Tchernobyl comme si vous y étiez, ... comme un prospectus de voyage ...
C'est un peu ce que l'on peut dire après la lecture de ce bel ouvrage.
On vit avec l'auteur et ses accompagnateurs chez les Ukrainiens qui bordent - et franchissent pour certains - cette zone interdite.
Ces résidents locaux vivent simplement, pauvrement, avec pour certains quelques extra pour améliorer leur quotidien, glanés par ci et par là, en s'introduisant dans l'antre du territoire interdit, quitte à se faire, tant pis, irradier.
L'auteur et ses accompagnateurs, eux, s'y rendent avec les protections d'usage et le matériel nécessaire de surveillance du niveau de radiation.
On est choqué de voir dans le périmètre contaminé, tant de magnificences naturelles, tel un éden, autour d'une cité fantôme et d'une centrale en ruines.
Ce tableau met par analogie en lumière, et de façon la plus actuelle qui soit, le récit de la genèse de l'ancien testament : ayant touché au fruit défendu, l’atome que l'homme trop opportuniste et imprudent maîtrise mal ou pas vraiment, nous humains sommes désormais chassé de ce paradis là revenu à la flore et la faune, sous peine d'être irradiés. Les Japonais doivent vivre cette même impression tout autour de leur centrale accidentée.
La narration demande tout de même que l'on s'accroche au récit, ce qui m'empêche de mettre 5 étoiles.
Mais voilà une BD utile, graphiquement belle et instructive en questionnements qu'elle génère inévitablement.
Même si le scénario n'est pas des plus bouleversants, l'histoire reste tout de même fort agréable pour les amateurs de chroniques SF (cela m'a assez fait penser à Riddick par exemple.)
Cependant le gros point fort de la bande dessinée en général est le fait de pouvoir parvenir à sublimer un narratif par le visuel ; et là c'est tout simplement magnifique.
Le travail de Valentin Secher est magistral.
Il y a bien longtemps que je n'ai pas vu un tel travail de perspective sur les décors.
Le trait des personnages est toujours juste me rappelant un peu le travail de Serpieri avec encore plus de finesse. (Druuna... ha les émois de jeunesse)
Chaque vignette est un émerveillement et apporte sont coté épique à cette série.
Je ne regrette ni l'achat ni la lecture et le recommande vivement.
Le train des orphelins est une bd qui attire l’attention sur le sort d’un programme d’insertion des orphelins au Etats-Unis des années 1852 à 1929. Je n’avais jamais entendu parler de cela. C’est fort bien documenté dans un dossier assez pratique à la fin du premier tome. La bd se contente d’inventer une histoire mais se basant sur des faits historiques véridiques. Et je dois bien avouer que c’est prenant.
Humainement, on se pose des questions. C’est clair qu’il y aura du pour et du contre. Fallait-il laisser ces enfants dans la rue livrés à la violence et à la prostitution ou bien essayer de les insérer dans des familles loin de New-York ? En voulant faire le bien, cette fondation caritative a parfois fait le mal. On est loin du train qui emmenait les juifs dans les camps de concentration et pourtant, cette œuvre semble présenter les choses de cette manière.
Bref, les auteurs vont vraiment mettre l’accent où cela fait mal. Je ne vais pas retenir ces mauvais côté d’une œuvre manifestement dirigée. Elle a eu au moins le mérite de sortir de l’ombre un phénomène de masse concernant le déplacement de 200.000 orphelins sur la période considérée.
C’est joliment dessiné dans un graphisme que j’affectionne particulièrement. La mise en scène est parfaitement réussie. L’émotion nous prend parfois. Bref, c’est une bonne série qui commence là. La suite sera à la hauteur de nos espérances. Un parcours sans-faute.
Un western moderne original, un graphisme très sympathique, des personnages charismatiques qui sortent des sentiers battus, une intrigue complexe et sans stéréotype, de l'humour, des mystères et des rebondissements imprévus... que demander de plus ?
Cette série est un vrai plaisir, simple et rafraîchissant. Il se lit comme un bon divertissement, amusant, bien mené et surprenant. La construction est impeccable, tant dans le déroulement de l'intrigue et la façon dont elle dévoile peu à peu ses cartes, que dans le graphisme qui est maîtrisé et colle très bien au genre.
Une bonne lecture que je conseillerais sans hésiter !
