Les derniers avis (31996 avis)

Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Arraigo
Arraigo

Un ouvrage édifiant, basé sur l’histoire vraie d’une maman mexicaine innocente qui se fait kidnapper par l’armée, torturer et violer au nom de la lutte contre la drogue. Une piqure de rappel sur les risques associés à un gouvernement qui bafoue les droits de l’homme au profit d’une guerre contre X (remplacer par l’épouvantail adéquat). Les faits sont racontés clairement. La narration est très (trop ?) académique, le ton est juste et n’en fait pas trop (pas de scène de viol graphique, pas de larmoyant). L’album est accrédité par Amnesty International, qui a fourni de la documentation à l'auteur, et cela se ressent lors de la lecture. La mise en image de Georges Van Linthout (que l’on avait interviewé à l’occasion de la sortie de Braquages et Bras Cassés, toujours chez La Boîte à Bulles) est parfaite. Un album recommandable.

02/09/2015 (modifier)
Couverture de la série Bouffon
Bouffon

Ces dernières années, Zidrou s’est imposé non seulement comme un auteur prolifique mais aussi comme un auteur sensible, capable d’émouvoir ses lecteurs au travers d’histoires originales emplies d’humanité. En s’attaquant à l’univers du conte médiéval, il ne déroge pas à sa marque de fabrique. Bouffon est une œuvre pleine. Entendez par là qu’elle nous offre du divertissement, de l’émotion… et matière à réflexion. Le destin de ce laissé pour compte en quête d’amour est prenant… mais ne serait rien sans cette astuce scénaristique qu’est l’emploi d’un narrateur peu commun. Ce dernier apporte beaucoup d’ironie et de recul au récit. De plus, le propre destin de ce narrateur finit par nous tarauder sinon plus du moins autant que celui du bouffon. Et puis, il y a ce sens de la phrase, cet art chez Zidrou de nous dire beaucoup en une formule courte et bien sentie. Je suis un grand fan de son style littéraire, très direct et fin à la fois. Il peut parfois verser dans le lieu commun (je ne crois pas que tous ses albums soient des réussites, justement à cause de cette tendance à parfois verser dans la facilité) mais lorsqu’il parvient à garder l’équilibre entre l’originalité de l’univers ou du contexte et l’universalité du propos, son style est vraiment imparable à mes yeux. C’était déjà le cas pour « Lydie » ou « Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait... », ce Bouffon est un petit cran en dessous, mais s’en rapproche grandement. Au niveau du dessin, Francis Porcel use d’un style très lisible. Ne vous fiez pas au visuel de la couverture, inspiré de l’art médiéval. Le contenu est beaucoup plus classique. Les expressions du visage sont très parlantes (avec un beau travail sur les regards) et son bouffon, personnage grotesque, monstre difforme, est une réussite esthétique puisqu’il parvient à toucher par-delà sa laideur. Un très bel album. Le seul reproche que je lui ferai est d’un peu se trainer dans son dernier quart. Les auteurs me donnent alors le sentiment d’avoir tout dit de leur héros et de ne tenir le récit en vie que pour pouvoir suivre le destin du narrateur jusqu’à sa propre conclusion. Mais, bon, comme je vous le disais au début, je me suis tellement attaché à ce narrateur qu’il aurait été malheureux de l’abandonner avant terme. A lire, très certainement !

