L'héritage du père
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Il regroupe les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2020, écrits par Jeff McComsey, dessinés et encrés par Tommy Lee Edwards, avec une mise en couleurs réalisée par Edwards pour les épisodes 1 & 2, et par Giovanna Niro pour les épisodes 3 & 4. Il comprend également les couvertures variantes réalisées par Mike Deodato junior, par Dave Johnson, ainsi qu'une postface du scénariste, une de l'artiste, et 2 pages d'études graphiques, et deux autres détaillant le processus depuis la page de script à la page dessinée et colorisée.
Aux alentours de Grendel, dans le Kentucky, à l'automne 1971, un homme descend de son pick-up, se dirige à l'arrière et se prépare. Il a son couteau de chasse à la ceinture, de l'essence dans la tronçonneuse, des cartouches dans son fusil, des bâtons de dynamite, et une bandoulière avec des grenades, sans oublier des protections aux genoux, et un casque de gardien de hockey, avec une batte de baseball hérissée de piquants. Il s'avance d'un pas déterminé vers l'entrée maçonnée d'une grotte. Trois jours plus tard, Denny arrive dans la plantation de cannabis, en conduisant son pick-up. Il salue Lawrence, son fusil à la main, assis dans un fauteuil devant la grange où les feuilles sont mises à sécher. Il pénètre dans la grange et demande aux personnes présentes de l'aider à charger la marchandise. Il emporte également avec lui un sac de sport rempli de liasses de billets. Alors qu'il sort de la ville par la grand-rue, une voiture de police le suit, et le conducteur actionne les gyrophares. Denny s'arrête sur le-côté, et Mike, le policier, vient le saluer : il a une mauvaise nouvelle à lui annoncer.
Cette nuit-là à Hickory en Pennsylvanie, trois miles au nord de la ligne Mason-Dixon, dans un bar de bikers, un individu vient demander au gang des Catins de tuer un homme. Marnie Wallace, la cheffe, refuse, indiquant que ce genre de contrat ne fait qu'entretenir un cercle vicieux de vengeance et d'assassinat. La cliente potentielle n'est pas contente et une bagarre éclate au cours de laquelle elle parvient à couper Marnie à l'oreille gauche, avant de se faire rouer de coups. Elle ne doit son salut qu'à l'interruption de Denny Wallace annonçant à sa sœur que leur père Clyde Wallace est décédé. Tout le gang de bikers prend la route, suivant la voiture de Denny pour se rendre à Grendel où elles arrivent en pleine nuit. Mike est en train de piquer un roupillon dans sa voiture de police. le bruit assourdissant des motos le réveille : il jette un coup d'œil et s'empresse de se rendormir, faisant celui qui n'a rien vu. La ville a organisé une sorte de veillée funèbre : les habitants racontent des anecdotes au sujet du défunt, sous une tente. Wayne évoque la fois où Clyde Wallace est parvenu à semer la police, alors qu'il avait un coffre plein de marchandise. L'assistance rit de bon cœur. C'est au tour de Denny de monter sur l'estrade où se trouve le cercueil. Mais c'est Marnie qui se trouve dans l'assistance, qui prend la parole, commençant par dire que Clyde n'était pas son papa, mais qu'il l'a élevée, et que c'était un homme bon.
AWA (Artists, Writers, Artisans) Studios est une maison d'édition créée en 2018, et dont les premières publications ont eu lieu en 2020. Elle publie aussi bien des histoires courtes et complètes, que des récits s'inscrivant dans un univers partagé. Jeff McComsey a déjà écrit et parfois dessiné quelques histoires depuis la fin des années 2000. Edwards est un artiste avec plus d'années d'expérience, ayant par exemple collaboré avec Mark Millar (1985) et Rick Veitch (The Question: Falling in Place). le récit commence comme une histoire de bikers, mais avec des motardes plutôt que des motards. La dernière page du premier épisode confirme qu'il y a bien un élément surnaturel : la présence de Grendel n'est pas cantonnée au titre, même si rien ne permet de savoir a priori s'il s'agit d'une adaptation transposée au temps présent, ou d'une version beaucoup plus personnelle du monstre apparaissant dans le poème Beowulf, probablement composé vers la fin de premier millénaire. le lecteur suit donc Marnie Wallace, la fille adoptive du défunt Clyde Wallace, alors qu'elle revient dans la petite ville où elle a grandi et qu'elle la redécouvre avec ses yeux d'adulte : le trafic de cannabis, toute l'économie locale basée dessus, la présence de cette créature surnaturelle, sa place dans l'écosystème de la ville qui ne s'appelle pas Grendel par simple coïncidence.
Dès la première page, le lecteur est confronté à l'âpreté des dessins. Les traits de contour sont un peu épais. Les aplats de noir revêtent des formes étirées et déchiquetées. L'artiste joue beaucoup avec le degré de précision, par endroit très minutieux (les armes dans le sac), parfois restant au niveau de l'impression (la végétation). Cela confère à la narration visuelle, une sensation assez touffue et pesante, un registre descriptif qui passe du minutieux à l'esquissé, parfois les deux étant présents au sein d'une même case, le noir étant toujours présent pour assombrir chaque image. du coup, l'oeil du lecteur est attiré par des éléments très concrets qui ancrent le récit dans une réalité palpable et réaliste : l'ensemble des armes dans le harnachement de Clyde Wallace, les différents modèles de véhicule, les bouteilles de bière avec leur étiquette, le capharnaüm dans la grande pièce des Wallace, sans oublier sa tête de renne empaillé, des restes de nourriture dans des assiettes sales, la grande hache que nettoie Marnie, ou encore les plantes autour de la véranda de Pap. Dans le même temps, il ressent l'ambiance installée par les dessins flirtant avec l'impressionnisme : les traits appuyés des silhouettes de Marnie et de l'individu qu'elle affronte se confondant presque avec des traits de mouvement, les traits de la carcasse éventrée d'un porc donnant l'impression de se confondre avec les traces laissées par le couteau ou l'objet coupant, les troncs d'arbres comme de fin piliers, et bien sûr la silhouette enténébrée de Grendel dont il est impossible de distinguer les détails.
Dans leurs postfaces respectives, les créateurs évoquent la passion de Tommy Lee Edwards pour la mécanique moto. Il ne l'utilise pas pour les dessiner de manière détaillée, en revanche le lecteur ressent que le dessinateur représente quelque chose dont il a l'expérience, que ce soit la position sur la moto, ou son inclinaison sur la route. En quatre épisodes, le scénariste doit aller droit au but. Il peut donc s'appuyer sur l'artiste pour réaliser des images apportant une bonne densité d'informations, que ce soit sur les différents environnements, et sur les personnages par leur tenue vestimentaire, et leurs gestes, soit lors des séquences de dialogue, soit pendant les affrontements. de son côté, il met à profit par les dialogues pour donner une idée sommaire du caractère des principaux concernés, c'est-à-dire Marnie, et un peu pour les personnages secondaires comme Denny et Pap. Il les utilise également pour établir la situation, la dynamique du trafic, et la manière dont Marnie accepte l'existence de Grendel. Effectivement, le lecteur acquiert rapidement une compréhension de la dynamique économique en place grâce au trafic, et progressive du rôle de Clyde au sein de la communauté, de la place de Grendel ces années passées, et des réactions que cela provoque en Marnie.
Le scénariste ne joue donc pas sur la question de l'existence de Grendel, puisqu'il l'établit de manière claire à la fin du premier épisode. L'enjeu du récit réside ailleurs. Petit à petit, il apparaît le rôle que Clyde a pu jouer pour Marnie, et comment elle souhaite honorer sa mémoire. Il y a donc une forme de prise de conscience de l'adulte qu'elle est devenue sur la réalité des actes des adultes qui l'entouraient quand elle était enfant. Il y a également une confrontation de valeurs un peu délicate, entre celles que lui a inculquées son père d'adoption, et celles qu'elle a développées après avoir quitté la ville, même si elle a choisi une vie de cheffe de meute, pas toujours du bon côté de la loi. S'il y est attentif, le lecteur se rend compte que la relation entre le frère et la sœur est évoquée en passant, mais avec nuance sur celui le plus apte à prendre la succession du père. Il est également possible de voir en Grendel, une incarnation des actes délictueux du père (Clyde) que la fille (Marnie) doit regarder en face. Elle doit se confronter de manière frontale à cette forme d'héritage, à la part de son père qu'elle porte en elle puisqu'il l'a éduquée. Il y a là une métaphore pas si ras-les-pâquerettes que ça. Envisagée sous cet angle, la fin du récit prend tout son sens.
Pas facile de réaliser une histoire consistante en seulement 4 épisodes, en prime sous forte influence d'un conte (Beowulf) et d'une série télé (Sons of Anarchy). Tommy Lee Edwards donne une identité visuelle très personnelle à la série, avec des dessins amalgamant avec élégance des éléments très descriptifs et une approche plus impressionniste. Jeff McComsey raconte une histoire assez légère, tout en contenant des ingrédients qui en font plus qu'une simple histoire de chasse au monstre, avec un combat acharné en la valeureuse héroïne et l'horrible monstre. Il manque un peu plus de profondeur pour qu'elle soit indispensable.
Orage est le jeune fils de deux sorciers vivant dans notre monde. Excédé par les catastrophes qu'il cause par maladresse et insouciance, sa mère décide de l'envoyer en internat à Bouhland, la fameuse école des monstres, vampires et sorciers, et tant pis si Orage n'a pas encore développé ses dons de sorciers. Il va s'y retrouver, seul humain sans pouvoirs dans un environnement de magie et de dangers, mais il va heureusement s'y faire rapidement beaucoup d'amis.
A la base, Bouhland est un webtoon. Et étonnamment Dupuis a publié en premier la suite de celui-ci, Orage qui se déroule quelques années plus tard alors que le héros est devenu un grand adolescent. Quand je l'ai lue à l'époque, je n'ai pu que me renseigner brièvement sur le contenu du webtoon pour mieux comprendre le monde et les personnages. Et voilà enfin que Dupuis le publie en album lui aussi.
Cela commence comme un Harry Potter à l'envers, où le héros sait d'emblée qu'il est un sorcier mais il n'a aucun pouvoir et il est plongé dans une école magique plus dangereuse qu'accueillante. Outre Harry Potter, j'ai aussi trouvé des ressemblances avec la série "freak's squeele" dans cette école très spéciale où le héros se fait un groupe d'amis d'origine très diverses, avec chacun leurs pouvoirs, et tous ensemble vont nouer des amitiés pour la vie.
Autant Orage est de l'aventure relativement sérieuse, autant Bouhland appuie davantage sur l'humour, en tout cas pour sa première moitié. Sur cette partie de l'album, on a en effet l'impression de suivre une série de saynetes humoristiques, sans réel fil rouge autre que la découverte de cette école et de ses habitants, avec des amis, des rivaux et un peu de romance. J'aime bien cette ambiance bon enfant et la camaraderie qui en découle.
Le récit prend un tournant plus proche de l'aventure en milieu d'album, avec un évènement dramatique qui va pousser le héros et ses amis à se lancer pour de bon dans l'aventure tandis que l'histoire devient aussi plus linéaire. Sur cette seconde moitié, j'ai été légèrement moins charmé, en partie au cause du changement de caractère du héros qui se prend un peu trop au sérieux par moment.
