Ahlala. "From Hell" c'est un énorme pavé de 576 pages, lourd comme tout et vraiment pas engageant. Lorsqu'on le feuillette comme ça, le dessin apparaît vraiment repoussant, tout à l'encre de chine qu'il est (que du noir et blanc, même pas de gris, tsss !), tout hachuré, et certainement pas "beau" au sens classique du terme. En plus ça commence par un gros plan sur une mouette crevée, ça ne donne pas forcément envie d'aller plus loin. :(
Et pourtant...
Et pourtant quand on commence à le lire, au bout de la première page on est intrigué. Par le dialogue, un peu étrange et décalé; par la mise en scène, qui malgré le dessin semble très bien faite...
Et puis au bout de l'introduction (8 pages), sans s'en rendre compte on a été absorbé dans cet univers. Comme ça, sans même s'en être aperçu.
Les trois premiers chapitres m'ont posé problème... j'ai en effet bêtement loupé les indications de dates dans la première case, et c'est seulement en cours de route que j'ai réalisé que les scènes ne se suivaient pas chronologiquement.
On ne comprend pas trop le lien des deux premiers chapitres avec l'affaire de Jack l'éventreur, mais le lien se fera plus tard... En attendant on est intrigué, complètement attentif et... littéralement immergé dans l'histoire.
Le chapitre quatre en particulier m'a paru absolument renversant. Invraisemblable qu'un auteur ait osé faire ça ! Quarante pages d'un quasi monologue sur l'architecture et l'origine et le mystère des Francs-Maçons ! Des considérations complètement ésotériques et absconses, de quoi faire décrocher n'importe qui en deux pages ! Et pourtant... pourtant on reste scotché là, devant ce récit témoignant d'un esprit complètement étranger, tordu, aux limites même de la folie. Qu'Alan Moore ait pu faire cela m'inspire un respect presque sans bornes. O_o
Bon, sinon il faut bien reconnaître que le travail qu'il y a derrière "From Hell" est impressionnant. On peut en avoir un aperçu à la fin du livre, dans l'appendice II, qui raconte en image l'histoire des différents travaux existant sur le sujet, où Moore analyse les querelles. C'est réellement intéressant, et de plus mis en images de façon véritablement intelligente.
L'appendice I quant à lui, est composé de 42 pages d'explications sur les différentes pages/scènes/cases du livre... Là, j'avoue avoir juste survolé, mais là aussi c'est réellement intéressant. Moore explique ce qui est "vrai", ce qu'il a inventé, adapté ou arrangé. Vraiment bien. Si "From Hell" était un dvd, je dirais que ce bonus est d'une qualité rarement atteinte.
L'album raconte une histoire, une version possible. Moore conclut dans l'appendice II que le mystère est si embrouillé qu'il n'y a probablement pas de vérité, mais un ensemble d'hypothèses qui forment un matériau dont on ne pourra plus tirer grand chose... à part d'autres matériaux, d'autres versions. Il propose donc ici la sienne, et l'ensemble est tout simplement grandiose. L'histoire a des relents de folie, mais une folie si bien développée, si bien mise en scène, si bien montrée et enfin si bien expliquée, qu'on en vient (presque) à la comprendre.
Par ailleurs rien n'est épargné au lecteur. Les scènes d'assassinat, parfois très gores, horribles, sont montrées. La folie, l'aspect glauque et cynique de l'ensemble, des scènes de cul assez crues, rien de cela n'est voilé.
Et le dessin, a priori peu attirant, basé sur un gaufrier de 3x3 cases, est étonnamment expressif et particulèrement adapté à cette oeuvre sombre.
Un chef d'oeuvre, tout simplement. Un véritable monument. Et c'est peu de le dire.
Seuls points noirs : l'album est peu maniable, et comme les dessins et les textes sont très petits, on est obligé de lire de près, ce qui est parfois problématique. Et je n'ai pas encore compris ce que venait faire là John Merrick (Elephant Man).
Soi-disant une BD "aux parfums de l'enfance", en fait une succession de clichés, qui peuvent parfois tomber juste et sont bien racontés, mais sans grand intérêt.
