Les derniers avis (31973 avis)

Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Sous le tamarinier de Betioky
Sous le tamarinier de Betioky

Moi j'ai bien aimé cet album. Parce qu'à partir d'un sujet somme toute anodin, la vie d'enfant d'un artiste connu surtout dans son pays lointain, Geneviève Marot à nous conter une histoire très sympathique, faite des petites anecdotes drôles, tendres ou tristes du quotidien de ce gamin d'un petit village malgache, et au final, à délivrer un message universel : "vis ton rêve". Le ton est donc empathique, et le dessin, réalisé à base d'aquarelles, permet d'accroître cette empathie, car l'auteure s'y montre vraiment très à l'aise, renforçant l'expressivité des personnages, et réduisant les décors et la mise en scène à l'essentiel. C'est un peu dommage toutefois, on aurait aimé voir un peu plus la faune et la flore malgaches. Mais cet album est authentique et frais, ne boudons pas notre plaisir.

11/05/2016 (modifier)
Couverture de la série Coïncidence
Coïncidence

Fabien Wehlmann a réalisé ici un album concept très intéressant, et pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’il fait se côtoyer une douzaine d’auteurs au style souvent très éloignés. C’est d’ailleurs ce qui m’a d’abord intrigué et incité à feuilleter cet album, puis à l’acheter. En effet, quoi de commun entre Batem, Trondheim, de Metter, Goossens ou Jason, pour ne prendre que les plus connus (Boucq ne faisant que la couverture) parmi les participants ? L’autre intérêt est la réflexion sur le médium bande dessinée qu’il implique, et qu’explique bien Wehlmann en introduction. Le travail du scénariste, du dessinateur, leurs relations, et parfois la difficile cohabitation, l’un cherchant peut-être à dominer le sujet au détriment de l’autre. Chaque auteur bénéficie d’une page de présentation, répond grosso modo aux mêmes questions (on a parfois des planches d’esquisses, de crayonnés intermédiaires avant le rendu final). Puis douze pages donc, chaque dessinateur ayant illustré le scénario de Wehlmann. Une treizième page conclut cette partie, chaque dessinateur ayant réalisé une chute (la même – quoi que…). Si cet album concept est intéressant et si je ne regrette pas du tout mon achat et vous incite à en faire autant, je dois dire que j’ai été un chouia déçu. En effet, le principe même de l’album impose un scénario resserré, très court – sinon bonjour la pagination ! Et donc l’histoire traitée en elle-même n’est pas des plus transcendantes. La lecture de la recette m’avait mis l’eau à la bouche, mais le plat n’est pas si « goûtu » que je l’aurais espéré. La plupart des auteurs ont été trop respectueux des consignes de Wehlmann, et peu ont fait preuve d’originalité (même Trondheim, pourtant rompu à ce type d’exercice, courant au sein de l’oubapo, voire même Goossens, généralement prompt à s’écarter de la ligne droite en matière de scénario : mais il faut quand même dire à leur décharge qu’ils ont été quasiment les seuls à tenter un petit quelque chose d’original, Trondheim avec son robot, Goossens avec ses super héros). Note réelle 3,5/5. (Par curiosité, j’ai été voir ce qu’avait fait Pierig sur ce scénario [voir le lien dans son avis ci-dessous] : eh bien, c’est vraiment pas mal ! Avec une touche d’originalité, puisque la femme a été remplacée par un monsieur. Très chouette coup de crayon en tout cas !).

