Eobard Thawne
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Ce tome (édition 2015 d'Urban comics) regroupe les 5 épisodes de la minisérie parue en 2011. Cette histoire met fin à la continuité de l'univers partagé DC, telle qu'elle avait été développée depuis 1985 à partir de Crisis on Infinite Earths. Urban a placé en début de recueil, l'épisode 8 de la série Flash qui sert de prélude à Flashpoint.
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- Flash 8 (scénario de Geoff Johns, dessins et encrage de Scott Kolins) – Cet épisode raconte comment Eobard Thawne en est venu à maîtriser la source d'énergie qui donne ses pouvoirs à Flash.
Le choix d'Urban s'avère judicieux, puisque le lecteur peut découvrir les origines de ce personnage un peu mystérieux qui vient du futur. Geoff Johns dresse le portrait d'un individu égocentrique faisant un usage logique (à ses yeux) de sa découverte sur ses capacités à influer sur le temps, et sur le déroulement des événements.
Scott Kolins dessine en mode un peu plus canalisé qu'à son habitude, avec un bon niveau de détails pour donner de la consistance à ce récit qui se déroule dans un futur très lointain, sans rien perdre de sa capacité à représenter une énergie débridée et crépitante quand le récit le nécessite. 4 étoiles pour une introduction nécessaire au professeur Zoom.
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- Flashpoint (scénario de Geoff Johns, dessins d'Adam Kubert, encrage de Sandra Hope et Jesse Delperdang) - Barry Allen est le Flash, un superhéros costumé qui coure tellement vite que cela lui permet de courir sur l'eau. Il est basé à Central City, une ville fictive des États-Unis. Il fait partie de la Justice League of America (JLA). Il tire ses pouvoirs d'une source d'énergie appelée Speed Force, et il existe de nombreux autres superhéros dont les pouvoirs sont basés sur une vitesse surhumaine qui puisent à la même source.
Un collègue du laboratoire de police le tire de son assoupissement sur la paillasse et Barry Allen n'a plus de pouvoir. L'un de ses pires ennemis est le superhéros attitré de Central City : Citizen Cold (Leonard Snart). Nora Allen (sa mère) est toujours vivante, et Iris (sa femme dans la réalité d'origine) fréquente un autre homme. Il ne reste qu'un seul recours à Barry Allen : prendre contact avec Batman qui a lui aussi quelque peu changé. de son coté Victor Stone tente de rallier les différents superhéros de cette réalité pour enrayer la guerre qui sévit en Europe, entre New Themyscira (les amazones de Wonder Woman ont envahi et conquis le Royaume Uni) et New Atlantis (Aquaman a fait sombrer toute l'Europe occidentale et les atlantes se sont installés dans les cités submergées.
Flashpoint rentre dans la catégorie des crossovers, ces histoires qui rassemblent des dizaines de superhéros pour lutter contre des évènements cataclysmiques, avec des répercussions dans la quasi-intégralité des séries mensuelles de l'éditeur. Réussir un crossover demande un dosage d'une grande précision pour répondre aux contraintes imposées : faire apparaître un maximum de superhéros (les plus connus, et un bon échantillon des plus oubliés), concevoir une menace globale qui n'a pas déjà été vue 100 fois, orchestrer des combats titanesques avec des dizaines de personnages, et trouver un petit peu de place pour caser les émotions des uns et des autres (pour que le lecteur puisse développer un peu d'empathie).
Pour ce crossover, DC Comics a sorti l'artillerie lourde avec 15 miniséries de 3 épisodes chacune et 4 numéraux spéciaux. Ce déploiement gigantesque de titres supplémentaires profite à Geoff Johns : il se concentre uniquement sur l'intrigue principale en laissant le soin aux miniséries de développer. du coup Barry Allen a de la place pour exister (le nouveau Batman aussi), le lecteur a le temps d'apprécier ses émotions et peut s'impliquer dans les enjeux. Pour être parfaitement honnête, il vaut mieux connaître l'histoire de Barry Allen (au moins depuis "Rebirth") pour apprécier pleinement l'histoire. La contrepartie est que la version de la réalité de Flashpoint est plus évoquée que visitée. le résultat est prenant avec une montée en puissance progressive, de vrais défis pour Barry Allen et pour Batman, et une résolution satisfaisante. C'est une bonne histoire de superhéros, même si un ou deux détails déconcertent, tels que la manière dont Barry Allen récupère ses pouvoirs, ou son doigt cassé par Batman.
Coté graphique, DC Comics a confié les illustrations à une valeur sure : Andy Kubert, encré par Sandra Hope et Jesse Delperdang. Ils créent des images de superhéros traditionnelles, avec majoritairement un niveau de détails satisfaisant (sauf le dernier épisode qui compte 15 pages dépourvues de tout décor). Andy Kubert s'attache essentiellement aux personnages pour leur donner une apparence travaillée. Il est visible à la lecture qu'il a pris du temps pour créer des variations sur les costumes traditionnels des superhéros de l'univers DC. Pour les fans de cet univers, il est facile de reconnaître les superhéros habituels, et les nouvelles apparences constituent autant de petits cadeaux supplémentaires (je garde un bon souvenir de Element Woman (Emily Sung)). Parmi les autres bons cotés de ses illustrations, il y a la mise en page fluide, et un nombre de cases par pages de 5 à 7. Andy Kubert n'abuse pas des pleines pages et il prend le temps de construire des séquences de cases élaborées. Pour le reste, Andy Kubert propose des illustrations où les expressions des visages manquent de subtilité (il règne une certaine uniformité dans les visages). le rendu des décors correspond à une vision simpliste, plus qu'à une interprétation d'auteur. Et la largeur des épaules de Batman a tendance à varier de façon déconcertante. le lecteur retrouve donc Andy Kubert égal à lui-même : appliqué dans l'apparence des personnages, et dans la construction des enchaînements de cases, peu convaincant dans les expressions et dans la vision artistique. Enfin il est évident que les délais pour produire le dernier épisode ont dû être très serrés. Malgré tout, l'aspect graphique reste supérieur à la production de masse des comics de superhéros.
Flashpoint constitue un crossover bien ficelé, avec des illustrations de professionnels. Geoff a tiré le meilleur parti de la brièveté du récit pour se concentrer sur Flash et un ou deux autres personnages, tout en réussissant à donner une idée de l'ampleur des différences de ce monde par rapport à l'univers DC traditionnel. Il reste que les dessins restent limités au style comics en plus fouillés et plus dynamiques, et que le scénario débouche sur une résolution arbitraire qui laisse songeur.
Et après ? En 2004/2005, Geoff Johns entame sa progression inéluctable au sein de DC Comics en concevant et écrivant le retour d'Hal Jordan au poste de Green Lantern (dans Green Lantern rebirth). En 2009, il fait de même pour Barry Allen en le réinstituant dans le costume de Flash (voir Flash rebirth). Johns déclare dans les interviews que le temps est venu pour DC Comics de remettre sur le devant de la scène les incarnations les plus célèbres des personnages. Il est assez ironique et paradoxal de voir qu'en 2011, c'est ce même défenseur de la tradition qui se charge de fermer la porte de l'univers partagé DC tel qu'il existait depuis son redémarrage en 1985 avec Crisis on Infinite Earths. En septembre 2011, DC Comics frappe un grand coup (marketing) en redémarrant l'intégralité de ses séries au numéro 1 ; cet évènement est baptisé The new 52 (recueil des 52 nouveaux numéros 1).
J'ai trouvé cette lecture détente assez plaisante. Les deux parties sont bien distinctes avec une partie polar assez classique dans un environnement très particulier. La seconde partie s'ouvre à un extérieur pas si hostile dans un récit à tendance écologique pessimiste. C'est le commissaire Toussaint qui porte les thématiques de la série.