L'histoire de fond ne semble être là que pour en justifier l'énumération (c'est flagrant quand le gamin détaille les activités que ses parents voudraient qu'il fasse : enfant de choeur, chorale, foot, scoutisme, pour chaque activité on case un gag puis on passe à la suivante).
Le rythme du récit est assez décousu, je pense que c'est pour donner l'impression que c'est vraiment un enfant qui raconte, mais le résultat n'est pas très agréable à lire.
Mais ce qui à mes yeux fait le plus échouer le récit, c'est que les personnages ne sont ni crédibles ni attachants, à peine pathétiques, et donc qu'on suit toute l'histoire sans jamais vraiment s'y intéresser.
Pour le dessin, bon ben Florence Cestac reste dans son style, un coup d'oeil à la galerie vous suffira pour savoir si vous aimez ou pas, ou bien si comme moi il vous laisse indifférent.
Ah. Un album d'aventures, je ne vais pas aimer plus que ça...
C'est ce que je me disais avant de lire cet album, et de fait l'histoire est un peu une succession d'aventures découlant de l'anniversaire de la très belle (et surtout très irascible) reine de Pique.
Cela dit, quelques éléments démarquent "Pique".
- Le dessin tout d'abord. Peut-être un peu trop précis et "propre" de prime abord, il faut bien avouer qu'il est très largement maîtrisé; pour un premier album, c'est tout simplement impressionannt. On notera quand même un aspect un peu figé des mouvements : par exemple lorsque des personnages courent, ils ne sont pas toujours très dynamiques...
- Les jeux de mots... Argl. Autant dans les Lanfeust et compagnie ça me gave, autant là ça me paraît fait avec malice et j'imagine l'auteur sourire derrière sa plume. Un seul exemple : un chat a peur de la Reine; elle lui dit "Viens là, poltron minet". :D Oui, je sais, mais moi ça me fait rire. Et il y en a quelques-uns comme ça, plutôt réussis. :)
- Le découpage ! Il est tout simplement épatant. On n'y trouve rien de révolutionnaire, mais il est dans l'ensemble extrêmement bien fait et utilise un nombre impressionnant de techniques. Les planches résultantes sont parfois un peu trop fouillées à mon goût, mais vraiment intéressantes pour la composition !
Concernant l'histoire, eh bien oui, c'est de l'aventure; oui, c'est inspiré d'Alice au pays des merveilles. Et pourtant une fois plongé dedans, le tout est très cohérent. En plus le détournement de contes est parfois très bien utilisé, comme le bûcheron qui bavarde, bavarde... au lieu d'être là quand le grand méchant loup mange le petit chaperon rouge. :)
Concernant cette édition (noir et blanc, version "luxe"), eh bien on peut dire que les précédentes planches du dessinateur (certaines montrées en fin d'album), plus encrées (donc nettement plus sombres) étaient absolument superbes... mais il paraît que ça passait mal pour la couleur, dommage.
L'album en lui-même est très beau, et la couverture "molletonnée" très agréable au toucher. Si si, essayez !
En plus le dossier de fin d'album montre des croquis, essais et versions de planches assez intéressants, avec des commentaires sans fioritures : "1er storyboard de la planche 1 : la mise en scène est plutôt maladroite". Si ça c'est pas de l'honnêteté...
Bref, ce premier album est vraiment pas mal, et certainement très prometteur.
J'accroche rarement avec les gags en trois cases... et Nelson ne fait vraiment pas exception. L'humour tombe à mes yeux complètement à plat, quand il n'est pas prévisible. Il y aurait probablement des trucs à tirer de la vie d'une jeune cadre et de son chien, mais je ne vois pas l'intérêt d'y rajouter un diablotin peu sympathique...
Le dessin est très simple, ce qui en soit est adapté au style des gags, mais là encore je bloque sur la stylisation des personnages, qui sont réduits à des formes géométriques (là, j'exagère un peu, mais c'est l'idée), qui ne se prêtent pas à beaucoup de variations.
Bon, d'accord, je n'ai lu cet album qu'en diagonale, peut-être le trouverez vous drôle. Mais je ne voyais pas l'intérêt d'y passer plus de temps...
