa narration, doté d’un dessin au style réaliste facile d’accès et soigné.
Cet album constitue donc une excellente surprise. Instructif du point de vue historique, il permet surtout de découvrir un personnage attachant autant qu’inspirant.
J’ai acheté cet album sur un coup de tête, à prix très réduit (pas de prix unique du livre en Angleterre, où je vis), attiré par la superbe couverture, intrigante au possible avec cette vague de livres sur le point de faire chavirer un sous-marin.
L’histoire est prenante, et bascule rapidement dans le fantastique onirique, avec des évènements de plus en plus inexplicables, et un dénouement rempli de symbolisme, que chacun pourra interpréter à sa guise. J’y ai personnellement vu une métaphore du pouvoir de l’éducation contre la violence et la guerre. En tout cas l’histoire interpelle et fait réfléchir, même si elle peut parfois sembler un peu naïve, notamment dans ses dialogues.
La mise en image est absolument magnifique. Le format à l’italienne est judicieux et parfaitement adapté à l’horizontalité de la vie dans un sous-marin. Le trait est fin et maitrisé – j’ai particulièrement apprécié le travail sur les personnages et les visages. Un bien bel objet.
Une lecture stimulante en ce qui me concerne, et une note peut-être un peu généreuse mais qui reflète mon plaisir de lecture.
Les amis imaginaires des enfants sont en réalité de vraies créatures amenées d'un monde parallèle par la force de l'imagination des enfants. Appelées à retourner dans leur monde quand les enfants atteignent 7 ans, certaines restent bien présentes mais invisibles du commun des mortels soit parce qu'elles sont devenues maléfiques et prennent possession de l'esprit de leur hôte humain, soit parce que l'enfant conserve son imaginaire et son ami comme protecteur secret.
Si le résumé du concept parait un peu enfantin, le résultat fonctionne bien pour une aventure épique où enfants et créatures imaginaires s'affrontent avec quelques subtilités supplémentaires qui font que tout n'est pas noir ou blanc.
La série est soutenue par un excellent dessin de François Gomes qui est très généreux pour représenter la ville de Castlewitch et son ambiance entre réalisme et merveilleux, avec son château-école façon Poudlard, ses décors romantiques et quelques influences de Miyazaki également. Cela participe à transporter le lecteur dans ces aventures fantastiques auprès de cette bande d'enfants et des dangers auxquels ils sont confrontés. Les créatures qu'ils côtoient sont originales et variées. Le rythme du récit est bien et le ton suffisamment mature pour satisfaire autant les lecteurs jeunes que moins jeunes.
Note : 3,5/5
La guerre : une fatalité impossible à éradiquer
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Ce tome regroupe les 6 épisodes d'une histoire complète et indépendante de toute autre, initialement parus en 2004/2005 et publiés par Avatar Press. L'histoire est écrite par Garth Ennis, dessinée et encrée par Jacen Burrows et mise en couleurs par Greg Waller et Andrew Dallhouse.
La première moitié du récit (épisodes 1 à 3) se déroule dans les montagnes d'Afghanistan. Un colonel russe mène une petite troupe soldats des forces spéciales pour une mission de repérage d'un avion américain s'étant écrasé. Il sait que cet accident a également attiré l'attention des anglais qui essaye aussi d'arriver les premiers sur les lieux du crash. Il s'agit d'une course pour récupérer ce que contenait cet avion, et il faut y arriver avant que les américains ne viennent faire disparaître toute trace de ce vol compromettant.
La deuxième partie du récit (épisode 4 à 6) se déroule sur le sol étatsunien, dans un désert proche de la frontière mexicaine. Sam Wallace, le shérif du coin, constate le décès d'un clandestin mexicain, employé de manière illégale dans l'abattoir de la région dont le responsable exploite cette main d'œuvre bon marché. Non loin de là, le colonel russe est hébergé dans le camp de fortune des clandestins, se remettant lentement d'une jambe cassée, soignée par le médecin de fortune du camp.
Avatar Press est une petite maison d'édition qui publie des récits souvent gores ou ultra-violents d'auteurs ayant toute liberté de création. Ici, Garth Ennis (grand connaisseur des conflits du vingtième siècle) a décidé de raconter une histoire en 2 parties, mettant en scène un vétéran de plusieurs guerre, sans beaucoup d'états d'âme (même s'il lui arrive parfois d'imaginer les cadavres des gens qu'il a tué, soldats comme civils), un professionnel disposant d'un degré d'expertise exceptionnel acquis par des années de pratique sur différents champs de bataille. Dans la première partie, Ennis expose de manière clinique le déroulement de la mission, l'affrontement entre russes et anglais, tout en mettant en scène l'expérience du colonel russe, au travers des ordres et des conseils qu'il donne à sa poignée de soldats, et au travers de son propre comportement dans cet environnement propice aux embuscades. Il développe un thème sur lequel il reviendra à plusieurs reprises : le fait que les nations du monde se sont bâties et développées sur le sang versé par d'innombrables soldats tués au cours de guerre de conquête. Il montre l'absence totale d'honneur et de mérite de cet affrontement sans témoin, sans gloire, pour récupérer quelque chose dont la valeur reste à prouver. le colonel russe se comporte en professionnel accomplissant sa mission en expert, mais sans implication émotionnelle. Il fait son travail en se comportant comme une mécanique bien huilée, sans en retirer aucun plaisir (à tuer son opposant pour assurer sa propre survie), un métier qui consiste à atteindre son objectif aux dépends de la vie de ses ennemis (et de ses propres soldats). L'action est prenante. le lecteur n'a pas la latitude d'éprouver de l'empathie pour cet homme froid, dépassionné, au comportement fonctionnel et efficace, ne tirant aucun plaisir, ni aucune satisfaction dans la tâche accomplie. La survie est la seule récompense, aussi primaire que vitale, la seule chose qui en fasse un être vivant.
