Oui, oui, j’ai lu 'Les Belles Histoires de l’Oncle Alix'. Je suis même parmi les premiers lecteurs de cette… chose. Pourtant je n’avais pas posté mon avis (Superjé, pourras-tu me pardonner ?) Je répare donc cette lacune.
Premièrement, et c’est sans doute un défaut professionnel, je ne peux m’empêcher de râler à la lecture ! :! Moi qui ai eu l’ouvrage en mains avant sa parution, pourquoi n’ai-je pas pris le temps de le relire avant ! Cela aurait permis d’éviter nombre de fautes d’orthographe ou de frappe. Pour mon excuse, je dois dire que je n’ai eu que quelques jours pour faire un peu de mise en page (là non plus, je ne suis pas contente de moi). Je n’ai d’ailleurs lu l’ensemble qu’après publication. Superjé m’a laissé un délai tellement court que je n’avais pas eu le temps de le lire ! :S Quelle poigne, ce jeunot ! Merci à toi pour ce beau projet, ce cadeau que tu as fait à tous les habitués du site.
Au niveau du contenu, j’ai vraiment beaucoup aimé. Les dessins sont certes le travail d’amateurs, mais des amateurs qui y ont mis du temps, du talent et du cœur. :) J’admire la maîtrise de Pierig, mais vous allez dire que je ne suis pas objective… Mon histoire préférée est celle du Far West, grâce à un scénario enclumesque ! (Oui, ce mot mérite d’entrer dans le dictionnaire, au moins dans celui de BDT !) J’ai adoré toutes les références, même si c’est ce qui fait aussi la faiblesse de l’ouvrage : trop de private jokes. Je n’ai moi-même pas tout saisi... (Je sais, c’est ma faute, je n’avais qu’à être plus présente sur le site ! ;))
Cette BD m’a fait rire, et ce n’est pas rien de le dire ! Il est rare d’entendre des éclats de rire quand je lis une BD, même si elle est censée être drôle. :?) Là, j’ai pris mon pied. :) Mais 'Les Belles Histoires…' m’ont aussi touchée. Elles m’ont rappelé tant de bons moments, dont les meilleurs sont ceux où il n’y avait plus d’écrans entre nous. J’ai particulièrement apprécié les témoignages de chacun. C’est ce qui rend BDT si attachant : son côté humain. Cela m’a rappelé pourquoi j’aimais autant flâner sur le site, et m’a donné envie d’y revenir plus souvent. Les bdthéquiens changent, certains s'en vont, d'autres arrivent; certains installent leurs pénates alors que d'autres ne font que passer, mais le site est toujours aussi intéressant et amusant.
L’ensemble constitué par ces récits BD, ces témoignages, ces illustrations etc. fait peut-être un peu fourre-tout, mais un contenu varié comme celui-là est plaisant à lire. Il aurait pu être mieux fini, à tous les niveaux, mais vous ne l’auriez pas eu avant les 20 ans du site… Le contenu aurait pu être plus abordable, mais il aurait sans doute perdu un peu de ses charmes. Bref, ce n’est pas parfait, mais les auteurs n’ont jamais eu cette prétention. Je les remercie tous les cinq. Grand bravo à tous ! Un merci énorme aussi à Alix, ainsi qu’à tous les modérateurs.
Après la lecture de la totalité des cinq albums de la série.
Hazumu est un jeune adolescent plutôt timide et réservé. Un jour, il décide d'avouer ses sentiments à l'élue de son coeur avec qui il entretient une relation amicale depuis peu.
Hélas, il se fait éconduire. Déprimé il décide de gravir une montagne pour s'isoler et broyer du noir.
Mais des extra-terrestres en détresse s'écrasent au sommet et tuent notre héros. Pris de remords, ils décident de le ressuciter mais ils ne le peuvent qu'à condition de le faire changer de sexe. Une nouvelle vie commence alors pour notre héros maintenant transformé en jeune fille, ce qui va bouleverser le regard et les relations qu'il entretient avec son entourage et plus particulièrement avec ses amis.
De plus, les extra-terrestres le surveillent en permanence puisqu'ils voient en cette expérience une bonne occasion d'étudier le comportement humain.
Voici une histoire qui démarre de façon plutôt originale puisque d'entrée le héros se fait transformer en fille par des extra-terrestres, ce qui procure bon nombre de situations comiques ; car vous vous en doutez le fait de retrouver du jour au lendemain l'esprit d'un jeune homme dans le corps d'une ravissante étudiante donne forcément des moments bien drôles et embarrassants. En plus certains personnages secondaires ne sont présents que pour apporter une touche humoristique (le père pervers, la prof en manque d'affection, le meilleur ami qui se fait des films, les extra-terrestres fouineurs et farceurs).
Toutefois ne vous y trompez pas nous avons affaire, en premier lieu, à une série qui met en scène des relations amoureuses chaotiques et embrouillées entre les trois personnages principaux. En effet, deux filles au physique et au caractère totalement différents vont tomber amoureuses de notre héros (héroïne) qui, lui (elle), en pince pour les deux ; enfin disons qu'il (elle) est même plutôt perdu(e).
Aussi, toute l'histoire va se baser sur les choix difficiles auquels il (elle) devra faire face ainsi que sur les divers rapprochements de chacun. Dès le début on est vite emporté dans la vie de personnages attachants et on dévore avec avidité les cinq tomes de la série afin de connaitre le dénouement d'une l'histoire qui oscille sans arrêt entre moments drôles et d'autres plus sérieux ou émouvants.
De plus, le scénario met en valeur des sentiments amoureux profonds, authentiques et sincères très bien retranscrits -ce qui est fort appréciable - et on est bien loin des ambiances cul-cul la praline avec des personnages clichés ou énervants que l'on peut trouver assez souvent dans beaucoup de séries sentimentales.