Et j'ai été surpris de voir que la série, qui correspond à l'unique saison parue en webtoon, s'arrête à la fin de la seule première année, laissant présager une suite directe pour la ou les années suivantes, mais qui n'aura finalement lieu que bien plus tard dans la chronologie de la série, avec Orage, laissant un grand blanc entre la fin de cette série et la suivante. L'album forme une histoire certes complète, mais elle laisse le lecteur sur une impression de légèrement inachevée ou du moins de suite attendue, comme si l'auteur était finalement passé à autre chose.
Ce fut pour moi une lecture plaisante, mais je n'ai pas totalement accroché à son rythme, à sa mise en scène ni au personnage principal à vrai dire. Je lui ai préféré le petit monde qui l'entoure qui, lui, est très sympathique et amusant.
Un album qui traite d’un sujet douloureux et hélas toujours d’actualité, à savoir les violences sexuelles subies par les enfants, et les conséquences désastreuses de celles-ci sur leur état physique, mais surtout psychique.
Le viol, l’inceste, cet album n’est pas le premier à évoquer ses thèmes. Mais il le fait de façon relativement originale, en particulier au niveau du dessin.
J’ai d’ailleurs bien aimé ce dessin – et la colorisation, aussi douce que le sujet est dur, le contraste entre les deux passant très bien.
C’est traité comme un conte, jouant sur des allégories, qui illustrent justement le silence sur lequel se développe ces crimes, ce silence – matérialisé par des bulles vides – qui doit être brisé pour lutter contre l’impunité (qu’incarne le notable, ministre sûr de lui, responsable du premier viol évoqué – tout n’est qu’évoqué ici, sans que cela ne perde de cruauté d’ailleurs).
Une lecture recommandable en tout cas.
Note réelle 3,5/5.
En rangeant ma bibliothèque pour faire de la place, je me suis pris à relire cette BD pour voir si je la conservais ou non. Et les quatre tomes relus, je confirme qu'elle ne restera pas dans mes étagères.
Cette série m'a fait penser à Okko, dont je me suis d'ailleurs aussi séparé. Parce que j'y retrouve quelques détails qui m'accrochent à la lecture et que mon ressenti général est le même : je comprends que ça plaise mais personnellement je n'y ai pas vu spécialement d'intérêt. Ma note est d'ailleurs le reflet d'une certaine indifférence au scénario, couplé à un dessin que j'apprécie pour ses qualités mais que je n'aime pas spécialement.
Les histoires se déroulant dans un Japon fantastique ne m'attirent pas spécialement de base, je m'en rends compte. Une surprise peut toujours arriver, mais là ce fut une lecture plate pour ma part. Pas décevante, pas énervante, juste plate. Le samouraï qui gagne tout ses combats, la jeune femme belle et fragile avec lequel il a un lien, le méchant qui veut toujours affronter le samouraï et gagner, l'utilisation de la magie, le dieu de la forêt ... J'ai déjà vu tout ça (d'ailleurs à la relecture j'ai ressenti une forte inspiration de Princesse Mononoké, mais c'est peut-être une coïncidence) et je ne trouve pas que la BD arrive à passer outre un canevas bien trop classique. Quelques particularités notamment me font tiquer : la belle dirigeante qui est malheureuse parce qu'elle n'a jamais pu être étreinte par son père. D'accord, mais en attendant ce sont des dizaines de victimes (au minimum) qu'elle provoque, pauvre petite créature. Je n'arrive pas à la plaindre et la fin qui se veut cathartique à son égard m'a juste indifféré. Je n'arrive pas à rentrer en empathie avec elle, et cette volonté de faire poétique m'a gavé plus que comblé.
Pour le reste, on a des liens qui se créent en permanence dans l'histoire, ce qui m'énerve aussi : il ne peut jamais y avoir quelqu'un qui est juste là par hasard ? Faut-il forcément que toutes les personnes soient liées par un passé ?
Ce sont ces détails accumulés dans une histoire que je continue de trouver malheureusement banale qui me conduisent à une note de 3 que je met comme une moyenne. Une série que j'ai trouvé moyenne dans l’exécution et son beau dessin m'a semblé souvent utiliser d'effets trop voyants. Je vois bien que la BD plait beaucoup plus à d'autres et je leurs laisse, personnellement je dois faire de la place et je ne l'estime pas assez pour la conserver.
Je suis un grand fan de Goossens, un immense auteur d’humour déconne, un champion de l’absurde qui m’a fait rire sur nombre de ses séries. Ici, il m’a quand même un peu déçu.
En courts chapitres, il brosse le portrait d’un « comique » de la vieille école, en mal d’inspiration, dépassé avec ses vannes d’une autre époque, décalé par rapport à la jeune génération, avec des références anachroniques, des approximations dans ces mêmes références. On a donc droit à pas mal de tentatives d’humour poussives, lourdingues – un humour dont auquel Goossens n’est pas habitué. Le problème vient du fait que Goossens, durant une bonne partie de l’album, ne dépasse pas complètement ce côté dérisoire.
Alors certes, le personnage de Robert Grognard, passéiste et pathétique, a des côtés navrants, il fait pitié et nous arrache le sourire avec ses pauvres rêves, ses citations erronées, ses jérémiades maladroites. Mais j’ai trop longtemps attendu que « ça » parte en vrille. Ce qui arrive dans le dernier tiers, où l’on retrouve le Goossens furieusement absurde, celui que je préfère.
Je finis donc sur une bonne impression, mais c’est un Goossens mineur, avec quelques passages amusants au début, mais trop de longueurs – même si je sais que Goossens joue sur ce lourdingue.
Note réelle 2,5/5.
Tout comme Alix, je suis un grand fan de football mais, contrairement à lui, je l’ai pratiqué en club durant 25 ans (à un faible niveau, toutefois). Et c’est ce même Alix qui m’a proposé de lire cet album en primeur, troublé qu’il était par son contenu.
Autant le dire d’entrée : personnellement, rien de ce qu’y décrit l’auteur ne m’a surpris… mais rien ne m’a spécialement choqué non plus. Bien sûr, Maxime Schertenleib met en évidence des aspects du football qui peuvent être jugés détestables… mais à mes yeux ils ne sont que le reflet de nos sociétés, à l’image de ce qui se passe dans bien des sports de compétition (je vous invite d’ailleurs pour ceux qui le peuvent à visionner un reportage diffusé par la RTBF (https://www.rtbf.be/article/investigation-ces-enfants-martyrises-pour-devenir-champions-des-stars-temoignent-11375195)) ou dans bien des milieux professionnels. La tension, le stress, les enjeux sont aujourd’hui tels que même au niveau du sport amateur, les excès sont fréquents. Mais à mes yeux, ils ne sont pas spécialement liés au football. Tout au plus, le football étant sans doute le sport-spectacle le plus populaire, sa médiatisation étant ce qu’elle est (c’est-à-dire excessive même pour un grand amateur dans mon genre) et la grande variété des pratiquants (de leurs origines à leurs parcours de vie) entrainant de facto des divergences de vue, ses dérives sont elles plus souvent mises en évidence. Et si aujourd’hui l’auteur semble s’épanouir dans le domaine artistique (et c’est tant mieux !), sera-ce encore le cas dans 15 ans lorsqu’il aura peut-être été confronté à certaines déceptions ? Car, quand on analyse sa trajectoire de manière objective, on peut aussi voir un enfant longtemps poussé par son père, puis un jeune attaquant qui doit se convertir en défenseur central, une vedette du club local qui, rejoignant un centre de formation, se retrouve confrontée à un concurrent plus agressif, plus dur au mal, peut-être tout simplement mieux adapté au poste en question. On voit aussi un homme profondément dégoûté du football, qui semble n’avoir gardé aucun ami dans ce milieu si tant est qu’il en ait eu tant il semble avoir toujours été isolé. Je ne critique pas l’auteur, cet album transpire de sincérité et est intéressant à lire, mais j’ai peur que d’autres lecteurs naturellement anti-football trouvent ici grain à moudre et argumentaire pour décréter que le football est responsable de certaines dérives sociétales alors que j’estime de mon côté que c’est plutôt la société en règle générale qui influence les comportements au sein de microcosmes comme le football. Le racisme est-il réellement plus présent dans le monde du football que dans celui de la littérature ? Comment expliquer que dans cet univers prétendument raciste, les clubs les plus puissants associent des joueurs d’origines ethniques et sociales aussi disparates et que ces joueurs sont capables de dépasser leurs différences pour former un bloc, un collectif uni par un objectif commun ? Comment qualifier le supporter qui balance une banane à un joueur africain jouant pour un club adverse mais qui l’embrasse l’année suivante parce qu’il a marqué un but pour son nouveau club ? Est-ce vraiment du racisme, de l’incivisme ou juste de la stupidité ? Quelle équipe nationale européenne de football n’a pas dans ses rangs un joueur issu de l’immigration devenu symbole d’une nation ? Platini et Zidane, hier, M’Bappé aujourd’hui en France… mais aussi Ibrahimovic, Kompany, Lukaku, Gullit, Seedorf, Bellingham, Özil, la liste est sans fin. Raciste, le milieu du football ? Vraiment ?
Mais je m’emporte, je m’emporte !! Et c’est le grand mérite de cet album, de nous inciter à réfléchir sur les comportements liés au sport et à la compétition, sur leur caractère malsain, sur leur origine et sur les éventuelles solutions que chacun pourrait apporter (entraineurs, joueurs, parents de joueurs). Mais Maxime Schertenleib ne s’engage pas dans ce sujet. Son livre est un témoignage et s’arrête là. Il est bien fait, transpire de sincérité, s’avère facile à lire même si pas spécialement beau à regarder (mais dans le cadre d’un documentaire, ce n’est pas vraiment un problème). C’est le témoignage d’un mal-être de l’auteur, qui ne surprendra pas les personnes habituées aux vestiaires mais surtout qui n’analyse pas les origines du problème. Et je pense sincèrement qu’il faut le prendre comme tel. Ni plus ni moins. Et en l’état, je trouve que c’est pas mal, très sincère, constamment dans le ressenti et pas assez dans l’analyse à mon goût, parfois maladroit au niveau du dessin, mais fluide et facile à lire.
PS : je voudrais revenir sur la planche 25 de l’album (deuxième page de la galerie) dans laquelle l’auteur souligne, via une conversation à laquelle il ne prend pas part, le refus d’un joueur de football de porter un brassard LGBTQ+ durant un match. Présenté comme ce l’est dans l’album, ce fait donne à penser que le milieu du football est naturellement homophobe. Pourtant on parle bien d’1 joueur sur l’ensemble des joueurs de football qui ont joué ce jour-là non seulement à Paris mais partout en France. Est-ce réellement surprenant qu’une personne sur des centaines se soit comportée de manière ouvertement homophobe ? Est-ce surprenant que d’autres soient homophobes même si elles ont porté ce brassard ? Surtout est-ce que cela signifie vraiment que le milieu du football en général est plus homophobe que la société en général ? Voilà, c’est ça qui me dérange dans ce livre, cette manière de l’auteur de présenter les faits et d’en tirer des généralités sur le football et ses pratiquants.
Mais purée ! Ce livre a quand même un grand mérite : celui de faire réagir et réfléchir. Et comme je suis pour les débats d’idées, je ne peux que remercier l’auteur pour son témoignage.
Il me faut commencer cet avis pas un aveu : je n’ai lu que trois des cinq tomes parus à ce jour. Mais bon, j’ai des circonstances atténuantes : tout d’abord le tome 5 sort aujourd’hui même, ensuite je ne possède pas la série mais l’emprunte via bibliothèque. Par conséquent, il m’est pour ainsi dire impossible de ne pas avoir au moins un tome de décalage entre mes lectures et la parution des albums.
