Le Maltais taciturne et solitaire crée par Hugo Pratt en 1967 est devenu une figure emblématique du 9ème art, mais je n'ai jamais pu m'y attacher; je n'ai lu que La Ballade de la mer salée et Fables de Venise, mais ça m'a suffit pour approcher cet univers dans lequel je ne parviens pas à rentrer. Le premier récit qui rompt avec la narration classique, met en scène de nombreux personnages à la riche complexité et n'accorde qu'un rôle secondaire à Corto qui n'est pas encore totalement cerné, mais il est le plus intriguant, et captivant dans le sens où il renvoie au romanesque évocateur des aventuriers d'antan, inspiré par les romans de Melville ou le Lord Jim de Joseph Conrad.
Son statut de marin-aventurier indéfinissable rend le personnage difficile à cerner, mystérieux et ambigu, et tous les personnages qui évoluent autour de lui sont également troubles, aux motivations incertaines. Ses aventures se déroulent au début du 20ème siècle dans des lieux chargés d'exotisme aux parfums très divers, à une époque où la géopolitique était cosmopolite, et où il peut tutoyer l'aventure en étant tantôt indifférent, tantôt impliqué.
Graphiquement, le style de Pratt est épuré à l'extrême, sa maîtrise du noir et blanc et l'emploi subtil des masses d'ombre héritées au début du style de Milton Caniff, a surpris plus d'un lecteur, notamment lorsque Corto arrive dans Pif-Gadget en 1970. Cette innovation reste louable (Pratt était encore un quasi inconnu en France), mais proposer à de jeunes lecteurs une Bd déroutante, voire difficile était un pari audacieux, car la bande a rebuté la plupart du lectorat de ce journal habitué à un genre de Bd plus traditionnelles, moi le premier, c'est sans doute à cette période où je n'ai pas compris cette Bd que je m'en suis fait une idée d'exclusion (bien que les récits complets proposés étaient dessinés parfois en exclusivité pour Pif-Gadget). Cependant, lors de cette période, entre 1970 et 1973 où paraitront une vingtaine de récits de 20 planches, l'occasion sera donnée à Pratt de mieux définir son personnage, en lui donnant plus de relief et en levant quelques zones d'ombre, sans jamais lui ôter ce côté ambigu qui l'habite.
L'effet sera sensiblement identique et ne fera pas l'unanimité parmi les lecteurs du journal Tintin lors de la publication de 2 récits en 1975 et 76. Il faudra attendre 1978 lorsque les aventures de Corto seront publiées dans le mensuel A Suivre pour qu'un public adulte découvre vraiment la torpeur et le côté hypnotique des récits du Maltais, en le propulsant vers un inexplicable firmament qui surestimera souvent de façon exagérée cette série.
Malgré d'autres essais plus tard dans le mensuel A Suivre, puis des lectures en bibliothèque, je reste hermétique à Corto Maltese, mais je peux comprendre la fascination qu'il exerce sur d'autres lecteurs.
La couverture affiche sans mensonges le contenu. Il n'y a pas tromperie, on va voguer dans les arcanes du Vatican, sur les traces du pape Jules II, impitoyable, manipulateur et obscène.
Seulement, comme cela a été déjà dit, si l'illustration est particulièrement soignée, je n'ai pas envie d'aller plus loin que le premier volet. La faute à une volonté perpétuelle d'insérer dans les personnages une amoralité violente parfois et surtout une déviance sexuelle omniprésente totalement superflue. Où se trouve le vrai et le faux dans tout cela? Chaque case devient une occasion de montrer du lubrique gratuit que cela en devient écœurant en 20 pages et coule le pape terrible dans les profondeurs de la médiocrité, on en ressent un malaise à la lecture sur le but recherché. J'ai même été étonné d'avoir pu trouver cela dans une médiathèque.
J'hésite sur les intentions de l'auteur, entre violent brûlot antireligieux et expression de sentiments personnels refoulés.
Il y a façon et façon de faire pour raconter une histoire et le pape terrible le fait juste très mal.