Decorum : fin de civilisation. Un poste avancé, village grossièrement fortifié, cerné de tours de surveillance. Clairsemés, boiteux, des poteaux télégraphiques survivants disputent l’horizon aux bâtiments abandonnés, aux ponts et routes désaffectés crachant leurs rares carcasses de véhicules dévorées par la végétation. En mode grand spectacle, le trait livre des pastorales ciselées, aguichantes, esquissant le portrait d’un territoire fantôme reconquis par la nature. La couleur déploie sa vague chlorophyllienne, noie une mosaïque de vestiges évocateurs, festivités eschatologiques consommées d’un nouveau mojo postapocalyptique, obsédant, irrésistiblement invitatif : ça y est, vous y êtes ! Soudain le chant d’une sirène hurlant le danger exhorte à roder votre art de la fugue ; sans hésitation, courez ! Car ici, depuis longtemps, Sapiens a troqué son leadership contre une place de met de choix au buffet garni de la chaîne alimentaire. Et, quand le maillon du dessus est de sortie, il ne fait pas bon traîner ses guêtres en pleine zone de menace…
Déjà une décennie que le péril a surgi du froid. Que la « peste blanche » échappée de Sibérie a frappé, décimé. Homme après homme, ville après ville. Quand l’ouverture nous livre ses premières cases : les frangins Goodwoody, orphelins aux pédigrées encombrés, déboulent à « Fort Apache », une des colonies reliques de l’humanité déclinante. La dernière chance pour ces deux brebis galeuses…
Parlons franc ! D’emblée, le scénario libère une impression familière, la mémoire de chemins déjà empruntés où l’appréhension guette un ennui mortifère. Sauf ! En étirant avec talent la cordelette du temps, dénudant son univers par brides, installant pas à pas ses personnages dans un climat souvent insoucieux, Benjamin Von Eckartsberg instille la curiosité puis une appropriation bientôt évidente. La mise en bouche accrocheuse, suffisamment pour se laisser chatouiller par ses relatives imperfections, séduit tout à fait dans un récit qui resserre ses desseins autour des spécimens de l’espèce adolescence. Augurant des karmas marqués du filigrane William Golding, arborant les promesses d’une anticipation intimiste, plus proche de l’humain, l’histoire ébauche les contours d’un changement de statut espéré dont l’œuvre dissémine les premières pousses dans son incroyable esthétisme.
Les mains du dessinateur – en l’occurrence de l’illustrateur - façonnent des planches à la beauté asphyxiante. Parenthèse : sans m’exhiber Ayatolah du dessin dans ton gros nez labellisé « bd à papa », je confesse un goût certain du classicisme crayons-feuille blanche et quelques réactions épidermiques voire d'imbéciles préjugés quand l'infographie courtise le neuvième art. Alors heureux que moi ! Car j’ai rencontré un gourou… et je mourrai moins idiot (euphémisme). Prince du mulot, thaumaturge de la tablette graphique, alchimiste du stylet, ou qu'ajouterais-je encore : les compositions de Thomas Von Kummant sont simplement éblouissantes. Chaque case suggère une profondeur démentielle, libérant son lecteur abasourdi dans des cadrages virtuoses, dans la sophistication, la générosité du détail et une lumière exceptionnelle de maîtrise. Où la scénographie définitivement périlleuse devrait se parer d’ombre ou de désespoir, elle puise régulièrement ses couleurs à l'insouciance inhérente aux caractères des jeunes personnages, dans leur inspiration à vivre intensément. Esquivant un rendu graphique au style parfaitement réaliste, chacun des visages parvient néanmoins à insuffler un degré d’émotion, d’existence prêtant la respiration au papier. Les tempéraments archétypes, les remarques, les comportements banals ou les situations moins attendues en résonnent plus vrais.
L’immersion est totale, le pouvoir d’attraction irrémédiable.
Chronique d’un carton annoncé ?
Gung Ho ! Osons le pari !
Remarquable.
C'est en m'appretant à poster cette série que je me suis rendu compte qu'elle était en fait une prequelle d'Aleph-Alif. Dora y joue déjà les chasseuses de criminels de guerre nazis, et on y retrouve ce mélange subtil d'Histoire secrète et de construction de soi. Ainsi tout en compilant des dossiers confidentiels la jeune femme va-t-elle faire des rencontres essentielles. Mina verra prend son temps pour construire son histoire, forger la personnalité de son héroïne, puis de ses héroïnes, le récit s'élargissant autour de deux autres jeunes femmes au tome 2.