Le début de la deuxième partie déconcerte par l'importance de la place accordée à Sam Wallace. le lecteur apprend en cours de route qu'il s'agit d'un ancien militaire revenu à la vie civile. Ennis oppose donc la vie du colonel qui a embrassé une carrière militaire de terrain, à celle de Wallace qui a abandonné la tenue kaki pour revenir à la vie civile. Autant l'attitude du colonel montre l'inanité et la futilité de sa vie professionnelle, autant le comportement de Wallace montre que son métier de shérif est tout aussi générateur de frustration et tout aussi inefficace pour changer le monde, ou tout du moins y apporter un peu d'amélioration.
Au milieu de ces thématiques très noires, Ennis enfonce le clou avec plusieurs évocations de conflits, et de morts de soldats, de civils, de massacres de peuples, dont une séquence onirique glaçante dans ce désert américain. À la première lecture, la mission finale du colonel russe peut sembler grossière et d'un symbolisme idiot (comme s'il suffisait d'abattre cette cible pour résoudre quoi que ce soit, ou même pour obtenir une vengeance). Mais une prise de recul permet de comprendre que l'objectif du colonel tenait autant de la vengeance que de la perpétuation de la guerre, conséquence logique de l'assassinat de sa cible. Ennis augmente encore d'un cran la noirceur du récit en enfonçant le clou : le savoir faire d'un soldat, son champ d'expertise, c'est de tuer l'ennemi, de donner la mort, de faire la guerre, voire de l'entretenir. La guerre est le métier du colonel russe, et il est expert dans sa partie, d'une efficacité sans faille, il donne la mort comme personne. Il est un des agents et des moteurs de la guerre.
Avatar a confié la mise en image de ce récit noir et sans espoir, à Jacen Burrows, un dessinateur ne travaillant que pour cet éditeur. Il avait auparavant dessiné Dark blue (2000, en VO) et Scars (2002/2003, en VO) de Warren Ellis, et The courtyard (2003, réédité dans Neonomicon) une adaptation d'un texte d'Alan Moore. Jacen Burrows réalise tous les contours des personnages comme des éléments de décors, en utilisant un trait assez fin, d'une épaisseur constante, sans variation qui transcrirait des reliefs ou une profondeur de champ, et sans presqu'aucun aplat de noir. Il revient donc aux metteurs en couleurs d'intégrer les notions de reliefs et de luminosité par le biais de variations de teintes dans les couleurs. Ils font preuve d'habilité dans le choix de leurs couleurs pour privilégier une teinte qui instaure l'ambiance de chaque scène. Par contre, malgré un outil informatique performant, ils n'arrivent pas à transcrire les volumes, répétant systématiquement les mêmes répartitions de couleurs, indépendamment des sources lumineuses (défaut particulièrement criant dans la manière de disposer les touches blanches sur les montagnes). Ils réussissent dont à nourrir les contours établis par Burrows, sans pallier l'absence de volume ou de relief.
En 2004/2005, Burrows est encore un dessinateur avec peu d'expérience et cela se ressent dans la qualité de ses dessins. Son découpage des séquences est très lisible et le trait fin uniforme assure une lecture rapide et une compréhension immédiate de chaque case. Au-delà de ces qualités, ces dessins restent très fonctionnels, sans qualité esthétique, sans nuances. Les expressions des visages sont toutes caricaturales, ne rendant compte que de 3 émotions (visage fermé indéchiffrable, surprise/étonnement, visage détendu sans émotion particulière). Au-delà des actions et des mouvements, le lecteur se retrouve dans l'impossibilité d'éprouver quelque émotion que ce soit pour les personnages qui eux-mêmes n'expriment rien. Burrows n'a aucune notion de langage corporel dans cette histoire. Ce manque de savoir faire aboutit à des images qui finissent par relever de l'amateurisme, le pire étant atteint pour le dessin en double page décrivant les clandestins en train de travailler dans l'intérieur de l'abattoir, une image descriptive dépourvue d'impact (malgré l'horreur des conditions de travail et la nature des tâches à exécuter) du fait de postures artificielles, et d'un aménagement ne correspondant à rien de réaliste.
