Les derniers avis (31996 avis)

Par Erik
Note: 4/5
Couverture de la série Louis de Funès - Une vie de folie et de grandeur
Louis de Funès - Une vie de folie et de grandeur

Louis de Funès était mon acteur préféré quand j'étais plus jeune et que la TV repassait sans arrêt ses films comiques. La grande vadrouille réalisé en 1966 par Gérard Oury avait fait 17 millions d'entrées. Le record n'a été battu qu'en 1997 par le film Titanic et plus tard par le médiocre Bienvenue chez les Ch'tis. Déjà le Corniaud en 1965 avait été un formidable succès avec presque 12 millions d'entrées. Pourtant, Louis de Funès a commencé véritablement sa carrière qu'à l'âge de 41 ans après avoir connu une vie assez tumultueuse. Je n'invente rien car c'est lui-même qui le dit dans la bd. Cela commence d'ailleurs avec l'évocation de la vie de son père Carlos qui allait en faire voir de toutes les couleurs à sa mère. On découvre son enfance qui n'a pas été aussi rose que cela. La biographie est assez bien construite car finalement assez équilibrée. De nombreux films sont évoqués ainsi que ses relations avec les autres acteurs notamment Gabin et Bourvil mais également des réalisateurs comme Gérard Oury. On découvrira qu'il avait des relations orageuses avec le réalisateur Edouard Molinaro ou encore son homologue Jean Marais qui n'a pas digéré de s'être fait voler la vedette dans les Fantômas. Le portrait dressé semble être une démarche honnête. Le dessin est suffisamment fluide pour déceler les mimiques de cet acteur hors pair. Les autres acteurs sont également facilement reconnaissables ce qui constitue un plaisir de lecture. C'est en tout cas une bonne idée que de faire découvrir la vie de cet acteur exceptionnel petit par la taille mais grand par le génie. Bref, une biographie où l'on ne va pas s'ennuyer !

24/07/2015 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
Couverture de la série Florange, une lutte d'aujourd'hui
Florange, une lutte d'aujourd'hui

C'est un reportage qui évoque l'un des derniers combats perdus par la Lorraine sidérurgiste autrefois baptisée le Texas français et raconté par un enfant du pays. On a tous entendu parler de Florange où les politiques, de Sarkozy à Hollande ont laissé tomber ces pauvres gens en ne tenant pas leurs promesses faites d'espoir. Le changement, c'est maintenant. Où en est-on à peine trois ans après ? La déception domine. La bd dit très bien qu'ils ne viennent pas de ces milieux ouvriers, ne connaissent pas les codes, ni les préoccupations, ni les conditions de vie ou la culture. Le gouvernement et les industriels les ont laissé totalement tomber quand on part défendre des populations menacées à l'étranger par les guerres et le terrorisme. Choix certes respectables mais que beaucoup de nos compatriotes ne comprennent pas. C'est une bd sur un combat perdu d'avance à l'image du cancer qui frappe la mère de l'auteur. On assiste à la victoire de la mondialisation et des logiques économiques qui ferment des entreprises rentables. On vit la déception et la trahison subies par ces salariés qui n'ont jamais voulu abandonner la production d'acier. Même le leader de ce mouvement est devenu député européen pour continuer le combat à un plus haut niveau afin d'éviter la désindustrialisation. Cette oeuvre nous montrera tous les dessous de ce combat car l'auteur Tristan Thil a suivi le quotidien de ces hommes. C'est une histoire racontée de l'intérieur qui insiste sur les effets dévastateurs des promesses politiques. Ainsi, aux élections municipales de mars 2014, Le PS a perdu la mairie de Florange dès le premier tour. A Hayange, ville des hauts-fourneaux, le FN a remporté la mairie avec un candidat autrefois militant de lutte ouvrière et ancien de la CGT. La France change et on peut aisément en comprendre les raisons.