La subtilité est donc de mise, tandis que Dora se balade en Allemagne, en France, puis en Argentine. Mina verra semble à l'aise avec les différents décors, en ce début des années 1960. Son trait élégant, une ligne claire en noir et blanc très bien dose, est à même d'accompagner le récit de manière efficace.
J'aime beaucoup et j'en redemande.
Malgré un titre de série un peu primaire et réducteur, cette série vaut vraiment la peine d’être lue par tout amateur de polar.
Certes, ça flingue par moments à tout-va mais il n’y a pas que ça, loin de là, ça reste intelligent et cela sert efficacement l’intrigue.
L’histoire digne d’un Tarantino ( clin d'oeil à Reservoir Dogs avec le flic sur la chaise), aux dialogues très cinématographique est bien ficelée et intéressante jusqu’au bout.
On suit avec intérêt le périple de trois personnages ( Wendy, Hamlet le tueur à gages, Huevo jeune chicanos sans états d'âmes) que tout séparent et qui devront faire face au FBI et à la mafia.
Le scénario est parfois hasardeux et les coïncidences de rencontres entre les différents protagonistes tombent un peu comme un cheveu sur la soupe mais bon… rien de bien grave ceci dit.
La fin au léger goût amer est excellente !
Un drame psychologique agréable qui ravira les amateurs d’étrange, de mystère et de suspense Hitchcockien.
Nul doute d’ailleurs que Comès ait été influencé par le maître Hitchcock pour l’élaboration de son œuvre tant les différents clins d’œil abondent le récit.
Pour ma part, ça été un plaisir et j’ai été conquis dès la première page grâce aux superbes dessins en noir et blanc qui restituent parfaitement cette ambiance oppressante et glauque.
Même si au final l’histoire reste classique, on passe un excellent moment de lecture que je conseille.
La fin est flippante et très réussie.
Et bien ! Le voilà mon premier album financé sur Sandawe, et mon premier album issu du crowdfunding en général...
Il y a quelques mois, je découvrais Sandawe, et ce projet en cours m'a tout de suite tapé dans l'oeil: un graphisme en noir et blanc net et précis, idéal pour illustrer une histoire sur la mort, une bonne dose d'humour débordante, et un sujet original.
Ni une ni deux, je décidais donc d'investir dans le travail de Gilles Le Coz. Le succès fut au rendez-vous, et l'album atteignit rapidement les 75% (seuil pour la publication), puis les 100%, c'est-à-dire que l'album a pu être financé à 100% par les édinautes.
J'ai découvert donc avec impatience cette BD.
Graphiquement, on n'est guère déçu par rapport aux pages visibles en preview sur le site: un trait diablement efficace, qui va à l'essentiel, et qui confère une lisibilité des plus satisfaisantes. Du coup, l'album est très fluide à lire, qualité ô combien appréciable...
Les personnages sont charismatiques et attachants, en premier lieu Mr.Bône, notre principal personnage, qui a de la classe et ne manque pas de glisser de bons mots à l'occasion...
Il y a aussi une galerie de personnages secondaires bien sympathiques, et il y a même quelques authentiques célébrités qui exercent elles aussi l'emploi de "passeur" pour les âmes, mais je vous laisserai les découvrir par vous mêmes !
J'en viens à la principale qualité de cet album: l'originalité ! Gilles Le Coz a su habilement creuser ses méninges pour nous pondre un univers hallucinant en ce qu'il compte en créatures, rapports entre les personnages, et en la façon de voir la vie après la mort. Tout cela, encore une fois, avec un ton des plus détendus !
Bref Yo-Yo Post Mortem est un album très sympathique, et qui ne peut que me faire adresser d'amples encouragements à son auteur, qui mérite d'en montrer plus !
Une belle découverte.
( 258 )
Wow ! Attention, bijou ! Avec "Un printemps à Tchernobyl", Emmanuel Lepage signe ici une des meilleures BD documentaire qu'il m'ait été donné de lire.
Traitement graphique, sujet abordé, façon de le traiter, "omniréflexion" sur ce qu'il est en train de vivre et la retranscription qu'il doit en faire, les doutes qui jalonnent son aventure : tout ici concoure à la réalisation de cette œuvre intelligente, subtile et d'une grande force.
