Cette bd fait l'objet de toutes les louanges des critiques diverses. C'est sans doute bien mérité au vu de ce scénario et ce dessin à la hauteur. On ne connaissait pas Pierre Dubois sur ce registre et il étonne forcément. Les plus anciens me diront qu'il a tout de même réalisé Puckwoodgenies à savoir la seconde partie de sa série Les Lutins. Bref, il faut plutôt parler d'un retour au western.
Le western est un genre qui revient dans la bande dessinée. Le scénario est plutôt classique et semble jouer sur différents niveaux de lecture dont une purement psychologique. Il faut dire que le héros traîne une lourde blessure de son passé ce qui peut le rendre attachant sous ses allures un peu froides.
On observera que c'est traité un peu à l'ancienne et non façon western spaghetti. On retourne aux fondamentaux du genre. Cela peut faire du bien. Après tout, c'est un récit qui est maîtrisé de bout en bout avec un shérif assez charismatique.
La lecture a été un plaisir et c'est sans doute grâce au graphisme également. Les amateurs de western apprécieront sans nul doute.
L'ouvrage commence par cette mise au point : « L’esprit du 11 janvier est mort. Sa vie posthume peut commencer ». Serge Lehman, auteur de SF et critique au Monde des livres, entend ainsi clairement dissocier sa propre vision des choses du panégyrique élyséen prononcé par un François Hollande plus doué on le sait pour les discours que pour l’action. Voilà en tout cas un petit livre qui ne paye pas de mine (noir et blanc, petit format) mais qui a tout d’un grand ! Malgré les apparences, il ne s’agit pas d’un essai, mais d’une « enquête mythologique » comme indiqué dans le sous-titre.
L’esprit est un concept d’origine religieuse, que François Mitterrand avait su utiliser en son temps en invoquant ces fameuses « forces de l’esprit ». Mais dans une république laïque, qui peut concevoir ce terme autrement que comme une métaphore poétique ? Serge Lehman décide ainsi, non sans une certaine audace, d’étudier la question par l’autre bout de la lorgnette, en prenant au mot la traduction anglaise d’un papier de BHL, « The Miracle of January 11 » (« Ce prodigieux 11 janvier »). A partir de là, il va, à la manière d’un enquêteur, procéder à l’énumération des faits, établir des liens, citer les protagonistes et les victimes, qui selon lui ont contribué à désamorcer les tensions qui auraient pu mettre à mal l’unité du pays. Bien au contraire, on l’a vu, celle-ci s’est manifestée à la fois dignement et vigoureusement lors de la grande marche succédant aux attentats. L’auteur rappelle également plusieurs coïncidences étonnantes. Par exemple, la sortie, le jour même de l’attentat contre Charlie, du roman de Michel Houellebecq, « Soumission », où il est question d’un musulman élu président dans la France de 2022, alors que l’écrivain devait faire la une du journal satirique... Ou encore ce pigeon qui déféqua sur la veste du Président en train d’étreindre Patrick Pelloux, provoquant le fou-rire de Luz qui imaginait à coup sûr une « blague des copains aux cieux », vraisemblablement inconscient du fait que la colombe, oiseau de la même famille, symbolisait l’esprit…
Certains pourront toujours parler de divagations, mais Lehman sait qu’il marche sur des œufs et se fait fort de préciser : « Si le hasard gouverne le monde, il est inutile de scruter les coïncidences. Elles n’ont rien à nous apprendre et ne sont au mieux que des anecdotes pour les journaux télé. Mais si au contraire, un Esprit s’y manifeste, alors il est difficile de ne pas voir que la première donne le mode d’emploi de toutes les autres. C’est même sans doute sa raison d’être. »
Quant au dessin sobre et réaliste de Gess, co-auteur de la série polar-sf Carmen Mc Callum, il accompagne les textes en alternant archives journalistiques et séquences de l’auteur en train de préparer son livre, non sans une certaine poésie aidant à prendre de la hauteur.