02/09/2015 (modifier)
Couverture de la série Tyler Cross
Tyler Cross

Soyons clairs : le premier tome de Tyler Cross est un bon album et je ne peux qu'en conseiller la lecture (et même l'achat). Fabien Nury et Brüno nous proposent un récit bien rythmé et stylé. Les années 50 sont à l'honneur, tout comme le polar noir. L'écriture de Nury est soignée, la narration très présente n'alourdit aucunement le rythme de lecture tandis que les dialogues sonnent justes. Le dessin de Brüno est stylé. Très épuré, il s'est étoffé et a gagné en profondeur pour la circonstance, avec un beau travail sur les jeux d'ombre. Je l'ai trouvé plus accessible que dans ses productions précédentes, ce qui n'est pas pour me déplaire. Pourtant, avec ce premier tome, ma cote n’était que de 3/5. Pourquoi ? Parce qu'il manquait deux petits ingrédients pour totalement me convaincre. D'une part, l'humour était totalement absent. C'est un choix assumé des auteurs (et partiellement confirmé dans le deuxième opus) et je ne peux que le respecter mais je ne peux m'empêcher de penser que quelques petites pointes d'humour (au détour d'une réplique, par exemple) n'auraient pas fait de tort à ce sombre récit. D'autre part, l'idée de départ (un gangster qui échoue dans un village paumé contrôlé par une seule famille) a été tellement souvent exploitée que je ne peux que trouver un goût de déjà-vu à ce récit. C'est un bel hommage, mais tellement classique, tellement respectueux qu'il ne m'a pas offert cette part d'originalité que j'attendais. Attention, j'insiste : ce premier tome est agréable à lire, soigné, prenant... A lire, donc. Mais pas révolutionnaire. Que dire du deuxième volet : Angola ? Et bien, déjà, il a fait remonter ma cote d’un point ! Pourtant, cet album n’est guère différent du premier puisqu’on y retrouve le même cocktail d’éléments : un univers bien connu des polars (ici, le milieu carcéral en plein bayou), une narration emphatique (mais un peu plus ironique, m’a t’il semblé), un dessin léché, une influence manifeste du cinéma du genre (comment ne pas penser à « the Shawshank Redemption », à « Cool Hand Luke » ou plus encore à « Papillon ») et des personnages hauts en couleur. Peut-être mes attentes étaient moins élevées que lors de la sortie du premier tome, peut-être le ton employé est-il plus juste, peut-être le dessin est-il plus affirmé, un poil plus accessible, peut-être les seconds rôles ont-ils plus de présence… Peut-être tout cela ensemble, finalement ? Quoiqu’il en soit, j’ai dévoré ce deuxième opus avec énormément de plaisir, retrouvant avec bonheur ce découpage très addictif en multiples chapitres qui fait qu’il est finalement impossible de s’arrêter en cours de route (sauf, à la limite, pour aller se resservir une Bertinchamps ;) ). Ce deuxième tome est une grande réussite ! Toujours aussi classique, fondamentalement sans réelle surprise, mais tellement bien foutu qu’il est difficile de lâcher prise avant terme. Ce genre de série ne révolutionnera sans doute jamais le monde de la bande dessinée mais, à l’image d’un bon blockbuster au cinéma, il remplit parfaitement les attentes du lecteur. De la très bonne bd grand public !

11/09/2013 (MAJ le 02/09/2015) (modifier)
Couverture de la série Economix
Economix

Comme le rappelle Noam Chomsky à longueur d’ouvrages, il suffit de poser simplement les choses pour donner à tous la possibilité d’agir sur elles, que ce soit dans les domaines de l’économie ou de la politique – qui sont d’ailleurs liés. Michael Goodwin réussit son pari de simplifier sans simplisme, et de balayer plusieurs siècles d’histoire et de théories économiques en captivant le lecteur. C’est d’ailleurs plus un livre d’histoire des mentalités que d’économie par certains côtés. Quelques petits bémols pour commencer. D’abord – mais il s’en explique au début – c’est le regard d’un Américain qui porte essentiellement sur les Etats-Unis (même si c’est devenu le pays qui donne le ton, et si une grande partie de nos dirigeants politiques et/ou économiques ne se distinguent pas de leurs homologues américains). Ensuite quelques approximations plus ou moins importantes (surtout dans la première moitié du livre il est vrai). Une vision simpliste et franchement négative de la Révolution française (particulièrement la période « montagnarde », comme souvent). Mais aussi le fait que la crise irlandaise du milieu des années 1840 n’est pas qu’une crise agricole, c’est avant tout le colonisateur britannique qui en est responsable (avec les exportations agricoles vers l’Angleterre en pleine famine). Goodwin fait aussi parfois – mais pas trop quand même – des raccourcis malheureux et « imprécis » (comme évoquer le côté « socialiste » de Bismarck ! Pour le reste, je ne peux que vous recommander la lecture de cet album, qui démonte autant qu’il démontre, et qui surtout donne la possibilité à tous d’agir sur les décisions, qui, même si elles sont officiellement prises en notre nom et dans l’intérêt général, sont avant tout influencées par les tenants du capital (qu’il soit financier ou social), comme les négociations secrètes (pas pour les lobbies ni pour les grandes oreilles de la NSA) du Traité transatlantique pour prendre un exemple actuel. Une bibliographie (non exhaustive mais très intéressante) permet à ceux qui le souhaitent d’aller plus loin – et éventuellement de vérifier si Goodwin n’affabule pas. Ajoutons que les dessins de Burr rendent la lecture très fluide, en ajoutant un côté ironique, comique pas désagréable. Comme quoi, on peut à la fois faire œuvre utile et distraire (contrairement à la majorité des médias ou des pseudos spécialistes ou débatteurs qui se contentent de distraire). C’est clairement une réussite.

