Je suis très mitigé sur cette série.
Le premier album m’a fait vraiment bonne impression, un scénario au dix neuvième siècle, comme le titre l’indique. Une histoire de meurtre, et une enquête, avec une touche de steampunk et de surnaturel. De très jolies dessins, en revanche le découpage me laisse plutôt perplexe.
Il y a par ci par là des tentatives de déconstruire le découpage classique d’une planche? Je ne sais pas, mais je trouve qu’hélas, et cela va s’empirer dans les 2 tomes suivants, et va rendre confus lecture des albums, et du scénario.
Le scénario également, en première impression, c’est du tout bon, une intrigue policière, une enquête dans une période de l’histoire que j’apprécie toujours, il y a de quoi faire, et la fin du premier album me laisse espérer une suite captivante. Hélas plus les albums avance, plus le scénario est expédié.
La lecture est très rapide, en 20 minutes c’est lu. Pour au final un sentiment de pas grand chose, beaucoup de planches d’actions, pas assez de planches d’intrigue.
Au final c’est ça que je retiens de cette série, un début très prometteur, et la sensation que la suite n’a pas été à la hauteur, d’avoir été trompé sur la marchandise. Et c’est bien dommage.
Etonnant mélange de fantasy et de pornographie, ce troisième ouvrage que je lis de Cheri. Livre très épais quoiqu'assez vite lu par ses pages sans dialogues aux grandes cases aérées, il m'a surpris par la tournure progressive des évènements.
Je crois que Cheri insiste un peu sur la sève, la cyprine qui semble être le divin nectar dans plusieurs de ses ouvrages. Ici l'histoire parle de sorte de fées/lutins/nymphes qui batifolent à tout va dans la forêt avant de croiser la route d'étranges hommes insectes qui les entrainent vers autre chose. Et c'est le souci que j'ai eu avec ma lecture : je ne suis pas sur d'avoir tout compris. Je pense qu'il me faudra relire l'ouvrage en entier pour tenter d'en comprendre la logique propre à ce monde, et si celui-ci contient un autre message en son sein. Il me semble y lire quelque chose sur le rapport de genre, mais j'ai un doute. C'est trop cryptique encore pour moi.
Par contre le dessin que je trouvais parfois étrange dans Symposium a nettement évolué et en bien. Si l'auteur(e ?) a toujours une tendance à faire des longs yeux étirés, je trouve qu'il n'y a plus l'étrangeté des visages que j'avais vu auparavant et surtout il/elle parvient à donner une ambiance de forêt mystérieuse, de monde où tout peut changer de forme et d'apparence. Les scènes de sexes sont nombreuses et plutôt bien détaillées, faisant clairement la part belle au sexe féminin dans toute ses dimensions. Un bel ouvrage, encore trop nébuleux pour ma compréhension mais qui m'a plu. Je le relirais pour tenter de tout comprendre.
Pichard a pas mal publié – seul à la baguette, ou seulement au dessin comme ici – des séries à l’érotisme plus ou moins outrancier.
Cet album au format intermédiaire, avec couverture cartonnée épaisse, est sans doute l’un des moins courants. Publié sous l’égide du Professeur Choron dans la collection Bouquins Charlie du Square, on y retrouve l’anticonformisme, l’esprit de provocation, un érotisme affirmé et provocateur, et une critique de pas mal de conventions sociales de l’époque.
Le scénario et les dialogues de Faraldo (dont c’est sans doute la seule incursion dans la BD ?) sont assez foutraques ! L’ensemble est franchement inclassable.
L’histoire se laisse lire sans problème, mais esprits cartésiens s’abstenir, car « l’intrigue » semble avoir été conçue comme un gros délire de potache, et développée au fil de l’improvisation.
La seule chose qui m’ait un peu gêné, du moins que je n’ai pas vraiment comprise, c’est l’utilisation par les personnages d’un langage qui ressemble à un patois marmonné vaguement chti – ce que rien ne justifie dans l’histoire. Cela faisait peut-être partie du délire d’un des auteurs, je ne sais pas.
