Malmö Rodriguez, apprenti écrivain de 23 ans, se rend dans un trou perdu pour vendre à un collectionneur tordu deux chats ayant appartenu à son oncle. Ce dernier était mort seul dans sa maison et son cadavre ne fut découvert que plusieurs jours plus tard, grignoté par ses adorables félins. Par un concours de circonstances et par le peu de perspectives d'avenir que la vie a à lui offrir par ailleurs, Malmö reste dans les environs du collectionneur et entame une relation avec la tenancière du motel du village où il commence à travailler. Parallèlement, il se lie d'amitié avec le collectionneur et entreprend de faire l'inventaire de sa collection d'objets morbides ayant appartenu à des serial killers et autres détraqués. Il découvre vite que les autochtones ne tiennent pas l'homme en haute estime car il a racheté une maison où a eu lieu un massacre, le clou de sa collection.
Ne vous laissez pas tromper par le trait rondouillard et les couleurs douces d'Alvaro Ortiz, Muderabilia est un album féroce, qu'il est difficile de lâcher une fois entamé. Exploitant le goût du morbide tapi en chacun de nous, il nous explique jusqu'où peut mener cette fascination. Un album vénéneux.
J'aime bien cette série, car elle mélange humour, action et romantisme, sans trop en rajouter. Les dessins ne sont pas trop exagérés (les filles n'ont pas de poitrines démesurées), l’héroïne est un garçon manqué loin des clichés bimbos, même si on reste sur les mécanismes du manga : gags, expressions exagérées, points de vue internes etc.
J'avais commencé la série en français, mais je l'ai continué en anglais à partir du tome 5. Pour moi, les dialogues sonnent mieux, alors c'est possible que pour certains lecteurs, la version française semble un peu niaise, personnellement je trouve que ça reste agréable à lire.
A conseiller pour les amateurs de shoujo/josei.
Avec ce premier volume (qui se lit comme un one shot) Les beaux étés : Cap au Sud , Zidrou nous livre une très belle chronique de 1973, qui, pour ma part, m'a touché. En effet, je me suis reconnu dans cette famille. Un grand nombre d'éléments me sont familiers dans cette histoire : la voiture (moi, c'était une 2cv orange qui nous amenait mes sœurs, mes parents et moi vers le sud), les pique-niques en pleine nature et le camping...
Bref cet album rappelle l’insouciance des années 70, pourtant ici gâchées par le travail du père (cela rappelle la situation de certains dessinateurs) et la maladie de la tante.
Cette chronique douce-amère est très plaisante à lire.
Le dessin de Jordi Lafebre (je découvre son travail avec cette bd) colle parfaitement avec le scénario de Zidrou, auteur très prolifique sur 2015, qui signe là, avec Le Crime qui est le tien, un de ses meilleurs titres de l'année.
Je serai sans nul doute au rendez-vous pour le prochain volume de cette série: "1969 : la calanque".
Je n'ai pas su comment aborder cet album. Mais sans a priori, c'est sûr.
c'est d'ailleurs l'idée qu'a eue Philippe Descola, ethnologue considéré comme le successeur de Lévi-Strauss, quand il est allé voir plusieurs groupes d'Indiens d'Amazonie à la fin des années 70. Lentement, il s'est intégré à leur mode de vie, a appris leur langage, leur façon de se comporter... Et en a tiré un livre-référence, Les Lances du crépuscule. C'est sur ses traces que s'est lancé Alessandro Pignocchi, lui-même ethnologue, mais aussi illustrateur de talent. Cet album est un mix de leurs deux témoignages, proposant un récit à deux voix, qui laisse une large part à l'écoute, au dialogue, à la contemplation. Et rectifie au passage quelques idées reçues sur les Indiens appartenant au groupe des Jivaros.
J'ai eu un peu de mal à rentrer dans le livre. D'abord à cause de ces sautes d'une époque à l'autre, même si les Indiens rencontrés par Pignocchi ont beaucoup changé par rapport à 35 ans plus tôt. Mais aussi parce que le graphisme me semblait hésitant.
Et puis au tiers du bouquin, Pignocchi a trouvé un rythme de croisière, les récits sont devenus plus fluides, mieux articulés, tandis que son dessin s'est stabilisé, démontrant une admiration sans bornes pour la nature amazonienne. Je suis resté scotché sur certaines pages, à la poésie et au anturalisme indéniables.
Une belle découverte, qui m'a donné envie de me procurer le bouquin de Descola.
