Je ne connaissais pas du tout ce Jérôme Bigras et en le découvrant, lui et sa présentation, je m'imaginais une petite série B cheap, underground et démodée. Et pourtant non seulement ça a très bien vieilli, mais surtout elle fourmille de bonnes idées et d'un humour qui n'a pas vieilli et qui marche souvent très bien.
L'auteur joue beaucoup sur le média BD lui-même, avec de nombreux gags rappelant les idées de l'OuBaPo : jeux entre le recto et le verso d'une page, mises en abymes à plusieurs niveaux, sauts dans le temps d'une case à une autre, histoire dont vous êtes le héros où il faut se rendre à telle ou telle case selon vos choix, pages à regarder en transparence pour voir apparaitre les dessins du verso, et autres idées du même genre. Même s'il n'y a là rien d'exceptionnellement novateur, d'autres ayant déjà testé la majorité de ces concepts auparavant, ça marche souvent bien.
L'humour également fonctionne. A base d'absurde, de comique de situation et de répliques percutantes, il m'a souvent vraiment fait rire. J'ai aussi aimé les quelques expressions québécoises présentes ici et là, pas trop heureusement pour un lecteur français, car elles ajoutent à l'impact et la vie des dialogues humoristiques.
Et le dessin est bon lui aussi, avec un trait maîtrisé et des personnages aux bouilles amusantes.
Pourtant, je ne peux pas dire que j'ai complètement aimé cette BD. Déjà parce que toutes les histoires ne sont pas aussi drôles, certaines étant même légèrement ennuyeuses.
Et ensuite parce que j'ai un sentiment de confusion dans la mise en page, de trop grande densité. On sent que l'auteur veut en dire énormément dans le format de 2 pages auquel il est souvent contraint par la publication initiale dans le magazine Croc et qu'il s'y sent à l'étroit. Cela se ressent dans le dessin qui a l'air condensé, avec des personnages qui ont l'air de sortir des cases tellement ils s'y sentent coincés, beaucoup de détails, de dialogues partout, et le tout ressort avec cette même impression visuelle que certains vieux comics underground que je trouve pénibles à lire. Cela ne coule pas bien à la lecture et ça fatigue à la longue. Les mêmes histoires et les mêmes gags auraient gagné à être étalés sur plus de pages, avec une mise en scène plus aérée et un rythme mieux géré, moins échevelé.
Ce n'est donc pas parfait mais j'ai quand même été agréablement surpris par cette lecture typiquement québécoise.
J'ai un peu de mal avec les comics réunissant plusieurs super-héros comme les Avengers ou la Ligue de Justice, côté DC. Cela sonne toujours un peu faux à mon goût. Je suis pourtant extrêmement friand de comics, je voue un culte à Batman et Spider-man et apprécie nombre d'autres héros (Wolverine, Hulk ou Flash entre autres). Mais je ne saurais pas trop dire pourquoi, j'ai du mal quand ils se réunissent, j'aime tellement l'idée qu'ils doivent être un peu seul contre tous que de les voir évoluer en synergie me pose problème (j'aimerais d'ailleurs bien savoir si je suis le seul à penser ainsi). J'apprécie pourtant fortement les équipes comme les Gardiens de la Galaxie mais je les considère comme étant un ensemble homogène. Là, avec les Avengers, y'a un truc qui cloche, qui me gêne, comme si cette réunion de supers n'était que trop artificielle.
Néanmoins, j'ai apprécié les films du MCU, justement pour cet aspect, c'est paradoxal... ou pas en fait ! Le MCU a justement été conçu pour réunir les supers (parce que réalisé après la lecture des comics) alors que les comics Marvel ne les ont finalement réunis, me semble-t-il, qu'a posteriori, à des fins évidemment mercantiles. Et ça ne marche que moyennement, à mon avis.
Age of Ultron ne déroge pas à la règle. La trame du scénario tient la route avec cette IA qui prend le pouvoir sur les humains, se rendant compte que le problème de notre planète vient justement de ces humains qui la peuplent et qui la gouvernent. Le "personnage" d'Ultron est parfait en cela, froid, pragmatique, dénué de sentiments. J'ai apprécié ma lecture et je voulais savoir comment nos super allaient s'en sortir (et donc l'humanité dénuée de pouvoir, en creux, même si celle-ci est totalement absente de l'ouvrage). Le dessin est un chouette dessin de comics, tel que je l'apprécie dans ce genre d’œuvre.
Mais, comme je l'ai largement mentionné en introduction, je suis resté sur ma faim. Et je pense sincèrement que les raisons évoquées ci-dessus expliquent cela. Trop de supers avec inévitablement l'impression que certains ne sont là que pour répondre à une sorte de cahier des charges quant à leur seule présence tellement ils ne servent pas à grand chose. Et en fait, en dehors d'embrouiller le récit en le complexifiant trop là où cela ne doit pas être le cas, leurs présences n'apportent rien au récit. C'est dommage.
Un autre défaut a gêné ma lecture. Comme si l'auteur n'avait pas le temps de développer certains arcs scénaristiques, il se permet des ellipses qui affaiblissent considérablement la continuité des péripéties de nos héros. Si j'étais un poil sarcastique, je pourrai tout à fait mettre cela sur le fait qu'à la place de développer telle scène ou tel enchaînement, il a vite dû donner une ligne de dialogue à ce super-héros qui devait apparaître coûte que coûte, cahier des charges oblige. Je n'en sais strictement rien mais cela m'a traversé l'esprit à plusieurs reprises durant ma lecture.
Bref, j'ai passé un moment loin d'être désagréable à la lecture de cet Age of Ultron mais je le répète, il y a un truc qui ne fonctionne pas tout à fait...
