Voila un étrange recueil : le titre ne correspond à aucune histoire présente à l'intérieure, et l'ensemble n'est pas tenu par un scénariste et plusieurs dessinateurs, mais un seul dessinateur et plusieurs scénaristes.
Le recueil comporte quatre histoires dans quatre styles bien différents. Chacune est dessinée d'une autre façon et je trouve que l'ensemble a un gout d'inachevé. La première histoire comporte quelques détails que j'ai trouvé surprenant mais qui rendent l'histoire un peu confuse dans l'ensemble. D'autre part, la seconde histoire n'a que sa chute d'intérêt. C'est, à mon gout, les deux dernières qui sont réellement intéressantes. Celles des deux ogres amènerait facilement à une suite ou un développement, tout en étant amusante en l'état, tandis que la dernière joue sur la représentation des lutins comme être dangereux. Je dois avouer cependant qu'il y a une sorte de parallèle avec l'inceste entre deux sœurs qui est assez étrange.
L'intérêt principal de l'ouvrage, pour moi, c'est le dessin de Bolton. Je l'avais déjà repéré dans le comics Fables, mais il a une réelle patte artistique qui vaut le détour. Son utilisation des couleurs notamment (dans les deux dernières histoires) vaut le détour. A mes yeux, c'est une BD moyenne dans les scénarios (aucun n'est mauvais mais ils ne sont pas inoubliables) mais qui a un vrai intérêt artistiquement. L'auteur sait s'y faire niveau coup de crayon et je serais intéressé de voir ce qu'il fait d'autre. Pour cette BD, à part si vous êtes collectionneur de l'auteur je recommanderais simplement une lecture si vous tombez dessus.
Figure emblématique de l'histoire de l'Europe, Charlemagne a lui aussi droit à sa bande dessinée dans la collection Vinifera de Glénat.
Alors, très sincèrement, j'ignorais complètement son influence dans le domaine de la viticulture. Cet album permet donc de gommer mes lacunes (même si je crains d'avoir oublié les trois quarts des données historiques d'ici quinze jours) tout en m'ayant offert un album pas déplaisant à lire. Pas déplaisant mais pas transcendant non plus. Disons que le dessin de Goepfert (classique et on sait le talent de cet artiste pour tout ce qui concerne les récits d'époque) m'a bien aidé à rentrer dans le récit, que les données historiques sont amenées de manière artificielle mais 'ça passe' et que la partie fictionnelle permet de bien resituer le contexte historique global mais sans proposer quoi que ce soit de poignant. Maintenant, faut être honnête : jusqu'à présent, aucun album de cette collection ne m'a vraiment subjugué. Celui-ci ne fait pas exception mais se situe dans la partie supérieure du panier.
Donc voilà, un petit pas mal pour ma part mais un album historique 'de niche' soigné et pas déplaisant à lire. A réserver aux amateurs du genre.
Je continue ma découverte des œuvres du duo Hermann. Cet opus m'a semblé bien agréable à lire même si le scénario n'est pas très original et comporte plusieurs facilités. Toutefois la narration est efficace et accrocheuse même si on devine la suite facilement à l'avance. Les auteurs ne prennent pas de risques en s'attaquant au racisme américain institutionnel du Sud.
Ce racisme s'est accompagné de meurtres, viols ou lynchages très souvent en tout impunité. C'est donc une thématique très visitée dont s'empare Yves H. C'est un récit de vengeance classique très linéaire où le plus méchant est puni à la fin.
J'ai d'ailleurs trouvé le final un peu facile et rapide. Final qui va, à mes yeux, un peu à l'encontre de la postface remplie de témoignages sur la cruauté de cette époque.
Le graphisme d’Hermann est sans surprise. L'auteur maitrise parfaitement ses cadrages, son dynamisme et ses expressions gestuelles et faciales. L'ambiance haineuse et violente est très présente. J'ai toujours les mêmes réserves sur des visages assez répétitifs et de femmes (peu présentes ici) pas très séduisantes.
Une lecture de détente qui accroche bien mais peu originale.
Ami du bon goût et de la poésie, au revoir. Cette BD, c'est inscrit sur la couverture, c'est dégueulasse. Et le personnage est un gros dégueulasse. Le titre n'est pas usurpé, c'est clair !
Disons tout net : Reiser fait ici dans sa veine iconoclaste. La BD sale et puante, méchante et dégueulasse, dans la droite ligne des éditos de sales gosses de son époque (qui a vu naitre Hara Kiri). C'est pas fin, c'est pas recherché, c'est ... ben c'est dégueulasse. On se répète mais c'est le meilleur adjectif qu'on pouvait donner à ce type.
Mais cela dit, Reiser ne fait pas que gratuitement dans la provocation outrancière. Ce qui remonte ma note par rapport à ce que j'avais en tête à l'origine, c'est que je sens dans tout ça une dénonciation pas si bête de la part de l'auteur. Une remarque sur le monde des années 70, sur l'horreur de la solitude et la surconsommation, l'hypocrisie des mœurs. Reiser rend son personnage immonde pour montrer en miroir la société qu'il ne porte pas dans son cœur. Et je dois dire qu'entre des gags pas toujours marrants se glissent quelques brefs éclats d'humour parfois sordide, mais aussi une profonde tristesse de ce personnage qui finit sur une note tragique devant une banalité quotidienne de trop. C'est curieusement beaucoup plus noir que ce à quoi je m'attendais.
Reiser ne semblait pas porter dans son cœur les valeurs de son époque (et je le comprends), me rappelant Gébé et son An 01 ou encore quelques piques bien senties de Gotlib dans ses différentes œuvres. Cette société de l'hyper-consommation, de la voiture individuelle et des braves gens à la Brassens, Reiser lui montre ce qu'il en pense en volant au plus près du sol. Et c'est presque tristement que j'ai appris que ce personnage était inspiré par une réelle personne qu'il voyait à côté des locaux de Hara-Kiri. Mine de rien, je trouve cette BD plus triste que drôle, presque résignée. Déjà se pointait la solitude écrasante, l'absence de communication, la mélancolie sans nostalgie.
Le genre de BD à foutre le cafard avec des blagues. C'est fort, quand même !
