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Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Omega Men
Omega Men

Exécution sommaire et actes de barbarie - Ce tome contient l'intégralité de la série, soit les 12 épisodes, initialement parus en 2015/2016. le scénariste de l'intégralité des épisodes est Tom King. Barnaby Bagenda a dessiné et encré la série, à l'exception de l'épisode 4 dessiné par Toby Cypress et de l'épisode 7 encré par Ig Guara. La mise en couleurs a été réalisée par Romulo Fajardo Jr. Il n'est pas nécessaire de disposer d'une connaissance préalable des personnages pour apprécier le récit. Il comprend également les 8 pages du Sneak Peek qui servent de prologue, par les mêmes auteurs. Sneak Peek - Dans une pièce en mauvais état, un individu est ligoté sur une chaise, il porte un sac sur la tête qui masque son identité. Derrière lui, il y a une un drap de pendu avec la lettre Oméga de tracée dessus. 2 individus apparaissent et disparaissent dans le champ de la caméra. L'un d'eux se lance dans un soliloque accusant le spectateur de porter la responsabilité de ce qui va se produire. Finalement, le sac est enlevé, révélant qu'il s'agit de Kyle Rayner, White Lantern. Ils lui tranchent la gorge en direct. Épisodes 1 à 12 - Dans le système Vegan, les Oméga Men sont un groupe de terroristes, celui-là même qui a égorgé White Lantern. Il se compose de Primus, Tigorr, Broot, DOC, Scrapps, et Cutlass. Sur la planète Ogyptu, ils se frayent un chemin dans les couloirs d'une citadelle militaire pour récupérer une caisse au contenu mystérieux. Ils tuent et exécutent froidement tous les soldats sur leur passage. Alors qu'ils s'apprêtent à repartir, le Vice-roi de la Citadelle (l'empire faisant régner la loi dans ce secteur) décide de faire exécuter des membres de la population locale en représailles des actions des Oméga Men. Ces derniers n'interviennent pas pour les sauver. Leur mission suivante consiste à kidnapper la princesse Kalista, à nouveau sans ménagement envers ses gardes, sans épargner aucune vie. Cette série a bénéficié d'une excellente critique dans la presse spécialisée. Les fans se sont mobilisés en cours de parution pour faire pression sur l'éditeur DC qui envisageait de suspendre sa parution faute de vente suffisante, et ils ont eu gain de cause (c'est en tout cas la version officielle). le lecteur est donc assez curieux de découvrir cette histoire qui jouit d'une réputation aussi flatteuse. L'entrée en la matière (les 8 pages du Sneak Peek) établissent d'entrée de jeu la mise en forme un peu rigide du récit, à savoir une grille de 9 cases quasi systématique sur chaque page, certaines cases pouvant être fusionné entre elles sur certaines pages. le lecteur reconnaît immédiatement le parti pris de Watchmen, mais avec des plans de prise de vue plus fixes. Ensuite, l'auteur n'explique rien. le lecteur est plongé in média res, il absorbe le choc des actions sanglantes des Oméga Men, sans pouvoir avoir la certitude que les apparences sont trompeuses. De fait, la direction du scénario ne va pas en s'éclaircissant au fur et à mesure des épisodes. Les personnages principaux continuent de commettre des actes terroristes du pire acabit, faisant passer leur vie avant celle de la population locale, détruisant de nombreuses installations, manipulant plusieurs personnes, et se livrant à des vols qualifiés. le lecteur reste donc déstabilisé pendant les 2 tiers du récit, éprouvant de grandes difficultés à rassembler les pièces du puzzle. Tom King a adopté un mode d'écriture des plus risqués, avec des ellipses et des sous-entendus qui n'ont rien d'évident, d'autant plus que le lecteur ne découvre les principales pièces du puzzle que dans le dernier tiers du récit. Il est donc contraint de prendre les actions des uns et des autres au premier degré, en portant un jugement moral négatif sur toutes. du coup, il ne peut pas se projeter dans un personnage ou dans un autre. L'absence de certitude quant à leurs motivations, leurs actions condamnables, leur comportement pas vraiment équilibré, tout cela fait que le degré d'empathie reste à une très faible valeur. le protagoniste estampillé comme vrai héros reste dans l'incapacité d'agir de sa propre initiative, ce qui ajoute encore au malaise de la lecture. Le lecteur éprouve également quelques difficultés avec la narration graphique. Les auteurs ont donc choisi d'appliquer une grille rigide comme principe de découpage de chaque page. Il n'y a pas de justification pour cette méthode contraignante, il n'y a pas de rapport avec le thème du récit. Tout au plus peut-on y voir une forme rigide appliquée au récit, tout comme les personnages sont aussi prisonniers de leur condition et que leurs actes sont dictés par un plan arrêté de longue date qui ne souffre pas de modification ou d'improvisation. Par moment, le lecteur se dit que l'artiste s'est tiré une balle dans le pied avec la prise de vue en plan fixe du prologue. En effet, il n'en prête que plus d'attention aux cadrages, et repère immédiatement quand le dessinateur se contente de dessiner des personnages