En tout cas, c’est passionnant et Lehman se tire fort bien de cet exercice pour le moins casse-gueule. Il n’affirme rien, ne prétend pas imposer sa théorie et laisse au lecteur le soin de tirer ses propres conclusions. Il ne fait qu’ouvrir le champ des interprétations, défait en moins de cent pages nos œillères cartésiennes, transcendant de superbe façon une horrible tragédie qui avait répandu un voile noir sur le pays. Un véritable bol d’air face à un événement plombant. Du coup, on se prend à espérer une suite à cette enquête en forme de rêverie métaphysique. Il serait en effet intéressant de voir comment Lehman a perçu les massacres de novembre.
Tiens, une nouvelle saison de la collection 7. Comme je trouve la plupart des albums de la saison 2 sans grand intérêt, je ne suis pas impatient de lire ses albums.
En tout cas, le premier album de cette nouvelle saison est très bon C'est une vision satirique du conte de Blanche-Neige et les sept nains. C'est une bonne idée car un des problèmes avec plusieurs albums de cette collection c'est qu'on prend trop de temps pour présenter 7 personnages alors qu'ici on connaît déjà les personnages du conte.
C'est avec un certain plaisir que j'ai suivi cette histoire qui reprend la trame générale du conte, mais qui fait plusieurs changements ce qui a fait en sorte que je fus souvent surpris par les événements. Les personnages ont des personnalités différentes et c'est savoureux de les voir évoluer. Le dessin est très bien fait aussi. C'est un bon one shot et probablement mon album préféré de Lupano.
3,5
Décidément, je devrais lire davantage la production de Nob car jusqu'à présent j'ai bien aimé ce que j'ai lu de lui. J'avais un peu peur que le sujet d'un père qui élève seul ses filles soit traité avec des clichés (du genre il sait pas c'est quoi un tampon) et je fus agréablement surpris.
Les personnages n'ont pas des personnalités originales, mais ils sont terriblement attachants. Les gags m'ont souvent bien fait rire et j'aime bien l'atmosphère qui se dégage de cette bande dessinée. Je la trouve agréable et j'ai passé un bon moment à lire la vie quotidienne de cette petite famille. Le dessin est vraiment agréable a l'oeil. J'ai hate de lire la suite.
J'ai découvert cette BD quand j'étais petite, et j'attends la sortie de chaque nouveau tome avec impatience depuis. En tant que fan de dinos, j'apprécie l'environnement dans lequel évoluent les personnages et les personnages eux-mêmes. Ils sont drôles, attachants, absurdes. Certains gags sont moins bons que d'autres (les derniers tomes sont peut-être un petit peu en dessous des précédents) mais dans l'ensemble de la série, il y en a beaucoup plus de bons que de moins bons. Les décors sont travaillés et les auteurs jonglent habilement entre préhistoire et clins d'oeil au monde actuel. Nab se lit tout seul, d'une traite, parce qu'on passe un bon moment et qu'on n'a pas envie de poser l'album avant de l'avoir fini.
tome 1 : Mémoires d’outre-monde
Une très belle surprise que cette nouvelle série rendant hommage à Narcisse Pelletier, ce jeune mousse au destin très particulier, celui d’avoir vécu, après avoir été laissé pour mort suite à un naufrage, dix-sept ans chez les Aborigènes d’Australie, « chez les sauvages » comme on le disait encore « innocemment » à cette époque…
Côté graphisme, le lecteur peut se dire gâté. Réaliste, le dessin laisse délibérément subsister les traces de crayonné, conférant un supplément d’âme aux personnages et aux objets, à la manière des mystérieux tatouages tribaux du personnage principal. Le traitement de la couleur est superbe, avec un océan aux magnifiques tons bleus turquoise qui donnent envie d’y plonger (avec un équipement tout de même…), sensation renforcée par la puissance émanant du majestueux trois-mâts Saint-Paul, qui apparaît tel une invitation au voyage. Car en effet, le pouvoir de cet album est tellement immersif qu’il est conseillé d’avoir le pied marin pour l’aborder – les planches sont trop belles pour vomir dessus !