Du coup, première question : pourquoi l’emprunter et pas l’acheter ?
Tout simplement parce que si je trouve la série divertissante, elle n’est pas non plus un indispensable à mes yeux. Ensuite, j’ai vu trop de comics partir en eau de boudin après quelques tomes pour ne pas me méfier.
Deuxième question : oui mais c’est bien ou pas ?
Je dirais que c’est bien… à condition de prendre cette série pour ce qu’elle est. A l’origine, je l’ai empruntée sur seule base du nom du scénariste, et je dois bien avouer avoir été assez surpris à la lecture du premier tome car on est clairement dans de la bd pop-corn. Le scénario donne la priorité à l’action et aux combats, avec une grosse louche de fantastique. A titre de comparaison, j’avais accroché à Walking Dead grâce au travail réalisé sur l’aspect psychologique des personnages. Dans Fire Power, si le film avait été adapté au cinéma, j’imagine sans mal le casting sur base d’acteurs des années ’80 (Van Damme, Norris, Bud Spencer, David Carradine pour le rôle le plus ambigu et Brigitte Nielsen pour le rôle féminin : pas spécialement les acteurs les plus subtils au niveau du jeu psychologique mais pour un film d’action, ça peut clairement le faire !) Au fil des tomes, l’intrigue se complexifie un peu et j’ai retrouvé avec plaisir le sens des dialogues de Kirkman, mais ça reste clairement du pur divertissement sans prise de tête, bien fait mais sans autre ambition (et ce n’est pas une critique, car à choisir je préfère une série comme celle-ci qui ne se prend pas pour ce qu’elle n’est pas que l’inverse).
Troisième question : et le dessin ?
J’ai vu pire et j’ai vu mieux. Les scènes de combat sont très cinématographiques, les personnages sont bien typés (seuls deux me posent problèmes et j’ai tendance à parfois les confondre), les décors ne sont pas essentiels mais pas oubliés pour autant. Par contre, les planches ne sont pas toujours spécialement fignolées et les personnages, s’ils se trouvent en arrière-plan sont souvent laissés à l’état d’ébauche. La colorisation, elle, est plutôt à mon goût pour du comics. C’est assez vif mais sans excès.
Enfin, on peut commencer la lecture maintenant ou vaut-il mieux attendre ?
Le premier tome présente une histoire quasiment complète. C’est vraiment une entrée en matière qui va nous plonger dans cet univers de kung-fu et nous présenter une première version des enjeux. Première version car les tomes 2 et 3 (qu’il vaut mieux lire à la suite l’un de l’autre) redistribuent les cartes. La rupture est nette avec le tome 1 (le tome 2 commence plusieurs années après la fin du tome 1) et les personnages vont se multiplier et s’épaissir (d’un point de vue psychologique) mais sans excès. On reste sur de la bd pop-corn destinée à un très large public (jeunes adolescents à vieux cons). Le tome 4 marque le début d’un nouveau cycle (mais ne l’ayant pas lu, je ne sais pas vous en dire grand-chose).
Donc voilà : de la bd de pure divertissement, bien faite, très rythmée… mais il ne faut pas en attendre monts et merveilles.
Stéphane Chabert ! Pour une France qui gagne la victoire !
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Sa première édition date de 2022. Il s'agit d'un roman-photo en couleurs, de soixante-dix pages, avec une histoire écrite par Éric Judor & Fabcaro, réalisé par Nathalie Fiszman, avec Judor dans le rôle principal. Il a nécessité quinze personnes pour la production : réalisation, stylisme, costumes, production, régie, repérages des décors, photos, casting, perruques, accessoires, maquillage, stagiaire, création et exécution de la maquette intérieure, création de la couverture et des pages liminaires, photogravure. Il a mobilisé quarante-neuf acteurs.
Dans un grand immeuble impersonnel, le patron d'une agence de communication spécialisée en marketing demande à ses créatifs de faire des propositions de slogan pour la mayonnaise Amoros, leader sur le segment de la mayonnaise. Chacun leur tour, Jean-Michel, Jean-Christophe, et Philippe font une proposition. Puis vient le tour de Stéphane Chabert qui propose : Amoros, j'en applique sur la viande afin d'en accentuer le goût. Dans la salle de réunion, tout le monde est consterné. La proposition de Stéphane instaure un climat de gêne, de malaise et d'état dépressif qui rappelle à chacun sa propre finitude, la fin inéluctable de toute chose, l'existence de Dieu et les origines du Big Bang. En quoi leur action fait-elle progresser l'humanité ? Ne seraient-ils pas en train de manipuler les esprits à des fins purement financières ? Ne seraient-ils pas plus en phase avec leur mère Gaia la Terre en allant s'adonner à la capoeira en Ardèche ?
Le patron demande à chacun de regagner son bureau et de continuer à réfléchir à un meilleur slogan. Stéphane Chabert passe devant la photocopieuse où Marie-Françoise est en train de rêvasser, avec une liasse de feuilles à la main. Chaque fois qu'il la voit, il sent son cœur s'enflammer comme une chamade. Il se dit qu'il ne va pas rester puceau toute sa vie et il se décide à lui adresser la parole. Il fait remarquer que ça sent le bourrage par ici. Il précise qu'il parle du bourrage papier. Il lui propose de regarder ce qui arrive à la photocopieuse, mais elle insinue qu'elle n'a pas commencé à photocopier ce qui explique qu'elle ne soit pas en train de fonctionner. Il lui propose alors de manger à la cantine avec lui, mais elle décline car elle s'est préparé un Tupperware qu'elle va manger à son bureau. Il lui dit qu'il suppose qu'il n'aurait pas dû parler d’œufs Mimosa, car ça a dû remuer en elle des souvenirs qu'elle préférait peut-être occulter, qu'au collège les garçons lui criaient dans la cour que ses seins étaient des œufs Mimosa, qu'elle était complexée par ses seins trop petits. Elle prend congé de lui pour aller retourner travailler. Il se présente à la cantine et demande un poulet-frites, mais le cuisinier lui répond qu'il ne reste que du gras de jambon. Il cherche une place où s'installer mais ses collègues indiquent qu'il n'y a plus de place à leur table, car la dernière est prise par quelqu'un qui pourrait très bien arriver à l'improviste. Il finit par s'installer seul à une table isolée tout au fond près de la poubelle et des toilettes, la chance.
L'alliance de deux créateurs à la forte personnalité comique, dans un média jugé désuet, le tout affublé d'un titre improbable. L'absurde est bien au rendez-vous, ainsi que le kitsch et la dérision au troisième, quatrième, cinquième degré, ou peut-être plus encore. le lecteur reconnaît rapidement la forme si particulière de l'humour d'Éric Judor à base de dérision, d'absurde, de comportement infantile et de banalité surréaliste. Il relève également les répliques improbables et décalées propres à Fabcaro, bifurquant sans ralentir vers un onirisme surréaliste. Il remarque que Nathalie Fiszman s'est également bien amusée à conférer une allure ringarde et désuète aux visuels. Il y a cet usage systématique de perruques pour chaque acteur, et ce choix de vêtements issus des années soixante, pour obtenir un effet daté et ridicule. Elle prend un grand plaisir à choisir un papier peint aux motifs imprimés tout aussi datés, et à inclure des accessoires d'un temps révolu comme le Minitel que l'avènement de l'ordinateur personnel a rendu obsolète, et pire encore a condamné comme une technologie sans avenir. Pour autant, elle a bien réalisé toutes les photographies du récit, sans en reprendre dans des romans-photos du passé, et avec un niveau de définition de l'image contemporain, sans grain ou flou, ou couleurs baveuses.
Le lecteur fait donc connaissance avec Stéphane Chabert, créatif au pragmatisme navrant, dépourvu d'imagination et de toute fibre de séduction, un perdant ridicule qui n'en éprouve qu'une vague conscience, préférant se complaire dans l'illusion d'une vie qu'il estime tranquille et agréable. Seule son postiche est flamboyant. L'intrigue repose la médiocrité banale de cet individu qui va acquérir la gagne d'un battant lors d'un improbable stage vaudou. Cela va lui permettre de grimper les échelons de la société en un temps record. Dès la couverture, le lecteur sait que le récit appartient au registre de la parodie : ce titre incongru alliant deux mots (le premier faisant référence à une purée d'avocat devenu incontournable à l'apéritif, l'autre à une pratique jugée comme surnaturelle, et souvent tournée en dérision), ce plan poitrine avantageux sur l'acteur avec une chevelure artificielle et une expression de visage indéchiffrable. Les costumes et les décorations intérieures datées renvoient à un passé révolu, à une époque qui se prenait comme étant celle du progrès et d'une forme de succès, d'un capitalisme prometteur porté une généralisation des progrès industrialisés de la science, et qui est maintenant ringardisée, comme si le présent était beaucoup plus avancé, avec une condescendance hautaine. le regard porté contient comme une touche de mépris, impliquant que les auteurs dépeignent des gens qui s'y croyaient vraiment à l'époque.
Sur le plan narratif, la réalisatrice utilise les conventions de découpage de la page, qui sont celles de la bande dessinée : des cases majoritairement bien alignées en bande, avec une poignée d'exceptions où la hauteur d'une case sera un plus grande que celles de sa voisine. Nathalie Fiszman utilise majoritairement des plans taille pour laisser la place à ses acteurs de pouvoir adopter une posture parlante, généralement naturelle. Ils ne sont pas en train de grimacer à chaque vignette, mais la photographie a cet effet de figer le visage dans une expression qui du coup en perd son caractère naturel, un instant arrêté, alors qu'en face à face il s'agit d'un moment fugace dans un visage en mouvement. Elle joue sur cette artificialité en la renforçant avec l'usage fréquent de postiches, de bonne qualité mais présentant cette impression de chevelure sans vie. le lecteur s'installe dans le train-train de cette narration visuelle douce et gentiment moqueuse. Il note le travail sur les accessoires obsolètes que ce soit le minitel ou un plateau en plastique, un motif imprimé, etc. Il sourit en voyant que des collages et des incrustations viennent ajouter une touche surréaliste. Par exemple, Stéphane assis à la table de cantine et des objets collés juste au-dessus de sa tête, alors qu'il commente que ses collègues plaisantent en lui lançant une miette de pain. Puis il s'agit d'un crouton de pain qui vient se poser sur sa tête, d'un pot de yaourt, d'un plateau repas garni, d'une chaise en plastique. Quelques pages plus loin, il découvre une photographie en pleine page, avec un personnage géant en pâte à modeler. Puis lors d'un rêve, elle s'amuse à réaliser des collages mettant Stéphane dans des situations oniriques. L'affiche pour la campagne présidentielle sort également du moule.
Voici donc l'histoire d'un perdant pas magnifique qui obtient un pouvoir lui permettant de devenir un gagnant. Sur ce fil directeur, les auteurs entremêlent les situations et les phrases moqueuses dont le sarcasme est atténué par la sympathie que le lecteur ressent pour Stéphane Chabert, un peu benêt tout en étant gentil, et aspirant à la réussite sociale promue par le système professionnel et capitaliste. La sensibilité humoristique des deux auteurs se marie bien, avec des phrases irrésistibles et des réactions désarmantes. Stéphane maintenant président de l'agence de communication s'adressant à un collaborateur : Jean-Pat, tu annihileras le présentéisme disruptif du flex office chamarré sans compromission ! Gourou Jean-Claude se mettant derrière Stéphane lors du stage vaudou pour l'aider dans ses gestes afin d'égorger un poisson pané sanguinolent : positionner la lame un peu plus haut, il faut qu'elle soit au deux tiers du cou à partir de la base, et qu'elle forme avec le cou un angle de quarante-cinq degrés, et tenir fermement le poulet afin que la coupure soit nette (alors qu'il tient un rectangle de poisson pané dans la main). Enfin le geste doit se faire de l'intérieur vers l'extérieur pour éviter que le sang ne gicle - et les deux hommes sont en train de gigoter par terre comme s'il s'agissait d'une vraie bagarre.