On retrouve une thématique que reprendra Guillaume Singelin dans son excellent Frontier sur la responsabilité des scientifiques dans la réponse à apporter aux vilaines compagnies avides d'exploiter et ainsi de détruire tout élément naturel.
J'ai bien aimé le second tome qui apporte une réponse assez désabusée sur la vanité des positions des uns ou des autres. Un mal est-il légitime pour défendre une "juste cause" ? Si la belle Eunice en est convaincue le parcours de son coéquipier pourrait lui montrer le contraire.
Avec un récit divertissant, rythmé et bien construit Appollo livre un questionnement subtilement assez profond.
Le graphisme de Bruno est très original et nous sort des sentiers habituels. J'aime bien ce style épuré qui réussit à traduire de l'expression malgré des visages avec peu de détails. Dans chaque case l'auteur équilibre la présence des personnages avec celle de leur environnement qui devient ainsi un personnage à part entière. C'est ce dernier qui a le dernier mot.
La mise en couleur de Laurence Croix participe pleinement à la narration par ses contrastes ou ses harmonies dans les gris-bleus, les kakis ou les orangés.
Une lecture sympathique et très plaisante 3.5
Une belle petite histoire se déroulant durant les croisades: des aventuriers, humains comme animaux, s'avèrent être des morts revenus à la vie et tous affligés d'un "défaut" suite à leur mort, comme une sorcière morte brûlée vive et qui a la peau noire comme du bois brûlé.
Nos amis décident ensemble d'aller à Jérusalem pour obtenir d'une congrégation de moines un philtre qui les ramènera à la vie et restaurera leurs corps respectifs dans leur état d'origine. Problème: ces moines ne font pas la magie gratis d'une, deux ils veulent que l'argent soit acquis de manière honnête, une notion assez particulière et difficile à respecter dans un Moyen-Age pas vraiment réputé pour sa douceur.
Les dessins un peu naïfs correspondent à merveille à l'esprit de ce conte étalé sur deux tomes, nous dévoilant petit à petit les raisons du trépas des différents membres de l'équipe, ainsi que des nombreux détails sur leur quête d'argent.
Il y a aussi plusieurs niveaux de lecture qui rendent la chose intéressante :
1)Philosophique: qu'est ce que l'honnêteté? Quels moyens sont légitimes pour arriver à ses fins? Qui est vraiment coupable?
2)Humoristique: la course effrénée d'un personnage pour obtenir de l'argent honnête peut franchement prêter à rire
3)Sentimentale: c'est aussi une histoire sur l'amour et l'amitié.
Le seul reproche qu'on peut adresser à de diptyque, c'est que c'est un diptyque justement : la fin est belle, mais franchement expédiée, et je pense qu'on aurait mérité un album de plus.
Je poursuis la lecture des Lemire disponible dans ma bibliothèque locale et franchement, c'est un excellent opus que voici !
Jeff Lemire bat le même fer que dans les autres BD que j'ai lu de lui : personnage masculin torturé, rapport au père (ici encore disparu), questionnement sur l'avenir avec une naissance. On sent que l'auteur brasse des thématiques qui l'intéresse mais arrive à chaque fois à convoquer une autre façon de faire. Ici, j'ai trouvé l'ensemble prenant et surtout la résolution semi-optimiste qui amène un espoir pour l'avenir.
Il faut dire que ça commence par un type alcoolique et violent, ça continue avec la soeur SDF et toxico, mais je trouve qu'on ne verse pas spécialement dans un cliché misérabiliste. Il y a la question des petites villes de province dans le Canada, les familles violentes dont les schémas se répètent (le père qui reste présent comme un fantôme est bien dosé), mais aussi les Premières nations du Canada et la coupure du lien familiales. Il y a une continuité logique qui m'a semblé brasser les sujets de manière pertinente. D'ailleurs la question de la répétition de la violence au sein des familles m'a plu, notamment dans le discours de la sœur au père et ce final, qui repose sur une logique que j'apprécie. Savoir tourner le dos à la violence et comprendre d'où elle vient est salutaire, je trouve que le message est bien plus pertinent que de nombreuses œuvres qui se contentent de la présenter au final comme importante dans certaines situations. Ici, il y a un vrai rejet de celle-ci et une proposition plus crédible pour l'avenir.
Le dessin est toujours le même, efficace et bien réalisé sur les ambiances. On a des gueules impayables, des paysages d'une blancheur immaculée et l'utilisation des arbres droits caractéristiques du grand nord (je pense que ce sont des bouleaux mais je ne suis pas certain) qui rappellent des barreaux de prison, ceux qui enferment les personnages principaux dans une routine et dans leur vie. D'ailleurs l'échappée finale se fera dans un environnement vide de tout. Lemire est pertinent dans son trait, aucun doute. Je recommande ses lectures, pour l'instant c'est un presque sans faute selon moi !
Étonnante BD, dans le sens où elle est si spécifique qu'il est dur d'en parler sans donner l'impression qu'elle est un peu trop étrange pour un lecteur moyen. Mais en même temps c'est une BD qui m'a happée tout du long jusqu'à la dernière page en étant immergé dedans sans jamais en sortir.
Nous sommes ici de plein pied dans la SF Space Opéra, la grande SF qui ne s’embarrasse de rien sur le plan technique. D'ailleurs l'univers crée ici n'a rien de logique mécaniquement parlant, c'est juste un univers original et surprenant, sans prise de tête. J'ai d'ailleurs beaucoup apprécié celui-ci, qui joue sur des tableaux que je n'avais jamais vraiment vu développé comme l'absence totale d'hommes. Si j'ai une petite idée des raisons qui ont poussée l'autrice à faire ce choix-là, je trouve qu'il est très bienvenue. C'est une idée simple mais excellente pour caractériser un monde différent.
Plusieurs choses surnagent dans l'ensemble, et le discours porté par Julie vers le dernier tiers de l'ouvrage me semble porter presque tout le message de la BD, sur la tolérance, l'ouverture d'esprit et l'écoute les uns des autres. C'est clairement ce qui conduit aussi le dernier segment de l'ouvrage, et je trouve le message bien pensé, bien amené et franchement pertinent.
Le dessin de la BD est surprenant mais je le trouve très beau. Il a un air léger et fragile, mais se tient sur l'ensemble de la BD qui est franchement longue. C'est un régal pour les yeux et un sacré exploit d'avoir réussi à tenir sur tant de planches ! Le bébé pèse un sacré poids et on en prend plein les mirettes entre les bâtiments à l'abandon, les grands vides de l'espace puis l'Escalier, lorsqu'on le découvre enfin. L'autrice s'est dépassée !
C'est le genre de BD qui surprend dans le bon sens du terme. Il faut un petit moment avant que l'on comprenne où elle veut nous emmener, ce que nous aurons, mais si on accepte de se laisser porter par le courant, c'est une BD qui entraine sans nous lâcher. Personnellement j'étais très vite à fond dedans et j'ai carrément englouti la BD dans la soirée, alors que je m'étais promis d'en garder pour le lendemain. Réussite éclatante pour l'autrice ! Chapeau bas.
Ca devait déconner sévèrement dans le foyer des Karali, entre Edouard (Edika) et Paul (Carali), tous deux experts es déconne absurde avec des personnages à gros nez partout.
L'un publié dans Fluide Glacial, bon enfant, et l'autre dans Psikopat, plus trash.
Et c'est Edika qui a décroché le pompon de la célébrité, plus "consensuel" va-t-on dire. Alors attention, c'est gras, scato, érotique mais pas malaisant ou méchant. A l'inverse du pape dans cette catégorie, Vuillemin, on peut prêter un album d'Edika à un pote sans passer pour un infréquentable.
Car Edika ne fait pas sourire ni réfléchir mais réellement rire. Ca n'a pas de sens, les réactions de tous les personnages (et quels personnages! Mention spécial au chat, sans équivalent) sont en décalage permanent, il n'y a pas de chute mais ce n'est pas frustrant car la prochaine histoire sera tout aussi poilante.