en plan fixe, souvent des plans poitrine. Ce parti pris ressort comme une économie de moyen, du fait de son artificialité. Néanmoins, cette impression n'est jamais durable, car par ailleurs Barnaby Bagenda se montre très compétent pour faire exister cet univers de science-fiction de type opéra de l'espace. Les personnages disposent des apparences spécifiques, d'autant plus qu'ils appartiennent à des races extraterrestres différentes, choix qui est justifié en cours de route dans le récit. Ils sont revêtus de tenues également différentes, adaptées à la morphologie de leur race, reflétant un aspect de leur culture. L'artiste crée des lieux généralement construits à partir de matériaux à l'apparence futuriste, souvent des plaques de formes hétérogènes assemblées entre elles. Il prend soin de rendre compte de la volumétrie de chaque lieu, avec un bon sens de la spatialisation et du placement des personnages. Comme il est de coutume dans les comics, les arrière-plans viennent régulièrement à être vide de tout décor. Mais dans ces épisodes, cela ne se ressent pas fortement, car le metteur en couleur habille alors les fonds de camaïeux reprenant les tons majeurs du décor, rappelant ainsi où se déroule la scène pendant toute sa durée. le dessinateur se montre très convaincant pour montrer des environnements différents en fonction de la planète sur laquelle se déroule l'action, et de l'endroit, que ce soit une cité futuriste, une jungle vierge, ou encore un désert minéral. La synergie entre Barnaby Bagenda et Romulo Fajardo junior est spectaculaire, au point que le lecteur a l'impression que le dessinateur a lui-même réalisé ses planches en peinture directe, sans intervention postérieure d'un metteur en couleurs. La différence est saisissante en comparant les pages de l'épisode 4 (dessiné par Toby Cypress) et celle de l'épisode 10 mise en couleurs par le studio Hi-Fi. À ces 2 occasions, les dessins reviennent à une apparence plus classique, avec des formes détourées par des traits encrés, et une mise en couleurs plus plate. Sur ce plan, les 10 autres épisodes offrent un spectacle visuel de haut niveau, avec une belle transcription des reliefs, et des compositions chromatiques sophistiquées donnant une consistance incomparable à tous les éléments représentés, qu'il s'agisse des décors, des accessoires ou des personnages. Enfin Barnaby Bagenda sait mettre en scène les combats pour qu'ils fassent apparaître la force et la détermination des personnages, en particulier grâce à des cadrage judicieux, et des perspectives à couper le souffle. Un peu rebuté par le parti pris de la narration très factuelle, mais guère explicative, le lecteur progresse rapidement d'épisode en épisode, même s'il peut ressentir un sentiment de lassitude faute de comprendre où les Oméga Men veulent en venir. Dès le deuxième épisode, Primus explique qu'il a un plan et que ses 2 prisonniers finiront bien par en prendre conscience, mais ça met beaucoup de temps à venir, beaucoup d'épisodes, les 2 tiers du volume. Les personnages ne disposent pas de beaucoup de personnalité. le méchant est un vilain dictateur, un poil caricatural. Les Oméga Men ne rentrent pas dans les critères définissant des héros, et le récit finit par justifier que leur personnalité soit un peu limitée et uniforme. Effectivement leurs histoires personnelles ont des traumatismes en commun, ce qui explique que leurs comportements se ressemblent. Mais dans ces conditions, il est difficile de s'attacher à des personnages qui ne dégagent pas beaucoup d'empathie et qui pourraient presqu'être interchangeables, en faisant abstraction de leurs apparences bariolées. Arrivé au dernier tiers du récit, le lecteur voit quelques indices s'assembler, et l'image complète se former, expliquant les motivations des Oméga Men et justifiant d'une certaine manière leurs actions. le scénariste se montre très inspiré en reliant l'enjeu du récit à l'histoire de Krypton d'une manière indirecte qui ne vient pas plomber la compréhension du récit, ni diminuer sa portée. Il a imaginé une histoire poignante dans laquelle les actions brutales des Oméga Men trouvent leur sens, sans aller chercher midi à quatorze heures. Il se montre également assez ambitieux puisque cette équipe ne peut pas être rangée dans une dichotomie bien/mal basique et pratique, et que le lecteur se retrouve bien en peine de prendre position pour des individus ayant commis des actions relevant d'actes terroristes. Les auteurs ont raconté une histoire ambitieuse, utilisant les conventions de la science-fiction, pour mieux parler d'une situation politique complexe, avec des dessins montrant des lieux et des individus bien construits, pour des visuels qui dépassent les simples clichés. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut estimer que la fin justifie les moyens et que le mode narratif en force (c'est-à-dire sans beaucoup d'explications, donnant l'impression de naviguer à vue) était justifié ; il peut aussi apprécier le récit dans sa globalité, mais estimer que le parti pris narratif a gâché une partie de son plaisir de lecture.