Je vais rester dans la moyenne, un album qui se laisse bien lire mais qui marquera peu.
D’ailleurs je suis un peu déçu d’apprendre que les premières pages avaient déjà été publiées dans un autre recueil sur la thématique des transports en commun, à la base cette histoire n’appelait pas de suite particulière.
Heureusement les auteurs ont suffisamment de talents pour que le lecteur ne s’en rende pas compte, il n’y a pas de coupure ou de soucis de transition qui accentueraient ce côté artificiel.
On retrouve la patte des auteurs, un récit du quotidien, citadin et un peu bobo. Notre héros un peu perdu, a gagné au loto, il n’aura pas la réaction de monsieur tout le monde.
Le ton développé est léger, l’histoire sans être surprenante est fluide, aidée par une mise en page et des couleurs agréables.
Sympa mais dispensable.
Delcourt réédite ce recueil de gags de Fabcaro paru chez Vide Cocagne en 2015. Ces gags en une planche de quelques cases sont tous construits sur le même moule : une intervieweuse face à un personnage au patronyme composé uniquement de prénoms (Jean-Max Gérard, Charles-Yves Alain, etc.). Ces personnages tous plus ahurissants ou abrutis les uns que les autres donnent lieu à une kyrielle de scènes toutes plus hallucinantes les unes que les autres, le tout avec plus ou moins de réussite pour leur côté humoristique (c'est toute la limite et la difficulté de ce genre d'exercice...)
On ne s'attardera pas sur le dessin minimaliste et assez peu expressif, tout est dans la saveur et le décalage des dialogues qui font (comme très souvent) toute la saveur de la production de Fabcaro.
Alors oui, ça se lit tranquillement, on sourit, on rit même parfois et quelques fois, pas grand chose. C'est plus un album dans lequel on aimera piocher quelques gags avec parcimonie plutôt qu'à lire d'une traite pour s'épargner le côté répétitif.
J'avais au moins deux bonnes raisons pour lire cet ouvrage : j'aime bien le travail de Magali Le Huche et je pense rentrer dans la catégorie des nouveaux pères (ou papa poule à mon époque).
C'est dire si la thématique m'intéresse puisque j'ai repris un ticket valable au-delà de la limite. Comme le montre Gwendoline Raisson ce n'est pas si facile de se sentir toujours à sa place dans notre société "post-moderne" en ce qui concerne la maternité et la paternité.
La société des années 70 et 80 a beaucoup oeuvré pour que les femmes puissent accéder à juste titre aux mêmes postes et responsabilités que les hommes. Comme je suis pleinement d'accord avec cette évidence longtemps niée je trouve que la réciproque doit être vraie.
Comme le montre le scénario de Gwendoline ce n'est pas toujours évident dans le domaine de la petite enfance (moins de six ans).
La conception traditionnelle des tâches reste largement ancrée d'une façon consciente (couples empreints de tradition, non présents dans l'ouvrage) ou inconsciente comme le montre le couple Barbara/Philippe du livre.
Les autrices abordent les thèmes fondamentaux de la dévalorisation sociale ou de la castration psychologique qui peuvent miner la situation. Perso je ne me suis jamais senti dévalué ni dans ma masculinité, ni dans ma place sociale quand j'ai élevé mes enfants.
Au contraire cela donne de la force de faire ce que l'on aime. Car c'est le plus grand défaut de l'ouvrage à mes yeux qui ne se place pas assez au niveau de l'enfant. Les autrices sont probablement trop jeunes pour comprendre que la gratification vient avec le temps.
Je regrette ainsi que les autrices ne mettent pas en avant les qualités qu'un homme peut recevoir par ce choix au-delà d'être un gentil toutou émasculé : qualité d'écoute, dépossession de soi, travail sur le temps long et patience sont des fruits qui m'ont beaucoup servi dans le monde associatif.
Le graphisme de Magali Le Huche se prête parfaitement à l'esprit humoristique du récit. Son trait fin et souple traduit bien les expressions intimes de ces femmes. L'autrice a su capter l'essentiel des situations. Une jolie mise en couleur agrémente une lecture plaisante.
Une lecture originale qui touche la famille, un fondement traditionnel de toutes les sociétés. Une invite à dépasser nos idées reçues. Un bon 3
L'aspect de l'album, du moins le tome 1 de cette série québécoise ambitieuse, pourrait rebuter de prime abord : il frôle les 450 pages, et le style graphique est assez naïf, et les dialogues prennent parfois beaucoup, beaucoup de place.
Pourtant, même si la lecture m'a pris presque trois soirées, je dois dire qu'il ne faut pas se fier aux apparences, une fois de plus. Le style naïf (je fais bien sûr un raccourci) ne signifie bien sûr pas une BD destinée aux enfants, et si les dialogues, s'ils sont nombreux, n'en sont pas moins assez savoureux. Samuel Cantin joue beaucoup avec la langue, les quiproquos, les mauvaises compréhensions. Auteur québécois, le vocabulaire qu'il emploie est riche, comporte des anglicismes et des locutions typiquement québécoises. Pour un(e) Français(e) de France, cela n'est cependant pas gênant, le contexte et les développements permettent de comprendre les expressions de la Belle Province. Il n'y a qu'en une occasion où le sens d'un mot m'a échappé, et vue la réaction des interlocuteurs, il devait y avoir un sens bien particulier. Mais hormis l'incompréhension très momentanée, la fluidité reste assez constante.
Le style graphique est, comme je l'indiquais, plutôt naïf. Cela risque d'échauder un certain lectorat, surtout amateur de western à la sauce "réaliste" avec Jean Giraud et ses héritiers. On en est bien sûr très loin, mais l'énergie dégagée par la mise en scène, plutôt épurée, permet une grande lisibilité la plupart du temps.
