Glénat BD inaugure une nouvelle collection « Glénat Comics » avec ce bon premier tome intitulé « Lazarus » de Greg Rucka et Michael Lark.
L’histoire se déroule dans un monde assez bouleversé sans limites géographiques, un monde dirigé par des familles riches et puissantes ayant droit de vie et de mort sur leur population. Chaque famille (apparemment) possède son « Lazare » , véritable guerrier cybernétique chargé de défendre les intérêts du groupe.
Le récit est passionnant. Aux luttes d’influence inter-familles, il faut ajouter les luttes intestines que les auteurs décrivent avec beaucoup de brio.
Le scénario, au premier abord, ne semble pas très original mais l’histoire se développe de façon intéressante. Ajoutez à cela un tempo excellent, une histoire claire et bien goupillée et un dessin agréable, précis et dynamique mais avec l’impression que ce type de dessin est assez commun.
Ce premier tome se termine en plein suspense, de bon augure pour la suite.
Il faut bien dire qu’on attendait de le voir à l’œuvre, le sieur McCloud, brillant théoricien du neuvième art, également surnommé par certains « l’Aristote des comics ». Depuis sa trilogie sur la façon d’appréhender le neuvième art, dont le dernier volume remonte tout de même à 2007, il n’avait pas publié de bande dessinée. D’ailleurs, on ne peut pas dire que sa biographie soit très étoffée, Scott McCloud préférant s’investir dans des activités diverses et variées, telles que conférencier, défenseur des droits des auteurs de comics, scénariste…
« Le Sculpteur » donc. Gros pavé de 500 pages mêlant habilement l’intime au fantastique, d’une fluidité quasi parfaite, où l'auteur américain met en pratique avec brio ses théories sur L'Art Invisible. Les six étapes sont respectées, de l’idée à l’apparence. L’idée, ou pour reprendre la métaphore de McCloud, les « pépins de la pomme », c’est ce désir irrépressible et mégalo propre à l’artiste de laisser une trace « éternelle », de produire l’œuvre absolue, celle qui changera le cours de l’humanité. Une relecture originale du mythe faustien qui voit le jeune David Smith doté d’un don surnaturel, celui de sculpter absolument n’importe quelle matière de n’importe quel volume avec une dextérité incroyable, en échange d’une mort certaine dans les deux cent jours. Problème : entretemps, l’artiste fait la connaissance de Meg, une jeune fille bipolaire dont il tombe follement amoureux. S’ensuit pour David une foule de questionnements, d’autant que la notoriété promise peine à émerger… Ce roman graphique d’un romantisme échevelé et forcément désespéré se conclut sur un hénaurme cri d’amour à la face du monde - du moins celle de New York puisque c’est le cadre de l’histoire -, d’un symbolisme quelque peu démonstratif mais généreux sur le fond.
Pour le reste, mise en page, cadrage et scénario sont parfaitement calibrés pour une transposition à l’écran, d’ailleurs on aurait presque l’impression que cette BD a été conçue pour ça. De même, les personnages sont bien campés psychologiquement.
Avec « Le Sculpteur », Scott McCloud hisse le roman graphique à un niveau de professionnalisme qui en serait presque dérangeant. Il est vrai qu’à la base, ce genre du 9ème art tolère plus facilement le minimalisme et les « imperfections » techniques qui ne sont pas de mise dans d’autres créations à visée plus populaire. Sans vouloir établir de généralités, ce côté « artisanal », avec ses aspérités plus ou moins délibérées, privilégie le fond à la forme et favorise une certaine authenticité du propos, et par extension, l’émotion. Seul le trait, davantage orienté « ligne claire », garde une certaine rugosité, mais la bichromie bleue, souvent utilisée pour estomper certains sujets, n’est pas vraiment du meilleur effet par ce côté « photoshopé ».
