Qui n’a jamais essayé d’être un cobaye pour faire avancer l’industrie pharmaceutique en permettant la guérison ou le soulagement des malades ? Très peu de monde en fait car les cobayes se retrouvent surtout parmi les gens fauchés. 21 jours de test pour la somme royale de 3500€ : c’est ce que propose une annonce proposée par un grand laboratoire. Il y aura quand même beaucoup de candidats qui se présenteront pour seulement trois retenus. On va dès lors suivre le parcours de ces trois personnalités différentes qui vont servir de cobayes pour un antidépresseur du tonnerre. C’est intéressant de rentrer dans l’univers secret de la pharmaceutique !
Il y a tout d’abord la jolie immigrante venue d’Inde et qui rêvait de faire l’école d’art à Paris afin de défier son paternel qui ne lui trouve pas de talent. Il y a également ce père de famille qui est souvent licencié par ses différents employeurs à cause de ses pertes de mémoire liées à un traumatisme de son enfance. Il y a également ce jeune looser de 22 ans qui se rêve d’être un Don Juan mais dont les performances au lit sont plutôt médiocres malgré le viagra. Sic.
J’ai bien aimé la construction de ce récit qui est parfaitement maîtrisé de bout en bout. A la fin, on voit les différentes interconnections de petits détails très anodins qui parcourent la bd. On sent une grande maîtrise au niveau du scénario ! Par ailleurs, le dessin sert bien cette histoire de médicaments qui décuplent les talents là où il y avait faiblesse. On va avoir droit à une génie de la peinture, un homme dont la mémoire est phénoménale, ce qui est pratique pour les jeux de cartes, et un Casanova qui n’aura plus rien à apprendre dans l’art de la séduction.
La fin va apporter son lot de surprises sur ce thème de la pilule qui change positivement votre vie. Et puis, il y aura une réflexion sur les véritables finalités de l’industrie du médicament. C’est une lecture que tout médecin devrait prescrire à ses patients.
Le premier cycle est à mon sens le plus intéressant. La suite s'attache plus à d'autres types de mafia et je dois avouer que cela me passionne moins.
Premier cycle donc. J'avais un peu peur de me retrouver face à une variante du parrain mais finalement il faut rendre hommage au fabuleux travail de recherche de François Corteggiani qui non seulement nous propose une histoire d'amitié indéfectible, mais aussi une histoire des États-Unis et bien sûr de la puissante mafia sicilienne. Au travers de ces récits c'est tout un pan de la grande histoire qui s'écrit tant celle de la mafia s'ancre dans la réalité américaine.
Personnellement je ne me suis pas ennuyé une seconde et s'il est vrai que cette histoire demande un minimum de concentration pour ne pas se perdre dans les évènements et les personnages, au bout du compte nous sommes face à un récit parfaitement maitrisé et palpitant de bout en bout. Ce n'est donc pas une simple histoire de mafiosi qui passent leur temps à se trucider, quoique ça y va !!, mais une véritable œuvre d'historien sur un pays et une époque.
Pour le dernier cycle, comme je l'ai dit plus haut il m'a beaucoup moins intéressé. Sans doute est ce lié au dessin moins travaillé que dans le premier, mais comme l'a dit précédemment Mac Arthur un fond de latinisme donne un côté romanesque à cette mafia sicilienne que je ne dédouane par pour autant, loin s'en faut, mais le côté plus ''sauvage'' ou "barbare" de la mafia russe me dérange beaucoup plus. Quant aux épisodes traitant du milieu marseillais avant et pendant la dernière guerre, j'ai trop eu l'impression de revoir Borsalino pour goûter la chose.
Mais revenons à ce premier cycle pour lequel je ne peux que lui tresser des lauriers, en vous conseillant sa lecture instructive.
Une autre adaptation du célébrissime court roman d'Ernest Hemingway pour lequel lui fut décerné le prix Pulitzer en 1953 et le Nobel de littérature en 1954. A l'époque, Hemingway résidait à la Havane. Lui-même pêcheur, il s'est inspiré de ce qu'il avait observé au contact des "locaux"pour écrire cette histoire. La caractéristique de ce roman est qu'il plaît ou bien qu'on le déteste. Dans un sens ou dans l'autre les raisons sont complexes mais il faut bien avouer qu'il ne se passe finalement pas grand chose sur cette immensité qu'est l'océan Atlantique.
Calme plat, toute la tension de l'histoire tient dans la relation entre l'homme et l'animal, dans l'incertitude où se trouve le lecteur de savoir ce qu'il va advenir de cette pêche. Et c'est bien la gageure des différentes adaptations, qu'elles soient cinématographiques, en dessins animés ou en BD. Comment rendre compte de l'ambiance, de l'attente de ce pêcheur, du temps qui passe entre le soleil implacable de la journée et le froid mordant de la nuit ? Comment insuffler un tant soit peu de suspense, d'intérêt pour quelque chose de finalement assez basique ?
Comment ? Et bien lisez ce roman graphique et vous comprendrez tout le talent graphique mis en œuvre par le dessinateur Thierry Murat. Son dessin possède ce petit quelque chose qui fait que vous êtes transportés dans l'action ou l'inaction comme Santiago le pêcheur. Lumineux dans les scènes de jour, on sent vraiment le soleil nous taper sur le crâne. Quand à la nuit tropicale, les couleurs sont parfaitement rendues.
Le combat contre cet immense marlin, (non ce n'est pas un espadon !), symbolise d'autres duels, d'aucuns y ont vu le combat de l'homme contre la nature. Qu'importe, l'important est que cette adaptation est tout bonnement magnifique, à lire forcément !!
Une totale découverte pour moi que ce Fabcaro. Et je dois dire que le bougre produit son effet. En feuilletant rapidement ce volume, je me suis dit : voilà encore une sorte de roman graphique ou effectivement un carnet de voyage d'un gars en mal d'évasion. Il faut dire que tout démarre comme sur des roulettes ; le gars prend l'avion et atterrit à Lima, capitale du dit Pérou. Quelques croquis encrés façon pastels nous donnent le la quand soudain au détour d'une planche, le gagesque, le grand n'importe quoi fait son apparition.