Dans ce monde flottant où de dangereux orages magiques ravagent les îles volantes, Opportune est la fière capitaine d'un vaisseau corsaire ailé. Elle traque sans relâche un officier de l'ancienne monarchie qui a été renversé par la Révolution des années auparavant. A l'époque, les fidèles de cette monarchie ont tous été transformés aux animaux humanoïdes et le courageux officier est devenu un bel homme-lion dont Opportune n'est pas indifférente au charme.
Cet album est frustrant.
Frustrant parce que c'est un simple one-shot d'une cinquantaine de pages (une fois déduites les pages bonus de fin d'album) alors que ses personnages et son monde paraissaient offrir tellement plus de potentiel et d'appels à la découverte et au développement.
Nous n'avons en effet qu'un vague aperçu de ce monde, de ses terres flottantes, de son histoire, de son ancienne monarchie, de ses Sorsavants et de sa révolution puis de ce qu'il est devenu avec la moitié de sa population ayant des traits animaux. Il y a là plein de bonnes idées et matière à aller plus loin et à en découvrir davantage.
De même, les personnages sont très bons et originaux. On pense évidement d'abord à Opportune, vraie femme d'action et d'autorité mais en même temps très sensible au charmes masculins tout en étant visiblement amoureuse. On pense aussi au noble officier exilé et pourchassé, à l'énigmatique dame qui mandate sa poursuite, aux membres d'équipage dont le faciès animal est sensé représenter leur personnalité humaine... Mais c'est surtout le second d'Opportune qui est intéressant, un beau gosse à la fois violent et érudit, qui oscille entre la méchanceté et la fidélité sans faille, la séduction et l'autoritarisme. Intéressant personnage.
Et le dessin est aussi de très bonne qualité, par une autrice italienne ayant suivi l'école Disney et donc autant capable de représenter des protagonistes humains que des hybrides d'animaux très expressifs. Les décors sont un peu moins travaillés mais ils suffisent à transporter le lecteur dans ce monde original, en grande partie aussi grâce aux couleurs lumineuses et légèrement pastels.
Mais voilà, tous ces beaux ingrédients ne servent finalement qu'à mettre en scène une revisite du conte de la Belle et la Bête pour laquelle, certes le background politique de ce monde plein de magie amène quelques thématiques nouvelles et bienvenues, mais alors que la mayonnaise commençait à bien prendre, le tout se conclut de manière rapide et facile, comme un beau soufflé qui retombe sur une fin trop convenue, décevant les espoirs d'en apprendre davantage sur ce monde et de suivre plus loin ces personnages. Et vue la fin, il ne peut guère y avoir de suite ou alors elle paraitrait artificielle, donc tant pis... J'ai tout de même passé un bon moment malgré ma frustration finale.
C'est la quatrième biographie de Marie Curie en BD que je lis, autant dire que je commence à pas mal connaitre sa vie. Celle-ci a l'avantage d'être relativement concise et claire, même si justement parfois un peu trop rapide malheureusement.
C'est une biographie vraiment classique, s'étalant de la petite enfance à la mort de la célèbre scientifique. Même si c'est un shonen, le graphisme est dans un style shojo assez rétro, un style qui m'a plusieurs fois fait penser à celui de Yumiko Igarashi (Candy Candy) avec ses grands yeux brillants. C'est un style visuellement plaisant et facile à la lire, mais qui pêche par la trop grande ressemblance entre les différents protagonistes féminins qui m'a parfois embrouillé quand on n'était pas en présence de la seule Marie qui n'a pas de traits suffisamment reconnaissables.
L'histoire s'attarde assez longuement sur la jeunesse et les études de Marie Curie, insistant d'ailleurs beaucoup sur son sentiment patriotique polonais et sa haine de l'oppression Russe. Inversement, le rythme est soudain beaucoup plus rapide une fois son premier prix Nobel gagné : la suite de sa vie semble alors se dérouler à toute vitesse, comme survolée, avec un deuxième prix Nobel qui arrive presque comme une anecdote sans importance. Et le fait est que le manga se termine assez vite, à peine aux deux tiers de l'album, pour laisser ensuite la place à une quinzaine de pages de documentaire puis à davantage encore de pages de publicité pour les publications Nobi-Nobi. Ca ressemble quand même pas mal à de l'arnaque de faire payer le prix fort d'un manga rempli seulement aux deux tiers et contenant autant de pubs.
Pour autant, je trouve que cette biographie de Marie Curie est claire et agréable, et bien qu'elle soit un peu rapide elle permettra à ceux qui ne la connaissaient pas, notamment un public plutôt jeune, de la découvrir de manière assez plaisante.
Au bout du fleuve Zaïre
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Ce tome regroupe les 4 épisodes de la minisérie initialement en 1999, dans le label Vertigo de l'éditeur DC Comics. Ils ont été réalisés par le scénariste Scott Cunningham, le dessinateur Danijel Žeželj, et le coloriste Lee Loughridge, avec des couvertures de Richard Corben. La présente édition correspond à la version française qui est en noir & blanc, sans les couvertures de Corben. L'éditeur Mosquito s'était lancé dans la publication de l'intégrale des œuvres de Žeželj et il était parvenu à obtenir les droits de cette histoire.
Dans le parc national des Virunga en 1997 au Zaïre, un groupe de grands singes est en train de se reposer assis dans la forêt, quand ils entendent un bruit de branche brisée. Un groupe d'homme armés arrive, et ils ouvrent le feu massacrant les gorilles. L'un d'eux s'allume une cigarette et la met dans la bouche d'un primate pour se marrer. Il y a un bruit de petite branche cassée, et le braconnier est comme aspiré dans les branches au-dessus de lui. Puis un deuxième. Puis le troisième alors que du sang commence à dégouter. Sept jours après dans une salle de réunion à Langley en Virginie, un gradé explique la situation à une douzaine d'agents. Il montre une photographie projetée au mur sur laquelle on voit trois pieux de bambou dans une clairière, chacun surmonté de la tête d'un des braconniers. Trois soldats Hutu, de ceux qui dirigeaient les camps de réfugiés au Zaïre. Les pieux sont disposés avec soin, alors que les têtes ont été violemment arrachées. Les corps restent introuvables. L'intervenant continue. Pour les États-Unis, les guerriers hutus ont toujours été un atout. Leur petit gouvernement exilé à la frontière rwandaise a permis de déstabiliser la zone, le genre de chaos sous contrôle, que les États-Unis encouragent. En 94, plus de deux millions de hutus se réfugièrent en une nuit dans la jungle. Ayant perdu la guerre contre les tutsis au Rwanda, ils ont dû bouger leurs fesses. Les tutsis voulaient du sang après le génocide orchestré par les leaders hutus. Là-bas, les guerres tribales riment avec épuration ethnique.