Auteur complet, Chanouga a également rédigé les dialogues et le scénario, instillant suffisamment de mystère pour le rendre captivant. Le talisman offert par un vieux loup de mer à Narcisse, alors qu’il était enfant, fut-il décisif dans sa détermination à prendre la mer ? Ce dernier a-t-il vraiment eu ces visions étonnantes telles qu’elles sont décrites ici ? Peu importe la part de vérité, tout paraît plausible et on saura bien patienter jusqu’à la sortie du deuxième tome pour voguer de nouveau vers les promesses de cet outre-monde où dépaysement rime avec merveilleux…
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tome 2 : Terra Nullius
Si le premier tome avait plutôt été une bonne surprise, on attendait du deuxième qu’il transforme l’essai… Qu’en est-il ? Côté graphisme, la qualité est toujours au rendez-vous. Chanouga est à l’évidence un dessinateur de talent à suivre, habile en tout cas dans la représentation des grands espaces. Celui-ci maîtrise également très bien l’aquarelle et les effets de lumière. Il suffit d’admirer ces couchers de soleil et ces ciels nuageux à travers lesquels le soleil tente de percer, ou bien encore cette vue en contre-plongée d’une tortue glissant sous l’eau.
Là où on pourrait rester sur sa faim, c’est au niveau du scénario qui demeure sans réelle surprise une fois qu’on a connaissance des grandes lignes. Chanouga se contente de raconter l’histoire de ce jeune homme avec application, et on peut dire qu’il le fait bien. Mais il ne faut pas s’attendre à des envolées lyriques exceptionnelles, le tout étant mené de façon très sage, bien trop sage, même lors de la scène de l’initiation chamanique qui comporte néanmoins quelques petites trouvailles graphiques et dans la mise en page. Cependant, on n’y trouvera rien qui puisse faire rentrer le lecteur en transe… Du coup, l’émotion semble en retrait là elle aurait dû se faire jour.
Que nous réservera le troisième et dernier tome à venir ? En principe, il sera consacré au retour de Narcisse vers la métropole. Après ce « Terra Nullius », qui semble ne pas avoir réussi pleinement son « accostage », espérons que le prochain épisode arrivera à bon port pour le chemin du retour, avec, pourquoi pas, une fin un peu plus marquante que ne l’a été l’ensemble jusque là.
Le propos de cet album, soutenu par Amnesty International, est édifiant.
La situation des femmes en Egypte est pire que jamais malgré les récentes « révolutions », et les malheurs de Layla, « héroïne » de cette histoire, sont vraiment affligeants. Rarement une telle négligence envers les femmes au niveau national aura été documentée en bande-dessinée, et le sentiment qui ressort de la lecture est la colère… la colère, et l’incompréhension. Comment une telle situation est-elle possible en 2016 ? Les faits font réfléchir, tout n’est pas parfait dans nos pays occidentaux, mais comparé à ce tiers-monde de la condition féminine, on mesure quand même le chemin parcouru.
La mise en image est magnifique, même si je trouve dommage que les passages « didactiques » présentant les faits historiques n’aient pas été intégrés plus subtilement à l’histoire.
Un album indispensable, ne serait-ce que pour son contenu documenté.
Je viens de finir de lire Roger et ses humains, et c'est une agréable surprise. Ce n'est pourtant pas vraiment le genre de bd que j'ai l'habitude de lire, mais le format gags en 3 cases s'avère efficace.
Derrière ces petits gags pas forcément tous marrants, il y a une histoire qui évolue, avec un univers cohérent. On suit principalement un couple et Roger, ce petit robot aussi rigolo que psychopathe, à travers différents sujets tels que la vie de couple, les sorties, l'école, ... tout cela baigné dans une ambiance assez geek !
Les dessins de Paka sont assez simplistes et bien colorés, ce qui va bien avec ce genre de bd je trouve.
J'attendrai donc impatiemment la suite des aventures de Roger (et de ses humains bien entendu !)
Je vous conseille l'achat de cette bd, sauf si vous êtes allergiques à l'univers un peu "geek".
« Cumbe » est un recueil d’histoires sur le thème de l’esclavage au Brésil.
L’auteur s’est clairement documenté, mais les faits historiques se cantonnent aux notes en fin d’ouvrage, et n’alourdissent pas l’histoire même. Cette dernière nous est contée du point de vue des esclaves, et est à ce titre très humaine. On y découvre leurs conditions de vie, leurs déboires quotidiens, leurs amours, leurs chagrins…
La narration est très contemplative, les mots se font discrets et laissent place aux images. Le dessin est magnifique. Le trait retranscrit parfaitement les émotions des personnages, et dégage une poésie qui se marie parfaitement au propos.