Alors attention les gars j'ai lu vos avis avant de m'aventurer plus loin et je me suis dit deux trucs : soit ils ont fumé la moquette, soit c'est l'auteur. A la lecture de ce petit opus qui ne vous apprendra rien sur le Pérou, il me semble que la réponse est claire. Et c'est tant mieux, voilà un exercice totalement jubilatoire qui arrive à vous décoincer les maxillaires et les zygomatiques, donc ; lecture et achat fortement recommandés.
Comment raconter l’irracontable ? Tout commence dans une chambre quasiment vide, sans fenêtre, vaguement oppressante, où s’éveille une sorte de clone de Tintin, un mystérieux sparadrap scotché sur la tempe. Au fond de la chambre, un trou dans le mur, que quelqu’un semble avoir défoncé… Notre « Tintin » sera amené à le franchir afin d’y récupérer son chat noir censé être mort… Il ne se doute pas que derrière ce mur, se dissimule un univers parallèle particulièrement inquiétant, fangeux, peuplé de créatures aussi étranges qu’immondes…
J’ai saisi l’occasion de la sortie de "Toxic" pour découvrir Charles Burns, que je ne connaissais qu’à travers la couverture de Black Hole et après avoir lu Le Roi des Mouches de Mezzo et Pirus, les deux styles étant très proches sur le plan de l’univers graphique. Sauf qu’ici le côté absurde et malsain y est encore plus prononcé. Une ligne claire pour un fond qui l’est beaucoup moins, et la plupart du temps très sombre. voilà à quoi pourrait se résumer le style « Burns ». La mise en couleur est par ailleurs agréable à l'oeil, dans des tons assez soft, peut-être afin de mieux compenser l'âpreté du propos.
D’une richesse insensée, l’histoire fait penser à un cauchemar lynchien, où Burns semble avoir fait la part belle à son inconscient. Les références abondent et il faut sûrement plus d’une lecture pour en appréhender toutes les subtilités et les messages subliminaux. Par exemple, prenons la couverture : n’évoque-t-elle pas clairement « L’Etoile mystérieuse » version apocalypse, ce même apocalypse annoncé par le prophète de malheur au début de la BD d’Hergé ? S’agit-il bien du même champignon ? Car de celui de Tintin ne reste que le chapeau qui s’apparenterait davantage à un drôle d’œuf menaçant, l’amanite paraissant bien familière en comparaison… Tintin paraît médusé en contemplant le champignon, tandis que son "clone au pansement" a plutôt l’air d’avoir la nausée… Je n’ai pas la prétention d'analyser ce qu’a voulu exprimer l’auteur, mais c’est fou tout ce que l’on peut y voir, et encore, là, il ne s’agit que de la couverture, car le reste est à l’avenant : on y évoluera entre des portes dérobées et des brèches dans les murs, atterrissant à chaque fois dans une nouvelle dimension, jamais plus rassurante que la précédente… On finit par y perdre pas mal de repères, car bien évidemment on en ressort avec davantage de questions que de réponses. Folie, maladie, névrose, hallucinations y sont omniprésentes, toujours en embuscade.
J’ignore si une telle description donnera envie de lire cet OVNI sous LSD, mais pour ma part, j’ai été successivement fasciné, scotché, et finalement frustré d’arriver au bout pour découvrir qu’il y avait une suite ! C’est donc avec impatience que j’attends le second tome, happé par ce mystère brûlant (ou plus exactement glaçant) dont seul l’auteur semble détenir les clés… Si le second tome (et les suivants ?) continuent sur cette lancée, on est en droit d’attendre un chef d’œuvre de l’ensemble. Bien évidemment, une telle lecture sera déconseillée aux âmes sensibles ou aux esprits trop rationnels … A noter que l’objet en lui-même est très soigné, tel un écrin royal abritant un joyau vénéneux (le « champignon » de la couverture ?)…
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Mise à jour du 27/07/15, après lecture des deux derniers tomes de la trilogie :
Il serait prétentieux de faire l’exégèse de cette œuvre qui ne peut laisser indifférent, d’autant que l’iconographie burnsienne est aussi riche que déroutante et que son auteur ne fournit pas la fiche explicative de ses puissantes images subliminales, laissant à ses lecteurs le champ totalement libre à leurs propres analyses. Mais il est clair qu’une seule lecture de la série ne suffira pas pour en faire le recensement complet. D’ailleurs, il est possible qu’une bonne partie de ces derniers aient abandonné la série à la lecture du premier volet, rebutés par cette poésie torturée. Mais pour ceux dont la curiosité aura été titillée, ils constateront que cet étrange puzzle psychotique semble se mettre peu à peu en place dès la deuxième partie.
Charles Burns parvient à nous scotcher au mur avec ses obsessions toxico-maniaques en forme de thérapie, sur une terre inconnue où le récit introspectif est poussé à l’extrême, sondant les profondeurs à l’aide d’un univers graphique halluciné qui semble directement inspiré par David Lynch ou William Burroughs.
L’auteur nous entraîne ainsi dans le dédale de ses cauchemars, par le biais de ce personnage tourmenté, Doug, double de lui-même, dont on ne sait si l’empâtement physique au fil de l’histoire est dû à l’âge, à l’inactivité ou aux tranquillisants, vraisemblablement un peu des trois. Un drôle de périple où narrations et identités tour à tour fusionnent et se dédoublent, à coups de flashbacks, de mises en abyme et de basculements vers une dimension onirique et terrifiante. Il faudra avoir les nerfs bien accrochés pour suivre ce récit complexe sans haut-le-cœur, un récit à la poésie maladive où reviennent les mêmes leitmotiv : angoisse de la paternité, quête illusoire d’un père absent, dégoût de la procréation, crise identitaire, crainte de la rupture amoureuse, terreurs métaphysiques liées à notre humaine finitude, autant de thèmes qui se font écho les uns aux autres.