Avis sur "Le Croque-mort, le clochard et l'assassin" :
Derrière un titre à rallonge à la Sergio Leone (titre mal choisi à mon avis) se cache une bande dessinée assez atypique. Je m'attendais plus en effet à un western alors que le lecteur est plongé dans une enquête policière ayant pour cadre tout de même les codes que l'on retrouve dans un western.
Tout y est : le saloon, les prostituées, le shérif buté, jusqu'au croque-mort (personnage bien à la mode en bande dessinée depuis un moment avec Undertaker édité aussi 2015), en passant par le copain alcoolique si cher aux films de John Ford. Par contre ici, pas de grands espaces à l'horizon, non mais tout simplement le huis clos d'une ville avec son cimetière, sa prison, son saloon.
Cette intrigue, très bien illustrée, ne manque pas de rebondissements. Comme certains l'ont écrit ici ou là, j'ai été un peu gêné par le côté contemporain de la veste de "Pretty boy" qui tranche avec l'aspect sobre et classique des autres personnages, mais ce n'est qu'un détail.
Ce one shot est vraiment d'une très grande qualité et a le mérite de renouveler le genre, avec Undertaker et Sykes, parus la même année.
Si sa série phare, Mafalda ne m’a jamais vraiment intéressé, j’avoue être totalement conquis par les albums de gags ou d’histoires courtes de Quino. Je les ai presque tous lus, et je n’ai jamais été déçu : le niveau de l’ensemble est très homogène, et plein de qualités.
En effet, Quino arrive quasiment à chaque fois, avec un minimum de moyens, un dessin très simple et avare de décors à nous faire saisir la quintessence d’un gag. Et ce que ce soit avec un simple dessin ou avec une courte histoire d’une dizaine de dessins (le gaufrier classique est ici inopérant).
C’est généralement muet (et les très rares fois où pointent des dialogues, je ne suis pas forcément convaincu). Il y a du Sempé chez Quino, dans le trait, souvent. Mais aussi dans la manière désuète, discrète, de croquer l’air du temps, une poésie qui sait être mordante.
Mais Quino, en plus de nous faire sourire – toujours ! – voire rire (ce n’est pas un auteur qui déclenche l’hilarité, ce n’est pas de l’humour gras), en utilisant toutes les nuances de l’humour (souvent teinté chez lui de Noir, d’absurde), nous donne aussi à réfléchir.
Comme l’indique le titre de cet album, la majorité des gags ont pour arrière-plan les rapports de domination, les rapports tarifés, et c’est certains travers (l’appât du gain, la soif de réussite, les inégalités sociales), qu’il caricature et dénonce ici. Du rire intelligent donc.
Album à découvrir, au-delà de Mafalda, qui cache peut-être la meilleure face d’un grand auteur.
Au cours de l'été 67, la vie d'Antoine, 15 ans, va passer de l’insouciance à l'inexplicable. Qui est vraiment son père? Et qui est le père d'Erik, son adversaire de tennis devenu son ami? Quelles vérités se cachent derrière l'étrange comportement de leurs paternels? Pourquoi l'un a-t-il tenté d'agresser l'autre et pourquoi en est-il mort?
L'été Diabolik est un bel objet qui marie avec classe la culture populaire (le fumetti), le design, le psychédélisme, le roman d'initiation et le récit d'espionnage sur fond de guerre froide. De l'album se dégage un charme suranné assumé par ses auteurs qui livrent un roman graphique à l'intrigue aussi retorse que solide.
Jérôme Le Gris doit être un grand amateur du film Les Duellistes réalisé par Ridley Scott. C’est la seconde BD écrite par ce scénariste passé par le cinéma mettant en scène des histoires de duellistes après l’excellent Horacio d'Alba que je recommande. Entre ses deux scénarii celui de Malicorne est le plus proche du film de Scott qui se déroule durant les guerres napoléoniennes et que Malicorne commence juste après la chute du Premier Empire.
À la mention du nom du dessinateur j’ai tout de suite su que j’allais être emballé. Thimothée Montaigne est du même moule qu’un Alex Alice, que dire, c’est pour cela que je lis de la bande-dessinée, c’est tout ce que j’aime. On remarque que Jérôme Le Gris en bon cinéaste sait choisir ses dessinateurs puisque sur Horacio d’Alba c’est Nicolas Siner aux pinceaux, et lui aussi est dans la mouvance Alex Alice. Un dessin semi-réaliste d’une grande finesse, une mise en scène et des cadrages qui font très cinématographiques, un encrage plus prononcé ici qu’à l’habitude mais qui reste dans ma zone de confort, comme le dit Montaigne dans la préface, Sébastien Bouet a dû un peu galérer sur les couleurs, mais je trouve qu’il s’en sort très bien.