Dans l'ensemble on ne s'ennuie pas, et pour peu que l'on n'ait pas peur des gros albums, cette lecture est loin d'être désagréable, Samuel Cantin proposant des thématiques très modernes dans ce cadre habituellement codifié qu'est le western. Il y a aussi un humour assez absurde, un peu à la Fabcaro, qui baigne sur l'ensemble. Ce décalage fait de cette série quelque chose d'assez unique.
Découvert à sa sortie, j’en gardais une bien meilleure impression que celle laissée par ma récente relecture.
Un bon 3* mais ça n’ira pas plus haut.
Visuellement rien a dire, c’est sublime de bout en bout : paysages, couleurs, découpages …
Ça fait même peur si on compare à la production actuelle de l’auteur, les 2 derniers Jeremiah étaient d’une telle pitié. J’en avais oublié son talent … qui ici nous éblouit, une bonne piqûre de rappel pour ma part.
Mais c’est surtout l’histoire qui s’est avérée moins marquante que dans mon souvenir.
Le côté peu développé autour de Wild Bill ne m’a pas dérangé, bien au contraire. Je préfère lire une histoire originale, mais cette dernière se révèle un peu prévisible. Les péripéties, pour que notre héros apprenne les leçons de la vie, s’enchaînent bien. On retrouve la patte de l’auteur avec ce côté désabusé sur le genre humain.
Un récit honnête, c’est fluide mais finalement pas si marquant que ça, la faute aux personnages, je ne me suis attaché à aucun d’eux.
J'ai décidé de prendre cette BD et de la lire parce que je suis actuellement dans une création de collectif. Et qu'un tel témoignage est un véritable trésor dans ce genre d'aventures, nous livrant un témoignage plutôt complet sur la question de comment faire pour vivre ensemble, surtout lorsque presque personne n'a pu réellement nous l'apprendre.
La BD est donc un témoignage de première main, et j'ai mis pas mal de temps à comprendre qui était l'auteur (je ne suis pas très réactif), puisque le récit se permet de faire un tour d'horizon de l'ensemble des protagonistes. Et c'est une des grandes forces de cette BD : montrer les avis différents, les points de vue et les réactions de chacun. Il est facile de montrer un moment où ça ne va pas et dire que c'est la faute de X, il est plus difficile de montrer que chacun à ses raisons d'agir comme il le fait. Et que ces raisons peuvent être parfaitement légitimes aussi.
Ainsi, dans le récit certaines personnes vont se séparer, mal vivre leur rupture, se sentir exclus ou de trop, ne pas réussir à s'intégrer et autres choses… Sur les années qui passent, on sent que tout peut changer et capoter, que se maintenir ensemble est un travail constant et épuisant. La BD ne ferme jamais les yeux sur les difficultés et c'est un plaisir de lire tout ce qui peut devenir source de tension. Plusieurs fois, j'ai vu même venir en avance ce qui allait devenir une source de tension plus tard dans le récit.
L'autre point fort est la linéarité du récit qui permet de sentir le passage du temps. On ne reste pas thématique, ce qui permet de voir l'intrication progressive de tous les aspects de la vie ensemble. Il faut suivre (surtout pour les personnages dont les têtes se ressemblent) mais dans l'idée j'aime beaucoup le fait de ressentir cet aspect vivant.
Maintenant, la BD a des limites aussi malheureusement. C'est tout d'abord le fait que l'humain retient bien mieux les passages de tensions que les passages de bonheur (qui passent toujours trop vite) et à la fin de la BD, je trouve qu'on ne sent pas spécialement les six ou sept ans qui sont passés et tous les moments agréables. Comme chaque fois que l'on voit les gens interagir c'est de façon agacé, ils semblent continuellement se faire la gueule. Je comprends que c'est une façon de représenter les choses, mais je pense qu'il aurait réellement fallu mettre plus de planches de vie simple, les moments ensemble, agréables, les petits riens de la vie. Qu'on sente plus le côté communautaire sympa qui a existé.
L'autre hic, c'est que j'ai eu un peu la sensation de me perdre parmi les personnages. Malheureusement, je suis franchement nul à retenir les prénoms et les têtes de certains personnages étant trop proches, j'avais parfois du mal à distinguer qui est qui. Un petit souci, puisque ça ne m'a pas empêché de suivre ma lecture mais avec des ralentissements parfois pour resituer qui est qui. D'ailleurs un développement des personnages aurait été bien, notamment une façon de comprendre qui est chacun, ce qu'il fait et sa façon d'être. C'est distillé au fur et à mesure du récit, mais le mettre en introduction de la BD aurait aidé à se resituer par la suite.
En fin de compte, je trouve la BD agréable et plaisante à lire. Elle peut donner l'impression que la vie en communauté est impossible, mais je trouve qu'elle met bien en avant toutes les difficultés qui peuvent arriver dans ce genre de projet. Je vois les petits détails qui ont sans doute joué (le fait qu'à la base le projet soit acheté par deux personnes puis redistribué progressivement) et les moments où il aurait fallu parler, signer ou échanger plus nettement. Mais dans l'ensemble, je trouve qu'il se dégage de cette BD une énergie positive. Au final, tout n'a pas explosé et malgré les difficultés, tout continue ! C'est ce qui fait que je ressors de la BD convaincu que c'est possible, qu'il faut le faire pour tout un tas de raisonw mais aussi que nous ne sommes qu'au début de la réflexion du vivre ensemble. Il reste encore beaucoup à apprendre !
Plusieurs individus se présentent dans un grand hôtel de montagne avec pour seule invitation un carton numéroté de 1 à 12. Ils semblent tous se connaitre pour la plupart mais pas forcément s'apprécier.