Comme dans Black Hole, autre œuvre remarquable du même auteur, Charles Burns ausculte à sa manière l’envers du rêve américain, et par extension du "rêve occidental", avec sa ligne claire scalpellienne dévoilant l’âme de ses personnages, une ligne claire que l’on dirait conçue pour mieux faire avaler la pilule d’une vérité trop âpre, et qui dans la forme évoque plutôt l’univers avenant d’Hergé. Un véritable trompe-l’œil qui ne fait qu’accentuer le trouble. Il suffit de regarder les trois couvertures qui mettent en scène Doug (ou son double tintinesque pour le premier tome), dans une attitude de perplexité, de malaise ou d’angoisse face à ce que ses yeux viennent de lui révéler, qui un champignon géant, qui une créature mi-humaine mi-porcine, qui un squelette de fœtus également hybride, et toujours dans des lieux sinistres et mortifères, égouts, souterrains, ruines…
Le dernier tome nous conduit vers une issue aussi déconcertante qu'effrayante, où en quelque sorte la fin rejoint le début, où une boucle se boucle sans se boucler, comme un cycle infernal qui se répèterait continuellement, un cauchemar dont on ne se réveillerait jamais… Si l’on devait établir une comparaison avec Black Hole, celui-ci était en noir et blanc avec une note d’espoir en conclusion, alors que la trilogie Toxic, agrémentée de couleurs neutres et vives, se termine paradoxalement de façon plus désespérée. Dans les deux cas, des œuvres hypnotisantes, dérangeantes, extraordinaires.
Pour terminer, on ne manquera pas de saluer Cornélius pour le tirage soigné avec une bande de tissu recouvrant le dos de l’ouvrage, autre clin d’œil de l’éditeur aux premières éditions des "Aventures de Tintin".
C’est un manga qui part d’un concept plutôt original à savoir l’invasion de titans dévorant la race humaine. L’action se situe dans le futur où un dernier bastion de l’humanité a survécu dans une ville derrière de grandes murailles. Une centaine d’années se sont écoulées et la forteresse tient toujours.
Cependant, un titan bien plus grand que les autres fait irruption en faisant une brèche dans la muraille permettant le passage à ses congénères. La ville comporte plusieurs murs d’enceinte et visiblement, il va attendre 5 ans pour reprendre le service. C’est là où le bât blesse. Les incohérences vont alors s’enchaîner. cependant, le scénario est si captivant qu'on pourra fermer les yeux en mettant tout cela sur le compte des mystères de cette série.
Et puis surtout, il y a cette bande de jeunes adolescents qui doivent sauver le monde ou plutôt ce qu’il en reste. Certaines scènes sont franchement pathétiques. Bref, c’est conçu essentiellement pour un public ado en mal de sensations fortes (mais pas que!). Les atermoiements tactiques des personnages et leur survie éventuelle sont au centre de l'intérêt de cette lecture. Il est vrai que lorsque l'on s'attache à un personnage, la mort n'est pas très loin. La violence de ce manga est telle qu'il ne faudra pas l'offrir à un enfant sous peine de terribles cauchemars.
Les géants sont plutôt bien dessinés car terrifiants surtout lorsqu’ils croquent allègrement les êtres humains. On se demande pourquoi ils ne se nourrissent que de chairs humaines et non d’animaux qui pullulent et comment ils ont pu tenir une centaine d’année sans déjeuner. Ces géants pourraient être remplacés aisément par des zombies et le tour serait joué.
L’univers de ce manga est le médiéval fantastique ce qui est plutôt rare. Cela va être incontestablement un succès car tous les ingrédients efficaces sont présents pour accrocher sa cible. La moralité est de ne jamais perdre espoir même quand tout semble perdu. C’est un beau thème qui est ainsi véhiculé à nos enfants. Mais bon, cela ne nous fait pas de mal également.
Quoiqu'il en soit, c'est sans doute l'un des mangas actuels les plus prometteurs et les plus lus. Les tomes se succèdent et le suspense est à chaque fois à son comble à chaque fin. L'impuissance de l'humanité fait peur et cela rend un climat oppressant. Bref, passer à côté serait un comble pour tout amateur de shônen héroïque !
Une BD au scénario très intéressant et à la ligne novatrice. C’est un genre que j’apprécie réellement (space-opéra) d'autant que cette série ne manque pas de références: pour la description des univers, on pense à Star War ou même Sillage. La scène d’ouverture est époustouflante. Voilà une BD de science-fiction traitée avec intelligente. Le dessin fait un peu penser à celui de Bilal (tons gris pâle et beige) mais ici le scénario est cohérent.
J’ai réellement apprécié la qualité graphique de cette série ainsi que le thème abordé « la résolution d’une crise diplomatique » par deux agents gardiens de la paix interstellaire que tout sépare au début. L'un est humain, l'autre est un alien. Le duo mal agencé est un thème certes largement exploité au cinéma mais diablement efficace. Ce binôme humano-sandjarr mis sur pied par l'office Diplomatique Intermondal (ODI) va essayer de maintenir la paix entre les mondes. Leur association n'a rien de classique: c'est la première fois que des représentants de leurs deux peuples intègrent les rangs de l'ODI, ce qui ne manque pas de faire grincer quelques dents chez leurs collègues.
Quinze années seulement se sont écoulées depuis le référendum où l'humanité a accepté d'intégrer la Confédération extra-terrestre. Et les terriens ne sont pas encore perçus comme des confédérés à part entière. J'ai bien aimé cette vision qui rappelle singulièrement ce que peuvent vivre des minorités ethniques par exemple. Sur fond de géopolitique interstellaire et de conflits entre les peuples, nos deux héros vont apprendre à travailler ensemble et à faire mentir les préjugés. En conclusion, le premier cycle réalise une belle mise sur orbite.
La lecture du second tome de la série confirme tout le bien que je pense de ce qui va devenir un incontournable de la BD de science-fiction. Nos deux néo-diplomates vont bien avoir du mal à négocier dans un environnement plutôt hostile et où les positions ne sont pas aussi manichéennes que cela. Le final sera rondement bien mené. ce premier cycle nous permet de nous faire une idée.
L'envol n'aura véritablement lieu que lors du second cycle (tome 3+4). On assiste à une véritable montée en puissance de cette série où l'on suit avec attention les aventures de Caleb et Mézoké. Là encore, la mission est délicate mais ce binôme semble faire des miracles. Le scénario est encore une fois assez original même si le sujet est d'anticipation. Au niveau du dessin, le dépaysement est garantie car l'intrigue se passe sur une planète au climat subtropical loin de la grisaille pluvieuse du premier diptyque. Bref, cette série apporte un peu une bouffée d'air frais qui nous manquait depuis des années de stagflation au niveau science-fiction.