24/07/2015 (modifier)
Couverture de la série Momibilis
Momibilis

Momibilis, de Fred Martin au éditions Fugues en Bulles... Enfin, Fred se lance dans une petite histoire BD, pleine de poésie ! Et on sent le plaisir graphique ! BD entièrement muette, où un mystérieux bonhomme, au chapeau haut de forme, sort de sa valise, une momie... Heu mais pourquoi faire ? Sommes-nous les témoins d'un tueur en série, qui cherche à tuer son ennui ? Que peut-il bien faire avec cette foutue momie dans ce non moins mystérieux manoir ? C'est comme dans certains rêves, c'est drôle et décalé, où chaque situation entraîne une logique propre à l'inconscient. Le dessin est rond, nerveux, avec une mise en scène efficace ! Une petite poésie graphique qui présage sans doute un album dense, à venir... ? :)

24/07/2015 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5
Couverture de la série Olympe de Gouges
Olympe de Gouges

Une somme à dévorer, avec vraiment de quoi lire (406 pages de BD + 75 pages de notes biographiques + une bibliographie de 5 pages) ! Le parcours d'Olympe, depuis avant sa naissance jusqu'à sa mort, est une succession d'aventures familiales, sentimentales puis littéraire et politique assez hors du commun. On comprend mieux comment son combat pour plus d'égalité dans la société a pu naître et se renforcer dans son esprit. Comment ses amours et ses amitiés l'ont confortée dans cette quête qui l'a menée à la guillotine, dans son absolue modération. Le scénario est jalonné de 31 chapitres qui mettent en relief les différents lieux qu'elle a hantés. Le dessin des architectures (du palais à la chaumière, du Théâtre français à La conciergerie, de Montauban à Versailles en passant par Auteuil ou Paris) concourent à nous donner le goût de ces années pré-révolutionnaires, puis révolutionnaires. Les visages, les vêtements, les coiffures, tout évolue, en une vie si bien remplie. Le dessin en noir et blanc n'est pas du tout simpliste, il fait ressortir toute cette diversité, mais il n'est pas non plus très fin, il a une sorte de talent dans la nuance du trait qui suffit à donner l'expression. C'est un très bel ouvrage, instructif, palpitant, et plein d'enseignements... Bravo !

24/07/2015 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5
Couverture de la série Roi Ours
Roi Ours

Vous ouvrez cet album et vous entrez dans un jardin extraordinaire aux lumières délicieuses, où tout est possible, et qui vous transporte ailleurs pendant 20mn intenses. Oui c'est court mais ça vaut vraiment le coup. Le dessin au contour gras mais particulièrement fluide est magnifié par une couleur et une lumière enchanteresses : c'est le paradis ! Les matières (terre, fourrure, pierre, peau, braise), la profondeur (dans la rivière, dans la forêt, sous la pluie...) sont stylisées de manière très sensuelle. L'histoire belle et tragique, parce que peut-être l'un ne peut pas aller sans l'autre, met en scène un peuple imaginaire qui vit dans des tipis et craint des animaux-dieux auxquels il sacrifie une jeune fille... Mais qu'arrive-t-il lorsqu'un dieu ne comprend pas lui-même le sens de ces sacrifices ? Le roi Ours est de ceux-là... Il détache Xipil, et la fait entrer dans le monde des dieux-animaux... J'aime cette idée que les dieux et les hommes n'ont jamais réussi à se comprendre... Et Xipil ne fera pas vraiment exception, ou en tout cas elle restera le jouet de cette incompréhension jusqu'à la fin de ce premier tome qui, je l'espère, sera suivi de quelques autres, pour nous éclairer sur toutes les questions qui apparaissent au cour de l'aventure... Une sorte de livre de la jungle sensuel et métaphysique.