Pendant que l'hôtel se vide de tout personnel et autres clients s'installe un jeu du chat et de la souris. Quel est le but de cette étrange assemblée qui partage anecdotes et repas mais semble vouloir en découdre dès la première occasion ?
"Douze" est un titre intriguant. Qu'il s'agisse de son titre rappelant au passage la série "Sept" dirigée par David Chauvel chez le même éditeur ou de sa superbe couverture au rendu hypnotique, tout laisse paraitre une ambiance pesante et haletante. Il faudra attendre les deux tiers d'un récit qui s'amuse à prendre son temps pour battre les cartes avant que la dernière partie impose l'hécatombe tant attendue.
Car cette réunion de douze tueurs ou types aux intentions louches lorgne davantage du huis clos façon Tarantino et ses Huit Salopards que de Shining dont on reprend ici le décor : une neige immaculée et bientôt tachée de sang dans un lieu isolé de tout.
Qui est l'hydre ? Ce personnage masqué ayant réuni les douze protagonistes ? Quel est le but de ce colloque ? Si la conclusion se veut définitive, une relecture s'imposera pour bien en comprendre les enjeux. La première partie a beau être lente et parfois partir dans toutes les directions, c'est également celle qui m'aura le plus accroché comme une longue mise en bouche. On parle ici d'une lecture d'ambiance, d'un polar simple et sans concessions et bon dieu que cela fait du bien ! Le dessin d'Hervé Boivin propose une ligne claire élégante et permet de passer un excellent moment. Les dialogues ne sont pas en reste et chaque personnage est rapidement identifiable au bout de quelques pages.
Même si le tout ne me laissera pas de souvenir indélébile comme Lucy Loyd's nightmare des mêmes présumés auteurs, ce polar reste de très bonne facture.
« Les chasses du comte Zaroff » est un titre qui me parle, sans que j’aie vu le film en question (pas plus que la nouvelle qui l’a inspiré). Et c’est bien dommage, il faudra bien que je la découvre, car elle a été coréalisée par Schoedsack, aussi coréalisateur du génial « King Kong » !
C’est donc sans ces points de comparaison que j’ai lu la version- ou plutôt la sorte de suite – imaginée par Runberg.
Le résultat est globalement bon, très efficace. En effet, tout est misé sur l’action, le rythme – au détriment de la profondeur des personnalités. Nous suivons donc une énorme chasse à l’homme (ou plutôt deux chasses en une !), sans aucun temps mort. Et là Runberg a cherché à placer tous les clichés du genre : sur une île déserte, des animaux sauvages, des pièges, une nature hostile (avec de gros orages), un rapport de force au départ déséquilibré, mais qui permet de faire disparaître au fur et à mesure un grand nombre de personnes pour un rééquilibrage final, etc. Bref, du déjà vu (voir « Jurassic Park : le monde perdu » de Spielberg, par exemple, qui inverse lui aussi les rapports entre chasseurs et chassés). Le côté niaiseux en moins, le pitch de la chasse à l’homme m’a aussi fait penser à un épisode de la pauvre série « L’île fantastique » (je ne sais plus trop pourquoi ?).
Il faut donc accepter d’entrer sans trop de questions dans l’intrigue qui, un peu bâtie sur du réchauffé, est quand même bien fichue. Il faut aussi faire abstraction des quelques facilités scénaristiques (la très rapide reconstruction d’un nouveau territoire de chasse et d’un château par Zaroff, sur une île loin de tout, la vitesse incroyable à laquelle son sbire fabrique un brancard pour son neveu, ainsi que la vitesse des déplacements de Zaroff sur son île pour éliminer ses poursuivants – sur la plage en particulier, etc.).
Cela dit, l’histoire se laisse lire rapidement, elle est assez prenante, et agréable. D’autant plus que Miville-Deschênes a encore progressé, son trait étant plus dynamique (les visages moins statiques, figés par exemple) que pour sa précédente collaboration avec Runberg, « Reconquêtes ».
****************
Maj après lecture du tome 2 (La vengeance de Zaroff).
j'ai retrouvé dans ce deuxième album le beau dessin de Miville-Deschênes, qui se trouve aussi à l'aise à représenter les étendues hivernales russes que la jungle tropicale. C'est en tout cas un réel plus, et rend agréable la lecture.
Quant à l'histoire, elle se laisse lire, c'est dynamique , sans fioriture ni vraie psychologie, les amateurs de récits guerriers et d'action y trouveront leur compte.
Mais ils doivent être prêts à avaler plus de couleuvres que dans le premier tome. En effet, les grandes lignes, comme pas mal de détails sont vraiment improbables et menacent franchement la crédibilité de l'ensemble. Aller chercher une savante russe à Moscou, en pleine offensive allemande de 1941, traverser les lignes allemandes et russes aussi facilement dans les deux sens, retrouver son chemin (même si on est sensé être originaire du pays) dans la nuit, la neige et en pleine bataille, voila bien un exploit improbable de Zaroff, qui n'oublie pas de trouver le temps de mettre en scène toutes ses tueries. Et je ne parle pas de l'aller retour d'avions américains pour déposer le commando et venir chercher les survivants, dans une zone concentrant sans doute des milliers d'avions russes et allemands...
Mais si vous acceptez ce lot de facilités (et d'autres), ça peut être une lecture défouloir plaisante. Un album qui peut tout à fait être lu sans connaitre le premier tome, tant Runberg s'est écarté de l'intrigue d'origine (et je ne parle pas seulement du cadre géographique).
Bref, une belle mise en images d'une fantaisie guerrière que Runberg a voulu un peu trop "too much".