A noter que cette série peut s'apparenter au thème yuri (relation homosexuelle féminine pour ceux qui connaissent pas) puisque l'héroïne éprouve des sentiments amoureux pour d'autres personnages du même sexe. Mais vu que ces dernières ne la considèrent pas vraiment comme une fille mais plutôt comme le garçon d'avant sa transformation, on peut aussi penser que l'on a affaire à une série possédant une banale histoire de triangle amoureux.
De ce point de vue, l'auteur semble vouloir faire passer un message de tolérance très connu mais non moins superbe : peu importe le physique de la personne aimée, ce qui compte c'est la beauté intérieure.
Enfin cette série possède une fin très belle car ultra romantique et vraiment explicite ce qui s'avère assez rare pour des série de ce genre.
Au niveau des dessins, on peut dire que l'ensemble est bien maitrisé et qu'il s'agit d'un style assez classique que l'on retrouve souvent dans les mangas.
Sinon, le principal coté négatif pour moi réside dans le fait que les personnages secondaires ne sont pas du tout ou trop peu exploités ; car, au final, ils ne sont présents que pour apporter une touche comique ou pour mettre en valeur les trois principaux protagonistes.
Mais disons que ce petit défaut passe sur un plan plus que secondaire puisque ce qui nous intéresse c'est bel et bien l'évolution relationnelle des héroïnes qui forment un triangle amoureux.
Evidemment c'est une série sans grands rebondissements réservée à un public friand du genre et ceux qui cherchent de l'action ou quelque chose qui bouge n'ont pas frappé à la bonne porte.
Il y a aussi le fait que l'on traite en quelque sorte du sujet sensible que représente l'homosexualité qui peut choquer ou déplaire à une certaine catégorie de population.
Ceci mis à part, on peut dire que cette série s'adresse à un large éventail de lecteurs donc autant masculins que féminins et c'est un homme ayant passé la trentaine qui vous le dit.
A noter aussi qu'il existe un animé du même nom tout autant réussi et qui reprend assez fidèlement la série ; donc ceux qui ne veulent pas acheter les bouquins peuvent le trouver facilement mais surtout gratuitement sur internet.
Bref, une superbe série sentimentale fantastico-comique (quoique le coté fantastique passe vraiment au énième plan) très prenante, avec des personnages attachants très sympatiques, alternant brillamment entre divers passages drôles et autres moments sérieux voire émouvants et qui traite d'un amour avec un grand A profond, compliqué et sincère.
Pour moi ça mérite largement un quatre sur cinq et je mets l'option coup de coeur par la même occasion car l'ensemble m'a laissé un souvenir fort apréciable et je le conseille fortement à tous les amateurs du genre.
A bon entendeur salut.
"My way" est une bd atypique qu'il m’est difficile de noter.
J’ai été émerveillé par l’univers coloré de cette jeune auteure qui nous invite à la suivre dans son monde imaginaire, emprunt d’onirisme et de poésie. Les courts récits mettent en scène un certain monsieur "V". Qui est-il ? Pourquoi est-il appelé comme ça ? Nul ne le sait vraiment. Sans doute parce qu’il est le "vecteur" des émotions des gens qu’il croise sur son chemin ? Mais là n’est pas l’essentiel. Les histoires mises en image ont une portée universelle. Elles sont très souvent tristes et mélancoliques mais toujours avec une note d’optimisme à la clé. Chacune d’entre elle est ensuite commentée par l’auteure. Et c’est à ce moment qu’on se rend compte que toutes les histoires sont inspirées de choses vécues par Ji Di ou par ses proches. Malgré son jeune âge (elle est née en 1983), elle a déjà surmonté bien des épreuves (dont le décès de sa maman) et le canal qu’elle a trouvé pour les exorciser est la bd. Difficile donc de rester indifférent au talent de cette petite chinoise qui possède une identité graphique forte où les gens ressemblent davantage à des pantins mus par des fils invisibles et où l’impassibilité de leurs visages laisse pourtant transparaitre bien des émotions.
Certains trouveront ces histoires trop simples, trop lisses voire trop naïves. Je ne pourrai leur donner entièrement tort. Mais ce que je retiendrai de ma lecture, c’est la sincérité de l’auteure qui sait trouver les mots justes pour apaiser ses maux et ceux de beaucoup de gens. Bref, une bd qui aide à relativiser.
Capitaine Cormorant est incontestablement un avant goût de Corto Maltese. On retrouve ici tous les ingrédients de ce qui fera ensuite le succès du personnage majeur d'Hugo Pratt. Capitaine Cormorant évolue sur le continent américain, que Pratt a déjà largement évoqué avec Fort Wheeling. Solitaire et naviguant sur les mers, il aidera un jeune Anglais à retrouver l'héritage de son père sur fond de guerre avec les Français. A noter que l'histoire est reprise sous la forme de strips originaux dont Pratt était coutumier. Publiée en couleur dans la récente édition publiée chez l'éditeur Casterman, deux autres histoires de la même veine sont également rééditées par la même occasion Billy James et "l'attaque du fort" qui se déroulent au 17e siècle et opposent les Indiens aux colonisateurs Anglais et Français au Canada et dans les premières colonies Américaines. Trois très bonnes histoires que les fans de Pratt ne manqueront pas d'apprécier
Ah les damnés de la terre de Tronchet. Une bd culte pour moi. Un bijou d'humour noir très très méchant, cynique et paradoxalement très humaniste. Car on les aime ces damnés de la terre.
Le graphisme est moche (on reconnait tout de suite le style moche inimitable de Tronchet). Les couleurs sont moches. Les personnages sont moches (cons, pathétiques mais gentils ! ... les pauvres ils ne se rendent pas compte).
Tout est à pleurer (dans tous les sens du terme): la vieille qui fait le tour de sa maison comme un parcours réglé à la minute (parce qu'elle se fait chier), puis elle se pend à son téléphone ... la famille Poissard qui se met sur son 31 pour recevoir les gens de la télé alors que c'est une équipe cynique genre l'émission " strip-tease. Le mec qui deprime en repensant aux réveillons passés avec sa compagne (très moche) à la "superbe" cafeteria ripou du coin. Et puis le mec au bec de lièvre qui repense aux 2 femme de sa vie qui ont "parcouru" sa misérable vie : une gamine (qui passait juste devant lui) quand il avait 10 ans, puis à l'âge adulte il croise le regard d'une femme dans la vitre du train. Puis vieux une gamine qu'il serre trop fort et qu'il tue pensant retrouver son "amour" de jeunesse ...