24/07/2015 (modifier)
Couverture de la série Le Caravage
Le Caravage

Je connaissais surtout de nom Le Caravage, ne m'intéressant que de loin à le peinture, j'avais vu quelques toiles dans des bouquins, ce style m'avait pas mal frappé car il rompait avec celui des peintres de son époque, attachés au maniérisme. Le Caravage a su très tôt capter le problème de la lumière et ses possibilités expressives. Toute son oeuvre sera donc basée sur l'exploitation de la fonction dramatique de la lumière qui lui fera produire des oeuvres religieuses violentes, qui seront jugées parfois indécentes par l'Eglise, en partie de par ses modèles recrutés au sein du peuple et des courtisanes. On le voit bien dans cette Bd qui constitue après Borgia une sorte d'apothéose graphique et narrative de Manara. Lorsqu'il décide de raconter la vie un peu chaotique de ce peintre exceptionnel, Manara produit probablement une de ses meilleures Bd ; sa narration n'est pas dénuée de sens ou biscornue comme dans certaines de ses autres oeuvres, on voit parfaitement que quand il possède un sujet fort, le grand artiste italien sait se montrer à la hauteur. Je ne connaissais pas les étapes de la vie du Caravage, et j'en ai appris réellement car Manara n'a rien transformé , j'ai vérifié ensuite dans une encyclopédie ; la plupart des grands personnages vus ici ont existé, et le grand peintre a bien connu une vie aventureuse qui lui valut plusieurs démêlées avec la justice. Cette vie hédoniste et cette passion de la plastique expressive sont bien montrées aussi. Après la narration, restait le dessin, et là c'est du grand art, du très haut niveau. Manara s'est vraiment appliqué en rendant au Caravage un fabuleux hommage appuyé et admiratif, on sent qu'il l'aime ce personnage, il se projette un peu en lui. Les décors romains fastueux sont véritablement sublimés par le crayon d'un dessinateur exceptionnel. Le décor urbain de la Renaissance italienne est prodigieux, magnifié par l'élégance du trait ; la sensualité aussi, domaine que connait bien Manara, elle n'est pas absente évidemment dans une telle époque historique où les moeurs étaient très libres, mais il n'en abuse pas tant que ça, rien n'est montré gratuitement comme ça peut l'être dans certaines autres de ses Bd à fort caractère érotique. Ses grandes cases sont souvent remplies de petits détails intéressants à scruter, la finesse de l'encrage (surtout sur les personnages) et la délicatesse des couleurs donnent à cette Bd une beauté à couper le souffle.

23/07/2015 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5
Couverture de la série Max Winson
Max Winson

Je trouve cet album plein d'inattendu. Le dessin d'abord : en noir et blanc, il a une certaine douceur apportée par le gris mais aussi une rudesse dans les traits noirs, très variables du gras au mince, et assez lâches. Cela m'a fait penser à la fois au Petit Prince de Saint Exupéry et aux personnages de Pierre Etaix, et en particulier à Yoyo (film en noir et blanc de 1965). Quelque chose d'effrayant et de sage à la fois. La mise en scène de la foule dans l'histoire fait aussi penser aux films américains des années 50-60. Pour le reste, je ne suis pas du tout sportive et le début m'a laissée perplexe. C'est l'histoire d'un affreux père qui entraîne son fils pour qu'il soit le fils de la victoire comme son nom l'indique. Mais ce fils grandit et les évènements lui compliquent la tâche, mais le font aussi mûrir. La volonté de puissance de son père sera contrecarrée par la vie. Le personnage principal, tennisman sans aspérité, blanc et effacé, comme dans un rêve, échappe à notre compréhension et en même temps c'est sa seule défense pour supporter l'adversité. Le second tome fait basculer sa vie vers une humanité plus entière et nous le rend plus proche grâce à la rencontre avec un vieil homme et un enfant. Je conseille vraiment cet ovni-livre, en marge du train-train habituel mais qui parle aussi de lui.

21/10/2014 (MAJ le 23/07/2015) (modifier)
Par kanibal
Note: 4/5
Couverture de la série Ben Hur
Ben Hur

J'étais plutôt sceptique au départ mais au fil des pages j'ai pu me rendre compte que l'adaptation de Mitton est plus que réussie, les personnages ont du charisme : Messala par sa soif de pouvoir, Juda Hur par sa foi. Par contre pour le Cheik Ilderim certains détails ont attiré mon attention : le cheik est un Syrien mais il ressemble plus a un marchand d'Arabie et l'entendre dire "Allah Akbar" m'a paru incongru, une telle phrase de l'an 30 après la naissance de J.C. Les dessins de Mitton sont toujours aussi bons, ses lépreux sont même plus effrayants et repoussants que ceux du film de 1959, j'ai apprécié son parti pris oùu l'on ne voit jamais le visage de J.C., toujours de dos pour les gros plans ou plan large pour les vues de face. Bien que les dialogues soient longs on ne s'ennuie pas, la lecture est fluide. Une bonne série de J.Y Mitton

