Le premier tome s’ouvre sur un événement violent, le massacre raciste de dizaines de travailleurs italiens à Aigues-Mortes à la fin du XIXème siècle (un sujet que j’avais découvert dans le très bon album De sel et de sang). Cela pour montrer les difficultés rencontrées par les immigrés, les clichés qui peuvent avoir la vie dure.
L’immigration, et la conservation de ses racines autant que tout ce qui peut constituer une bonne « intégration » (je n’aime pas trop ce terme) sont au cœur de cet album, qui donne à voir sur plusieurs générations des ritals, Baru en a aussi fait quelque chose d’autobiographique, sa famille – parfois au sans très large (voir les oncles par alliance) – fournissant la grande majorité des personnages.
On a donc là une petite et grande histoire de ritals donc, mêlant anecdotes familiales et faits historiques. Mais aussi, au travers des générations successives, une sorte de travail sociologique (Baru aime bien parler des « petites gens »).
Le récit mêle passages dialogués et commentaires de Baru en off, ainsi que recettes de cuisine, photos, documents divers. C’est un peu fourre-tout parfois. Et cet aspect hétéroclite est renforcé par la construction très décousue de l’ensemble. C’est vivant, mais c’est aussi un peu bordélique et, si on sent bien tout ce que Baru a pu mettre d’enthousiasme, de souvenirs familiaux dans ces trois albums, le lecteur extérieur est un peu perdu. Ça a été mon cas à plusieurs reprises, pour bien situer tous les personnages – car il y en a beaucoup ! J’avais lu il y a quelques temps -c’était sans doute un des premiers albums de Baru – La Communion de Mino, qui présentait déjà un pan de l’histoire familiale (un épisode très restreint).
Quant au dessin, c’est du Baru typique, on aime ou pas. Mais je le trouve très bien pour accompagner son récit. Sans fioriture, mais efficace et expressif.
D'aussi loin que je me souvienne, les Rois de naguère ne m'ont jamais parus être des gens biens.
Or cet ouvrage nous présente un Charles IX profondément humain et rongé par les remords de la barbarie sans nom qu'il a autorisé
Il s'écoulera une grosse année entre l'horreur de la Saint Barthélemy et la mort du souverain. Pourtant sa descente aux enfers ainsi que sa dégénérescence physique sont très frappantes
Et finalement on arrive à se prendre d'attachement pour cet homme, devenu roi "par hasard", qui n'était pas prédestiné ni préparer à régner et qui sous l'influence de sa mère fini par accepter l'inacceptable.
Le travail de Guérineau est très intéressant aussi bien dans la mise en scène que graphiquement.
Un bel ouvrage certes, mais dont l'achat n'est pas forcément indispensable car en dépit de ses qualités réelles, l'œuvre ne transporte pas non plus outre mesure. Il n'y a pas ce gout de reviens y
Reste un éclairage nouveau sur la fin de vie d'un monarque
Il ne faut peut-être pas toujours vouloir percer les mystères…
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Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre, qui ne nécessite pour la pleine compréhension, qu’une connaissance superficielle de Spirou & Fantasio, et des principales bandes dessinées franco-belge. Son édition originale date de 2022. Il a été réalisé par Jul (Julien Berjeaut) pour le scénario et Libon (Ivan Terlecki) pour les dessins, avec une mise en couleurs réalisées par Alex Doucet. Il comprend quarante-huit pages de bande dessinée.
La nuit, dans un joli pavillon de banlieue avec un beau terrain, couché dans son lit, Spirou est en train de lire une bande dessinée intitulée : 50 nuances de groom. À côté de lui, Spip est assis en train de lire un ouvrage intitulé Peanuts. Spirou repose d’un coup son ouvrage : il n’arrive pas à se concentrer sur cette BD. Il demande à Spip si ça ne l’inquiète pas que Fantasio n’ait pas donné de nouvelles depuis huit jours. L’écureuil lève les yeux au ciel. Spirou répond qu’il sait ce que Spip va lui dire, que lui, Spirou, n’est pas sa mère. Il insiste : Mais quand même, est-ce que Spip ne trouve pas ça bizarre ? Fantasio lui annonce qu’il part en Poitou-Charentes pour rencontrer un mystérieux correspondant. Qu’il va rentrer bientôt avec une surprise. Et puis plus rien. Est-ce qu’il serait en reportage pour son journal ? Qu’est-ce qu’il y a en Poitou-Charentes ? Il n’y a rien. Peut-être qu’il va leur rapporter un fromage de chèvre ? Spip bondit par terre et se met à côté du téléphone portable du groom. Ce dernier compose le numéro de son ami : il obtient le message du répondeur de Fantasio qui indique que si la personne est une jeune fan qui rêve de le rencontrer, il convient de parler après le biiiiip… Spirou décide d’aller enquêter par lui-même. Il prend donc le train, destination Angoulême. Pendant le voyage, il parle à Spip, : La rédaction du Moustique ne s’était pas aperçue de la disparition de Fantasio. Le chef de rubrique ne savait même pas sur quoi son reporter allait enquêter. Il conclut : on vit dans un monde de cinglés.
Une fois arrivé à Angoulême, Spirou décide de regarder dans le journal local pour voir s’ils peuvent trouver quelques indices. Dans le kiosque, un enfant fait une comédie parce qu’il veut la BD avec les dragons. Au comptoir, le vendeur fait allusion à une épidémie. Spirou s’assoit et lit l’article principal : Démence en Charentes – Madame Guillebaud, bien connue des amateurs de bridge de la ville d’Angoulême, a dû être admise en urgence à l’hôpital psychiatrique régional. On l’a retrouvée nue hier soir devant l’hôtel de ville, déclarant être la Castafiore venue interpréter L’air des Diamants, à la demande du maire. Le professeur Herquin-Frangé, qui dirige l’hôpital depuis de longues années, rapporte une recrudescence des crises de folie ces derniers jours. Comme en témoigne l’internement récent d’un journaliste de la capitale en visite dans notre ville. Spirou e demande s’il s’agit de Fantasio. Suivant la suggestion de Spip, il décide d’appeler l’asile pour en avoir le cœur net.