C'est atroce !!! Mais c'est très très drôle si vous n'êtes pas allergique à Tronchet. Aussi bon que Jean Claude Thergal mais encore plus noir et cynique.
Le roi des mouches, difficile de parler d'une œuvre qui dépasse le cadre de la simple BD se jouant des règles de la narration, des cadres figés et des phylactères pour employer le recours plus subtil de la mise en scène cinématographique.
Mais attention, il n'est pas question d'une histoire linéaire, ni de scènes d'action ou d'un découpage emprunté au média des salles obscures... Il s'agit d'une sensation de flottement, de jeux de mots, de situations brutes et abruptes de films sensoriels et cyniques comme Donnie Darko, Lost Highway ou effectivement des Lois de l'Attraction...
On y parle d'une banlieue aisée mais paumée de l'Allemagne ressemblant curieusement aux vignettes figées des années 50 américaines, de personnages humains avec leurs piètres qualités et leurs défauts ou plutôt devrais je dire vices tant la recherche désespérée de l'amour et de l'American Way of Life est structurée autour du sexe par absence de sentiments, de recours à l'alcool ou d'ectasy pour oublier l'ennui du quotidien.
Tout s'axe autour de Eric Klein, vieil ado ou jeune adulte ne sachant par où mener sa vie reposant sur des magouilles, des plans cul et le gain de l'argent... Ses errements l'amènent à croiser la route de personnes tout aussi dérangées que ceux de Blue Velvet de David Lynch, un beau père appâté par le gain de sa mère, Ringo, joueur de bowling violent et névrosé, Sal, la belle plante qui se joue de son physique et Marie, seule lueur d'espoir et de fulgurance vite ternie par son entourage...
Tout ce beau monde se déchire, baise, se déteste, bref vit violemment et de façon négative mais évolue au travers différentes petites histoires ou le narrateur change, où l'on se croise dans le passé, le présent, le futur et même au travers du point de vue d'un personnage squelette mort et contemplatif complice du lecteur de tout cette micro-société hardcore.
Noir, c'est noir il n'y a guère d'espoir mais on se plait à suivre le quotidien de tous ces personnages paumés dont une tragique fête d'Halloween racontée en début de tome va scier tous les destins...
Le dessin est magnifique, les couleurs sublimes et si on se sent aussi bien à l'aise malgré la noirceur ambiante c'est qu'on y retrouve une part de soi-même dans cette vie rêvée des Anges qui choque et s'entrechoque...
Rares sont les ouvrages d'une telle ampleur raisonnant encore une fois les pages refermées. Une fois les histoires assemblées et imbriquées l'une dans l'autre, on y retrouve un kaléidoscope d'une cohérence exemplaire et pertinente parfaitement maitrisée. On sent bien que les auteurs savent exactement là où nous amener et sans faute de style.
Pour public averti mais réellement indispensable. Il est certain que ça ne plaira pas à tout le monde mais une fois passé la surprise de la narration par cartouches et la mécanique de la lecture adoptée, il est difficile de s'en remettre ni de lâcher le bouquin.
J'ose espérer qu'il ne faudra pas attendre 4 ans supplémentaires pour connaitre la suite et j'applaudis vivement une telle audace littéraire. Tous les amoureux de Ghost World et de Donnie Darko dont pas mal de clins d'oeil discrets sont adressés devraient se plonger sans plus attendre dans ces deux bouquins aux couvertures sobres et magnifiques.
Update 2013 :
Le troisième et dernier tome attendu de la série sur laquelle j’ai jeté tant de superlatifs est enfin arrivé entre mes mains fébriles un samedi frileux de janvier… Histoire de bien m’y replonger et de ne perdre aucune subtilité du récit, je me suis replongé à nouveau dans ce récit noir, telle une immersion dans un étang boueux et sans fond sans véritable appréhension.
Chaque aspérité initiale m’apportant à nouveau l’ivresse que j’étais venu quérir a parcouru mon échine le temps de cette redécouverte en terrain connue, la surprise en moins, la délectation en plus…
En plus… tout du moins pour les deux premiers tomes… car le troisième, s’il comporte toujours d’aussi jolis dessins et de passages oniriques, a failli me noyer… Me noyer sous des torrents de boue constituée de mots lourds et parfois même vides de sens… Un comble… Eric Klein est toujours ce pantin bouffé par sa famille, sa libido et les drogues qu’il ingère…
Son état végétatif nous est ainsi balancé sous une forme quasi imbuvable, ne distinguant plus la réalité de son imagination…. Ce qui rend la lecture parfois hautement risquée et casse-gueules…
La conclusion n’est pas non plus à la hauteur de mes attentes et croyez-moi j’en suis le premier véritablement déçu car au final j’ai eu l’impression de ne pas avoir tout compris sans en avoir pris le même plaisir manifeste qu’aux deux premiers tomes….
Et pourtant, je m’y étais préparé, lisant et relisant Hallorave et l’Origine du Monde et en espérant la bible manquante pour recréer ma sainte Trinité pour au final me faire balancer comme le pantin que je suis, le lecteur passif qui a eu toutes les peines du monde à achever cette lecture dans la douleur…
Finalement je baisse ma note d’un point dans l’attente d’une relecture ou d’une explication un tant soit plus rationnelle. J’ai l’impression d’être passé au travers, la délectation en moins et la surprise ou plutôt l’incompréhension en plus…
Cette œuvre est toujours aussi belle mais elle est devenue exigeante avec le temps, preuve de toute évidence qu’il fallait bien en finir un jour mais j’aurais aimé que cela soit par la plus grande des portes de sortie. Le Roi des Mouches conserve finalement une grande partie de ses mystères…. J’ose vraiment croire que ce troisième tome de conclusion ne reste pas hermétique longtemps que je puisse redonner la plus belle des notes comme initialement, celle du grand coup de cœur de la bd franco-belge que Messieurs Pirus et Mezzo m’ont offert…. C'est aussi avec ses défauts qu’il se faut d’accepter cette œuvre unique et insaisissable… Un trip inoubliable dans tous les cas...