Le dessin est du Pichard habituel, avec des héroïnes bien en chair et pas vraiment timides ou frigides. Même si l’on ne voit en fait aucun sexe, une bonne partie des cases est chargée d’érotisme – que ce soit les femmes jouets (à différentes échelles) ou l’héroïne, clairement en mal de sexe. Il y a certes une volonté de provoquer (assez gentiment finalement), mais aussi d’exprimer des désirs refoulés. Les dialogues sont franchement plus érotiques (avec des sous-entendus, mais pas que) que le dessin.
Le dessin de Pichard est agrémenté de couleurs de Jeanroy qui donne à l’ensemble un petit air psychédélique et post-soixante-huitard (couleurs agressives, quelques volutes, c’est assez typé !). Il faut dire que l’histoire avait été prépubliée dans Charlie mensuel en 1974.
Un petit ovni, que les amateurs de Pichard, et/ou d’un érotisme sourd mâtiné d’une esthétique psychédélique, découvriront avec plaisir. Mais sa rencontre n’est pas courante.
J'ai dévoré la série en une soirée, mais ce n'était pas forcément pour les meilleures raisons. L'histoire, remplie d'action incessante, m'a tenu en haleine. Je crois n'avoir jamais lu six tomes d'un manga où 95 % du temps, les personnages crient à chaque fois qu'ils ouvrent la bouche Ah ah ! Cela dit, le contexte stressant justifie en partie cette intensité verbale.
Au début, j'appréciais vraiment ma lecture. Le scénario était original et captivant. Mais, à mesure que l'histoire avançait, elle devenait de plus en plus irréaliste, ce qui a gâché le potentiel du scénario que j'avais imaginé.
La conclusion, qui se déroule en une dizaine de pages à peine, m'a quelque peu déçu . Il y avait du potentiel non exploité dans les événements finaux.
Bien que le manga commence fort avec une histoire engageante et originale, il se perd rapidement dans l'irréalisme et une fin précipitée, laissant un goût d'inachevé.
Après lecture des cinq premiers tomes, je trouve que cette série demeure plaisante à suivre malgré quelques petits défauts.
J’aime le dessin de Shun Umezawa. Charlie, l’humanzee est parfaitement réussi. Il ne ressemble ni vraiment à un humain, ni vraiment à un chimpanzé mais nous rappelle clairement ces deux espèces. Le style réaliste d’ensemble est agréable à lire, avec des décors souvent soignés et un emploi modéré de photos retouchées. Les personnages sont bien typés et les confusions sont rares. Enfin, cerise sur le gâteau, les scènes d’action et de combat sont la plupart du temps faciles à déchiffrer. Et ça, c’est quand même devenu furieusement rare dans le genre manga !
L’intrigue brasse pas mal de thèmes d’actualité, terrorisme et veganisme en tête, mais aussi massacres dans les écoles aux USA ou statut juridique des droits des animaux et de la nature. Et grâce à son héros, qui présente une philosophie animiste, l’auteur parvient à nuancer certains propos, sur le veganisme notamment. Ce qui a pour effet que cette série n’est pas une propagande pour ce mode de vie mais propose des réflexions souvent pertinentes.
Dans l’ensemble, et à condition d’accepter le postulat de départ, je trouve la série plutôt réaliste tant dans les comportements des différents acteurs que dans les rebondissements proposés. Au fil des tomes, l'auteur a tout de même tendance à surenchérir mais cela reste dans des limites acceptables. Surtout, cela permet de relancer une intrigue qui donnerait, dans le cas contraire, la désagréable impression de tourner en rond.
Si les personnages ne me touchent pas toujours (ils semblent parfois très froids, très analytiques, à l'exception de l'un ou l'autre d'entre eux), l'évolution de l'histoire ne cesse de me passionner. Du coup, j'attends chaque nouveau tome avec impatience même si j'espère une conclusion rapide (je continue de craindre que soit elle se mette à tourner en rond, soit à force de surenchérir son auteur ne la fasse sombrer dans le ridicule). Jusqu'à présent, ça passe et je demeure accro... mais je ne saurais pas dire pour combien de temps encore.