11/05/2016 (modifier)
Couverture de la série Le Fluink
Le Fluink

Comme tous les albums du duo d’Enfin Libre que j’ai lus (trois à ce jour), « Le Fluink » est une œuvre originale, surprenante, et très différente des autres productions de ces deux auteurs qui méritent le détour et qui développent des albums très ambitieux. Sur la forme tout d’abord. Cet album à l’italienne sort de l’ordinaire. Pas de case, mais deux bandes déroulantes parallèles, sur lesquelles se déroulent deux histoires s’entremêlant peu à peu. Deux mondes s’ignorent, se devinent, celui « du dessus » avec des patronymes en « az », celui « du dessous » avec des patronymes en « al ». Le premier s’interroge sur ce qui peut exister sous lui, le second cherche à monter des tours toujours plus hautes. S’il m’a fallu quelque temps pour « régler la mire » et trouver mon rythme de lecture avec ces deux histoires superposées, une fois ce souci réglé, j’ai été captivé par l’histoire – car en fait ce n’en est qu’une – de ces deux mondes, dans lesquels les intrigues de pouvoir, quelques dingueries, vont faire se rencontrer ce qui devait rester solitaire. La chute – dans tous les sens du terme d’ailleurs, est assez savoureuse, dans un humour noir proche des Idées Noires de Franquin. Ce qui rapproche aussi cet album de la série de Franquin, ce sont les dessins, qui jouent sur le Noir et Blanc (noir sur fond blanc en haut, blanc sur fond noir en bas). Des sortes d’ombres chinoises, parfois d’esquisses, mais le tout est très expressif ! Un dessin dynamique, qui suggère parfois, et qui fait la part belle à l’imagination – mais n’est-ce pas toute l’œuvre de Philippe Renaut et David Barou qui lui donne la parole ? L’histoire – ou les histoires donc – se lisent très bien, parfois ponctuées de citations (comme celles mises en exergue en quatrième de couverture). D’autres allusions donnent une touche comique, comme des jeux de mots faisant allusion au « Seigneur des anneaux », ou alors un personnage de savant qui s’énerve et parodie une célèbre crise du professeur Tournesol. Bref, un album à découvrir. Et dans la foulée, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil sur les autres productions des mêmes auteurs (comme le très beau Le Songe de Siwel ou l’étonnant Grumf), vous serez (agréablement) surpris !

10/05/2016 (modifier)
Couverture de la série Undertaker
Undertaker

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Dargaud a mis le paquet pour le lancement de cet album, avec de nombreuses previews dans des revues, et un sticker proclamant que c’était « meilleur western depuis Blueberry ». J’avoue ne pas trop apprécier ce genre de lancement, et ces étiquettes qui prennent le lecteur pour un consommateur compulsif, voire con tout court. Surtout que je préfère faire mes propres comparaisons, et que celles qui s’autoproclament ainsi ne sont pas toujours justifiées. Et mettent inutilement la pression ! D’ailleurs, s’il faut établir une comparaison, je trouve le dessin de Meyer plus proche de celui de Boucq dans Bouncer, mais c’est une autre chose… Et je préfère celui de Giraud pour le western réaliste (encore qu’il faudrait préciser la période pour la comparaison…). Pour finir sur le dessin, il est un tout cas franchement bon, Meyer a du talent, c’est évident. Le scénario de Dorison est lui aussi intéressant, cherchant à insuffler de l’originalité dans un genre un peu rebattu (ce qu’a réussi Oger avec son Buffalo Runner, contrairement à Hermann avec son décevant Sans Pardon, pour citer deux westerns sortis en même temps que ce « Undertaker »). Ce tome d’introduction (combien vont suivre ?) présente bien le personnage principal (marrant avec ses citations pseudo bibliques et son vautour de compagnie) – dont le passé est brièvement éclairé en fin d’album, moins monolithique qu’il n’y paraissait de prime abord. Mais aussi laisse en suspens la personnalité de miss Prairie – l’inévitable beauté, et ses relations avec Crow. Même si je ne suis pas trop fan du suspens final, un peu trop brutal pour tenir le chaland en haleine (toujours les mêmes techniques « commerciales » évoquées et critiquées plus haut ?)… Une série toutefois bien amenée, que j’ai pour l’instant envie de suivre. ******************************** MAJ après lecture du deuxième tome: Je suis un peu déçu par ce deuxième tome, et si je maintiens les quatre étoiles, c'est plus à l'arrache. En effet, je trouve qu'il n'apporte pas grand chose à la personnalité des héros (et surtout du bien nommé Crow) ni à l'intrigue. Certes, il conclut cette première histoire, mais de manière un peu brutale et un peu bâclée, avec un happy end pressenti mais lui aussi maladroit entre Crow et Rose. De plus, ce deuxième tome est assez simpliste, avec une course poursuite très linéaire. Reste le dessin de Meyer, qui est un réel plus. Mais il faudra que Dorison enrichisse intrigue et casting pour dynamiser une série qui, je le crains, risque de s'écarter du modèle revendiqué (Blueberry): pour le moment, Dorison n'est pas Charlier !