23/06/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Wonder Woman - Terre à terre (Hiketeia)
Wonder Woman - Terre à terre (Hiketeia)

Une vie entre les mains - Il s'agit d'un récit complet qui peut se lire avec une connaissance superficielle du personnage de Wonder Woman. Il est initialement paru en 2002, sans prépublication, écrit par Greg Rucka, dessiné par J.G. Jones, encrés par Grade von Grawbadger, avec une mise en couleurs de Dave Stewart. Il s'agit de la première histoire de Wonder Woman écrite par Greg Rucka, avant qu'il ne prenne les rênes de la série mensuelle à partir de l'épisode 195. Au temps présent, à l'ambassade de Themyscira à Gotham City, Diana (Wonder Woman) regarde par la fenêtre en pensant aux obligations qui découle du rituel appelé Hiketeia. Par la fenêtre, elle peut voir trois silhouettes féminines encapuchonnées, en train de l'observer. La séquence suivante explicite ce rituel de l'Hiketeia. Dans la Grèce antique, un individu vient supplier un citoyen et remet sa vie entre ses mains. le citoyen est obligé par l'Hiketeia d'accepter de prendre en charge l'individu qui s'en remet en lui jusqu'à ce qu'il le libère de sa responsabilité d'une manière u d'une autre. Si l'hôte cherche à se débarrasser de l'individu (même par le meurtre), il devient alors la proie des Érinyes (divinités persécutrices, aussi appelées Euménides ou bienveillantes, les Furies dans la mythologie romaine), celles-là mêmes qui sont en train d'observer Diana au temps présent. Toujours à Gotham, il y a 3 semaines, Danielle Wellys assassine un homme dans son appartement. Une fois son crime accompli, elle s'enfuit par la fenêtre, enfourche sa moto garée dans une ruelle et s'éloigne le plus vite possible. Batman la prend en chasse. Après plusieurs engagements physiques, elle finit par tomber dans la rivière de Gotham, sans que Batman ne réussisse à la rattraper. Comme il était à prévoir, elle finit par parvenir à l'ambassade de Themyscira où elle s'en remet à Diana en invoquant le rituel d'Hiketeia. À l'extérieur, les Érinyes sont déjà à pied d'œuvre pour veiller à ce que Diana remplisse les obligations du rituel. Cette histoire agrippe l'attention du lecteur dès l'incroyable couverture : la botte de Wonder Woman faisant pression sur le crâne de Batman qui est à terre. C'est aussi sobre que frappant, et en plus cette scène est bien présente dans le récit (il ne s'agit pas d'une exagération, licence artistique coutumière dans les couvertures de comics). En découvrant la première page, le lecteur a le plaisir de constater que l'artiste s'est investi dans ses dessins. Il utilise une approche descriptive, avec une légère tendance à l'arrondi qui donne une apparence à la fois adulte et agréable à ses dessins. La page d'ouverture est somptueuse avec Diana se tenant devant une grande fenêtre, dans une pièce avec une grande hauteur sous plafond, une bibliothèque à l'ancienne bien fournie, une cheminée en marbre, des draperies autour de la fenêtre, un guéridon avec un buste sculpté, etc. le niveau de détail ne diminue pas sur la page suivante, et sur la troisième l'artiste a représenté un facsimilé d'un vase grecque décoré, avec une grande attention à l'impression d'authenticité. Ainsi tout du long du récit, J.G. Jones fait preuve d'un grand investissement pour donner de la consistance à chaque lieu, chaque environnement. Athènes à la période antique est acceptable, les rues de Gotham sont suintantes à souhait, même si le lecteur est un peu étonné qu'elles sont encore recouvertes de pavés. Lorsque Diana se déplace dans les autres pièces de l'ambassade de Themyscira, elles sont à nouveau richement décorées. le lecteur peut s'amuser à observer les différents partis pris architecturaux : la façade en pierre de taille, les moulures et boiseries dans les pièces d'apparat, la cuisine tout équipée moderne, rutilante et fonctionnelle, les escaliers en bois. L'affrontement final se déroule en bordure de la rivière Gotham, et l'artiste a également pris le temps de représenter un pont dans tous ses détails, ainsi que les embarquements, les quais et les parapets. Les images offrent donc au lecteur des endroits décrits dans le détail, chacun avec leurs particularités. Les personnages sont représentés avec la même approche descriptive, des tenues vestimentaires particulières et adaptées. Les êtres humains normaux disposent de morphologies réalistes. Les expressions des visages sont variées, mais avec un niveau de nuance qui ne permet pas toujours de se faire une idée de l'état d'esprit du personnage. le langage corporel reste dans un registre mesuré pour les individus