Jul (auteur de la série Silex and the City, scénariste de Lucky Luke, dessinateur de 50 nuances de Grecs) et Libon (dessinateur de la série Animal Lecteur avec Sergio Salma, auteur de la série Les cavaliers de l’Apocadispe) profitent des libertés données par l’éditeur Dupuis pour créer leur version d’une aventure de Spirou. Le lecteur retrouve quelques-unes des spécificités du personnage créé en 1938 par Jean Dupuis (1875-1952), Rob-vel (1909-1991, Robert Pierre Velter), avec Luc Lafnet (1899-1939) et Blanche Dumoulin (1895-1975) : la tenue de groom, l’animal familier Spip doté d’une certaine forme de conscience, Fantasio, et des références à quelques éléments de la série comme le nom de Zorglub (et même le juron Bulgroz). La coiffure de Spirou comporte bien la houppe au-dessus du front, sans calot, et il porte son uniforme tout du long de l’aventure. La tenue de Fantasio varie au fur et à mesure de l’aventure : d’abord une forme de pyjama, puis une robe de chambre par-dessus pour sortir dans le parc de l’asile, enfin le retour à son pantalon de costume, sa chemise unie, sa veste et son nœud papillon. Spip est égal à lui-même du début à la fin, sans phylactère ni bulle de pensée. Les deux personnages se retrouvent dans une aventure : Fantasio enfermé dans une asile pour une raison que doit découvrir Spirou, ce dernier partant à la recherche de son ami et bien déterminé à le tirer de ce danger (dans lequel il s’est fourré tout seul).
S’il ne connaît pas déjà le dessinateur, le lecteur peut avoir avec la couverture, une première impression de dessin relativement classique pour une bande dessinée jeunesse, avec des formes simplifiées, une belle allure pour le héros. Éventuellement, il relève le visage caricatural des deux infirmiers, mettant ça sur le compte de l’exagération comique, pareil pour le fait qu’ils ne touchent pas le sol, et le regard bizarre de Spip. Dans la première page, il constate que l’écureuil conserve ce regard avec de très grands yeux, comme s’il était ahuri, ou sous substance psychoactive, ou éventuellement tout le temps effaré par le comportement idiot des êtres humains. Le lecteur finit par s’y habituer sans plus y prêter attention ou lui attribuer une signification particulière. Par la suite, il retrouve la même forme d’yeux en billes de loto pour des personnages humains : un serveur en planche cinq, des victimes du syndrome de Jérusalem en planche douze, Fantasio en planche quinze, et quelques autres figurants par la suite. Le dessinateur s’amuse avec les déformations du visage humain : la bouche en forme de fer à cheval pour le marmot en train de brailler qu’il veut la BD avec les dragons, les dentitions bizarres avec les dents en avant qui mériteraient un abonnement chez l’orthodontiste avec une carte de fidélité, les jambes un peu trop courtes (pour le docteur par exemple), ou encore les doigts en forme de saucisse cocktail, et bien sûr les faces de bouledogue des infirmiers.
Le lecteur a tôt fait de s’habituer aux idiosyncrasies du dessin de Libon : la narration visuelle est limpide, les personnages sont sympathiques avec ces exagérations qui montrent bien que rien n’est à prendre au tragique, et avec une densité d’informations visuelles satisfaisante. Certes les couleurs fortes apportent une consistance supplémentaire dans chaque case, avec des teintes peut-être un tout petit peu trop foncées pour les scènes nocturnes, à la limite d’écraser les contours encrés. Le coloriste opte pour des aplats unis, relevés parfois d’une ombre portée, et des teintes un peu plus foncées que celles habituelles pour des ouvrages Jeunesse. Le dessinateur prend soin de situer l’environnement de chaque scène : la chambre à coucher de Spirou, le quai de la gare, les places en carré dans le train, le point de vente de journaux dans la gare, la cafétéria, le superbe jardin de l’asile, le bureau du professeur Herquin-Frangé, la salle de repas de l’asile, la chambre de Fantasio, le stockage à l’entresol des biens de Marcel Domecq, etc. L’exagération permet de marier aussi bien l’entretien de Spirou avec le docteur que l’usage libéral de bâtons de dynamite. L’artiste sait tout aussi bien évoquer l’apparence de célèbres personnages de bande dessinée, que le lecteur reconnaît au premier coup d’œil.
L’histoire se déroule à Angoulême, avec un lien thématique concernant le festival international de la bande dessinée (FIBD), à savoir les personnages de BD franco-belge. Le lecteur coutumier de ces lectures relève avec aisance les références. Celles nominatives comme Largo Winch, Titeuf, Lanfeust de Troy, la Palombie, Thorgal, Bécassine, Buck Danny, Corto Maltese, Blueberry, les Tuniques bleues, Superman & la kryptonite, Yakari & Petit Tonnerre. Et celles donnant lieu à une mise en scène comme Obélix et son menhir (très réussi), les Schtroumfs, Charly Brown, les frères Dalton, Gaston Lagaffe, Tryphon Tournesol, le Marsupilami, etc. Cette dimension ludique de l’album trouve sa raison d’exister dans une variation du syndrome de Jérusalem, lui-même une forme du syndrome du voyageur. Les ouvrages encyclopédiques le décrivent ainsi : Comme la réalité n'est pas à la hauteur de leurs fantasmes, les voyageurs deviennent frustrés et se réfugient dans le délire, il s'agit d'une décompensation psychotique de leur constat. Ainsi Fantasio se prend pour le capitaine Haddock, ne supportant plus de boire de l’eau (au lieu de whisky), ou évoquant sa relation avec un lama (les tintinologues apprécieront).