On ne sait pas trop à quoi s'attendre en lisant ce tome. Les auteurs ont précédemment réalisé deux albums très noirs et cyniques ("Banquise" et "Kuklos" pour ceux qui ne les connaîtraient pas); or le ton est ici nettement différent.
Déjà le sujet global rappelle assez fortement "Les mystères de l'Ouest", avec une scène en particulier (pages 24 et 25) qui pourrait littéralement y avoir sa place (Arthur et Gordon en train de discuter du problème dans leur wagon, bien installé dans un fauteuil).
Ensuite, chose complètement nouvelle, le ton est parfois humoristique, avec ça et là quelques touches carrément drôles ! O_o On pourra déjà remarquer que les Silencios s'appellent Marcellus et Wallace. Ca ne vous dit rien ? T'as essayé de baiser Marcellus Wallace ! Et il se trouve que Marcellus Wallace n'aime baiser qu'avec sa femme, Mme Wallace. Eh oui : "Pulp Fiction". :) Autre exemple, la scène avec le ministre au début, par moment franchement drolatique et parfois complètement nonsensical. Ou encore page 17, la petite vieille à vélo qui se prend un caillou sur la tête, je ne sais pas vraiment pourquoi, mais cette case m'a bien fait rire. Et que dire de la scène de l'autopsie ! Lisez-la ! :D
L'histoire est donc d'une nature bien différente des ouvrages précédents... Je la trouve peut-être un peu trop classique par certains côtés; on n'est jamais vraiment surpris ni complètement absorbé. Elle a plus un goût de feuilleton que de one shot. On reste donc un peu sur sa faim concernant les personnages, leur histoire et leurs motivations...
Côté dessin, eh bien c'est du Gaultier. On aime ou pas, moi j'aime. Les planches sont dessinées entièrement au crayon, puis scannées et foncées sous Photoshop. Le résultat est réellement personnel. En tout cas, les scènes avec la caverne sont superbes, et il me semble que des efforts importants ont été faits sur l'aspect dynamique et mouvements.
Chose étrange, l'album me paraît très grand. Alors qu'il s'agit d'un grand format tout ce qu'il y a de plus standard. O_o En tout cas cela donne une impression favorable à la lecture.
Alors voilà. J'ai d'abord été un peu mitigé, du fait de la différence par rapport aux albums précédents, mais au final je trouve ça pas mal du tout.
Le tome 2 par contre est une grosse déception. Aucune surprise, une intrigue convenue et une fin qui tombe à plat avec une énorme explication à laquelle on ne croit pas un seul instant. A éviter.
C'est une bonne BD. Le scénario est intelligent et réussit à éviter l'écueil de la prise de tête ennuyeuse quand il s'agit de discuter du thème des horreurs de la guerre et du traumatisme de ceux qui l'ont vécu. Mais il s'agit aussi là de discuter de la Provence, de sa douceur de vivre, de son soleil éclatant, et là le dessin fonctionne très bien : il est dépouillé, très clair dans ses couleurs, presque lumineux : il donne l'impression souvent qu'on est ébloui par le soleil comme si on y était. Il ressort de cette BD en fin de lecture une joie de vivre qui efface les quelques images de guerre qui y sont également présentes.
Maintenant, après tous ces bons points, il n'en reste tout de même que c'est une BD que personnellement je n'achèterais pas : je trouve qu'il ne s'y passe pas grand chose de ce que moi j'aime trouver dans une BD et en fin de lecture, même si j'ai passé un moment assez agréable, eh bien je n'en ai pas retiré grand chose en définitive. C'est un goût personnel, évidemment.
NOTA : Je me suis arrêté au tome 12 parce que la bibliothèque n'a pas (encore ?) les tomes suivants.
Cette série de la collection Vécu est très classique, et répond à toutes les caractéristiques de cette collection : des scènes avec des femmes nues ou de sexe, des dessins simples rappelant les illustrations historiques, un scénario pas trop compliqué, et surtout un respect de l'"Histoire". Rien de bien nouveau donc, mais ici c'est bien fait.