01/09/2015 (modifier)
Couverture de la série La Faute au Midi
La Faute au Midi

Voila encore une Bd avec laquelle j'ai appris un truc ! Je connaissais l'épisode des fusillés pour l'exemple qui a fait d'ailleurs brillamment l'objet du film les Sentiers de la gloire, mais ce fait réel décrit dans cet album, avec cette bataille de Lorraine d'aout 1914, je l'ignorais.. Voici tout à fait le genre de Bd qui relate des faits pour lesquels on ne peut que se révolter et s'indigner ; c'est une honte, une infamie d'accuser de pauvres types soi-disant manquant de courage afin de masquer l'incompétence des galonnés et des hautes autorités militaires. Cette attitude de faux-jeton et de menteur éhonté n'est pas étonnante de la part d'un officier comme Joffre ; on connait son mot fameux obscur et plein d'ambiguïté "Je les grignote" lorsqu'on lui demandait les progrès accomplis sur le front de Verdun.. Il ne fut jamais un général en chef fiable et solide, toujours à se défiler, à biaiser et à faire porter le chapeau aux soldats... et c'est exactement ce qu'il fait ici. A cela s'ajoute la morgue déplacée et ridicule de Foch qui ne valait pas mieux en caractère, mais peut-être plus doué en tactique. Et ce procès expédié à la va-vite pour accuser ces pauvres gars de mutilations volontaires, à qui on refuse un témoignage capital pouvant les innocenter, et dont les preuves accablantes s'appuyant sur un examen médical très douteux sont plus que discutables.. alors là on touche le fond de la connerie humaine, mais il faut aller vite, vite, vite... mais dans ce cas, il fallait aller encore plus vite en évitant ce procès qui n'est qu'une pantalonnade, une parodie de justice militaire à l'arbitraire scandaleux. Et tout ça pour la simple raison que ces gars étaient des méridionaux censés être moins valeureux que ceux du Nord ? J'ai peine à croire que ceci ait pu exister en France, et j'ai honte... Ce genre de récit s'appuie donc sur des faits réels où l'on assiste à tout ce qu'il peut y avoir de plus abject dans ce que représente l'armée. Comment s'étonner ensuite qu'on se moque ou qu'on méprise cette armée ? Ce genre de fait en donne une image terrifiante. C'est un pas supplémentaire dans l'écoeurement que peut provoquer cette guerre de 14-18, ces excès indignes étant trop ignobles. Ces soldats ont été humiliés, on a sali leur mémoire, leur mort fut inutile, et ce n'est pas les tentatives de réhabilitation qui les ramèneront à la vie.. Le scénariste raconte cette histoire avec justesse et précision, aidé par son dessinateur dont le trait parfois hâtif permet de bien saisir l'ensemble. Le dossier de fin d'album est édifiant et fournit tous les détails de ce triste épisode.