L'intervenant poursuit : suite à la disparition des trois soldats hutus, une expédition est partie à leur recherche. Elle n'est jamais revenue. Ces cent huit soldats ont fini par être retrouvés, enfin juste leur tête, toutes au sommet d'un pieu de bambou dans une clairière. Mobutu soutient les hutus et les États-Unis soutiennent Mobutu. Mais si un adversaire s'avérait une menace sérieuse, les États-Unis seraient obligés de reconsidérer leur position au Zaïre. Comme c'est l'Afrique, on pourrait penser que ce rituel sanglant est un coup de Kabila pour effrayer l'ennemi, sauf que par pur hasard un satellite a découvert que les pieux sont disposés selon un schéma précis qui forme un mot ou plutôt un nom : Devilin. Devilin DuPaul se lève et sort de la salle. Deux jours après, il est à bord d'un petit avion militaire qui va se poser à Kinshasa, accompagné par trois militaires. Thomas Glass le noir, spécialiste de la gâchette, Toni Lin asiatique et sniper, et un ancien combattant du Salvador.
En 1993, l'éditeur DC Comics officialise la réalité de plusieurs séries destinées aux adultes, avec la création d'un label appelé Vertigo. Au sein de ce label, se trouvent des séries indépendantes de toutes autres, des histoires courtes également indépendantes, et des séries de personnages dont la propriété intellectuelle appartient à DC, mais qui ont migré vers Vertigo, comme Swamp Thing ou Doom Patrol, ou d'une manière un peu différente Sandman. de temps à autre, l'éditeur donne le feu vert pour la migration d'un autre de ses personnages. C'est ainsi que Congo Bill bénéficie de la présente minisérie, qui ne nécessite aucune connaissance préalable du personnage. Ce dernier a été créé en en 1940 par Whitney Ellsworth & George Papp, et ses aventures ont été publiées de 1940 à 1960. Avec la séquence d'ouverture, le lecteur comprend que c'est ce grand singe Congo Bill animé par l'esprit d'une être humain, William Glenmore, qui a massacré les 3 soldats, puis les 108 autres un peu plus tard. Cela découle tout simplement du titre. En revanche, il ne s'attend pas forcément à l'exposé de géopolitique de la scène suivante.
Le scénariste a décidé d'inscrire son récit dans la réalité de la situation politique du Zaïre et de la République Démocratique du Congo à cette époque, avec le spectre du génocide des Tustsis au Rwanda qui a eu lieu du 7 avril au 17 juillet 1994. Il vaut mieux que le lecteur soit familier de cette situation avant d'entamer sa lecture. Tout d'abord l'exposé de l'intervenant est très lacunaire, et les remarques des personnages par la suite le sont tout autant. Pour saisir le contexte, le lecteur doit donc être familier des grandes lignes de l'histoire du Congo Belge, pouvoir situer Joseph-Désiré Mobutu / Mobutu Sese Seko président de la République Démocratique du Congo, de 1965 à 1997, Laurent-Désiré Kabila (président du Congo de 1997 à 2001), Patrice Lumumba (1925-1960), homme d'État congolais, ainsi que le génocide des Tutsis par les Hutus. Sous cette réserve, il peut alors saisir les enjeux politiques, et comprendre ce que représente la mission de Devilin DuPaul à Kinshasa, puis dans la jungle. Il établit alors le parallèle avec Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola. La structure de l'intrigue est similaire, sans que le déroulement soit identique. Il y a par exemple un passage au cours duquel DuPaul et ses soldats sont sur un bateau remontant le fleuve Zaïre, mais sans qu'il ne survienne les mêmes événements que lors de la remontée du fleuve Nùng par la capitaine Willard. Cunnigham n'est ni Joseph Conrad, ni Coppola, mais il parvient à développer la métaphore des États-Unis incarnés par Devilin DuPaul qui doivent revenir sur le site de leurs opérations et se confronter aux conséquences de leur ingérence.
En 1999, Danijel Žeželj a déjà une dizaine de bandes dessinées derrière lui et une personnalité graphique bien affirmée. D'un côté, le lecteur regrette un peu que la taille des pages ait été réduite d'un centimètre en hauteur et en largeur par rapport au format comics original, ce qui tasse un tout petit peu les dessins. D'un autre côté, il est plutôt satisfait que cette version soit en noir & blanc, sans les couleurs de Lee Loughridge, malgré les qualités de ce professionnel, car l'artiste joue beaucoup sur les contrastes entre des zones de noir solides et le blanc de la page. Pour le coup, il met en œuvre une vision d'artiste, à la fois en tant que réalisateur et directeur de la photographie. Son parti pris esthétique apparaît dès la première page, avec la silhouette des arbres et des tiges de bambou, et la silhouette massive des gorilles avec leur regard humain, ainsi que l'intense lumière qui semble effriter la dureté des contours. Lorsque les trois soldats viandards arrivent, ce ne sont que des silhouettes en contre-jour, avec l'éclat du canon de l'arme à feu gommant une partie de leur silhouette. Comme d'habitude avec les pages de cet artiste, le lecteur éprouve la sensation qu'il a sculpté ses personnages et ses décors au burin, pour obtenir un effet expressionniste, de formes primordiales, essentielles. Les visages sont fascinants dans leur aspect brut, sans fard, énigmatiques, ne révélant que peu de chose sur l'état d'esprit, et rien sur les pensées intérieures. Les individus deviennent indéchiffrables, insondables, avec une force de caractère singulière. le calme apparent de Thomas Glass n'est pas identique à celui de Toni Lin : le sien est étudié grâce à une grande capacité de contrôle de lui-même, celui de Toni semble plus naturel.