Alors curieusement, si la démarche est sincère et vise aussi à toucher les cœurs, j’ai personnellement peiné à y trouver de l’émotion. A trop vouloir bien faire, Mc Cloud a peut-être oublié de se lâcher même s’il s’en sort plus qu’honorablement. Car l’air de rien, il nous livre ici une fable sur l’héritage très bien « sculptée » avec ses saillies et ses creux imprévisibles, et réussit de surcroit à nous captiver tout au long des 500 pages de l’ouvrage qui se conclut par un véritable hymne à la vie. Une œuvre riche qui supportera facilement plusieurs lectures.
J’avais découvert Théa Rojzman grâce à son ouvrage Le Carnet de rêves (toujours chez La Boîte à Bulles), véritable coup de cœur à l’époque (2009). Son nouvel album, « Mourir ça n'existe pas », y ressemble sur plusieurs points, mais je l’ai trouvé beaucoup plus mûr, plus accessible aussi.
Les thèmes sont multiples, et en tant que parent j’en ai surtout ressorti un message fort concernant l’impact que le comportement d’un parent peut avoir sur le développement d’un enfant. Yann souffre clairement des obsessions de sa mère, véritable « malédiction familiale » transmise d’une génération à une autre. J’ai trouvé le message juste et touchant, la narration habile et originale, et la fin très belle et finalement assez positive (après une lecture parfois sombre).
Côté dessin on retrouve les aquarelles « brutes » de l’auteur, avec ses explosions de couleurs et ses traces de pinceaux volontairement visibles. La mise en page « explose » parfois, avec des planches oniriques du plus bel effet.
Une lecture enrichissante et passionnante.
Décidément, les polars nordiques ont la côte depuis Millenium. Dernièrement, La Princesse des Glaces m'avait également beaucoup séduit. C'est une histoire de couple et de trahison qui conduit à une vengeance. C'est également tiré d'une adaptation d'un best-seller suédois.
J'avoue avoir eu beaucoup de mal à suivre le fil de cette intrigue pourtant passionnante. Il faut dire qu'il y a une galerie de personnages qui se succèdent dont certains se ressemblent mais ne portent pas le même nom. A un moment donné, j'ai compris que certaines scènes étaient des flash-back renvoyant dans le passé d'un des personnages. En résumé, il y a 3 récits croisant deux époques différentes.
Malgré ces imperfections, on est réellement pris dans cette histoire de couple à bout de souffle. C'est le genre de polar contemporain que j'aime avec une tension à son comble.
Grégory Mardon n'est pas un auteur très connu. Pour autant, j'aime beaucoup ce qu'il fait car il vît avec son temps (voir Petite frappe ou Madame désire ? par exemple). Son récit dynamique sonne résolument moderne malgré une couverture toute droite sortie des années 80. Il y a de la grâce dans l'ensemble de ces personnages ordinaires qu'ils soient masculins ou féminins. Bref, il sait capter l'attention.
Cela commence de manière assez superficiel dans un Paris où de jeunes bobos insouciants s'adonnent à la fête. Cela se termine dans un petit drame familial à la campagne. On se rend compte de l'épaisseur des personnages à mesure que le récit avance. Et on peut dire, que cela file à toute allure d'où le titre. Excellent !
Après avoir signé La Princesse des Glaces, Olivier Bocquet et Léonie Bischoff remettent le couvert avec Le prédicateur, une nouvelle adaptation d'un roman de Camilla Läckberg. Même recette, même qualités, et même résultat : un album excellent qui se lit d'une traite. La transposition d'un roman en BD n'est pas forcément un exercice facile, surtout lorsque le livre de départ est épais, que l'intrigue est dense et qu'il faut boucler ça en 100 planches. Mais l'exercice est tout à fait réussi ici car il subsiste dans la BD l'essentiel et à aucun moment on n'a l'impression que des éléments de l'intrigue ont été éludés ou raccourcis, même si il y en a sans doute.