Jean M. Auel a connu un grand succès avec sa saga préhistorique il y a déjà quelques années.
Ce n'était qu'une question de temps avant d'en lire une adaptation en BD. Camille Moog, à l’œuvre encore peu fournie, s'en charge en commençant par le récit concernant Ayla, cette enfant trouvée qui va devoir trouver sa place au sein de ce clan de l'ours des cavernes. Il s'agit donc d'un récit d'empowerment, d'affirmation de soi entant que femme et qu'individu dans un environnement certes primaire mais surtout très codifié. La fois où elle utilise une arme au vu et au su de tous est par exemple le prétexte à un procès au sein de sa tribu, alors que c'est un rôle réservé aux hommes.
Je n'ai pas lu l’œuvre originale, mais Camille Moog s'en sort plutôt pas mal je trouve, les enjeux et les péripéties se montrent plutôt clairs à saisir, avec un trait qui fait un peu "nouvelle vague des années 80" par moments. Il y a de belles ambiances, complétées par les couleurs de Marta Todeschini.
C'est sympa, mais plutôt à réserver, je pense, aux fans de l’œuvre d'Auel.
Petite déception, car si j'aime bien le scénario, je n'ai pas toujours adhéré au style graphique, surtout le dernier épisode qui a pour moi gâché le final. Ceci dit, on adhère ou pas, c'est une histoire de goût personnel.
Sur base du premier tome, le seul sorti à l’heure où j’écris cet avis, je vais dire « pas mal » mais je crains que la série ne tourne rapidement en rond.
Princesse Puncheuse nous offre une héroïne plutôt agréable. D’un naturel franc et bagarreur, elle s’est retenue durant des années afin de satisfaire sa famille, devenant la souffre-douleur de son fiancé. Mais lorsque celui-ci rompt ses fiançailles, c’est l’occasion pour notre Princesse Puncheuse de laisser s’exprimer son vrai tempérament, et de cogner ceux qui lui déplaisent.
Le charme de la série repose sur les épaules de cette princesse atypique, arborant de belles robes d’époque mais aimant se battre comme un chiffonnier. Le contraste est réussi, prête à sourire et rend le personnage attachant malgré son goût pour la violence.
Malheureusement, au-delà de ce volet « jeune femme rebelle en quête d’émancipation », les autrices nous proposent un récit classique de complot de nantis dans une lutte pour le pouvoir. On retombe alors dans le déjà-vu peu original et très balisé. Les rôles secondaires sont très convenus et aucun ne parvient à réellement sortir du lot.
Au niveau du dessin, un gros travail est réalisé sur les costumes (et les robes en particulier) alors que les scènes de bagarre sont assez lisibles pour le genre. C’est donc plaisant à lire sans atteindre des sommets inégalés.
Pas mal, quoi… mais j’ai vraiment peur que la suite ne sombre dans le lieu commun.
***Petite mise à jour après lecture des trois premiers tomes***
Ce que je craignais dès le premier tome a tendance à se concrétiser : le déroulement de l'histoire est très répétitif. La série ronronne, se satisfaisant de l'idée de départ, et tricote autour des relations entre les personnages. Alors, de deux choses, l'une : soit l'autrice parvient à densifier et à diversifier son intrigue, soit je vais être furieusement tenté de laisser tomber l'affaire.
Voilà une BD graphiquement assez splendide. C'est typiquement le genre de truc qui vous immerge direct dans l'ambiance, et tout (ou presque) repose sur le dessin. Un noir profond, un trait alerte. La classe !
Hawaï sonnait pour moi, quand j'étais ado/jeune adulte, comme une terre promise, un fantasme peuplé de véliplanchistes. C'est en effet sur cette terre battue par le swell, perdue au beau milieu du Pacifique, qu'avaient trouvé refuge les héros de ma jeunesse, les Robert Teriitéhau et autres Robby Naish (oui oui, je sais : j'ai été sportif dans une autre vie...). Kikuo Johnson, lui, en dresse un portrait moins reluisant, loin des clichés.