Après les Chroniques de la lune noire, l'ami fan de Ledroit me prête "Requiem" ; je m'attends au pire, et j'ai raison ; c'est le genre de Bd que je n'aime pas du tout. Bon, à la rigueur le tome 1 est acceptable pour l'univers qui se met en place, mais après, ça part en live, c'est du grand délire. J'ai plutôt regardé les albums suivants au lieu de les lire, car dans ce récit gothico-fantastique, plus encore que dans les Chroniques.., Ledroit a forcé sur l'aspect visuel, le dessin explose littéralement dans des compositions graphiques époustouflantes, liées à l'univers cauchemardesque du récit et à la cruauté des personnages. Il y a trop de rouge, trop de sang, les cases sont trop éclatées, et les dessins toujours autant surchargés.
Côté histoire, d'après ce que j'ai compris, il est question du destin satanique d'un soldat allemand mort sur le front russe, ressuscité et précipité sur une planète où le temps s'écoule à reculons. C'est sanglant et dantesque, ça s'adresse à un public très averti, et c'est certainement l'oeuvre la plus ambitieuse de Ledroit, mais ce n'est pas pour moi.
Un ami fan de cette série (mais conscient de sa lente dégradation) a voulu m'initier à cette saga de fantasy barbare et sanglante, j'ai dit d'accord, j'ai découvert un monde de chaos et de guerre, aux personnages cruels, féroces où règnent la démesure, la fureur, les sortilèges et les forces obscures, bon jusque là c'est classique du genre, mais plus j'avançais, plus ça me dégoûtait, et cette fantasy-là, je n'y suis jamais rentré dedans, et j'ai du mal à croire que ces Chroniques soient saluées comme une réussite, que c'est un chef-d'oeuvre de la fantasy, une oeuvre majeure... bref, plein de gens sont en admiration, eh bien pas moi! Et pourtant, c'est pas faute d'avoir essayé, je me suis farci tous les tomes dessinés par Ledroit et les 2 premiers de Pontet.
Cette BD apocalyptique et brutale puise dans de nombreuses mythologies (germanique et celtique entre autres), et emprunte quelques clins d'oeil aux récits de Tolkien, notamment dans les architectures fantastiques des cités, certaines créatures néfastes ou les scènes de batailles démentielles; les compagnons de Whismerill sont intéressants mais on s'intéresse finalement peu à ces personnages, ils n'ont pas de fond.
La narration de Froideval est riche en formules poétiques, mais quelle confusion, j'étais obligé de revenir en arrière souvent pour bien comprendre ; j'ai eu l'impression qu'il écrivait ses scénarios au coup par coup ; est-ce qu'il avait tout son plan dans la tête dès le tome 1 ? J'en doute tant il abuse des raccourcis et des faux fuyants, ça part dans tous les sens dès le tome 8 (d'après l'ami qui m'a prêté les albums), et surtout, il y a trop de personnages, on s'y perd un peu si on lit pas les albums de façon rapprochée.
Graphiquement, je suis hésitant, plein de gens bavent devant les dessins, alors que moi, je ne les trouve pas si beaux, les décors baroques et tourmentés sont soit trop confus et surchargés, soit très réussis, mais l' abus des double pages et la prolifération des batailles donnent l'impression que les dessinateurs (Ledroit ou Pontet) veulent en mettre plein la vue, alors que j'ai ressenti l'effet contraire, il y a une overdose de batailles et de cases trop remplies, trop de folie et de surenchère qu'au bout d'un moment, j'en peux plus. En gros, cette série même si elle a des qualités, ne m'a rien apporté parce que je n'y ai pas compris grand chose, c'est trop agressif et racoleur à mon goût.
Tous ces éléments alourdissent une série qui aurait gagné aussi à trouver une conclusion plus tôt, Fromental ayant voulu brasser trop de thèmes et de situations. Bref, les Chroniques.. reste un jalon sans doute important de la BD fantastique, mais c'est pas du tout mon truc.