D'un côté, le lecteur constate bien qu'il s'agit uniquement d'encre noire sur du papier, déposée par des coups de pinceau. de l'autre côté, il s'en dégage une force émotionnelle irrésistible qui implique le lecteur avec intensité. Il frémit en voyant le massacre des grands singes. Il ressent le même malaise que Thomas Glass quand il repense à l'assassinat qu'il a mené à bien, mais en tuant par mégarde un enfant, ce qui le hante. Il ressent son mélange d'amusement et d'intérêt lors de la séance de divination du futur avec la sorcière, ainsi que son cynisme quand il fait le compte de ce que cela lui a coûté. Il voit l'altérité des crocodiles, des sauriens qui n'ont rien de commun avec la race humaine, une force de la nature étrangère et terrible. Il est choqué par le décalage visuel entre Toni en bikini plongeant dans la piscine, et l'exécution sommaire qui se déroule à quelques mètres de là. Il ressent la force primale de Congo Bill quand il apparaît en entier dans le dernier épisode, une force spirituelle, une facette de l'âme de l'Afrique, sans aucune connotation colonialiste, sans une trace de condescendance occidentale.
Lors des presque 30 ans d'existence de la ligne Vertigo, de nombreux projets sortant de l'ordinaire ont vu le jour, souvent très réussis. Ici, le scénariste a l'ambition de mettre les États-Unis face à leur responsabilité dans les massacres en Afrique, à la suite d'une politique extérieure interventionniste. Pour ce faire, il se calque sur Apocalypse Now pour la structure de son récit, sans le même génie narratif, ni la même profondeur, mais en réussissant à tenir la métaphore tout du long de l'intrigue. Le récit acquiert plus de consistance grâce à la mise en image expressionniste de Danijel Žeželj, évitant le regard occidental sur l'Afrique, pour une narration visuelle moins littérale. En revanche, le récit peut paraître parfois un peu décousu si le lecteur n'est pas familier du contexte géopolitique et historique.
Alors, vous prenez un univers de style post-apocalyptique, une cité labyrinthe enfouie dont l’architecture semble résulter des ruines d’une civilisation proche de la nôtre mais plus futuriste.
Vous ajoutez de mystérieux kidnappeurs, dont les habitants ne savent trop dire s’il s’agit d’une légende ou si effectivement, ils sont responsables de l’enlèvement de familles entières.
Enfin, vous prenez quatre jeunes filles (entre 11 et 14 ans), et dans cet univers, vous leur faites vivre des aventures dignes de Martine à la plage ! Pas besoin de s’inquiéter de leurs parents, on ne les verra jamais. Et si elles semblent être scolarisées, leur quotidien se résume à faire de la pâtisserie, aller à la plage et surtout explorer leur cité (mais sans angoisse, à la manière d’enfants qui se baladeraient dans un jardin public sans rien craindre des autres habitants).
Honnêtement, je pense qu’il n’y a que dans le genre manga que l’on peut retrouver ce genre d’association d’idées. Le plus étonnant est que le résultat est plutôt correct, voire pas mal. Les courtes histoires qui rythment les deux premiers tiers de l’album sont des plus futiles (l'avion en papier qui s'envole par la fenêtre, la baignade, la chambre secrète pleine de peluches, le plaisir de manger une glace, la joie de courir sous la pluie, le beau garçon qui arrive toujours au bon/mauvais moment… et puis l’éveil à la sexualité parce que bon, on est quand même dans un manga) mais placées dans cet univers, elles deviennent étrangement décalée, accentuant le caractère insouciant des quatre amies et par là même leur candeur.
Et lorsque nous nous sommes habitués à ce ton, le récit bascule enfin. Non qu’il devienne subitement plus dramatique mais les différents éléments mis en place permettent une montée du suspense et le dernier quart du manga verse alors vers le récit d’aventure avec explications du mystère qui entoure cette cité souterraine et de ce qui est arrivé au monde extérieur. Mais à nouveau, tout est cool et gentil. On sent bien que rien de fâcheux ne peut arriver aux quatre gamines et à leur ami. De ce fait, cet album convient parfaitement à un jeune public (les allusions sexuelles restent d’ailleurs très enfantines et donc adaptées à un public dès 10 ans).
Le dessin est agréable dans l’ensemble. Les décors sont bien présents, les personnages sont bien typés. C’est à la fois facile à lire et immersif. Le découpage est bon et de nombreuses planches se ‘lisent’ très rapidement, de sorte que l’album, malgré ses 200 pages, est vite englouti. Là encore, le style adopté permet à un large public d’y trouver son compte.
Franchement surprenant. Pas un chef-d’œuvre mais une œuvre originale et positive : une sorte de récit post-apocalyptique feelgood, candide et naïf.
Une jolie petite histoire bien menée sur la thématique de la mémoire.
L'histoire clairement orientée vers les enfants amuse tout de même le grand dadais que je suis par des petites touches souvent bien senties, et une utilisation graphique d'un terrier qui donne envie d'aller y habiter. C'est un joli petit conte, où le blaireau joue le rôle du sage, pour changer de son image du nuisible. La colorisation fait bien ressortir l'ensemble et on sent un travail dans la composition, les cadrages et les moments marquants.
Si l'histoire est vite lue, j'apprécie l'idée de faim (huhu) qui redonne sa mémoire à la pirate. Une jolie histoire qui plaira sans doute aux enfants et que je recommande facilement !
Après avoir lu The Zombie : Simon Garth, je ne m'attaque pas à sa suite, mais à l'album qui le précéde : Zombie - La Cavale des morts. Une lecture dans le désordre qui n'est pas gênante.
Une histoire de zombies très classique avec son lot de rebondissements, mais sans véritables surprises. Les personnages sont sans relief et n'échappent pas aux stéréotypes du genre (le héros, le méchant et la nana sexy). Mais le rythme soutenu et maîtrisé du récit m'a permis de passer outre les défauts cités ci-dessus pour une lecture pas désagréable.
Je n'apprécie toujours pas le dessin de Kyle Hotz, très typé comics moderne, même si il est soigné et détaillé.
Une colorisation que je n'aime pas.
Pour les amateurs du genre.
Un petit 3 étoiles.