normaux. Pour Diana, JG Jones lui donne des vêtements qui n'accentuent pas ses rondeurs, à l'exception de son costume de Wonder Woman pour lequel il respecte la coupe traditionnelle, mais avec des bottes sans talon). Il la représente régulièrement en contreplongée ce qui lui la place au-dessus du commun des mortels, un peu plus proche de son statut de semi déesse. Batman a revêtu son costume gris foncé, sans ovale jaune sur la poitrine, avec les bottes à semelle crantée. L'ensemble des dessins s'applique donc à rester dans un registre le plus réaliste possible. Même les Érinyes sont représentées de manière littérale, avec comme particularité des vêtements évoquant la Grèce antique, et des petits serpents à la place des cheveux. Les affrontements ne sont pas nombreux, mais JG Jones réalise un travail impressionnant de metteur en scène en prenant soin que la succession des cases permette au lecteur de suivre chaque enchaînement de mouvements et que les personnages se déplacent en fonction du relief de l'environnement, des obstacles, des objets présents, etc. L'encrage de Wade von Grawbadger sait se faire aussi bien minutieux avec des traits fins que plus appuyé avec des surfaces noires aux contours fluides. Comme à son habitude, Dave Stewart réalise une mise en couleurs impeccable qui enrichit les dessins, améliore le contraste entre chaque forme, et leur ajoute une discrète volumétrie par le biais de légers dégradés. La couverture annonce clairement un affrontement entre Batman et Wonder Woman, avec une forme d'humiliation. Dans les 2 premières séquences, Greg Rucka explicite le principe de l'Hiketeia par lequel un individu place sa vie dans les mains d'un protecteur qui en devient responsable devant les Érinyes. Il s'agit là d'un dispositif induisant une dynamique imparable au récit. le conflit entre Diana et Batman en devient inéluctable et inextricable à partir du moment où elle prend en charge une criminelle. le scénariste déroule ce dilemme moral de manière linéaire jusqu'à sa conclusion, chaque phase pouvant être anticipée par le lecteur. Rapidement, il apparaît que l'affrontement entre les 2 superhéros aura bien lieu (à 2 reprises même), mais qu'il ne constitue pas l'intérêt majeur du récit. Sous des dehors fantastique (superhéros, personnages mythologiques), l'auteur s'attache à montrer la personnalité de son protagoniste principal. le lecteur n'a accès à ses pensées qu'à de rares reprises, par le biais de petites cellules accompagnant l'image. Rucka préfère montrer qu'expliquer. Dès le départ, le lecteur n'est pas dupe : il s'agit de personnages récurrents, Batman et Wonder Woman continueront d'exister après ce récit. Cette histoire ne changera pas fondamentalement leur relation. Il a également conscience qu'il s'agit d'un récit de Wonder Woman, car c'est écrit dans le titre. Greg Rucka montre donc comment Diana réagit à cette nouvelle responsabilité qu'elle n'a pas demandée. de séquence en séquence, l'auteur fait la preuve de sa capacité à transcrire le caractère de son personnage. Il ne lui écrit pas de longs soliloques dans lesquels elle expliquerait son comportement, il montre ses réactions. Ainsi Diana prend très au sérieux les responsabilités découlant de l'Hiketeia, conformément à son éducation (mais aussi à la présence visible des Érinyes) et donc à sa culture. Ensuite, il est intéressant de voir comment Diana se comporte vis-à-vis de sa protégée Danielle Wellys. Elle ne fait pas montre de réactions enfantines ou adolescentes ; elle se conduit en adulte ayant réfléchi à la situation. le lecteur a le plaisir de découvrir une héroïne consciente de sa position privilégiée, mais aussi de ses responsabilités, du fait que sa protégée conserve toute son autonomie, sa liberté de pensée, et que son histoire personnelle (et donc ses motivations) ne lui est pas connue. le lecteur se retrouve dans une position d'observateur privilégié à voir comment cette femme assume ses responsabilités, consciente du danger que cela fait peser sur elle (en cas d'échec ou de ratage les Érinyes ne seront pas tendres). Greg Rucka, JG Jones, Wade von Grawbadger et Dave Stewart ont réussi le pari de raconter une histoire complexe de Wonder Woman, en assumant toutes les particularités étranges (mythologie, superforce, ambassadrice de paix n'hésitant pas à utiliser la force) et parfois contradictoires du personnage. L'histoire est d'autant plus réussie qu'il n'y a pas de supercriminels, pas de risque de destruction de la planète. Diana doit faire preuve de courage et de droiture morale pour pouvoir triompher d'une épreuve qui sort de l'ordinaire.