Lorsque Jodorowsky quitte la SF pour le western, ça donne "Bouncer", où je n'ai pas accroché un instant ; il y a quelque chose d'indigeste pour moi dans cette série, et pourtant je me suis forcé à lire le premier cycle, j'ai lu en diagonale le second et feuilleté le 3ème, rien à faire.
Pourtant, la série est mise en image d'un trait puissant par Boucq, au graphisme plus soigné que dans ses autres bandes, les cadrages aérés aux grandes cases panoramiques, mises en valeur par le grand format des albums, exaltent la violence et un certain malaise à la lecture, les auteurs montrant un Far West bien loin des classiques héros de l'Ouest, et même des séries inspirées de l'univers spaghetti comme Durango ou Wanted. Ils décrivent un Ouest sale, répugnant, sauvage, laminé par la violence, la cruauté et le fracas des armes; c'est d'un réalisme très cru et brut, différent aussi de ce qu'a montré le cinéma, encore que des films comme Tombstone ou Impitoyable ont approché ce concept. C'est du western crépusculaire pur, peut-être plus proche de ce qu'était vraiment l'Ouest en réalité, mais je n'y souscris pas, car les idées dérangeantes de Jodo me mettent mal à l'aise quelque part, c'est indicible, je n'arrive pas vraiment à l'expliquer. Le seul élément qui est cependant intéressant, c'est le Bouncer, un héros loin des clichés et très atypique, c'est tout ce que je peux sauver ; sinon c'est vraiment trop déjanté, trop malsain, trop déséquilibré, trop repoussant, ce n'est pas ma conception du western.
Seuls les grands espaces dessinés par Boucq semblent épargnés par la fureur et par les passions humaines de ce western en forme de tragédie grecque, qui certes, renouvelle le genre. J'ai lu dans un avis précédent, que les amateurs de western se devaient de posséder cette série, eh bien non, je suis très amateur de western, mais je ne sais pas si j'en lirais d'autres tomes, peut-être en bibliothèque, mais pas sûr...
Grosse déception pour moi la lecture du 1er tome d'Amerikkka. Je lorgnais sur cette BD depuis quelques temps, et j'ai sauté le pas quand j'ai trouvé ce 1er tome en brocante.
La façon dont est racontée l'histoire de ce 1er tome est plutôt poussive, j'ai trouvé que parfois les pages s’enchainaient sans aucun lien, les personnages sont inintéressants au possible (j'ai lu la BD hier et je suis bien incapable de donner le nom du gars et de la fille).
De toute façon, je pense que quand on aborde ce genre de thème très fort tel que le KKK ou le racisme, faire des histoires en 1 tome, c'est trop court ! L'histoire n'aura pas de profondeur et ça restera trop superficiel.
Quant au dessin, je l'ai trouvé particulièrement laid, figé et pas du tout dynamique dans les scènes "dites d'action". Il est rare que les personnages se ressemblent d'une case à l'autre.
Il parait que le dessin s'améliore au fil des tomes, je n'aurai pas l'occasion de voir ça, car je n'ai pas du tout envie de les lire. Dommage car une BD sur ces thèmes aurait pu faire une belle BD !
Ai-je vieilli ? la BD a-t-elle vieilli ? Je ne doute pas de m’approcher de plus en plus de la catégorie vieux con, mais pourtant cette série ne passe absolument plus.
Les scénettes, mettant en scène un bambin surdoué pour faire des gadgets en tous genres qui mettent au supplice un professeur pas totalement naïf, se répètent avec métronomie. Si vous en aimez une nul doute que les albums sont faits pour vous, mais lorsque systématiquement tout cela tombe à plat, çà devient très lourd très vite.
Evidemment il y a ces coupes de cheveux qui viennent nous faire rire, cela fait toujours quelque chose mais bon, pas sûr que c’était voulu à l’époque !
Côté dessin la lisibilité est nettement moins bonne que dans la ligne claire habituelle gros nez, le train me semble nettement plus confus et les planches font souvent l’effet trop fouillis. La colorisation n’a rien d’extraordinaire, au moins elle ne se fait pas remarquer par des couleurs trop criardes.