Le manque de consistance des images atténue la force du récit de manière significative. Ennis a construit un récit en 2 temps un peu déconcertant dans sa structure (le personnage de Sam Wallace était-il vraiment indispensable ? Fallait-il vraiment incarner l'alternative de vie du colonel ?), d'une noirceur sans fond, avec de véritables audaces sur l'absence de justification de tuer son semblable même dans le cadre d'affrontements découlant d'un conflit armée. La fin de l'histoire promet un bain de sang à venir d'une ampleur sans précédant (une condamnation sans appel de la politique post 11 septembre), dans une perpétuation de l'état de guerre s'auto-entretenant. Mais le passage le plus cynique et cruel est peut-être dans ce débat télévisé où un intervenant défend l'impossibilité d'adopter une position de neutralité avec des arguments impossibles à réfuter. Malgré ses réels défauts, ce récit possède des qualités indéniables et Ennis propose un point de vue dérangeant au possible sur la guerre, les conflits armés, en tant que réalité inéluctable, consubstantielle des sociétés humaines.
J’ai retrouvé dans cet album tout ce qui m’avait intrigué et séduit lorsque j’avais découvert l’auteur avec La Chenille (chez le même éditeur). En effet, Maruo développe ici sur deux épais volumes ses obsessions, et tout son talent.
Il revisite le mythe du vampire en lui donnant une coloration très très noire, parfois grotesque et absurde. Et toujours violente, gore. Eros et Thanatos sont convoqués, dans des orgies où la sensualité se nourrit de la souffrance.
Maruo est ici dans la lignée de Sade, et d’auteurs comme Bataille. Il y a aussi – mais c’est aussi le cas chez Sade (il faut relire le long passage « Français encore un effort » dans « La philosophie dans le boudoir » !) – une violence tournée explicitement contre la société et certains de ses « vampires ». La cruauté omniprésente ici est parfois gratuite, mais elle se paye de quelques volontés de détruire un monde abject fait de faux-semblants et d’un conformisme désespérant.
Comme souvent chez Maruo, l’influence du surréalisme est visible.
Si le premier tome reste un chouia « réaliste », le second bascule rapidement et définitivement vers quelque chose de plus fantastique et d’irréel, la construction est plus saccadée, moins linéaire. C’est aussi beaucoup plus noir et sadique.
Pour habiter ces cauchemars et ces fantasmes érotiques Maruo use de son trait habituel. Un dessin ciselé, très fin, avec des personnages aux visages de poupée. J’aime toujours autant ce dessin très précis, quasi méticuleux.
A noter que, à l’instar de La Chenille, ce diptyque est vraiment à réserver à des adultes, qui plus est « avertis ». Car de nombreuses scènes de torture, de viol, quelques scènes de sexe ponctuent cette histoire !
Depuis plus qu'une quinzaine d'années j'en ai lu des livres sur la politique française et cela inclut ses actions dans ses anciennes colonies. Bob Denard est un nom que je connais bien.
Je n'ai pas appris grand chose dans cette biographie en BD et pourtant je l'ai trouvée passionnante. Le coup de génie de Jouvray est de faire intervenir la mort, qui fait une bonne narratrice et qui va aussi dialoguer avec Denard. Cela change des biographies froides qui ne font qu’aligner les dates importantes d'un personnage historique. Le scénariste résume bien les moments forts de la vie de Denard et des dessous de certaines activités des services secrets français.
Le dessin donne un côté un peu onirique au récit et j'ai vraiment adoré ce parti-pris.
Un documentaire stupéfiant sur les dessous d'une affaire qui montre comment sous dehors d'une idée noble, la lutte contre la corruption, les États-Unis en font une arme économique contre le reste du monde y compris ses supposés amis.
Ce qui est arrivé à Frédéric Pierucci est vraiment incroyable. Il a vécu une situation absolument kafkaïenne où il est devenu un pion entre les États-Unis et sa compagnie Alstom. Les lecteurs vont avoir droit à une belle leçon du droit américain avec le FBI et le procureur qui peuvent vous broyer si vous ne faites pas ce qu'ils veulent et les avocats qui sont surtout là pour que vous plaidiez coupable et obteniez la plus petite réduction possible.
Le faits sont bien décrits de manières claire et précise. Les auteurs sont impartiaux car on voit aussi qu'Alstom a effectivement fait de la corruption quoique Pierucci n'y a pas directement participé n'étant qu'une personne négligeable au moment des faits et son arrestation était du pur chantage. Le dessin est pas mal.
On notera que depuis, la France a pu récupérer une partie de ce qu'Alstom a vendu à General Electric parce que la compagnie américaine a des problèmes d'argent. Toute une vie gâchée pour ça !
C'est le troisième ouvrage que je lis pour les 30 ans du génocide des Tutsi au Rwanda et à chaque fois la même émotion m'étreint. Trois ouvrages pour trois angles différents. Ici Frédéric Debomy nous emmène à la rencontre des derniers survivants qui acceptent encore de raconter l'horreur vécue.