Car, comme Emmanuel Lepage, Tchernobyl reste pour beaucoup d'entre nous, LA triste image d'Epinal de la catastrophe nucléaire. Fukushima est passé par là depuis, mais Tchernobyl, en tant que "premier" accident nucléaire civil ayant eu de graves conséquences, a marqué notre époque, tout en restant quelque chose d'assez flou, plus ou moins lointain, dont on ne percevait pas vraiment les réelles conséquences pour ce qui nous concerne, et encore moins pour les gens qui continuent à vivre aux abords de cette zone sinistrée.
Et c'est là l'un des intérêts majeur de cette BD. En partant là-bas, Emmanuel Lepage, emmenait avec lui tout cette imagerie de la catastrophe nucléaire et tout un tas d'autres préjugés. La confrontation va être rude. Car, loin de s'épargner, il met à nu ses réflexions, ses doutes, ses peurs et tout ce qu'il ressent.
C'est cette sincérité qui donne sa force à cet album. On le sent petit à petit se libérer du poids de ses contraintes et de ses questionnements, et retrouver l'équilibre nécessaire à la réussite de ce projet : sa main se libère aussi. Celle qui l'avait lâché juste avant son départ, allant jusqu'à compromettre sa participation à ce projet, "reprends vie" et permet à Emmanuel Lepage de nous le rendre de la plus merveilleuse des façons avec cet album.
Très noir, gras et sombre au début, son graphisme s’enrichit de notes de couleur au fil de l'album, pour en arriver à ces sublimes planches toutes en couleur digne des Fauves du début du XXe, nées de son ressentit face aux lumières printanières qui illuminent la nature de ces lieux.
Paradoxe suprême qu'il exprime très bien, car derrière cette beauté, le danger fait plus que persister... Attention de ne pas s'oublier...
Vous l'aurez compris, c’est à mon sens un album d'une rare sincérité est tout simplement magistral. Car loin du catastrophisme qu'on aurait pu appréhender pour le traitement de ce genre de sujet, il réussit graphiquement et à travers les nombreuses interrogations qu'il soulève à faire passer émotions, les bonnes questions et les bouts de réponse qui en valent vraiment la peine.
Tout simplement à lire.
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Un printemps à Tchernobyl
Tchernobyl comme si vous y étiez, ... comme un prospectus de voyage ... C'est un peu ce que l'on peut dire après la lecture de ce bel ouvrage. On vit avec l'auteur et ses accompagnateurs chez les Ukrainiens qui bordent - et franchissent pour certains - cette zone interdite. Ces résidents locaux vivent simplement, pauvrement, avec pour certains quelques extra pour améliorer leur quotidien, glanés par ci et par là, en s'introduisant dans l'antre du territoire interdit, quitte à se faire, tant pis, irradier. L'auteur et ses accompagnateurs, eux, s'y rendent avec les protections d'usage et le matériel nécessaire de surveillance du niveau de radiation. On est choqué de voir dans le périmètre contaminé, tant de magnificences naturelles, tel un éden, autour d'une cité fantôme et d'une centrale en ruines. Ce tableau met par analogie en lumière, et de façon la plus actuelle qui soit, le récit de la genèse de l'ancien testament : ayant touché au fruit défendu, l’atome que l'homme trop opportuniste et imprudent maîtrise mal ou pas vraiment, nous humains sommes désormais chassé de ce paradis là revenu à la flore et la faune, sous peine d'être irradiés. Les Japonais doivent vivre cette même impression tout autour de leur centrale accidentée. La narration demande tout de même que l'on s'accroche au récit, ce qui m'empêche de mettre 5 étoiles. Mais voilà une BD utile, graphiquement belle et instructive en questionnements qu'elle génère inévitablement.
Khaal, Chroniques d'un empereur galactique
Même si le scénario n'est pas des plus bouleversants, l'histoire reste tout de même fort agréable pour les amateurs de chroniques SF (cela m'a assez fait penser à Riddick par exemple.) Cependant le gros point fort de la bande dessinée en général est le fait de pouvoir parvenir à sublimer un narratif par le visuel ; et là c'est tout simplement magnifique. Le travail de Valentin Secher est magistral. Il y a bien longtemps que je n'ai pas vu un tel travail de perspective sur les décors. Le trait des personnages est toujours juste me rappelant un peu le travail de Serpieri avec encore plus de finesse. (Druuna... ha les émois de jeunesse) Chaque vignette est un émerveillement et apporte sont coté épique à cette série. Je ne regrette ni l'achat ni la lecture et le recommande vivement.
