Un sujet assez angoissant si l'on attend soi-même un enfant : et s'il n'était pas "normal". A partir de quelle "anormalité" ça devient insupportable ?
Ce jeune père qui nous raconte la grossesse de sa femme, puis la naissance d'un enfant trisomique, nous touche mais sait aussi nous garder à distance, on n'est pas en train de pleurer tout le long. Il sait montrer ses propres travers, son inquiétude, son aversion même devant certains enfants avant la naissance de sa fille.
L'histoire fonctionne aussi comme si ce qu'il avait le plus craint lui était arrivé: je ne me souviens pas avoir été aussi angoissée que lui lors de mes grossesses (d'ailleurs sa femme semble beaucoup plus placide, prête à accueillir l'enfant tel qu'il sera). Cette lecture de l'histoire comme un drame grec est peut-être un peu disproportionnée mais je pense qu'elle est quand même sous-jacente dans l'esprit de l'auteur.
J'aime beaucoup son dessin, pas de couleur directe, pas un trait de trop, des chapitres en camaïeu de la même couleur, avec des petites ombres pastelles. C'est net, il réussit à se cacher derrière sa barbe (représentée en hachures sans contour de la forme du menton) comme il doit le faire dans la réalité.
A conseiller à tous parce que ça repose les questions importantes, sans sombrer dans le pathos lénifiant.
J’aime vraiment beaucoup le travail de Thomas Ott, et n’ai pu qu’apprécier ce best of de ses productions des années 1980-2000.
On y retrouve ce qui est sa marque de fabrique, c’est-à-dire des histoires généralement courtes, dépourvues de dialogues. Ott mise tout sur son dessin, mais c’est très lisible et compréhensible.
Ce dessin, justement, est ici comme toujours excellent. Avec sa technique de la carte à gratter, Ott développe un visuel très expressif, expressionniste (on y retrouve un univers proche de certains Tod Browning). C’est toujours Noir, cruel, tragique, avec très souvent un humour sous-jacent, humour noir bien évidemment.
« Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir… ». Il faut aimer les ambiances noires et poisseuses, l’impossibilité d’échapper à un destin tragique et absurde. Si c’est le cas, vous ne pourrez qu’apprécier cet ensemble d’historiettes en Noir et Blanc.
Si c’est votre première lecture de l’univers d’Ott, n’hésitez pas à aller voir ses autres productions, la plupart du temps de qualité. Ajoutons pour finir que l’édition de l’Association est elle aussi de grande qualité. A lire !
Note réelle 3,5/5.
Fable à la réflexion pertinente sur la religion, le culte, le pouvoir et la liberté de pensée, Alim le tanneur est une plaisante série qui prend le temps de planter des personnages et un contexte tout en tenant en haleine le lecteur.
La principale force est de rapidement emmener ses anti-héros en vagabondage dans des lieux divers et variés et de forcer son récit à sauter dans le temps, puisque l'intrigue s'étale sur des décennies.
Ceci est alimenté par un trait un peu enfantin qui peut contraster avec le ton sombre d'alim le tanneur mais cela ne m'a pas choqué ou meme fait tiquer outre mesure.
Seuls reproches, des parallèles trop directs avec les cultures ou civilisations existantes, ce qui manque parfois de finesse dans le message et le personnage du garde dont le nom m'échappe qui ne fait que passer en quelque sorte.
On pouvait craindre que Fabcaro tourne en rond dans ses gags non-sensiques, mais il faut croire que les dérives de notre société l'inspirent encore et toujours.
Ici il s'attaque encore une fois au politiquement correct qui entoure la société de consommation, les dérives médiatiques, l'indigence des conversations au quotidien... Tout part de l'histoire (probablement authentique) d'un auteur de bayday qui oublie sa carte du magasin. Mis à l'index par le vigile, l'auteur s'échappe et là, tout s'enchaîne, c'est l'escalade de la face nord, la course-poursuite à travers l'Hérault et la Lozère, pour se terminer de la façon la plus dramatique qui soit...