23/06/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série La Désolation
La Désolation

Je n'avais strictement aucune idée de ce que cette BD aurait à offrir en l'ouvrant et la première partie annonçait une sorte de voyage aux îles de la Désolation comme celui de Lepage dans la BD éponyme. Mais la suite est franchement pas du même acabit et je dois dire qu'elle est du genre surprise agréable ! Le dessin m'a tapé dans l’œil dès le début et j'avoue ne pas avoir reconnu le trait de Gaultier, qui a choisi une façon de représenter pas mal du tout. C'est marqué dans les couleurs, avec un rendu très propre dans les ambiances que cela donne sur les paysages, partie importante du récit. D'autre part, le ton est vite donné avec l'introspection du personnage qui se mortifie quelque peu dans son existence morose et cherche autre chose. Quelque chose de neuf, dans un monde qui brûle. Je dis brûle à dessein, puisque la BD parle clairement du changement climatique et de la conséquence de l'industrialisation humaine sur la nature. Mais le voyage aux Kerguelen va vite prendre une autre tournure, assez inattendu. Je ne dirais rien sur le changement de ton, qui m'a complètement surpris, mais il est remarquable par son côté surprenant et décalé, mais aussi par le message qu'il porte. Une étonnante lecture d'actualité qui arrivera à son paroxysme dans un final qui surprend là encore. Je ne m'attendais ni à cette fin ni à ce message, quelque peu étonnant mais franchement bien amené et d'actualité. Si vous aimez les surprises, la BD en offre des belles et apporte un message d'actualité autour d'une réflexion sur l'impact de l'homme. Dans des paysages magnifiés par le dessin, Appollo nous livre une histoire où la destinée de l'homme est questionnée, de façon radicale d'ailleurs. Peut-être l'une des histoires les plus surprenantes que j'ai lues, mais très bien réalisée !

23/06/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série La Valise (Akileos)
La Valise (Akileos)

J'ai pris cette BD complètement au pif dans les bacs de la bibliothèque, sans avoir aucune idée de ce qu'elle renfermait. Ma surprise a été assez grande, de fait ! Inspiré par quelques histoires du moment (le côté cité enfermée a été exploitée par nombre de séries pour jeune) la BD va se démarquer par son propos. Alors que je m'attendais à un commentaire sur la lutte contre le pouvoir autoritaire, il n'en est rien, ou presque. Le propos est ici centré sur la femme qui sert de passeuse et dont la fameuse valise donne le titre à la BD. Ce qui n'est pas anodin, puisque cette femme immortelle jouissant de pouvoir qu'elle utilise pour son propre confort va avoir un propos final qui fait prendre tout son sens à la BD. Et je suis assez surpris, mais en bien, du propos que les auteurs ont voulu tenir. Une sorte de remise en perspective de toute ces guerres, tout ces conflits, tout ces morts. Je ne sais pas trop si c'est inspiré par l'air du temps, où nombre d’œuvres présentent une lutte contre une dictature toute puissante, mais la BD semble rappeler que lutter contre une dictature en étant aussi abominable qu'eux ne nous rendra pas meilleurs. Et surtout, que tout ceci s'effacera quasiment intégralement dans le temps, nos morts comme nos luttes. La BD a un propos assez surprenant et très philosophique sur l'humanité et ses actions, mais aussi un sens politique profond. Le final, sans le divulgâcher, est intéressant puisqu'il se replace dans un monde ultra-capitaliste qui ressemble fortement au notre. On s'éloigne du propos métaphorique pour rentrer dans une critique bien claire et nette du système mais aussi de ceux qui ont le pouvoir de faire changer les choses et ne le font pas. Une BD surprenante, donc, qui ne souffre pas tellement d'un manque de développement du background. Je pense qu'elle se suffit en tant que telle, son propos n'est pas dans l'univers qu'elle développe.