L'histoire tout d'abord est bien construite et nous propose des personnages attachants. Ce n'est pas compliqué et les ficelles sont souvent grosses, tout est assez prévisible mais cela reste correct et agréable à lire. Les découpages entre les différentes étapes de la vie d'Hughes sont bien faits et cela permet de montrer différents aspects de la vie du Moyen Age. En effet, cette série brille par son côté historique, on sent un véritable travail de recherche et une volonté que tout soit crédible. Les auteurs font tenir à leurs personnages un langage médieval, mais il reste compréhensible et nous plonge quasi à notre insu dans l'ambiance de l'époque. Ce fond historique est vraiment amené de façon subtile et nous fait oublier le manque de finesse du scénario.
Pour le dessin, rien d'exceptionnel, c'est de bonne facture mais sans être bien dessiné. C'est un graphisme passe partout, assez typé série historique et Vécu, surtout au début où les couleurs ont vieilli (les cheveux de Hughes sont jaunes jaunes). Le changement de dessinateur est visible et j'ai eu du mal pour les tomes du milieu mais ensuite cela va mieux.
Donc si vous aimez le Moyen Age n'hesitez pas à vous plonger dans cette saga et même à l'acheter. Sinon c'est une bd sympa mais sans plus.
J'ai en réalité le même avis que Pierig. Je n'ai pas trouvé ce tome 1 de Sasmira tellement exceptionnel. On parle beaucoup du dessin dans cette BD et pourtant il ne m'a pas tant marqué. De même que l'histoire, qui rappelle effectivement beaucoup le début de "Ballade au Bout du Monde" : un jeune gars qui devient obnubilé par une femme qu'il a à peine vue (ici, sur une vieille photo) au mépris de sa petite amie actuelle ainsi qu'un retour vers le passé et un moyen de retrouver cette femme vue en photo.
Ce tome est à mes yeux pas mal sans plus. Mais si en plus on me dit qu'il n'y aura pas de suite, je ne vois franchement pas son intérêt.
Je ne voudrais pas me faire passer pour le vilain petit canard de service, mais je ne partage pas complètement l'enthousiasme dont font preuve certains d'entre vous au sujet de cette série.
Hirn a du talent à revendre pour le graphisme, c’est indéniable, mais la qualité visuelle des planches des 2 premiers tomes est complètement gâchée par sa mise en couleur. Heureusement, les tomes 3 et 4 sont colorisés par Guth, puis le dernier tome par Hirn (qui en remet une couche mais, cette fois, ça passe).
Quant à Brunschwig, il nous dépeint la société US et ses travers à une puissance dix. Toutefois, à force de vouloir faire courir plusieurs lièvres à la fois pour dérouter le lecteur, il fini par proposer un récit qui souffre de failles plus ou moins importantes. "Joshua" et "Amy" sont pourtant bons, avec quelques rebondissements intéressants. Mais à partir de "Providence", la fin est scellée et le scénario se perd dans des flashbacks pour finir par perdre tout intérêt. Puis vient "Sergent Logan" qui conclut la série de manière bien trop prévisible !
Néanmoins, je mettrai en avant le travail très poussé de Brunwschwig relatif à la psychologie exacerbée de Logan, ancien vétéran du Vietnam, qui a maille à partir avec ses anciens démons ! Rien que pour découvrir ce personnage avec ses croyances et ses doutes, la série vaut la peine d’être lue, mais pour le reste...
Un premier tome assez intéressant mais qui se révèle peu surprenant lorsqu'on a déjà lu "Balade au bout du monde" du même auteur. La qualité des planches est ici un ton supérieur. On voit que Vicomte s'est appliqué, tant graphiquement qu'au niveau des couleurs ! Toutefois, cet album n'est pas à conseiller à l'achat car je doute qu'une suite voie le jour. Ceci n'est pas un argument d'un fan déçu mais plutôt du bon sens : à quoi ça sert d'avoir un album d'une série inachevée ?
A réserver aux fans de Vicomte, ce qui n'est pas mon cas même si je reconnais volontiers qu'il a fait preuve de beaucoup de maîtrise dans la réalisation de ses planches.
Je réviserai mon avis lorsqu'une suite y sera donnée, en espérant cependant que l'auteur proposera quelque chose de plus original qu'un simple "copier - coller" de sa série phare !