Au fil des pages, le lecteur ne sait que penser : la narration visuelle reste très sage, que ce soient les photographies ou leur agencement, avec quelques moments surréalistes imparables, et une forme de moquerie latente générée par la dérision du regard porté sur ces individus et leur environnement daté. L'usage d'un humour à froid au cinquième degré (ou plus) s'avère très déstabilisant, le lecteur n'arrivant pas toujours à se situer entre une mise en abîme ridiculisant une attitude, une mode, un comportement, ou bien un moment d'une banalité insipide dont l'intention de dérision retourne ou détourne la moquerie sur une convention se moquant elle-même d'un autre cliché, avec un empilement de ce mécanisme sur deux ou trois étages dans un moment unique, ce qui finit par aboutir à une banalité, ou par perdre le lecteur qui n'est peut-être pas familier d'une de ces conventions enchâssées. La critique moqueuse de la gagne fonctionne bien, même si elle est globalement désamorcée jusqu'à être inoffensive par l'ironie moqueuse et la dérision, et l'absence d'alternative à cette trajectoire de vie. Mais la tonalité générale est pleine de verve, d'inventivité humoristique et d'une forme de tendresse, même si elle peut être un peu vache, pour Stéphane Chabert, être humain qui est le jouet des événements, de ses désirs, de la société.
Pour l'anecdote, en compulsant le générique en fin d'ouvrage, le lecteur relève la participation en tant qu'acteur de Nathalie Fiszman (la voisine gentille), d'Arthur H (Habib), de Clémentine Mélois (dans le rôle de Leonardo DiCaprio, elle-même autrice du roman-photo Les Six Fonctions du langage, 2021), de Fabcaro (un punk).
Difficile de résister à l'attrait d'un roman-photo parodique, écrit par Éric Judor et Fabcaro : l'assurance d'un divertissement absurde avec des répliques hilarantes et des situations décalées. Avec un roman-photo choisissant le registre de la parodie dans un environnement suranné, la réalisatrice allie pastiche et ironie, pour un petit récit, comportant une touche de réalisme magique avec ce pouvoir issu d'une cérémonie vaudou. Par moment, le lecteur ne sait plus trop s'il est en train de lire une parodie avec une mise en abîme de moqueries référentielles ou juste une séquence d'une banalité affligeante, tout en ressentant une forme d'humour cruel du fait de personnages qui sont, au fond d'eux-mêmes résignés à leur sort. Il prend plaisir au jeu sur les formes avec une narration qui peut briser le quatrième mur (Stéphane s'adressant à la voix du narrateur omniscient ou modifiant le déroulement en virant un personnage d'une scène), le décalage entre les paroles et l'action montrée, la frustration quand le principe de réalité ramène à une mesure plus raisonnable des projets de nature diverse. Dans le même temps, le lecteur fait l'expérience douloureuse de l'absence de sens de ces situations, dans un récit postmoderne désenchanté.
J'ai un sentiment un peu partagé sur cet album.
Samuel Wambre n'est pas le premier, loin de là, à raconter l'arrivée de son premier enfant en BD. A dire son excitation, à faire part de ses peurs, à à relater les montagnes russes d'émotions qui surviennent lorsque l'enfant est sur le point de paraître. Il le sait, mais il essaie d'être original, si j'ose l'écrire, en entrecoupant les différents épisodes de cette délivrance interminable de quelques textes revenant en arrière sur sa rencontre avec celle qui sera la mère de ses enfants, sur la révélation de sa grossesse, sur les moyens de l'hôpital... Si le jeune homme apparaît comme très prévenant, anxieux malgré toute la préparation qu'il a suivie auprès de sa compagne, il se montre un peu exigeant par moments avec le personnel. Souhaitant bénéficier d'un meilleur lit alors que le système hospitalier agonise d'un manque de moyens dramatique, ne cessant de poser des questions à la future mère alors que celle-ci a besoin de se concentrer sur ses contractions.
je sais que dans ces moments-là on ne réfléchit pas forcément, on n'est pas forcément correct, mais cet égoïsme -relatif, ce n'est pas Donald Trump qui pense que tout lui est dû- m'a un peu agacé, et a un peu gâché ma lecture. Samuel Wambre a probablement voulu être sincère dans son histoire, et il apparaît tout à fait humain, mais dans un album qui se veut plein d'amour, il n'en montre pas totalement pour le corps médical. A la limite le comportement de la future grand-mère m'a moins énervé.
Graphiquement l'auteur fait preuve d'une belle maîtrise. Il est secondé aux couleurs par Juliette Vaast, livrant un album lumineux, aux teintes chaudes qui changent nettement dans la deuxième moitié de l'album, lorsque la perte des eaux date de 48 heures et que la santé du bébé à naître est en péril. Mais curieusement dans l'avant-dernière section de l'histoire, le dessin perd de sa maîtrise réaliste et Stéphanie, par exemple, voit son visage déformé, un peu comme dans une BD d'humour. C'est un brin perturbant.
Action, suspense, avec un soupçon d'anticipation originale
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Il s'agit d'une histoire complète en 1 tome, indépendante de toute autre. Il contient les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2009. le scénario est de Warren Ellis, les dessins et l'encrage de Facundio Percio.
Quelque part dans une grande métropole (New Ataraxia), Anna Mercury (tenue de cuir moulante et crinière rousse flottant au vent) se livre à de l'espionnage industriel et militaire dans un immeuble. Elle est en liaison (micro et oreillette) avec une personne au nom de code de Launchpad. Elle vient de découvrir les détails d'un projet pour construire un canon magnétique sur la Lune par les habitants de New Ataraxia, afin de rayer la ville de Sheol de la carte. Elle sort de ce bureau en sautant par la fenêtre d'un monde qui ressemble à uchronie à partir du notre, où la technologie se serait développée sur l'axe du magnétisme, plutôt que du moteur à combustion. Elle commence par faire irruption dans un appartement abritant une cellule d'espions de Sheol. Puis elle réquisitionne l'un d'eux pour l'aider à pénétrer dans une base militaire et s'introduire dans une fusée en partance pour la Lune.
Le lecteur pourra se montrer hésitant devant cette histoire en 1 tome (annoncé comme le premier de la série, mais il n'y a pas eu de deuxième), mettant en scène les aventures d'une femme à la tenue sexy, à la chevelure exagérée, avec un pistolet, et effectuant des cabrioles impossibles dans une ville d'anticipation superficielle. Il faut un peu de temps pour que la touche "Warren Ellis" se manifeste. Les premières séquences correspondent à des scènes d'action menées tambour battant, sympathiques sans être renversantes, avec une tonalité de série B, voire Z.
Warren Ellis est un scénariste exigeant vis-à-vis des dessinateurs chargés de mettre en image ses scénarios. Il alterne des scènes d'explications, avec des dialogues qui peuvent durer sur plusieurs pages, obligeant le dessinateur à faire preuve d'inventivité dans sa mise en scène, avec des scènes d'action rapides et enlevées, exigeant à nouveau un grand talent de metteur en scène et de chef décorateur, le dessinateur se retrouvant à effectuer tout seul la narration. À ce titre, les premières pages mettent en évidence les qualités et les limites de Facundo Percio. Sa mise en scène est claire et lisible, avec un oeil sûr pour communiquer l'impression de mouvement, le caractère intrépide des acrobaties d'Anna Mercury s'élançant dans le vide, la force de ses coups. D'un autre côté, il peine à rendre crédibles ses perspectives urbaines. Les façades des immeubles manquent de texture, restant coincées entre une approche descriptive simpliste et un une épure pas assez conceptuelle.
De la même manière, Percio dessine des personnages à l'apparence à mi chemin entre l'amateurisme (des visages peu crédibles, des expressions manquant de nuances, sauf pour Anna Mercury qui semble par contre avoir moins de 20 ans), et une approche plus construite (leurs tenus vestimentaires, leurs postures adultes). Concernant Anna Mercury, Percio oscille entre une acrobate aguerrie, et un objet sexuel mettant ses formes en valeur. La tenue en cuir (rehaussée de gants rouges et cloutés) évoque celle d'Emma Peel en moins sophistiquée, et moins élégante. Sa chevelure flamboyante trouve une explication dans le cours du récit quant à son exubérance, mais par contre il n'y a pas de justification à ce choix. En tant qu'agent spécial de terrain, il est logique qu'Anna Mercury porte une tenue faite sur mesure, mais rien ne permet de comprendre pourquoi elle a choisi des bottes à semelle compensée.
D'un point de vue visuel, le récit oscille entre des scènes savamment construites pour immerger le lecteur dans l'action, et des éléments factices qui ne semblent pas assez professionnels, ou trop forcés (Anna Mercury a-t-elle vraiment besoin de prendre des poses mettant ses courbes en valeur ?). D'un point de vue du scénario, Ellis commence par une intrigue basique d'une mission menée à un train d'enfer pour saboter une arme de destruction massive. Il faut attendre le deuxième épisode pour découvrir la relation qu'entretient ce monde avec notre Terre, et saisir les implications morales qui en découlent. Une fois cette composante du scénario exposée, le lecteur saisit l'ampleur des enjeux de la situation, et les actes d'Anna Mercury prennent toute leur importance. L'histoire sort de la catégorie "action bourrine et efficace", pour passer dans la catégorie "thriller plein d'action et de suspense". Toutefois, Ellis n'a pas le temps de donner de la substance à son personnage principal qui reste de ce fait générique, malgré son apparence sortant de l'ordinaire (plus les pages se tournent, plus le lecteur pourra avoir l'impression que Percio s'est inspiré de Mylène Farmer pour les traits d'Anna Mercury). La situation politique sur notre Terre reste exclusivement cantonnée à la mission de Mercury, et l'anticipation reste limitée à 2 concepts (celui relatif à New Ataraxia et celui relatif aux modalités de déplacement de Mercury). Ellis donne l'impression qu'il avait d'autres idées pour cette série (à commencer par New Ataraxia dont le nom fait référence au concept d'ataraxie, et par Sheol, un terme hébraïque intraduisible, désignant le séjour des morts, ou la tombe commune de l'humanité, ou encore le puits), mais il ne les développe jamais.
Le tome se termine avec la reproduction de toutes les couvertures variantes : 7 dessinées par Juan Jose Ryp magnifiques de détails maniaques, 5 peintes par Felipe Massafera dans un style pulp entièrement maîtrisé avec une grande puissance de séduction dangereuse pour Anna Mercury, 5 dessinées par Facundo Percio avec des moues mutines pour Anna Mercury évoquant Amanda Conner.
Anna Mercury ne constitue pas un trésor caché dans la bibliographie de Warren Ellis, mais une histoire divertissante, grâce à 2 concepts de science-fiction dont il a le secret, avec une mise en images intelligente dans la conception des pages et des prises de vue, mais aux dessins laissant un goût de manque de finition et de finesse.