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Le Masque à l'envers
Voila un étrange recueil : le titre ne correspond à aucune histoire présente à l'intérieure, et l'ensemble n'est pas tenu par un scénariste et plusieurs dessinateurs, mais un seul dessinateur et plusieurs scénaristes. Le recueil comporte quatre histoires dans quatre styles bien différents. Chacune est dessinée d'une autre façon et je trouve que l'ensemble a un gout d'inachevé. La première histoire comporte quelques détails que j'ai trouvé surprenant mais qui rendent l'histoire un peu confuse dans l'ensemble. D'autre part, la seconde histoire n'a que sa chute d'intérêt. C'est, à mon gout, les deux dernières qui sont réellement intéressantes. Celles des deux ogres amènerait facilement à une suite ou un développement, tout en étant amusante en l'état, tandis que la dernière joue sur la représentation des lutins comme être dangereux. Je dois avouer cependant qu'il y a une sorte de parallèle avec l'inceste entre deux sœurs qui est assez étrange. L'intérêt principal de l'ouvrage, pour moi, c'est le dessin de Bolton. Je l'avais déjà repéré dans le comics Fables, mais il a une réelle patte artistique qui vaut le détour. Son utilisation des couleurs notamment (dans les deux dernières histoires) vaut le détour. A mes yeux, c'est une BD moyenne dans les scénarios (aucun n'est mauvais mais ils ne sont pas inoubliables) mais qui a un vrai intérêt artistiquement. L'auteur sait s'y faire niveau coup de crayon et je serais intéressé de voir ce qu'il fait d'autre. Pour cette BD, à part si vous êtes collectionneur de l'auteur je recommanderais simplement une lecture si vous tombez dessus.
Les Vignes de Charlemagne
Figure emblématique de l'histoire de l'Europe, Charlemagne a lui aussi droit à sa bande dessinée dans la collection Vinifera de Glénat. Alors, très sincèrement, j'ignorais complètement son influence dans le domaine de la viticulture. Cet album permet donc de gommer mes lacunes (même si je crains d'avoir oublié les trois quarts des données historiques d'ici quinze jours) tout en m'ayant offert un album pas déplaisant à lire. Pas déplaisant mais pas transcendant non plus. Disons que le dessin de Goepfert (classique et on sait le talent de cet artiste pour tout ce qui concerne les récits d'époque) m'a bien aidé à rentrer dans le récit, que les données historiques sont amenées de manière artificielle mais 'ça passe' et que la partie fictionnelle permet de bien resituer le contexte historique global mais sans proposer quoi que ce soit de poignant. Maintenant, faut être honnête : jusqu'à présent, aucun album de cette collection ne m'a vraiment subjugué. Celui-ci ne fait pas exception mais se situe dans la partie supérieure du panier. Donc voilà, un petit pas mal pour ma part mais un album historique 'de niche' soigné et pas déplaisant à lire. A réserver aux amateurs du genre.
Old Pa Anderson
Je continue ma découverte des œuvres du duo Hermann. Cet opus m'a semblé bien agréable à lire même si le scénario n'est pas très original et comporte plusieurs facilités. Toutefois la narration est efficace et accrocheuse même si on devine la suite facilement à l'avance. Les auteurs ne prennent pas de risques en s'attaquant au racisme américain institutionnel du Sud. Ce racisme s'est accompagné de meurtres, viols ou lynchages très souvent en tout impunité. C'est donc une thématique très visitée dont s'empare Yves H. C'est un récit de vengeance classique très linéaire où le plus méchant est puni à la fin. J'ai d'ailleurs trouvé le final un peu facile et rapide. Final qui va, à mes yeux, un peu à l'encontre de la postface remplie de témoignages sur la cruauté de cette époque. Le graphisme d’Hermann est sans surprise. L'auteur maitrise parfaitement ses cadrages, son dynamisme et ses expressions gestuelles et faciales. L'ambiance haineuse et violente est très présente. J'ai toujours les mêmes réserves sur des visages assez répétitifs et de femmes (peu présentes ici) pas très séduisantes. Une lecture de détente qui accroche bien mais peu originale.
Gros dégueulasse
Ami du bon goût et de la poésie, au revoir. Cette BD, c'est inscrit sur la couverture, c'est dégueulasse. Et le personnage est un gros dégueulasse. Le titre n'est pas usurpé, c'est clair ! Disons tout net : Reiser fait ici dans sa veine iconoclaste. La BD sale et puante, méchante et dégueulasse, dans la droite ligne des éditos de sales gosses de son époque (qui a vu naitre Hara Kiri). C'est pas fin, c'est pas recherché, c'est ... ben c'est dégueulasse. On se répète mais c'est le meilleur adjectif qu'on pouvait donner à ce type. Mais cela dit, Reiser ne fait pas que gratuitement dans la provocation outrancière. Ce qui remonte ma note par rapport à ce que j'avais en tête à l'origine, c'est que je sens dans tout ça une dénonciation pas si bête de la part de l'auteur. Une remarque sur le monde des années 70, sur l'horreur de la solitude et la surconsommation, l'hypocrisie des mœurs. Reiser rend son personnage immonde pour montrer en miroir la société qu'il ne porte pas dans son cœur. Et je dois dire qu'entre des gags pas toujours marrants se glissent quelques brefs éclats d'humour parfois sordide, mais aussi une profonde tristesse de ce personnage qui finit sur une note tragique devant une banalité quotidienne de trop. C'est curieusement beaucoup plus noir que ce à quoi je m'attendais. Reiser ne semblait pas porter dans son cœur les valeurs de son époque (et je le comprends), me rappelant Gébé et son An 01 ou encore quelques piques bien senties de Gotlib dans ses différentes œuvres. Cette société de l'hyper-consommation, de la voiture individuelle et des braves gens à la Brassens, Reiser lui montre ce qu'il en pense en volant au plus près du sol. Et c'est presque tristement que j'ai appris que ce personnage était inspiré par une réelle personne qu'il voyait à côté des locaux de Hara-Kiri. Mine de rien, je trouve cette BD plus triste que drôle, presque résignée. Déjà se pointait la solitude écrasante, l'absence de communication, la mélancolie sans nostalgie. Le genre de BD à foutre le cafard avec des blagues. C'est fort, quand même !