23/06/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Planeta Extra
Planeta Extra

Des fois je me laisse aller dans mes notes et ici, je dois dire que la note est plus un reflet de plaisir de lecture qu'une réalité de la BD. Disons que je suis dans le bon moment après la lecture et que je pousse à un 4* mérité ! Si je dois souligner une qualité de la BD, c'est son originalité. Le concept de Terre ultra-pollué a déjà été bien exploité par d'autres, mais ici le tout se mélange dans les magouilles de tout à chacun, essayant de survivre comme il peut dans ce qui semble être un cauchemar dystopique. L'histoire s'emballe rapidement, partant de déménageurs classique pour arriver à une intrigue plus touffue autour de contrebande. L'histoire n'a rien de follement originale en soi, mais elle exploite plutôt bien les éléments dont elle dispose. J'ai notamment apprécié le personnage de Pilo, plus nuancé que sa première apparition ne le laisse supposer. L'ensemble est rehaussé par le dessin et la colorisation. C'est du très très bon, autant dans les têtes, les attitudes, les cadrages et la colorisation. Des détails nombreux parsèment la BD, montrant l'importance du choix des cadrages dès les premières pages. Le dessinateur soigne clairement son trait et nous offre de belles scènes de poursuites, des moments de vie touchants, le tout dans une ambiance poisseuse qu'il retranscrit très bien. Il me donne très envie de connaitre ses autres publications ! En tant que telle, c'est une "simple" bonne BD qui a de beaux atouts et s'en sert efficacement. D'ailleurs la fin presque heureuse ne contrebalance pas vraiment une situation qui ne s'arrangera en définitive pas. Mais c'est une lecture franchement plaisante, autant à l'oeil qu'au cerveau, et que je conseille !

23/06/2024 (modifier)
Couverture de la série Incertain Silence
Incertain Silence

Ayroles semble rendre ici hommage au cinéma muet. Le titre bien sûr y fait penser. Mais aussi le personnage principal, impassible, totalement muet, ne souriant jamais, se sortant de toutes les situations presque par miracle : exactement les caractéristiques des personnages incarnés par Buster Keaton – dont le personnage principal est le portrait craché ! Notre héros artiste peintre ambulant, tentant en vain de vendre ses dessins, est ballotté par les événements, mais il est insubmersible, totalement imperméable aux fléaux qui le menacent. Le principal étant un autoproclamé artiste poète, pique-assiettes et parasite vivant au crochet des autres, et bien sûr sur le dos de notre pauvre et naïf peintre (le contraste entre ce tchatcheur bravache et insupportable et notre héros mutique ajoute un côté savoureux, amusant à ce duo dépareillé). Un humour dérisoire parsème les péripéties, de la poésie aussi. C’est en tout cas une lecture que j’ai bien aimée. Note réelle 3,5/5.

23/06/2024 (modifier)
Couverture de la série La Parenthèse
La Parenthèse

Les albums traitant de diverses maladies/handicaps sont nombreux. Mais j’ai trouvé celui-ci à la fois sincère et bien fichu. Ne jouant jamais sur le pathos ou des effets maladroits, tout en prenant le plus souvent le lecteur à témoin. J’ai bien aimé les différents styles graphiques utilisés, et en particulier les dessins « gribouillis » réalisés à chaud par l’auteure et placé dans l’album comme des témoignages, des « bouts de pensées » qui aèrent et noircissent le récit. Même si on sait dès le départ que cela se « finit » bien, puisque c’est l’auteure qui sert de narrateur en interpellent parents, amis, famille à propos du rôle qu’ils ont joué pour la soutenir durant les longues années où elle a subi des crises d’épilepsie et combattu une tumeur au cerveau, on est souvent inquiet à son propos. Elle déclenche l’empathie. Le récit montre douleurs et désarrois, mais on s’attache à Elodie Durand, qui se met à nu devant nous sans jamais tomber dans l’exhibitionnisme. Une lecture très recommandable.