Au final je n’aime vraiment pas cette série, le principe de l’enfant intelligent connait de bien meilleures moutures par ailleurs.
Quelle déception !
Moi qui étais fan du dessin animé pendant ma jeunesse, j'attendais beaucoup de cette lecture, une sorte de retrouvaille avec Nicky Larson, un retour en arrière...
Malheureusement, malgré une certaine insistance de ma part, à aucun moment je n'ai retrouvé le charme du dessin animé de mon enfance, ou alors tout simplement, je suis déjà devenu un vieux con insensible à cet humour potache.
Les intringues sont insignifiantes, forcées, incrédibles, lourdes, je me suis vraiment ennuyé.
Concernant la touche humoristique, elle n'a pas fait mouche, même si les gags ciblent un peu plus le public adulte que le dessin animé, notamment du fait de son caractère grivois plus prononcé.
Bref, je n'ai même pas réussi à lire un tome en entier, j'en ai essayé des différents, mais rien à faire, toujours le même constat...
Dommage.
(224)
Pascal Brutal, le beauf à gourmette et Adidas torsion.
Bon, j’avais assez vite compris le concept d’anti-héros provoc’ (faut pas être sorti de Harvard pour piger la finesse de l’idée de base). Bancal, inconstant, contradictoire dans ses principales lignes; ce qui m’énerve principalement dans ce personnage (ou chez son auteur), c’est que ce rôle d’anti-héros n’est pas du tout assumé. Le leitmotiv « Plus cool que moi, tu meures » m’insupporte et le mec, qui serait le plus balèze des mecs qu’assurent, est-il toujours un anti-héros ??
Des dialogues puérils et un scénario basique ainsi que des dessins assez maladroits auront parachevé mon opinion.
Quelques bonnes idées malgré tout, comme le contexte futuristique proche qui me semble bien vu (par exemple). Et j’ai quand même rit sur certains gags (l’agacement l’a emporté).
Riad Sattouf surfe sur la vague de la mode actuelle contournant la réelle subversivité et évitant ainsi les foudres de la bien-pensance (Rap, « libération » sexuelle, bisexualité, drogues douces, islamophobie, dee-jaying,…). Finalement, je le trouve bien soft Pascal Brutal par rapport à un Crumb ou un Gotlib (par exemple). Pas mal pour un public adolescent.
Beh oui, j’ai ce truc-là dans ma collection (rien que pour sa singularité, sa valeur sentimentale et parce qu’elle ajoute de la valeur à ma collection), ainsi que 4 ou 5 autres titres de la même série. Enfant, j’étais tombé dessus dans le grenier. Ma mère (qui les tenait de sa mère) voyant que j’appréciais me les offrit quelques années plus tard (lorsque mes instincts pyromanes semblaient derrière moi).
Mon opinion ou vague souvenir d’enfant ne serait certainement pas réaliste ou objectif, alors j’ai rebouquiné vite fait l’ouvrage ancestral et Boudiouh, que c’est laid !!! Bécassine, les origines (sobrement nommé « L’enfance de Bécassine ») relate comme son nom l’indique l’enfance de Bécassine.
Avec sa grosse tête ronde (à peu près ronde), elle va d’histoires courtes en historiettes découvrir une passion de la musique profondément enfouie en elle, les joyeusetés de la bourgeoisie, se faire arracher une dent à l’ancienne méthode ou bien perdre son parapluie ; palpitant n’est-il pas ??
Les dessins et les couleurs font mal aux yeux (même de qualité délavée) et le texte narratif façon « machine à écrire » au bas de chaque case (remplaçant notre bonne vieille phylactère) est assez pénible à lire.
Je comprends cependant l’attachement qu’ont les anciens fans de Bécassine à cette série et je le respecte. Veuillez pardonnez par avance mon humour gras.
Je ne saurais en recommander l’achat car Bécassine doit maintenant être hors de prix. Dans le style, je préfère Tintin, nettement plus viril et Hard-Core ou bien réécouter le tube mondial de Chantal G.