Je me suis marré de bout en bout, tellement ce diable de Fabcaro tombe juste sur chacun de ses gags. L'absurdité, que l'auteur manie à merveille, n'est en quelque sorte que le véhicule de ses nombreuses idées. Son récit principal est entrecoupé de saynètes mettant en scène les media, les discussions de comptoir, et même les repas à la maison... Du grand art.
J'ai découvert cette série par l'intermédiaire de ma fille qui s'est fait offrir certains tomes à divers anniversaires et autres fêtes. J'aime beaucoup ! Ma fille (13 ans) et mon fils (11 ans) aussi d'ailleurs, et pour plusieurs raisons.
La première raison est la mise en image d'une rivalité soeur-frère qui se traduit par tout un tas de coups vaches, de punitions provoquées et d'interrogations diverses sur l'étrangeté et l'utilité de l'autre : c'est drôle et ça amuse tout autant la maman que je suis que mes enfants (qui ne vont pas encore aussi loin pour se faire des crasses, heureusement...).
La deuxième raison c'est que ces deux ennemis-jurés sont parfois bien obligés de reconnaître qu'ils tiennent l'un à l'autre (ou au moins que l'autre a une certaine utilité dans l'adversité) et cela donne lieu à des histoires tout aussi marrantes dans lesquelles ils manipulent les adultes et leurs parents en particulier.
Toutes les combinaisons sont possibles : les enfants contre les adultes, les filles contre les garçons, la sœur contre le frère, les enfants contre le chat. Les auteurs font preuve de beaucoup d'imagination même après 15 tomes. Graphiquement, c'est très coloré et dynamique.
A la maison on se lit ça à 3, moi dans le rôle des parents, ma fille dans celui de "l'Alien" et mon fils dans celui de "Microbe" et ça nous fait bien marrer (j'espère juste que ça ne leur donnera pas trop de mauvaises idées...)
Le best-of spécial fête des mère sorti en 2013 était toujours aussi tordant ! Mon préféré : la séance de préparation du goûter au millimètre pour être sûr d'éviter les injustices génératrices de conflits... C'est tellement bien vu tout ça... ça sent le vécu !
La série continue avec On est tous soeurs et Master frère, ça reste dans la même veine, rien ne sort vraiment du lot, ça tourne toujours un peu autour des mêmes gags (sauf peut-être la plus large place laissée à Tom) mais c'est toujours un réel plaisir de lire ça en famille.
En 2006, une auteure presque inconnue d'origine asiatique sort Fraise et Chocolat, une bd érotique. Il s'en suit un énorme buzz. Il s'agit d'une bd où une femme ose parler de sexe sans aucune gène. Même les plus gros machos seront choqués et feront preuve d'une certaine pudibonderie mal placée. Quelle hypocrisie misogyne ! Je l'ai lu et j'ai trouvé que cet ouvrage était une voix originale dans la bande dessinée contemporaine, intelligente, drôle, toujours surprenante, à mille lieux d'une bande dessinée à papa ou convenue que je déteste. Cela inverse les polarités traditionnelles !
L'auteure a voulu raconter les coulisses de son succès ou plutôt qu'est-ce que cela fait d'être au centre d'un buzz. Certes, cela a permit aux ventes de décoller véritablement mais il y a eu également d'autres déboires. Pour certains, Aurélia Aurita est une petite bourgeoise sans talent, étalant ses petits problèmes sans gravité pour continuer à être une petite bourgeoise. Pour d'autres, c'est un véritable phénomène qui apporte un certain vent de fraîcheur à la bande dessinée. En ce qui me concerne, j'ai été totalement conquis car elle est réellement douée et elle s'assume. Certes, elle est au centre d'une diffusion d’un contre-discours au féminin sur la libération sexuelle.
Pourtant, elle le rappelle Fraise et Chocolat était une histoire pour dire je t'aime à son célèbre compagnon. Bref, elle restitue les choses dans une sorte de droit de réponse. En même temps, on apprend bien des choses sur la manipulation des médias, sur le comportement de certaines stars du petit écran, et même sur Mazarine Pingeot ou Alain Souchon ! Les anecdotes sont assez sympathiques. Au fond, c'est une véritable critique du sexisme par de nombreux exemples comme quand une journaliste s'oppose à la féminisation des noms de métier lors d'une interview avec Chenda.