Le troisième cycle marque une vitesse de croisière pour cette série. Les décors de cette ville futuriste sont simplement époustouflants de beauté. Il y a quelque chose d'un peu unique dans ce graphisme avec une belle maîtrise dans la nuance des couleurs directes. Là encore, la scène d'introduction sera mémorable. Le duo improbable continue d'aussi bien fonctionner. On est complètement immergé dans cet univers futuriste. Avec le tome 6, on a saura enfin un peu plus sur la mort des parents de Caleb. Cependant, la guerre interstellaire devient plus proche. Bref, la tension monte encore.
On a comparé cette série à du Valérian mais c'est encore mieux. On a également comparé à du Sillage ou du Aquablue mais c'est encore plus mâture ! Avec Orbital, on voyage incontestablement dans la classe supérieure.
Note Dessin : 4.25/5 – Note Scénario : 4.25/5 – Note Globale : 4.25/5
L'auteur de Gorn s'était déjà adonné au western avec La Piste des Ombres que j'avais beaucoup aimé malgré l'abandon de cette série. C'est avec un grand plaisir qu'on le retrouve pour un one-shot de grande qualité sur un tueur de bisons. Le dessin est véritablement magnifique car maîtrisé de bout en bout. les couleurs sont formidables. Il y a incontestablement une belle maîtrise graphique.
Sur le scénario, je serai juste un peu moins élogieux. Le début démarre en fanfare puis il y a de nombreux flash-back retraçant la vie d'Edmund Fisher autrement dit Buffalo Runner. On remarquera qu'il n'y a pas de lien entre la fin et le début de la scène d'introduction, ce qui est un peu dommage. Par ailleurs, la fin est presque irréelle dans tous les sens du terme. Pour autant, j'ai bien aimé ce récit mené tambour battant.
Je n'ai pas trop aimé deux anachronismes de taille. Que viennent faire Pétain et Maurras dans cette histoire de cowboys se situant dans les années 1880 ? Cela ne colle pas. Par ailleurs, Théodore Roosevelt n'est devenu président qu'en 1901, soit bien après les faits évoqués. Comment pouvait-il savoir qu'il sauverait la vie d'un futur président ?
Quoiqu'il en soit, nous avons là un beau western qui est intelligent par son approche et une merveille d'un point de vue graphique. Cette oeuvre va devenir sans doute un indispensable car c'est bien parti pour l'être.
J'avoue avoir été un peu bluffé par ce diptyque. Graphiquement, cela ne m'attirait pas du tout entre ce petit format et ces traits simplistes dénués de décors et de détails. Et pourtant, ce scénario m'a scotché par son incroyable inventivité si on fait abstraction de cet esthétisme repoussant.
Le thème est celui de la réussite coûte que coûte. Il est vrai que notre société tend vers ce modèle avec la multiplication des meilleures écoles, des jeux de la téléréalité qui jouent sur la compétition, de la progression en entreprise. Nous avons là un champion qui est né pour toujours gagner et ne jamais perdre. C'est une belle réflexion sur le sport et la société en général où personne n'a de considération pour les perdants. Comme dit la chanson d'ABBA, the winner takes it all.
L'auteur Jerémy Moreau a réussi son pari que celui de nous faire accrocher à une histoire tout en nous interrogeant sur les nombreuses ramifications que cela implique. On ne se perd pas en route. Le noir et blanc sert à merveille cette histoire triste de ce gamin qui tente de se découvrir loin de l'influence néfaste de son père l'ayant érigé en machine de guerre pour satisfaire ses propres ambitions.
Une belle découverte avec des personnages convaincants et un récit qui va au-delà des sentiers battus. On ne verra sans doute plus jamais le tennis de la même manière...
Universal War One. LE Béhémoth de la SF francophone. Voilà une saga qui a fait (et qui fait sans doute encore) beaucoup parler d'elle ces dernières années et qui s'avère être très populaire si l'on se fie au nombre d'avis qui s'accumulent sur cette page.
Et soyons francs, cette popularité n'est pas imméritée .
Avec Universal War One on est vraiment dans la science-fiction pur jus, on s'approche même de la hard science-fiction, Denis Bajram fait la part belle à l'imaginaire futuriste et nous présente une colonisation humaine de la galaxie à la fin du XXI siècle. Des mégastructures supraétatiques, d'immenses corporations économiques et commerciales, des gigantesques flottes interstellaires, tous oeuvrent au bon déroulement de cette grande aventure coloniale.
Mais la marche des choses va être totalement bouleversée par l'apparition d'un énigmatique mur ténébreux, absolument monumental, entre Saturne et Jupiter.
De là vont naître les prémices de la Première Guerre Universelle, qui va opposer la Fédération des Terres Unies aux Compagnies Industrielles de Colonisation ; le pouvoir politique et militaire contre le pouvoir économique et marchand.
Sur six tomes, Denis Bajram tisse la toile d'une intrigue proprement ahurissante, intelligente, complexe (d'aucuns diront même peu être un peu trop), rythmée régulièrement par des pastiches de citations bibliques ; un sommet de maîtrise scénaristique et de storytelling qui ne laisse pas le temps aux neurones de souffler tellement il y a de retournements brutaux de situation qui remettent toutes nos certitudes acquises jusque là en cause. Cette idée du temps que l'on peut manipuler ou distordre n'est pas nouvelle, mais Bajram s'en sert et la renouvelle avec tellement de brio que tout le long du récit on reste pantois d'ébahissement en suivant les allez et retours temporels des protagonistes.
Protagonistes d'ailleurs qui sont assez bien campés et interessants, quoiqu'un tantinet stéréotypés ( le génie misanthrope, le poltron adipeux, le casse-cou... bon...) mais heureusement ça ne gâche en rien la lecture même si leur occasionnel franglais m'a exaspéré au plus haut point ( "wormhole" ? "WORMHOLE" ? "Trou de ver" ça faisait pas assez cool c'est ça ?)
Bref, pour conclure Universal War One ( UW1 pour les aficionados) m'a enchanté de bout en bout. La SF française a produit quelques grands classiques et je considère que cette superbe bande dessinée en fait assurément partie. Plus qu'une lecture, une expérience à vivre.