Bref vous aurez compris que j'adore Edika et l'achat de 3-4 albums indispensables pour vous faire retrouver le sourire après une dure journée de labeur.
Batman selon David Finch
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Ce tome contient les épisodes 1 à 5 de la série Batman - Dark Knight, parus en 2011, écrits par David Finch, dessinés par Finch (numéros 1 à 3), Jason Fabok (épisodes 4 & 5), encrés par Scott Williams (épisodes 1 à 3), Richard Friend (épisode 3), Batt & Ryan Winn (episode 4), Greg Adams, Batt, Ray McCarthy, Jaime Mendoza, Sal Regla (épisode 5). La série à redémarré dans le cadre de l'opération New 52 (suite au crossover Flashpoint) avec Terreurs nocturnes (épisodes 1 à 9 d'une nouvelle série débutée en 2011).
Ces derniers temps, Bruce Wayne repense à la relation qu'il entretenait avec Dawn Golden quand ils étaient encore enfants, sous la surveillance de leurs parents. Elle lui avait perdu son cerf-volant. Il faut dire qu'elle vient d'être enlevée et que la police est sur les dents (surtout le commissaire Gordon et Harvey Bullock). Mais Batman a sa petite idée : Killer Croc a repris du service il y a peu de temps et il est peu probable qu'il soit innocent. Après un interrogatoire musclé, il crache le morceau : il travaille pour Oswald Cobblepot. Pendant ce temps là, les SDF de Gotham ont remarqué que plusieurs des leurs avaient disparu sans laisser de trace, comme enlevés par un psychopathe. Et Mira (une jeune fille) a réussi à s'introduire dans la Batmobile.
Fin 2010, les responsables éditoriaux de DC claironnent haut et fort que David Finch a quitté Marvel, qu'il a rejoint DC Comics et qu'il va écrire et dessiner une nouvelle série mensuelle dédiée à Batman. 1 an plus tard, David Finch a écrit 5 épisodes et en a dessiné 3. La majeure partie des lecteurs s'est sentie flouée car ces 5 épisodes peinent à former une histoire complète.
À la relecture à tête reposée, il s'avère que le scénario de ces épisodes n'est pas très dense, mais qu'il ne présente pas d'incohérence flagrante. David Finch écrit pour pouvoir se faire plaisir en temps que dessinateur, réaliser de belles planches mettant en valeur Batman dans toute sa splendeur, toute sa force virile, et son aspect gothique, face à des méchants très méchants. le lecteur sent bien que les responsables éditoriaux lui ont lâché la bride et ne lui ont pas imposé de s'en tenir rigoureusement à la continuité. Par exemple, l'interprétation du Pingouin s'éloigne du de la version alors en vigueur (magouilleur trafiquant d'informations, sous une façade respectable de responsable d'un club huppé Iceberg Lounge dans le port de Gotham). Finch en fait un individu grimaçant avec une dentition de requin, qui se fait briser plusieurs membres par un Batman qui frappe d'abord et pose des questions après.
Effectivement côté histoire, le lecteur a droit à une tranche d'une épaisseur normale pour 5 épisodes (pas d'étirement inhabituel de l'intrigue) qui met en place un enlèvement d'une nouvelle femme ayant connu Bruce Wayne dans le passé (point de départ assez classique pour Batman, avec deux possibilités pour la nouvelle venue : soit elle s'installe durablement dans les personnages secondaires, soit son espérance de vie est très courte). Batman se montre très sombre, très intense, polarisé sur sa recherche, plus violent et expéditif que d'habitude. Parallèlement Finch met en place deux intrigues secondaires qui arrivent plus ou moins à leur terme : l'une concernant une possession surnaturelle de Ragman (Rory Regan, personnage occulte secondaire) avec apparition d'Etrigan (Jason Blood), l'autre concernant Mira la demoiselle piratant la Batmobile. Enfin si, elles arrivent peut-être à leur terme, mais alors de façon très abrupte pour tout boucler avant la relance de New 52. Et le lecteur occasionnel de l'univers partagé DC se posera bien des questions sur le personnage de Blaze.
Ce n'est pas la première fois qu'il prend l'envie à un dessinateur d'enfin pouvoir écrire des histoires qui soient à la hauteur de son talent artistique (c'était le crédo de McFarlane, Larsen, Liefeld et consort lorsqu'ils ont créé Image Comics). Et le lecteur qui a acheté ce tome est avant tout venu pour s'en mettre plein la vue avec les dessins de Finch qui avait déjà redonné un sacré coup de jeunes aux (New) Avengers.
Dès les premières planches, David Finch en met plein la vue, avec un niveau de détails obsessionnel, une belle demeure, un grand parc, une pièce intérieure cohérente avec la forme extérieure du bâtiment, et un petit coté Jim Lee, renforcé par l'encrage de Scott Williams (l'encreur attitré de Jim Lee). La première apparition de Batman s'effectue sur un dessin occupant deux tiers d'une double page, sous la pluie qui ruisselle et dégouline, dans la nuit avec des ombres apportant tout le mystère nécessaire, avec un grand soin apporté aux textures des façades et canalisations. Et quand Batman s'élance pour tomber sur Killer Croc, il ne manque pas un seul motif sur le dessous des semelles de Batman. le combat est brutal et les coups portés font mal. Il est également chorégraphié avec intelligence, c'est-à-dire que le lecteur peut inscrire l'enchaînement de coups portés dans une suite logique. Il n'y a qu'une bizarrerie : la pâle lumière jaune émise par l'insigne de la chauve-souris sur la poitrine de Batman. de ce point de vue, et tout au long des 3 épisodes qu'il illustre, le lecteur en a pour son argent : des dessins vifs, sérieux, premier degré, détaillés, mettant en valeur ce héros sombre et intense. Lorsque Fabok remplace Finch, les dessins perdent peut-être un peu en intensité et en détail (et encore ce n'est pas si visible que ça). Ils perdent peut-être un peu en dramatisation par le cadrage. Mais la transition se fait sans hiatus, dans une continuité de style très impressionnante.
Évidemment il est tentant de comparer La nouvelle aube à Silence de Jeph et Jim Lee. le premier constat est que le scénario n'est pas de même niveau. Jeph Loeb avait imaginé une vraie histoire sur 12 épisodes, mettant en scène les supercriminels les plus connus de Batman pour que Jim Lee puisse avoir l'occasion de les dessiner tous. L'ambition de Finch est moins importante, d'autant (qu'à la réflexion) il a certainement dû les revoir à la baisse et tout boucler en 5 épisodes (d'où un sentiment d'incomplétude pour les intrigues secondaires liées à Mira, à Etrigan et à Ragman). Sur le plan visuel, David Finch n'est pas Jim Lee, mais il soutient la comparaison sans rougir et son Batman en impose, la ville de Gotham est palpable, les autres personnages dégagent une forte présence. Il a apporté une touche personnelle à son costume avec cet ovale luminescent, des gants munis de renforts, une étrange coquille de protection au niveau des bijoux de famille et une ceinture plus high-tech. Ses versions d'Etrigan et de Ragman sont plus traditionnelles.
Le risque avec les témoignages sur la déportation, c’est de devenir un lecteur blasé, devenu insensible à l’horreur à force de l’avoir lue de multiples fois. Un sentiment presque naturel, contre lequel il faut évidemment lutter, tant cette horreur est inoubliable, et tant la parole des survivants aura bientôt besoin de la nôtre pour poursuivre ce travail de mémoire nécessaire, surtout quand on voit les révisionnistes de tous bords et les fascistes en tous genres qui se verraient bien recommencer : les « sous-races » sont toujours disponibles pour eux : Juifs, Tziganes ; Noirs ; Arabes (Palestiniens ou pas), etc.