23/07/2015 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
Couverture de la série Femmes de réconfort (esclaves sexuelles de l'armée japonaise)
Femmes de réconfort (esclaves sexuelles de l'armée japonaise)

Employer le terme « femme de réconfort » est en soi déjà un euphémisme car traiter un être humain comme un objet n’est guère réconfortant. Cela concerne bien entendu les femmes souvent mineures qui furent arrachées à leur famille pour servir d’esclaves sexuelles à l’armée impériale nippone. C’est un véritable scandale qui ne fut dénoncé que bien des décennies plus tard et qui fait l’objet d’une véritable amnésie de la part du Japon à l’inverse de l’Allemagne qui a reconnu les crimes nazis. Cet ouvrage fait suite à ma lecture de Anne Frank au pays du manga et cela constitue un excellent complément. Le massacre de Nankin en 1937 est également largement évoqué. On s’aperçoit qu’il y a une extrême droite largement active au Japon qui tente de nier les faits avec une parfaite mauvaise foi que je ne lui connaissais pas jusqu’à alors. Cela ne sera certes pas la première fois qu’un gouvernement pratique le déni de la réalité à commencer par les Turcs avec le génocide arménien. Ce négationnisme n’est guère excusable et il faut des ouvrages comme celui-là pour nous expliquer ce qui s’est réellement passé. Toutes les guerres sont affreuses. La guerre propre n’existe pas. Cette lecture ne sera guère agréable car les viols ne sont guère un sujet plaisant. Il y a toute la souffrance de ces vieilles dames qui ressort. C’est triste. Rien ne nous sera épargné, à commencer par les faux recrutements afin d’enrôler toujours plus de nouvelles femmes. On verra également que les hollandaises feront partie du lot en raison des conquêtes japonaises dans le Pacifique et en l’occurrence l’île de Java. Quand la tromperie ne fonctionnait pas, les Japs recouraient à l’enlèvement. En tout, on évoque près de 200 000 victimes. Ce n’est pas négligeable. Le maire d’Osaka avait déclaré que les femmes de réconfort avait été une réelle nécessité. L’atomisation également, aurais-je envie de lui répondre courtoisement… J’espère que le Japon présentera un jour des excuses complètes et honnêtes, en assumant sa responsabilité légale et en offrant des garanties pour que ces crimes ne se répètent jamais. Ce récit va faire découvrir au grand public la réalité de ce terrible drame. La lecture de ce documentaire précis et honnête sera certes pénible mais nécessaire également.

22/07/2015 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série La Fantaisie des Dieux (Rwanda 1994)
La Fantaisie des Dieux (Rwanda 1994)

On connaît désormais l'implication et la non-réaction de l'Etat français dans le génocide rwandais, une blessure profonde infligée à l'Afrique et pour laquelle, à ma connaissance, aucun Président de la République ne s'est excusé ni n'a présenté ses condoléances au peuple tutsi. Ceci dit, si on commence, il faudra le faire pour les trois quarts des anciennes colonies pour enfin épurer ces relations pourries. Mais passons. C'est le massacre de 1994 qui nous est narré ici, par l'intermédiaire de patrick de Saint-Exupéry, présent sur les lieux alors que le massacre était encore en cours, et y est revenu en 2013 avec le dessinateur Hippolyte, amoureux de l'Afrique. Le résultat de ce double documentaire est un récit glaçant, fait de témoignages et d'anecdotes, non pour dénier l'ampleurdu génocide, mais plutôt pour montrer comment il s'est déroulé, avec le sceau de la folie meurtrière absolue qui le caractérise. On aurait aimé avoir, en bonus, quelques pages racontant une nouvelle fois l'horreur pour justement boucler la boucle, mais le récit en tant que tel est déjà pertinent. Hippolyte apporte donc la fêlure, la fragilité de son dessin pour narrer ces repérages, mettant dans une sorte de halo la surimpression des deux époques. Au final on verra peu de cadavres, ce que l'on nous en dit suffira. Efficacité maximale.

21/07/2015 (modifier)