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Les Cobayes
Qui n’a jamais essayé d’être un cobaye pour faire avancer l’industrie pharmaceutique en permettant la guérison ou le soulagement des malades ? Très peu de monde en fait car les cobayes se retrouvent surtout parmi les gens fauchés. 21 jours de test pour la somme royale de 3500€ : c’est ce que propose une annonce proposée par un grand laboratoire. Il y aura quand même beaucoup de candidats qui se présenteront pour seulement trois retenus. On va dès lors suivre le parcours de ces trois personnalités différentes qui vont servir de cobayes pour un antidépresseur du tonnerre. C’est intéressant de rentrer dans l’univers secret de la pharmaceutique ! Il y a tout d’abord la jolie immigrante venue d’Inde et qui rêvait de faire l’école d’art à Paris afin de défier son paternel qui ne lui trouve pas de talent. Il y a également ce père de famille qui est souvent licencié par ses différents employeurs à cause de ses pertes de mémoire liées à un traumatisme de son enfance. Il y a également ce jeune looser de 22 ans qui se rêve d’être un Don Juan mais dont les performances au lit sont plutôt médiocres malgré le viagra. Sic. J’ai bien aimé la construction de ce récit qui est parfaitement maîtrisé de bout en bout. A la fin, on voit les différentes interconnections de petits détails très anodins qui parcourent la bd. On sent une grande maîtrise au niveau du scénario ! Par ailleurs, le dessin sert bien cette histoire de médicaments qui décuplent les talents là où il y avait faiblesse. On va avoir droit à une génie de la peinture, un homme dont la mémoire est phénoménale, ce qui est pratique pour les jeux de cartes, et un Casanova qui n’aura plus rien à apprendre dans l’art de la séduction. La fin va apporter son lot de surprises sur ce thème de la pilule qui change positivement votre vie. Et puis, il y aura une réflexion sur les véritables finalités de l’industrie du médicament. C’est une lecture que tout médecin devrait prescrire à ses patients.
De Silence et de Sang
Le premier cycle est à mon sens le plus intéressant. La suite s'attache plus à d'autres types de mafia et je dois avouer que cela me passionne moins. Premier cycle donc. J'avais un peu peur de me retrouver face à une variante du parrain mais finalement il faut rendre hommage au fabuleux travail de recherche de François Corteggiani qui non seulement nous propose une histoire d'amitié indéfectible, mais aussi une histoire des États-Unis et bien sûr de la puissante mafia sicilienne. Au travers de ces récits c'est tout un pan de la grande histoire qui s'écrit tant celle de la mafia s'ancre dans la réalité américaine. Personnellement je ne me suis pas ennuyé une seconde et s'il est vrai que cette histoire demande un minimum de concentration pour ne pas se perdre dans les évènements et les personnages, au bout du compte nous sommes face à un récit parfaitement maitrisé et palpitant de bout en bout. Ce n'est donc pas une simple histoire de mafiosi qui passent leur temps à se trucider, quoique ça y va !!, mais une véritable œuvre d'historien sur un pays et une époque. Pour le dernier cycle, comme je l'ai dit plus haut il m'a beaucoup moins intéressé. Sans doute est ce lié au dessin moins travaillé que dans le premier, mais comme l'a dit précédemment Mac Arthur un fond de latinisme donne un côté romanesque à cette mafia sicilienne que je ne dédouane par pour autant, loin s'en faut, mais le côté plus ''sauvage'' ou "barbare" de la mafia russe me dérange beaucoup plus. Quant aux épisodes traitant du milieu marseillais avant et pendant la dernière guerre, j'ai trop eu l'impression de revoir Borsalino pour goûter la chose. Mais revenons à ce premier cycle pour lequel je ne peux que lui tresser des lauriers, en vous conseillant sa lecture instructive.
Le Vieil Homme et la Mer
Une autre adaptation du célébrissime court roman d'Ernest Hemingway pour lequel lui fut décerné le prix Pulitzer en 1953 et le Nobel de littérature en 1954. A l'époque, Hemingway résidait à la Havane. Lui-même pêcheur, il s'est inspiré de ce qu'il avait observé au contact des "locaux"pour écrire cette histoire. La caractéristique de ce roman est qu'il plaît ou bien qu'on le déteste. Dans un sens ou dans l'autre les raisons sont complexes mais il faut bien avouer qu'il ne se passe finalement pas grand chose sur cette immensité qu'est l'océan Atlantique. Calme plat, toute la tension de l'histoire tient dans la relation entre l'homme et l'animal, dans l'incertitude où se trouve le lecteur de savoir ce qu'il va advenir de cette pêche. Et c'est bien la gageure des différentes adaptations, qu'elles soient cinématographiques, en dessins animés ou en BD. Comment rendre compte de l'ambiance, de l'attente de ce pêcheur, du temps qui passe entre le soleil implacable de la journée et le froid mordant de la nuit ? Comment insuffler un tant soit peu de suspense, d'intérêt pour quelque chose de finalement assez basique ? Comment ? Et bien lisez ce roman graphique et vous comprendrez tout le talent graphique mis en œuvre par le dessinateur Thierry Murat. Son dessin possède ce petit quelque chose qui fait que vous êtes transportés dans l'action ou l'inaction comme Santiago le pêcheur. Lumineux dans les scènes de jour, on sent vraiment le soleil nous taper sur le crâne. Quand à la nuit tropicale, les couleurs sont parfaitement rendues. Le combat contre cet immense marlin, (non ce n'est pas un espadon !), symbolise d'autres duels, d'aucuns y ont vu le combat de l'homme contre la nature. Qu'importe, l'important est que cette adaptation est tout bonnement magnifique, à lire forcément !!
Carnet du Pérou
Une totale découverte pour moi que ce Fabcaro. Et je dois dire que le bougre produit son effet. En feuilletant rapidement ce volume, je me suis dit : voilà encore une sorte de roman graphique ou effectivement un carnet de voyage d'un gars en mal d'évasion. Il faut dire que tout démarre comme sur des roulettes ; le gars prend l'avion et atterrit à Lima, capitale du dit Pérou. Quelques croquis encrés façon pastels nous donnent le la quand soudain au détour d'une planche, le gagesque, le grand n'importe quoi fait son apparition. Alors attention les gars j'ai lu vos avis avant de m'aventurer plus loin et je me suis dit deux trucs : soit ils ont fumé la moquette, soit c'est l'auteur. A la lecture de ce petit opus qui ne vous apprendra rien sur le Pérou, il me semble que la réponse est claire. Et c'est tant mieux, voilà un exercice totalement jubilatoire qui arrive à vous décoincer les maxillaires et les zygomatiques, donc ; lecture et achat fortement recommandés.