On a tué Wild Bill me rappelle beaucoup Western de Van Hamme et Rosinski, ce qui est plutôt flatteur pour moi.
Sans surprise, on retrouve un scénario très classique qui s’empare avec talent des codes du western. L’histoire ne révolutionne pas le genre mais elle se lit avec plaisir.
Les dessins sont quant à eux magnifiques. Hermann a parfaitement soignés ses décors et ses personnages pour un rendu très réaliste.
Lecture très sympa que je recommande.
C'est vrai que ce n'est pas une Bande Dessinées très facile d'accès. C'est vrai qu'une relecture s'imposera peut être accompagnée d'explications de texte glanées ça et là. Il n'en demeure pas moins que sur le plan esthétique, cette histoire dessinée en noire et blanc est remarquable avec un dessin toujours en mouvement et un coup de crayon retranscrivant magnifiquement les tourments et la noirceur des personnages qui rythment cette odyssée Antique. On dit qu'il s'agit d'une adaptation du "Satyricon" de Petrone, l'auteur lui parle plutôt d'un prolongement de cette ouvre antique. Je ne sais qu'en penser n'ayant pas lu l'ouvrage.
Le fait est que Blutch nous raconte le périple d'un personnage, qui tel un Ulysse connaîtra une véritable Odyssée le conduisant à mettre à nu une superbe femme prise dans les glaces et dont il attendra tout au long du récit le retour à la vie. Incapable d'aimer une autre femme que cette créature somme toute virtuelle, le héro est aussi un formidable imposteur qui usurpera l'identité d'un membre éminent de la Rome Antique pour accéder à la caste détentrice du pouvoir à Rome. Sa forfaiture mise à jour, il accédera toutefois au rang des sénateurs dans laquelle, ce Rastignac de l'Antiquité, ne parviendra néanmoins pas à se fondre. Roman de l'amour impossible , de la quête vaine et éperdue de gloire, de la forfaiture démasquée, cette œuvre du grand prix de la ville d'Angoulême mérite au moins d'être lue à défaut d'être totalement comprise et appréciée
C’est bien la première fois que je lis une bd qui traite de la condition féminine au Yémen. Il est vrai que les occidentaux n’ont pas une bonne vision objective des choses lorsqu’il s’agit d’évoquer le monde arabe. Il y a tout de suite plein de préjugés et de stéréotypes qui alimentent un peu plus la haine liée au fameux choc des civilisations.
Il est vrai que les auteurs occidentaux, Pedro Riera et son épouse Nacho Casanova, n’ont passé que huit mois dans ce pays. Etait-ce suffisant pour se faire une idée précise ? Ils mettent en scène une héroïne imaginaire mais se basant sur les différents témoignages recueillis et qui sont autant d’expériences vécues. Je dois bien avouer qu’ils ont réussi à faire la part des choses sans tomber dans le manichéisme ou la facilité.
Le statut de la femme au Yémen serait à comparer avec celui d’un animal domestique en France où l’on doit obéir aveuglément aux maîtres ? Il ne faut pas oublier que le droit de voter en France pour les femmes n’a été acquis qu’en 1946. Je vois encore de vieux couples où l’homme domine sur la femme reléguée aux tâches ménagères. Par ailleurs, le salaire des femmes est inférieur à 30% à celui des hommes pour le même poste dans la plupart de nos entreprises. Bref, on ne va pas faire la morale aux autres. Sans doute, ce pays pauvre a encore besoin d’évoluer pour surpasser cette ségrégation entre les hommes et les femmes.
C’est visiblement l’Arabie Saoudite qui a influencé les yéménites sous l’influence populaire d’une drogue à mâcher en ce qui concerne le port de la burqa et du niqab il y a une vingtaine d’années. Ceci n’est même pas lié à la religion du coran mais à une coutume qui s’est progressivement transformée en norme. Le fait de ne pas en porter entraîne le qu'en dira-t-on. Or l’image semble être la valeur primordiale dans cette société. Cela entache la liberté des femmes. Bref, il y a toute une logique qui est décortiquée et que je ne soupçonnais même pas. La discrimination et la violence envers les femmes est le lot quotidien sans compter le mariage forcé des fillettes et de leur consommation.
Pour autant, le fait de se dissimiler peut également procurer certains avantages qui seront également exploités dans cette bd. Bref, ce n’est pas une vision manichéenne mais qui tient compte du particularisme. Mon sentiment personnel est celui de l’espoir que les femmes (souvent plus intelligentes que les hommes abêtis par leur qat dont ils mâchent les feuilles) puissent se délivrer et acquérir à terme les mêmes droits. Le personnage d’Intisar montre une forme de résistance qui préfigure un mouvement de révolte sociale dans le futur. En yéménite, Intinsar veut dire victoire.
Un recueil d'histoires de Jiro Taniguchi qui raconte à chaque fois des tranches de vie. Il n'y a rien de vraiment extraordinaire qui se produit dans ses histoires, juste la vie au quotidien, et pourtant j'ai bien aimé. La force de l'auteur est de savoir montrer les émotions et de rendre ses personnages humains et attachants. D'ailleurs, ils sont tellement attachants que j'aurais souvent aimé que les histoires durent plus long.
Sinon, le seul truc que je peux reprocher à ses histoires est que l'on retrouve souvent les mêmes thèmes donc vers la fin j'avais un peu l'impression que les histoires étaient un peu répétitives, mais dans le genre j'ai lu bien pire et ce n'est pas trop grave.