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Jérôme Bigras
Je ne connaissais pas du tout ce Jérôme Bigras et en le découvrant, lui et sa présentation, je m'imaginais une petite série B cheap, underground et démodée. Et pourtant non seulement ça a très bien vieilli, mais surtout elle fourmille de bonnes idées et d'un humour qui n'a pas vieilli et qui marche souvent très bien. L'auteur joue beaucoup sur le média BD lui-même, avec de nombreux gags rappelant les idées de l'OuBaPo : jeux entre le recto et le verso d'une page, mises en abymes à plusieurs niveaux, sauts dans le temps d'une case à une autre, histoire dont vous êtes le héros où il faut se rendre à telle ou telle case selon vos choix, pages à regarder en transparence pour voir apparaitre les dessins du verso, et autres idées du même genre. Même s'il n'y a là rien d'exceptionnellement novateur, d'autres ayant déjà testé la majorité de ces concepts auparavant, ça marche souvent bien. L'humour également fonctionne. A base d'absurde, de comique de situation et de répliques percutantes, il m'a souvent vraiment fait rire. J'ai aussi aimé les quelques expressions québécoises présentes ici et là, pas trop heureusement pour un lecteur français, car elles ajoutent à l'impact et la vie des dialogues humoristiques. Et le dessin est bon lui aussi, avec un trait maîtrisé et des personnages aux bouilles amusantes. Pourtant, je ne peux pas dire que j'ai complètement aimé cette BD. Déjà parce que toutes les histoires ne sont pas aussi drôles, certaines étant même légèrement ennuyeuses. Et ensuite parce que j'ai un sentiment de confusion dans la mise en page, de trop grande densité. On sent que l'auteur veut en dire énormément dans le format de 2 pages auquel il est souvent contraint par la publication initiale dans le magazine Croc et qu'il s'y sent à l'étroit. Cela se ressent dans le dessin qui a l'air condensé, avec des personnages qui ont l'air de sortir des cases tellement ils s'y sentent coincés, beaucoup de détails, de dialogues partout, et le tout ressort avec cette même impression visuelle que certains vieux comics underground que je trouve pénibles à lire. Cela ne coule pas bien à la lecture et ça fatigue à la longue. Les mêmes histoires et les mêmes gags auraient gagné à être étalés sur plus de pages, avec une mise en scène plus aérée et un rythme mieux géré, moins échevelé. Ce n'est donc pas parfait mais j'ai quand même été agréablement surpris par cette lecture typiquement québécoise.
Age of Ultron
J'ai un peu de mal avec les comics réunissant plusieurs super-héros comme les Avengers ou la Ligue de Justice, côté DC. Cela sonne toujours un peu faux à mon goût. Je suis pourtant extrêmement friand de comics, je voue un culte à Batman et Spider-man et apprécie nombre d'autres héros (Wolverine, Hulk ou Flash entre autres). Mais je ne saurais pas trop dire pourquoi, j'ai du mal quand ils se réunissent, j'aime tellement l'idée qu'ils doivent être un peu seul contre tous que de les voir évoluer en synergie me pose problème (j'aimerais d'ailleurs bien savoir si je suis le seul à penser ainsi). J'apprécie pourtant fortement les équipes comme les Gardiens de la Galaxie mais je les considère comme étant un ensemble homogène. Là, avec les Avengers, y'a un truc qui cloche, qui me gêne, comme si cette réunion de supers n'était que trop artificielle. Néanmoins, j'ai apprécié les films du MCU, justement pour cet aspect, c'est paradoxal... ou pas en fait ! Le MCU a justement été conçu pour réunir les supers (parce que réalisé après la lecture des comics) alors que les comics Marvel ne les ont finalement réunis, me semble-t-il, qu'a posteriori, à des fins évidemment mercantiles. Et ça ne marche que moyennement, à mon avis. Age of Ultron ne déroge pas à la règle. La trame du scénario tient la route avec cette IA qui prend le pouvoir sur les humains, se rendant compte que le problème de notre planète vient justement de ces humains qui la peuplent et qui la gouvernent. Le "personnage" d'Ultron est parfait en cela, froid, pragmatique, dénué de sentiments. J'ai apprécié ma lecture et je voulais savoir comment nos super allaient s'en sortir (et donc l'humanité dénuée de pouvoir, en creux, même si celle-ci est totalement absente de l'ouvrage). Le dessin est un chouette dessin de comics, tel que je l'apprécie dans ce genre d’œuvre. Mais, comme je l'ai largement mentionné en introduction, je suis resté sur ma faim. Et je pense sincèrement que les raisons évoquées ci-dessus expliquent cela. Trop de supers avec inévitablement l'impression que certains ne sont là que pour répondre à une sorte de cahier des charges quant à leur seule présence tellement ils ne servent pas à grand chose. Et en fait, en dehors d'embrouiller le récit en le complexifiant trop là où cela ne doit pas être le cas, leurs présences n'apportent rien au récit. C'est dommage. Un autre défaut a gêné ma lecture. Comme si l'auteur n'avait pas le temps de développer certains arcs scénaristiques, il se permet des ellipses qui affaiblissent considérablement la continuité des péripéties de nos héros. Si j'étais un poil sarcastique, je pourrai tout à fait mettre cela sur le fait qu'à la place de développer telle scène ou tel enchaînement, il a vite dû donner une ligne de dialogue à ce super-héros qui devait apparaître coûte que coûte, cahier des charges oblige. Je n'en sais strictement rien mais cela m'a traversé l'esprit à plusieurs reprises durant ma lecture. Bref, j'ai passé un moment loin d'être désagréable à la lecture de cet Age of Ultron mais je le répète, il y a un truc qui ne fonctionne pas tout à fait...