Toxic / La Ruche / Calavera
Comment raconter l’irracontable ? Tout commence dans une chambre quasiment vide, sans fenêtre, vaguement oppressante, où s’éveille une sorte de clone de Tintin, un mystérieux sparadrap scotché sur la tempe. Au fond de la chambre, un trou dans le mur, que quelqu’un semble avoir défoncé… Notre « Tintin » sera amené à le franchir afin d’y récupérer son chat noir censé être mort… Il ne se doute pas que derrière ce mur, se dissimule un univers parallèle particulièrement inquiétant, fangeux, peuplé de créatures aussi étranges qu’immondes… J’ai saisi l’occasion de la sortie de "Toxic" pour découvrir Charles Burns, que je ne connaissais qu’à travers la couverture de Black Hole et après avoir lu Le Roi des Mouches de Mezzo et Pirus, les deux styles étant très proches sur le plan de l’univers graphique. Sauf qu’ici le côté absurde et malsain y est encore plus prononcé. Une ligne claire pour un fond qui l’est beaucoup moins, et la plupart du temps très sombre. voilà à quoi pourrait se résumer le style « Burns ». La mise en couleur est par ailleurs agréable à l'oeil, dans des tons assez soft, peut-être afin de mieux compenser l'âpreté du propos. D’une richesse insensée, l’histoire fait penser à un cauchemar lynchien, où Burns semble avoir fait la part belle à son inconscient. Les références abondent et il faut sûrement plus d’une lecture pour en appréhender toutes les subtilités et les messages subliminaux. Par exemple, prenons la couverture : n’évoque-t-elle pas clairement « L’Etoile mystérieuse » version apocalypse, ce même apocalypse annoncé par le prophète de malheur au début de la BD d’Hergé ? S’agit-il bien du même champignon ? Car de celui de Tintin ne reste que le chapeau qui s’apparenterait davantage à un drôle d’œuf menaçant, l’amanite paraissant bien familière en comparaison… Tintin paraît médusé en contemplant le champignon, tandis que son "clone au pansement" a plutôt l’air d’avoir la nausée… Je n’ai pas la prétention d'analyser ce qu’a voulu exprimer l’auteur, mais c’est fou tout ce que l’on peut y voir, et encore, là, il ne s’agit que de la couverture, car le reste est à l’avenant : on y évoluera entre des portes dérobées et des brèches dans les murs, atterrissant à chaque fois dans une nouvelle dimension, jamais plus rassurante que la précédente… On finit par y perdre pas mal de repères, car bien évidemment on en ressort avec davantage de questions que de réponses. Folie, maladie, névrose, hallucinations y sont omniprésentes, toujours en embuscade. J’ignore si une telle description donnera envie de lire cet OVNI sous LSD, mais pour ma part, j’ai été successivement fasciné, scotché, et finalement frustré d’arriver au bout pour découvrir qu’il y avait une suite ! C’est donc avec impatience que j’attends le second tome, happé par ce mystère brûlant (ou plus exactement glaçant) dont seul l’auteur semble détenir les clés… Si le second tome (et les suivants ?) continuent sur cette lancée, on est en droit d’attendre un chef d’œuvre de l’ensemble. Bien évidemment, une telle lecture sera déconseillée aux âmes sensibles ou aux esprits trop rationnels … A noter que l’objet en lui-même est très soigné, tel un écrin royal abritant un joyau vénéneux (le « champignon » de la couverture ?)… ----------------------- Mise à jour du 27/07/15, après lecture des deux derniers tomes de la trilogie : Il serait prétentieux de faire l’exégèse de cette œuvre qui ne peut laisser indifférent, d’autant que l’iconographie burnsienne est aussi riche que déroutante et que son auteur ne fournit pas la fiche explicative de ses puissantes images subliminales, laissant à ses lecteurs le champ totalement libre à leurs propres analyses. Mais il est clair qu’une seule lecture de la série ne suffira pas pour en faire le recensement complet. D’ailleurs, il est possible qu’une bonne partie de ces derniers aient abandonné la série à la lecture du premier volet, rebutés par cette poésie torturée. Mais pour ceux dont la curiosité aura été titillée, ils constateront que cet étrange puzzle psychotique semble se mettre peu à peu en place dès la deuxième partie. Charles Burns parvient à nous scotcher au mur avec ses obsessions toxico-maniaques en forme de thérapie, sur une terre inconnue où le récit introspectif est poussé à l’extrême, sondant les profondeurs à l’aide d’un univers graphique halluciné qui semble directement inspiré par David Lynch ou William Burroughs. L’auteur nous entraîne ainsi dans le dédale de ses cauchemars, par le biais de ce personnage tourmenté, Doug, double de lui-même, dont on ne sait si l’empâtement physique au fil de l’histoire est dû à l’âge, à l’inactivité ou aux tranquillisants, vraisemblablement un peu des trois. Un drôle de périple où narrations et identités tour à tour fusionnent et se dédoublent, à coups de flashbacks, de mises en abyme et de basculements vers une dimension onirique et terrifiante. Il faudra avoir les nerfs bien accrochés pour suivre ce récit complexe sans haut-le-cœur, un récit à la poésie maladive où reviennent les mêmes leitmotiv : angoisse de la paternité, quête illusoire d’un père absent, dégoût de la procréation, crise identitaire, crainte de la rupture amoureuse, terreurs métaphysiques liées à notre humaine finitude, autant de thèmes qui se font écho les uns aux autres. Comme dans Black Hole, autre œuvre remarquable du même auteur, Charles Burns ausculte à sa manière l’envers du rêve américain, et par extension du "rêve occidental", avec sa ligne claire scalpellienne dévoilant l’âme de ses personnages, une ligne claire que l’on dirait conçue pour mieux faire avaler la pilule d’une vérité trop âpre, et qui dans la forme évoque plutôt l’univers avenant d’Hergé. Un véritable trompe-l’œil qui ne fait qu’accentuer le trouble. Il suffit de regarder les trois couvertures qui mettent en scène Doug (ou son double tintinesque pour le premier tome), dans une attitude de perplexité, de malaise ou d’angoisse face à ce que ses yeux viennent de lui révéler, qui un champignon géant, qui une créature mi-humaine mi-porcine, qui un squelette de fœtus également hybride, et toujours dans des lieux sinistres et mortifères, égouts, souterrains, ruines… Le dernier tome nous conduit vers une issue aussi déconcertante qu'effrayante, où en quelque sorte la fin rejoint le début, où une boucle se boucle sans se boucler, comme un cycle infernal qui se répèterait continuellement, un cauchemar dont on ne se réveillerait jamais… Si l’on devait établir une comparaison avec Black Hole, celui-ci était en noir et blanc avec une note d’espoir en conclusion, alors que la trilogie Toxic, agrémentée de couleurs neutres et vives, se termine paradoxalement de façon plus désespérée. Dans les deux cas, des œuvres hypnotisantes, dérangeantes, extraordinaires. Pour terminer, on ne manquera pas de saluer Cornélius pour le tirage soigné avec une bande de tissu recouvrant le dos de l’ouvrage, autre clin d’œil de l’éditeur aux premières éditions des "Aventures de Tintin".