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Les Belles Histoires de l'Oncle Alix
Oui, oui, j’ai lu 'Les Belles Histoires de l’Oncle Alix'. Je suis même parmi les premiers lecteurs de cette… chose. Pourtant je n’avais pas posté mon avis (Superjé, pourras-tu me pardonner ?) Je répare donc cette lacune. Premièrement, et c’est sans doute un défaut professionnel, je ne peux m’empêcher de râler à la lecture ! :! Moi qui ai eu l’ouvrage en mains avant sa parution, pourquoi n’ai-je pas pris le temps de le relire avant ! Cela aurait permis d’éviter nombre de fautes d’orthographe ou de frappe. Pour mon excuse, je dois dire que je n’ai eu que quelques jours pour faire un peu de mise en page (là non plus, je ne suis pas contente de moi). Je n’ai d’ailleurs lu l’ensemble qu’après publication. Superjé m’a laissé un délai tellement court que je n’avais pas eu le temps de le lire ! :S Quelle poigne, ce jeunot ! Merci à toi pour ce beau projet, ce cadeau que tu as fait à tous les habitués du site. Au niveau du contenu, j’ai vraiment beaucoup aimé. Les dessins sont certes le travail d’amateurs, mais des amateurs qui y ont mis du temps, du talent et du cœur. :) J’admire la maîtrise de Pierig, mais vous allez dire que je ne suis pas objective… Mon histoire préférée est celle du Far West, grâce à un scénario enclumesque ! (Oui, ce mot mérite d’entrer dans le dictionnaire, au moins dans celui de BDT !) J’ai adoré toutes les références, même si c’est ce qui fait aussi la faiblesse de l’ouvrage : trop de private jokes. Je n’ai moi-même pas tout saisi... (Je sais, c’est ma faute, je n’avais qu’à être plus présente sur le site ! ;)) Cette BD m’a fait rire, et ce n’est pas rien de le dire ! Il est rare d’entendre des éclats de rire quand je lis une BD, même si elle est censée être drôle. :?) Là, j’ai pris mon pied. :) Mais 'Les Belles Histoires…' m’ont aussi touchée. Elles m’ont rappelé tant de bons moments, dont les meilleurs sont ceux où il n’y avait plus d’écrans entre nous. J’ai particulièrement apprécié les témoignages de chacun. C’est ce qui rend BDT si attachant : son côté humain. Cela m’a rappelé pourquoi j’aimais autant flâner sur le site, et m’a donné envie d’y revenir plus souvent. Les bdthéquiens changent, certains s'en vont, d'autres arrivent; certains installent leurs pénates alors que d'autres ne font que passer, mais le site est toujours aussi intéressant et amusant. L’ensemble constitué par ces récits BD, ces témoignages, ces illustrations etc. fait peut-être un peu fourre-tout, mais un contenu varié comme celui-là est plaisant à lire. Il aurait pu être mieux fini, à tous les niveaux, mais vous ne l’auriez pas eu avant les 20 ans du site… Le contenu aurait pu être plus abordable, mais il aurait sans doute perdu un peu de ses charmes. Bref, ce n’est pas parfait, mais les auteurs n’ont jamais eu cette prétention. Je les remercie tous les cinq. Grand bravo à tous ! Un merci énorme aussi à Alix, ainsi qu’à tous les modérateurs.
Kashimashi - Girl meets Girl
Après la lecture de la totalité des cinq albums de la série. Hazumu est un jeune adolescent plutôt timide et réservé. Un jour, il décide d'avouer ses sentiments à l'élue de son coeur avec qui il entretient une relation amicale depuis peu. Hélas, il se fait éconduire. Déprimé il décide de gravir une montagne pour s'isoler et broyer du noir. Mais des extra-terrestres en détresse s'écrasent au sommet et tuent notre héros. Pris de remords, ils décident de le ressuciter mais ils ne le peuvent qu'à condition de le faire changer de sexe. Une nouvelle vie commence alors pour notre héros maintenant transformé en jeune fille, ce qui va bouleverser le regard et les relations qu'il entretient avec son entourage et plus particulièrement avec ses amis. De plus, les extra-terrestres le surveillent en permanence puisqu'ils voient en cette expérience une bonne occasion d'étudier le comportement humain. Voici une histoire qui démarre de façon plutôt originale puisque d'entrée le héros se fait transformer en fille par des extra-terrestres, ce qui procure bon nombre de situations comiques ; car vous vous en doutez le fait de retrouver du jour au lendemain l'esprit d'un jeune homme dans le corps d'une ravissante étudiante donne forcément des moments bien drôles et embarrassants. En plus certains personnages secondaires ne sont présents que pour apporter une touche humoristique (le père pervers, la prof en manque d'affection, le meilleur ami qui se fait des films, les extra-terrestres fouineurs et farceurs). Toutefois ne vous y trompez pas nous avons affaire, en premier lieu, à une série qui met en scène des relations amoureuses chaotiques et embrouillées entre les trois personnages principaux. En effet, deux filles au physique et au caractère totalement différents vont tomber amoureuses de notre héros (héroïne) qui, lui (elle), en pince pour les deux ; enfin disons qu'il (elle) est même plutôt perdu(e). Aussi, toute l'histoire va se baser sur les choix difficiles auquels il (elle) devra faire face ainsi que sur les divers rapprochements de chacun. Dès le début on est vite emporté dans la vie de personnages attachants et on dévore avec avidité les cinq tomes de la série afin de connaitre le dénouement d'une l'histoire qui oscille sans arrêt entre moments drôles et d'autres plus sérieux ou émouvants. De plus, le scénario met en valeur des sentiments amoureux profonds, authentiques et sincères très bien retranscrits -ce qui est fort appréciable - et on est bien loin des ambiances cul-cul la praline avec des personnages clichés ou énervants que l'on peut trouver assez souvent dans beaucoup de séries sentimentales. A noter que cette série peut s'apparenter au thème yuri (relation homosexuelle féminine pour ceux qui connaissent pas) puisque l'héroïne éprouve des sentiments amoureux pour d'autres personnages du même sexe. Mais vu que ces dernières ne la considèrent pas vraiment comme une fille mais plutôt comme le garçon d'avant sa transformation, on peut aussi penser que l'on a affaire à une série possédant une banale histoire de triangle amoureux. De ce point de vue, l'auteur semble vouloir faire passer un message de tolérance très connu mais non moins