Le récit reste dans un registre humoristique et bon enfant, les individus atteints du syndrome d’Angoulême se conduisant comme des guignols, sans réelle conséquence. L’usage libéral de la dynamite vient renforcer la sensation d’ouvrage tout public. Les auteurs mettent en scène l’amitié indéfectible que Spirou porte à Fantasio, ce qui ne l’empêche pas de se montrer critique à son égard. Ils mettent en lumière la force de l’imagination, en particulier l’impact des personnages de fiction sur la psyché personnelle et collective : le lecteur identifie sans mal toutes les références, car chacun de ces héros a marqué son esprit, s’inscrivant durablement dans son inconscient. Ils utilisent ces références pour leur propre création, créant ainsi un méta-commentaire sur le médium de la bande dessinée, glissant d’autres références comme le nom du docteur Herquin-Frangé qui est composé de Hergé (Georges Rémi, 1907-1983) & Franquin (André, 1924-1997). Le lecteur peut y lire la propre implication des auteurs dans ces séries de bande dessinée. Ils mènent leur intrigue encore plus loin avec la nature de la quête de Fantasio qui s’interroge sur ses origines, disant sa souffrance ne de pas savoir qui furent ses parents, de ne pas les avoir connus, d’ignorer d’où il tient ses caractéristiques personnelles.
Une petite aventure bien agréable, pleine de référence au monde de la bande dessinée franco-belge. Une narration visuelle un peu particulière dont la personnalité a tôt fait de séduire le lecteur par sa dérision, sa clarté et son efficacité, ainsi que par sa déférence vis-à-vis des personnages classiques. Une intrigue rondement menée avec un dénouement un peu tonitruant, tout en restant dans le ton. Quelques réflexions adultes, à la fois sur ce que les auteurs doivent aux classiques franco-belges, et aussi sur l’impact de la fiction dans le réel, et dans une mise en abîme les interrogations des personnages de fiction. Sympathique.
Une BD au concept original : une jeune femme se retrouve sur un banc, sans aucun souvenir de qui elle est. Le mystère de son identité est bien amené et pousse à réfléchir sur ce qui fait de nous ce que nous sommes.
Le scénario se lit facilement, mais manque peut-être un peu de profondeur par moments. L’idée de départ est forte, mais j’ai trouvé que le développement restait un peu sage.
Le dessin de Pénélope Bagieu est agréable, fluide et expressif, ce qui rend la lecture plaisante. Cela dit, je n’ai pas été complètement embarqué par l’histoire.
Une lecture sympathique, mais pas inoubliable pour moi.
J'étais impatient de découvrir ce nouvel album de Krassinsky - j'aime beaucoup Le Crépuscule des Idiots que je relis régulièrement, mais je suis resté sur ma faim avec " De pierre et d'os ".
J'ai trouvé que c'était un album presque : presque intéressant, mais pas tant que cela (les apparitions récurrentes du pervers pépère, c'est un peu lassant ; pour Uqsuralik, ça l'est aussi vous me direz...), presque poétique, mais pas assez bien écrit pour que ce soit le cas, notamment les chants chamaniques - un brin hermétiques ou au contraires si transparents qu'ils en perdent toute saveur, chants qui ponctuent chaque péripétie de façon systématique. De la même manière, la voix off empesée du premier tiers m'a laissé sur le bord de la banquise (à la limite, cette première partie aurait pu être totalement muette, cela aurait peut-être été plus fort finalement) et la fin, trop attendue pour être véritablement émouvante, n'est pas forcément bien construite non plus.
Bref, un peu à cheval entre la fiction sentencieuse et le documentaire répétitif, je suis resté au milieu du gué.
C’est une lecture intéressante. Le contexte l’est déjà, puisque l’histoire se déroule pour l’essentiel (partie traitée en flash-back) au Maroc au milieu des années 1950, au début des affrontement allant mener à la décolonisation, au moment où de part et d’autre les positions se durcissent. La plupart des séries traitant de ce type de sujet le font en Algérie, le cadre est donc quelque peu original. Comme l’est aussi le fait de placer trois jeunes femmes comme héroïnes. Des femmes à forte personnalité, n’hésitant pas à prendre des risques pour défendre leurs idées ou leur chéri.
La partie roman graphique utilise bien l’arrière-plan historique, et la narration est fluide et agréable. Même si Camille et Sybil s’en tirent un peu à l’arrache, les personnages sont globalement crédibles, et c’est très rythmé.
Le dessin est plaisant, et la colorisation lumineuse, est raccord avec le soleil méditerranéen – même si j’ai trouvé parfois cette colorisation un peu trop présente, voire « baveuse ».
Une lecture agréable en tout cas.
Note réelle 3,5/5.
Ma médiathèque ne possède que le premier tome. Il se lit comme un one-shot, donc je l’ai emprunté. Mais si j’ai l’occasion de tomber sur les autres albums, j’y jetterai un coup d’œil, car j’ai plutôt bien aimé cette lecture.
En effet, l’idée de mise en abyme du personnage principal (en l’occurrence Balzac) n’est pas nouvelle, Mangin l’exploite très bien. La narration est fluide, agréable, prend le temps d’installer le malaise et de faire évoluer Balzac vers le pétage de plombs.
Le personnage même de Balzac, ici hâbleur, sûr de lui, est ici martyrisé, ridiculisé, jugé par l’opinion publique, ses proches, et enfin la justice elle-même, le bonhomme plongeant dans les abîmes de la folie. C’est assez malin et bien fichu.