R. Kikuo Johnson est un natif de l'île (Maui donc), située dans l'archipel de Hawai. Il y a grandi, et on sent bien qu'il connait intimement l'âme de cette terre isolée de tout. Il arrive parfaitement à nous faire saisir ce que peut être la vie d'un insulaire de la dite-terre, une sorte de désolation qui vous condamne à fuir ou à abandonner toute autre perspective que de se laisser couler dans le désœuvrement. Sans doute a-t-il balancé dans ce récit quelque chose de très personnel. En soi, c'est déjà un petit exploit que de parvenir à retranscrire toutes ces émotions, à prendre de la distance avec ses sentiments tout en conservant la chaleur du vécu. Le dessin est la grande force de cette BD ; à travers lui, l'auteur nous fait toucher du doigt l'impalpable de la condition de... Mauian ??? (Il ne semble pas exister de gentilé pour Maui).
Belle ambiance donc. Mais alors pourquoi 3/5 s'étonnera-ton ??? Mais oui, pourquoi ?
Je crois que c'est la fin de cette fin, trop brutale à mon goût, ainsi qu'un petit manque de sens dans l'attitude globale des personnages dont on perd un peu la substance sur la toute fin, qui a présidé mon jugement. Difficile à expliquer car en réalité, il s'agit bien davantage d'un ressenti que de quelque chose de réellement conscient. En fait, tout se passe comme si j'avais absolument voulu adorer cette lecture, ce qui est effectivement le cas sur les trois quarts (et non les trois tiers - ceci est une private joke). Ce n'est pas tant le fait qu'à la fin, rien ne soit vraiment résolu (car cela n'est absolument pas un critère pour moi), mais plutôt que j'imaginais une histoire à la Persona, le film de Bergman, avec une inversion des destins entre les personnages. C'est d'ailleurs ce qu'annonçait le pitch officiel. Or ce n'est pas vraiment ça. Du coup, j'ai un peu la sensation de passer à côté d'un truc, en même temps que je dubite sur la vacuité de la chose. C'est idiot, inexplicable : j'ai aimé le ton du récit, assez distancié mais très réaliste, ainsi que son déroulé général, mais je reste sur ma fin. Encore une fois c'est étrange parce qu'habituellement, ce sont des aspects qui ne me rebutent pas. Disons que ça commençait bien, très bien même avec ce trait sublime, mais que ça s'achève dans une froideur similaire à celle d'un Adrian Tomine ou d'un Daniel Clowes. Dommage !
Pour être tout à fait juste, j'aurais mis 3,5.
J'ai découvert cette BD qui est un très bel objet éditorial, entre la couverture s'ouvrant de façon originale et trois documents glissés dans la BD comme autant d'indices que l'on va découvrir au fur et à mesure de l'histoire. C'est intéressant et c'est une grosse qualité de la BD.
Maintenant, je dois dire que la BD n'a pas non plus une histoire qui m'a transporté plus que ça. On a une jeune femme de la bonne société anglaise qui recherche son fiancé disparu lors d'une exploration dans le nord Scandinave. Sous des faux airs de Alexandra David-Neel, l'histoire peut sembler proche d'autres ouvrages (je pense à la série Une Aventure de Jeanne Picquigny) et de fait je m'attendais à ce qui arrive dans le final. D'ailleurs ça m'a rappelé aussi des histoires de Jack London, sans trop savoir si le récit en est inspiré ou non.
Toujours est-il que j'ai trouvé le déroulé sans grande surprise et que les indices semés au début sont assez vite explicite dans le récit. J'aurais aimé une plus grande interaction laissé au lecteur, le choix de comprendre les choses petit à petit. Dommage, l'idée est bonne mais l'utilisation est assez peu développée.
Pour le reste, j'ai trouvé que le récit reste assez classique aussi. Pas de grande surprise à la lecture, même si elle reste satisfaisante.
C'est surtout le dessin que j'ai apprécié. Il est très joli et c'est la première fois que je lis une BD de Edith, son trait m'a plu. Je suis assez preneur d'une nouvelle BD de sa part en tout cas !