superbe : peu importe le physique de la personne aimée, ce qui compte c'est la beauté intérieure. Enfin cette série possède une fin très belle car ultra romantique et vraiment explicite ce qui s'avère assez rare pour des série de ce genre. Au niveau des dessins, on peut dire que l'ensemble est bien maitrisé et qu'il s'agit d'un style assez classique que l'on retrouve souvent dans les mangas. Sinon, le principal coté négatif pour moi réside dans le fait que les personnages secondaires ne sont pas du tout ou trop peu exploités ; car, au final, ils ne sont présents que pour apporter une touche comique ou pour mettre en valeur les trois principaux protagonistes. Mais disons que ce petit défaut passe sur un plan plus que secondaire puisque ce qui nous intéresse c'est bel et bien l'évolution relationnelle des héroïnes qui forment un triangle amoureux. Evidemment c'est une série sans grands rebondissements réservée à un public friand du genre et ceux qui cherchent de l'action ou quelque chose qui bouge n'ont pas frappé à la bonne porte. Il y a aussi le fait que l'on traite en quelque sorte du sujet sensible que représente l'homosexualité qui peut choquer ou déplaire à une certaine catégorie de population. Ceci mis à part, on peut dire que cette série s'adresse à un large éventail de lecteurs donc autant masculins que féminins et c'est un homme ayant passé la trentaine qui vous le dit. A noter aussi qu'il existe un animé du même nom tout autant réussi et qui reprend assez fidèlement la série ; donc ceux qui ne veulent pas acheter les bouquins peuvent le trouver facilement mais surtout gratuitement sur internet. Bref, une superbe série sentimentale fantastico-comique (quoique le coté fantastique passe vraiment au énième plan) très prenante, avec des personnages attachants très sympatiques, alternant brillamment entre divers passages drôles et autres moments sérieux voire émouvants et qui traite d'un amour avec un grand A profond, compliqué et sincère. Pour moi ça mérite largement un quatre sur cinq et je mets l'option coup de coeur par la même occasion car l'ensemble m'a laissé un souvenir fort apréciable et je le conseille fortement à tous les amateurs du genre. A bon entendeur salut.
My way
"My way" est une bd atypique qu'il m’est difficile de noter. J’ai été émerveillé par l’univers coloré de cette jeune auteure qui nous invite à la suivre dans son monde imaginaire, emprunt d’onirisme et de poésie. Les courts récits mettent en scène un certain monsieur "V". Qui est-il ? Pourquoi est-il appelé comme ça ? Nul ne le sait vraiment. Sans doute parce qu’il est le "vecteur" des émotions des gens qu’il croise sur son chemin ? Mais là n’est pas l’essentiel. Les histoires mises en image ont une portée universelle. Elles sont très souvent tristes et mélancoliques mais toujours avec une note d’optimisme à la clé. Chacune d’entre elle est ensuite commentée par l’auteure. Et c’est à ce moment qu’on se rend compte que toutes les histoires sont inspirées de choses vécues par Ji Di ou par ses proches. Malgré son jeune âge (elle est née en 1983), elle a déjà surmonté bien des épreuves (dont le décès de sa maman) et le canal qu’elle a trouvé pour les exorciser est la bd. Difficile donc de rester indifférent au talent de cette petite chinoise qui possède une identité graphique forte où les gens ressemblent davantage à des pantins mus par des fils invisibles et où l’impassibilité de leurs visages laisse pourtant transparaitre bien des émotions. Certains trouveront ces histoires trop simples, trop lisses voire trop naïves. Je ne pourrai leur donner entièrement tort. Mais ce que je retiendrai de ma lecture, c’est la sincérité de l’auteure qui sait trouver les mots justes pour apaiser ses maux et ceux de beaucoup de gens. Bref, une bd qui aide à relativiser.
Capitaine Cormorant
Capitaine Cormorant est incontestablement un avant goût de Corto Maltese. On retrouve ici tous les ingrédients de ce qui fera ensuite le succès du personnage majeur d'Hugo Pratt. Capitaine Cormorant évolue sur le continent américain, que Pratt a déjà largement évoqué avec Fort Wheeling. Solitaire et naviguant sur les mers, il aidera un jeune Anglais à retrouver l'héritage de son père sur fond de guerre avec les Français. A noter que l'histoire est reprise sous la forme de strips originaux dont Pratt était coutumier. Publiée en couleur dans la récente édition publiée chez l'éditeur Casterman, deux autres histoires de la même veine sont également rééditées par la même occasion Billy James et "l'attaque du fort" qui se déroulent au 17e siècle et opposent les Indiens aux colonisateurs Anglais et Français au Canada et dans les premières colonies Américaines. Trois très bonnes histoires que les fans de Pratt ne manqueront pas d'apprécier
Les Poissart (Les Damnés de la terre associés)
Ah les damnés de la terre de Tronchet. Une bd culte pour moi. Un bijou d'humour noir très très méchant, cynique et paradoxalement très humaniste. Car on les aime ces damnés de la terre. Le graphisme est moche (on reconnait tout de suite le style moche inimitable de Tronchet). Les couleurs sont moches. Les personnages sont moches (cons, pathétiques mais gentils ! ... les pauvres ils ne se rendent pas compte). Tout est à pleurer (dans tous les sens du terme): la vieille qui fait le tour de sa maison comme un parcours réglé à la minute (parce qu'elle se fait chier), puis elle se pend à son téléphone ... la famille Poissard qui se met sur son 31 pour recevoir les gens de la télé alors que c'est une équipe cynique genre l'émission " strip-tease. Le mec qui deprime en repensant aux réveillons passés avec sa compagne (très moche) à la "superbe" cafeteria ripou du coin. Et puis le mec au bec de lièvre qui repense aux 2 femme de sa vie qui ont "parcouru" sa misérable vie : une gamine (qui passait juste devant lui) quand il avait 10 ans, puis à l'âge adulte il croise le regard d'une femme dans la vitre du train. Puis vieux une gamine qu'il serre trop fort et qu'il tue pensant retrouver son "amour" de jeunesse ... C'est atroce !!! Mais c'est très très drôle si vous n'êtes pas allergique à Tronchet. Aussi bon que Jean Claude Thergal mais encore plus noir et cynique.