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Grendel, Kentucky
L'héritage du père - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Il regroupe les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2020, écrits par Jeff McComsey, dessinés et encrés par Tommy Lee Edwards, avec une mise en couleurs réalisée par Edwards pour les épisodes 1 & 2, et par Giovanna Niro pour les épisodes 3 & 4. Il comprend également les couvertures variantes réalisées par Mike Deodato junior, par Dave Johnson, ainsi qu'une postface du scénariste, une de l'artiste, et 2 pages d'études graphiques, et deux autres détaillant le processus depuis la page de script à la page dessinée et colorisée. Aux alentours de Grendel, dans le Kentucky, à l'automne 1971, un homme descend de son pick-up, se dirige à l'arrière et se prépare. Il a son couteau de chasse à la ceinture, de l'essence dans la tronçonneuse, des cartouches dans son fusil, des bâtons de dynamite, et une bandoulière avec des grenades, sans oublier des protections aux genoux, et un casque de gardien de hockey, avec une batte de baseball hérissée de piquants. Il s'avance d'un pas déterminé vers l'entrée maçonnée d'une grotte. Trois jours plus tard, Denny arrive dans la plantation de cannabis, en conduisant son pick-up. Il salue Lawrence, son fusil à la main, assis dans un fauteuil devant la grange où les feuilles sont mises à sécher. Il pénètre dans la grange et demande aux personnes présentes de l'aider à charger la marchandise. Il emporte également avec lui un sac de sport rempli de liasses de billets. Alors qu'il sort de la ville par la grand-rue, une voiture de police le suit, et le conducteur actionne les gyrophares. Denny s'arrête sur le-côté, et Mike, le policier, vient le saluer : il a une mauvaise nouvelle à lui annoncer. Cette nuit-là à Hickory en Pennsylvanie, trois miles au nord de la ligne Mason-Dixon, dans un bar de bikers, un individu vient demander au gang des Catins de tuer un homme. Marnie Wallace, la cheffe, refuse, indiquant que ce genre de contrat ne fait qu'entretenir un cercle vicieux de vengeance et d'assassinat. La cliente potentielle n'est pas contente et une bagarre éclate au cours de laquelle elle parvient à couper Marnie à l'oreille gauche, avant de se faire rouer de coups. Elle ne doit son salut qu'à l'interruption de Denny Wallace annonçant à sa sœur que leur père Clyde Wallace est décédé. Tout le gang de bikers prend la route, suivant la voiture de Denny pour se rendre à Grendel où elles arrivent en pleine nuit. Mike est en train de piquer un roupillon dans sa voiture de police. le bruit assourdissant des motos le réveille : il jette un coup d'œil et s'empresse de se rendormir, faisant celui qui n'a rien vu. La ville a organisé une sorte de veillée funèbre : les habitants racontent des anecdotes au sujet du défunt, sous une tente. Wayne évoque la fois où Clyde Wallace est parvenu à semer la police, alors qu'il avait un coffre plein de marchandise. L'assistance rit de bon cœur. C'est au tour de Denny de monter sur l'estrade où se trouve le cercueil. Mais c'est Marnie qui se trouve dans l'assistance, qui prend la parole, commençant par dire que Clyde n'était pas son papa, mais qu'il l'a élevée, et que c'était un homme bon. AWA (Artists, Writers, Artisans) Studios est une maison d'édition créée en 2018, et dont les premières publications ont eu lieu en 2020. Elle publie aussi bien des histoires courtes et complètes, que des récits s'inscrivant dans un univers partagé. Jeff McComsey a déjà écrit et parfois dessiné quelques histoires depuis la fin des années 2000. Edwards est un artiste avec plus d'années d'expérience, ayant par exemple collaboré avec Mark Millar (1985) et Rick Veitch (The Question: Falling in Place). le récit commence comme une histoire de bikers, mais avec des motardes plutôt que des motards. La dernière page du premier épisode confirme qu'il y a bien un élément surnaturel : la présence de Grendel n'est pas cantonnée au titre, même si rien ne permet de savoir a priori s'il s'agit d'une adaptation transposée au temps présent, ou d'une version beaucoup plus personnelle du monstre apparaissant dans le poème Beowulf, probablement composé vers la fin de premier millénaire. le lecteur suit donc Marnie Wallace, la fille adoptive du défunt Clyde Wallace, alors qu'elle revient dans la petite ville où elle a grandi et qu'elle la redécouvre avec ses yeux d'adulte : le trafic de cannabis, toute l'économie locale basée dessus, la présence de cette créature surnaturelle, sa place dans l'écosystème de la ville qui ne s'appelle pas Grendel par simple coïncidence. Dès la première page, le lecteur est confronté à l'âpreté des dessins. Les traits de contour sont un peu épais. Les aplats de noir revêtent des formes étirées et déchiquetées. L'artiste joue beaucoup avec le degré de précision, par endroit très minutieux (les armes dans le sac), parfois restant au niveau de l'impression (la végétation). Cela confère à la narration visuelle, une sensation assez touffue et pesante, un registre descriptif qui passe du minutieux à l'esquissé, parfois les deux étant présents au sein d'une même case, le noir étant toujours présent pour assombrir chaque image. du coup, l'oeil du lecteur est attiré par des éléments très concrets qui ancrent le récit dans une réalité palpable et réaliste : l'ensemble des armes dans le harnachement de Clyde Wallace, les différents modèles de véhicule, les bouteilles de bière avec leur étiquette, le capharnaüm dans la grande pièce des Wallace, sans oublier sa tête de renne empaillé, des restes de nourriture dans des assiettes sales, la grande hache que nettoie Marnie, ou encore les plantes autour de la véranda de Pap. Dans le même temps, il ressent l'ambiance installée par les dessins flirtant avec l'impressionnisme : les traits appuyés des silhouettes de Marnie et de l'individu qu'elle affronte se confondant presque avec des traits de mouvement, les traits de la carcasse éventrée d'un porc donnant l'impression de se confondre avec les traces laissées par le couteau ou l'objet coupant, les troncs d'arbres comme de fin piliers, et bien sûr la silhouette enténébrée de Grendel dont il est impossible de distinguer les détails. Dans leurs postfaces respectives, les créateurs évoquent la passion de Tommy Lee Edwards pour la mécanique moto. Il ne l'utilise pas pour les dessiner de manière détaillée, en revanche le lecteur ressent que le dessinateur représente quelque chose dont il a l'expérience, que ce soit la position sur la moto, ou son inclinaison sur la route. En quatre épisodes, le scénariste doit aller droit au but. Il peut donc s'appuyer sur l'artiste pour réaliser des images apportant une bonne densité d'informations, que ce soit sur les différents environnements, et sur les personnages par leur tenue vestimentaire, et leurs gestes, soit lors des séquences de dialogue, soit pendant les affrontements. de son côté, il met à profit par les dialogues pour donner une idée sommaire du caractère des principaux concernés, c'est-à-dire Marnie, et un peu pour les personnages secondaires comme Denny et Pap. Il les utilise également pour établir la situation, la dynamique du trafic, et la manière dont Marnie accepte l'existence de Grendel. Effectivement, le lecteur acquiert rapidement une compréhension de la dynamique économique en place grâce au trafic, et progressive du rôle de Clyde au sein de la communauté, de la place de Grendel ces années passées, et des réactions que cela provoque en Marnie. Le scénariste ne joue donc pas sur la question de l'existence de Grendel, puisqu'il l'établit de manière claire à la fin du premier épisode. L'enjeu du récit réside ailleurs. Petit à petit, il apparaît le rôle que Clyde a pu jouer pour Marnie, et comment elle souhaite honorer sa mémoire. Il y a donc une forme de prise de conscience de l'adulte qu'elle est devenue sur la réalité des actes des adultes qui l'entouraient quand elle était enfant. Il y a également une confrontation de valeurs un peu délicate, entre celles que lui a inculquées son père d'adoption, et celles qu'elle a développées après avoir quitté la ville, même si elle a choisi une vie de cheffe de meute, pas toujours du bon côté de la loi. S'il y est attentif, le lecteur se rend compte que la relation entre le frère et la sœur est évoquée en passant, mais avec nuance sur celui le plus apte à prendre la succession du père. Il est également possible de voir en Grendel, une incarnation des actes délictueux du père (Clyde) que la fille (Marnie) doit regarder en face. Elle doit se confronter de manière frontale à cette forme d'héritage, à la part de son père qu'elle porte en elle puisqu'il l'a éduquée. Il y a là une métaphore pas si ras-les-pâquerettes que ça. Envisagée sous cet angle, la fin du récit prend tout son sens. Pas facile de réaliser une histoire consistante en seulement 4 épisodes, en prime sous forte influence d'un conte (Beowulf) et d'une série télé (Sons of Anarchy). Tommy Lee Edwards donne une identité visuelle très personnelle à la série, avec des dessins amalgamant avec élégance des éléments très descriptifs et une approche plus impressionniste. Jeff McComsey raconte une histoire assez légère, tout en contenant des ingrédients qui en font plus qu'une simple histoire de chasse au monstre, avec un combat acharné en la valeureuse héroïne et l'horrible monstre. Il manque un peu plus de profondeur pour qu'elle soit indispensable.
Bouhland
Orage est le jeune fils de deux sorciers vivant dans notre monde. Excédé par les catastrophes qu'il cause par maladresse et insouciance, sa mère décide de l'envoyer en internat à Bouhland, la fameuse école des monstres, vampires et sorciers, et tant pis si Orage n'a pas encore développé ses dons de sorciers. Il va s'y retrouver, seul humain sans pouvoirs dans un environnement de magie et de dangers, mais il va heureusement s'y faire rapidement beaucoup d'amis. A la base, Bouhland est un webtoon. Et étonnamment Dupuis a publié en premier la suite de celui-ci, Orage qui se déroule quelques années plus tard alors que le héros est devenu un grand adolescent. Quand je l'ai lue à l'époque, je n'ai pu que me renseigner brièvement sur le contenu du webtoon pour mieux comprendre le monde et les personnages. Et voilà enfin que Dupuis le publie en album lui aussi. Cela commence comme un Harry Potter à l'envers, où le héros sait d'emblée qu'il est un sorcier mais il n'a aucun pouvoir et il est plongé dans une école magique plus dangereuse qu'accueillante. Outre Harry Potter, j'ai aussi trouvé des ressemblances avec la série "freak's squeele" dans cette école très spéciale où le héros se fait un groupe d'amis d'origine très diverses, avec chacun leurs pouvoirs, et tous ensemble vont nouer des amitiés pour la vie. Autant Orage est de l'aventure relativement sérieuse, autant Bouhland appuie davantage sur l'humour, en tout cas pour sa première moitié. Sur cette partie de l'album, on a en effet l'impression de suivre une série de saynetes humoristiques, sans réel fil rouge autre que la découverte de cette école et de ses habitants, avec des amis, des rivaux et un peu de romance. J'aime bien cette ambiance bon enfant et la camaraderie qui en découle. Le récit prend un tournant plus proche de l'aventure en milieu d'album, avec un évènement dramatique qui va pousser le héros et ses amis à se lancer pour de bon dans l'aventure tandis que l'histoire devient aussi plus linéaire. Sur cette seconde moitié, j'ai été légèrement moins charmé, en partie au cause du changement de caractère du héros qui se prend un peu trop au sérieux par moment. Et j'ai été surpris de voir que la série, qui correspond à l'unique saison parue en webtoon, s'arrête à la fin de la seule première année, laissant présager une suite directe pour la ou les années suivantes, mais qui n'aura finalement lieu que bien plus tard dans la chronologie de la série, avec Orage, laissant un grand blanc entre la fin de cette série et la suivante. L'album forme une histoire certes complète, mais elle laisse le lecteur sur une impression de légèrement inachevée ou du moins de suite attendue, comme si l'auteur était finalement passé à autre chose. Ce fut pour moi une lecture plaisante, mais je n'ai pas totalement accroché à son rythme, à sa mise en scène ni au personnage principal à vrai dire. Je lui ai préféré le petit monde qui l'entoure qui, lui, est très sympathique et amusant.