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Les Métamorphoses 1858
Je suis très mitigé sur cette série. Le premier album m’a fait vraiment bonne impression, un scénario au dix neuvième siècle, comme le titre l’indique. Une histoire de meurtre, et une enquête, avec une touche de steampunk et de surnaturel. De très jolies dessins, en revanche le découpage me laisse plutôt perplexe. Il y a par ci par là des tentatives de déconstruire le découpage classique d’une planche? Je ne sais pas, mais je trouve qu’hélas, et cela va s’empirer dans les 2 tomes suivants, et va rendre confus lecture des albums, et du scénario. Le scénario également, en première impression, c’est du tout bon, une intrigue policière, une enquête dans une période de l’histoire que j’apprécie toujours, il y a de quoi faire, et la fin du premier album me laisse espérer une suite captivante. Hélas plus les albums avance, plus le scénario est expédié. La lecture est très rapide, en 20 minutes c’est lu. Pour au final un sentiment de pas grand chose, beaucoup de planches d’actions, pas assez de planches d’intrigue. Au final c’est ça que je retiens de cette série, un début très prometteur, et la sensation que la suite n’a pas été à la hauteur, d’avoir été trompé sur la marchandise. Et c’est bien dommage.
Suc
Etonnant mélange de fantasy et de pornographie, ce troisième ouvrage que je lis de Cheri. Livre très épais quoiqu'assez vite lu par ses pages sans dialogues aux grandes cases aérées, il m'a surpris par la tournure progressive des évènements. Je crois que Cheri insiste un peu sur la sève, la cyprine qui semble être le divin nectar dans plusieurs de ses ouvrages. Ici l'histoire parle de sorte de fées/lutins/nymphes qui batifolent à tout va dans la forêt avant de croiser la route d'étranges hommes insectes qui les entrainent vers autre chose. Et c'est le souci que j'ai eu avec ma lecture : je ne suis pas sur d'avoir tout compris. Je pense qu'il me faudra relire l'ouvrage en entier pour tenter d'en comprendre la logique propre à ce monde, et si celui-ci contient un autre message en son sein. Il me semble y lire quelque chose sur le rapport de genre, mais j'ai un doute. C'est trop cryptique encore pour moi. Par contre le dessin que je trouvais parfois étrange dans Symposium a nettement évolué et en bien. Si l'auteur(e ?) a toujours une tendance à faire des longs yeux étirés, je trouve qu'il n'y a plus l'étrangeté des visages que j'avais vu auparavant et surtout il/elle parvient à donner une ambiance de forêt mystérieuse, de monde où tout peut changer de forme et d'apparence. Les scènes de sexes sont nombreuses et plutôt bien détaillées, faisant clairement la part belle au sexe féminin dans toute ses dimensions. Un bel ouvrage, encore trop nébuleux pour ma compréhension mais qui m'a plu. Je le relirais pour tenter de tout comprendre.
Les Manufacturées
Pichard a pas mal publié – seul à la baguette, ou seulement au dessin comme ici – des séries à l’érotisme plus ou moins outrancier. Cet album au format intermédiaire, avec couverture cartonnée épaisse, est sans doute l’un des moins courants. Publié sous l’égide du Professeur Choron dans la collection Bouquins Charlie du Square, on y retrouve l’anticonformisme, l’esprit de provocation, un érotisme affirmé et provocateur, et une critique de pas mal de conventions sociales de l’époque. Le scénario et les dialogues de Faraldo (dont c’est sans doute la seule incursion dans la BD ?) sont assez foutraques ! L’ensemble est franchement inclassable. L’histoire se laisse lire sans problème, mais esprits cartésiens s’abstenir, car « l’intrigue » semble avoir été conçue comme un gros délire de potache, et développée au fil de l’improvisation. La seule chose qui m’ait un peu gêné, du moins que je n’ai pas vraiment comprise, c’est l’utilisation par les personnages d’un langage qui ressemble à un patois marmonné vaguement chti – ce que rien ne justifie dans l’histoire. Cela faisait peut-être partie du délire d’un des auteurs, je ne sais pas. Le dessin est du Pichard habituel, avec des héroïnes bien en chair et pas vraiment timides ou frigides. Même si l’on ne voit en fait aucun sexe, une bonne partie des cases est chargée d’érotisme – que ce soit les femmes jouets (à différentes échelles) ou l’héroïne, clairement en mal de sexe. Il y a certes une volonté de provoquer (assez gentiment finalement), mais aussi d’exprimer des désirs refoulés. Les dialogues sont franchement plus érotiques (avec des sous-entendus, mais pas que) que le dessin. Le dessin de Pichard est agrémenté de couleurs de Jeanroy qui donne à l’ensemble un petit air psychédélique et post-soixante-huitard (couleurs agressives, quelques volutes, c’est assez typé !). Il faut dire que l’histoire avait été prépubliée dans Charlie mensuel en 1974. Un petit ovni, que les amateurs de Pichard, et/ou d’un érotisme sourd mâtiné d’une esthétique psychédélique, découvriront avec plaisir. Mais sa rencontre n’est pas courante.