Opportune
Dans ce monde flottant où de dangereux orages magiques ravagent les îles volantes, Opportune est la fière capitaine d'un vaisseau corsaire ailé. Elle traque sans relâche un officier de l'ancienne monarchie qui a été renversé par la Révolution des années auparavant. A l'époque, les fidèles de cette monarchie ont tous été transformés aux animaux humanoïdes et le courageux officier est devenu un bel homme-lion dont Opportune n'est pas indifférente au charme. Cet album est frustrant. Frustrant parce que c'est un simple one-shot d'une cinquantaine de pages (une fois déduites les pages bonus de fin d'album) alors que ses personnages et son monde paraissaient offrir tellement plus de potentiel et d'appels à la découverte et au développement. Nous n'avons en effet qu'un vague aperçu de ce monde, de ses terres flottantes, de son histoire, de son ancienne monarchie, de ses Sorsavants et de sa révolution puis de ce qu'il est devenu avec la moitié de sa population ayant des traits animaux. Il y a là plein de bonnes idées et matière à aller plus loin et à en découvrir davantage. De même, les personnages sont très bons et originaux. On pense évidement d'abord à Opportune, vraie femme d'action et d'autorité mais en même temps très sensible au charmes masculins tout en étant visiblement amoureuse. On pense aussi au noble officier exilé et pourchassé, à l'énigmatique dame qui mandate sa poursuite, aux membres d'équipage dont le faciès animal est sensé représenter leur personnalité humaine... Mais c'est surtout le second d'Opportune qui est intéressant, un beau gosse à la fois violent et érudit, qui oscille entre la méchanceté et la fidélité sans faille, la séduction et l'autoritarisme. Intéressant personnage. Et le dessin est aussi de très bonne qualité, par une autrice italienne ayant suivi l'école Disney et donc autant capable de représenter des protagonistes humains que des hybrides d'animaux très expressifs. Les décors sont un peu moins travaillés mais ils suffisent à transporter le lecteur dans ce monde original, en grande partie aussi grâce aux couleurs lumineuses et légèrement pastels. Mais voilà, tous ces beaux ingrédients ne servent finalement qu'à mettre en scène une revisite du conte de la Belle et la Bête pour laquelle, certes le background politique de ce monde plein de magie amène quelques thématiques nouvelles et bienvenues, mais alors que la mayonnaise commençait à bien prendre, le tout se conclut de manière rapide et facile, comme un beau soufflé qui retombe sur une fin trop convenue, décevant les espoirs d'en apprendre davantage sur ce monde et de suivre plus loin ces personnages. Et vue la fin, il ne peut guère y avoir de suite ou alors elle paraitrait artificielle, donc tant pis... J'ai tout de même passé un bon moment malgré ma frustration finale.
Marie Curie (Manga)
C'est la quatrième biographie de Marie Curie en BD que je lis, autant dire que je commence à pas mal connaitre sa vie. Celle-ci a l'avantage d'être relativement concise et claire, même si justement parfois un peu trop rapide malheureusement. C'est une biographie vraiment classique, s'étalant de la petite enfance à la mort de la célèbre scientifique. Même si c'est un shonen, le graphisme est dans un style shojo assez rétro, un style qui m'a plusieurs fois fait penser à celui de Yumiko Igarashi (Candy Candy) avec ses grands yeux brillants. C'est un style visuellement plaisant et facile à la lire, mais qui pêche par la trop grande ressemblance entre les différents protagonistes féminins qui m'a parfois embrouillé quand on n'était pas en présence de la seule Marie qui n'a pas de traits suffisamment reconnaissables. L'histoire s'attarde assez longuement sur la jeunesse et les études de Marie Curie, insistant d'ailleurs beaucoup sur son sentiment patriotique polonais et sa haine de l'oppression Russe. Inversement, le rythme est soudain beaucoup plus rapide une fois son premier prix Nobel gagné : la suite de sa vie semble alors se dérouler à toute vitesse, comme survolée, avec un deuxième prix Nobel qui arrive presque comme une anecdote sans importance. Et le fait est que le manga se termine assez vite, à peine aux deux tiers de l'album, pour laisser ensuite la place à une quinzaine de pages de documentaire puis à davantage encore de pages de publicité pour les publications Nobi-Nobi. Ca ressemble quand même pas mal à de l'arnaque de faire payer le prix fort d'un manga rempli seulement aux deux tiers et contenant autant de pubs. Pour autant, je trouve que cette biographie de Marie Curie est claire et agréable, et bien qu'elle soit un peu rapide elle permettra à ceux qui ne la connaissaient pas, notamment un public plutôt jeune, de la découvrir de manière assez plaisante.