Grand Silence
Un album qui traite d’un sujet douloureux et hélas toujours d’actualité, à savoir les violences sexuelles subies par les enfants, et les conséquences désastreuses de celles-ci sur leur état physique, mais surtout psychique. Le viol, l’inceste, cet album n’est pas le premier à évoquer ses thèmes. Mais il le fait de façon relativement originale, en particulier au niveau du dessin. J’ai d’ailleurs bien aimé ce dessin – et la colorisation, aussi douce que le sujet est dur, le contraste entre les deux passant très bien. C’est traité comme un conte, jouant sur des allégories, qui illustrent justement le silence sur lequel se développe ces crimes, ce silence – matérialisé par des bulles vides – qui doit être brisé pour lutter contre l’impunité (qu’incarne le notable, ministre sûr de lui, responsable du premier viol évoqué – tout n’est qu’évoqué ici, sans que cela ne perde de cruauté d’ailleurs). Une lecture recommandable en tout cas. Note réelle 3,5/5.
La Légende des nuées écarlates
En rangeant ma bibliothèque pour faire de la place, je me suis pris à relire cette BD pour voir si je la conservais ou non. Et les quatre tomes relus, je confirme qu'elle ne restera pas dans mes étagères. Cette série m'a fait penser à Okko, dont je me suis d'ailleurs aussi séparé. Parce que j'y retrouve quelques détails qui m'accrochent à la lecture et que mon ressenti général est le même : je comprends que ça plaise mais personnellement je n'y ai pas vu spécialement d'intérêt. Ma note est d'ailleurs le reflet d'une certaine indifférence au scénario, couplé à un dessin que j'apprécie pour ses qualités mais que je n'aime pas spécialement. Les histoires se déroulant dans un Japon fantastique ne m'attirent pas spécialement de base, je m'en rends compte. Une surprise peut toujours arriver, mais là ce fut une lecture plate pour ma part. Pas décevante, pas énervante, juste plate. Le samouraï qui gagne tout ses combats, la jeune femme belle et fragile avec lequel il a un lien, le méchant qui veut toujours affronter le samouraï et gagner, l'utilisation de la magie, le dieu de la forêt ... J'ai déjà vu tout ça (d'ailleurs à la relecture j'ai ressenti une forte inspiration de Princesse Mononoké, mais c'est peut-être une coïncidence) et je ne trouve pas que la BD arrive à passer outre un canevas bien trop classique. Quelques particularités notamment me font tiquer : la belle dirigeante qui est malheureuse parce qu'elle n'a jamais pu être étreinte par son père. D'accord, mais en attendant ce sont des dizaines de victimes (au minimum) qu'elle provoque, pauvre petite créature. Je n'arrive pas à la plaindre et la fin qui se veut cathartique à son égard m'a juste indifféré. Je n'arrive pas à rentrer en empathie avec elle, et cette volonté de faire poétique m'a gavé plus que comblé. Pour le reste, on a des liens qui se créent en permanence dans l'histoire, ce qui m'énerve aussi : il ne peut jamais y avoir quelqu'un qui est juste là par hasard ? Faut-il forcément que toutes les personnes soient liées par un passé ? Ce sont ces détails accumulés dans une histoire que je continue de trouver malheureusement banale qui me conduisent à une note de 3 que je met comme une moyenne. Une série que j'ai trouvé moyenne dans l’exécution et son beau dessin m'a semblé souvent utiliser d'effets trop voyants. Je vois bien que la BD plait beaucoup plus à d'autres et je leurs laisse, personnellement je dois faire de la place et je ne l'estime pas assez pour la conserver.
La Porte de l'univers
Je suis un grand fan de Goossens, un immense auteur d’humour déconne, un champion de l’absurde qui m’a fait rire sur nombre de ses séries. Ici, il m’a quand même un peu déçu. En courts chapitres, il brosse le portrait d’un « comique » de la vieille école, en mal d’inspiration, dépassé avec ses vannes d’une autre époque, décalé par rapport à la jeune génération, avec des références anachroniques, des approximations dans ces mêmes références. On a donc droit à pas mal de tentatives d’humour poussives, lourdingues – un humour dont auquel Goossens n’est pas habitué. Le problème vient du fait que Goossens, durant une bonne partie de l’album, ne dépasse pas complètement ce côté dérisoire. Alors certes, le personnage de Robert Grognard, passéiste et pathétique, a des côtés navrants, il fait pitié et nous arrache le sourire avec ses pauvres rêves, ses citations erronées, ses jérémiades maladroites. Mais j’ai trop longtemps attendu que « ça » parte en vrille. Ce qui arrive dans le dernier tiers, où l’on retrouve le Goossens furieusement absurde, celui que je préfère. Je finis donc sur une bonne impression, mais c’est un Goossens mineur, avec quelques passages amusants au début, mais trop de longueurs – même si je sais que Goossens joue sur ce lourdingue. Note réelle 2,5/5.
Arrêt de jeu - Journal d'un footballeur mal dans ses pompes
Tout comme Alix, je suis un grand fan de football mais, contrairement à lui, je l’ai pratiqué en club durant 25 ans (à un faible niveau, toutefois). Et c’est ce même Alix qui m’a proposé de lire cet album en primeur, troublé qu’il était par son contenu. Autant le dire d’entrée : personnellement, rien de ce qu’y décrit l’auteur ne m’a surpris… mais rien ne m’a spécialement choqué non plus. Bien sûr, Maxime Schertenleib met en évidence des aspects du football qui peuvent être jugés détestables… mais à mes yeux ils ne sont que le reflet de nos sociétés, à l’image de ce qui se passe dans bien des sports de compétition (je vous invite d’ailleurs pour ceux qui le peuvent à visionner un reportage diffusé par la RTBF (https://www.rtbf.be/article/investigation-ces-enfants-martyrises-pour-devenir-champions-des-stars-temoignent-11375195)) ou dans bien des milieux professionnels. La tension, le stress, les enjeux sont aujourd’hui tels que même au niveau du sport amateur, les excès sont fréquents. Mais à mes yeux, ils ne sont pas spécialement liés au football. Tout au plus, le football étant sans doute le sport-spectacle le plus populaire, sa médiatisation étant ce qu’elle est (c’est-à-dire excessive même pour un grand amateur dans mon genre) et la grande variété des pratiquants (de leurs origines à leurs parcours de vie) entrainant de facto des divergences de vue, ses dérives sont elles plus souvent mises en évidence. Et si aujourd’hui l’auteur semble s’épanouir dans le domaine artistique (et c’est tant mieux !), sera-ce encore le cas dans 15 ans lorsqu’il aura peut-être été confronté à certaines déceptions ? Car, quand on analyse sa trajectoire de manière objective, on peut aussi voir un enfant longtemps poussé par son père, puis un jeune attaquant qui doit se convertir en défenseur central, une vedette du club local qui, rejoignant un centre de formation, se retrouve confrontée à un concurrent plus agressif, plus dur au mal, peut-être tout simplement mieux adapté au poste en question. On voit aussi un homme profondément dégoûté du football, qui semble n’avoir gardé aucun ami dans ce milieu si tant est qu’il en ait eu tant il semble avoir toujours été isolé. Je ne critique pas l’auteur, cet album transpire de sincérité et est intéressant à lire, mais j’ai peur que d’autres lecteurs naturellement anti-football trouvent ici grain à moudre et argumentaire pour décréter que le football est responsable de certaines dérives sociétales alors que j’estime de mon côté que c’est plutôt la société en règle générale qui influence les comportements au sein de microcosmes comme le football. Le racisme est-il réellement plus présent dans le monde du football que dans celui de la littérature ? Comment expliquer que dans cet univers prétendument raciste, les clubs les plus puissants associent des joueurs d’origines ethniques et sociales aussi disparates et que ces joueurs sont capables de dépasser leurs différences pour former un bloc, un collectif uni par un objectif commun ? Comment qualifier le supporter qui balance une banane à un joueur africain jouant pour un club adverse mais qui l’embrasse l’année suivante parce qu’il a marqué un but pour son nouveau club ? Est-ce vraiment du racisme, de l’incivisme ou juste de la stupidité ? Quelle équipe nationale européenne de football n’a pas dans ses rangs un joueur issu de l’immigration devenu symbole d’une nation ? Platini et Zidane, hier, M’Bappé aujourd’hui en France… mais aussi Ibrahimovic, Kompany, Lukaku, Gullit, Seedorf, Bellingham, Özil, la liste est sans fin. Raciste, le milieu du football ? Vraiment ? Mais je m’emporte, je m’emporte !! Et c’est le grand mérite de cet album, de nous inciter à réfléchir sur les comportements liés au sport et à la compétition, sur leur caractère malsain, sur leur origine et sur les éventuelles solutions que chacun pourrait apporter (entraineurs, joueurs, parents de joueurs). Mais Maxime Schertenleib ne s’engage pas dans ce sujet. Son livre est un témoignage et s’arrête là. Il est bien fait, transpire de sincérité, s’avère facile à lire même si pas spécialement beau à regarder (mais dans le cadre d’un documentaire, ce n’est pas vraiment un problème). C’est le témoignage d’un mal-être de l’auteur, qui ne surprendra pas les personnes habituées aux vestiaires mais surtout qui n’analyse pas les origines du problème. Et je pense sincèrement qu’il faut le prendre comme tel. Ni plus ni moins. Et en l’état, je trouve que c’est pas mal, très sincère, constamment dans le ressenti et pas assez dans l’analyse à mon goût, parfois maladroit au niveau du dessin, mais fluide et facile à lire. PS : je voudrais revenir sur la planche 25 de l’album (deuxième page de la galerie) dans laquelle l’auteur souligne, via une conversation à laquelle il ne prend pas part, le refus d’un joueur de football de porter un brassard LGBTQ+ durant un match. Présenté comme ce l’est dans l’album, ce fait donne à penser que le milieu du football est naturellement homophobe. Pourtant on parle bien d’1 joueur sur l’ensemble des joueurs de football qui ont joué ce jour-là non seulement à Paris mais partout en France. Est-ce réellement surprenant qu’une personne sur des centaines se soit comportée de manière ouvertement homophobe ? Est-ce surprenant que d’autres soient homophobes même si elles ont porté ce brassard ? Surtout est-ce que cela signifie vraiment que le milieu du football en général est plus homophobe que la société en général ? Voilà, c’est ça qui me dérange dans ce livre, cette manière de l’auteur de présenter les faits et d’en tirer des généralités sur le football et ses pratiquants. Mais purée ! Ce livre a quand même un grand mérite : celui de faire réagir et réfléchir. Et comme je suis pour les débats d’idées, je ne peux que remercier l’auteur pour son témoignage.