31/08/2015 (modifier)
Couverture de la série Le Père Goriot d'Honoré de Balzac
Le Père Goriot d'Honoré de Balzac

Le Père Goriot est l'un des romans essentiels de l'oeuvre de Balzac au sein de la Comédie Humaine, c'est un récit rempli de personnages hauts en couleur, tel l'inquiétant Vautrin (copié sur la figure de Vidocq que Balzac admirait), un roman basé sur l'ambition effrénée, celle que vise le jeune Eugène de Rastignac pour entrer dans le grand monde. La dédicace du dessinateur Duhamel remercie l'équipe du musée Balzac au château de Saché (que je connais très bien et que j'ai pris plaisir à visiter).. En dépit du fait qu'on a réussi à me détourner de Balzac tant on m'en a fait ingurgiter en période scolaire, j'ai étrangement développé une sorte d'intérêt pour son oeuvre, c'est très paradoxal. J'ai été marqué à tel point que j'ai eu envie de visiter assez jeune les différents musées balzaciens installés dans les endroits où il a vécu comme Saché ou la maison de Passy à Paris. Ce qui m'intéressait, c'est surtout de comprendre l'homme Balzac, car derrière ses personnages, se profile toujours l'écrivain qui a fréquenté la société parisienne telle qu'il la décrit ici. Dans le Père Goriot, il dresse un portrait absolument édifiant et très représentatif de cette société du XIXème siècle. La pension Vauquer qu'on découvre dans ce roman est à ce titre une microsociété extrêmement réussie d'une population hétéroclite de ce temps. C'est autour de ce pauvre père Goriot, personnage autant attachant que pathétique, que va se nouer l'intrigue, le drame d'une déchéance progressive d'un homme que ruine, financièrement et psychologiquement, l'amour passionné qu'il porte à ses 2 filles (et qui ne lui rendent pas), épouses de 2 aristocrates dédaigneux et aussi méprisables l'un que l'autre (le comte de Restaud et le banquier Nucingen). Le pauvre vieux mourra dans un état de misère avancé dans les bras de Rastignac qui, après les obsèques, depuis les hauteurs du Père-Lachaise, décide de conquérir Paris. Ce roman est donc formé de 2 lignes directrices parallèles : la tragédie paternelle de Goriot et l'éducation sociale et sentimentale d'Eugène de Rastignac, la plus vivante et la plus sympathique figure de jeune homme qu'ait dessinée Balzac. Son portrait est planté de belle façon, c'est l'étudiant en droit sans y croire qui ne vit que pour s'introduire dans le monde, digne dans sa pauvreté, intelligent, idéaliste, impétueux, dévoré par l'appétit de gloire... Le Paris impitoyable est là, avide de luxe et de femmes, avec le scintillement de ses convoitises et de ses tentations, l'étudiant désargenté flaire la Parisienne à qui il voudrait plaire, mais il lui faut de l'argent (on constate encore et toujours que le fric est le moteur de tout). Il tombe d'abord sur madame de Beauséant, type même de la grande bourgeoise consciente de l'amoralisme de sa classe, et pour qui l'amour est un jeu, mais qui lui révèle les secrets de la réussite rapide : le calcul froid, cacher ses sentiments vrais, se hausser du col sans pitié... Rastignac voit vite le cynisme de cet environnement mondain, la corruption, le ton hautain, la férocité qui se donnent libre cours sous le vernis de la bonne société, c'est une jungle impitoyable dans laquelle l'idéalisme est broyé. Parmi les romans de Balzac que j'ai lus, ce Père Goriot est sans aucun doute celui qui m'a donc le plus marqué et fait le mieux connaitre de façon réaliste cette société détestable des grands salons, avec bien plus de talent que les formules ampoulées, précieuses et insupportables de Stendhal. Et dans cette adaptation dessinée, j'y ai retrouvé tout ce que je viens de décrire. Arriver à condenser le fond de ce roman et de ses dialogues très riches dans cet album (j'ai lu l'intégrale) relève d'une sorte de prodige, c'est véritablement impressionnant : la fidélité au livre, le ton qui reste très verbeux (on ne pouvait pas faire moins je crois), et surtout l'atmosphère du roman bien restituée m'ont ôtée toute appréhension que j'avais au départ pour me lancer dans cette lecture. Il fallait certes élaguer et ne garder que l'essentiel sans nuire à la compréhension pour s'adapter au mode BD, la tâche était ardue au risque de faire vaciller l'édifice si bien construit par Balzac, mais c'est une vraie réussite, et d'ailleurs, c'est assez long à lire, si on s'y intéresse vraiment, il faut bien rentrer dedans.. Le dessin semi-réaliste est agréable, c'est un choix très judicieux, les personnages sont très identifiables, les décors parisiens et les salons parfaitement reproduits, bref c'est un travail magnifique auquel se sont livrés les auteurs sur le plan graphique et scénaristique, bravo à eux !