L'Ecole emportée
J'ai dévoré la série en une soirée, mais ce n'était pas forcément pour les meilleures raisons. L'histoire, remplie d'action incessante, m'a tenu en haleine. Je crois n'avoir jamais lu six tomes d'un manga où 95 % du temps, les personnages crient à chaque fois qu'ils ouvrent la bouche Ah ah ! Cela dit, le contexte stressant justifie en partie cette intensité verbale. Au début, j'appréciais vraiment ma lecture. Le scénario était original et captivant. Mais, à mesure que l'histoire avançait, elle devenait de plus en plus irréaliste, ce qui a gâché le potentiel du scénario que j'avais imaginé. La conclusion, qui se déroule en une dizaine de pages à peine, m'a quelque peu déçu . Il y avait du potentiel non exploité dans les événements finaux. Bien que le manga commence fort avec une histoire engageante et originale, il se perd rapidement dans l'irréalisme et une fin précipitée, laissant un goût d'inachevé.
Darwin's Incident
Après lecture des cinq premiers tomes, je trouve que cette série demeure plaisante à suivre malgré quelques petits défauts. J’aime le dessin de Shun Umezawa. Charlie, l’humanzee est parfaitement réussi. Il ne ressemble ni vraiment à un humain, ni vraiment à un chimpanzé mais nous rappelle clairement ces deux espèces. Le style réaliste d’ensemble est agréable à lire, avec des décors souvent soignés et un emploi modéré de photos retouchées. Les personnages sont bien typés et les confusions sont rares. Enfin, cerise sur le gâteau, les scènes d’action et de combat sont la plupart du temps faciles à déchiffrer. Et ça, c’est quand même devenu furieusement rare dans le genre manga ! L’intrigue brasse pas mal de thèmes d’actualité, terrorisme et veganisme en tête, mais aussi massacres dans les écoles aux USA ou statut juridique des droits des animaux et de la nature. Et grâce à son héros, qui présente une philosophie animiste, l’auteur parvient à nuancer certains propos, sur le veganisme notamment. Ce qui a pour effet que cette série n’est pas une propagande pour ce mode de vie mais propose des réflexions souvent pertinentes. Dans l’ensemble, et à condition d’accepter le postulat de départ, je trouve la série plutôt réaliste tant dans les comportements des différents acteurs que dans les rebondissements proposés. Au fil des tomes, l'auteur a tout de même tendance à surenchérir mais cela reste dans des limites acceptables. Surtout, cela permet de relancer une intrigue qui donnerait, dans le cas contraire, la désagréable impression de tourner en rond. Si les personnages ne me touchent pas toujours (ils semblent parfois très froids, très analytiques, à l'exception de l'un ou l'autre d'entre eux), l'évolution de l'histoire ne cesse de me passionner. Du coup, j'attends chaque nouveau tome avec impatience même si j'espère une conclusion rapide (je continue de craindre que soit elle se mette à tourner en rond, soit à force de surenchérir son auteur ne la fasse sombrer dans le ridicule). Jusqu'à présent, ça passe et je demeure accro... mais je ne saurais pas dire pour combien de temps encore.