20/02/2015 (MAJ le 09/05/2016) (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Sur les ailes du monde, Audubon
Sur les ailes du monde, Audubon

Qui ne connait pas Audubon ? Levez le doigt ! Mais si vous connaissez ! Allez jeter un œil sur internet et vous verrez que dès la première planche de ses dessins d’oiseaux vous allez vous écrier « Ah mais ouiiiiiiii !!! ». On connait tous ses illustrations, par contre, le personnage, beaucoup moins. C’est ce que propose de réparer cet album très réussi de Fabien Grolleau (scénario) et Jérémie Royer (dessin). Car ce dessinateur aventurier hors pair, n’en a pas eu une vie non moins exaltante ! Car cet homme né en France et parti s’installer aux Etats-Unis a voulu répertorier et peindre TOUS les oiseaux d’Amérique. Et pour se faire, il s’est engagé dans des voyages remarquables ; une véritable vie d’aventurier face à l’immensité de la tâche et de la sauvage Amérique du début du XIXe siècle. C’est à partir des propres écrits d’Audubon que Fabien Grolleau va construire son histoire et nous dresser le portrait de cet idéaliste qui ne vivra que pour aller au bout de son obsession et de son rêve. Si le récit qui nous est livré est le fruit de son imagination, il est plus qu’inspiré pour dégager l’essence de ce que fut la vie de ce personnage hors du commun. Son amour pour la nature, les oiseaux bien sûr, les espaces et les voyages, transpire des presque 180 pages qui composent cet album. J’ai été complètement happé par cette histoire, tant par le côté épique de sa vie que par la force qui anime le personnage. Ajoutez à cela le magnifique dessin de Jérémie Royer qui a su donner tout l’élan et la vie nécessaire à ce personnage débordant d’énergie. Si son trait peut paraître simple au premier abord, surtout pour ce qui est des personnages, il est d’une très grande expressivité. Et c’est surtout les ambiances qu’il transpose que j’ai adoré. Ses lumières dans ses paysages sont tout simplement magnifiques sur certaines planches et nous font ressentir ce qu’Audubon devait percevoir face à cette nature si riche et imposante pour lui insuffler ce brin de folie et cette volonté qui le mèneront à la postérité. Un album magique et lumineux sur un illuminé têtu amoureux des oiseaux et des grands espaces.

09/05/2016 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
Couverture de la série L'Île (Palloni)
L'Île (Palloni)

J’ai beaucoup apprécié cette lecture alors que je ne connaissais pas l’auteur. Je suis tout de suite entré dans cette histoire qui fait mal. J’ai en effet eu beaucoup de peine pour cette famille tranquille qui voit débarquer un soldat du continent toujours en guerre. Une île est toujours un endroit un peu spécial où l’on peut créer une nouvelle communauté pour prendre un nouveau départ. Cela peut être un havre de paix. Cependant, il faut toujours payer un prix pour conserver cette sérénité. On se rend compte que cela dépasse la logique des hommes pour se concentrer sur celle des Etats nations. Le passé finit toujours par nous rattraper. On suivra ce récit dynamique et palpitant jusqu’au final. Conclusion : nous avons un auteur complet talentueux qu’il convient de suivre.

09/05/2016 (modifier)
Par pasukare
Note: 4/5
Couverture de la série A Silent voice
A Silent voice

Franchement pas mal (3,5/5) arrondi à Franchement bien. A Silent Voice raconte le calvaire d'une jeune élève handicapée pour qui une scolarité normale est tout simplement impossible du fait de la cruautés de certains de ses "camarades" de classe : tout est prétexte à la rabaisser, à l'humilier et invariablement elle est obligée de changer d'école, en espérant que dans la prochaine cela ira mieux. Dans les premiers tomes, qui se passent à l'époque des brimades, le un récit ne fait pas dans la dentelle ni dans la demi-mesure, il reflète sans doute le triste quotidien de certains élèves différents au Japon et dénonce un phénomène connu sous le nom de "Ijime". Si la série réussit à aller plus loin que cet étalage de brimades, elle aura gagné son pari (et son point de plus). A partir du tome 2, et c'est là que la série est tout à fait originale, le récit se déroule quelques années plus tard quand l'ex-tortionnaire tente de se racheter et qu'il découvre l'amitié et la complexité des rapports humains. Et ce n'est pas si simple ! Entre les contradictions de chacun, les non-dits et les amours inavoués, les uns se rapprochent, les autres s'éloignent et quand on croit que tout est arrangé, l'impensable arrive. Le 7ème et dernier tome offre une fin à la hauteur du récit, nos deux héros affrontant ensemble une dernière épreuve commune. Une jolie série.