30/08/2015 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Le Sculpteur
Le Sculpteur

Ca parait étonnant de voir que l'auteur d'ouvrages théoriques sur la BD aussi parfaits que les différents tomes de L'Art Invisible n'ait publié aucune autre BD jusqu'à présent qui ne soit arrivée jusqu'à nos frontières. Le Sculpteur est donc le seul vrai album à atteindre cet objectif, se présentant du coup sans le vouloir comme le "chef-d'oeuvre", au sens artisanal du terme, de son auteur, son ouvrage le plus accompli qui profite enfin de toutes ses connaissances théoriques pour sublimer en un récit concret ce que l'auteur couve depuis de nombreuses années. Autant dire que je l'attendais au tournant, avec toute l'appréhension qui s'imposait et la crainte de me trouver face à un roman graphique se prenant trop au sérieux et finalement décevant. C'est l'histoire d'un artiste torturé, un homme qui a subi des traumatismes, perdu sa famille, connu une brève célébrité puis tout lâché par excès d'orgueil et de principes. C'est aussi un homme peut-être un peu fou car il a ce qui ressemble fortement à des visions schizophréniques et perd parfois les pédales. En résumé, c'est l'exemple même du type de héros qui aurait dû m'exaspérer et dont le récit m'aurait ennuyé dans d'autres circonstances. Et pourtant Scott McCloud réussit à me le rendre sympathique. Tout son talent réside dans une narration parfaite, utilisant tous les artifices et techniques qu'il a commentés et analysés au cours de ses études théoriques pour offrir un récit d'une fluidité et d'une clarté sans pareil, avec une grande variété de mises en scène et de cadrages et l'impression de ne jamais s'ennuyer. Le récit quant à lui tourne autour des milieux artistiques, de l'art en général et bien évidemment d'une histoire d'amour. S'y ajoute une touche bienvenue de fantastique, dont on sait au départ si elle est réelle ou issue de la folie du héros jusqu'à la confirmation indéniable en fin de récit. J'ai trouvé l'histoire agréable malgré quelques passages un peu convenus et un soupçon de naïveté. Et si je n'y ai pas accroché totalement sur sa majorité, la fin, quoique sans réelle surprise, a fini par me toucher pour de bon. Ce n'est pas pour moi une oeuvre culte ni un scénario qui marquera les esprits par son originalité ou son impact émotionnel mais c'est un bon récit, excellemment mené et qui mérite la lecture.