Je ne me suis pas ennuyé à cette lecture qui est totalement sincère (à savoir la culture du tout-dire). Pour terminer une petite blague : Buzz-me et Buzz-moi sont sur un bateau. Buzz-me tombe à l'eau. Qu'est-ce qui reste?...
Je découvre cet auteur! Et c'est ma foi une fort bonne surprise, a plusieurs reprises j'avais aperçu la couverture de cet album dans les bacs de ma médiathèque et je n'osais pas franchir le pas. Voilà c'est fait et bien m'en a pris!
Beaucoup d'ironie mais surtout un humour à la fois noir et désabusé, Prado jette un regard sans concession sur notre monde, nos petits ou gros travers.
Cet album décalé mais pas tant que ça est hautement recommandable, le dessin étrange au premier abord est finalement très plaisant.
Au fil de mes lectures je trouve que Chabouté est véritablement un grand, son trait que l'on ne présente plus, inimitable, tout en concision, en retenue mais qui sait aussi être âpre, dur, violent, bref vous l'aurez compris je suis fan.
Sur le fond, comme l'a très justement dit Blue Boy ces petits récits traitent de l’incommunicabilité dans notre monde, tout cela est fait très subtilement par petites touches. Rien de lourd dans tout cela, on pourrait même penser que cela amène un peu à réfléchir!
Au final du Chabouté grand cru qui doit être lu et à faire découvrir.
Il y a quelques années j'ai découvert Jorn Riel, alors publié dans la collection 10/18. Toutes ses nouvelles se passent sur la côte Nord Est du Groenland faisant alors partie du Danemark. Au tournant du siècle sur les côtes pour une saison de chasse. Livrés à eux mêmes pour toute une saison de chasse, des hommes partaient vivre deux par deux, lorsque ces binômes de chasseurs se retrouvaient tous ensemble, cela donnait lieu à de solides agapes ou moult bouteilles d'eaux de vie étaient éclusées. Jorn Riel a tiré de nombreuses nouvelles de cette période, qu'il n'a pas connu, pour en tirer de savoureuses saynètes de la vie dans le grand Nord. Un dizaine de livres existent à ce jour.
A l'époque, j'avais beaucoup apprécié ces histoires et j'avoue que je craignais la transposition en BD. Au final c'est une excellente surprise. Si bémol il devait y avoir se serait au niveau du dessin qui est tout à fait correct mais auquel je ne m'attendais pas, tant il est vrai qu'avec un roman on se façonne ses propres images. Passé ce détail c'est un véritable bonheur de lecture que j'ai eu à retrouver ces personnages truculents qui ont un petit côté rabelaisiens. La dureté de la vie, entre pose des pièges, chasse au phoque et les très longues soirées de l'hiver arctique est ici parfaitement rendu.
Au final on préfèrera peut être la lecture de ces histoire en format livre mais cette adaptation est tout ce qu'il y a d'honorable et je la recommande chaudement!
Je suis de plus en plus fan du travail de Frederik Peeters, qui développe une œuvre sans esbroufe, simple – mais pas simpliste, même si parfois ça part dans tous les sens (voir le déjanté Les Miettes ou le poétique Pachyderme).
Dans les quatre albums de cette série, Peeters développe un univers Science-Fiction assez soft, il n’y a aucune recherche de sensationnalisme, d’innovation à tout prix. On est plutôt dans un univers intimiste, privilégiant les relations entre les personnages principaux – essentiellement Sanaa et Lupus, y compris les silences qui marquent ces dialogues muets.
Peeters prend son temps, et ne cherche même pas une « conclusion » nette à cette errance. Pourtant rien de frustrant, j’ai rapidement été captivé par cette quasi non aventure : une belle histoire à découvrir, vraiment !
Ajoutons à cela que le dessin utilise magnifiquement un Noir et Blanc brouillon. Là aussi pas de recherche d’une netteté à tout prix.
Résumer l’histoire pourrait se faire en une ou deux lignes. Mais je vous assure que vous ne vous ennuierez pas à la lecture de cette excellente série, rééditée dans une belle intégrale par Atrabile.