La construction de l’album est intéressante, mêlant deux époques : une Ginette Kolinka contemporaine, accompagne des collégiens sur les restes du camp de Birkenau, alors qu’elle nous narre en parallèle son histoire, de son arrestation durant la guerre jusqu’à sa déportation (à Auschwitz-Birkenau, puis dans d’autres camps en Allemagne, jusqu’à sa libération). L’alternance entre les deux époques est assez fluide, ne hache et ne gâche pas trop la lecture.
Surtout que Ginette Kolinka (je pense que les auteurs n’ont ici rien inventé – je ne la connais pas) se révèle une personne espiègle, pleine d’humour, n’hésitant pas à blaguer, avec de l’humour noir parfois, avec les jeunes qu’elle côtoie. Ça rend les dialogues agréables, et on sourit avec elle autant qu’on souffre lorsqu’elle raconte la vie (ou plutôt la survie) dans Birkenau. Les nombreuses allusions à son fils et à son groupe (Téléphone) n’apportent pas grand-chose, mais bon.
J’ai aussi bien aimé la volonté de Ginette Kolinka de ne parler que de ce qu’elle a vécu et ce dont elle a gardé le souvenir. Cette idée, que j’avais aussi vu lorsque j’avais à plusieurs reprises rencontré Marie-José Chombart de Lauwe, est intellectuellement très honorable. Et n’empêche pas de compléter ses connaissances par ailleurs, mais le témoignage s’en trouve conforté.
Une belle personne, que la saleté nazie n’a pas réussi à abimer.
Note réelle 3,5/5.
Encore une lecture qui n'a pas été de tout repos, le genre qui éveille en moi un sentiment de révolte et une profonde frustration. bref, une grosse claque cette BD. Très content d'avoir découvert ce personnage, sacré destin, un destin dur, très dur. D'autant plus quand on apprend qu'elle a été assassinée en 2001, quelques années seulement après sa libération.
Même étant une personne dès plus pacifique, comme le dit Titanick, on ne peut que comprendre le chemin qu'a emprunté Phoolan Devi.
J'ai vraiment adoré cette lecture, même si les émotions qu'elle provoque ne sont pas des plus agréables. Savoir que c'est une histoire réelle rend la lecture encore plus saisissante, renforçant l'empathie et l'admiration que l'on ressent pour cette Reine des bandits.
Je regrette aussi de ne pas en avoir appris davantage sur son parcours politique, mais aussi sur certains moments forts qui, à mon sens, ne sont pas assez bien retranscrits : par exemple, lorsqu'elle rend les armes devant une foule de plusieurs milliers de personnes, la BD donne l'impression qu'il n'y en a que quelques centaines. J'aurais également aimé en savoir plus sur ce qu'elle a vécu pendant sa détention, ainsi que sur l'influence grandissante qu'elle exerçait sur le peuple indien malgré son incarcération.
Des regrets qui n'enlèvent rien à la force du récit et au choix de se concentrer uniquement sur son parcours de souffrance, puis de rébellion jusqu'à sa détention.
Quant au dessin, il est juste magnifique. J'ai adoré le style et la colorisation qui nous plongent parfaitement dans l'atmosphère aride du pays.
Une histoire que je relirai !
L'objet du désir
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Il s'agit d'une histoire complète, indépendante de toute autre. Ce tome comprend les 5 épisodes de la minisérie (initialement parus en 2014), ainsi que 10 dessins pleine page (des dessins préparatoires). Greg Rucka a conçu et écrit ce récit, Toni Fejuzula a réalisé les dessins, l'encrage et la mise en couleurs (avec l'aide d'Aljosa Tomic pour cette dernière).
Quelque part, une bougie brûle et s'éteint. Ailleurs de l'argent change de main. Dans un local souterrain carrelé, une jeune femme nue prend conscience. Elle chasse les rats qui l'entourent, se lève, et commence à marcher. Elle sort de leurs gonds des vantaux d'une grille métallique, monte des escaliers et émerge sur le trottoir d'une grande artère, dans le quartier chaud d'une métropole. Un grand balèze la repère immédiatement et souhaite profiter de ses faveurs, consenties ou non. Dante, un autre homme, intervient pour la protéger, lui prêter son blouson, et la ramener chez lui. La jeune femme déclare s'appeler Veil et ne sait prononcer que quelques mots.
Cette histoire attire l'attention du lecteur du fait du scénariste (Greg Rucka, auteur réputé pour ses personnages féminins et sa capacité à écrire de bon polar en comics), et par le dessin saisissant de couverture. En feuilletant rapidement l'ouvrage, le lecteur apprécie immédiatement la qualité des images, et l'utilisation frappante de la couleur dans certaines scènes.
Toni Fejzula entame chaque numéro avec une page muette (sans dialogue, ni cellule de texte), composée de 9 cases de taille identique montrant des éléments disparates, dans des endroits différents, suscitant immédiatement la curiosité du lecteur. La séquence d'ouverture constitue un modèle de narration portée par les images, compréhensible au premier regard. Fejzula a choisi avec soin les éléments qu'il représente pour que le lecteur identifie immédiatement l'environnement (une station de métro désaffectée) avec un niveau de détails suffisant pour rendre l'endroit spécifique, sans information superflue. Il utilise les couleurs pour installer une continuité narrative dans chaque lieu, pour faire ressortir chaque forme par un léger contraste, pour exprimer l'étrangeté de la situation.
Toni Fejzula joue avec les couleurs, passant d'une palette naturaliste, à une palette expressionniste, de manière insensible (par exemple pour des visages franchement violets). L'intelligence de sa composition fait que le résultat ne s'apparente pas à des visions psychédéliques difficiles à soutenir, mais à une exagération révélatrice de l'étrangeté du moment, ou d'un état d'esprit inattendu. Il utilise de la même manière les cadrages, recourant parfois à un angle de vue surprenant pour attirer l'attention du lecteur (par exemple des gros plans de rat) sur un détail ou un élément ambigu.
Fejzula a pris le parti de ne pas représenter les tétons de cette jeune femme (ils restent nimbés d'une ombre peu réaliste), encore moins sa toison pubienne. Ce choix peut se percevoir soit comme une volonté délibérée de ne pas en rajouter dans l'utilisation du corps de la femme comme appât visuel pour attirer le lecteur, soit comme une volonté de conserver un potentiel de vente maximal en ne tombant pas dans l'érotisme soft, soit encore comme une volonté concertée avec le scénariste.
Greg Rucka a conçu son récit comme un thriller, comprenant une part de surnaturel (le comportement de Veil étant révélateur dès le premier épisode, sans parler de la couverture choisi pour le présent tome). le rythme de la narration est vif sans être épileptique. le lecteur a envie de tourner chaque page rapidement, tout en prenant le temps de profiter de l'aspect visuel du récit, très réussi.
Le scénariste met en scène des individus moralement très ambigus, ne disposant plus d'un casier judiciaire vierge. Il ne grossit pas le trait pour autant, et Dante est présenté sous son bon jour du début jusqu'à la fin. Rucka utilise Veil pour évoquer la puissance de séduction des belles femmes, et les passions qu'elles déchaînent. Sur ce point, il n'atteint pas le degré d'implication émotionnelle d'Ed Brubaker dans la série Fatale.
La narration repose donc sur le secret de Veil, et sur les individus qui souhaitent disposer de cette personne pour leur propre fin. Ces derniers n'hésitent pas à employer la manière forte, ce qui donne lieu à des affrontements saisissants, grâce à la mise en images très personnelle de Fejzula. Rucka joue également un peu avec les rats comme symboles de différentes idées. Il évoque également la notion de libre arbitre à quelques reprises, mais de manière superficielle.
Veil est un thriller divertissant, avec une touche de surnaturel, et une bonne dose de violence. Il sort du lot des thrillers grâce à une narration visuelle impeccable, tant pour le découpage que l'usage des couleurs, et par quelques séquences apportant un second niveau de lecture qui reste sporadique léger. Un bon thriller sans prétention, avec une partie graphique remarquable.