Fire Power
Il me faut commencer cet avis pas un aveu : je n’ai lu que trois des cinq tomes parus à ce jour. Mais bon, j’ai des circonstances atténuantes : tout d’abord le tome 5 sort aujourd’hui même, ensuite je ne possède pas la série mais l’emprunte via bibliothèque. Par conséquent, il m’est pour ainsi dire impossible de ne pas avoir au moins un tome de décalage entre mes lectures et la parution des albums. Du coup, première question : pourquoi l’emprunter et pas l’acheter ? Tout simplement parce que si je trouve la série divertissante, elle n’est pas non plus un indispensable à mes yeux. Ensuite, j’ai vu trop de comics partir en eau de boudin après quelques tomes pour ne pas me méfier. Deuxième question : oui mais c’est bien ou pas ? Je dirais que c’est bien… à condition de prendre cette série pour ce qu’elle est. A l’origine, je l’ai empruntée sur seule base du nom du scénariste, et je dois bien avouer avoir été assez surpris à la lecture du premier tome car on est clairement dans de la bd pop-corn. Le scénario donne la priorité à l’action et aux combats, avec une grosse louche de fantastique. A titre de comparaison, j’avais accroché à Walking Dead grâce au travail réalisé sur l’aspect psychologique des personnages. Dans Fire Power, si le film avait été adapté au cinéma, j’imagine sans mal le casting sur base d’acteurs des années ’80 (Van Damme, Norris, Bud Spencer, David Carradine pour le rôle le plus ambigu et Brigitte Nielsen pour le rôle féminin : pas spécialement les acteurs les plus subtils au niveau du jeu psychologique mais pour un film d’action, ça peut clairement le faire !) Au fil des tomes, l’intrigue se complexifie un peu et j’ai retrouvé avec plaisir le sens des dialogues de Kirkman, mais ça reste clairement du pur divertissement sans prise de tête, bien fait mais sans autre ambition (et ce n’est pas une critique, car à choisir je préfère une série comme celle-ci qui ne se prend pas pour ce qu’elle n’est pas que l’inverse). Troisième question : et le dessin ? J’ai vu pire et j’ai vu mieux. Les scènes de combat sont très cinématographiques, les personnages sont bien typés (seuls deux me posent problèmes et j’ai tendance à parfois les confondre), les décors ne sont pas essentiels mais pas oubliés pour autant. Par contre, les planches ne sont pas toujours spécialement fignolées et les personnages, s’ils se trouvent en arrière-plan sont souvent laissés à l’état d’ébauche. La colorisation, elle, est plutôt à mon goût pour du comics. C’est assez vif mais sans excès. Enfin, on peut commencer la lecture maintenant ou vaut-il mieux attendre ? Le premier tome présente une histoire quasiment complète. C’est vraiment une entrée en matière qui va nous plonger dans cet univers de kung-fu et nous présenter une première version des enjeux. Première version car les tomes 2 et 3 (qu’il vaut mieux lire à la suite l’un de l’autre) redistribuent les cartes. La rupture est nette avec le tome 1 (le tome 2 commence plusieurs années après la fin du tome 1) et les personnages vont se multiplier et s’épaissir (d’un point de vue psychologique) mais sans excès. On reste sur de la bd pop-corn destinée à un très large public (jeunes adolescents à vieux cons). Le tome 4 marque le début d’un nouveau cycle (mais ne l’ayant pas lu, je ne sais pas vous en dire grand-chose). Donc voilà : de la bd de pure divertissement, bien faite, très rythmée… mais il ne faut pas en attendre monts et merveilles.
Guacamole Vaudou
Stéphane Chabert ! Pour une France qui gagne la victoire ! - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Sa première édition date de 2022. Il s'agit d'un roman-photo en couleurs, de soixante-dix pages, avec une histoire écrite par Éric Judor & Fabcaro, réalisé par Nathalie Fiszman, avec Judor dans le rôle principal. Il a nécessité quinze personnes pour la production : réalisation, stylisme, costumes, production, régie, repérages des décors, photos, casting, perruques, accessoires, maquillage, stagiaire, création et exécution de la maquette intérieure, création de la couverture et des pages liminaires, photogravure. Il a mobilisé quarante-neuf acteurs. Dans un grand immeuble impersonnel, le patron d'une agence de communication spécialisée en marketing demande à ses créatifs de faire des propositions de slogan pour la mayonnaise Amoros, leader sur le segment de la mayonnaise. Chacun leur tour, Jean-Michel, Jean-Christophe, et Philippe font une proposition. Puis vient le tour de Stéphane Chabert qui propose : Amoros, j'en applique sur la viande afin d'en accentuer le goût. Dans la salle de réunion, tout le monde est consterné. La proposition de Stéphane instaure un climat de gêne, de malaise et d'état dépressif qui rappelle à chacun sa propre finitude, la fin inéluctable de toute chose, l'existence de Dieu et les origines du Big Bang. En quoi leur action fait-elle progresser l'humanité ? Ne seraient-ils pas en train de manipuler les esprits à des fins purement financières ? Ne seraient-ils pas plus en phase avec leur mère Gaia la Terre en allant s'adonner à la capoeira en Ardèche ? Le patron demande à chacun de regagner son bureau et de continuer à réfléchir à un meilleur slogan. Stéphane Chabert passe devant la photocopieuse où Marie-Françoise est en train de rêvasser, avec une liasse de feuilles à la main. Chaque fois qu'il la voit, il sent son cœur s'enflammer comme une chamade. Il se dit qu'il ne va pas rester puceau toute sa vie et il se décide à lui adresser la parole. Il fait remarquer que ça sent le bourrage par ici. Il précise qu'il parle du bourrage papier. Il lui propose de regarder ce qui arrive à la photocopieuse, mais elle insinue qu'elle n'a pas commencé à photocopier ce qui explique qu'elle ne soit pas en train de fonctionner. Il lui propose alors de manger à la cantine avec lui, mais elle décline car elle s'est préparé un Tupperware qu'elle va manger à son bureau. Il lui dit qu'il suppose qu'il n'aurait pas dû parler d’œufs Mimosa, car ça a dû remuer en elle des souvenirs qu'elle préférait peut-être occulter, qu'au collège les garçons lui criaient dans la cour que ses seins étaient des œufs Mimosa, qu'elle était complexée par ses seins trop petits. Elle prend congé de lui pour aller retourner travailler. Il se présente à la cantine et demande un poulet-frites, mais le cuisinier lui répond qu'il ne reste que du gras de jambon. Il cherche une place où s'installer mais ses collègues indiquent qu'il n'y a plus de place à leur table, car la dernière est prise par quelqu'un qui pourrait très bien arriver à l'improviste. Il finit par s'installer seul à une table isolée tout au fond près de la poubelle et des toilettes, la chance. L'alliance de deux créateurs à la forte personnalité comique, dans un média jugé désuet, le tout affublé d'un titre improbable. L'absurde est bien au rendez-vous, ainsi que le kitsch et la dérision au troisième, quatrième, cinquième degré, ou peut-être plus encore. le lecteur reconnaît rapidement la forme si particulière de l'humour d'Éric Judor à base de dérision, d'absurde, de comportement infantile et de banalité surréaliste. Il relève également les répliques improbables et décalées propres à Fabcaro, bifurquant sans ralentir vers un onirisme surréaliste. Il remarque que Nathalie Fiszman s'est également bien amusée à conférer une allure ringarde et désuète aux visuels. Il y a cet usage systématique de perruques pour chaque acteur, et ce choix de vêtements issus des années soixante, pour obtenir un effet daté et ridicule. Elle prend un grand plaisir à choisir un papier peint aux motifs imprimés tout aussi datés, et à inclure des accessoires d'un temps révolu comme le Minitel que l'avènement de l'ordinateur personnel a rendu obsolète, et pire encore a condamné comme une technologie sans avenir. Pour autant, elle a bien réalisé toutes les photographies du récit, sans en reprendre dans des romans-photos du passé, et avec un niveau de définition de l'image contemporain, sans grain ou flou, ou couleurs baveuses. Le lecteur fait donc connaissance avec Stéphane Chabert, créatif au pragmatisme navrant, dépourvu d'imagination et de toute fibre de séduction, un perdant ridicule qui n'en éprouve qu'une vague conscience, préférant se complaire dans l'illusion d'une vie qu'il estime tranquille et agréable. Seule son postiche est flamboyant. L'intrigue repose la médiocrité banale de cet individu qui va acquérir la gagne d'un battant lors d'un improbable stage vaudou. Cela va lui permettre de grimper les échelons de la société en un temps record. Dès la couverture, le lecteur sait que le récit appartient au registre de la parodie : ce titre incongru alliant deux mots (le premier faisant référence à une purée d'avocat devenu incontournable à l'apéritif, l'autre à une pratique jugée comme surnaturelle, et souvent tournée en dérision), ce plan poitrine avantageux sur l'acteur avec une chevelure artificielle et une expression de visage indéchiffrable. Les costumes et les décorations intérieures datées renvoient à un passé révolu, à une époque qui se prenait comme étant celle du progrès et d'une forme de succès, d'un capitalisme prometteur porté une généralisation des progrès industrialisés de la science, et qui est maintenant ringardisée, comme si le présent était beaucoup plus avancé, avec une condescendance hautaine. le regard porté contient comme une touche de mépris, impliquant que les auteurs dépeignent des gens qui s'y croyaient vraiment à l'époque. Sur le plan narratif, la réalisatrice utilise les conventions de découpage de la page, qui sont celles de la bande dessinée : des cases majoritairement bien alignées en bande, avec une poignée d'exceptions où la hauteur d'une case sera un plus grande que celles de sa voisine. Nathalie Fiszman utilise majoritairement des plans taille pour laisser la place à ses acteurs de pouvoir adopter une posture parlante, généralement naturelle. Ils ne sont pas en train de grimacer à chaque vignette, mais la photographie a cet effet de figer le visage dans une expression qui du coup en perd son caractère naturel, un instant arrêté, alors qu'en face à face il s'agit d'un moment fugace dans un visage en mouvement. Elle joue sur cette artificialité en la renforçant avec l'usage fréquent de postiches, de bonne qualité mais présentant cette impression de chevelure sans vie. le lecteur s'installe dans le train-train de cette narration visuelle douce et gentiment moqueuse. Il note le travail sur les accessoires obsolètes que ce soit le minitel ou un plateau en plastique, un motif imprimé, etc. Il sourit en voyant que des collages et des incrustations viennent ajouter une touche surréaliste. Par exemple, Stéphane assis à la table de cantine et des objets collés juste au-dessus de sa tête, alors qu'il commente que ses collègues plaisantent en lui lançant une miette de pain. Puis il s'agit d'un crouton de pain qui vient se poser sur sa tête, d'un pot de yaourt, d'un plateau repas garni, d'une chaise en plastique. Quelques pages plus loin, il découvre une photographie en pleine page, avec un personnage géant en pâte à modeler. Puis lors d'un rêve, elle s'amuse à réaliser des collages mettant Stéphane dans des situations oniriques. L'affiche pour la campagne présidentielle sort également du moule. Voici donc l'histoire d'un perdant pas magnifique qui obtient un pouvoir lui permettant de devenir un gagnant. Sur ce fil directeur, les auteurs entremêlent les situations et les phrases moqueuses dont le sarcasme est atténué par la sympathie que le lecteur ressent pour Stéphane Chabert, un peu benêt tout en étant gentil, et aspirant à la réussite sociale promue par le système professionnel et capitaliste. La sensibilité humoristique des deux auteurs se marie bien, avec des phrases irrésistibles et des réactions désarmantes. Stéphane maintenant président de l'agence de communication