Le Roi des Mouches
Le roi des mouches, difficile de parler d'une œuvre qui dépasse le cadre de la simple BD se jouant des règles de la narration, des cadres figés et des phylactères pour employer le recours plus subtil de la mise en scène cinématographique. Mais attention, il n'est pas question d'une histoire linéaire, ni de scènes d'action ou d'un découpage emprunté au média des salles obscures... Il s'agit d'une sensation de flottement, de jeux de mots, de situations brutes et abruptes de films sensoriels et cyniques comme Donnie Darko, Lost Highway ou effectivement des Lois de l'Attraction... On y parle d'une banlieue aisée mais paumée de l'Allemagne ressemblant curieusement aux vignettes figées des années 50 américaines, de personnages humains avec leurs piètres qualités et leurs défauts ou plutôt devrais je dire vices tant la recherche désespérée de l'amour et de l'American Way of Life est structurée autour du sexe par absence de sentiments, de recours à l'alcool ou d'ectasy pour oublier l'ennui du quotidien. Tout s'axe autour de Eric Klein, vieil ado ou jeune adulte ne sachant par où mener sa vie reposant sur des magouilles, des plans cul et le gain de l'argent... Ses errements l'amènent à croiser la route de personnes tout aussi dérangées que ceux de Blue Velvet de David Lynch, un beau père appâté par le gain de sa mère, Ringo, joueur de bowling violent et névrosé, Sal, la belle plante qui se joue de son physique et Marie, seule lueur d'espoir et de fulgurance vite ternie par son entourage... Tout ce beau monde se déchire, baise, se déteste, bref vit violemment et de façon négative mais évolue au travers différentes petites histoires ou le narrateur change, où l'on se croise dans le passé, le présent, le futur et même au travers du point de vue d'un personnage squelette mort et contemplatif complice du lecteur de tout cette micro-société hardcore. Noir, c'est noir il n'y a guère d'espoir mais on se plait à suivre le quotidien de tous ces personnages paumés dont une tragique fête d'Halloween racontée en début de tome va scier tous les destins... Le dessin est magnifique, les couleurs sublimes et si on se sent aussi bien à l'aise malgré la noirceur ambiante c'est qu'on y retrouve une part de soi-même dans cette vie rêvée des Anges qui choque et s'entrechoque... Rares sont les ouvrages d'une telle ampleur raisonnant encore une fois les pages refermées. Une fois les histoires assemblées et imbriquées l'une dans l'autre, on y retrouve un kaléidoscope d'une cohérence exemplaire et pertinente parfaitement maitrisée. On sent bien que les auteurs savent exactement là où nous amener et sans faute de style. Pour public averti mais réellement indispensable. Il est certain que ça ne plaira pas à tout le monde mais une fois passé la surprise de la narration par cartouches et la mécanique de la lecture adoptée, il est difficile de s'en remettre ni de lâcher le bouquin. J'ose espérer qu'il ne faudra pas attendre 4 ans supplémentaires pour connaitre la suite et j'applaudis vivement une telle audace littéraire. Tous les amoureux de Ghost World et de Donnie Darko dont pas mal de clins d'oeil discrets sont adressés devraient se plonger sans plus attendre dans ces deux bouquins aux couvertures sobres et magnifiques. Update 2013 : Le troisième et dernier tome attendu de la série sur laquelle j’ai jeté tant de superlatifs est enfin arrivé entre mes mains fébriles un samedi frileux de janvier… Histoire de bien m’y replonger et de ne perdre aucune subtilité du récit, je me suis replongé à nouveau dans ce récit noir, telle une immersion dans un étang boueux et sans fond sans véritable appréhension. Chaque aspérité initiale m’apportant à nouveau l’ivresse que j’étais venu quérir a parcouru mon échine le temps de cette redécouverte en terrain connue, la surprise en moins, la délectation en plus… En plus… tout du moins pour les deux premiers tomes… car le troisième, s’il comporte toujours d’aussi jolis dessins et de passages oniriques, a failli me noyer… Me noyer sous des torrents de boue constituée de mots lourds et parfois même vides de sens… Un comble… Eric Klein est toujours ce pantin bouffé par sa famille, sa libido et les drogues qu’il ingère… Son état végétatif nous est ainsi balancé sous une forme quasi imbuvable, ne distinguant plus la réalité de son imagination…. Ce qui rend la lecture parfois hautement risquée et casse-gueules… La conclusion n’est pas non plus à la hauteur de mes attentes et croyez-moi j’en suis le premier véritablement déçu car au final j’ai eu l’impression de ne pas avoir tout compris sans en avoir pris le même plaisir manifeste qu’aux deux premiers tomes…. Et pourtant, je m’y étais préparé, lisant et relisant Hallorave et l’Origine du Monde et en espérant la bible manquante pour recréer ma sainte Trinité pour au final me faire balancer comme le pantin que je suis, le lecteur passif qui a eu toutes les peines du monde à achever cette lecture dans la douleur… Finalement je baisse ma note d’un point dans l’attente d’une relecture ou d’une explication un tant soit plus rationnelle. J’ai l’impression d’être passé au travers, la délectation en moins et la surprise ou plutôt l’incompréhension en plus… Cette œuvre est toujours aussi belle mais elle est devenue exigeante avec le temps, preuve de toute évidence qu’il fallait bien en finir un jour mais j’aurais aimé que cela soit par la plus grande des portes de sortie. Le Roi des Mouches conserve finalement une grande partie de ses mystères…. J’ose vraiment croire que ce troisième tome de conclusion ne reste pas hermétique longtemps que je puisse redonner la plus belle des notes comme initialement, celle du grand coup de cœur de la bd franco-belge que Messieurs Pirus et Mezzo m’ont offert…. C'est aussi avec ses défauts qu’il se faut d’accepter cette œuvre unique et insaisissable… Un trip inoubliable dans tous les cas...