Le Clan de l'ours des cavernes
Jean M. Auel a connu un grand succès avec sa saga préhistorique il y a déjà quelques années. Ce n'était qu'une question de temps avant d'en lire une adaptation en BD. Camille Moog, à l’œuvre encore peu fournie, s'en charge en commençant par le récit concernant Ayla, cette enfant trouvée qui va devoir trouver sa place au sein de ce clan de l'ours des cavernes. Il s'agit donc d'un récit d'empowerment, d'affirmation de soi entant que femme et qu'individu dans un environnement certes primaire mais surtout très codifié. La fois où elle utilise une arme au vu et au su de tous est par exemple le prétexte à un procès au sein de sa tribu, alors que c'est un rôle réservé aux hommes. Je n'ai pas lu l’œuvre originale, mais Camille Moog s'en sort plutôt pas mal je trouve, les enjeux et les péripéties se montrent plutôt clairs à saisir, avec un trait qui fait un peu "nouvelle vague des années 80" par moments. Il y a de belles ambiances, complétées par les couleurs de Marta Todeschini. C'est sympa, mais plutôt à réserver, je pense, aux fans de l’œuvre d'Auel.
The Midnight Order
Petite déception, car si j'aime bien le scénario, je n'ai pas toujours adhéré au style graphique, surtout le dernier épisode qui a pour moi gâché le final. Ceci dit, on adhère ou pas, c'est une histoire de goût personnel.
Princesse Puncheuse
Sur base du premier tome, le seul sorti à l’heure où j’écris cet avis, je vais dire « pas mal » mais je crains que la série ne tourne rapidement en rond. Princesse Puncheuse nous offre une héroïne plutôt agréable. D’un naturel franc et bagarreur, elle s’est retenue durant des années afin de satisfaire sa famille, devenant la souffre-douleur de son fiancé. Mais lorsque celui-ci rompt ses fiançailles, c’est l’occasion pour notre Princesse Puncheuse de laisser s’exprimer son vrai tempérament, et de cogner ceux qui lui déplaisent. Le charme de la série repose sur les épaules de cette princesse atypique, arborant de belles robes d’époque mais aimant se battre comme un chiffonnier. Le contraste est réussi, prête à sourire et rend le personnage attachant malgré son goût pour la violence. Malheureusement, au-delà de ce volet « jeune femme rebelle en quête d’émancipation », les autrices nous proposent un récit classique de complot de nantis dans une lutte pour le pouvoir. On retombe alors dans le déjà-vu peu original et très balisé. Les rôles secondaires sont très convenus et aucun ne parvient à réellement sortir du lot. Au niveau du dessin, un gros travail est réalisé sur les costumes (et les robes en particulier) alors que les scènes de bagarre sont assez lisibles pour le genre. C’est donc plaisant à lire sans atteindre des sommets inégalés. Pas mal, quoi… mais j’ai vraiment peur que la suite ne sombre dans le lieu commun. ***Petite mise à jour après lecture des trois premiers tomes*** Ce que je craignais dès le premier tome a tendance à se concrétiser : le déroulement de l'histoire est très répétitif. La série ronronne, se satisfaisant de l'idée de départ, et tricote autour des relations entre les personnages. Alors, de deux choses, l'une : soit l'autrice parvient à densifier et à diversifier son intrigue, soit je vais être furieusement tenté de laisser tomber l'affaire.