Congo Bill
Au bout du fleuve Zaïre - Ce tome regroupe les 4 épisodes de la minisérie initialement en 1999, dans le label Vertigo de l'éditeur DC Comics. Ils ont été réalisés par le scénariste Scott Cunningham, le dessinateur Danijel Žeželj, et le coloriste Lee Loughridge, avec des couvertures de Richard Corben. La présente édition correspond à la version française qui est en noir & blanc, sans les couvertures de Corben. L'éditeur Mosquito s'était lancé dans la publication de l'intégrale des œuvres de Žeželj et il était parvenu à obtenir les droits de cette histoire. Dans le parc national des Virunga en 1997 au Zaïre, un groupe de grands singes est en train de se reposer assis dans la forêt, quand ils entendent un bruit de branche brisée. Un groupe d'homme armés arrive, et ils ouvrent le feu massacrant les gorilles. L'un d'eux s'allume une cigarette et la met dans la bouche d'un primate pour se marrer. Il y a un bruit de petite branche cassée, et le braconnier est comme aspiré dans les branches au-dessus de lui. Puis un deuxième. Puis le troisième alors que du sang commence à dégouter. Sept jours après dans une salle de réunion à Langley en Virginie, un gradé explique la situation à une douzaine d'agents. Il montre une photographie projetée au mur sur laquelle on voit trois pieux de bambou dans une clairière, chacun surmonté de la tête d'un des braconniers. Trois soldats Hutu, de ceux qui dirigeaient les camps de réfugiés au Zaïre. Les pieux sont disposés avec soin, alors que les têtes ont été violemment arrachées. Les corps restent introuvables. L'intervenant continue. Pour les États-Unis, les guerriers hutus ont toujours été un atout. Leur petit gouvernement exilé à la frontière rwandaise a permis de déstabiliser la zone, le genre de chaos sous contrôle, que les États-Unis encouragent. En 94, plus de deux millions de hutus se réfugièrent en une nuit dans la jungle. Ayant perdu la guerre contre les tutsis au Rwanda, ils ont dû bouger leurs fesses. Les tutsis voulaient du sang après le génocide orchestré par les leaders hutus. Là-bas, les guerres tribales riment avec épuration ethnique. L'intervenant poursuit : suite à la disparition des trois soldats hutus, une expédition est partie à leur recherche. Elle n'est jamais revenue. Ces cent huit soldats ont fini par être retrouvés, enfin juste leur tête, toutes au sommet d'un pieu de bambou dans une clairière. Mobutu soutient les hutus et les États-Unis soutiennent Mobutu. Mais si un adversaire s'avérait une menace sérieuse, les États-Unis seraient obligés de reconsidérer leur position au Zaïre. Comme c'est l'Afrique, on pourrait penser que ce rituel sanglant est un coup de Kabila pour effrayer l'ennemi, sauf que par pur hasard un satellite a découvert que les pieux sont disposés selon un schéma précis qui forme un mot ou plutôt un nom : Devilin. Devilin DuPaul se lève et sort de la salle. Deux jours après, il est à bord d'un petit avion militaire qui va se poser à Kinshasa, accompagné par trois militaires. Thomas Glass le noir, spécialiste de la gâchette, Toni Lin asiatique et sniper, et un ancien combattant du Salvador. En 1993, l'éditeur DC Comics officialise la réalité de plusieurs séries destinées aux adultes, avec la création d'un label appelé Vertigo. Au sein de ce label, se trouvent des séries indépendantes de toutes autres, des histoires courtes également indépendantes, et des séries de personnages dont la propriété intellectuelle appartient à DC, mais qui ont migré vers Vertigo, comme Swamp Thing ou Doom Patrol, ou d'une manière un peu différente Sandman. de temps à autre, l'éditeur donne le feu vert pour la migration d'un autre de ses personnages. C'est ainsi que Congo Bill bénéficie de la présente minisérie, qui ne nécessite aucune connaissance préalable du personnage. Ce dernier a été créé en en 1940 par Whitney Ellsworth & George Papp, et ses aventures ont été publiées de 1940 à 1960. Avec la séquence d'ouverture, le lecteur comprend que c'est ce grand singe Congo Bill animé par l'esprit d'une être humain, William Glenmore, qui a massacré les 3 soldats, puis les 108 autres un peu plus tard. Cela découle tout simplement du titre. En revanche, il ne s'attend pas forcément à l'exposé de géopolitique de la scène suivante. Le scénariste a décidé d'inscrire son récit dans la réalité de la situation politique du Zaïre et de la République Démocratique du Congo à cette époque, avec le spectre du génocide des Tustsis au Rwanda qui a eu lieu du 7 avril au 17 juillet 1994. Il vaut mieux que le lecteur soit familier de cette situation avant d'entamer sa lecture. Tout d'abord l'exposé de l'intervenant est très lacunaire, et les remarques des personnages par la suite le sont tout autant. Pour saisir le contexte, le lecteur doit donc être familier des grandes lignes de l'histoire du Congo Belge, pouvoir situer Joseph-Désiré Mobutu / Mobutu Sese Seko président de la République Démocratique du Congo, de 1965 à 1997, Laurent-Désiré Kabila (président du Congo de 1997 à 2001), Patrice Lumumba (1925-1960), homme d'État congolais, ainsi que le génocide des Tutsis par les Hutus. Sous cette réserve, il peut alors saisir les enjeux politiques, et comprendre ce que représente la mission de Devilin DuPaul à Kinshasa, puis dans la jungle. Il établit alors le parallèle avec Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola. La structure de l'intrigue est similaire, sans que le déroulement soit identique. Il y a par exemple un passage au cours duquel DuPaul et ses soldats sont sur un bateau remontant le fleuve Zaïre, mais sans qu'il ne survienne les mêmes événements que lors de la remontée du fleuve Nùng par la capitaine Willard. Cunnigham n'est ni Joseph Conrad, ni Coppola, mais il parvient à développer la métaphore des États-Unis incarnés par Devilin DuPaul qui doivent revenir sur le site de leurs opérations et se confronter aux conséquences de leur ingérence. En 1999, Danijel Žeželj a déjà une dizaine de bandes dessinées derrière lui et une personnalité graphique bien affirmée. D'un côté, le lecteur regrette un peu que la taille des pages ait été réduite d'un centimètre en hauteur et en largeur par rapport au format comics original, ce qui tasse un tout petit peu les dessins. D'un autre côté, il est plutôt satisfait que cette version soit en noir & blanc, sans les couleurs de Lee Loughridge, malgré les qualités de ce professionnel, car l'artiste joue beaucoup sur les contrastes entre des zones de noir solides et le blanc de la page. Pour le coup, il met en œuvre une vision d'artiste, à la fois en tant que réalisateur et directeur de la photographie. Son parti pris esthétique apparaît dès la première page, avec la silhouette des arbres et des tiges de bambou, et la silhouette massive des gorilles avec leur regard humain, ainsi que l'intense lumière qui semble effriter la dureté des contours. Lorsque les trois soldats viandards arrivent, ce ne sont que des silhouettes en contre-jour, avec l'éclat du canon