On a tué Wild Bill
On a tué Wild Bill me rappelle beaucoup Western de Van Hamme et Rosinski, ce qui est plutôt flatteur pour moi. Sans surprise, on retrouve un scénario très classique qui s’empare avec talent des codes du western. L’histoire ne révolutionne pas le genre mais elle se lit avec plaisir. Les dessins sont quant à eux magnifiques. Hermann a parfaitement soignés ses décors et ses personnages pour un rendu très réaliste. Lecture très sympa que je recommande.
Peplum
C'est vrai que ce n'est pas une Bande Dessinées très facile d'accès. C'est vrai qu'une relecture s'imposera peut être accompagnée d'explications de texte glanées ça et là. Il n'en demeure pas moins que sur le plan esthétique, cette histoire dessinée en noire et blanc est remarquable avec un dessin toujours en mouvement et un coup de crayon retranscrivant magnifiquement les tourments et la noirceur des personnages qui rythment cette odyssée Antique. On dit qu'il s'agit d'une adaptation du "Satyricon" de Petrone, l'auteur lui parle plutôt d'un prolongement de cette ouvre antique. Je ne sais qu'en penser n'ayant pas lu l'ouvrage. Le fait est que Blutch nous raconte le périple d'un personnage, qui tel un Ulysse connaîtra une véritable Odyssée le conduisant à mettre à nu une superbe femme prise dans les glaces et dont il attendra tout au long du récit le retour à la vie. Incapable d'aimer une autre femme que cette créature somme toute virtuelle, le héro est aussi un formidable imposteur qui usurpera l'identité d'un membre éminent de la Rome Antique pour accéder à la caste détentrice du pouvoir à Rome. Sa forfaiture mise à jour, il accédera toutefois au rang des sénateurs dans laquelle, ce Rastignac de l'Antiquité, ne parviendra néanmoins pas à se fondre. Roman de l'amour impossible , de la quête vaine et éperdue de gloire, de la forfaiture démasquée, cette œuvre du grand prix de la ville d'Angoulême mérite au moins d'être lue à défaut d'être totalement comprise et appréciée
La Voiture d'Intisar
C’est bien la première fois que je lis une bd qui traite de la condition féminine au Yémen. Il est vrai que les occidentaux n’ont pas une bonne vision objective des choses lorsqu’il s’agit d’évoquer le monde arabe. Il y a tout de suite plein de préjugés et de stéréotypes qui alimentent un peu plus la haine liée au fameux choc des civilisations. Il est vrai que les auteurs occidentaux, Pedro Riera et son épouse Nacho Casanova, n’ont passé que huit mois dans ce pays. Etait-ce suffisant pour se faire une idée précise ? Ils mettent en scène une héroïne imaginaire mais se basant sur les différents témoignages recueillis et qui sont autant d’expériences vécues. Je dois bien avouer qu’ils ont réussi à faire la part des choses sans tomber dans le manichéisme ou la facilité. Le statut de la femme au Yémen serait à comparer avec celui d’un animal domestique en France où l’on doit obéir aveuglément aux maîtres ? Il ne faut pas oublier que le droit de voter en France pour les femmes n’a été acquis qu’en 1946. Je vois encore de vieux couples où l’homme domine sur la femme reléguée aux tâches ménagères. Par ailleurs, le salaire des femmes est inférieur à 30% à celui des hommes pour le même poste dans la plupart de nos entreprises. Bref, on ne va pas faire la morale aux autres. Sans doute, ce pays pauvre a encore besoin d’évoluer pour surpasser cette ségrégation entre les hommes et les femmes. C’est visiblement l’Arabie Saoudite qui a influencé les yéménites sous l’influence populaire d’une drogue à mâcher en ce qui concerne le port de la burqa et du niqab il y a une vingtaine d’années. Ceci n’est même pas lié à la religion du coran mais à une coutume qui s’est progressivement transformée en norme. Le fait de ne pas en porter entraîne le qu'en dira-t-on. Or l’image semble être la valeur primordiale dans cette société. Cela entache la liberté des femmes. Bref, il y a toute une logique qui est décortiquée et que je ne soupçonnais même pas. La discrimination et la violence envers les femmes est le lot quotidien sans compter le mariage forcé des fillettes et de leur consommation. Pour autant, le fait de se dissimiler peut également procurer certains avantages qui seront également exploités dans cette bd. Bref, ce n’est pas une vision manichéenne mais qui tient compte du particularisme. Mon sentiment personnel est celui de l’espoir que les femmes (souvent plus intelligentes que les hommes abêtis par leur qat dont ils mâchent les feuilles) puissent se délivrer et acquérir à terme les mêmes droits. Le personnage d’Intisar montre une forme de résistance qui préfigure un mouvement de révolte sociale dans le futur. En yéménite, Intinsar veut dire victoire.
L'Orme du Caucase
Un recueil d'histoires de Jiro Taniguchi qui raconte à chaque fois des tranches de vie. Il n'y a rien de vraiment extraordinaire qui se produit dans ses histoires, juste la vie au quotidien, et pourtant j'ai bien aimé. La force de l'auteur est de savoir montrer les émotions et de rendre ses personnages humains et attachants. D'ailleurs, ils sont tellement attachants que j'aurais souvent aimé que les histoires durent plus long. Sinon, le seul truc que je peux reprocher à ses histoires est que l'on retrouve souvent les mêmes thèmes donc vers la fin j'avais un peu l'impression que les histoires étaient un peu répétitives, mais dans le genre j'ai lu bien pire et ce n'est pas trop grave.