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Ce n'est pas toi que j'attendais
Un sujet assez angoissant si l'on attend soi-même un enfant : et s'il n'était pas "normal". A partir de quelle "anormalité" ça devient insupportable ? Ce jeune père qui nous raconte la grossesse de sa femme, puis la naissance d'un enfant trisomique, nous touche mais sait aussi nous garder à distance, on n'est pas en train de pleurer tout le long. Il sait montrer ses propres travers, son inquiétude, son aversion même devant certains enfants avant la naissance de sa fille. L'histoire fonctionne aussi comme si ce qu'il avait le plus craint lui était arrivé: je ne me souviens pas avoir été aussi angoissée que lui lors de mes grossesses (d'ailleurs sa femme semble beaucoup plus placide, prête à accueillir l'enfant tel qu'il sera). Cette lecture de l'histoire comme un drame grec est peut-être un peu disproportionnée mais je pense qu'elle est quand même sous-jacente dans l'esprit de l'auteur. J'aime beaucoup son dessin, pas de couleur directe, pas un trait de trop, des chapitres en camaïeu de la même couleur, avec des petites ombres pastelles. C'est net, il réussit à se cacher derrière sa barbe (représentée en hachures sans contour de la forme du menton) comme il doit le faire dans la réalité. A conseiller à tous parce que ça repose les questions importantes, sans sombrer dans le pathos lénifiant.
R.I.P. (Best of 1985 - 2004)
J’aime vraiment beaucoup le travail de Thomas Ott, et n’ai pu qu’apprécier ce best of de ses productions des années 1980-2000. On y retrouve ce qui est sa marque de fabrique, c’est-à-dire des histoires généralement courtes, dépourvues de dialogues. Ott mise tout sur son dessin, mais c’est très lisible et compréhensible. Ce dessin, justement, est ici comme toujours excellent. Avec sa technique de la carte à gratter, Ott développe un visuel très expressif, expressionniste (on y retrouve un univers proche de certains Tod Browning). C’est toujours Noir, cruel, tragique, avec très souvent un humour sous-jacent, humour noir bien évidemment. « Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir… ». Il faut aimer les ambiances noires et poisseuses, l’impossibilité d’échapper à un destin tragique et absurde. Si c’est le cas, vous ne pourrez qu’apprécier cet ensemble d’historiettes en Noir et Blanc. Si c’est votre première lecture de l’univers d’Ott, n’hésitez pas à aller voir ses autres productions, la plupart du temps de qualité. Ajoutons pour finir que l’édition de l’Association est elle aussi de grande qualité. A lire ! Note réelle 3,5/5.
Alim le tanneur
Fable à la réflexion pertinente sur la religion, le culte, le pouvoir et la liberté de pensée, Alim le tanneur est une plaisante série qui prend le temps de planter des personnages et un contexte tout en tenant en haleine le lecteur. La principale force est de rapidement emmener ses anti-héros en vagabondage dans des lieux divers et variés et de forcer son récit à sauter dans le temps, puisque l'intrigue s'étale sur des décennies. Ceci est alimenté par un trait un peu enfantin qui peut contraster avec le ton sombre d'alim le tanneur mais cela ne m'a pas choqué ou meme fait tiquer outre mesure. Seuls reproches, des parallèles trop directs avec les cultures ou civilisations existantes, ce qui manque parfois de finesse dans le message et le personnage du garde dont le nom m'échappe qui ne fait que passer en quelque sorte.
Zaï Zaï Zaï Zaï
On pouvait craindre que Fabcaro tourne en rond dans ses gags non-sensiques, mais il faut croire que les dérives de notre société l'inspirent encore et toujours. Ici il s'attaque encore une fois au politiquement correct qui entoure la société de consommation, les dérives médiatiques, l'indigence des conversations au quotidien... Tout part de l'histoire (probablement authentique) d'un auteur de bayday qui oublie sa carte du magasin. Mis à l'index par le vigile, l'auteur s'échappe et là, tout s'enchaîne, c'est l'escalade de la face nord, la course-poursuite à travers l'Hérault et la Lozère, pour se terminer de la façon la plus dramatique qui soit... Je me suis marré de bout en bout, tellement ce diable de Fabcaro tombe juste sur chacun de ses gags. L'absurdité, que l'auteur manie à merveille, n'est en quelque sorte que le véhicule de ses nombreuses idées. Son récit principal est entrecoupé de saynètes mettant en scène les media, les discussions de comptoir, et même les repas à la maison... Du grand art.