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From Hell
Ahlala. "From Hell" c'est un énorme pavé de 576 pages, lourd comme tout et vraiment pas engageant. Lorsqu'on le feuillette comme ça, le dessin apparaît vraiment repoussant, tout à l'encre de chine qu'il est (que du noir et blanc, même pas de gris, tsss !), tout hachuré, et certainement pas "beau" au sens classique du terme. En plus ça commence par un gros plan sur une mouette crevée, ça ne donne pas forcément envie d'aller plus loin. :( Et pourtant... Et pourtant quand on commence à le lire, au bout de la première page on est intrigué. Par le dialogue, un peu étrange et décalé; par la mise en scène, qui malgré le dessin semble très bien faite... Et puis au bout de l'introduction (8 pages), sans s'en rendre compte on a été absorbé dans cet univers. Comme ça, sans même s'en être aperçu. Les trois premiers chapitres m'ont posé problème... j'ai en effet bêtement loupé les indications de dates dans la première case, et c'est seulement en cours de route que j'ai réalisé que les scènes ne se suivaient pas chronologiquement. On ne comprend pas trop le lien des deux premiers chapitres avec l'affaire de Jack l'éventreur, mais le lien se fera plus tard... En attendant on est intrigué, complètement attentif et... littéralement immergé dans l'histoire. Le chapitre quatre en particulier m'a paru absolument renversant. Invraisemblable qu'un auteur ait osé faire ça ! Quarante pages d'un quasi monologue sur l'architecture et l'origine et le mystère des Francs-Maçons ! Des considérations complètement ésotériques et absconses, de quoi faire décrocher n'importe qui en deux pages ! Et pourtant... pourtant on reste scotché là, devant ce récit témoignant d'un esprit complètement étranger, tordu, aux limites même de la folie. Qu'Alan Moore ait pu faire cela m'inspire un respect presque sans bornes. O_o Bon, sinon il faut bien reconnaître que le travail qu'il y a derrière "From Hell" est impressionnant. On peut en avoir un aperçu à la fin du livre, dans l'appendice II, qui raconte en image l'histoire des différents travaux existant sur le sujet, où Moore analyse les querelles. C'est réellement intéressant, et de plus mis en images de façon véritablement intelligente. L'appendice I quant à lui, est composé de 42 pages d'explications sur les différentes pages/scènes/cases du livre... Là, j'avoue avoir juste survolé, mais là aussi c'est réellement intéressant. Moore explique ce qui est "vrai", ce qu'il a inventé, adapté ou arrangé. Vraiment bien. Si "From Hell" était un dvd, je dirais que ce bonus est d'une qualité rarement atteinte. L'album raconte une histoire, une version possible. Moore conclut dans l'appendice II que le mystère est si embrouillé qu'il n'y a probablement pas de vérité, mais un ensemble d'hypothèses qui forment un matériau dont on ne pourra plus tirer grand chose... à part d'autres matériaux, d'autres versions. Il propose donc ici la sienne, et l'ensemble est tout simplement grandiose. L'histoire a des relents de folie, mais une folie si bien développée, si bien mise en scène, si bien montrée et enfin si bien expliquée, qu'on en vient (presque) à la comprendre. Par ailleurs rien n'est épargné au lecteur. Les scènes d'assassinat, parfois très gores, horribles, sont montrées. La folie, l'aspect glauque et cynique de l'ensemble, des scènes de cul assez crues, rien de cela n'est voilé. Et le dessin, a priori peu attirant, basé sur un gaufrier de 3x3 cases, est étonnamment expressif et particulèrement adapté à cette oeuvre sombre. Un chef d'oeuvre, tout simplement. Un véritable monument. Et c'est peu de le dire. Seuls points noirs : l'album est peu maniable, et comme les dessins et les textes sont très petits, on est obligé de lire de près, ce qui est parfois problématique. Et je n'ai pas encore compris ce que venait faire là John Merrick (Elephant Man).