Dans un Kigali où toutes les traces du génocide ont disparu sur les murs et dans les rues, les auteurs montrent l'importance de lutter contre le négationnisme ou le déni entretenu par certains hommes politiques. Ce travail contre les amalgames, les présentations tronquées est essentiel pour que la justice puisse "rendre la dignité aux victimes".
Debomy ne s'attarde pas sur les faits qui sont aujourd'hui reconnus, il "limite" son travail à nous faire découvrir le trajet qui a pu conduire à la condamnation de deux bourgmestres de la commune de Kabarondo.
Dans cette commune 3000 personnes, âgées entre 8 jours et 98 ans ont été massacrées dans l'église par les milices et les FAR avec l'appui des autorités locales. En effet les condamnations ne vont pas de soi dans un système de droit. C'est une des leçons du livre qui montre la différence de traitement infligées aux uns et aux autres. Si les Tutsi et Hutu modérés n'ont eu droit à aucun procès autre que celui de la haine et la barbarie, beaucoup de génocidaires ont bénéficié d'une procédure dans les règles du droit. C'est grâce au travail d'associations comme le CPCR des frères Gauthier que le Rwanda a pu surmonter l'indicible dans un esprit de justice et de mémoire.
Les belles aquarelles d'Emmanuel Prost se partage entre l'ambiance d'un Kigali moderne et les portraits remplis de respect et de délicatesse des témoins interviewés.
Une excellente lecture pour entretenir le devoir de mémoire loin de tout manichéisme. Ainsi j'ai beaucoup aimé le rappel de l'action de certains soldats français qui se sont volontairement "perdus" dans les collines de Bisesero pour sauver les Tutsi encore menacés.
Une lecture qui rappelle qu'il ne peut y avoir de paix sans justice.
Je ne connais pas l'œuvre de Yasmina Khadra. C'est donc avec un œil sans a priori que je découvre l'adaptation de son roman.
Le vécu de l'auteur algérien rend crédible une bonne partie d'un récit qui résonne particulièrement fort avec la guerre à Gaza.
Le récit se focalise sur la personnalité complexe d'Amine Jaafari qui peut apporter plusieurs lectures suivant le côté du mur où on se situe.
A travers la découverte des motivations de l'épouse c'est surtout un questionnement sur les positions d'Amine que le récit nous invite à réfléchir.
Amine à qui tout sourit dans un parcours de méritocratie "à l'occidentale" découvre avec stupeur que son monde n'est pas le seul modèle de référence.
Sa recherche obstinée et maladroite du "pourquoi" est une invite à plusieurs chemins possibles : Un nouveau départ avec la séduisante Kim ou un retour à ses Racines ?
En voulant explorer ces possibles les auteurs alourdissent la narration avec plusieurs épisodes assez répétitifs et moyennement crédibles.
Toutefois cela mène à une vision de l'histoire perdant/perdant qui correspond bien à l'histoire actuelle des rapports entre Israël et la Palestine.
J'ai apprécié le graphisme de Chapron qui propose une ligne claire semi réaliste très expressive dans les dialogues entre Amine et ses interlocuteurs.
Les sentiments successifs d'Amine comme le déni, le doute, la jalousie ou l'indignation sont bien mis en valeur. Cette narration graphique permet d'accrocher plus facilement.
Une lecture d'une actualité brulante qui évite jugement et manichéisme.
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Nan Yak - La promesse de l'orchidée
Voilà une très belle surprise que cette série horrifique inspirée du folklore coréen ! Jae-Shin est un jeune homme qui a du s'habituer à vivre avec le surnaturel... Depuis qu'il est môme, il voit et entend des monstres et des fantômes suite à une tragédie. Aujourd'hui, jeune romancier sans réel succès, il doit passer par des petits boulots pour assurer son quotidien. Sa seule motivation : retrouver la femme qui lui apparaît en rêve toutes les nuits et qui lui dit qu'elle l'attendra... C'est quand il entend parler de disparitions mystérieuses dans le quartier de Nan Yak qu'il décide de s'y installer pour réaliser rapidement que ces histoires de fantômes sont loin d'être des fadaises... Si j'ai un peu tiqué sur le dessin en entamant ma lecture (je trouve que la représentation des personnages est assez sommaire), je me suis rapidement laissé prendre par cette histoire où le surnaturel règne. Et puis apparaissent les premières créatures, et là j'ai fait "Whaaa !!! J'adore !" ; on peut dire que les coréens ont un sacré bestiaire et que nos auteurs ont su trouver une histoire à la narration intense et immersive ! Si je ne me trompe pas , c'est la première série de cette nouvelle collection "Kbooks dark", en tout cas ça commence sur les chapeaux de roue et que c'est plutôt très bien trouvé pour l'inaugurer ! Vivement la suite !