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Flashpoint
Eobard Thawne - Ce tome (édition 2015 d'Urban comics) regroupe les 5 épisodes de la minisérie parue en 2011. Cette histoire met fin à la continuité de l'univers partagé DC, telle qu'elle avait été développée depuis 1985 à partir de Crisis on Infinite Earths. Urban a placé en début de recueil, l'épisode 8 de la série Flash qui sert de prélude à Flashpoint. - - Flash 8 (scénario de Geoff Johns, dessins et encrage de Scott Kolins) – Cet épisode raconte comment Eobard Thawne en est venu à maîtriser la source d'énergie qui donne ses pouvoirs à Flash. Le choix d'Urban s'avère judicieux, puisque le lecteur peut découvrir les origines de ce personnage un peu mystérieux qui vient du futur. Geoff Johns dresse le portrait d'un individu égocentrique faisant un usage logique (à ses yeux) de sa découverte sur ses capacités à influer sur le temps, et sur le déroulement des événements. Scott Kolins dessine en mode un peu plus canalisé qu'à son habitude, avec un bon niveau de détails pour donner de la consistance à ce récit qui se déroule dans un futur très lointain, sans rien perdre de sa capacité à représenter une énergie débridée et crépitante quand le récit le nécessite. 4 étoiles pour une introduction nécessaire au professeur Zoom. - - Flashpoint (scénario de Geoff Johns, dessins d'Adam Kubert, encrage de Sandra Hope et Jesse Delperdang) - Barry Allen est le Flash, un superhéros costumé qui coure tellement vite que cela lui permet de courir sur l'eau. Il est basé à Central City, une ville fictive des États-Unis. Il fait partie de la Justice League of America (JLA). Il tire ses pouvoirs d'une source d'énergie appelée Speed Force, et il existe de nombreux autres superhéros dont les pouvoirs sont basés sur une vitesse surhumaine qui puisent à la même source. Un collègue du laboratoire de police le tire de son assoupissement sur la paillasse et Barry Allen n'a plus de pouvoir. L'un de ses pires ennemis est le superhéros attitré de Central City : Citizen Cold (Leonard Snart). Nora Allen (sa mère) est toujours vivante, et Iris (sa femme dans la réalité d'origine) fréquente un autre homme. Il ne reste qu'un seul recours à Barry Allen : prendre contact avec Batman qui a lui aussi quelque peu changé. de son coté Victor Stone tente de rallier les différents superhéros de cette réalité pour enrayer la guerre qui sévit en Europe, entre New Themyscira (les amazones de Wonder Woman ont envahi et conquis le Royaume Uni) et New Atlantis (Aquaman a fait sombrer toute l'Europe occidentale et les atlantes se sont installés dans les cités submergées. Flashpoint rentre dans la catégorie des crossovers, ces histoires qui rassemblent des dizaines de superhéros pour lutter contre des évènements cataclysmiques, avec des répercussions dans la quasi-intégralité des séries mensuelles de l'éditeur. Réussir un crossover demande un dosage d'une grande précision pour répondre aux contraintes imposées : faire apparaître un maximum de superhéros (les plus connus, et un bon échantillon des plus oubliés), concevoir une menace globale qui n'a pas déjà été vue 100 fois, orchestrer des combats titanesques avec des dizaines de personnages, et trouver un petit peu de place pour caser les émotions des uns et des autres (pour que le lecteur puisse développer un peu d'empathie). Pour ce crossover, DC Comics a sorti l'artillerie lourde avec 15 miniséries de 3 épisodes chacune et 4 numéraux spéciaux. Ce déploiement gigantesque de titres supplémentaires profite à Geoff Johns : il se concentre uniquement sur l'intrigue principale en laissant le soin aux miniséries de développer. du coup Barry Allen a de la place pour exister (le nouveau Batman aussi), le lecteur a le temps d'apprécier ses émotions et peut s'impliquer dans les enjeux. Pour être parfaitement honnête, il vaut mieux connaître l'histoire de Barry Allen (au moins depuis "Rebirth") pour apprécier pleinement l'histoire. La contrepartie est que la version de la réalité de Flashpoint est plus évoquée que visitée. le résultat est prenant avec une montée en puissance progressive, de vrais défis pour Barry Allen et pour Batman, et une résolution satisfaisante. C'est une bonne histoire de superhéros, même si un ou deux détails déconcertent, tels que la manière dont Barry Allen récupère ses pouvoirs, ou son doigt cassé par Batman. Coté graphique, DC Comics a confié les illustrations à une valeur sure : Andy Kubert, encré par Sandra Hope et Jesse Delperdang. Ils créent des images de superhéros traditionnelles, avec majoritairement un niveau de détails satisfaisant (sauf le dernier épisode qui compte 15 pages dépourvues de tout décor). Andy Kubert s'attache essentiellement aux personnages pour leur donner une apparence travaillée. Il est visible à la lecture qu'il a pris du temps pour créer des variations sur les costumes traditionnels des superhéros de l'univers DC. Pour les fans de cet univers, il est facile de reconnaître les superhéros habituels, et les nouvelles apparences constituent autant de petits cadeaux supplémentaires (je garde un bon souvenir de Element Woman (Emily Sung)). Parmi les autres bons cotés de ses illustrations, il y a la mise en page fluide, et un nombre de cases par pages de 5 à 7. Andy Kubert n'abuse pas des pleines pages et il prend le temps de construire des séquences de cases élaborées. Pour le reste, Andy Kubert propose des illustrations où les expressions des visages manquent de subtilité (il règne une certaine uniformité dans les visages). le rendu des décors correspond à une vision simpliste, plus qu'à une interprétation d'auteur. Et la largeur des épaules de Batman a tendance à varier de façon déconcertante. le lecteur retrouve donc Andy Kubert égal à lui-même : appliqué dans l'apparence des personnages, et dans la construction des enchaînements de cases, peu convaincant dans les expressions et dans la vision artistique. Enfin il est évident que les délais pour produire le dernier épisode ont dû être très serrés. Malgré tout, l'aspect graphique reste supérieur à la production de masse des comics de superhéros. Flashpoint constitue un crossover bien ficelé, avec des illustrations de professionnels. Geoff a tiré le meilleur parti de la brièveté du récit pour se concentrer sur Flash et un ou deux autres personnages, tout en réussissant à donner une idée de l'ampleur des différences de ce monde par rapport à l'univers DC traditionnel. Il reste que les dessins restent limités au style comics en plus fouillés et plus dynamiques, et que le scénario débouche sur une résolution arbitraire qui laisse songeur. Et après ? En 2004/2005, Geoff Johns entame sa progression inéluctable au sein de DC Comics en concevant et écrivant le retour d'Hal Jordan au poste de Green Lantern (dans Green Lantern rebirth). En 2009, il fait de même pour Barry Allen en le réinstituant dans le costume de Flash (voir Flash rebirth). Johns déclare dans les interviews que le temps est venu pour DC Comics de remettre sur le devant de la scène les incarnations les plus célèbres des personnages. Il est assez ironique et paradoxal de voir qu'en 2011, c'est ce même défenseur de la tradition qui se charge de fermer la porte de l'univers partagé DC tel qu'il existait depuis son redémarrage en 1985 avec Crisis on Infinite Earths. En septembre 2011, DC Comics frappe un grand coup (marketing) en redémarrant l'intégralité de ses séries au numéro 1 ; cet évènement est baptisé The new 52 (recueil des 52 nouveaux numéros 1).