Super catho
Soi-disant une BD "aux parfums de l'enfance", en fait une succession de clichés, qui peuvent parfois tomber juste et sont bien racontés, mais sans grand intérêt. L'histoire de fond ne semble être là que pour en justifier l'énumération (c'est flagrant quand le gamin détaille les activités que ses parents voudraient qu'il fasse : enfant de choeur, chorale, foot, scoutisme, pour chaque activité on case un gag puis on passe à la suivante). Le rythme du récit est assez décousu, je pense que c'est pour donner l'impression que c'est vraiment un enfant qui raconte, mais le résultat n'est pas très agréable à lire. Mais ce qui à mes yeux fait le plus échouer le récit, c'est que les personnages ne sont ni crédibles ni attachants, à peine pathétiques, et donc qu'on suit toute l'histoire sans jamais vraiment s'y intéresser. Pour le dessin, bon ben Florence Cestac reste dans son style, un coup d'oeil à la galerie vous suffira pour savoir si vous aimez ou pas, ou bien si comme moi il vous laisse indifférent.
Au-delà des Merveilles
Ah. Un album d'aventures, je ne vais pas aimer plus que ça... C'est ce que je me disais avant de lire cet album, et de fait l'histoire est un peu une succession d'aventures découlant de l'anniversaire de la très belle (et surtout très irascible) reine de Pique. Cela dit, quelques éléments démarquent "Pique". - Le dessin tout d'abord. Peut-être un peu trop précis et "propre" de prime abord, il faut bien avouer qu'il est très largement maîtrisé; pour un premier album, c'est tout simplement impressionannt. On notera quand même un aspect un peu figé des mouvements : par exemple lorsque des personnages courent, ils ne sont pas toujours très dynamiques... - Les jeux de mots... Argl. Autant dans les Lanfeust et compagnie ça me gave, autant là ça me paraît fait avec malice et j'imagine l'auteur sourire derrière sa plume. Un seul exemple : un chat a peur de la Reine; elle lui dit "Viens là, poltron minet". :D Oui, je sais, mais moi ça me fait rire. Et il y en a quelques-uns comme ça, plutôt réussis. :) - Le découpage ! Il est tout simplement épatant. On n'y trouve rien de révolutionnaire, mais il est dans l'ensemble extrêmement bien fait et utilise un nombre impressionnant de techniques. Les planches résultantes sont parfois un peu trop fouillées à mon goût, mais vraiment intéressantes pour la composition ! Concernant l'histoire, eh bien oui, c'est de l'aventure; oui, c'est inspiré d'Alice au pays des merveilles. Et pourtant une fois plongé dedans, le tout est très cohérent. En plus le détournement de contes est parfois très bien utilisé, comme le bûcheron qui bavarde, bavarde... au lieu d'être là quand le grand méchant loup mange le petit chaperon rouge. :) Concernant cette édition (noir et blanc, version "luxe"), eh bien on peut dire que les précédentes planches du dessinateur (certaines montrées en fin d'album), plus encrées (donc nettement plus sombres) étaient absolument superbes... mais il paraît que ça passait mal pour la couleur, dommage. L'album en lui-même est très beau, et la couverture "molletonnée" très agréable au toucher. Si si, essayez ! En plus le dossier de fin d'album montre des croquis, essais et versions de planches assez intéressants, avec des commentaires sans fioritures : "1er storyboard de la planche 1 : la mise en scène est plutôt maladroite". Si ça c'est pas de l'honnêteté... Bref, ce premier album est vraiment pas mal, et certainement très prometteur.
Nelson
J'accroche rarement avec les gags en trois cases... et Nelson ne fait vraiment pas exception. L'humour tombe à mes yeux complètement à plat, quand il n'est pas prévisible. Il y aurait probablement des trucs à tirer de la vie d'une jeune cadre et de son chien, mais je ne vois pas l'intérêt d'y rajouter un diablotin peu sympathique... Le dessin est très simple, ce qui en soit est adapté au style des gags, mais là encore je bloque sur la stylisation des personnages, qui sont réduits à des formes géométriques (là, j'exagère un peu, mais c'est l'idée), qui ne se prêtent pas à beaucoup de variations. Bon, d'accord, je n'ai lu cet album qu'en diagonale, peut-être le trouverez vous drôle. Mais je ne voyais pas l'intérêt d'y passer plus de temps...