Une petite astuce bien vue pour présenter les nombreux personnages suivie d'une mise en place rapide et efficace, et en quelques pages on est dans le vif du sujet. La suite c'est une enquête prenante et bien menée de bout en bout. On suit les avancées pas à pas des investigations de la police, on sent dès le départ qu'il y a une famille louche, mais sans savoir exactement qui a fait quoi ni qui sait quoi. L'étau se resserre petit à petit et le suspense est bien présent jusqu'au dénouement. La narration est sans faute et garde le lecteur en haleine tout le long.
Si vous avez aimé La Princesse des Glaces, vous aimerez le prédicateur. Si vous n'avez pas lu cette précédente adaptation, mais que vous aimez les bons polars, vous aimerez le prédicateur.
Olivier... si c'est pas déjà en cours, tu peux t'attaquer au Tailleur de Pierre et à L'oiseau de mauvaise augure ;-)
Un récit que Trondheim avait commencé il y a une dizaine d'années et qu'il n'a jamais terminé. On peut se demander l’intérêt de publier un truc qui n'a pas de fin, mais Trondheim fait partie de ces auteurs dont j'ai envie de lire toute l’œuvre et savoir déjà à l'avance que je ne saurai pas la fin est moins frustrant que de lire une série prometteuse et d'apprendre ensuite qu'elle est abandonnée.
L'histoire est pas mal et part sur un gros délire : le justicier Willard Watte et son équipe combattent le crime et pour une raison quelconque leurs aventures sont contées en bande dessinée (peut-être que c'est la source de profit qui leur permet d'avoir plein de gadgets ?). Un jour, un libraire pas très malin se retrouve dans une affaire criminelle malgré lui et Watte et son équipe doivent le protéger.
Sur un scénario déjà vu (le type crétin qui doit être protégé et fait plein de conneries), Trondheim propose une histoire qui ne se prend pas au sérieux avec des personnages amusants. Le scénario est captivant et l'humour m'a fait rire. Le seul problème est que le récit est inachevé donc il y a plusieurs questions dont on ne connaîtra jamais la réponse et le méchant n'est pas vaincu. Cela reste une lecture agréable si on aime l'humour de l'auteur.
Cela faisait longtemps que je n'avais pas pris autant de plaisir à lire une série avec plus de 10 tomes. D'ailleurs, je n'ai pas pu lire toute la série car ma bibliothèque n'avait pas le premier tome et les tomes 17 à 20 et je ne pense pas trouver cette série à la librairie car elle est un peu oubliée de nos jours. Enfin, je pense que j'ai lu assez de tomes pour pouvoir noter !
Une chose que j'ai adorée avec Mac Coy c'est comment sa situation évolue au fil des tomes (c'est d'ailleurs dommage que je n'ai pas pu lire tous les tomes car il y a clairement eu des changements entre le tome 16 et 21) et cette évolution est intéressante. Les tomes ont chacun une histoire indépendante, mais je trouve qu'il faut lire la série en ordre afin de l'apprécier complétement.
Les scénariis ne réinventent pas le western, mais malgré le fait que les auteurs réutilisent des clichés déjà vus dans d'autres western ils arrivent à créer une certaine originalité et qu'ils réutilisent de manière intéressante ces clichés. Un autre point fort de cette série sont les personnages qui sont souvent haut en couleur et mémorables. J'aime aussi les moments plus humoristiques.
Le dessin est bon quoique la colorisation n'est pas toujours au top. Le dessinateur sait dessiner de belles gueules, mais, paradoxalement, j'ai eu parfois, au début, un peu de difficulté à différencier certains personnages sur certaines cases (notamment Mac Coy et son copain Charley dans les premiers tomes). Mais ce défaut n'a pas du tout brisé mon enthousiasme pour cette série que doivent lire les amateurs de western !
Une série très attachante. Curieux qu'il n'y ait pas eu plus d'amateurs sur BDthèque.
Ce sont des histoires où le héros est un binôme: un indien (Poe) et un blanc initié aux rites Lakotas (Ned allias Esprit du Vent) ; cet attelage fonctionne très bien parce que l'amitié et la loyauté trouvent assez bien leur place dans le western .