Les P'tits diables (Tom et Nina)
J'ai découvert cette série par l'intermédiaire de ma fille qui s'est fait offrir certains tomes à divers anniversaires et autres fêtes. J'aime beaucoup ! Ma fille (13 ans) et mon fils (11 ans) aussi d'ailleurs, et pour plusieurs raisons. La première raison est la mise en image d'une rivalité soeur-frère qui se traduit par tout un tas de coups vaches, de punitions provoquées et d'interrogations diverses sur l'étrangeté et l'utilité de l'autre : c'est drôle et ça amuse tout autant la maman que je suis que mes enfants (qui ne vont pas encore aussi loin pour se faire des crasses, heureusement...). La deuxième raison c'est que ces deux ennemis-jurés sont parfois bien obligés de reconnaître qu'ils tiennent l'un à l'autre (ou au moins que l'autre a une certaine utilité dans l'adversité) et cela donne lieu à des histoires tout aussi marrantes dans lesquelles ils manipulent les adultes et leurs parents en particulier. Toutes les combinaisons sont possibles : les enfants contre les adultes, les filles contre les garçons, la sœur contre le frère, les enfants contre le chat. Les auteurs font preuve de beaucoup d'imagination même après 15 tomes. Graphiquement, c'est très coloré et dynamique. A la maison on se lit ça à 3, moi dans le rôle des parents, ma fille dans celui de "l'Alien" et mon fils dans celui de "Microbe" et ça nous fait bien marrer (j'espère juste que ça ne leur donnera pas trop de mauvaises idées...) Le best-of spécial fête des mère sorti en 2013 était toujours aussi tordant ! Mon préféré : la séance de préparation du goûter au millimètre pour être sûr d'éviter les injustices génératrices de conflits... C'est tellement bien vu tout ça... ça sent le vécu ! La série continue avec On est tous soeurs et Master frère, ça reste dans la même veine, rien ne sort vraiment du lot, ça tourne toujours un peu autour des mêmes gags (sauf peut-être la plus large place laissée à Tom) mais c'est toujours un réel plaisir de lire ça en famille.
Buzz-moi
En 2006, une auteure presque inconnue d'origine asiatique sort Fraise et Chocolat, une bd érotique. Il s'en suit un énorme buzz. Il s'agit d'une bd où une femme ose parler de sexe sans aucune gène. Même les plus gros machos seront choqués et feront preuve d'une certaine pudibonderie mal placée. Quelle hypocrisie misogyne ! Je l'ai lu et j'ai trouvé que cet ouvrage était une voix originale dans la bande dessinée contemporaine, intelligente, drôle, toujours surprenante, à mille lieux d'une bande dessinée à papa ou convenue que je déteste. Cela inverse les polarités traditionnelles ! L'auteure a voulu raconter les coulisses de son succès ou plutôt qu'est-ce que cela fait d'être au centre d'un buzz. Certes, cela a permit aux ventes de décoller véritablement mais il y a eu également d'autres déboires. Pour certains, Aurélia Aurita est une petite bourgeoise sans talent, étalant ses petits problèmes sans gravité pour continuer à être une petite bourgeoise. Pour d'autres, c'est un véritable phénomène qui apporte un certain vent de fraîcheur à la bande dessinée. En ce qui me concerne, j'ai été totalement conquis car elle est réellement douée et elle s'assume. Certes, elle est au centre d'une diffusion d’un contre-discours au féminin sur la libération sexuelle. Pourtant, elle le rappelle Fraise et Chocolat était une histoire pour dire je t'aime à son célèbre compagnon. Bref, elle restitue les choses dans une sorte de droit de réponse. En même temps, on apprend bien des choses sur la manipulation des médias, sur le comportement de certaines stars du petit écran, et même sur Mazarine Pingeot ou Alain Souchon ! Les anecdotes sont assez sympathiques. Au fond, c'est une véritable critique du sexisme par de nombreux exemples comme quand une journaliste s'oppose à la féminisation des noms de métier lors d'une interview avec Chenda. Je ne me suis pas ennuyé à cette lecture qui est totalement sincère (à savoir la culture du tout-dire). Pour terminer une petite blague : Buzz-me et Buzz-moi sont sur un bateau. Buzz-me tombe à l'eau. Qu'est-ce qui reste?...