Concernant le scénario, cela démarrait plutôt sur une bonne base. La trame assez classique de l’antihéros qui broie du noir à cause de son passé de boucher durant les guerres napoléoniennes et qui se recycle comme porte-flingue, comblant le vide dans sa vie sans avenir en alcool et putes. Un dernier contrat juteux lui est proposé, de quoi refaire sa vie n’importe où ailleurs, et qu’il accepte. Par la suite je trouve cela dommage que les scénaristes abandonnent tout le côté duelliste qui fait la sève de ce récit pour se tourner vers la mission d’infiltration qui ne m’a pas vraiment convaincue pour le moment. J’attends de lire la suite pour en tirer un avis définitif mais les scènes s’enchaînent tellement vite que j’ai eu l’impression que Le Gris en oubliait son personnage éponyme dont la psychologie bancale demeure insaisissable et qu’on en restait donc aux premières apparences.
Mais c’est une série intéressante pour ceux qui ont lu et apprécié Horacio d’Alba car il y a un inversement des valeurs et de la morale entre ces deux séries alors qu’elles parlent toutes deux de duellistes. Dans Horacio, les hommes se battent dans l’honneur, ils croient en ce qu’ils font et sont prêts à aller jusqu’au sacrifice de leur personne, tandis que Malicorne est davantage dans le genre pourriture complètement paumé dans sa tête et qui n’entend que le son de l’argent comme cause à défendre. Les plus attentifs remarqueront des clins d’œil plus ou moins volontaires de Le Gris à son autre série avec le comte qui se nomme « Horace », des références à la renaissance italienne avec le larbin qui s’appelle Machiavel…
Voilà, conquis au niveau du dessin, j’attendais peut être autre chose au niveau du scénario dont je crains les retournements peut être prévisibles dans le tome conclusif. Cependant on peut aussi très bien considérer cette série comme un simple bon divertissement sans prise de tête.
Le western est revenu en force en 2015: du diptyque Undertaker à Stern (que je suis en train de lire) en passant par "Sykes", écrit par Pierre Dubois, auteur plus habitué aux fées et aux elfes, que je croisais souvent dans les rues de Rennes lorsque j'étais étudiant.
Mais, il faut avouer que le dessin de Dimiti Armand m'a littéralement bluffé. Il illustre avec brio ce one shot, assez violent il faut l'avouer.
Car Pierre Dubois nous livre une histoire cruelle, dure où les morts violentes sont légions. Tout les canons (sans faire de jeu de mots) du western sont certes présents mais très bien exploités sur près de 80 pages.
Il aurait pu développer un peu plus le passé de Sykes, ce héros froid et torturé, autrement qu'à travers deux planches et quelques allusions tout au long de l'album mais cela pourrait faire l'objet d'un album à lui seul ?
Le label "Signé" du Lombard renoue avec cet album ce qui a fait le succès de cette collection.
Après l'étonnant et très réussi Souvenirs de l'empire de l'atome , Thierry Smolderen & Alexandre Clérisse nous présentent ici un album encore étonnant, un véritable OVNI, avec "l’Été diabolik".
Graphiquement, le travail est superbe.
Cet album est, en outre, un très bel objet éditorial. Composé de deux parties, Thierry Smolderen relate dans la première partie la vie d'Antoine, un adolescent, pendant l'été 1967, ses vacances avec son père, ses premières expériences de toutes sortes (qui nous valent d'ailleurs des planches assez psychédéliques avec des couleurs flashies !) Cet album est rempli de références, même si je ne les ai, sans doute pas, après une première lecture, toutes saisies.
La seconde partie nous offre un éclairage nouveau sur l'ensemble des événements vécus par Antoine, et qui donne furieusement envie de relire l'ensemble de l'album pour voir si tout colle... un peu à l'image des films comme "le sixième sens" ou encore "les Autres".
Bref, un scénario très habilement construit (entre thriller et espionnage) qui réserve beaucoup de surprises.