Ce couple surprenant n'a pas fini de dérouter le bon vieux cow-boy qui partage le monde en deux parts ennemies: nous d'abord, et les autres au bout de mon fusil. La malice métissée aura toujours raison des intrigues complexes. (Poe, le nom donné à l 'indien fidèle, n'est-il pas l'inventeur du roman policier?)
Pour pimenter le tout, les indiens ont ici un savoir-faire millénaire et mystérieux et sont dans leur bon droit, alors que la plupart de blancs ont le mauvais goût de suivre un chef méchant qui a une balle à la place du cerveau, et l'argent pour unique mesure. Cette manière de mettre en valeur l’irrationnelle tradition en même temps que le métissage a de quoi séduire notre vieille Europe multiculturelle.
Le dessin en noir et blanc, sans aucun dégradé, est tranchant et contribue à créer l'incertitude par ces contrastes violents qui font cligner des yeux.
Bref, c'est une belle série dont on ne se lasse pas, chaque intrigue ayant son sel particulier.
Comme pour Un îlot de bonheur auquel il est accolé, ce récit est tout de subtilité et en nuances. Chabouté sait tenir un crayon, ça on le savait, mais c'est aussi un formidable raconteur d'histoires banales en apparences. Ici on se trouve plongé dans des univers tel "Le grand chemin", ou les romans d'Henri Vincenot, je pense à "La Billebaude". Ces univers s'attardent sur des petits riens qui mis bout à bout font une vie simple mais pleine de moments de "grâce". Je mets au défi quiconque à passé quelques jours à la campagne dans son enfance de ne pas avoir retrouvé avec cette lecture des souvenirs ou sensations de l'époque.
Faire passer sans dialogues excessifs, avec des images simples, (à priori!) autant de choses, je crois que l'on peut appeler ça du talent. Tout simplement.
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Lazarus
Glénat BD inaugure une nouvelle collection « Glénat Comics » avec ce bon premier tome intitulé « Lazarus » de Greg Rucka et Michael Lark. L’histoire se déroule dans un monde assez bouleversé sans limites géographiques, un monde dirigé par des familles riches et puissantes ayant droit de vie et de mort sur leur population. Chaque famille (apparemment) possède son « Lazare » , véritable guerrier cybernétique chargé de défendre les intérêts du groupe. Le récit est passionnant. Aux luttes d’influence inter-familles, il faut ajouter les luttes intestines que les auteurs décrivent avec beaucoup de brio. Le scénario, au premier abord, ne semble pas très original mais l’histoire se développe de façon intéressante. Ajoutez à cela un tempo excellent, une histoire claire et bien goupillée et un dessin agréable, précis et dynamique mais avec l’impression que ce type de dessin est assez commun. Ce premier tome se termine en plein suspense, de bon augure pour la suite.