23/01/2015 (MAJ le 08/05/2016) (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Zaï Zaï Zaï Zaï
Zaï Zaï Zaï Zaï

Fabcaro est un auteur dont je voudrais davantage lire l'oeuvre, mais malheureusement il n'y a pas beaucoup de ses BD à ma bibliothèque. Cet album me donne bien envie de lire ses autres séries. À partir d'une idée absurde (un auteur de BD oublie sa carte du magasin et il devient un fugitif), l'auteur semble faire une critique sociale de la société. En effet, on a droit entre autres aux reporters qui veulent du sensationnel et aux types qui ont des préjugés envers un groupe particulier. L'humour m'a bien fait rire et plus je lisais l'album plus j'accrochais à cette histoire totalement délirante. J'aime bien le décalage entre le sérieux des personnages et la situation franchement ridicule. On passe d'un personnage à l'autre sans que cela se mélange et la narration est bien maîtrisée.

07/05/2016 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série Corps et Âme
Corps et Âme

J'avais trouvé plutôt sympa le Balles Perdues du même trio d'auteurs, avec pour tout reproche le côté classique et plus convenu de l'histoire. Avec "Corps et Âme", notre même trio met la barre beaucoup plus haut avec un scénario très bien foutu et plutôt original. Prenez un tueur à gage, Franck, réputé pour son savoir faire et son professionnalisme qui malgré tout cela va être à son tour la victime d'une vengeance. Et c'est la forme particulière de cette vengeance qui va donner tout le piquant à cet album... Je vous en laisse la surprise... Car une fois "remis" du sale tour qu'on lui a joué, Franck va à son tour tout faire pour retrouver celui ou celle qui en est à l'origine et se faire justice. C'est très bien mené, la narration est impeccable et on est happé par cette histoire de bout en bout. D'autant que le dessin de Jef sert à merveille ce récit. Son trait réaliste est rehaussé de couleurs qui campent parfaitement les ambiances noires et souvent violentes qui imposent une atmosphère de polar très efficace. Alors, amis du polar aux scénarios bien tortueux mais bien foutus, n'attendez plus, ce one shot très réussi est fait pour vous !

06/05/2016 (modifier)
Par canarde
Note: 4/5
Couverture de la série La Colonne
La Colonne

Humain, trop humain. J'avais lu Le Landais volant, où Dumontheuil assurait scénario (un peu décousu) et dessin (truculent), et j'en avais gardé un souvenir extrêmement attachant : à la fois généreux, tendre, drôle et totalement désespéré, sans joie. Ici, je retrouve ce paradoxe. Le sujet, la description de l'absurdité coloniale, aurait pu verser dans le tragique ou au contraire dans le grotesque, et ici les deux sont toujours imbriqués, sans qu'on puisse démêler l'un de l'autre... La colonne est dirigée par trois pelés français, pour les uns ambitieux, pour d'autres illuminés, mais la plupart simplement obéissants. Le gros de la troupe est recruté sur place, ses rangs grossissent de semaine en semaine : des pauvres bougres sans le sou, attirés par un salaire, poussés par leur famille, ou engagés de force, avec différents statuts (toujours diviser pour mieux régner) qui se voient obligés de trucider des villages entiers, sans raison apparente. Enterrer les morts dans des charniers, récupérer le bétail, et j'en passe pour ma chaste plume... Ce scandale absurde (poussé par de gras commerçants en mal de routes sûres) est dirigé par le capitaine Boulet, crétin viril et râblé (qui finit par se perdre dans une exaltation belliqueuse sans objet), accompagné de son ami, l'ambitieux gentleman, Souley, fils de général, mince et élégant. Mais je pourrais vous décrire tous les personnages, tant leur consistance est patente, leur vision des choses rendue avec justesse. Rien de grand-guignolesque finalement, cela raconte une histoire vraie, avec humanité. Le coté road-movie, qui souvent dilue le scénario, est ici évité par des trouvailles de mise en scène (changements de point de vue, petites scènes d'histoire fiction, interventions extérieures...) Le dessin est très réussi, piquant, contrasté, dans des couleurs vives (en couleur directe sur un trait décidé), que ce soit pour les scènes de foules (beauté formelle des enfilades d'uniformes sur des personnalités bigarrées, ou foules hétéroclites) ou les scènes plus resserrées, où les visages expriment parfaitement les interrogations de l'esprit. Bref, c'est un chouette défi relevé.

06/05/2016 (modifier)