Les Ombres de Maui
Voilà une BD graphiquement assez splendide. C'est typiquement le genre de truc qui vous immerge direct dans l'ambiance, et tout (ou presque) repose sur le dessin. Un noir profond, un trait alerte. La classe ! Hawaï sonnait pour moi, quand j'étais ado/jeune adulte, comme une terre promise, un fantasme peuplé de véliplanchistes. C'est en effet sur cette terre battue par le swell, perdue au beau milieu du Pacifique, qu'avaient trouvé refuge les héros de ma jeunesse, les Robert Teriitéhau et autres Robby Naish (oui oui, je sais : j'ai été sportif dans une autre vie...). Kikuo Johnson, lui, en dresse un portrait moins reluisant, loin des clichés. R. Kikuo Johnson est un natif de l'île (Maui donc), située dans l'archipel de Hawai. Il y a grandi, et on sent bien qu'il connait intimement l'âme de cette terre isolée de tout. Il arrive parfaitement à nous faire saisir ce que peut être la vie d'un insulaire de la dite-terre, une sorte de désolation qui vous condamne à fuir ou à abandonner toute autre perspective que de se laisser couler dans le désœuvrement. Sans doute a-t-il balancé dans ce récit quelque chose de très personnel. En soi, c'est déjà un petit exploit que de parvenir à retranscrire toutes ces émotions, à prendre de la distance avec ses sentiments tout en conservant la chaleur du vécu. Le dessin est la grande force de cette BD ; à travers lui, l'auteur nous fait toucher du doigt l'impalpable de la condition de... Mauian ??? (Il ne semble pas exister de gentilé pour Maui). Belle ambiance donc. Mais alors pourquoi 3/5 s'étonnera-ton ??? Mais oui, pourquoi ? Je crois que c'est la fin de cette fin, trop brutale à mon goût, ainsi qu'un petit manque de sens dans l'attitude globale des personnages dont on perd un peu la substance sur la toute fin, qui a présidé mon jugement. Difficile à expliquer car en réalité, il s'agit bien davantage d'un ressenti que de quelque chose de réellement conscient. En fait, tout se passe comme si j'avais absolument voulu adorer cette lecture, ce qui est effectivement le cas sur les trois quarts (et non les trois tiers - ceci est une private joke). Ce n'est pas tant le fait qu'à la fin, rien ne soit vraiment résolu (car cela n'est absolument pas un critère pour moi), mais plutôt que j'imaginais une histoire à la Persona, le film de Bergman, avec une inversion des destins entre les personnages. C'est d'ailleurs ce qu'annonçait le pitch officiel. Or ce n'est pas vraiment ça. Du coup, j'ai un peu la sensation de passer à côté d'un truc, en même temps que je dubite sur la vacuité de la chose. C'est idiot, inexplicable : j'ai aimé le ton du récit, assez distancié mais très réaliste, ainsi que son déroulé général, mais je reste sur ma fin. Encore une fois c'est étrange parce qu'habituellement, ce sont des aspects qui ne me rebutent pas. Disons que ça commençait bien, très bien même avec ce trait sublime, mais que ça s'achève dans une froideur similaire à celle d'un Adrian Tomine ou d'un Daniel Clowes. Dommage ! Pour être tout à fait juste, j'aurais mis 3,5.
Emma G. Wildford
J'ai découvert cette BD qui est un très bel objet éditorial, entre la couverture s'ouvrant de façon originale et trois documents glissés dans la BD comme autant d'indices que l'on va découvrir au fur et à mesure de l'histoire. C'est intéressant et c'est une grosse qualité de la BD. Maintenant, je dois dire que la BD n'a pas non plus une histoire qui m'a transporté plus que ça. On a une jeune femme de la bonne société anglaise qui recherche son fiancé disparu lors d'une exploration dans le nord Scandinave. Sous des faux airs de Alexandra David-Neel, l'histoire peut sembler proche d'autres ouvrages (je pense à la série Une Aventure de Jeanne Picquigny) et de fait je m'attendais à ce qui arrive dans le final. D'ailleurs ça m'a rappelé aussi des histoires de Jack London, sans trop savoir si le récit en est inspiré ou non. Toujours est-il que j'ai trouvé le déroulé sans grande surprise et que les indices semés au début sont assez vite explicite dans le récit. J'aurais aimé une plus grande interaction laissé au lecteur, le choix de comprendre les choses petit à petit. Dommage, l'idée est bonne mais l'utilisation est assez peu développée. Pour le reste, j'ai trouvé que le récit reste assez classique aussi. Pas de grande surprise à la lecture, même si elle reste satisfaisante. C'est surtout le dessin que j'ai apprécié. Il est très joli et c'est la première fois que je lis une BD de Edith, son trait m'a plu. Je suis assez preneur d'une nouvelle BD de sa part en tout cas !