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Corto Maltese
Le Maltais taciturne et solitaire crée par Hugo Pratt en 1967 est devenu une figure emblématique du 9ème art, mais je n'ai jamais pu m'y attacher; je n'ai lu que La Ballade de la mer salée et Fables de Venise, mais ça m'a suffit pour approcher cet univers dans lequel je ne parviens pas à rentrer. Le premier récit qui rompt avec la narration classique, met en scène de nombreux personnages à la riche complexité et n'accorde qu'un rôle secondaire à Corto qui n'est pas encore totalement cerné, mais il est le plus intriguant, et captivant dans le sens où il renvoie au romanesque évocateur des aventuriers d'antan, inspiré par les romans de Melville ou le Lord Jim de Joseph Conrad. Son statut de marin-aventurier indéfinissable rend le personnage difficile à cerner, mystérieux et ambigu, et tous les personnages qui évoluent autour de lui sont également troubles, aux motivations incertaines. Ses aventures se déroulent au début du 20ème siècle dans des lieux chargés d'exotisme aux parfums très divers, à une époque où la géopolitique était cosmopolite, et où il peut tutoyer l'aventure en étant tantôt indifférent, tantôt impliqué. Graphiquement, le style de Pratt est épuré à l'extrême, sa maîtrise du noir et blanc et l'emploi subtil des masses d'ombre héritées au début du style de Milton Caniff, a surpris plus d'un lecteur, notamment lorsque Corto arrive dans Pif-Gadget en 1970. Cette innovation reste louable (Pratt était encore un quasi inconnu en France), mais proposer à de jeunes lecteurs une Bd déroutante, voire difficile était un pari audacieux, car la bande a rebuté la plupart du lectorat de ce journal habitué à un genre de Bd plus traditionnelles, moi le premier, c'est sans doute à cette période où je n'ai pas compris cette Bd que je m'en suis fait une idée d'exclusion (bien que les récits complets proposés étaient dessinés parfois en exclusivité pour Pif-Gadget). Cependant, lors de cette période, entre 1970 et 1973 où paraitront une vingtaine de récits de 20 planches, l'occasion sera donnée à Pratt de mieux définir son personnage, en lui donnant plus de relief et en levant quelques zones d'ombre, sans jamais lui ôter ce côté ambigu qui l'habite. L'effet sera sensiblement identique et ne fera pas l'unanimité parmi les lecteurs du journal Tintin lors de la publication de 2 récits en 1975 et 76. Il faudra attendre 1978 lorsque les aventures de Corto seront publiées dans le mensuel A Suivre pour qu'un public adulte découvre vraiment la torpeur et le côté hypnotique des récits du Maltais, en le propulsant vers un inexplicable firmament qui surestimera souvent de façon exagérée cette série. Malgré d'autres essais plus tard dans le mensuel A Suivre, puis des lectures en bibliothèque, je reste hermétique à Corto Maltese, mais je peux comprendre la fascination qu'il exerce sur d'autres lecteurs.
Le Pape Terrible
La couverture affiche sans mensonges le contenu. Il n'y a pas tromperie, on va voguer dans les arcanes du Vatican, sur les traces du pape Jules II, impitoyable, manipulateur et obscène. Seulement, comme cela a été déjà dit, si l'illustration est particulièrement soignée, je n'ai pas envie d'aller plus loin que le premier volet. La faute à une volonté perpétuelle d'insérer dans les personnages une amoralité violente parfois et surtout une déviance sexuelle omniprésente totalement superflue. Où se trouve le vrai et le faux dans tout cela? Chaque case devient une occasion de montrer du lubrique gratuit que cela en devient écœurant en 20 pages et coule le pape terrible dans les profondeurs de la médiocrité, on en ressent un malaise à la lecture sur le but recherché. J'ai même été étonné d'avoir pu trouver cela dans une médiathèque. J'hésite sur les intentions de l'auteur, entre violent brûlot antireligieux et expression de sentiments personnels refoulés. Il y a façon et façon de faire pour raconter une histoire et le pape terrible le fait juste très mal.