22/06/2024 (modifier)
Couverture de la série Golden West
Golden West

C’est vraiment un très beau western. Dans tous les sens du terme d’ailleurs. A commencer par le dessin, franchement bon, que ce soit pour les personnages ou les décors (et le grand format lui sied très bien). Et j’ai aussi beaucoup apprécié la colorisation, très très lumineuse, rendant très bien l’omniprésence du soleil dans les régions arides où se déroule cette histoire. Rossi prend vraiment le temps de planter le décor (personnages et arrière-plans), avec un one-shot aussi imposant qu’un triptyque. Les passages contemplatifs alternent avec d’autres plus dynamiques, action et dérives s’enchainent, dans une histoire traversée par Geronimo, mais qui n’est pas centrée sur lui. C’est autant une déclaration d’amour de Rossi aux Amérindiens que le chant du cygne des Apaches qui nous sont ici donnés à voir. Un personnage fictif, Woan, sert de fil rouge, et plus généralement, Rossi a pris le temps de brosser de beaux portraits de plusieurs personnages secondaires. Mon seul bémol concerne le final, car les 6 dernières pages, en plus de la coupure temporelle qui les séparent de ce qui a précédé, adoptent un ton légèrement différent. Mais ça reste un western réussi et une lecture très prenante et agréable.

22/06/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série La Différence invisible
La Différence invisible

C'est en lisant cette BD que j'ai repensé à Les Petites Victoires et que je ne peux que constater l'écart énorme entre les deux BD. "Oui, mais l'une parle d'un parent d'enfant autiste, et l'autre d'une autiste. Évidemment que c'est pas pareil !" pourrait-on me répliquer, et j'ai envie de répondre que l'une parle de comprendre et l'autre d'imposer. Je voulais faire cette parenthèse en ouverture, parce que c'est ce qui m'a frappé d'entrée de jeu quant à la façon dont la BD se construit. C'est une plongée dans l'enfer que vivent ces personnes non diagnostiquées et qui doivent essayer de vivre avec toute la difficulté que cela représente. Et c'est très bien mené : le dessin retranscrit les difficultés sensorielles, le malaise social, la bulle de confort que représente la maison, etc ... A travers la BD, c'est une plongée dans sa vie, ses émotions, ses sensations. Lorsque le diagnostic arrive, il est assez évident pour un lecteur moyen qui a noté que quelque chose ne tournait pas rond. Mais c'est ça qui est brillant, montrer que lorsqu'on vit cette différence, elle est juste normale. Quotidienne, banale. Ordinaire. Et là se trouve le bon choix que les autrices ont fait dans la BD : choisir de représenter cette normalité qui est la sienne, ne pas juger, ne pas imposer de fatalité. L'autisme n'est pas une maladie, comme elle le rappellera aux gens avec qui elle parle, ce n'est pas une souffrance ni une malédiction. C'est une façon d'être, différent, tout simplement. A ce niveau, la fin montre clairement que parfois, après diagnostique, il faut aussi savoir trier dans ses fréquentations pour son propre bien. Je ne pense pas que la BD soit une merveille, mais elle fait du bien lorsqu'on compare à ce qui peut se dire sur l'autisme et le neuroatypique de manière globale. Les petites phrases à la fin sonnent trop réaliste pour que ce ne soit pas ce qu'elle a entendu dans la vraie vie. La BD se veut un éclairage, une compréhension sur ces gens normaux, mais différemment. A lire pour comprendre et informer !