Surtout que j’ai trouvé que le dessin de Griffo accompagnant très bien le récit. Le rendu est bon, dynamique et plaisant, j’aime bien ce style à mi-chemin entre le réaliste et la caricature, qui accentue le côté comédie de ce récit au départ essentiellement tragique.
Une lecture sympathique.
Le quotidien pudique, mélancolique, malaisant et ampli d'autodérision d'un trentenaire asocial malheureux.
Cette plongée intime est à la fois insupportable d'égoïsme et d'une jolie tendresse. Le style surtout est intrigant : silencieux, d'un tendre noir et blanc, à l'occasion illuminé métaphoriquement de couleurs, servi par une mise en page particulièrement aérée. Celle-ci donne à l'ensemble une sympathique et discrète élégance, en plus d'impacter notre rythme de lecture : se dégage une impression toute artificielle de dévorer ce titre tant notre avancée est rapide. Tout cela combiné, permet de faire pencher la balance du bon côté. La tournure mélodramatique prise par l'intrigue dans sa seconde partie incite également à l'indulgence, l'absence de compassion étant délicate à assumer.
Certes, l'on s'étonne que cette oncologue s'intéresse à notre héros, l'on comprend modérément la patience de la sœur et l'on apprécie certaines réflexions tendrement embarrassées de la maman pour recadrer son enfant imparfait.
Rien est exceptionnel ici, mais la douce mélancolie et la forme donnée au récit permettent à ce titre de retenir notre attention, de diffuser un certain charme, moins maladroit que celui du héros.
Après la série mère développée sur 3 tomes, revoici BRZRKR ; une série spin-off qui revient sur les nombreux passés de notre immortel. Ce recueil est composé de deux récits : le premier nous narre son passé de gardien de l'Atlantide ; le second revient sur son amour pour la femme du Roi Arnak.
Dans les deux cas, on ne va pas faire dans la dentelle, mais plutôt dans le puzzle...
C'est ce petit côté "too much" assumé qui fait la saveur de cette série ; "Oui allo bonjour, ça serait pour coller une branlée à Chtullu." "Voilà c'est fait". Faut pas chercher à réfléchir, juste profiter du spectacle. Après les récits sont quand même bien amenés et construits, on est pas dans la série Z non plus. La deuxième histoire en est le meilleur exemple.
Côté dessin, idem, les auteurs ont bien bossé et se sont fait plaisir pour ces scènes de boucherie ou de batailles où l'adjectif "épique" parait bien dérisoire.
On est dans le dantesque et dans la démesure.
Une petite envie de pause gore/pop corn ? Cet série est faite pour vous !
*** Tome 2 ***
Malgré une très belle couverture qui propose un clin d'oeil de circonstance au "Death dealer" de Frank Frazetta, ce 2e opus de la série ne m'aura pas plus emballé que ça...
Comme pour le premier tome cet album nous propose deux histoires relatant des épisodes de la vie de notre immortel, mais déjà sans aucun rapport avec cette très belle couverture. Dommage... Et puis franchement, ces deux histoires n'apportent pour le coup pas grand chose ni grande révélation.
La première nous explique la fantastique réussite de Gengis Khan, qui, avec l'appui de noter cher berserker va ravager le monde ; la seconde, est encore plus anecdotique, nous racontant l'histoire d'une femme voulant fuir l'emprise de son esclavagiste de père dans un Far West florissant.
Mouais... Alors oui, ça gicle et ça trucide à tout va, mais je n'ai pas retrouvé le petit plaisir coupable qu'offrait la série mère et le premier tome de ce spin off.
Pour le coup je descends ma note à 3.
Ce roman graphique ne pouvait pas m'échapper. Les thématiques du monde associatif, de l'aide aux étrangers, de la confrontation entre le Droit et l'émotion que découvre Maryvonne me sont familières. Je trouve même que la série de Rochepeau pourrait être classée en documentaire tellement les situations décrites sont au plus près du vécu des différents intervenants. Bien sûr les auteurs adaptent l'histoire de Mohamed tant dans son passé somalien, que dans sa vie pénitentiaire ou associative française d'une gangue fictionnelle. Cela rend la narration moins abrupte et plus émotive mais cela donne une belle fluidité qui rend la lecture agréable.
Toutefois je possède des reflexes de défenses ( acquis sur le terrain)sur ce type de récits. La plupart des descriptions de la vie en Somalie ont pour unique source la parole de Mohamed. Même si cela sonne juste on peut toujours envisager des versions moins empathiques pour le marin somalien. Par exemple il suffit d'avoir lu Monfreid ( voire Pratt) pour savoir que la piraterie n'est pas apparue sur la côte de la Somalie avec l'apparition des super chalutiers modernes.
Ainsi même si j'ai certaines réserves sur des détails évoqués par les auteurs j'ai apprécié qu'ils n'utilisent pas le cas de Mohamed pour le transformer en charge superficielle contre la justice en France. Par exemple la dernière page qui donne le dénouement du procès de Mohamed et de ses coaccusés est présentée de façon factuelle sans commentaire ni appréciation ce qui m'a semblé la meilleure façon de faire pour conclure ce récit.
Un mot sur la belle adaptation graphique de Thomas Azuelos qui laisse la parole au texte tout en le soutenant d'une manière presque poétique. Cela donne une ambiance intemporelle qui convient très bien au temps de la justice.
Une lecture qui m'a vraiment parlé et que j'ai trouvé très intéressante dans ses volets judiciaire, associatif et réinsertion mais qui n'oublie pas la gravité des faits reprochés.