La Vie d’Otama
Voilà un très beau portrait de femme, marqué par l’ouverture aux autres, doublé d’une évocation historique intéressante. Dès que j’ai vu la couverture, j’ai su que je ne résisterais pas à l’achat. Je la trouve splendide, avec ce personnage d’Otama qui se tourne vers nous alors même que ses compagnons nous tournent le dos. La composition, la finesse du trait, le choix des couleurs, le style pictural qui rappelle certains courants impressionnistes… j’adore cette couverture. Ensuite vient le personnage d’Otama et le couple qu’elle forme avec Vicenzo, son seul unique et grand amour. Cette passion pour l’art, cette ouverture aux autres, ces incessants échanges culturels, cette humilité, cette simplicité. L’image que les auteurs donnent de cette grande petite dame fait naitre en moi un profond respect pour cette dernière. Son humilité ne bride pas sa détermination, son ouverture aux autres ne l’enferme pas dans un rôle ou un statut. Elle n'est pas plus soumise que libérée. Elle est... tout simplement. Le fait que les auteurs aient choisi ce personnage historique n’est sans doute pas anodin (lisez le nom des auteurs et sachez qu’Otama va partager sa vie entre le Japon et la Sicile). Cela se ressent dans la manière dont certaines thématiques sont illustrées, et c’est certainement ce petit supplément d’âme qui fait la différence. Pour des raisons pratiques, j’ai apprécié le fait que le sens de lecture de l’album soit de gauche à droite (rien à faire, c’est plus facile pour moi) mais il s’agit bel et bien d’un manga, avec les codes du genre. Mais un manga très sobre dans sa narration, doté d’un dessin au style réaliste facile d’accès et soigné. Cet album constitue donc une excellente surprise. Instructif du point de vue historique, il permet surtout de découvrir un personnage attachant autant qu’inspirant.
Pacifique
J’ai acheté cet album sur un coup de tête, à prix très réduit (pas de prix unique du livre en Angleterre, où je vis), attiré par la superbe couverture, intrigante au possible avec cette vague de livres sur le point de faire chavirer un sous-marin. L’histoire est prenante, et bascule rapidement dans le fantastique onirique, avec des évènements de plus en plus inexplicables, et un dénouement rempli de symbolisme, que chacun pourra interpréter à sa guise. J’y ai personnellement vu une métaphore du pouvoir de l’éducation contre la violence et la guerre. En tout cas l’histoire interpelle et fait réfléchir, même si elle peut parfois sembler un peu naïve, notamment dans ses dialogues. La mise en image est absolument magnifique. Le format à l’italienne est judicieux et parfaitement adapté à l’horizontalité de la vie dans un sous-marin. Le trait est fin et maitrisé – j’ai particulièrement apprécié le travail sur les personnages et les visages. Un bien bel objet. Une lecture stimulante en ce qui me concerne, et une note peut-être un peu généreuse mais qui reflète mon plaisir de lecture.
Castlewitch
Les amis imaginaires des enfants sont en réalité de vraies créatures amenées d'un monde parallèle par la force de l'imagination des enfants. Appelées à retourner dans leur monde quand les enfants atteignent 7 ans, certaines restent bien présentes mais invisibles du commun des mortels soit parce qu'elles sont devenues maléfiques et prennent possession de l'esprit de leur hôte humain, soit parce que l'enfant conserve son imaginaire et son ami comme protecteur secret. Si le résumé du concept parait un peu enfantin, le résultat fonctionne bien pour une aventure épique où enfants et créatures imaginaires s'affrontent avec quelques subtilités supplémentaires qui font que tout n'est pas noir ou blanc. La série est soutenue par un excellent dessin de François Gomes qui est très généreux pour représenter la ville de Castlewitch et son ambiance entre réalisme et merveilleux, avec son château-école façon Poudlard, ses décors romantiques et quelques influences de Miyazaki également. Cela participe à transporter le lecteur dans ces aventures fantastiques auprès de cette bande d'enfants et des dangers auxquels ils sont confrontés. Les créatures qu'ils côtoient sont originales et variées. Le rythme du récit est bien et le ton suffisamment mature pour satisfaire autant les lecteurs jeunes que moins jeunes. Note : 3,5/5
303
La guerre : une fatalité impossible à éradiquer - Ce tome regroupe les 6 épisodes d'une histoire complète et indépendante de toute autre, initialement parus en 2004/2005 et publiés par Avatar Press. L'histoire est écrite par Garth Ennis, dessinée et encrée par Jacen Burrows et mise en couleurs par Greg Waller et Andrew Dallhouse. La première moitié du récit (épisodes 1 à 3) se déroule dans les montagnes d'Afghanistan. Un colonel russe mène une petite troupe soldats des forces spéciales pour une mission de repérage d'un avion américain s'étant écrasé. Il sait que cet accident a également attiré l'attention des anglais qui essaye aussi d'arriver les premiers sur les lieux du crash. Il s'agit d'une course pour récupérer ce que contenait cet avion, et il faut y arriver avant que les américains ne viennent faire disparaître toute trace de ce