Le Train des Orphelins
Le train des orphelins est une bd qui attire l’attention sur le sort d’un programme d’insertion des orphelins au Etats-Unis des années 1852 à 1929. Je n’avais jamais entendu parler de cela. C’est fort bien documenté dans un dossier assez pratique à la fin du premier tome. La bd se contente d’inventer une histoire mais se basant sur des faits historiques véridiques. Et je dois bien avouer que c’est prenant. Humainement, on se pose des questions. C’est clair qu’il y aura du pour et du contre. Fallait-il laisser ces enfants dans la rue livrés à la violence et à la prostitution ou bien essayer de les insérer dans des familles loin de New-York ? En voulant faire le bien, cette fondation caritative a parfois fait le mal. On est loin du train qui emmenait les juifs dans les camps de concentration et pourtant, cette œuvre semble présenter les choses de cette manière. Bref, les auteurs vont vraiment mettre l’accent où cela fait mal. Je ne vais pas retenir ces mauvais côté d’une œuvre manifestement dirigée. Elle a eu au moins le mérite de sortir de l’ombre un phénomène de masse concernant le déplacement de 200.000 orphelins sur la période considérée. C’est joliment dessiné dans un graphisme que j’affectionne particulièrement. La mise en scène est parfaitement réussie. L’émotion nous prend parfois. Bref, c’est une bonne série qui commence là. La suite sera à la hauteur de nos espérances. Un parcours sans-faute.
L'Homme qui n'aimait pas les armes à feu
Un western moderne original, un graphisme très sympathique, des personnages charismatiques qui sortent des sentiers battus, une intrigue complexe et sans stéréotype, de l'humour, des mystères et des rebondissements imprévus... que demander de plus ? Cette série est un vrai plaisir, simple et rafraîchissant. Il se lit comme un bon divertissement, amusant, bien mené et surprenant. La construction est impeccable, tant dans le déroulement de l'intrigue et la façon dont elle dévoile peu à peu ses cartes, que dans le graphisme qui est maîtrisé et colle très bien au genre. Une bonne lecture que je conseillerais sans hésiter !
Gung Ho
Decorum : fin de civilisation. Un poste avancé, village grossièrement fortifié, cerné de tours de surveillance. Clairsemés, boiteux, des poteaux télégraphiques survivants disputent l’horizon aux bâtiments abandonnés, aux ponts et routes désaffectés crachant leurs rares carcasses de véhicules dévorées par la végétation. En mode grand spectacle, le trait livre des pastorales ciselées, aguichantes, esquissant le portrait d’un territoire fantôme reconquis par la nature. La couleur déploie sa vague chlorophyllienne, noie une mosaïque de vestiges évocateurs, festivités eschatologiques consommées d’un nouveau mojo postapocalyptique, obsédant, irrésistiblement invitatif : ça y est, vous y êtes ! Soudain le chant d’une sirène hurlant le danger exhorte à roder votre art de la fugue ; sans hésitation, courez ! Car ici, depuis longtemps, Sapiens a troqué son leadership contre une place de met de choix au buffet garni de la chaîne alimentaire. Et, quand le maillon du dessus est de sortie, il ne fait pas bon traîner ses guêtres en pleine zone de menace… Déjà une décennie que le péril a surgi du froid. Que la « peste blanche » échappée de Sibérie a frappé, décimé. Homme après homme, ville après ville. Quand l’ouverture nous livre ses premières cases : les frangins Goodwoody, orphelins aux pédigrées encombrés, déboulent à « Fort Apache », une des colonies reliques de l’humanité déclinante. La dernière chance pour ces deux brebis galeuses… Parlons franc ! D’emblée, le scénario libère une impression familière, la mémoire de chemins déjà empruntés où l’appréhension guette un ennui mortifère. Sauf ! En étirant avec talent la cordelette du temps, dénudant son univers par brides, installant pas à pas ses personnages dans un climat souvent insoucieux, Benjamin Von Eckartsberg instille la curiosité puis une appropriation bientôt évidente. La mise en bouche accrocheuse, suffisamment pour se laisser chatouiller par ses relatives imperfections, séduit tout à fait dans un récit qui resserre ses desseins autour des spécimens de l’espèce