L'Attaque des Titans
C’est un manga qui part d’un concept plutôt original à savoir l’invasion de titans dévorant la race humaine. L’action se situe dans le futur où un dernier bastion de l’humanité a survécu dans une ville derrière de grandes murailles. Une centaine d’années se sont écoulées et la forteresse tient toujours. Cependant, un titan bien plus grand que les autres fait irruption en faisant une brèche dans la muraille permettant le passage à ses congénères. La ville comporte plusieurs murs d’enceinte et visiblement, il va attendre 5 ans pour reprendre le service. C’est là où le bât blesse. Les incohérences vont alors s’enchaîner. cependant, le scénario est si captivant qu'on pourra fermer les yeux en mettant tout cela sur le compte des mystères de cette série. Et puis surtout, il y a cette bande de jeunes adolescents qui doivent sauver le monde ou plutôt ce qu’il en reste. Certaines scènes sont franchement pathétiques. Bref, c’est conçu essentiellement pour un public ado en mal de sensations fortes (mais pas que!). Les atermoiements tactiques des personnages et leur survie éventuelle sont au centre de l'intérêt de cette lecture. Il est vrai que lorsque l'on s'attache à un personnage, la mort n'est pas très loin. La violence de ce manga est telle qu'il ne faudra pas l'offrir à un enfant sous peine de terribles cauchemars. Les géants sont plutôt bien dessinés car terrifiants surtout lorsqu’ils croquent allègrement les êtres humains. On se demande pourquoi ils ne se nourrissent que de chairs humaines et non d’animaux qui pullulent et comment ils ont pu tenir une centaine d’année sans déjeuner. Ces géants pourraient être remplacés aisément par des zombies et le tour serait joué. L’univers de ce manga est le médiéval fantastique ce qui est plutôt rare. Cela va être incontestablement un succès car tous les ingrédients efficaces sont présents pour accrocher sa cible. La moralité est de ne jamais perdre espoir même quand tout semble perdu. C’est un beau thème qui est ainsi véhiculé à nos enfants. Mais bon, cela ne nous fait pas de mal également. Quoiqu'il en soit, c'est sans doute l'un des mangas actuels les plus prometteurs et les plus lus. Les tomes se succèdent et le suspense est à chaque fois à son comble à chaque fin. L'impuissance de l'humanité fait peur et cela rend un climat oppressant. Bref, passer à côté serait un comble pour tout amateur de shônen héroïque !
Orbital
Une BD au scénario très intéressant et à la ligne novatrice. C’est un genre que j’apprécie réellement (space-opéra) d'autant que cette série ne manque pas de références: pour la description des univers, on pense à Star War ou même Sillage. La scène d’ouverture est époustouflante. Voilà une BD de science-fiction traitée avec intelligente. Le dessin fait un peu penser à celui de Bilal (tons gris pâle et beige) mais ici le scénario est cohérent. J’ai réellement apprécié la qualité graphique de cette série ainsi que le thème abordé « la résolution d’une crise diplomatique » par deux agents gardiens de la paix interstellaire que tout sépare au début. L'un est humain, l'autre est un alien. Le duo mal agencé est un thème certes largement exploité au cinéma mais diablement efficace. Ce binôme humano-sandjarr mis sur pied par l'office Diplomatique Intermondal (ODI) va essayer de maintenir la paix entre les mondes. Leur association n'a rien de classique: c'est la première fois que des représentants de leurs deux peuples intègrent les rangs de l'ODI, ce qui ne manque pas de faire grincer quelques dents chez leurs collègues. Quinze années seulement se sont écoulées depuis le référendum où l'humanité a accepté d'intégrer la Confédération extra-terrestre. Et les terriens ne sont pas encore perçus comme des confédérés à part entière. J'ai bien aimé cette vision qui rappelle singulièrement ce que peuvent vivre des minorités ethniques par exemple. Sur fond de géopolitique interstellaire et de conflits entre les peuples, nos deux héros vont apprendre à travailler ensemble et à faire mentir les préjugés. En conclusion, le premier cycle réalise une belle mise sur orbite. La lecture du second tome de la série confirme tout le bien que je pense de ce qui va devenir un incontournable de la BD de science-fiction. Nos deux néo-diplomates vont bien avoir du mal à négocier dans un environnement plutôt hostile et où les positions ne sont pas aussi manichéennes que cela. Le final sera rondement bien mené. ce premier cycle nous permet de nous faire une idée. L'envol n'aura véritablement lieu que lors du second cycle (tome 3+4). On assiste à une véritable montée en puissance de cette série où l'on suit avec attention les aventures de Caleb et Mézoké. Là encore, la mission est délicate mais ce binôme semble faire des miracles. Le scénario est encore une fois assez original même si le sujet est d'anticipation. Au niveau du dessin, le dépaysement est garantie car l'intrigue se passe sur une planète au climat subtropical loin de la grisaille pluvieuse du premier diptyque. Bref, cette série apporte un peu une bouffée d'air frais qui nous manquait depuis des années de stagflation au niveau science-fiction. Le troisième cycle marque une vitesse de croisière pour cette série. Les décors de cette ville futuriste sont simplement époustouflants de beauté. Il y a quelque chose d'un peu unique dans ce graphisme avec une belle maîtrise dans la nuance des couleurs directes. Là encore, la scène d'introduction sera mémorable. Le duo improbable continue d'aussi bien fonctionner. On est complètement immergé dans cet univers futuriste. Avec le tome 6, on a saura enfin un peu plus sur la mort des parents de Caleb. Cependant, la guerre interstellaire devient plus proche. Bref, la tension monte encore. On a comparé cette série à du Valérian mais c'est encore mieux. On a également comparé à du Sillage ou du Aquablue mais c'est encore plus mâture ! Avec Orbital, on voyage incontestablement dans la classe supérieure. Note Dessin : 4.25/5 – Note Scénario : 4.25/5 – Note Globale : 4.25/5