Un album à la thématique sérieuse, mais qui n’assomme pas le lecteur, et choisit une approche légère et poétique, sans toutefois oublier de nous rappeler les horreurs de l’esclavage. Une réussite !
Le duo Trillo/Risso était bien connu et parfaitement rodé. Cette série est aussi (malheureusement) leur dernière collaboration suite au décès de Trillo peu avant la sortie du quatrième opus.
Avec Point de rupture, le tandem signe une œuvre forte ancrée dans un monde post-apocalyptique. A la différence de bon nombre de séries du genre, celle-ci se focalise uniquement sur les personnages. Chaque opus fait plus ou moins 150 pages avec un chapitrage serré (10 pages environ/séquence). Cela permet par exemple une lecture aisée le soir avant de dormir. Les protagonistes sont multiples et leurs interactions nombreuses. Cela n’a étonnamment pas de conséquences sur la facilité d’aborder l’histoire. Le lecteur prend aisément ses marques. Si Lisa peut être considérée comme le personnage central du récit, il n'y a pas pour autant de héros intouchable. Aucun protagoniste n’est indispensable au bon déroulement du récit (pas même Lisa).
L'histoire n’est pas continue, même si elle suit un fil conducteur et que la trame de fond est solide. Chaque chapitre est l’occasion de se focaliser sur une mission qui vient en dévoiler davantage sur cette terre dévastée et les gens qui la peuplent. J’apprécie particulièrement le soin apporté par Trillo à la psychologie de ses personnages. Il a l'intelligence d'éviter l'écueil d'un monde caricatural et dichotome. C'est l'occasion pour lui aussi d'aborder des sujets qui lui sont chers comme la lutte entre gangs et le vol d'organes.
Côté dessin, Risso sublime le noir et blanc avec une maîtrise sans faille de son sujet. Du travail d'exception, un plaisir sans cesse renouvelé pour les yeux, page après page.
Une série injustement méconnue qui vaut largement le détour.
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Sykes
Cette bd fait l'objet de toutes les louanges des critiques diverses. C'est sans doute bien mérité au vu de ce scénario et ce dessin à la hauteur. On ne connaissait pas Pierre Dubois sur ce registre et il étonne forcément. Les plus anciens me diront qu'il a tout de même réalisé Puckwoodgenies à savoir la seconde partie de sa série Les Lutins. Bref, il faut plutôt parler d'un retour au western. Le western est un genre qui revient dans la bande dessinée. Le scénario est plutôt classique et semble jouer sur différents niveaux de lecture dont une purement psychologique. Il faut dire que le héros traîne une lourde blessure de son passé ce qui peut le rendre attachant sous ses allures un peu froides. On observera que c'est traité un peu à l'ancienne et non façon western spaghetti. On retourne aux fondamentaux du genre. Cela peut faire du bien. Après tout, c'est un récit qui est maîtrisé de bout en bout avec un shérif assez charismatique. La lecture a été un plaisir et c'est sans doute grâce au graphisme également. Les amateurs de western apprécieront sans nul doute.