Un peu avant la fortune
Je vais rester dans la moyenne, un album qui se laisse bien lire mais qui marquera peu. D’ailleurs je suis un peu déçu d’apprendre que les premières pages avaient déjà été publiées dans un autre recueil sur la thématique des transports en commun, à la base cette histoire n’appelait pas de suite particulière. Heureusement les auteurs ont suffisamment de talents pour que le lecteur ne s’en rende pas compte, il n’y a pas de coupure ou de soucis de transition qui accentueraient ce côté artificiel. On retrouve la patte des auteurs, un récit du quotidien, citadin et un peu bobo. Notre héros un peu perdu, a gagné au loto, il n’aura pas la réaction de monsieur tout le monde. Le ton développé est léger, l’histoire sans être surprenante est fluide, aidée par une mise en page et des couleurs agréables. Sympa mais dispensable.
Talk Show
Delcourt réédite ce recueil de gags de Fabcaro paru chez Vide Cocagne en 2015. Ces gags en une planche de quelques cases sont tous construits sur le même moule : une intervieweuse face à un personnage au patronyme composé uniquement de prénoms (Jean-Max Gérard, Charles-Yves Alain, etc.). Ces personnages tous plus ahurissants ou abrutis les uns que les autres donnent lieu à une kyrielle de scènes toutes plus hallucinantes les unes que les autres, le tout avec plus ou moins de réussite pour leur côté humoristique (c'est toute la limite et la difficulté de ce genre d'exercice...) On ne s'attardera pas sur le dessin minimaliste et assez peu expressif, tout est dans la saveur et le décalage des dialogues qui font (comme très souvent) toute la saveur de la production de Fabcaro. Alors oui, ça se lit tranquillement, on sourit, on rit même parfois et quelques fois, pas grand chose. C'est plus un album dans lequel on aimera piocher quelques gags avec parcimonie plutôt qu'à lire d'une traite pour s'épargner le côté répétitif.
A la recherche du Nouveau Père
J'avais au moins deux bonnes raisons pour lire cet ouvrage : j'aime bien le travail de Magali Le Huche et je pense rentrer dans la catégorie des nouveaux pères (ou papa poule à mon époque). C'est dire si la thématique m'intéresse puisque j'ai repris un ticket valable au-delà de la limite. Comme le montre Gwendoline Raisson ce n'est pas si facile de se sentir toujours à sa place dans notre société "post-moderne" en ce qui concerne la maternité et la paternité. La société des années 70 et 80 a beaucoup oeuvré pour que les femmes puissent accéder à juste titre aux mêmes postes et responsabilités que les hommes. Comme je suis pleinement d'accord avec cette évidence longtemps niée je trouve que la réciproque doit être vraie. Comme le montre le scénario de Gwendoline ce n'est pas toujours évident dans le domaine de la petite enfance (moins de six ans). La conception traditionnelle des tâches reste largement ancrée d'une façon consciente (couples empreints de tradition, non présents dans l'ouvrage) ou inconsciente comme le montre le couple Barbara/Philippe du livre. Les autrices abordent les thèmes fondamentaux de la dévalorisation sociale ou de la castration psychologique qui peuvent miner la situation. Perso je ne me suis jamais senti dévalué ni dans ma masculinité, ni dans ma place sociale quand j'ai élevé mes enfants. Au contraire cela donne de la force de faire ce que l'on aime. Car c'est le plus grand défaut de l'ouvrage à mes yeux qui ne se place pas assez au niveau de l'enfant. Les autrices sont probablement trop jeunes pour comprendre que la gratification vient avec le temps. Je regrette ainsi que les autrices ne mettent pas en avant les qualités qu'un homme peut recevoir par ce choix au-delà d'être un gentil toutou émasculé : qualité d'écoute, dépossession de soi, travail sur le temps long et patience sont des fruits qui m'ont beaucoup servi dans le monde associatif. Le graphisme de Magali Le Huche se prête parfaitement à l'esprit humoristique du récit. Son trait fin et souple traduit bien les expressions intimes de ces femmes. L'autrice a su capter l'essentiel des situations. Une jolie mise en couleur agrémente une lecture plaisante. Une lecture originale qui touche la famille, un fondement traditionnel de toutes les sociétés. Une invite à dépasser nos idées reçues. Un bon 3
Shérif Junior
L'aspect de l'album, du moins le tome 1 de cette série québécoise ambitieuse, pourrait rebuter de prime abord : il frôle les 450 pages, et le style graphique est assez naïf, et les dialogues prennent parfois beaucoup, beaucoup de place. Pourtant, même si la lecture m'a pris presque trois soirées, je dois dire qu'il ne faut pas se fier aux apparences, une fois de plus. Le style naïf (je fais bien sûr un raccourci) ne signifie bien sûr pas une BD destinée aux enfants, et si les dialogues, s'ils sont nombreux, n'en sont pas moins assez savoureux. Samuel Cantin joue beaucoup avec la langue, les quiproquos, les mauvaises compréhensions. Auteur québécois, le vocabulaire qu'il emploie est riche, comporte des anglicismes et des locutions typiquement québécoises. Pour un(e) Français(e) de France, cela n'est cependant pas gênant, le contexte et les développements permettent de comprendre les expressions de la Belle Province. Il n'y a qu'en une occasion où le sens d'un mot m'a échappé, et vue la réaction des interlocuteurs, il devait y avoir un sens bien particulier. Mais hormis l'incompréhension très momentanée, la fluidité reste assez constante. Le style graphique est, comme je l'indiquais, plutôt naïf. Cela risque d'échauder un certain lectorat, surtout amateur de western à la sauce "réaliste" avec Jean Giraud et ses héritiers. On en est bien sûr très loin, mais l'énergie dégagée par la mise en scène, plutôt épurée, permet une grande lisibilité la plupart du temps. Dans l'ensemble on ne s'ennuie pas, et pour peu que l'on n'ait pas peur des gros albums, cette lecture est loin d'être désagréable, Samuel Cantin proposant des thématiques très modernes dans ce cadre habituellement codifié qu'est le western. Il y a aussi un humour assez absurde, un peu à la Fabcaro, qui baigne sur l'ensemble. Ce décalage fait de cette série quelque chose d'assez unique.