Quotidien délirant
Je découvre cet auteur! Et c'est ma foi une fort bonne surprise, a plusieurs reprises j'avais aperçu la couverture de cet album dans les bacs de ma médiathèque et je n'osais pas franchir le pas. Voilà c'est fait et bien m'en a pris! Beaucoup d'ironie mais surtout un humour à la fois noir et désabusé, Prado jette un regard sans concession sur notre monde, nos petits ou gros travers. Cet album décalé mais pas tant que ça est hautement recommandable, le dessin étrange au premier abord est finalement très plaisant.
Fables amères
Au fil de mes lectures je trouve que Chabouté est véritablement un grand, son trait que l'on ne présente plus, inimitable, tout en concision, en retenue mais qui sait aussi être âpre, dur, violent, bref vous l'aurez compris je suis fan. Sur le fond, comme l'a très justement dit Blue Boy ces petits récits traitent de l’incommunicabilité dans notre monde, tout cela est fait très subtilement par petites touches. Rien de lourd dans tout cela, on pourrait même penser que cela amène un peu à réfléchir! Au final du Chabouté grand cru qui doit être lu et à faire découvrir.
Racontars Arctiques
Il y a quelques années j'ai découvert Jorn Riel, alors publié dans la collection 10/18. Toutes ses nouvelles se passent sur la côte Nord Est du Groenland faisant alors partie du Danemark. Au tournant du siècle sur les côtes pour une saison de chasse. Livrés à eux mêmes pour toute une saison de chasse, des hommes partaient vivre deux par deux, lorsque ces binômes de chasseurs se retrouvaient tous ensemble, cela donnait lieu à de solides agapes ou moult bouteilles d'eaux de vie étaient éclusées. Jorn Riel a tiré de nombreuses nouvelles de cette période, qu'il n'a pas connu, pour en tirer de savoureuses saynètes de la vie dans le grand Nord. Un dizaine de livres existent à ce jour. A l'époque, j'avais beaucoup apprécié ces histoires et j'avoue que je craignais la transposition en BD. Au final c'est une excellente surprise. Si bémol il devait y avoir se serait au niveau du dessin qui est tout à fait correct mais auquel je ne m'attendais pas, tant il est vrai qu'avec un roman on se façonne ses propres images. Passé ce détail c'est un véritable bonheur de lecture que j'ai eu à retrouver ces personnages truculents qui ont un petit côté rabelaisiens. La dureté de la vie, entre pose des pièges, chasse au phoque et les très longues soirées de l'hiver arctique est ici parfaitement rendu. Au final on préfèrera peut être la lecture de ces histoire en format livre mais cette adaptation est tout ce qu'il y a d'honorable et je la recommande chaudement!
Lupus
Je suis de plus en plus fan du travail de Frederik Peeters, qui développe une œuvre sans esbroufe, simple – mais pas simpliste, même si parfois ça part dans tous les sens (voir le déjanté Les Miettes ou le poétique Pachyderme). Dans les quatre albums de cette série, Peeters développe un univers Science-Fiction assez soft, il n’y a aucune recherche de sensationnalisme, d’innovation à tout prix. On est plutôt dans un univers intimiste, privilégiant les relations entre les personnages principaux – essentiellement Sanaa et Lupus, y compris les silences qui marquent ces dialogues muets. Peeters prend son temps, et ne cherche même pas une « conclusion » nette à cette errance. Pourtant rien de frustrant, j’ai rapidement été captivé par cette quasi non aventure : une belle histoire à découvrir, vraiment ! Ajoutons à cela que le dessin utilise magnifiquement un Noir et Blanc brouillon. Là aussi pas de recherche d’une netteté à tout prix. Résumer l’histoire pourrait se faire en une ou deux lignes. Mais je vous assure que vous ne vous ennuierez pas à la lecture de cette excellente série, rééditée dans une belle intégrale par Atrabile.