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Bella ciao
Le premier tome s’ouvre sur un événement violent, le massacre raciste de dizaines de travailleurs italiens à Aigues-Mortes à la fin du XIXème siècle (un sujet que j’avais découvert dans le très bon album De sel et de sang). Cela pour montrer les difficultés rencontrées par les immigrés, les clichés qui peuvent avoir la vie dure. L’immigration, et la conservation de ses racines autant que tout ce qui peut constituer une bonne « intégration » (je n’aime pas trop ce terme) sont au cœur de cet album, qui donne à voir sur plusieurs générations des ritals, Baru en a aussi fait quelque chose d’autobiographique, sa famille – parfois au sans très large (voir les oncles par alliance) – fournissant la grande majorité des personnages. On a donc là une petite et grande histoire de ritals donc, mêlant anecdotes familiales et faits historiques. Mais aussi, au travers des générations successives, une sorte de travail sociologique (Baru aime bien parler des « petites gens »). Le récit mêle passages dialogués et commentaires de Baru en off, ainsi que recettes de cuisine, photos, documents divers. C’est un peu fourre-tout parfois. Et cet aspect hétéroclite est renforcé par la construction très décousue de l’ensemble. C’est vivant, mais c’est aussi un peu bordélique et, si on sent bien tout ce que Baru a pu mettre d’enthousiasme, de souvenirs familiaux dans ces trois albums, le lecteur extérieur est un peu perdu. Ça a été mon cas à plusieurs reprises, pour bien situer tous les personnages – car il y en a beaucoup ! J’avais lu il y a quelques temps -c’était sans doute un des premiers albums de Baru – La Communion de Mino, qui présentait déjà un pan de l’histoire familiale (un épisode très restreint). Quant au dessin, c’est du Baru typique, on aime ou pas. Mais je le trouve très bien pour accompagner son récit. Sans fioriture, mais efficace et expressif.
Charly 9
D'aussi loin que je me souvienne, les Rois de naguère ne m'ont jamais parus être des gens biens. Or cet ouvrage nous présente un Charles IX profondément humain et rongé par les remords de la barbarie sans nom qu'il a autorisé Il s'écoulera une grosse année entre l'horreur de la Saint Barthélemy et la mort du souverain. Pourtant sa descente aux enfers ainsi que sa dégénérescence physique sont très frappantes Et finalement on arrive à se prendre d'attachement pour cet homme, devenu roi "par hasard", qui n'était pas prédestiné ni préparer à régner et qui sous l'influence de sa mère fini par accepter l'inacceptable. Le travail de Guérineau est très intéressant aussi bien dans la mise en scène que graphiquement. Un bel ouvrage certes, mais dont l'achat n'est pas forcément indispensable car en dépit de ses qualités réelles, l'œuvre ne transporte pas non plus outre mesure. Il n'y a pas ce gout de reviens y Reste un éclairage nouveau sur la fin de vie d'un monarque
Spirou chez les fous
Il ne faut peut-être pas toujours vouloir percer les mystères… - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre, qui ne nécessite pour la pleine compréhension, qu’une connaissance superficielle de Spirou & Fantasio, et des principales bandes dessinées franco-belge. Son édition originale date de 2022. Il a été réalisé par Jul (Julien Berjeaut) pour le scénario et Libon (Ivan Terlecki) pour les dessins, avec une mise en couleurs réalisées par Alex Doucet. Il comprend quarante-huit pages de bande dessinée. La nuit, dans un joli pavillon de banlieue avec un beau terrain, couché dans son lit, Spirou est en train de lire une bande dessinée intitulée : 50 nuances de groom. À côté de lui, Spip est assis en train de lire un ouvrage intitulé Peanuts. Spirou repose d’un coup son ouvrage : il n’arrive pas à se concentrer sur cette BD. Il demande à Spip si ça ne l’inquiète pas que Fantasio n’ait pas donné de nouvelles depuis huit jours. L’écureuil lève les yeux au ciel. Spirou répond qu’il sait ce que Spip va lui dire, que lui, Spirou, n’est pas sa mère. Il insiste : Mais quand même, est-ce que Spip ne trouve pas ça bizarre ? Fantasio lui annonce qu’il part en Poitou-Charentes pour rencontrer un mystérieux correspondant. Qu’il va rentrer bientôt avec une surprise. Et puis plus rien. Est-ce qu’il serait en reportage pour son journal ? Qu’est-ce qu’il y a en Poitou-Charentes ? Il n’y a rien. Peut-être qu’il va leur rapporter un fromage de chèvre ? Spip bondit par terre et se met à côté du téléphone portable du groom. Ce dernier compose le numéro de son ami : il obtient le message du répondeur de Fantasio qui indique que si la personne est une jeune fan qui rêve de le rencontrer, il convient de parler après le biiiiip… Spirou décide d’aller enquêter par lui-même. Il prend donc le train, destination Angoulême. Pendant le voyage, il parle à Spip, : La rédaction du Moustique ne s’était pas aperçue de la disparition de Fantasio. Le chef de rubrique ne savait même pas sur quoi son reporter allait enquêter. Il conclut : on vit dans un monde de cinglés. Une fois arrivé à Angoulême, Spirou décide de regarder dans le journal local pour voir s’ils peuvent trouver quelques indices. Dans le kiosque, un enfant fait une comédie parce qu’il veut la BD avec les dragons. Au comptoir, le vendeur fait allusion à une épidémie. Spirou s’assoit et lit l’article principal : Démence en Charentes – Madame Guillebaud, bien connue des amateurs de bridge de la ville d’Angoulême, a dû être admise en urgence à l’hôpital psychiatrique régional. On l’a retrouvée nue hier soir devant l’hôtel de ville, déclarant être la Castafiore venue interpréter L’air des Diamants, à la demande du maire. Le professeur Herquin-Frangé, qui dirige l’hôpital depuis de longues années, rapporte une recrudescence des crises de