adolescence. Augurant des karmas marqués du filigrane William Golding, arborant les promesses d’une anticipation intimiste, plus proche de l’humain, l’histoire ébauche les contours d’un changement de statut espéré dont l’œuvre dissémine les premières pousses dans son incroyable esthétisme. Les mains du dessinateur – en l’occurrence de l’illustrateur - façonnent des planches à la beauté asphyxiante. Parenthèse : sans m’exhiber Ayatolah du dessin dans ton gros nez labellisé « bd à papa », je confesse un goût certain du classicisme crayons-feuille blanche et quelques réactions épidermiques voire d'imbéciles préjugés quand l'infographie courtise le neuvième art. Alors heureux que moi ! Car j’ai rencontré un gourou… et je mourrai moins idiot (euphémisme). Prince du mulot, thaumaturge de la tablette graphique, alchimiste du stylet, ou qu'ajouterais-je encore : les compositions de Thomas Von Kummant sont simplement éblouissantes. Chaque case suggère une profondeur démentielle, libérant son lecteur abasourdi dans des cadrages virtuoses, dans la sophistication, la générosité du détail et une lumière exceptionnelle de maîtrise. Où la scénographie définitivement périlleuse devrait se parer d’ombre ou de désespoir, elle puise régulièrement ses couleurs à l'insouciance inhérente aux caractères des jeunes personnages, dans leur inspiration à vivre intensément. Esquivant un rendu graphique au style parfaitement réaliste, chacun des visages parvient néanmoins à insuffler un degré d’émotion, d’existence prêtant la respiration au papier. Les tempéraments archétypes, les remarques, les comportements banals ou les situations moins attendues en résonnent plus vrais. L’immersion est totale, le pouvoir d’attraction irrémédiable. Chronique d’un carton annoncé ? Gung Ho ! Osons le pari !
Dora
Remarquable. C'est en m'appretant à poster cette série que je me suis rendu compte qu'elle était en fait une prequelle d'Aleph-Alif. Dora y joue déjà les chasseuses de criminels de guerre nazis, et on y retrouve ce mélange subtil d'Histoire secrète et de construction de soi. Ainsi tout en compilant des dossiers confidentiels la jeune femme va-t-elle faire des rencontres essentielles. Mina verra prend son temps pour construire son histoire, forger la personnalité de son héroïne, puis de ses héroïnes, le récit s'élargissant autour de deux autres jeunes femmes au tome 2. La subtilité est donc de mise, tandis que Dora se balade en Allemagne, en France, puis en Argentine. Mina verra semble à l'aise avec les différents décors, en ce début des années 1960. Son trait élégant, une ligne claire en noir et blanc très bien dose, est à même d'accompagner le récit de manière efficace. J'aime beaucoup et j'en redemande.
Les Enragés
Malgré un titre de série un peu primaire et réducteur, cette série vaut vraiment la peine d’être lue par tout amateur de polar. Certes, ça flingue par moments à tout-va mais il n’y a pas que ça, loin de là, ça reste intelligent et cela sert efficacement l’intrigue. L’histoire digne d’un Tarantino ( clin d'oeil à Reservoir Dogs avec le flic sur la chaise), aux dialogues très cinématographique est bien ficelée et intéressante jusqu’au bout. On suit avec intérêt le périple de trois personnages ( Wendy, Hamlet le tueur à gages, Huevo jeune chicanos sans états d'âmes) que tout séparent et qui devront faire face au FBI et à la mafia. Le scénario est parfois hasardeux et les coïncidences de rencontres entre les différents protagonistes tombent un peu comme un cheveu sur la soupe mais bon… rien de bien grave ceci dit. La fin au léger goût amer est excellente !
Eva
Un drame psychologique agréable qui ravira les amateurs d’étrange, de mystère et de suspense Hitchcockien. Nul doute d’ailleurs que Comès ait été influencé par le maître Hitchcock pour l’élaboration de son œuvre tant les différents clins d’œil abondent le récit. Pour ma part, ça été un plaisir et j’ai été conquis dès la première page grâce aux superbes dessins en noir et blanc qui restituent parfaitement cette ambiance oppressante et glauque. Même si au final l’histoire reste classique, on passe un excellent moment de lecture que je conseille. La fin est flippante et très réussie.