Buffalo Runner
L'auteur de Gorn s'était déjà adonné au western avec La Piste des Ombres que j'avais beaucoup aimé malgré l'abandon de cette série. C'est avec un grand plaisir qu'on le retrouve pour un one-shot de grande qualité sur un tueur de bisons. Le dessin est véritablement magnifique car maîtrisé de bout en bout. les couleurs sont formidables. Il y a incontestablement une belle maîtrise graphique. Sur le scénario, je serai juste un peu moins élogieux. Le début démarre en fanfare puis il y a de nombreux flash-back retraçant la vie d'Edmund Fisher autrement dit Buffalo Runner. On remarquera qu'il n'y a pas de lien entre la fin et le début de la scène d'introduction, ce qui est un peu dommage. Par ailleurs, la fin est presque irréelle dans tous les sens du terme. Pour autant, j'ai bien aimé ce récit mené tambour battant. Je n'ai pas trop aimé deux anachronismes de taille. Que viennent faire Pétain et Maurras dans cette histoire de cowboys se situant dans les années 1880 ? Cela ne colle pas. Par ailleurs, Théodore Roosevelt n'est devenu président qu'en 1901, soit bien après les faits évoqués. Comment pouvait-il savoir qu'il sauverait la vie d'un futur président ? Quoiqu'il en soit, nous avons là un beau western qui est intelligent par son approche et une merveille d'un point de vue graphique. Cette oeuvre va devenir sans doute un indispensable car c'est bien parti pour l'être.
Max Winson
J'avoue avoir été un peu bluffé par ce diptyque. Graphiquement, cela ne m'attirait pas du tout entre ce petit format et ces traits simplistes dénués de décors et de détails. Et pourtant, ce scénario m'a scotché par son incroyable inventivité si on fait abstraction de cet esthétisme repoussant. Le thème est celui de la réussite coûte que coûte. Il est vrai que notre société tend vers ce modèle avec la multiplication des meilleures écoles, des jeux de la téléréalité qui jouent sur la compétition, de la progression en entreprise. Nous avons là un champion qui est né pour toujours gagner et ne jamais perdre. C'est une belle réflexion sur le sport et la société en général où personne n'a de considération pour les perdants. Comme dit la chanson d'ABBA, the winner takes it all. L'auteur Jerémy Moreau a réussi son pari que celui de nous faire accrocher à une histoire tout en nous interrogeant sur les nombreuses ramifications que cela implique. On ne se perd pas en route. Le noir et blanc sert à merveille cette histoire triste de ce gamin qui tente de se découvrir loin de l'influence néfaste de son père l'ayant érigé en machine de guerre pour satisfaire ses propres ambitions. Une belle découverte avec des personnages convaincants et un récit qui va au-delà des sentiers battus. On ne verra sans doute plus jamais le tennis de la même manière...
Universal War One
Universal War One. LE Béhémoth de la SF francophone. Voilà une saga qui a fait (et qui fait sans doute encore) beaucoup parler d'elle ces dernières années et qui s'avère être très populaire si l'on se fie au nombre d'avis qui s'accumulent sur cette page. Et soyons francs, cette popularité n'est pas imméritée . Avec Universal War One on est vraiment dans la science-fiction pur jus, on s'approche même de la hard science-fiction, Denis Bajram fait la part belle à l'imaginaire futuriste et nous présente une colonisation humaine de la galaxie à la fin du XXI siècle. Des mégastructures supraétatiques, d'immenses corporations économiques et commerciales, des gigantesques flottes interstellaires, tous oeuvrent au bon déroulement de cette grande aventure coloniale. Mais la marche des choses va être totalement bouleversée par l'apparition d'un énigmatique mur ténébreux, absolument monumental, entre Saturne et Jupiter. De là vont naître les prémices de la Première Guerre Universelle, qui va opposer la Fédération des Terres Unies aux Compagnies Industrielles de Colonisation ; le pouvoir politique et militaire contre le pouvoir économique et marchand. Sur six tomes, Denis Bajram tisse la toile d'une intrigue proprement ahurissante, intelligente, complexe (d'aucuns diront même peu être un peu trop), rythmée régulièrement par des pastiches de citations bibliques ; un sommet de maîtrise scénaristique et de storytelling qui ne laisse pas le temps aux neurones de souffler tellement il y a de retournements brutaux de situation qui remettent toutes nos certitudes acquises jusque là en cause. Cette idée du temps que l'on peut manipuler ou distordre n'est pas nouvelle, mais Bajram s'en sert et la renouvelle avec tellement de brio que tout le long du récit on reste pantois d'ébahissement en suivant les allez et retours temporels des protagonistes. Protagonistes d'ailleurs qui sont assez bien campés et interessants, quoiqu'un tantinet stéréotypés ( le génie misanthrope, le poltron adipeux, le casse-cou... bon...) mais heureusement ça ne gâche en rien la lecture même si leur occasionnel franglais m'a exaspéré au plus haut point ( "wormhole" ? "WORMHOLE" ? "Trou de ver" ça faisait pas assez cool c'est ça ?) Bref, pour conclure Universal War One ( UW1 pour les aficionados) m'a enchanté de bout en bout. La SF française a produit quelques grands classiques et je considère que cette superbe bande dessinée en fait assurément partie. Plus qu'une lecture, une expérience à vivre.