22/06/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Batman - Sombre Reflet
Batman - Sombre Reflet

Thriller prenant avec quelques maladresses - Ce tome comprend les épisodes 871 à 881 de la série mensuelle, parus en 2011. Ils forment un récit complet, relativement indépendant de la continuité, et complètement indépendant du tome précédent. Bruce Wayne se porte bien et il a même choisi de transformer Batman en une franchise pour gagner en efficacité (dans Batman incorporated). Il a laissé Gotham sous la responsabilité de Dick Grayson (le premier Robin, ex-Nightwing) qui porte également le costume de Batman. Dans des vestiaires, un adolescent se fait bousculer par un balèze. Il réagit violemment et se transforme en une créature reptilienne évoquant Killer Croc. L'enquête de Batman met à jour des enchères d'un type très particulier au cours desquelles un extrait du sérum de Killer Croc a été vendu. Dans le même temps, les habitants de Gotham s'étonnent de voir passer des oiseaux exotiques dans le ciel, jusqu'à 2 vautours se perchant sur le rebord d'une fenêtre de l'immeuble occupé par Dick Grayson et Alfred Pennyworth. Un petit malin a libéré les oiseaux de la volière du zoo. L'analyse des caméras de surveillance laisse supposer que cet acte de malveillance pourrait être le fait de James Gordon junior, le fils de James Gordon (le commissaire de police principal de Gotham) et de Barbara Eileen Gordon. Ceci préoccupe énormément son père et Barbara Gordon, sa cousine (Oracle, ex-Batgirl). La première partie consacrée à ces ventes aux enchères permet d'établir la relation entre Batman et James Gordon. Par le biais de l'imagination de Snyder, ce Batman est un homme d'action intelligent disposant de quelques gadgets aussi utiles que providentiels. le lecteur découvre également que Dick Grayson entretient une relation spécifique avec Gotham et ses réflexions intérieures montrent en quoi il n'est pas Bruce Wayne. Cette partie est illustrée par Jock (il s'est fait connaître avec The Losers). Il utilise un style anguleux à fort encrage. Cela confère une certaine noirceur au récit et une forme de sériosité bien adaptée. Mais il apparaît que Jock a diminué la densité d'informations qu'il insère dans ses cases, à commencer par les décors. Snyder et Jock aiment bien les pleines pages et les scènes d'action spectaculaires. Cependant, elles ne sont pas toutes convaincantes, avec des illustrations qui mettent plus en évidence l'impossibilité de ce qui est décrit qu'un véritable exploit. La partie suivante introduit James Gordon junior en bonne et due forme. Et le récit accorde une grande place à son père et sa cousine, parfois même plus qu'à Batman. Jock cède la place à Francesco Francavilla (déjà vu dans Zorro ou Black Panther, the man without fear), avant de revenir. Ils alternent ainsi suivant les épisodes, puis suivant les séquences pour les 2 derniers épisodes. le récit glisse franchement vers le thriller psychologique, entrecoupé de passages plus superhéros impliquant Batman avec une apparition de Red Robin (Tim Drake). En lisant ces deux derniers tiers du tome, il est difficile de ne pas penser à Batman Year One de Frank Miller et David Mazzucchelli. Pour commencer, James Gordon junior constitue une présence déterminante dans Year one, comme ici, et Snyder fait référence à l'enlèvement du nourrisson et sa possible conséquence sur son développement psychique et physiologique. En tant que fan, il est difficile de résister à de tels sous-entendus ; en tant que profane, il vaut mieux lire Year one avant. Il est visible également que Snyder établit un contrepoint (assez lâche) entre les pages consacrées à Gordon, et celles consacrées à Batman (comme Miller dans Year one). En outre le style de Francavilla se situe à mi-chemin entre celui de Mazzucchelli et celui de Matt Wagner dans Batman and the monster men. La filiation avec Year one s'étend à toutes les pages aussi bien pour la forme du scénario, que les évocations événements, ou le style graphique. le thriller est vraiment prenant, mais il relègue Batman au second plan (et ses péripéties restent capilotractées). Scott Snyder aidé par ses deux illustrateurs raconte un thriller angoissant impliquant directement James Gordon et Barbara Gordon, et plus ou moins directement (en fonction des séquences) Batman. Il a l'art et la manière d'incorporer et de développer intelligemment et avec pertinence des références aux récits essentiel à la mythologie de Batman (vous pouvez aussi réviser The killing joke et Un deuil dans la famille). Mais il a une fâcheuse propension à privilégier le spectaculaire sur la solidité du récit, ce qui créée 2 ou 3 passages un peu gauches. Enfin, même en acceptant que le criminel sadique a le cerveau très dérangé, sa logorrhée finale pour tout expliquer et justifier apparaît comme un artifice maladroit pour tout exposer. Dans le cadre de la relance totale de leur ligne en septembre 2011 (opération baptisée New 52), DC Comics a confié la série Batman à Scott Snyder ; le début est réédité dans La cours des hiboux (épisodes 1 à 6) avec des dessins de Greg Capullo.

22/06/2024 (modifier)