Requiem - Chevalier Vampire
Après les Chroniques de la lune noire, l'ami fan de Ledroit me prête "Requiem" ; je m'attends au pire, et j'ai raison ; c'est le genre de Bd que je n'aime pas du tout. Bon, à la rigueur le tome 1 est acceptable pour l'univers qui se met en place, mais après, ça part en live, c'est du grand délire. J'ai plutôt regardé les albums suivants au lieu de les lire, car dans ce récit gothico-fantastique, plus encore que dans les Chroniques.., Ledroit a forcé sur l'aspect visuel, le dessin explose littéralement dans des compositions graphiques époustouflantes, liées à l'univers cauchemardesque du récit et à la cruauté des personnages. Il y a trop de rouge, trop de sang, les cases sont trop éclatées, et les dessins toujours autant surchargés. Côté histoire, d'après ce que j'ai compris, il est question du destin satanique d'un soldat allemand mort sur le front russe, ressuscité et précipité sur une planète où le temps s'écoule à reculons. C'est sanglant et dantesque, ça s'adresse à un public très averti, et c'est certainement l'oeuvre la plus ambitieuse de Ledroit, mais ce n'est pas pour moi.
Chroniques de la lune noire
Un ami fan de cette série (mais conscient de sa lente dégradation) a voulu m'initier à cette saga de fantasy barbare et sanglante, j'ai dit d'accord, j'ai découvert un monde de chaos et de guerre, aux personnages cruels, féroces où règnent la démesure, la fureur, les sortilèges et les forces obscures, bon jusque là c'est classique du genre, mais plus j'avançais, plus ça me dégoûtait, et cette fantasy-là, je n'y suis jamais rentré dedans, et j'ai du mal à croire que ces Chroniques soient saluées comme une réussite, que c'est un chef-d'oeuvre de la fantasy, une oeuvre majeure... bref, plein de gens sont en admiration, eh bien pas moi! Et pourtant, c'est pas faute d'avoir essayé, je me suis farci tous les tomes dessinés par Ledroit et les 2 premiers de Pontet. Cette BD apocalyptique et brutale puise dans de nombreuses mythologies (germanique et celtique entre autres), et emprunte quelques clins d'oeil aux récits de Tolkien, notamment dans les architectures fantastiques des cités, certaines créatures néfastes ou les scènes de batailles démentielles; les compagnons de Whismerill sont intéressants mais on s'intéresse finalement peu à ces personnages, ils n'ont pas de fond. La narration de Froideval est riche en formules poétiques, mais quelle confusion, j'étais obligé de revenir en arrière souvent pour bien comprendre ; j'ai eu l'impression qu'il écrivait ses scénarios au coup par coup ; est-ce qu'il avait tout son plan dans la tête dès le tome 1 ? J'en doute tant il abuse des raccourcis et des faux fuyants, ça part dans tous les sens dès le tome 8 (d'après l'ami qui m'a prêté les albums), et surtout, il y a trop de personnages, on s'y perd un peu si on lit pas les albums de façon rapprochée. Graphiquement, je suis hésitant, plein de gens bavent devant les dessins, alors que moi, je ne les trouve pas si beaux, les décors baroques et tourmentés sont soit trop confus et surchargés, soit très réussis, mais l' abus des double pages et la prolifération des batailles donnent l'impression que les dessinateurs (Ledroit ou Pontet) veulent en mettre plein la vue, alors que j'ai ressenti l'effet contraire, il y a une overdose de batailles et de cases trop remplies, trop de folie et de surenchère qu'au bout d'un moment, j'en peux plus. En gros, cette série même si elle a des qualités, ne m'a rien apporté parce que je n'y ai pas compris grand chose, c'est trop agressif et racoleur à mon goût. Tous ces éléments alourdissent une série qui aurait gagné aussi à trouver une conclusion plus tôt, Fromental ayant voulu brasser trop de thèmes et de situations. Bref, les Chroniques.. reste un jalon sans doute important de la BD fantastique, mais c'est pas du tout mon truc.