s'adressant à un collaborateur : Jean-Pat, tu annihileras le présentéisme disruptif du flex office chamarré sans compromission ! Gourou Jean-Claude se mettant derrière Stéphane lors du stage vaudou pour l'aider dans ses gestes afin d'égorger un poisson pané sanguinolent : positionner la lame un peu plus haut, il faut qu'elle soit au deux tiers du cou à partir de la base, et qu'elle forme avec le cou un angle de quarante-cinq degrés, et tenir fermement le poulet afin que la coupure soit nette (alors qu'il tient un rectangle de poisson pané dans la main). Enfin le geste doit se faire de l'intérieur vers l'extérieur pour éviter que le sang ne gicle - et les deux hommes sont en train de gigoter par terre comme s'il s'agissait d'une vraie bagarre. Au fil des pages, le lecteur ne sait que penser : la narration visuelle reste très sage, que ce soient les photographies ou leur agencement, avec quelques moments surréalistes imparables, et une forme de moquerie latente générée par la dérision du regard porté sur ces individus et leur environnement daté. L'usage d'un humour à froid au cinquième degré (ou plus) s'avère très déstabilisant, le lecteur n'arrivant pas toujours à se situer entre une mise en abîme ridiculisant une attitude, une mode, un comportement, ou bien un moment d'une banalité insipide dont l'intention de dérision retourne ou détourne la moquerie sur une convention se moquant elle-même d'un autre cliché, avec un empilement de ce mécanisme sur deux ou trois étages dans un moment unique, ce qui finit par aboutir à une banalité, ou par perdre le lecteur qui n'est peut-être pas familier d'une de ces conventions enchâssées. La critique moqueuse de la gagne fonctionne bien, même si elle est globalement désamorcée jusqu'à être inoffensive par l'ironie moqueuse et la dérision, et l'absence d'alternative à cette trajectoire de vie. Mais la tonalité générale est pleine de verve, d'inventivité humoristique et d'une forme de tendresse, même si elle peut être un peu vache, pour Stéphane Chabert, être humain qui est le jouet des événements, de ses désirs, de la société. Pour l'anecdote, en compulsant le générique en fin d'ouvrage, le lecteur relève la participation en tant qu'acteur de Nathalie Fiszman (la voisine gentille), d'Arthur H (Habib), de Clémentine Mélois (dans le rôle de Leonardo DiCaprio, elle-même autrice du roman-photo Les Six Fonctions du langage, 2021), de Fabcaro (un punk). Difficile de résister à l'attrait d'un roman-photo parodique, écrit par Éric Judor et Fabcaro : l'assurance d'un divertissement absurde avec des répliques hilarantes et des situations décalées. Avec un roman-photo choisissant le registre de la parodie dans un environnement suranné, la réalisatrice allie pastiche et ironie, pour un petit récit, comportant une touche de réalisme magique avec ce pouvoir issu d'une cérémonie vaudou. Par moment, le lecteur ne sait plus trop s'il est en train de lire une parodie avec une mise en abîme de moqueries référentielles ou juste une séquence d'une banalité affligeante, tout en ressentant une forme d'humour cruel du fait de personnages qui sont, au fond d'eux-mêmes résignés à leur sort. Il prend plaisir au jeu sur les formes avec une narration qui peut briser le quatrième mur (Stéphane s'adressant à la voix du narrateur omniscient ou modifiant le déroulement en virant un personnage d'une scène), le décalage entre les paroles et l'action montrée, la frustration quand le principe de réalité ramène à une mesure plus raisonnable des projets de nature diverse. Dans le même temps, le lecteur fait l'expérience douloureuse de l'absence de sens de ces situations, dans un récit postmoderne désenchanté.
Naissance
J'ai un sentiment un peu partagé sur cet album. Samuel Wambre n'est pas le premier, loin de là, à raconter l'arrivée de son premier enfant en BD. A dire son excitation, à faire part de ses peurs, à à relater les montagnes russes d'émotions qui surviennent lorsque l'enfant est sur le point de paraître. Il le sait, mais il essaie d'être original, si j'ose l'écrire, en entrecoupant les différents épisodes de cette délivrance interminable de quelques textes revenant en arrière sur sa rencontre avec celle qui sera la mère de ses enfants, sur la révélation de sa grossesse, sur les moyens de l'hôpital... Si le jeune homme apparaît comme très prévenant, anxieux malgré toute la préparation qu'il a suivie auprès de sa compagne, il se montre un peu exigeant par moments avec le personnel. Souhaitant bénéficier d'un meilleur lit alors que le système hospitalier agonise d'un manque de moyens dramatique, ne cessant de poser des questions à la future mère alors que celle-ci a besoin de se concentrer sur ses contractions. je sais que dans ces moments-là on ne réfléchit pas forcément, on n'est pas forcément correct, mais cet égoïsme -relatif, ce n'est pas Donald Trump qui pense que tout lui est dû- m'a un peu agacé, et a un peu gâché ma lecture. Samuel Wambre a probablement voulu être sincère dans son histoire, et il apparaît tout à fait humain, mais dans un album qui se veut plein d'amour, il n'en montre pas totalement pour le corps médical. A la limite le comportement de la future grand-mère m'a moins énervé. Graphiquement l'auteur fait preuve d'une belle maîtrise. Il est secondé aux couleurs par Juliette Vaast, livrant un album lumineux, aux teintes chaudes qui changent nettement dans la deuxième moitié de l'album, lorsque la perte des eaux date de 48 heures et que la santé du bébé à naître est en péril. Mais curieusement dans l'avant-dernière section de l'histoire, le dessin perd de sa maîtrise réaliste et Stéphanie, par exemple, voit son visage déformé, un peu comme dans une BD d'humour. C'est un brin perturbant.
Anna Mercury
Action, suspense, avec un soupçon d'anticipation originale - Il s'agit d'une histoire complète en 1 tome, indépendante de toute autre. Il contient les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2009. le scénario est de Warren Ellis, les dessins et l'encrage de Facundio Percio. Quelque part dans une grande métropole (New Ataraxia), Anna Mercury (tenue de cuir moulante et crinière rousse flottant au vent) se livre à de l'espionnage industriel et militaire dans un immeuble. Elle est en liaison (micro et oreillette) avec une personne au nom de code de Launchpad. Elle vient de découvrir les détails d'un projet pour construire un canon magnétique sur la Lune par les habitants de New Ataraxia, afin de rayer la ville de Sheol de la carte. Elle sort de ce bureau en sautant par la fenêtre d'un monde qui ressemble à uchronie à partir du notre, où la technologie se serait développée sur l'axe du magnétisme, plutôt que du moteur à combustion. Elle commence par faire irruption dans un appartement abritant une cellule d'espions de Sheol. Puis elle réquisitionne l'un d'eux pour l'aider à pénétrer dans une base militaire et s'introduire dans une fusée en partance pour la Lune. Le lecteur pourra se montrer hésitant devant cette histoire en 1 tome (annoncé comme le premier de la série, mais il n'y a pas eu de deuxième), mettant en scène les aventures d'une femme à la tenue sexy, à la chevelure exagérée, avec un pistolet, et effectuant des cabrioles impossibles dans une ville d'anticipation superficielle. Il faut un peu de temps pour que la touche "Warren Ellis" se manifeste. Les premières séquences correspondent à des scènes d'action menées tambour battant, sympathiques sans être renversantes, avec une tonalité de série B, voire Z. Warren Ellis est un scénariste exigeant vis-à-vis des dessinateurs chargés de mettre en image ses scénarios. Il alterne des scènes d'explications, avec des dialogues qui peuvent durer sur plusieurs pages, obligeant le dessinateur à faire preuve d'inventivité dans sa mise en scène, avec des scènes d'action rapides et enlevées, exigeant à nouveau un grand talent de metteur en scène et de chef décorateur, le dessinateur se retrouvant à effectuer tout seul la narration. À ce titre, les premières pages mettent en évidence les qualités et les limites de Facundo Percio. Sa mise en scène est claire et lisible, avec un oeil sûr pour communiquer l'impression de mouvement, le caractère intrépide des acrobaties d'Anna Mercury s'élançant dans le vide, la force de ses coups. D'un autre côté, il peine à rendre crédibles ses perspectives urbaines. Les façades des immeubles manquent de texture, restant coincées entre une approche descriptive simpliste et un une épure pas assez conceptuelle. De la même manière, Percio dessine des personnages à l'apparence à mi chemin entre l'amateurisme (des visages peu crédibles, des expressions manquant de nuances, sauf pour Anna Mercury qui semble par contre avoir moins de 20 ans), et une approche plus construite (leurs tenus vestimentaires, leurs postures adultes). Concernant Anna Mercury, Percio oscille entre une acrobate aguerrie, et un objet sexuel mettant ses formes en valeur. La tenue en cuir (rehaussée de gants rouges et cloutés) évoque celle d'Emma Peel en moins sophistiquée, et moins élégante. Sa chevelure flamboyante trouve une explication dans le cours du récit quant à son exubérance, mais par contre il n'y a pas de justification à ce choix. En tant qu'agent spécial de terrain, il est logique qu'Anna Mercury porte une tenue faite sur mesure, mais rien ne permet de comprendre pourquoi elle a choisi des bottes à semelle compensée. D'un point de vue visuel, le récit oscille entre des scènes savamment construites pour immerger le lecteur dans l'action, et des éléments factices qui ne semblent pas assez professionnels, ou trop forcés (Anna Mercury a-t-elle vraiment besoin de prendre des poses mettant ses courbes en valeur ?). D'un point de vue du scénario, Ellis commence par une intrigue basique d'une mission menée à un train d'enfer pour saboter une arme de destruction massive. Il faut attendre le deuxième épisode pour découvrir la relation qu'entretient ce monde avec notre Terre, et saisir les implications morales qui en découlent. Une fois cette composante du scénario exposée, le lecteur saisit l'ampleur des enjeux de la situation, et les actes d'Anna Mercury prennent toute leur importance. L'histoire sort de la catégorie "action bourrine et efficace", pour passer dans la catégorie "thriller plein d'action et de suspense". Toutefois, Ellis n'a pas le temps de donner de la substance à son personnage principal qui reste de ce fait générique, malgré son apparence sortant de l'ordinaire (plus les pages se tournent, plus le lecteur pourra avoir l'impression que Percio s'est inspiré de Mylène Farmer pour les traits d'Anna Mercury). La situation politique sur notre Terre reste exclusivement cantonnée à la mission de Mercury, et l'anticipation reste limitée à 2 concepts (celui relatif à New Ataraxia et celui relatif aux modalités de déplacement de Mercury). Ellis donne l'impression qu'il avait d'autres idées pour cette série (à commencer par New Ataraxia dont le nom fait référence au concept d'ataraxie, et par Sheol, un terme hébraïque intraduisible, désignant le séjour des morts, ou la tombe commune de l'humanité, ou encore le puits), mais il ne les développe jamais. Le tome se termine avec la reproduction de toutes les couvertures variantes : 7 dessinées par Juan Jose Ryp magnifiques de détails maniaques, 5 peintes par Felipe Massafera dans un style pulp entièrement maîtrisé avec une grande puissance de séduction dangereuse pour Anna Mercury, 5 dessinées par Facundo Percio avec des moues mutines pour Anna Mercury évoquant Amanda Conner. Anna Mercury ne constitue pas un trésor caché dans la bibliographie de Warren Ellis, mais une histoire divertissante, grâce à 2 concepts de science-fiction dont il a le secret, avec une mise en images intelligente dans la conception des pages et des prises de vue, mais aux dessins laissant un goût de manque de finition et de finesse.