L'Esprit du 11 janvier
L'ouvrage commence par cette mise au point : « L’esprit du 11 janvier est mort. Sa vie posthume peut commencer ». Serge Lehman, auteur de SF et critique au Monde des livres, entend ainsi clairement dissocier sa propre vision des choses du panégyrique élyséen prononcé par un François Hollande plus doué on le sait pour les discours que pour l’action. Voilà en tout cas un petit livre qui ne paye pas de mine (noir et blanc, petit format) mais qui a tout d’un grand ! Malgré les apparences, il ne s’agit pas d’un essai, mais d’une « enquête mythologique » comme indiqué dans le sous-titre. L’esprit est un concept d’origine religieuse, que François Mitterrand avait su utiliser en son temps en invoquant ces fameuses « forces de l’esprit ». Mais dans une république laïque, qui peut concevoir ce terme autrement que comme une métaphore poétique ? Serge Lehman décide ainsi, non sans une certaine audace, d’étudier la question par l’autre bout de la lorgnette, en prenant au mot la traduction anglaise d’un papier de BHL, « The Miracle of January 11 » (« Ce prodigieux 11 janvier »). A partir de là, il va, à la manière d’un enquêteur, procéder à l’énumération des faits, établir des liens, citer les protagonistes et les victimes, qui selon lui ont contribué à désamorcer les tensions qui auraient pu mettre à mal l’unité du pays. Bien au contraire, on l’a vu, celle-ci s’est manifestée à la fois dignement et vigoureusement lors de la grande marche succédant aux attentats. L’auteur rappelle également plusieurs coïncidences étonnantes. Par exemple, la sortie, le jour même de l’attentat contre Charlie, du roman de Michel Houellebecq, « Soumission », où il est question d’un musulman élu président dans la France de 2022, alors que l’écrivain devait faire la une du journal satirique... Ou encore ce pigeon qui déféqua sur la veste du Président en train d’étreindre Patrick Pelloux, provoquant le fou-rire de Luz qui imaginait à coup sûr une « blague des copains aux cieux », vraisemblablement inconscient du fait que la colombe, oiseau de la même famille, symbolisait l’esprit… Certains pourront toujours parler de divagations, mais Lehman sait qu’il marche sur des œufs et se fait fort de préciser : « Si le hasard gouverne le monde, il est inutile de scruter les coïncidences. Elles n’ont rien à nous apprendre et ne sont au mieux que des anecdotes pour les journaux télé. Mais si au contraire, un Esprit s’y manifeste, alors il est difficile de ne pas voir que la première donne le mode d’emploi de toutes les autres. C’est même sans doute sa raison d’être. » Quant au dessin sobre et réaliste de Gess, co-auteur de la série polar-sf Carmen Mc Callum, il accompagne les textes en alternant archives journalistiques et séquences de l’auteur en train de préparer son livre, non sans une certaine poésie aidant à prendre de la hauteur. En tout cas, c’est passionnant et Lehman se tire fort bien de cet exercice pour le moins casse-gueule. Il n’affirme rien, ne prétend pas imposer sa théorie et laisse au lecteur le soin de tirer ses propres conclusions. Il ne fait qu’ouvrir le champ des interprétations, défait en moins de cent pages nos œillères cartésiennes, transcendant de superbe façon une horrible tragédie qui avait répandu un voile noir sur le pays. Un véritable bol d’air face à un événement plombant. Du coup, on se prend à espérer une suite à cette enquête en forme de rêverie métaphysique. Il serait en effet intéressant de voir comment Lehman a perçu les massacres de novembre.
Sept Nains
Tiens, une nouvelle saison de la collection 7. Comme je trouve la plupart des albums de la saison 2 sans grand intérêt, je ne suis pas impatient de lire ses albums. En tout cas, le premier album de cette nouvelle saison est très bon C'est une vision satirique du conte de Blanche-Neige et les sept nains. C'est une bonne idée car un des problèmes avec plusieurs albums de cette collection c'est qu'on prend trop de temps pour présenter 7 personnages alors qu'ici on connaît déjà les personnages du conte. C'est avec un certain plaisir que j'ai suivi cette histoire qui reprend la trame générale du conte, mais qui fait plusieurs changements ce qui a fait en sorte que je fus souvent surpris par les événements. Les personnages ont des personnalités différentes et c'est savoureux de les voir évoluer. Le dessin est très bien fait aussi. C'est un bon one shot et probablement mon album préféré de Lupano.
Dad
3,5 Décidément, je devrais lire davantage la production de Nob car jusqu'à présent j'ai bien aimé ce que j'ai lu de lui. J'avais un peu peur que le sujet d'un père qui élève seul ses filles soit traité avec des clichés (du genre il sait pas c'est quoi un tampon) et je fus agréablement surpris. Les personnages n'ont pas des personnalités originales, mais ils sont terriblement attachants. Les gags m'ont souvent bien fait rire et j'aime bien l'atmosphère qui se dégage de cette bande dessinée. Je la trouve agréable et j'ai passé un bon moment à lire la vie quotidienne de cette petite famille. Le dessin est vraiment agréable a l'oeil. J'ai hate de lire la suite.