Le Sculpteur
Il faut bien dire qu’on attendait de le voir à l’œuvre, le sieur McCloud, brillant théoricien du neuvième art, également surnommé par certains « l’Aristote des comics ». Depuis sa trilogie sur la façon d’appréhender le neuvième art, dont le dernier volume remonte tout de même à 2007, il n’avait pas publié de bande dessinée. D’ailleurs, on ne peut pas dire que sa biographie soit très étoffée, Scott McCloud préférant s’investir dans des activités diverses et variées, telles que conférencier, défenseur des droits des auteurs de comics, scénariste… « Le Sculpteur » donc. Gros pavé de 500 pages mêlant habilement l’intime au fantastique, d’une fluidité quasi parfaite, où l'auteur américain met en pratique avec brio ses théories sur L'Art Invisible. Les six étapes sont respectées, de l’idée à l’apparence. L’idée, ou pour reprendre la métaphore de McCloud, les « pépins de la pomme », c’est ce désir irrépressible et mégalo propre à l’artiste de laisser une trace « éternelle », de produire l’œuvre absolue, celle qui changera le cours de l’humanité. Une relecture originale du mythe faustien qui voit le jeune David Smith doté d’un don surnaturel, celui de sculpter absolument n’importe quelle matière de n’importe quel volume avec une dextérité incroyable, en échange d’une mort certaine dans les deux cent jours. Problème : entretemps, l’artiste fait la connaissance de Meg, une jeune fille bipolaire dont il tombe follement amoureux. S’ensuit pour David une foule de questionnements, d’autant que la notoriété promise peine à émerger… Ce roman graphique d’un romantisme échevelé et forcément désespéré se conclut sur un hénaurme cri d’amour à la face du monde - du moins celle de New York puisque c’est le cadre de l’histoire -, d’un symbolisme quelque peu démonstratif mais généreux sur le fond. Pour le reste, mise en page, cadrage et scénario sont parfaitement calibrés pour une transposition à l’écran, d’ailleurs on aurait presque l’impression que cette BD a été conçue pour ça. De même, les personnages sont bien campés psychologiquement. Avec « Le Sculpteur », Scott McCloud hisse le roman graphique à un niveau de professionnalisme qui en serait presque dérangeant. Il est vrai qu’à la base, ce genre du 9ème art tolère plus facilement le minimalisme et les « imperfections » techniques qui ne sont pas de mise dans d’autres créations à visée plus populaire. Sans vouloir établir de généralités, ce côté « artisanal », avec ses aspérités plus ou moins délibérées, privilégie le fond à la forme et favorise une certaine authenticité du propos, et par extension, l’émotion. Seul le trait, davantage orienté « ligne claire », garde une certaine rugosité, mais la bichromie bleue, souvent utilisée pour estomper certains sujets, n’est pas vraiment du meilleur effet par ce côté « photoshopé ». Alors curieusement, si la démarche est sincère et vise aussi à toucher les cœurs, j’ai personnellement peiné à y trouver de l’émotion. A trop vouloir bien faire, Mc Cloud a peut-être oublié de se lâcher même s’il s’en sort plus qu’honorablement. Car l’air de rien, il nous livre ici une fable sur l’héritage très bien « sculptée » avec ses saillies et ses creux imprévisibles, et réussit de surcroit à nous captiver tout au long des 500 pages de l’ouvrage qui se conclut par un véritable hymne à la vie. Une œuvre riche qui supportera facilement plusieurs lectures.
Mourir (ça n'existe pas)
J’avais découvert Théa Rojzman grâce à son ouvrage Le Carnet de rêves (toujours chez La Boîte à Bulles), véritable coup de cœur à l’époque (2009). Son nouvel album, « Mourir ça n'existe pas », y ressemble sur plusieurs points, mais je l’ai trouvé beaucoup plus mûr, plus accessible aussi. Les thèmes sont multiples, et en tant que parent j’en ai surtout ressorti un message fort concernant l’impact que le comportement d’un parent peut avoir sur le développement d’un enfant. Yann souffre clairement des obsessions de sa mère, véritable « malédiction familiale » transmise d’une génération à une autre. J’ai trouvé le message juste et touchant, la narration habile et originale, et la fin très belle et finalement assez positive (après une lecture parfois sombre). Côté dessin on retrouve les aquarelles « brutes » de l’auteur, avec ses explosions de couleurs et ses traces de pinceaux volontairement visibles. La mise en page « explose » parfois, avec des planches oniriques du plus bel effet. Une lecture enrichissante et passionnante.
Trahie
Décidément, les polars nordiques ont la côte depuis Millenium. Dernièrement, La Princesse des Glaces m'avait également beaucoup séduit. C'est une histoire de couple et de trahison qui conduit à une vengeance. C'est également tiré d'une adaptation d'un best-seller suédois. J'avoue avoir eu beaucoup de mal à suivre le fil de cette intrigue pourtant passionnante. Il faut dire qu'il y a une galerie de personnages qui se succèdent dont certains se ressemblent mais ne portent pas le même nom. A un moment donné, j'ai compris que certaines scènes étaient des flash-back renvoyant dans le passé d'un des personnages. En résumé, il y a 3 récits croisant deux époques différentes. Malgré ces imperfections, on est réellement pris dans cette histoire de couple à bout de souffle. C'est le genre de polar contemporain que j'aime avec une tension à son comble.