de l'arme à feu gommant une partie de leur silhouette. Comme d'habitude avec les pages de cet artiste, le lecteur éprouve la sensation qu'il a sculpté ses personnages et ses décors au burin, pour obtenir un effet expressionniste, de formes primordiales, essentielles. Les visages sont fascinants dans leur aspect brut, sans fard, énigmatiques, ne révélant que peu de chose sur l'état d'esprit, et rien sur les pensées intérieures. Les individus deviennent indéchiffrables, insondables, avec une force de caractère singulière. le calme apparent de Thomas Glass n'est pas identique à celui de Toni Lin : le sien est étudié grâce à une grande capacité de contrôle de lui-même, celui de Toni semble plus naturel. D'un côté, le lecteur constate bien qu'il s'agit uniquement d'encre noire sur du papier, déposée par des coups de pinceau. de l'autre côté, il s'en dégage une force émotionnelle irrésistible qui implique le lecteur avec intensité. Il frémit en voyant le massacre des grands singes. Il ressent le même malaise que Thomas Glass quand il repense à l'assassinat qu'il a mené à bien, mais en tuant par mégarde un enfant, ce qui le hante. Il ressent son mélange d'amusement et d'intérêt lors de la séance de divination du futur avec la sorcière, ainsi que son cynisme quand il fait le compte de ce que cela lui a coûté. Il voit l'altérité des crocodiles, des sauriens qui n'ont rien de commun avec la race humaine, une force de la nature étrangère et terrible. Il est choqué par le décalage visuel entre Toni en bikini plongeant dans la piscine, et l'exécution sommaire qui se déroule à quelques mètres de là. Il ressent la force primale de Congo Bill quand il apparaît en entier dans le dernier épisode, une force spirituelle, une facette de l'âme de l'Afrique, sans aucune connotation colonialiste, sans une trace de condescendance occidentale. Lors des presque 30 ans d'existence de la ligne Vertigo, de nombreux projets sortant de l'ordinaire ont vu le jour, souvent très réussis. Ici, le scénariste a l'ambition de mettre les États-Unis face à leur responsabilité dans les massacres en Afrique, à la suite d'une politique extérieure interventionniste. Pour ce faire, il se calque sur Apocalypse Now pour la structure de son récit, sans le même génie narratif, ni la même profondeur, mais en réussissant à tenir la métaphore tout du long de l'intrigue. Le récit acquiert plus de consistance grâce à la mise en image expressionniste de Danijel Žeželj, évitant le regard occidental sur l'Afrique, pour une narration visuelle moins littérale. En revanche, le récit peut paraître parfois un peu décousu si le lecteur n'est pas familier du contexte géopolitique et historique.
C'est une belle journée pour un labyrinthe !
Alors, vous prenez un univers de style post-apocalyptique, une cité labyrinthe enfouie dont l’architecture semble résulter des ruines d’une civilisation proche de la nôtre mais plus futuriste. Vous ajoutez de mystérieux kidnappeurs, dont les habitants ne savent trop dire s’il s’agit d’une légende ou si effectivement, ils sont responsables de l’enlèvement de familles entières. Enfin, vous prenez quatre jeunes filles (entre 11 et 14 ans), et dans cet univers, vous leur faites vivre des aventures dignes de Martine à la plage ! Pas besoin de s’inquiéter de leurs parents, on ne les verra jamais. Et si elles semblent être scolarisées, leur quotidien se résume à faire de la pâtisserie, aller à la plage et surtout explorer leur cité (mais sans angoisse, à la manière d’enfants qui se baladeraient dans un jardin public sans rien craindre des autres habitants). Honnêtement, je pense qu’il n’y a que dans le genre manga que l’on peut retrouver ce genre d’association d’idées. Le plus étonnant est que le résultat est plutôt correct, voire pas mal. Les courtes histoires qui rythment les deux premiers tiers de l’album sont des plus futiles (l'avion en papier qui s'envole par la fenêtre, la baignade, la chambre secrète pleine de peluches, le plaisir de manger une glace, la joie de courir sous la pluie, le beau garçon qui arrive toujours au bon/mauvais moment… et puis l’éveil à la sexualité parce que bon, on est quand même dans un manga) mais placées dans cet univers, elles deviennent étrangement décalée, accentuant le caractère insouciant des quatre amies et par là même leur candeur. Et lorsque nous nous sommes habitués à ce ton, le récit bascule enfin. Non qu’il devienne subitement plus dramatique mais les différents éléments mis en place permettent une montée du suspense et le dernier quart du manga verse alors vers le récit d’aventure avec explications du mystère qui entoure cette cité souterraine et de ce qui est arrivé au monde extérieur. Mais à nouveau, tout est cool et gentil. On sent bien que rien de fâcheux ne peut arriver aux quatre gamines et à leur ami. De ce fait, cet album convient parfaitement à un jeune public (les allusions sexuelles restent d’ailleurs très enfantines et donc adaptées à un public dès 10 ans). Le dessin est agréable dans l’ensemble. Les décors sont bien présents, les personnages sont bien typés. C’est à la fois facile à lire et immersif. Le découpage est bon et de nombreuses planches se ‘lisent’ très rapidement, de sorte que l’album, malgré ses 200 pages, est vite englouti. Là encore, le style adopté permet à un large public d’y trouver son compte. Franchement surprenant. Pas un chef-d’œuvre mais une œuvre originale et positive : une sorte de récit post-apocalyptique feelgood, candide et naïf.
Séverin Blaireau
Une jolie petite histoire bien menée sur la thématique de la mémoire. L'histoire clairement orientée vers les enfants amuse tout de même le grand dadais que je suis par des petites touches souvent bien senties, et une utilisation graphique d'un terrier qui donne envie d'aller y habiter. C'est un joli petit conte, où le blaireau joue le rôle du sage, pour changer de son image du nuisible. La colorisation fait bien ressortir l'ensemble et on sent un travail dans la composition, les cadrages et les moments marquants. Si l'histoire est vite lue, j'apprécie l'idée de faim (huhu) qui redonne sa mémoire à la pirate. Une jolie histoire qui plaira sans doute aux enfants et que je recommande facilement !
Zombie - La Cavale des morts
Après avoir lu The Zombie : Simon Garth, je ne m'attaque pas à sa suite, mais à l'album qui le précéde : Zombie - La Cavale des morts. Une lecture dans le désordre qui n'est pas gênante. Une histoire de zombies très classique avec son lot de rebondissements, mais sans véritables surprises. Les personnages sont sans relief et n'échappent pas aux stéréotypes du genre (le héros, le méchant et la nana sexy). Mais le rythme soutenu et maîtrisé du récit m'a permis de passer outre les défauts cités ci-dessus pour une lecture pas désagréable. Je n'apprécie toujours pas le dessin de Kyle Hotz, très typé comics moderne, même si il est soigné et détaillé. Une colorisation que je n'aime pas. Pour les amateurs du genre. Un petit 3 étoiles.