Biotope
J'ai trouvé cette lecture détente assez plaisante. Les deux parties sont bien distinctes avec une partie polar assez classique dans un environnement très particulier. La seconde partie s'ouvre à un extérieur pas si hostile dans un récit à tendance écologique pessimiste. C'est le commissaire Toussaint qui porte les thématiques de la série. On retrouve une thématique que reprendra Guillaume Singelin dans son excellent Frontier sur la responsabilité des scientifiques dans la réponse à apporter aux vilaines compagnies avides d'exploiter et ainsi de détruire tout élément naturel. J'ai bien aimé le second tome qui apporte une réponse assez désabusée sur la vanité des positions des uns ou des autres. Un mal est-il légitime pour défendre une "juste cause" ? Si la belle Eunice en est convaincue le parcours de son coéquipier pourrait lui montrer le contraire. Avec un récit divertissant, rythmé et bien construit Appollo livre un questionnement subtilement assez profond. Le graphisme de Bruno est très original et nous sort des sentiers habituels. J'aime bien ce style épuré qui réussit à traduire de l'expression malgré des visages avec peu de détails. Dans chaque case l'auteur équilibre la présence des personnages avec celle de leur environnement qui devient ainsi un personnage à part entière. C'est ce dernier qui a le dernier mot. La mise en couleur de Laurence Croix participe pleinement à la narration par ses contrastes ou ses harmonies dans les gris-bleus, les kakis ou les orangés. Une lecture sympathique et très plaisante 3.5
The Ex-People
Une belle petite histoire se déroulant durant les croisades: des aventuriers, humains comme animaux, s'avèrent être des morts revenus à la vie et tous affligés d'un "défaut" suite à leur mort, comme une sorcière morte brûlée vive et qui a la peau noire comme du bois brûlé. Nos amis décident ensemble d'aller à Jérusalem pour obtenir d'une congrégation de moines un philtre qui les ramènera à la vie et restaurera leurs corps respectifs dans leur état d'origine. Problème: ces moines ne font pas la magie gratis d'une, deux ils veulent que l'argent soit acquis de manière honnête, une notion assez particulière et difficile à respecter dans un Moyen-Age pas vraiment réputé pour sa douceur. Les dessins un peu naïfs correspondent à merveille à l'esprit de ce conte étalé sur deux tomes, nous dévoilant petit à petit les raisons du trépas des différents membres de l'équipe, ainsi que des nombreux détails sur leur quête d'argent. Il y a aussi plusieurs niveaux de lecture qui rendent la chose intéressante : 1)Philosophique: qu'est ce que l'honnêteté? Quels moyens sont légitimes pour arriver à ses fins? Qui est vraiment coupable? 2)Humoristique: la course effrénée d'un personnage pour obtenir de l'argent honnête peut franchement prêter à rire 3)Sentimentale: c'est aussi une histoire sur l'amour et l'amitié. Le seul reproche qu'on peut adresser à de diptyque, c'est que c'est un diptyque justement : la fin est belle, mais franchement expédiée, et je pense qu'on aurait mérité un album de plus.
Winter Road
Je poursuis la lecture des Lemire disponible dans ma bibliothèque locale et franchement, c'est un excellent opus que voici ! Jeff Lemire bat le même fer que dans les autres BD que j'ai lu de lui : personnage masculin torturé, rapport au père (ici encore disparu), questionnement sur l'avenir avec une naissance. On sent que l'auteur brasse des thématiques qui l'intéresse mais arrive à chaque fois à convoquer une autre façon de faire. Ici, j'ai trouvé l'ensemble prenant et surtout la résolution semi-optimiste qui amène un espoir pour l'avenir. Il faut dire que ça commence par un type alcoolique et violent, ça continue avec la soeur SDF et toxico, mais je trouve qu'on ne verse pas spécialement dans un cliché misérabiliste. Il y a la question des petites villes de province dans le Canada, les familles violentes dont les schémas se répètent (le père qui reste présent comme un fantôme est bien dosé), mais aussi les Premières nations du Canada et la coupure du lien familiales. Il y a une continuité logique qui m'a semblé brasser les sujets de manière pertinente. D'ailleurs la question de la répétition de la violence au sein des familles m'a plu, notamment dans le discours de la sœur au père et ce final, qui repose sur une logique que j'apprécie. Savoir tourner le dos à la violence et comprendre d'où elle vient est salutaire, je trouve que le message est bien plus pertinent que de nombreuses œuvres qui se contentent de la présenter au final comme importante dans certaines situations. Ici, il y a un vrai rejet de celle-ci et une proposition plus crédible pour l'avenir. Le dessin est toujours le même, efficace et bien réalisé sur les ambiances. On a des gueules impayables, des paysages d'une blancheur immaculée et l'utilisation des arbres droits caractéristiques du grand nord (je pense que ce sont des bouleaux mais je ne suis pas certain) qui rappellent des barreaux de prison, ceux qui enferment les personnages principaux dans une routine et dans leur vie. D'ailleurs l'échappée finale se fera dans un environnement vide de tout. Lemire est pertinent dans son trait, aucun doute. Je recommande ses lectures, pour l'instant c'est un presque sans faute selon moi !
Dans un rayon de soleil
Étonnante BD, dans le sens où elle est si spécifique qu'il est dur d'en parler sans donner l'impression qu'elle est un peu trop étrange pour un lecteur moyen. Mais en même temps c'est une BD qui m'a happée tout du long jusqu'à la dernière page en étant immergé dedans sans jamais en sortir. Nous sommes ici de plein pied dans la SF Space Opéra, la grande SF qui ne s’embarrasse de rien sur le plan technique. D'ailleurs l'univers crée ici n'a rien de logique mécaniquement parlant, c'est juste un univers original et surprenant, sans prise de tête. J'ai d'ailleurs beaucoup apprécié celui-ci, qui joue sur des tableaux que je n'avais jamais vraiment vu développé comme l'absence totale d'hommes. Si j'ai une petite idée des raisons qui ont poussée l'autrice à faire ce choix-là, je trouve qu'il est très bienvenue. C'est une idée simple mais excellente pour caractériser un monde différent. Plusieurs choses surnagent dans l'ensemble, et le discours porté par Julie vers le dernier tiers de l'ouvrage me semble porter presque tout le message de la BD, sur la tolérance, l'ouverture d'esprit et l'écoute les uns des autres. C'est clairement ce qui conduit aussi le dernier segment de l'ouvrage, et je trouve le message bien pensé, bien amené et franchement pertinent. Le dessin de la BD est surprenant mais je le trouve très beau. Il a un air léger et fragile, mais se tient sur l'ensemble de la BD qui est franchement longue. C'est un régal pour les yeux et un sacré exploit d'avoir réussi à tenir sur tant de planches ! Le bébé pèse un sacré poids et on en prend plein les mirettes entre les bâtiments à l'abandon, les grands vides de l'espace puis l'Escalier, lorsqu'on le découvre enfin. L'autrice s'est dépassée ! C'est le genre de BD qui surprend dans le bon sens du terme. Il faut un petit moment avant que l'on comprenne où elle veut nous emmener, ce que nous aurons, mais si on accepte de se laisser porter par le courant, c'est une BD qui entraine sans nous lâcher. Personnellement j'étais très vite à fond dedans et j'ai carrément englouti la BD dans la soirée, alors que je m'étais promis d'en garder pour le lendemain. Réussite éclatante pour l'autrice ! Chapeau bas.
Edika
Ca devait déconner sévèrement dans le foyer des Karali, entre Edouard (Edika) et Paul (Carali), tous deux experts es déconne absurde avec des personnages à gros nez partout. L'un publié dans Fluide Glacial, bon enfant, et l'autre dans Psikopat, plus trash. Et c'est Edika qui a décroché le pompon de la célébrité, plus "consensuel" va-t-on dire. Alors attention, c'est gras, scato, érotique mais pas malaisant ou méchant. A l'inverse du pape dans cette catégorie, Vuillemin, on peut prêter un album d'Edika à un pote sans passer pour un infréquentable. Car Edika ne fait pas sourire ni réfléchir mais réellement rire. Ca n'a pas de sens, les réactions de tous les personnages (et quels personnages! Mention spécial au chat, sans équivalent) sont en décalage permanent, il n'y a pas de chute mais ce n'est pas frustrant car la prochaine histoire sera tout aussi poilante. Bref vous aurez compris que j'adore Edika et l'achat de 3-4 albums indispensables pour vous faire retrouver le sourire après une dure journée de labeur.