C'est comment qu'on freine ?
Grégory Mardon n'est pas un auteur très connu. Pour autant, j'aime beaucoup ce qu'il fait car il vît avec son temps (voir Petite frappe ou Madame désire ? par exemple). Son récit dynamique sonne résolument moderne malgré une couverture toute droite sortie des années 80. Il y a de la grâce dans l'ensemble de ces personnages ordinaires qu'ils soient masculins ou féminins. Bref, il sait capter l'attention. Cela commence de manière assez superficiel dans un Paris où de jeunes bobos insouciants s'adonnent à la fête. Cela se termine dans un petit drame familial à la campagne. On se rend compte de l'épaisseur des personnages à mesure que le récit avance. Et on peut dire, que cela file à toute allure d'où le titre. Excellent !
Le Prédicateur
Après avoir signé La Princesse des Glaces, Olivier Bocquet et Léonie Bischoff remettent le couvert avec Le prédicateur, une nouvelle adaptation d'un roman de Camilla Läckberg. Même recette, même qualités, et même résultat : un album excellent qui se lit d'une traite. La transposition d'un roman en BD n'est pas forcément un exercice facile, surtout lorsque le livre de départ est épais, que l'intrigue est dense et qu'il faut boucler ça en 100 planches. Mais l'exercice est tout à fait réussi ici car il subsiste dans la BD l'essentiel et à aucun moment on n'a l'impression que des éléments de l'intrigue ont été éludés ou raccourcis, même si il y en a sans doute. Une petite astuce bien vue pour présenter les nombreux personnages suivie d'une mise en place rapide et efficace, et en quelques pages on est dans le vif du sujet. La suite c'est une enquête prenante et bien menée de bout en bout. On suit les avancées pas à pas des investigations de la police, on sent dès le départ qu'il y a une famille louche, mais sans savoir exactement qui a fait quoi ni qui sait quoi. L'étau se resserre petit à petit et le suspense est bien présent jusqu'au dénouement. La narration est sans faute et garde le lecteur en haleine tout le long. Si vous avez aimé La Princesse des Glaces, vous aimerez le prédicateur. Si vous n'avez pas lu cette précédente adaptation, mais que vous aimez les bons polars, vous aimerez le prédicateur. Olivier... si c'est pas déjà en cours, tu peux t'attaquer au Tailleur de Pierre et à L'oiseau de mauvaise augure ;-)
Capharnaüm - Récit inachevé
Un récit que Trondheim avait commencé il y a une dizaine d'années et qu'il n'a jamais terminé. On peut se demander l’intérêt de publier un truc qui n'a pas de fin, mais Trondheim fait partie de ces auteurs dont j'ai envie de lire toute l’œuvre et savoir déjà à l'avance que je ne saurai pas la fin est moins frustrant que de lire une série prometteuse et d'apprendre ensuite qu'elle est abandonnée. L'histoire est pas mal et part sur un gros délire : le justicier Willard Watte et son équipe combattent le crime et pour une raison quelconque leurs aventures sont contées en bande dessinée (peut-être que c'est la source de profit qui leur permet d'avoir plein de gadgets ?). Un jour, un libraire pas très malin se retrouve dans une affaire criminelle malgré lui et Watte et son équipe doivent le protéger. Sur un scénario déjà vu (le type crétin qui doit être protégé et fait plein de conneries), Trondheim propose une histoire qui ne se prend pas au sérieux avec des personnages amusants. Le scénario est captivant et l'humour m'a fait rire. Le seul problème est que le récit est inachevé donc il y a plusieurs questions dont on ne connaîtra jamais la réponse et le méchant n'est pas vaincu. Cela reste une lecture agréable si on aime l'humour de l'auteur.