Nabuchodinosaure
J'ai découvert cette BD quand j'étais petite, et j'attends la sortie de chaque nouveau tome avec impatience depuis. En tant que fan de dinos, j'apprécie l'environnement dans lequel évoluent les personnages et les personnages eux-mêmes. Ils sont drôles, attachants, absurdes. Certains gags sont moins bons que d'autres (les derniers tomes sont peut-être un petit peu en dessous des précédents) mais dans l'ensemble de la série, il y en a beaucoup plus de bons que de moins bons. Les décors sont travaillés et les auteurs jonglent habilement entre préhistoire et clins d'oeil au monde actuel. Nab se lit tout seul, d'une traite, parce qu'on passe un bon moment et qu'on n'a pas envie de poser l'album avant de l'avoir fini.
Narcisse
tome 1 : Mémoires d’outre-monde
Une très belle surprise que cette nouvelle série rendant hommage à Narcisse Pelletier, ce jeune mousse au destin très particulier, celui d’avoir vécu, après avoir été laissé pour mort suite à un naufrage, dix-sept ans chez les Aborigènes d’Australie, « chez les sauvages » comme on le disait encore « innocemment » à cette époque…
Côté graphisme, le lecteur peut se dire gâté. Réaliste, le dessin laisse délibérément subsister les traces de crayonné, conférant un supplément d’âme aux personnages et aux objets, à la manière des mystérieux tatouages tribaux du personnage principal. Le traitement de la couleur est superbe, avec un océan aux magnifiques tons bleus turquoise qui donnent envie d’y plonger (avec un équipement tout de même…), sensation renforcée par la puissance émanant du majestueux trois-mâts Saint-Paul, qui apparaît tel une invitation au voyage. Car en effet, le pouvoir de cet album est tellement immersif qu’il est conseillé d’avoir le pied marin pour l’aborder – les planches sont trop belles pour vomir dessus !
Auteur complet, Chanouga a également rédigé les dialogues et le scénario, instillant suffisamment de mystère pour le rendre captivant. Le talisman offert par un vieux loup de mer à Narcisse, alors qu’il était enfant, fut-il décisif dans sa détermination à prendre la mer ? Ce dernier a-t-il vraiment eu ces visions étonnantes telles qu’elles sont décrites ici ? Peu importe la part de vérité, tout paraît plausible et on saura bien patienter jusqu’à la sortie du deuxième tome pour voguer de nouveau vers les promesses de cet outre-monde où dépaysement rime avec merveilleux…
----------------------------------------
tome 2 : Terra Nullius
Si le premier tome avait plutôt été une bonne surprise, on attendait du deuxième qu’il transforme l’essai… Qu’en est-il ? Côté graphisme, la qualité est toujours au rendez-vous. Chanouga est à l’évidence un dessinateur de talent à suivre, habile en tout cas dans la représentation des grands espaces. Celui-ci maîtrise également très bien l’aquarelle et les effets de lumière. Il suffit d’admirer ces couchers de soleil et ces ciels nuageux à travers lesquels le soleil tente de percer, ou bien encore cette vue en contre-plongée d’une tortue glissant sous l’eau.
Là où on pourrait rester sur sa faim, c’est au niveau du scénario qui demeure sans réelle surprise une fois qu’on a connaissance des grandes lignes. Chanouga se contente de raconter l’histoire de ce jeune homme avec application, et on peut dire qu’il le fait bien. Mais il ne faut pas s’attendre à des envolées lyriques exceptionnelles, le tout étant mené de façon très sage, bien trop sage, même lors de la scène de l’initiation chamanique qui comporte néanmoins quelques petites trouvailles graphiques et dans la mise en page. Cependant, on n’y trouvera rien qui puisse faire rentrer le lecteur en transe… Du coup, l’émotion semble en retrait là elle aurait dû se faire jour.
Que nous réservera le troisième et dernier tome à venir ? En principe, il sera consacré au retour de Narcisse vers la métropole. Après ce « Terra Nullius », qui semble ne pas avoir réussi pleinement son « accostage », espérons que le prochain épisode arrivera à bon port pour le chemin du retour, avec, pourquoi pas, une fin un peu plus marquante que ne l’a été l’ensemble jusque là.