Le Cirque Aléatoire
On ne sait pas trop à quoi s'attendre en lisant ce tome. Les auteurs ont précédemment réalisé deux albums très noirs et cyniques ("Banquise" et "Kuklos" pour ceux qui ne les connaîtraient pas); or le ton est ici nettement différent. Déjà le sujet global rappelle assez fortement "Les mystères de l'Ouest", avec une scène en particulier (pages 24 et 25) qui pourrait littéralement y avoir sa place (Arthur et Gordon en train de discuter du problème dans leur wagon, bien installé dans un fauteuil). Ensuite, chose complètement nouvelle, le ton est parfois humoristique, avec ça et là quelques touches carrément drôles ! O_o On pourra déjà remarquer que les Silencios s'appellent Marcellus et Wallace. Ca ne vous dit rien ? T'as essayé de baiser Marcellus Wallace ! Et il se trouve que Marcellus Wallace n'aime baiser qu'avec sa femme, Mme Wallace. Eh oui : "Pulp Fiction". :) Autre exemple, la scène avec le ministre au début, par moment franchement drolatique et parfois complètement nonsensical. Ou encore page 17, la petite vieille à vélo qui se prend un caillou sur la tête, je ne sais pas vraiment pourquoi, mais cette case m'a bien fait rire. Et que dire de la scène de l'autopsie ! Lisez-la ! :D L'histoire est donc d'une nature bien différente des ouvrages précédents... Je la trouve peut-être un peu trop classique par certains côtés; on n'est jamais vraiment surpris ni complètement absorbé. Elle a plus un goût de feuilleton que de one shot. On reste donc un peu sur sa faim concernant les personnages, leur histoire et leurs motivations... Côté dessin, eh bien c'est du Gaultier. On aime ou pas, moi j'aime. Les planches sont dessinées entièrement au crayon, puis scannées et foncées sous Photoshop. Le résultat est réellement personnel. En tout cas, les scènes avec la caverne sont superbes, et il me semble que des efforts importants ont été faits sur l'aspect dynamique et mouvements. Chose étrange, l'album me paraît très grand. Alors qu'il s'agit d'un grand format tout ce qu'il y a de plus standard. O_o En tout cas cela donne une impression favorable à la lecture. Alors voilà. J'ai d'abord été un peu mitigé, du fait de la différence par rapport aux albums précédents, mais au final je trouve ça pas mal du tout. Le tome 2 par contre est une grosse déception. Aucune surprise, une intrigue convenue et une fin qui tombe à plat avec une énorme explication à laquelle on ne croit pas un seul instant. A éviter.
L'oiseau noir
C'est une bonne BD. Le scénario est intelligent et réussit à éviter l'écueil de la prise de tête ennuyeuse quand il s'agit de discuter du thème des horreurs de la guerre et du traumatisme de ceux qui l'ont vécu. Mais il s'agit aussi là de discuter de la Provence, de sa douceur de vivre, de son soleil éclatant, et là le dessin fonctionne très bien : il est dépouillé, très clair dans ses couleurs, presque lumineux : il donne l'impression souvent qu'on est ébloui par le soleil comme si on y était. Il ressort de cette BD en fin de lecture une joie de vivre qui efface les quelques images de guerre qui y sont également présentes. Maintenant, après tous ces bons points, il n'en reste tout de même que c'est une BD que personnellement je n'achèterais pas : je trouve qu'il ne s'y passe pas grand chose de ce que moi j'aime trouver dans une BD et en fin de lecture, même si j'ai passé un moment assez agréable, eh bien je n'en ai pas retiré grand chose en définitive. C'est un goût personnel, évidemment.