vol compromettant. La deuxième partie du récit (épisode 4 à 6) se déroule sur le sol étatsunien, dans un désert proche de la frontière mexicaine. Sam Wallace, le shérif du coin, constate le décès d'un clandestin mexicain, employé de manière illégale dans l'abattoir de la région dont le responsable exploite cette main d'œuvre bon marché. Non loin de là, le colonel russe est hébergé dans le camp de fortune des clandestins, se remettant lentement d'une jambe cassée, soignée par le médecin de fortune du camp. Avatar Press est une petite maison d'édition qui publie des récits souvent gores ou ultra-violents d'auteurs ayant toute liberté de création. Ici, Garth Ennis (grand connaisseur des conflits du vingtième siècle) a décidé de raconter une histoire en 2 parties, mettant en scène un vétéran de plusieurs guerre, sans beaucoup d'états d'âme (même s'il lui arrive parfois d'imaginer les cadavres des gens qu'il a tué, soldats comme civils), un professionnel disposant d'un degré d'expertise exceptionnel acquis par des années de pratique sur différents champs de bataille. Dans la première partie, Ennis expose de manière clinique le déroulement de la mission, l'affrontement entre russes et anglais, tout en mettant en scène l'expérience du colonel russe, au travers des ordres et des conseils qu'il donne à sa poignée de soldats, et au travers de son propre comportement dans cet environnement propice aux embuscades. Il développe un thème sur lequel il reviendra à plusieurs reprises : le fait que les nations du monde se sont bâties et développées sur le sang versé par d'innombrables soldats tués au cours de guerre de conquête. Il montre l'absence totale d'honneur et de mérite de cet affrontement sans témoin, sans gloire, pour récupérer quelque chose dont la valeur reste à prouver. le colonel russe se comporte en professionnel accomplissant sa mission en expert, mais sans implication émotionnelle. Il fait son travail en se comportant comme une mécanique bien huilée, sans en retirer aucun plaisir (à tuer son opposant pour assurer sa propre survie), un métier qui consiste à atteindre son objectif aux dépends de la vie de ses ennemis (et de ses propres soldats). L'action est prenante. le lecteur n'a pas la latitude d'éprouver de l'empathie pour cet homme froid, dépassionné, au comportement fonctionnel et efficace, ne tirant aucun plaisir, ni aucune satisfaction dans la tâche accomplie. La survie est la seule récompense, aussi primaire que vitale, la seule chose qui en fasse un être vivant. Le début de la deuxième partie déconcerte par l'importance de la place accordée à Sam Wallace. le lecteur apprend en cours de route qu'il s'agit d'un ancien militaire revenu à la vie civile. Ennis oppose donc la vie du colonel qui a embrassé une carrière militaire de terrain, à celle de Wallace qui a abandonné la tenue kaki pour revenir à la vie civile. Autant l'attitude du colonel montre l'inanité et la futilité de sa vie professionnelle, autant le comportement de Wallace montre que son métier de shérif est tout aussi générateur de frustration et tout aussi inefficace pour changer le monde, ou tout du moins y apporter un peu d'amélioration. Au milieu de ces thématiques très noires, Ennis enfonce le clou avec plusieurs évocations de conflits, et de morts de soldats, de civils, de massacres de peuples, dont une séquence onirique glaçante dans ce désert américain. À la première lecture, la mission finale du colonel russe peut sembler grossière et d'un symbolisme idiot (comme s'il suffisait d'abattre cette cible pour résoudre quoi que ce soit, ou même pour obtenir une vengeance). Mais une prise de recul permet de comprendre que l'objectif du colonel tenait autant de la vengeance que de la perpétuation de la guerre, conséquence logique de l'assassinat de sa cible. Ennis augmente encore d'un cran la noirceur du récit en enfonçant le clou : le savoir faire d'un soldat, son champ d'expertise, c'est de tuer l'ennemi, de donner la mort, de faire la guerre, voire de l'entretenir. La guerre est le métier du colonel russe, et il est expert dans sa partie, d'une efficacité sans faille, il donne la mort comme personne. Il est un des agents et des moteurs de la guerre. Avatar a confié la mise en image de ce récit noir et sans espoir, à Jacen Burrows, un dessinateur ne travaillant que pour cet éditeur. Il avait auparavant dessiné Dark blue (2000, en VO) et Scars (2002/2003, en VO) de Warren Ellis, et The courtyard (2003, réédité dans Neonomicon) une adaptation d'un texte d'Alan Moore. Jacen Burrows réalise tous les contours des personnages comme des éléments de décors, en utilisant un trait assez fin, d'une épaisseur constante, sans variation qui transcrirait des reliefs ou une profondeur de champ, et sans presqu'aucun aplat de noir. Il revient donc aux metteurs en couleurs d'intégrer les notions de reliefs et de luminosité par le biais de variations de teintes dans les couleurs. Ils font preuve d'habilité dans le choix de leurs couleurs pour privilégier une teinte qui instaure l'ambiance de chaque scène. Par contre, malgré un outil informatique performant, ils n'arrivent pas à transcrire les