On a tué Wild Bill
Découvert à sa sortie, j’en gardais une bien meilleure impression que celle laissée par ma récente relecture. Un bon 3* mais ça n’ira pas plus haut. Visuellement rien a dire, c’est sublime de bout en bout : paysages, couleurs, découpages … Ça fait même peur si on compare à la production actuelle de l’auteur, les 2 derniers Jeremiah étaient d’une telle pitié. J’en avais oublié son talent … qui ici nous éblouit, une bonne piqûre de rappel pour ma part. Mais c’est surtout l’histoire qui s’est avérée moins marquante que dans mon souvenir. Le côté peu développé autour de Wild Bill ne m’a pas dérangé, bien au contraire. Je préfère lire une histoire originale, mais cette dernière se révèle un peu prévisible. Les péripéties, pour que notre héros apprenne les leçons de la vie, s’enchaînent bien. On retrouve la patte de l’auteur avec ce côté désabusé sur le genre humain. Un récit honnête, c’est fluide mais finalement pas si marquant que ça, la faute aux personnages, je ne me suis attaché à aucun d’eux.
Le Collectif - Histoire de notre éco-hameau
J'ai décidé de prendre cette BD et de la lire parce que je suis actuellement dans une création de collectif. Et qu'un tel témoignage est un véritable trésor dans ce genre d'aventures, nous livrant un témoignage plutôt complet sur la question de comment faire pour vivre ensemble, surtout lorsque presque personne n'a pu réellement nous l'apprendre. La BD est donc un témoignage de première main, et j'ai mis pas mal de temps à comprendre qui était l'auteur (je ne suis pas très réactif), puisque le récit se permet de faire un tour d'horizon de l'ensemble des protagonistes. Et c'est une des grandes forces de cette BD : montrer les avis différents, les points de vue et les réactions de chacun. Il est facile de montrer un moment où ça ne va pas et dire que c'est la faute de X, il est plus difficile de montrer que chacun à ses raisons d'agir comme il le fait. Et que ces raisons peuvent être parfaitement légitimes aussi. Ainsi, dans le récit certaines personnes vont se séparer, mal vivre leur rupture, se sentir exclus ou de trop, ne pas réussir à s'intégrer et autres choses… Sur les années qui passent, on sent que tout peut changer et capoter, que se maintenir ensemble est un travail constant et épuisant. La BD ne ferme jamais les yeux sur les difficultés et c'est un plaisir de lire tout ce qui peut devenir source de tension. Plusieurs fois, j'ai vu même venir en avance ce qui allait devenir une source de tension plus tard dans le récit. L'autre point fort est la linéarité du récit qui permet de sentir le passage du temps. On ne reste pas thématique, ce qui permet de voir l'intrication progressive de tous les aspects de la vie ensemble. Il faut suivre (surtout pour les personnages dont les têtes se ressemblent) mais dans l'idée j'aime beaucoup le fait de ressentir cet aspect vivant. Maintenant, la BD a des limites aussi malheureusement. C'est tout d'abord le fait que l'humain retient bien mieux les passages de tensions que les passages de bonheur (qui passent toujours trop vite) et à la fin de la BD, je trouve qu'on ne sent pas spécialement les six ou sept ans qui sont passés et tous les moments agréables. Comme chaque fois que l'on voit les gens interagir c'est de façon agacé, ils semblent continuellement se faire la gueule. Je comprends que c'est une façon de représenter les choses, mais je pense qu'il aurait réellement fallu mettre plus de planches de vie simple, les moments ensemble, agréables, les petits riens de la vie. Qu'on sente plus le côté communautaire sympa qui a existé. L'autre hic, c'est que j'ai eu un peu la sensation de me perdre parmi les personnages. Malheureusement, je suis franchement nul à retenir les prénoms et les têtes de certains personnages étant trop proches, j'avais parfois du mal à distinguer qui est qui. Un petit souci, puisque ça ne m'a pas empêché de suivre ma lecture mais avec des ralentissements parfois pour resituer qui est qui. D'ailleurs un développement des personnages aurait été bien, notamment une façon de comprendre qui est chacun, ce qu'il fait et sa façon d'être. C'est distillé au fur et à mesure du récit, mais le mettre en introduction de la BD aurait aidé à se resituer par la suite. En fin de compte, je trouve la BD agréable et plaisante à lire. Elle peut donner l'impression que la vie en communauté est impossible, mais je trouve qu'elle met bien en avant toutes les difficultés qui peuvent arriver dans ce genre de projet. Je vois les petits détails qui ont sans doute joué (le fait qu'à la base le projet soit acheté par deux personnes puis redistribué progressivement) et les moments où il aurait fallu parler, signer ou échanger plus nettement. Mais dans l'ensemble, je trouve qu'il se dégage de cette BD une énergie positive. Au final, tout n'a pas explosé et malgré les difficultés, tout continue ! C'est ce qui fait que je ressors de la BD convaincu que c'est possible, qu'il faut le faire pour tout un tas de raisonw mais aussi que nous ne sommes qu'au début de la réflexion du vivre ensemble. Il reste encore beaucoup à apprendre !