folie ces derniers jours. Comme en témoigne l’internement récent d’un journaliste de la capitale en visite dans notre ville. Spirou e demande s’il s’agit de Fantasio. Suivant la suggestion de Spip, il décide d’appeler l’asile pour en avoir le cœur net. Jul (auteur de la série Silex and the City, scénariste de Lucky Luke, dessinateur de 50 nuances de Grecs) et Libon (dessinateur de la série Animal Lecteur avec Sergio Salma, auteur de la série Les cavaliers de l’Apocadispe) profitent des libertés données par l’éditeur Dupuis pour créer leur version d’une aventure de Spirou. Le lecteur retrouve quelques-unes des spécificités du personnage créé en 1938 par Jean Dupuis (1875-1952), Rob-vel (1909-1991, Robert Pierre Velter), avec Luc Lafnet (1899-1939) et Blanche Dumoulin (1895-1975) : la tenue de groom, l’animal familier Spip doté d’une certaine forme de conscience, Fantasio, et des références à quelques éléments de la série comme le nom de Zorglub (et même le juron Bulgroz). La coiffure de Spirou comporte bien la houppe au-dessus du front, sans calot, et il porte son uniforme tout du long de l’aventure. La tenue de Fantasio varie au fur et à mesure de l’aventure : d’abord une forme de pyjama, puis une robe de chambre par-dessus pour sortir dans le parc de l’asile, enfin le retour à son pantalon de costume, sa chemise unie, sa veste et son nœud papillon. Spip est égal à lui-même du début à la fin, sans phylactère ni bulle de pensée. Les deux personnages se retrouvent dans une aventure : Fantasio enfermé dans une asile pour une raison que doit découvrir Spirou, ce dernier partant à la recherche de son ami et bien déterminé à le tirer de ce danger (dans lequel il s’est fourré tout seul). S’il ne connaît pas déjà le dessinateur, le lecteur peut avoir avec la couverture, une première impression de dessin relativement classique pour une bande dessinée jeunesse, avec des formes simplifiées, une belle allure pour le héros. Éventuellement, il relève le visage caricatural des deux infirmiers, mettant ça sur le compte de l’exagération comique, pareil pour le fait qu’ils ne touchent pas le sol, et le regard bizarre de Spip. Dans la première page, il constate que l’écureuil conserve ce regard avec de très grands yeux, comme s’il était ahuri, ou sous substance psychoactive, ou éventuellement tout le temps effaré par le comportement idiot des êtres humains. Le lecteur finit par s’y habituer sans plus y prêter attention ou lui attribuer une signification particulière. Par la suite, il retrouve la même forme d’yeux en billes de loto pour des personnages humains : un serveur en planche cinq, des victimes du syndrome de Jérusalem en planche douze, Fantasio en planche quinze, et quelques autres figurants par la suite. Le dessinateur s’amuse avec les déformations du visage humain : la bouche en forme de fer à cheval pour le marmot en train de brailler qu’il veut la BD avec les dragons, les dentitions bizarres avec les dents en avant qui mériteraient un abonnement chez l’orthodontiste avec une carte de fidélité, les jambes un peu trop courtes (pour le docteur par exemple), ou encore les doigts en forme de saucisse cocktail, et bien sûr les faces de bouledogue des infirmiers. Le lecteur a tôt fait de s’habituer aux idiosyncrasies du dessin de Libon : la narration visuelle est limpide, les personnages sont sympathiques avec ces exagérations qui montrent bien que rien n’est à prendre au tragique, et avec une densité d’informations visuelles satisfaisante. Certes les couleurs fortes apportent une consistance supplémentaire dans chaque case, avec des teintes peut-être un tout petit peu trop foncées pour les scènes nocturnes, à la limite d’écraser les contours encrés. Le coloriste opte pour des aplats unis, relevés parfois d’une ombre portée, et des teintes un peu plus foncées que celles habituelles pour des ouvrages Jeunesse. Le dessinateur prend soin de situer l’environnement de chaque scène : la chambre à coucher de Spirou, le quai de la gare, les places en carré dans le train, le point de vente de journaux dans la gare, la cafétéria, le superbe jardin de l’asile, le bureau du professeur Herquin-Frangé, la salle de repas de l’asile, la chambre de Fantasio, le stockage à l’entresol des biens de Marcel Domecq, etc. L’exagération permet de marier aussi bien l’entretien de Spirou avec le docteur que l’usage libéral de bâtons de dynamite. L’artiste sait tout aussi bien évoquer l’apparence de célèbres personnages de bande dessinée, que le lecteur reconnaît au premier coup d’œil. L’histoire se déroule à Angoulême, avec un lien thématique concernant le festival international de la bande dessinée (FIBD), à savoir les personnages de BD franco-belge. Le lecteur coutumier de ces lectures relève avec aisance les références. Celles nominatives comme Largo Winch, Titeuf, Lanfeust de Troy, la Palombie, Thorgal, Bécassine, Buck Danny, Corto Maltese, Blueberry, les Tuniques bleues, Superman & la kryptonite, Yakari & Petit Tonnerre. Et celles donnant lieu à une mise en scène comme Obélix et son menhir (très réussi), les Schtroumfs, Charly Brown, les frères Dalton, Gaston Lagaffe, Tryphon Tournesol, le Marsupilami, etc. Cette dimension ludique de l’album trouve sa raison d’exister dans une variation du syndrome de Jérusalem, lui-même une forme du syndrome du voyageur. Les ouvrages encyclopédiques le décrivent ainsi : Comme la réalité n'est pas à la hauteur de leurs fantasmes, les voyageurs deviennent frustrés et se réfugient dans le délire, il s'agit d'une décompensation psychotique de leur constat. Ainsi Fantasio se prend pour le capitaine Haddock, ne supportant plus de boire de l’eau (au lieu de whisky), ou évoquant sa relation avec un lama (les tintinologues apprécieront). Le récit reste