Doigts d'honneur
Le propos de cet album, soutenu par Amnesty International, est édifiant. La situation des femmes en Egypte est pire que jamais malgré les récentes « révolutions », et les malheurs de Layla, « héroïne » de cette histoire, sont vraiment affligeants. Rarement une telle négligence envers les femmes au niveau national aura été documentée en bande-dessinée, et le sentiment qui ressort de la lecture est la colère… la colère, et l’incompréhension. Comment une telle situation est-elle possible en 2016 ? Les faits font réfléchir, tout n’est pas parfait dans nos pays occidentaux, mais comparé à ce tiers-monde de la condition féminine, on mesure quand même le chemin parcouru. La mise en image est magnifique, même si je trouve dommage que les passages « didactiques » présentant les faits historiques n’aient pas été intégrés plus subtilement à l’histoire. Un album indispensable, ne serait-ce que pour son contenu documenté.
Roger et ses humains
Je viens de finir de lire Roger et ses humains, et c'est une agréable surprise. Ce n'est pourtant pas vraiment le genre de bd que j'ai l'habitude de lire, mais le format gags en 3 cases s'avère efficace. Derrière ces petits gags pas forcément tous marrants, il y a une histoire qui évolue, avec un univers cohérent. On suit principalement un couple et Roger, ce petit robot aussi rigolo que psychopathe, à travers différents sujets tels que la vie de couple, les sorties, l'école, ... tout cela baigné dans une ambiance assez geek ! Les dessins de Paka sont assez simplistes et bien colorés, ce qui va bien avec ce genre de bd je trouve. J'attendrai donc impatiemment la suite des aventures de Roger (et de ses humains bien entendu !) Je vous conseille l'achat de cette bd, sauf si vous êtes allergiques à l'univers un peu "geek".
Cumbe
« Cumbe » est un recueil d’histoires sur le thème de l’esclavage au Brésil. L’auteur s’est clairement documenté, mais les faits historiques se cantonnent aux notes en fin d’ouvrage, et n’alourdissent pas l’histoire même. Cette dernière nous est contée du point de vue des esclaves, et est à ce titre très humaine. On y découvre leurs conditions de vie, leurs déboires quotidiens, leurs amours, leurs chagrins… La narration est très contemplative, les mots se font discrets et laissent place aux images. Le dessin est magnifique. Le trait retranscrit parfaitement les émotions des personnages, et dégage une poésie qui se marie parfaitement au propos. Un album à la thématique sérieuse, mais qui n’assomme pas le lecteur, et choisit une approche légère et poétique, sans toutefois oublier de nous rappeler les horreurs de l’esclavage. Une réussite !
Point de Rupture
Le duo Trillo/Risso était bien connu et parfaitement rodé. Cette série est aussi (malheureusement) leur dernière collaboration suite au décès de Trillo peu avant la sortie du quatrième opus. Avec Point de rupture, le tandem signe une œuvre forte ancrée dans un monde post-apocalyptique. A la différence de bon nombre de séries du genre, celle-ci se focalise uniquement sur les personnages. Chaque opus fait plus ou moins 150 pages avec un chapitrage serré (10 pages environ/séquence). Cela permet par exemple une lecture aisée le soir avant de dormir. Les protagonistes sont multiples et leurs interactions nombreuses. Cela n’a étonnamment pas de conséquences sur la facilité d’aborder l’histoire. Le lecteur prend aisément ses marques. Si Lisa peut être considérée comme le personnage central du récit, il n'y a pas pour autant de héros intouchable. Aucun protagoniste n’est indispensable au bon déroulement du récit (pas même Lisa). L'histoire n’est pas continue, même si elle suit un fil conducteur et que la trame de fond est solide. Chaque chapitre est l’occasion de se focaliser sur une mission qui vient en dévoiler davantage sur cette terre dévastée et les gens qui la peuplent. J’apprécie particulièrement le soin apporté par Trillo à la psychologie de ses personnages. Il a l'intelligence d'éviter l'écueil d'un monde caricatural et dichotome. C'est l'occasion pour lui aussi d'aborder des sujets qui lui sont chers comme la lutte entre gangs et le vol d'organes. Côté dessin, Risso sublime le noir et blanc avec une maîtrise sans faille de son sujet. Du travail d'exception, un plaisir sans cesse renouvelé pour les yeux, page après page. Une série injustement méconnue qui vaut largement le détour.