Yo-Yo Post Mortem
Et bien ! Le voilà mon premier album financé sur Sandawe, et mon premier album issu du crowdfunding en général... Il y a quelques mois, je découvrais Sandawe, et ce projet en cours m'a tout de suite tapé dans l'oeil: un graphisme en noir et blanc net et précis, idéal pour illustrer une histoire sur la mort, une bonne dose d'humour débordante, et un sujet original. Ni une ni deux, je décidais donc d'investir dans le travail de Gilles Le Coz. Le succès fut au rendez-vous, et l'album atteignit rapidement les 75% (seuil pour la publication), puis les 100%, c'est-à-dire que l'album a pu être financé à 100% par les édinautes. J'ai découvert donc avec impatience cette BD. Graphiquement, on n'est guère déçu par rapport aux pages visibles en preview sur le site: un trait diablement efficace, qui va à l'essentiel, et qui confère une lisibilité des plus satisfaisantes. Du coup, l'album est très fluide à lire, qualité ô combien appréciable... Les personnages sont charismatiques et attachants, en premier lieu Mr.Bône, notre principal personnage, qui a de la classe et ne manque pas de glisser de bons mots à l'occasion... Il y a aussi une galerie de personnages secondaires bien sympathiques, et il y a même quelques authentiques célébrités qui exercent elles aussi l'emploi de "passeur" pour les âmes, mais je vous laisserai les découvrir par vous mêmes ! J'en viens à la principale qualité de cet album: l'originalité ! Gilles Le Coz a su habilement creuser ses méninges pour nous pondre un univers hallucinant en ce qu'il compte en créatures, rapports entre les personnages, et en la façon de voir la vie après la mort. Tout cela, encore une fois, avec un ton des plus détendus ! Bref Yo-Yo Post Mortem est un album très sympathique, et qui ne peut que me faire adresser d'amples encouragements à son auteur, qui mérite d'en montrer plus ! Une belle découverte. ( 258 )
Un printemps à Tchernobyl
Wow ! Attention, bijou ! Avec "Un printemps à Tchernobyl", Emmanuel Lepage signe ici une des meilleures BD documentaire qu'il m'ait été donné de lire. Traitement graphique, sujet abordé, façon de le traiter, "omniréflexion" sur ce qu'il est en train de vivre et la retranscription qu'il doit en faire, les doutes qui jalonnent son aventure : tout ici concoure à la réalisation de cette œuvre intelligente, subtile et d'une grande force. Car, comme Emmanuel Lepage, Tchernobyl reste pour beaucoup d'entre nous, LA triste image d'Epinal de la catastrophe nucléaire. Fukushima est passé par là depuis, mais Tchernobyl, en tant que "premier" accident nucléaire civil ayant eu de graves conséquences, a marqué notre époque, tout en restant quelque chose d'assez flou, plus ou moins lointain, dont on ne percevait pas vraiment les réelles conséquences pour ce qui nous concerne, et encore moins pour les gens qui continuent à vivre aux abords de cette zone sinistrée. Et c'est là l'un des intérêts majeur de cette BD. En partant là-bas, Emmanuel Lepage, emmenait avec lui tout cette imagerie de la catastrophe nucléaire et tout un tas d'autres préjugés. La confrontation va être rude. Car, loin de s'épargner, il met à nu ses réflexions, ses doutes, ses peurs et tout ce qu'il ressent. C'est cette sincérité qui donne sa force à cet album. On le sent petit à petit se libérer du poids de ses contraintes et de ses questionnements, et retrouver l'équilibre nécessaire à la réussite de ce projet : sa main se libère aussi. Celle qui l'avait lâché juste avant son départ, allant jusqu'à compromettre sa participation à ce projet, "reprends vie" et permet à Emmanuel Lepage de nous le rendre de la plus merveilleuse des façons avec cet album. Très noir, gras et sombre au début, son graphisme s’enrichit de notes de couleur au fil de l'album, pour en arriver à ces sublimes planches toutes en couleur digne des Fauves du début du XXe, nées de son ressentit face aux lumières printanières qui illuminent la nature de ces lieux. Paradoxe suprême qu'il exprime très bien, car derrière cette beauté, le danger fait plus que persister... Attention de ne pas s'oublier... Vous l'aurez compris, c’est à mon sens un album d'une rare sincérité est tout simplement magistral. Car loin du catastrophisme qu'on aurait pu appréhender pour le traitement de ce genre de sujet, il réussit graphiquement et à travers les nombreuses interrogations qu'il soulève à faire passer émotions, les bonnes questions et les bouts de réponse qui en valent vraiment la peine. Tout simplement à lire.