volumes, répétant systématiquement les mêmes répartitions de couleurs, indépendamment des sources lumineuses (défaut particulièrement criant dans la manière de disposer les touches blanches sur les montagnes). Ils réussissent dont à nourrir les contours établis par Burrows, sans pallier l'absence de volume ou de relief. En 2004/2005, Burrows est encore un dessinateur avec peu d'expérience et cela se ressent dans la qualité de ses dessins. Son découpage des séquences est très lisible et le trait fin uniforme assure une lecture rapide et une compréhension immédiate de chaque case. Au-delà de ces qualités, ces dessins restent très fonctionnels, sans qualité esthétique, sans nuances. Les expressions des visages sont toutes caricaturales, ne rendant compte que de 3 émotions (visage fermé indéchiffrable, surprise/étonnement, visage détendu sans émotion particulière). Au-delà des actions et des mouvements, le lecteur se retrouve dans l'impossibilité d'éprouver quelque émotion que ce soit pour les personnages qui eux-mêmes n'expriment rien. Burrows n'a aucune notion de langage corporel dans cette histoire. Ce manque de savoir faire aboutit à des images qui finissent par relever de l'amateurisme, le pire étant atteint pour le dessin en double page décrivant les clandestins en train de travailler dans l'intérieur de l'abattoir, une image descriptive dépourvue d'impact (malgré l'horreur des conditions de travail et la nature des tâches à exécuter) du fait de postures artificielles, et d'un aménagement ne correspondant à rien de réaliste. Le manque de consistance des images atténue la force du récit de manière significative. Ennis a construit un récit en 2 temps un peu déconcertant dans sa structure (le personnage de Sam Wallace était-il vraiment indispensable ? Fallait-il vraiment incarner l'alternative de vie du colonel ?), d'une noirceur sans fond, avec de véritables audaces sur l'absence de justification de tuer son semblable même dans le cadre d'affrontements découlant d'un conflit armée. La fin de l'histoire promet un bain de sang à venir d'une ampleur sans précédant (une condamnation sans appel de la politique post 11 septembre), dans une perpétuation de l'état de guerre s'auto-entretenant. Mais le passage le plus cynique et cruel est peut-être dans ce débat télévisé où un intervenant défend l'impossibilité d'adopter une position de neutralité avec des arguments impossibles à réfuter. Malgré ses réels défauts, ce récit possède des qualités indéniables et Ennis propose un point de vue dérangeant au possible sur la guerre, les conflits armés, en tant que réalité inéluctable, consubstantielle des sociétés humaines.
Vampyre
J’ai retrouvé dans cet album tout ce qui m’avait intrigué et séduit lorsque j’avais découvert l’auteur avec La Chenille (chez le même éditeur). En effet, Maruo développe ici sur deux épais volumes ses obsessions, et tout son talent. Il revisite le mythe du vampire en lui donnant une coloration très très noire, parfois grotesque et absurde. Et toujours violente, gore. Eros et Thanatos sont convoqués, dans des orgies où la sensualité se nourrit de la souffrance. Maruo est ici dans la lignée de Sade, et d’auteurs comme Bataille. Il y a aussi – mais c’est aussi le cas chez Sade (il faut relire le long passage « Français encore un effort » dans « La philosophie dans le boudoir » !) – une violence tournée explicitement contre la société et certains de ses « vampires ». La cruauté omniprésente ici est parfois gratuite, mais elle se paye de quelques volontés de détruire un monde abject fait de faux-semblants et d’un conformisme désespérant. Comme souvent chez Maruo, l’influence du surréalisme est visible. Si le premier tome reste un chouia « réaliste », le second bascule rapidement et définitivement vers quelque chose de plus fantastique et d’irréel, la construction est plus saccadée, moins linéaire. C’est aussi beaucoup plus noir et sadique. Pour habiter ces cauchemars et ces fantasmes érotiques Maruo use de son trait habituel. Un dessin ciselé, très fin, avec des personnages aux visages de poupée. J’aime toujours autant ce dessin très précis, quasi méticuleux. A noter que, à l’instar de La Chenille, ce diptyque est vraiment à réserver à des adultes, qui plus est « avertis ». Car de nombreuses scènes de torture, de viol, quelques scènes de sexe ponctuent cette histoire !
Bob Denard - Le dernier mercenaire
Depuis plus qu'une quinzaine d'années j'en ai lu des livres sur la politique française et cela inclut ses actions dans ses anciennes colonies. Bob Denard est un nom que je connais bien. Je n'ai pas appris grand chose dans cette biographie en BD et pourtant je l'ai trouvée passionnante. Le coup de génie de Jouvray est de faire intervenir la mort, qui fait une bonne narratrice et qui va aussi dialoguer avec Denard. Cela change des biographies froides qui ne font qu’aligner les dates importantes d'un personnage historique. Le scénariste résume bien les moments forts de la vie de Denard et des dessous de certaines activités des services secrets français. Le dessin donne un côté un peu onirique au récit et j'ai vraiment adoré ce parti-pris.