Mac Coy
Cela faisait longtemps que je n'avais pas pris autant de plaisir à lire une série avec plus de 10 tomes. D'ailleurs, je n'ai pas pu lire toute la série car ma bibliothèque n'avait pas le premier tome et les tomes 17 à 20 et je ne pense pas trouver cette série à la librairie car elle est un peu oubliée de nos jours. Enfin, je pense que j'ai lu assez de tomes pour pouvoir noter ! Une chose que j'ai adorée avec Mac Coy c'est comment sa situation évolue au fil des tomes (c'est d'ailleurs dommage que je n'ai pas pu lire tous les tomes car il y a clairement eu des changements entre le tome 16 et 21) et cette évolution est intéressante. Les tomes ont chacun une histoire indépendante, mais je trouve qu'il faut lire la série en ordre afin de l'apprécier complétement. Les scénariis ne réinventent pas le western, mais malgré le fait que les auteurs réutilisent des clichés déjà vus dans d'autres western ils arrivent à créer une certaine originalité et qu'ils réutilisent de manière intéressante ces clichés. Un autre point fort de cette série sont les personnages qui sont souvent haut en couleur et mémorables. J'aime aussi les moments plus humoristiques. Le dessin est bon quoique la colorisation n'est pas toujours au top. Le dessinateur sait dessiner de belles gueules, mais, paradoxalement, j'ai eu parfois, au début, un peu de difficulté à différencier certains personnages sur certaines cases (notamment Mac Coy et son copain Charley dans les premiers tomes). Mais ce défaut n'a pas du tout brisé mon enthousiasme pour cette série que doivent lire les amateurs de western !
Esprit du vent
Une série très attachante. Curieux qu'il n'y ait pas eu plus d'amateurs sur BDthèque. Ce sont des histoires où le héros est un binôme: un indien (Poe) et un blanc initié aux rites Lakotas (Ned allias Esprit du Vent) ; cet attelage fonctionne très bien parce que l'amitié et la loyauté trouvent assez bien leur place dans le western . Ce couple surprenant n'a pas fini de dérouter le bon vieux cow-boy qui partage le monde en deux parts ennemies: nous d'abord, et les autres au bout de mon fusil. La malice métissée aura toujours raison des intrigues complexes. (Poe, le nom donné à l 'indien fidèle, n'est-il pas l'inventeur du roman policier?) Pour pimenter le tout, les indiens ont ici un savoir-faire millénaire et mystérieux et sont dans leur bon droit, alors que la plupart de blancs ont le mauvais goût de suivre un chef méchant qui a une balle à la place du cerveau, et l'argent pour unique mesure. Cette manière de mettre en valeur l’irrationnelle tradition en même temps que le métissage a de quoi séduire notre vieille Europe multiculturelle. Le dessin en noir et blanc, sans aucun dégradé, est tranchant et contribue à créer l'incertitude par ces contrastes violents qui font cligner des yeux. Bref, c'est une belle série dont on ne se lasse pas, chaque intrigue ayant son sel particulier.
Quelques Jours d'été
Comme pour Un îlot de bonheur auquel il est accolé, ce récit est tout de subtilité et en nuances. Chabouté sait tenir un crayon, ça on le savait, mais c'est aussi un formidable raconteur d'histoires banales en apparences. Ici on se trouve plongé dans des univers tel "Le grand chemin", ou les romans d'Henri Vincenot, je pense à "La Billebaude". Ces univers s'attardent sur des petits riens qui mis bout à bout font une vie simple mais pleine de moments de "grâce". Je mets au défi quiconque à passé quelques jours à la campagne dans son enfance de ne pas avoir retrouvé avec cette lecture des souvenirs ou sensations de l'époque. Faire passer sans dialogues excessifs, avec des images simples, (à priori!) autant de choses, je crois que l'on peut appeler ça du talent. Tout simplement.