Bouncer
Lorsque Jodorowsky quitte la SF pour le western, ça donne "Bouncer", où je n'ai pas accroché un instant ; il y a quelque chose d'indigeste pour moi dans cette série, et pourtant je me suis forcé à lire le premier cycle, j'ai lu en diagonale le second et feuilleté le 3ème, rien à faire. Pourtant, la série est mise en image d'un trait puissant par Boucq, au graphisme plus soigné que dans ses autres bandes, les cadrages aérés aux grandes cases panoramiques, mises en valeur par le grand format des albums, exaltent la violence et un certain malaise à la lecture, les auteurs montrant un Far West bien loin des classiques héros de l'Ouest, et même des séries inspirées de l'univers spaghetti comme Durango ou Wanted. Ils décrivent un Ouest sale, répugnant, sauvage, laminé par la violence, la cruauté et le fracas des armes; c'est d'un réalisme très cru et brut, différent aussi de ce qu'a montré le cinéma, encore que des films comme Tombstone ou Impitoyable ont approché ce concept. C'est du western crépusculaire pur, peut-être plus proche de ce qu'était vraiment l'Ouest en réalité, mais je n'y souscris pas, car les idées dérangeantes de Jodo me mettent mal à l'aise quelque part, c'est indicible, je n'arrive pas vraiment à l'expliquer. Le seul élément qui est cependant intéressant, c'est le Bouncer, un héros loin des clichés et très atypique, c'est tout ce que je peux sauver ; sinon c'est vraiment trop déjanté, trop malsain, trop déséquilibré, trop repoussant, ce n'est pas ma conception du western. Seuls les grands espaces dessinés par Boucq semblent épargnés par la fureur et par les passions humaines de ce western en forme de tragédie grecque, qui certes, renouvelle le genre. J'ai lu dans un avis précédent, que les amateurs de western se devaient de posséder cette série, eh bien non, je suis très amateur de western, mais je ne sais pas si j'en lirais d'autres tomes, peut-être en bibliothèque, mais pas sûr...
Amerikkka
Grosse déception pour moi la lecture du 1er tome d'Amerikkka. Je lorgnais sur cette BD depuis quelques temps, et j'ai sauté le pas quand j'ai trouvé ce 1er tome en brocante. La façon dont est racontée l'histoire de ce 1er tome est plutôt poussive, j'ai trouvé que parfois les pages s’enchainaient sans aucun lien, les personnages sont inintéressants au possible (j'ai lu la BD hier et je suis bien incapable de donner le nom du gars et de la fille). De toute façon, je pense que quand on aborde ce genre de thème très fort tel que le KKK ou le racisme, faire des histoires en 1 tome, c'est trop court ! L'histoire n'aura pas de profondeur et ça restera trop superficiel. Quant au dessin, je l'ai trouvé particulièrement laid, figé et pas du tout dynamique dans les scènes "dites d'action". Il est rare que les personnages se ressemblent d'une case à l'autre. Il parait que le dessin s'améliore au fil des tomes, je n'aurai pas l'occasion de voir ça, car je n'ai pas du tout envie de les lire. Dommage car une BD sur ces thèmes aurait pu faire une belle BD !
M. Rectitude et Génial Olivier
Ai-je vieilli ? la BD a-t-elle vieilli ? Je ne doute pas de m’approcher de plus en plus de la catégorie vieux con, mais pourtant cette série ne passe absolument plus. Les scénettes, mettant en scène un bambin surdoué pour faire des gadgets en tous genres qui mettent au supplice un professeur pas totalement naïf, se répètent avec métronomie. Si vous en aimez une nul doute que les albums sont faits pour vous, mais lorsque systématiquement tout cela tombe à plat, çà devient très lourd très vite. Evidemment il y a ces coupes de cheveux qui viennent nous faire rire, cela fait toujours quelque chose mais bon, pas sûr que c’était voulu à l’époque ! Côté dessin la lisibilité est nettement moins bonne que dans la ligne claire habituelle gros nez, le train me semble nettement plus confus et les planches font souvent l’effet trop fouillis. La colorisation n’a rien d’extraordinaire, au moins elle ne se fait pas remarquer par des couleurs trop criardes. Au final je n’aime vraiment pas cette série, le principe de l’enfant intelligent connait de bien meilleures moutures par ailleurs.