Douze
Plusieurs individus se présentent dans un grand hôtel de montagne avec pour seule invitation un carton numéroté de 1 à 12. Ils semblent tous se connaitre pour la plupart mais pas forcément s'apprécier. Pendant que l'hôtel se vide de tout personnel et autres clients s'installe un jeu du chat et de la souris. Quel est le but de cette étrange assemblée qui partage anecdotes et repas mais semble vouloir en découdre dès la première occasion ? "Douze" est un titre intriguant. Qu'il s'agisse de son titre rappelant au passage la série "Sept" dirigée par David Chauvel chez le même éditeur ou de sa superbe couverture au rendu hypnotique, tout laisse paraitre une ambiance pesante et haletante. Il faudra attendre les deux tiers d'un récit qui s'amuse à prendre son temps pour battre les cartes avant que la dernière partie impose l'hécatombe tant attendue. Car cette réunion de douze tueurs ou types aux intentions louches lorgne davantage du huis clos façon Tarantino et ses Huit Salopards que de Shining dont on reprend ici le décor : une neige immaculée et bientôt tachée de sang dans un lieu isolé de tout. Qui est l'hydre ? Ce personnage masqué ayant réuni les douze protagonistes ? Quel est le but de ce colloque ? Si la conclusion se veut définitive, une relecture s'imposera pour bien en comprendre les enjeux. La première partie a beau être lente et parfois partir dans toutes les directions, c'est également celle qui m'aura le plus accroché comme une longue mise en bouche. On parle ici d'une lecture d'ambiance, d'un polar simple et sans concessions et bon dieu que cela fait du bien ! Le dessin d'Hervé Boivin propose une ligne claire élégante et permet de passer un excellent moment. Les dialogues ne sont pas en reste et chaque personnage est rapidement identifiable au bout de quelques pages. Même si le tout ne me laissera pas de souvenir indélébile comme Lucy Loyd's nightmare des mêmes présumés auteurs, ce polar reste de très bonne facture.
Zaroff
« Les chasses du comte Zaroff » est un titre qui me parle, sans que j’aie vu le film en question (pas plus que la nouvelle qui l’a inspiré). Et c’est bien dommage, il faudra bien que je la découvre, car elle a été coréalisée par Schoedsack, aussi coréalisateur du génial « King Kong » ! C’est donc sans ces points de comparaison que j’ai lu la version- ou plutôt la sorte de suite – imaginée par Runberg. Le résultat est globalement bon, très efficace. En effet, tout est misé sur l’action, le rythme – au détriment de la profondeur des personnalités. Nous suivons donc une énorme chasse à l’homme (ou plutôt deux chasses en une !), sans aucun temps mort. Et là Runberg a cherché à placer tous les clichés du genre : sur une île déserte, des animaux sauvages, des pièges, une nature hostile (avec de gros orages), un rapport de force au départ déséquilibré, mais qui permet de faire disparaître au fur et à mesure un grand nombre de personnes pour un rééquilibrage final, etc. Bref, du déjà vu (voir « Jurassic Park : le monde perdu » de Spielberg, par exemple, qui inverse lui aussi les rapports entre chasseurs et chassés). Le côté niaiseux en moins, le pitch de la chasse à l’homme m’a aussi fait penser à un épisode de la pauvre série « L’île fantastique » (je ne sais plus trop pourquoi ?). Il faut donc accepter d’entrer sans trop de questions dans l’intrigue qui, un peu bâtie sur du réchauffé, est quand même bien fichue. Il faut aussi faire abstraction des quelques facilités scénaristiques (la très rapide reconstruction d’un nouveau territoire de chasse et d’un château par Zaroff, sur une île loin de tout, la vitesse incroyable à laquelle son sbire fabrique un brancard pour son neveu, ainsi que la vitesse des déplacements de Zaroff sur son île pour éliminer ses poursuivants – sur la plage en particulier, etc.). Cela dit, l’histoire se laisse lire rapidement, elle est assez prenante, et agréable. D’autant plus que Miville-Deschênes a encore progressé, son trait étant plus dynamique (les visages moins statiques, figés par exemple) que pour sa précédente collaboration avec Runberg, « Reconquêtes ». **************** Maj après lecture du tome 2 (La vengeance de Zaroff). j'ai retrouvé dans ce deuxième album le beau dessin de Miville-Deschênes, qui se trouve aussi à l'aise à représenter les étendues hivernales russes que la jungle tropicale. C'est en tout cas un réel plus, et rend agréable la lecture. Quant à l'histoire, elle se laisse lire, c'est dynamique , sans fioriture ni vraie psychologie, les amateurs de récits guerriers et d'action y trouveront leur compte. Mais ils doivent être prêts à avaler plus de couleuvres que dans le premier tome. En effet, les grandes lignes, comme pas mal de détails sont vraiment improbables et menacent franchement la crédibilité de l'ensemble. Aller chercher une savante russe à Moscou, en pleine offensive allemande de 1941, traverser les lignes allemandes et russes aussi facilement dans les deux sens, retrouver son chemin (même si on est sensé être originaire du pays) dans la nuit, la neige et en pleine bataille, voila bien un exploit improbable de Zaroff, qui n'oublie pas de trouver le temps de mettre en scène toutes ses tueries. Et je ne parle pas de l'aller retour d'avions américains pour déposer le commando et venir chercher les survivants, dans une zone concentrant sans doute des milliers d'avions russes et allemands... Mais si vous acceptez ce lot de facilités (et d'autres), ça peut être une lecture défouloir plaisante. Un album qui peut tout à fait être lu sans connaitre le premier tome, tant Runberg s'est écarté de l'intrigue d'origine (et je ne parle pas seulement du cadre géographique). Bref, une belle mise en images d'une fantaisie guerrière que Runberg a voulu un peu trop "too much".