Pour ceux qui avaient aimé leur précédente collaboration sur Souvenirs de l'empire de l'atome, ne passez pas à coté de cet album très original.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Murderabilia
Malmö Rodriguez, apprenti écrivain de 23 ans, se rend dans un trou perdu pour vendre à un collectionneur tordu deux chats ayant appartenu à son oncle. Ce dernier était mort seul dans sa maison et son cadavre ne fut découvert que plusieurs jours plus tard, grignoté par ses adorables félins. Par un concours de circonstances et par le peu de perspectives d'avenir que la vie a à lui offrir par ailleurs, Malmö reste dans les environs du collectionneur et entame une relation avec la tenancière du motel du village où il commence à travailler. Parallèlement, il se lie d'amitié avec le collectionneur et entreprend de faire l'inventaire de sa collection d'objets morbides ayant appartenu à des serial killers et autres détraqués. Il découvre vite que les autochtones ne tiennent pas l'homme en haute estime car il a racheté une maison où a eu lieu un massacre, le clou de sa collection. Ne vous laissez pas tromper par le trait rondouillard et les couleurs douces d'Alvaro Ortiz, Muderabilia est un album féroce, qu'il est difficile de lâcher une fois entamé. Exploitant le goût du morbide tapi en chacun de nous, il nous explique jusqu'où peut mener cette fascination. Un album vénéneux.
Library Wars - Love & War
J'aime bien cette série, car elle mélange humour, action et romantisme, sans trop en rajouter. Les dessins ne sont pas trop exagérés (les filles n'ont pas de poitrines démesurées), l’héroïne est un garçon manqué loin des clichés bimbos, même si on reste sur les mécanismes du manga : gags, expressions exagérées, points de vue internes etc. J'avais commencé la série en français, mais je l'ai continué en anglais à partir du tome 5. Pour moi, les dialogues sonnent mieux, alors c'est possible que pour certains lecteurs, la version française semble un peu niaise, personnellement je trouve que ça reste agréable à lire. A conseiller pour les amateurs de shoujo/josei.
Les Beaux Étés
Avec ce premier volume (qui se lit comme un one shot) Les beaux étés : Cap au Sud , Zidrou nous livre une très belle chronique de 1973, qui, pour ma part, m'a touché. En effet, je me suis reconnu dans cette famille. Un grand nombre d'éléments me sont familiers dans cette histoire : la voiture (moi, c'était une 2cv orange qui nous amenait mes sœurs, mes parents et moi vers le sud), les pique-niques en pleine nature et le camping... Bref cet album rappelle l’insouciance des années 70, pourtant ici gâchées par le travail du père (cela rappelle la situation de certains dessinateurs) et la maladie de la tante. Cette chronique douce-amère est très plaisante à lire. Le dessin de Jordi Lafebre (je découvre son travail avec cette bd) colle parfaitement avec le scénario de Zidrou, auteur très prolifique sur 2015, qui signe là, avec Le Crime qui est le tien, un de ses meilleurs titres de l'année. Je serai sans nul doute au rendez-vous pour le prochain volume de cette série: "1969 : la calanque".
Anent - Nouvelles des Indiens jivaros
Je n'ai pas su comment aborder cet album. Mais sans a priori, c'est sûr. c'est d'ailleurs l'idée qu'a eue Philippe Descola, ethnologue considéré comme le successeur de Lévi-Strauss, quand il est allé voir plusieurs groupes d'Indiens d'Amazonie à la fin des années 70. Lentement, il s'est intégré à leur mode de vie, a appris leur langage, leur façon de se comporter... Et en a tiré un livre-référence, Les Lances du crépuscule. C'est sur ses traces que s'est lancé Alessandro Pignocchi, lui-même ethnologue, mais aussi illustrateur de talent. Cet album est un mix de leurs deux témoignages, proposant un récit à deux voix, qui laisse une large part à l'écoute, au dialogue, à la contemplation. Et rectifie au passage quelques idées reçues sur les Indiens appartenant au groupe des Jivaros. J'ai eu un peu de mal à rentrer dans le livre. D'abord à cause de ces sautes d'une époque à l'autre, même si les Indiens rencontrés par Pignocchi ont beaucoup changé par rapport à 35 ans plus tôt. Mais aussi parce que le graphisme me semblait hésitant. Et puis au tiers du bouquin, Pignocchi a trouvé un rythme de croisière, les récits sont devenus plus fluides, mieux articulés, tandis que son dessin s'est stabilisé, démontrant une admiration sans bornes pour la nature amazonienne. Je suis resté scotché sur certaines pages, à la poésie et au anturalisme indéniables. Une belle découverte, qui m'a donné envie de me procurer le bouquin de Descola.