City Hunter
Quelle déception ! Moi qui étais fan du dessin animé pendant ma jeunesse, j'attendais beaucoup de cette lecture, une sorte de retrouvaille avec Nicky Larson, un retour en arrière... Malheureusement, malgré une certaine insistance de ma part, à aucun moment je n'ai retrouvé le charme du dessin animé de mon enfance, ou alors tout simplement, je suis déjà devenu un vieux con insensible à cet humour potache. Les intringues sont insignifiantes, forcées, incrédibles, lourdes, je me suis vraiment ennuyé. Concernant la touche humoristique, elle n'a pas fait mouche, même si les gags ciblent un peu plus le public adulte que le dessin animé, notamment du fait de son caractère grivois plus prononcé. Bref, je n'ai même pas réussi à lire un tome en entier, j'en ai essayé des différents, mais rien à faire, toujours le même constat... Dommage. (224)
Pascal Brutal
Pascal Brutal, le beauf à gourmette et Adidas torsion. Bon, j’avais assez vite compris le concept d’anti-héros provoc’ (faut pas être sorti de Harvard pour piger la finesse de l’idée de base). Bancal, inconstant, contradictoire dans ses principales lignes; ce qui m’énerve principalement dans ce personnage (ou chez son auteur), c’est que ce rôle d’anti-héros n’est pas du tout assumé. Le leitmotiv « Plus cool que moi, tu meures » m’insupporte et le mec, qui serait le plus balèze des mecs qu’assurent, est-il toujours un anti-héros ?? Des dialogues puérils et un scénario basique ainsi que des dessins assez maladroits auront parachevé mon opinion. Quelques bonnes idées malgré tout, comme le contexte futuristique proche qui me semble bien vu (par exemple). Et j’ai quand même rit sur certains gags (l’agacement l’a emporté). Riad Sattouf surfe sur la vague de la mode actuelle contournant la réelle subversivité et évitant ainsi les foudres de la bien-pensance (Rap, « libération » sexuelle, bisexualité, drogues douces, islamophobie, dee-jaying,…). Finalement, je le trouve bien soft Pascal Brutal par rapport à un Crumb ou un Gotlib (par exemple). Pas mal pour un public adolescent.
Bécassine
Beh oui, j’ai ce truc-là dans ma collection (rien que pour sa singularité, sa valeur sentimentale et parce qu’elle ajoute de la valeur à ma collection), ainsi que 4 ou 5 autres titres de la même série. Enfant, j’étais tombé dessus dans le grenier. Ma mère (qui les tenait de sa mère) voyant que j’appréciais me les offrit quelques années plus tard (lorsque mes instincts pyromanes semblaient derrière moi). Mon opinion ou vague souvenir d’enfant ne serait certainement pas réaliste ou objectif, alors j’ai rebouquiné vite fait l’ouvrage ancestral et Boudiouh, que c’est laid !!! Bécassine, les origines (sobrement nommé « L’enfance de Bécassine ») relate comme son nom l’indique l’enfance de Bécassine. Avec sa grosse tête ronde (à peu près ronde), elle va d’histoires courtes en historiettes découvrir une passion de la musique profondément enfouie en elle, les joyeusetés de la bourgeoisie, se faire arracher une dent à l’ancienne méthode ou bien perdre son parapluie ; palpitant n’est-il pas ?? Les dessins et les couleurs font mal aux yeux (même de qualité délavée) et le texte narratif façon « machine à écrire » au bas de chaque case (remplaçant notre bonne vieille phylactère) est assez pénible à lire. Je comprends cependant l’attachement qu’ont les anciens fans de Bécassine à cette série et je le respecte. Veuillez pardonnez par avance mon humour gras. Je ne saurais en recommander l’achat car Bécassine doit maintenant être hors de prix. Dans le style, je préfère Tintin, nettement plus viril et Hard-Core ou bien réécouter le tube mondial de Chantal G.