dans un registre humoristique et bon enfant, les individus atteints du syndrome d’Angoulême se conduisant comme des guignols, sans réelle conséquence. L’usage libéral de la dynamite vient renforcer la sensation d’ouvrage tout public. Les auteurs mettent en scène l’amitié indéfectible que Spirou porte à Fantasio, ce qui ne l’empêche pas de se montrer critique à son égard. Ils mettent en lumière la force de l’imagination, en particulier l’impact des personnages de fiction sur la psyché personnelle et collective : le lecteur identifie sans mal toutes les références, car chacun de ces héros a marqué son esprit, s’inscrivant durablement dans son inconscient. Ils utilisent ces références pour leur propre création, créant ainsi un méta-commentaire sur le médium de la bande dessinée, glissant d’autres références comme le nom du docteur Herquin-Frangé qui est composé de Hergé (Georges Rémi, 1907-1983) & Franquin (André, 1924-1997). Le lecteur peut y lire la propre implication des auteurs dans ces séries de bande dessinée. Ils mènent leur intrigue encore plus loin avec la nature de la quête de Fantasio qui s’interroge sur ses origines, disant sa souffrance ne de pas savoir qui furent ses parents, de ne pas les avoir connus, d’ignorer d’où il tient ses caractéristiques personnelles. Une petite aventure bien agréable, pleine de référence au monde de la bande dessinée franco-belge. Une narration visuelle un peu particulière dont la personnalité a tôt fait de séduire le lecteur par sa dérision, sa clarté et son efficacité, ainsi que par sa déférence vis-à-vis des personnages classiques. Une intrigue rondement menée avec un dénouement un peu tonitruant, tout en restant dans le ton. Quelques réflexions adultes, à la fois sur ce que les auteurs doivent aux classiques franco-belges, et aussi sur l’impact de la fiction dans le réel, et dans une mise en abîme les interrogations des personnages de fiction. Sympathique.
La Page blanche
Une BD au concept original : une jeune femme se retrouve sur un banc, sans aucun souvenir de qui elle est. Le mystère de son identité est bien amené et pousse à réfléchir sur ce qui fait de nous ce que nous sommes. Le scénario se lit facilement, mais manque peut-être un peu de profondeur par moments. L’idée de départ est forte, mais j’ai trouvé que le développement restait un peu sage. Le dessin de Pénélope Bagieu est agréable, fluide et expressif, ce qui rend la lecture plaisante. Cela dit, je n’ai pas été complètement embarqué par l’histoire. Une lecture sympathique, mais pas inoubliable pour moi.
De pierre et d'os
J'étais impatient de découvrir ce nouvel album de Krassinsky - j'aime beaucoup Le Crépuscule des Idiots que je relis régulièrement, mais je suis resté sur ma faim avec " De pierre et d'os ". J'ai trouvé que c'était un album presque : presque intéressant, mais pas tant que cela (les apparitions récurrentes du pervers pépère, c'est un peu lassant ; pour Uqsuralik, ça l'est aussi vous me direz...), presque poétique, mais pas assez bien écrit pour que ce soit le cas, notamment les chants chamaniques - un brin hermétiques ou au contraires si transparents qu'ils en perdent toute saveur, chants qui ponctuent chaque péripétie de façon systématique. De la même manière, la voix off empesée du premier tiers m'a laissé sur le bord de la banquise (à la limite, cette première partie aurait pu être totalement muette, cela aurait peut-être été plus fort finalement) et la fin, trop attendue pour être véritablement émouvante, n'est pas forcément bien construite non plus. Bref, un peu à cheval entre la fiction sentencieuse et le documentaire répétitif, je suis resté au milieu du gué.
Morocco Jazz
C’est une lecture intéressante. Le contexte l’est déjà, puisque l’histoire se déroule pour l’essentiel (partie traitée en flash-back) au Maroc au milieu des années 1950, au début des affrontement allant mener à la décolonisation, au moment où de part et d’autre les positions se durcissent. La plupart des séries traitant de ce type de sujet le font en Algérie, le cadre est donc quelque peu original. Comme l’est aussi le fait de placer trois jeunes femmes comme héroïnes. Des femmes à forte personnalité, n’hésitant pas à prendre des risques pour défendre leurs idées ou leur chéri. La partie roman graphique utilise bien l’arrière-plan historique, et la narration est fluide et agréable. Même si Camille et Sybil s’en tirent un peu à l’arrache, les personnages sont globalement crédibles, et c’est très rythmé. Le dessin est plaisant, et la colorisation lumineuse, est raccord avec le soleil méditerranéen – même si j’ai trouvé parfois cette colorisation un peu trop présente, voire « baveuse ». Une lecture agréable en tout cas. Note réelle 3,5/5.
Abymes
Ma médiathèque ne possède que le premier tome. Il se lit comme un one-shot, donc je l’ai emprunté. Mais si j’ai l’occasion de tomber sur les autres albums, j’y jetterai un coup d’œil, car j’ai plutôt bien aimé cette lecture. En effet, l’idée de mise en abyme du personnage principal (en l’occurrence Balzac) n’est pas nouvelle, Mangin l’exploite très bien. La narration est fluide, agréable, prend le temps d’installer le malaise et de faire évoluer Balzac vers le pétage de plombs. Le personnage même de Balzac, ici hâbleur, sûr de lui, est ici martyrisé, ridiculisé, jugé par l’opinion publique, ses proches, et enfin la justice elle-même, le bonhomme plongeant dans les abîmes de la folie. C’est assez malin et bien fichu. Surtout que j’ai trouvé que le dessin de Griffo accompagnant très bien le récit. Le rendu est bon, dynamique et plaisant, j’aime bien ce style à mi-chemin entre le réaliste et la caricature, qui accentue le côté comédie de ce récit au départ essentiellement tragique. Une lecture sympathique.