Stern
Avis sur "Le Croque-mort, le clochard et l'assassin" : Derrière un titre à rallonge à la Sergio Leone (titre mal choisi à mon avis) se cache une bande dessinée assez atypique. Je m'attendais plus en effet à un western alors que le lecteur est plongé dans une enquête policière ayant pour cadre tout de même les codes que l'on retrouve dans un western. Tout y est : le saloon, les prostituées, le shérif buté, jusqu'au croque-mort (personnage bien à la mode en bande dessinée depuis un moment avec Undertaker édité aussi 2015), en passant par le copain alcoolique si cher aux films de John Ford. Par contre ici, pas de grands espaces à l'horizon, non mais tout simplement le huis clos d'une ville avec son cimetière, sa prison, son saloon. Cette intrigue, très bien illustrée, ne manque pas de rebondissements. Comme certains l'ont écrit ici ou là, j'ai été un peu gêné par le côté contemporain de la veste de "Pretty boy" qui tranche avec l'aspect sobre et classique des autres personnages, mais ce n'est qu'un détail. Ce one shot est vraiment d'une très grande qualité et a le mérite de renouveler le genre, avec Undertaker et Sykes, parus la même année.
Ça va les affaires ?
Si sa série phare, Mafalda ne m’a jamais vraiment intéressé, j’avoue être totalement conquis par les albums de gags ou d’histoires courtes de Quino. Je les ai presque tous lus, et je n’ai jamais été déçu : le niveau de l’ensemble est très homogène, et plein de qualités. En effet, Quino arrive quasiment à chaque fois, avec un minimum de moyens, un dessin très simple et avare de décors à nous faire saisir la quintessence d’un gag. Et ce que ce soit avec un simple dessin ou avec une courte histoire d’une dizaine de dessins (le gaufrier classique est ici inopérant). C’est généralement muet (et les très rares fois où pointent des dialogues, je ne suis pas forcément convaincu). Il y a du Sempé chez Quino, dans le trait, souvent. Mais aussi dans la manière désuète, discrète, de croquer l’air du temps, une poésie qui sait être mordante. Mais Quino, en plus de nous faire sourire – toujours ! – voire rire (ce n’est pas un auteur qui déclenche l’hilarité, ce n’est pas de l’humour gras), en utilisant toutes les nuances de l’humour (souvent teinté chez lui de Noir, d’absurde), nous donne aussi à réfléchir. Comme l’indique le titre de cet album, la majorité des gags ont pour arrière-plan les rapports de domination, les rapports tarifés, et c’est certains travers (l’appât du gain, la soif de réussite, les inégalités sociales), qu’il caricature et dénonce ici. Du rire intelligent donc. Album à découvrir, au-delà de Mafalda, qui cache peut-être la meilleure face d’un grand auteur.
L'Eté Diabolik
Au cours de l'été 67, la vie d'Antoine, 15 ans, va passer de l’insouciance à l'inexplicable. Qui est vraiment son père? Et qui est le père d'Erik, son adversaire de tennis devenu son ami? Quelles vérités se cachent derrière l'étrange comportement de leurs paternels? Pourquoi l'un a-t-il tenté d'agresser l'autre et pourquoi en est-il mort? L'été Diabolik est un bel objet qui marie avec classe la culture populaire (le fumetti), le design, le psychédélisme, le roman d'initiation et le récit d'espionnage sur fond de guerre froide. De l'album se dégage un charme suranné assumé par ses auteurs qui livrent un roman graphique à l'intrigue aussi retorse que solide.