Les Aigles décapitées
NOTA : Je me suis arrêté au tome 12 parce que la bibliothèque n'a pas (encore ?) les tomes suivants. Cette série de la collection Vécu est très classique, et répond à toutes les caractéristiques de cette collection : des scènes avec des femmes nues ou de sexe, des dessins simples rappelant les illustrations historiques, un scénario pas trop compliqué, et surtout un respect de l'"Histoire". Rien de bien nouveau donc, mais ici c'est bien fait. L'histoire tout d'abord est bien construite et nous propose des personnages attachants. Ce n'est pas compliqué et les ficelles sont souvent grosses, tout est assez prévisible mais cela reste correct et agréable à lire. Les découpages entre les différentes étapes de la vie d'Hughes sont bien faits et cela permet de montrer différents aspects de la vie du Moyen Age. En effet, cette série brille par son côté historique, on sent un véritable travail de recherche et une volonté que tout soit crédible. Les auteurs font tenir à leurs personnages un langage médieval, mais il reste compréhensible et nous plonge quasi à notre insu dans l'ambiance de l'époque. Ce fond historique est vraiment amené de façon subtile et nous fait oublier le manque de finesse du scénario. Pour le dessin, rien d'exceptionnel, c'est de bonne facture mais sans être bien dessiné. C'est un graphisme passe partout, assez typé série historique et Vécu, surtout au début où les couleurs ont vieilli (les cheveux de Hughes sont jaunes jaunes). Le changement de dessinateur est visible et j'ai eu du mal pour les tomes du milieu mais ensuite cela va mieux. Donc si vous aimez le Moyen Age n'hesitez pas à vous plonger dans cette saga et même à l'acheter. Sinon c'est une bd sympa mais sans plus.
Sasmira
J'ai en réalité le même avis que Pierig. Je n'ai pas trouvé ce tome 1 de Sasmira tellement exceptionnel. On parle beaucoup du dessin dans cette BD et pourtant il ne m'a pas tant marqué. De même que l'histoire, qui rappelle effectivement beaucoup le début de "Ballade au Bout du Monde" : un jeune gars qui devient obnubilé par une femme qu'il a à peine vue (ici, sur une vieille photo) au mépris de sa petite amie actuelle ainsi qu'un retour vers le passé et un moyen de retrouver cette femme vue en photo. Ce tome est à mes yeux pas mal sans plus. Mais si en plus on me dit qu'il n'y aura pas de suite, je ne vois franchement pas son intérêt.
Le Pouvoir des innocents
Je ne voudrais pas me faire passer pour le vilain petit canard de service, mais je ne partage pas complètement l'enthousiasme dont font preuve certains d'entre vous au sujet de cette série. Hirn a du talent à revendre pour le graphisme, c’est indéniable, mais la qualité visuelle des planches des 2 premiers tomes est complètement gâchée par sa mise en couleur. Heureusement, les tomes 3 et 4 sont colorisés par Guth, puis le dernier tome par Hirn (qui en remet une couche mais, cette fois, ça passe). Quant à Brunschwig, il nous dépeint la société US et ses travers à une puissance dix. Toutefois, à force de vouloir faire courir plusieurs lièvres à la fois pour dérouter le lecteur, il fini par proposer un récit qui souffre de failles plus ou moins importantes. "Joshua" et "Amy" sont pourtant bons, avec quelques rebondissements intéressants. Mais à partir de "Providence", la fin est scellée et le scénario se perd dans des flashbacks pour finir par perdre tout intérêt. Puis vient "Sergent Logan" qui conclut la série de manière bien trop prévisible ! Néanmoins, je mettrai en avant le travail très poussé de Brunwschwig relatif à la psychologie exacerbée de Logan, ancien vétéran du Vietnam, qui a maille à partir avec ses anciens démons ! Rien que pour découvrir ce personnage avec ses croyances et ses doutes, la série vaut la peine d’être lue, mais pour le reste...
Sasmira
Un premier tome assez intéressant mais qui se révèle peu surprenant lorsqu'on a déjà lu "Balade au bout du monde" du même auteur. La qualité des planches est ici un ton supérieur. On voit que Vicomte s'est appliqué, tant graphiquement qu'au niveau des couleurs ! Toutefois, cet album n'est pas à conseiller à l'achat car je doute qu'une suite voie le jour. Ceci n'est pas un argument d'un fan déçu mais plutôt du bon sens : à quoi ça sert d'avoir un album d'une série inachevée ? A réserver aux fans de Vicomte, ce qui n'est pas mon cas même si je reconnais volontiers qu'il a fait preuve de beaucoup de maîtrise dans la réalisation de ses planches. Je réviserai mon avis lorsqu'une suite y sera donnée, en espérant cependant que l'auteur proposera quelque chose de plus original qu'un simple "copier - coller" de sa série phare !