Le Piège américain
Un documentaire stupéfiant sur les dessous d'une affaire qui montre comment sous dehors d'une idée noble, la lutte contre la corruption, les États-Unis en font une arme économique contre le reste du monde y compris ses supposés amis. Ce qui est arrivé à Frédéric Pierucci est vraiment incroyable. Il a vécu une situation absolument kafkaïenne où il est devenu un pion entre les États-Unis et sa compagnie Alstom. Les lecteurs vont avoir droit à une belle leçon du droit américain avec le FBI et le procureur qui peuvent vous broyer si vous ne faites pas ce qu'ils veulent et les avocats qui sont surtout là pour que vous plaidiez coupable et obteniez la plus petite réduction possible. Le faits sont bien décrits de manières claire et précise. Les auteurs sont impartiaux car on voit aussi qu'Alstom a effectivement fait de la corruption quoique Pierucci n'y a pas directement participé n'étant qu'une personne négligeable au moment des faits et son arrestation était du pur chantage. Le dessin est pas mal. On notera que depuis, la France a pu récupérer une partie de ce qu'Alstom a vendu à General Electric parce que la compagnie américaine a des problèmes d'argent. Toute une vie gâchée pour ça !
Full Stop - Le Génocide des Tutsi du Rwanda
C'est le troisième ouvrage que je lis pour les 30 ans du génocide des Tutsi au Rwanda et à chaque fois la même émotion m'étreint. Trois ouvrages pour trois angles différents. Ici Frédéric Debomy nous emmène à la rencontre des derniers survivants qui acceptent encore de raconter l'horreur vécue. Dans un Kigali où toutes les traces du génocide ont disparu sur les murs et dans les rues, les auteurs montrent l'importance de lutter contre le négationnisme ou le déni entretenu par certains hommes politiques. Ce travail contre les amalgames, les présentations tronquées est essentiel pour que la justice puisse "rendre la dignité aux victimes". Debomy ne s'attarde pas sur les faits qui sont aujourd'hui reconnus, il "limite" son travail à nous faire découvrir le trajet qui a pu conduire à la condamnation de deux bourgmestres de la commune de Kabarondo. Dans cette commune 3000 personnes, âgées entre 8 jours et 98 ans ont été massacrées dans l'église par les milices et les FAR avec l'appui des autorités locales. En effet les condamnations ne vont pas de soi dans un système de droit. C'est une des leçons du livre qui montre la différence de traitement infligées aux uns et aux autres. Si les Tutsi et Hutu modérés n'ont eu droit à aucun procès autre que celui de la haine et la barbarie, beaucoup de génocidaires ont bénéficié d'une procédure dans les règles du droit. C'est grâce au travail d'associations comme le CPCR des frères Gauthier que le Rwanda a pu surmonter l'indicible dans un esprit de justice et de mémoire. Les belles aquarelles d'Emmanuel Prost se partage entre l'ambiance d'un Kigali moderne et les portraits remplis de respect et de délicatesse des témoins interviewés. Une excellente lecture pour entretenir le devoir de mémoire loin de tout manichéisme. Ainsi j'ai beaucoup aimé le rappel de l'action de certains soldats français qui se sont volontairement "perdus" dans les collines de Bisesero pour sauver les Tutsi encore menacés. Une lecture qui rappelle qu'il ne peut y avoir de paix sans justice.
L'Attentat
Je ne connais pas l'œuvre de Yasmina Khadra. C'est donc avec un œil sans a priori que je découvre l'adaptation de son roman. Le vécu de l'auteur algérien rend crédible une bonne partie d'un récit qui résonne particulièrement fort avec la guerre à Gaza. Le récit se focalise sur la personnalité complexe d'Amine Jaafari qui peut apporter plusieurs lectures suivant le côté du mur où on se situe. A travers la découverte des motivations de l'épouse c'est surtout un questionnement sur les positions d'Amine que le récit nous invite à réfléchir. Amine à qui tout sourit dans un parcours de méritocratie "à l'occidentale" découvre avec stupeur que son monde n'est pas le seul modèle de référence. Sa recherche obstinée et maladroite du "pourquoi" est une invite à plusieurs chemins possibles : Un nouveau départ avec la séduisante Kim ou un retour à ses Racines ? En voulant explorer ces possibles les auteurs alourdissent la narration avec plusieurs épisodes assez répétitifs et moyennement crédibles. Toutefois cela mène à une vision de l'histoire perdant/perdant qui correspond bien à l'histoire actuelle des rapports entre Israël et la Palestine. J'ai apprécié le graphisme de Chapron qui propose une ligne claire semi réaliste très expressive dans les dialogues entre Amine et ses interlocuteurs. Les sentiments successifs d'Amine comme le déni, le doute, la jalousie ou l'indignation sont bien mis en valeur. Cette narration graphique permet d'accrocher plus facilement. Une lecture d'une actualité brulante qui évite jugement et manichéisme.