Malicorne
Jérôme Le Gris doit être un grand amateur du film Les Duellistes réalisé par Ridley Scott. C’est la seconde BD écrite par ce scénariste passé par le cinéma mettant en scène des histoires de duellistes après l’excellent Horacio d'Alba que je recommande. Entre ses deux scénarii celui de Malicorne est le plus proche du film de Scott qui se déroule durant les guerres napoléoniennes et que Malicorne commence juste après la chute du Premier Empire. À la mention du nom du dessinateur j’ai tout de suite su que j’allais être emballé. Thimothée Montaigne est du même moule qu’un Alex Alice, que dire, c’est pour cela que je lis de la bande-dessinée, c’est tout ce que j’aime. On remarque que Jérôme Le Gris en bon cinéaste sait choisir ses dessinateurs puisque sur Horacio d’Alba c’est Nicolas Siner aux pinceaux, et lui aussi est dans la mouvance Alex Alice. Un dessin semi-réaliste d’une grande finesse, une mise en scène et des cadrages qui font très cinématographiques, un encrage plus prononcé ici qu’à l’habitude mais qui reste dans ma zone de confort, comme le dit Montaigne dans la préface, Sébastien Bouet a dû un peu galérer sur les couleurs, mais je trouve qu’il s’en sort très bien. Concernant le scénario, cela démarrait plutôt sur une bonne base. La trame assez classique de l’antihéros qui broie du noir à cause de son passé de boucher durant les guerres napoléoniennes et qui se recycle comme porte-flingue, comblant le vide dans sa vie sans avenir en alcool et putes. Un dernier contrat juteux lui est proposé, de quoi refaire sa vie n’importe où ailleurs, et qu’il accepte. Par la suite je trouve cela dommage que les scénaristes abandonnent tout le côté duelliste qui fait la sève de ce récit pour se tourner vers la mission d’infiltration qui ne m’a pas vraiment convaincue pour le moment. J’attends de lire la suite pour en tirer un avis définitif mais les scènes s’enchaînent tellement vite que j’ai eu l’impression que Le Gris en oubliait son personnage éponyme dont la psychologie bancale demeure insaisissable et qu’on en restait donc aux premières apparences. Mais c’est une série intéressante pour ceux qui ont lu et apprécié Horacio d’Alba car il y a un inversement des valeurs et de la morale entre ces deux séries alors qu’elles parlent toutes deux de duellistes. Dans Horacio, les hommes se battent dans l’honneur, ils croient en ce qu’ils font et sont prêts à aller jusqu’au sacrifice de leur personne, tandis que Malicorne est davantage dans le genre pourriture complètement paumé dans sa tête et qui n’entend que le son de l’argent comme cause à défendre. Les plus attentifs remarqueront des clins d’œil plus ou moins volontaires de Le Gris à son autre série avec le comte qui se nomme « Horace », des références à la renaissance italienne avec le larbin qui s’appelle Machiavel… Voilà, conquis au niveau du dessin, j’attendais peut être autre chose au niveau du scénario dont je crains les retournements peut être prévisibles dans le tome conclusif. Cependant on peut aussi très bien considérer cette série comme un simple bon divertissement sans prise de tête.
Sykes
Le western est revenu en force en 2015: du diptyque Undertaker à Stern (que je suis en train de lire) en passant par "Sykes", écrit par Pierre Dubois, auteur plus habitué aux fées et aux elfes, que je croisais souvent dans les rues de Rennes lorsque j'étais étudiant. Mais, il faut avouer que le dessin de Dimiti Armand m'a littéralement bluffé. Il illustre avec brio ce one shot, assez violent il faut l'avouer. Car Pierre Dubois nous livre une histoire cruelle, dure où les morts violentes sont légions. Tout les canons (sans faire de jeu de mots) du western sont certes présents mais très bien exploités sur près de 80 pages. Il aurait pu développer un peu plus le passé de Sykes, ce héros froid et torturé, autrement qu'à travers deux planches et quelques allusions tout au long de l'album mais cela pourrait faire l'objet d'un album à lui seul ? Le label "Signé" du Lombard renoue avec cet album ce qui a fait le succès de cette collection.
L'Eté Diabolik
Après l'étonnant et très réussi Souvenirs de l'empire de l'atome , Thierry Smolderen & Alexandre Clérisse nous présentent ici un album encore étonnant, un véritable OVNI, avec "l’Été diabolik". Graphiquement, le travail est superbe. Cet album est, en outre, un très bel objet éditorial. Composé de deux parties, Thierry Smolderen relate dans la première partie la vie d'Antoine, un adolescent, pendant l'été 1967, ses vacances avec son père, ses premières expériences de toutes sortes (qui nous valent d'ailleurs des planches assez psychédéliques avec des couleurs flashies !) Cet album est rempli de références, même si je ne les ai, sans doute pas, après une première lecture, toutes saisies. La seconde partie nous offre un éclairage nouveau sur l'ensemble des événements vécus par Antoine, et qui donne furieusement envie de relire l'ensemble de l'album pour voir si tout colle... un peu à l'image des films comme "le sixième sens" ou encore "les Autres". Bref, un scénario très habilement construit (entre thriller et espionnage) qui réserve beaucoup de surprises. Pour ceux qui avaient aimé leur précédente collaboration sur Souvenirs de l'empire de l'atome, ne passez pas à coté de cet album très original.