30/08/2015 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Temudjin
Temudjin

Les steppes de l'Asie centrale, des secrets chamaniques, une histoire de réincarnation... Ce n'est pas forcément ma tasse de thé, mais lorsque le duo de L'Ombre blanche est aux commandes, je m'y intéresse de plus près. Qui plus est chez les Editions Maghen dont l'exigence, au niveau graphique notamment, est reconnue, j'y regarde à deux fois. Le résultat est à la hauteur de l'espérance. Je me suis retrouvé emporté dans cette épopée aux résonances magiques, ésotériques, dans ces rêves, ces légendes, dans cette initiation à nulle autre pareille, cette histoire d'amour entre un fils et son père adoptif, ce naturalisme ineffable, cette histoire d'amour entre humain et esprit... Il y a plusieurs niveaux de lecture dans cette série, et je pense qu'il faudra plusieurs passages pour véritablement l'appréhender. Mais la première approche est tout de même bluffante. Bien joué Ozanam. Côté graphisme, je garde ma petite réserve quant à la maîtrise d'Antoine Carrion sur les visages, un défaut gommé lorsqu'il épure son trait et dans le second tome, ce défaut n'existe quasiment plus. Les ambiances sont alors magnifiques, et il est difficile de se détacher de ses pages envoûtantes. Belle réussite, qu'il faut prendre comme une version onirique, symbolique et allégorique de l'histoire d'un personnage emblématique de l'Asie centrale.

20/10/2013 (MAJ le 29/08/2015) (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
Couverture de la série Un bol plein de bonheur
Un bol plein de bonheur

Un bol plein de bonheur apporte un témoignage émouvant du rôle que doit jouer normalement une maman. C'est vrai que c'est assez moralisateur mais il n'y a aucun mal à faire apprendre le respect à son enfant ainsi que de bonnes valeurs. Il est vrai que l'amoralité et l'anticonformisme sont plutôt à la mode ces temps-ci. Ce manga semble être à contre-courant et c'est pour mon plus grand plaisir. La volonté de cette femme qui a décidé d'élever seule son enfant devant un mari incompétent et alcoolique mérite qu'on s'y attarde. La vie est parfois très difficile dans les milieux populaires. Cet exemple est à suivre car il montre qu'on peut réussir à force de volonté. J'aime croire à cette idée qu'on se forge son propre destin et qu'il ne faut pas céder à la facilité. C'est une question de responsabilité et non d'assistance. Ce seinen est une oeuvre assez touchante. C'est vrai qu'on pleure toutes les deux pages. Mais alors, qu'est-ce que cela fait si c'est pour la bonne cause ? Le pathos peut également nous ouvrir les yeux et surtout le coeur. Oui, c'est ce qui manque dans ce monde de brut. Bref, une lecture indispensable.

29/08/2015 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5
Couverture de la série Ceux qui me restent
Ceux qui me restent

La maladie d’Alzheimer, sujet casse-gueule s’il en est, est rarement traité dans la bande dessinée, et pour cause. Les auteurs ont su relever le défi avec originalité en nous plaçant dans la peau du « patient », conférant au récit une note fantastique, quasi onirique. Mais cela ne serait rien sans la sensibilité de l’approche où l’on est plus dans la suggestion que la démonstration. L’œuvre se présente comme une sorte de puzzle énigmatique que le lecteur doit recoller au fil des pages, mais qui dit puzzle ne veut pas forcément dire embrouillamini. Car l’histoire reste très fluide, et ici, ce sont davantage les images qui parlent, des images bénéficiant du trait diaphane, au bord de l’esquisse, de Laurent Bonneau, lequel colle parfaitement à un sujet traitant de la mémoire qui s’efface… Les mots sont rares, les phrases courtes, comme si les paroles semblaient de trop, ne servant qu’à situer le contexte. Tout est dans le cadrage, les regards, les gestes pris sur le vif. Ce père blessé et aux abois, à la recherche d’une fille qu’il croit encore enfant et ne reconnaît pas en adulte, finit par nous émouvoir. La scène finale, dont je ne peux évidemment rien révéler, est particulièrement poignante. Alzheimer est une maladie silencieuse mais extrêmement perturbante, surtout pour les proches du malade. Avec intelligence, « Ceux qui me restent » parle de la douleur d'un père égaré, et de celle de sa fille d’être devenue une inconnue à ses yeux, mais vient dédramatiser la question en tentant d’apporter (ou pas) une réponse, avec une conclusion très poétique, comme un soulagement.

29/08/2015 (modifier)