Batman - La Nouvelle Aube
Batman selon David Finch - Ce tome contient les épisodes 1 à 5 de la série Batman - Dark Knight, parus en 2011, écrits par David Finch, dessinés par Finch (numéros 1 à 3), Jason Fabok (épisodes 4 & 5), encrés par Scott Williams (épisodes 1 à 3), Richard Friend (épisode 3), Batt & Ryan Winn (episode 4), Greg Adams, Batt, Ray McCarthy, Jaime Mendoza, Sal Regla (épisode 5). La série à redémarré dans le cadre de l'opération New 52 (suite au crossover Flashpoint) avec Terreurs nocturnes (épisodes 1 à 9 d'une nouvelle série débutée en 2011). Ces derniers temps, Bruce Wayne repense à la relation qu'il entretenait avec Dawn Golden quand ils étaient encore enfants, sous la surveillance de leurs parents. Elle lui avait perdu son cerf-volant. Il faut dire qu'elle vient d'être enlevée et que la police est sur les dents (surtout le commissaire Gordon et Harvey Bullock). Mais Batman a sa petite idée : Killer Croc a repris du service il y a peu de temps et il est peu probable qu'il soit innocent. Après un interrogatoire musclé, il crache le morceau : il travaille pour Oswald Cobblepot. Pendant ce temps là, les SDF de Gotham ont remarqué que plusieurs des leurs avaient disparu sans laisser de trace, comme enlevés par un psychopathe. Et Mira (une jeune fille) a réussi à s'introduire dans la Batmobile. Fin 2010, les responsables éditoriaux de DC claironnent haut et fort que David Finch a quitté Marvel, qu'il a rejoint DC Comics et qu'il va écrire et dessiner une nouvelle série mensuelle dédiée à Batman. 1 an plus tard, David Finch a écrit 5 épisodes et en a dessiné 3. La majeure partie des lecteurs s'est sentie flouée car ces 5 épisodes peinent à former une histoire complète. À la relecture à tête reposée, il s'avère que le scénario de ces épisodes n'est pas très dense, mais qu'il ne présente pas d'incohérence flagrante. David Finch écrit pour pouvoir se faire plaisir en temps que dessinateur, réaliser de belles planches mettant en valeur Batman dans toute sa splendeur, toute sa force virile, et son aspect gothique, face à des méchants très méchants. le lecteur sent bien que les responsables éditoriaux lui ont lâché la bride et ne lui ont pas imposé de s'en tenir rigoureusement à la continuité. Par exemple, l'interprétation du Pingouin s'éloigne du de la version alors en vigueur (magouilleur trafiquant d'informations, sous une façade respectable de responsable d'un club huppé Iceberg Lounge dans le port de Gotham). Finch en fait un individu grimaçant avec une dentition de requin, qui se fait briser plusieurs membres par un Batman qui frappe d'abord et pose des questions après. Effectivement côté histoire, le lecteur a droit à une tranche d'une épaisseur normale pour 5 épisodes (pas d'étirement inhabituel de l'intrigue) qui met en place un enlèvement d'une nouvelle femme ayant connu Bruce Wayne dans le passé (point de départ assez classique pour Batman, avec deux possibilités pour la nouvelle venue : soit elle s'installe durablement dans les personnages secondaires, soit son espérance de vie est très courte). Batman se montre très sombre, très intense, polarisé sur sa recherche, plus violent et expéditif que d'habitude. Parallèlement Finch met en place deux intrigues secondaires qui arrivent plus ou moins à leur terme : l'une concernant une possession surnaturelle de Ragman (Rory Regan, personnage occulte secondaire) avec apparition d'Etrigan (Jason Blood), l'autre concernant Mira la demoiselle piratant la Batmobile. Enfin si, elles arrivent peut-être à leur terme, mais alors de façon très abrupte pour tout boucler avant la relance de New 52. Et le lecteur occasionnel de l'univers partagé DC se posera bien des questions sur le personnage de Blaze. Ce n'est pas la première fois qu'il prend l'envie à un dessinateur d'enfin pouvoir écrire des histoires qui soient à la hauteur de son talent artistique (c'était le crédo de McFarlane, Larsen, Liefeld et consort lorsqu'ils ont créé Image Comics). Et le lecteur qui a acheté ce tome est avant tout venu pour s'en mettre plein la vue avec les dessins de Finch qui avait déjà redonné un sacré coup de jeunes aux (New) Avengers. Dès les premières planches, David Finch en met plein la vue, avec un niveau de détails obsessionnel, une belle demeure, un grand parc, une pièce intérieure cohérente avec la forme extérieure du bâtiment, et un petit coté Jim Lee, renforcé par l'encrage de Scott Williams (l'encreur attitré de Jim Lee). La première apparition de Batman s'effectue sur un dessin occupant deux tiers d'une double page, sous la pluie qui ruisselle et dégouline, dans la nuit avec des ombres apportant tout le mystère nécessaire, avec un grand soin apporté aux textures des façades et canalisations. Et quand Batman s'élance pour tomber sur Killer Croc, il ne manque pas un seul motif sur le dessous des semelles de Batman. le combat est brutal et les coups portés font mal. Il est également chorégraphié avec intelligence, c'est-à-dire que le lecteur peut inscrire l'enchaînement de coups portés dans une suite logique. Il n'y a qu'une bizarrerie : la pâle lumière jaune émise par l'insigne de la chauve-souris sur la poitrine de Batman. de ce point de vue, et tout au long des 3 épisodes qu'il illustre, le lecteur en a pour son argent : des dessins vifs, sérieux, premier degré, détaillés, mettant en valeur ce héros sombre et intense. Lorsque Fabok remplace Finch, les dessins perdent peut-être un peu en intensité et en détail (et encore ce n'est pas si visible que ça). Ils perdent peut-être un peu en dramatisation par le cadrage. Mais la transition se fait sans hiatus, dans une continuité de style très impressionnante. Évidemment il est tentant de comparer La nouvelle aube à Silence de Jeph et Jim Lee. le premier constat est que le scénario n'est pas de même niveau. Jeph Loeb avait imaginé une vraie histoire sur 12 épisodes, mettant en scène les supercriminels les plus connus de Batman pour que Jim Lee puisse avoir l'occasion de les dessiner tous. L'ambition de Finch est moins importante, d'autant (qu'à la réflexion) il a certainement dû les revoir à la baisse et tout boucler en 5 épisodes (d'où un sentiment d'incomplétude pour les intrigues secondaires liées à Mira, à Etrigan et à Ragman). Sur le plan visuel, David Finch n'est pas Jim Lee, mais il soutient la comparaison sans rougir et son Batman en impose, la ville de Gotham est palpable, les autres personnages dégagent une forte présence. Il a apporté une touche personnelle à son costume avec cet ovale luminescent, des gants munis de renforts, une étrange coquille de protection au niveau des bijoux de famille et une ceinture plus high-tech. Ses versions d'Etrigan et de Ragman sont plus traditionnelles.