Au-Dedans.
Le quotidien pudique, mélancolique, malaisant et ampli d'autodérision d'un trentenaire asocial malheureux. Cette plongée intime est à la fois insupportable d'égoïsme et d'une jolie tendresse. Le style surtout est intrigant : silencieux, d'un tendre noir et blanc, à l'occasion illuminé métaphoriquement de couleurs, servi par une mise en page particulièrement aérée. Celle-ci donne à l'ensemble une sympathique et discrète élégance, en plus d'impacter notre rythme de lecture : se dégage une impression toute artificielle de dévorer ce titre tant notre avancée est rapide. Tout cela combiné, permet de faire pencher la balance du bon côté. La tournure mélodramatique prise par l'intrigue dans sa seconde partie incite également à l'indulgence, l'absence de compassion étant délicate à assumer. Certes, l'on s'étonne que cette oncologue s'intéresse à notre héros, l'on comprend modérément la patience de la sœur et l'on apprécie certaines réflexions tendrement embarrassées de la maman pour recadrer son enfant imparfait. Rien est exceptionnel ici, mais la douce mélancolie et la forme donnée au récit permettent à ce titre de retenir notre attention, de diffuser un certain charme, moins maladroit que celui du héros.
BRZRKR - Bloodlines
Après la série mère développée sur 3 tomes, revoici BRZRKR ; une série spin-off qui revient sur les nombreux passés de notre immortel. Ce recueil est composé de deux récits : le premier nous narre son passé de gardien de l'Atlantide ; le second revient sur son amour pour la femme du Roi Arnak. Dans les deux cas, on ne va pas faire dans la dentelle, mais plutôt dans le puzzle... C'est ce petit côté "too much" assumé qui fait la saveur de cette série ; "Oui allo bonjour, ça serait pour coller une branlée à Chtullu." "Voilà c'est fait". Faut pas chercher à réfléchir, juste profiter du spectacle. Après les récits sont quand même bien amenés et construits, on est pas dans la série Z non plus. La deuxième histoire en est le meilleur exemple. Côté dessin, idem, les auteurs ont bien bossé et se sont fait plaisir pour ces scènes de boucherie ou de batailles où l'adjectif "épique" parait bien dérisoire. On est dans le dantesque et dans la démesure. Une petite envie de pause gore/pop corn ? Cet série est faite pour vous ! *** Tome 2 *** Malgré une très belle couverture qui propose un clin d'oeil de circonstance au "Death dealer" de Frank Frazetta, ce 2e opus de la série ne m'aura pas plus emballé que ça... Comme pour le premier tome cet album nous propose deux histoires relatant des épisodes de la vie de notre immortel, mais déjà sans aucun rapport avec cette très belle couverture. Dommage... Et puis franchement, ces deux histoires n'apportent pour le coup pas grand chose ni grande révélation. La première nous explique la fantastique réussite de Gengis Khan, qui, avec l'appui de noter cher berserker va ravager le monde ; la seconde, est encore plus anecdotique, nous racontant l'histoire d'une femme voulant fuir l'emprise de son esclavagiste de père dans un Far West florissant. Mouais... Alors oui, ça gicle et ça trucide à tout va, mais je n'ai pas retrouvé le petit plaisir coupable qu'offrait la série mère et le premier tome de ce spin off. Pour le coup je descends ma note à 3.
L'Homme aux bras de mer - Itinéraire d'un pirate somalien
Ce roman graphique ne pouvait pas m'échapper. Les thématiques du monde associatif, de l'aide aux étrangers, de la confrontation entre le Droit et l'émotion que découvre Maryvonne me sont familières. Je trouve même que la série de Rochepeau pourrait être classée en documentaire tellement les situations décrites sont au plus près du vécu des différents intervenants. Bien sûr les auteurs adaptent l'histoire de Mohamed tant dans son passé somalien, que dans sa vie pénitentiaire ou associative française d'une gangue fictionnelle. Cela rend la narration moins abrupte et plus émotive mais cela donne une belle fluidité qui rend la lecture agréable. Toutefois je possède des reflexes de défenses ( acquis sur le terrain)sur ce type de récits. La plupart des descriptions de la vie en Somalie ont pour unique source la parole de Mohamed. Même si cela sonne juste on peut toujours envisager des versions moins empathiques pour le marin somalien. Par exemple il suffit d'avoir lu Monfreid ( voire Pratt) pour savoir que la piraterie n'est pas apparue sur la côte de la Somalie avec l'apparition des super chalutiers modernes. Ainsi même si j'ai certaines réserves sur des détails évoqués par les auteurs j'ai apprécié qu'ils n'utilisent pas le cas de Mohamed pour le transformer en charge superficielle contre la justice en France. Par exemple la dernière page qui donne le dénouement du procès de Mohamed et de ses coaccusés est présentée de façon factuelle sans commentaire ni appréciation ce qui m'a semblé la meilleure façon de faire pour conclure ce récit. Un mot sur la belle adaptation graphique de Thomas Azuelos qui laisse la parole au texte tout en le soutenant d'une manière presque poétique. Cela donne une ambiance intemporelle qui convient très bien au temps de la justice. Une lecture qui m'a vraiment parlé et que j'ai trouvé très intéressante dans ses volets judiciaire, associatif et réinsertion mais qui n'oublie pas la gravité des faits reprochés.