Adieu Birkenau
Le risque avec les témoignages sur la déportation, c’est de devenir un lecteur blasé, devenu insensible à l’horreur à force de l’avoir lue de multiples fois. Un sentiment presque naturel, contre lequel il faut évidemment lutter, tant cette horreur est inoubliable, et tant la parole des survivants aura bientôt besoin de la nôtre pour poursuivre ce travail de mémoire nécessaire, surtout quand on voit les révisionnistes de tous bords et les fascistes en tous genres qui se verraient bien recommencer : les « sous-races » sont toujours disponibles pour eux : Juifs, Tziganes ; Noirs ; Arabes (Palestiniens ou pas), etc. La construction de l’album est intéressante, mêlant deux époques : une Ginette Kolinka contemporaine, accompagne des collégiens sur les restes du camp de Birkenau, alors qu’elle nous narre en parallèle son histoire, de son arrestation durant la guerre jusqu’à sa déportation (à Auschwitz-Birkenau, puis dans d’autres camps en Allemagne, jusqu’à sa libération). L’alternance entre les deux époques est assez fluide, ne hache et ne gâche pas trop la lecture. Surtout que Ginette Kolinka (je pense que les auteurs n’ont ici rien inventé – je ne la connais pas) se révèle une personne espiègle, pleine d’humour, n’hésitant pas à blaguer, avec de l’humour noir parfois, avec les jeunes qu’elle côtoie. Ça rend les dialogues agréables, et on sourit avec elle autant qu’on souffre lorsqu’elle raconte la vie (ou plutôt la survie) dans Birkenau. Les nombreuses allusions à son fils et à son groupe (Téléphone) n’apportent pas grand-chose, mais bon. J’ai aussi bien aimé la volonté de Ginette Kolinka de ne parler que de ce qu’elle a vécu et ce dont elle a gardé le souvenir. Cette idée, que j’avais aussi vu lorsque j’avais à plusieurs reprises rencontré Marie-José Chombart de Lauwe, est intellectuellement très honorable. Et n’empêche pas de compléter ses connaissances par ailleurs, mais le témoignage s’en trouve conforté. Une belle personne, que la saleté nazie n’a pas réussi à abimer. Note réelle 3,5/5.
Phoolan Devi, reine des bandits
Encore une lecture qui n'a pas été de tout repos, le genre qui éveille en moi un sentiment de révolte et une profonde frustration. bref, une grosse claque cette BD. Très content d'avoir découvert ce personnage, sacré destin, un destin dur, très dur. D'autant plus quand on apprend qu'elle a été assassinée en 2001, quelques années seulement après sa libération. Même étant une personne dès plus pacifique, comme le dit Titanick, on ne peut que comprendre le chemin qu'a emprunté Phoolan Devi. J'ai vraiment adoré cette lecture, même si les émotions qu'elle provoque ne sont pas des plus agréables. Savoir que c'est une histoire réelle rend la lecture encore plus saisissante, renforçant l'empathie et l'admiration que l'on ressent pour cette Reine des bandits. Je regrette aussi de ne pas en avoir appris davantage sur son parcours politique, mais aussi sur certains moments forts qui, à mon sens, ne sont pas assez bien retranscrits : par exemple, lorsqu'elle rend les armes devant une foule de plusieurs milliers de personnes, la BD donne l'impression qu'il n'y en a que quelques centaines. J'aurais également aimé en savoir plus sur ce qu'elle a vécu pendant sa détention, ainsi que sur l'influence grandissante qu'elle exerçait sur le peuple indien malgré son incarcération. Des regrets qui n'enlèvent rien à la force du récit et au choix de se concentrer uniquement sur son parcours de souffrance, puis de rébellion jusqu'à sa détention. Quant au dessin, il est juste magnifique. J'ai adoré le style et la colorisation qui nous plongent parfaitement dans l'atmosphère aride du pays. Une histoire que je relirai !
Veil
L'objet du désir - Il s'agit d'une histoire complète, indépendante de toute autre. Ce tome comprend les 5 épisodes de la minisérie (initialement parus en 2014), ainsi que 10 dessins pleine page (des dessins préparatoires). Greg Rucka a conçu et écrit ce récit, Toni Fejuzula a réalisé les dessins, l'encrage et la mise en couleurs (avec l'aide d'Aljosa Tomic pour cette dernière). Quelque part, une bougie brûle et s'éteint. Ailleurs de l'argent change de main. Dans un local souterrain carrelé, une jeune femme nue prend conscience. Elle chasse les rats qui l'entourent, se lève, et commence à marcher. Elle sort de leurs gonds des vantaux d'une grille métallique, monte des escaliers et émerge sur le trottoir d'une grande artère, dans le quartier chaud d'une métropole. Un grand balèze la repère immédiatement et souhaite profiter de ses faveurs, consenties ou non. Dante, un autre homme, intervient pour la protéger, lui prêter son blouson, et la ramener chez lui. La jeune femme déclare s'appeler Veil et ne sait prononcer que quelques mots. Cette histoire attire l'attention du lecteur du fait du scénariste (Greg Rucka, auteur réputé pour ses personnages féminins et sa capacité à écrire de bon polar en comics), et par le dessin saisissant de couverture. En feuilletant rapidement l'ouvrage, le lecteur apprécie immédiatement la qualité des images, et l'utilisation frappante de la couleur dans certaines scènes. Toni Fejzula entame chaque numéro avec une page muette (sans dialogue, ni cellule de texte), composée de 9 cases de taille identique montrant des éléments disparates, dans des endroits différents, suscitant immédiatement la curiosité du lecteur. La séquence d'ouverture constitue un modèle de narration portée par les images, compréhensible au premier regard. Fejzula a choisi avec soin les éléments qu'il représente pour que le lecteur identifie immédiatement l'environnement (une station de métro désaffectée) avec un niveau de détails suffisant pour rendre l'endroit spécifique, sans information superflue. Il utilise les couleurs pour installer une continuité narrative dans chaque lieu, pour faire ressortir chaque forme par un léger contraste, pour exprimer l'étrangeté de la situation. Toni Fejzula joue avec les couleurs, passant d'une palette naturaliste, à une palette expressionniste, de manière insensible (par exemple pour des visages franchement violets). L'intelligence de sa composition fait que le résultat ne s'apparente pas à des visions psychédéliques difficiles à soutenir, mais à une exagération révélatrice de l'étrangeté du moment, ou d'un état d'esprit inattendu. Il utilise de la même manière les cadrages, recourant parfois à un angle de vue surprenant pour attirer l'attention du lecteur (par exemple des gros plans de rat) sur un détail ou un élément ambigu. Fejzula a pris le parti de ne pas représenter les tétons de cette jeune femme (ils restent nimbés d'une ombre peu réaliste), encore moins sa toison pubienne. Ce choix peut se percevoir soit comme une volonté délibérée de ne pas en rajouter dans l'utilisation du corps de la femme comme appât visuel pour attirer le lecteur, soit comme une volonté de conserver un potentiel de vente maximal en ne tombant pas dans l'érotisme soft, soit encore comme une volonté concertée avec le scénariste. Greg Rucka a conçu son récit comme un thriller, comprenant une part de surnaturel (le comportement de Veil étant révélateur dès le premier épisode, sans parler de la couverture choisi pour le présent tome). le rythme de la narration est vif sans être épileptique. le lecteur a envie de tourner chaque page rapidement, tout en prenant le temps de profiter de l'aspect visuel du récit, très réussi. Le scénariste met en scène des individus moralement très ambigus, ne disposant plus d'un casier judiciaire vierge. Il ne grossit pas le trait pour autant, et Dante est présenté sous son bon jour du début jusqu'à la fin. Rucka utilise Veil pour évoquer la puissance de séduction des belles femmes, et les passions qu'elles déchaînent. Sur ce point, il n'atteint pas le degré d'implication émotionnelle d'Ed Brubaker dans la série Fatale. La narration repose donc sur le secret de Veil, et sur les individus qui souhaitent disposer de cette personne pour leur propre fin. Ces derniers n'hésitent pas à employer la manière forte, ce qui donne lieu à des affrontements saisissants, grâce à la mise en images très personnelle de Fejzula. Rucka joue également un peu avec les rats comme symboles de différentes idées. Il évoque également la notion de libre arbitre à quelques reprises, mais de manière superficielle. Veil est un thriller divertissant, avec une touche de surnaturel, et une bonne dose de violence. Il sort du lot des thrillers grâce à une narration visuelle impeccable, tant pour le découpage que l'usage des couleurs, et par quelques séquences apportant un second niveau de lecture qui reste sporadique léger. Un bon thriller sans prétention, avec une partie graphique remarquable.