Benoît Brisefer: une série superbe pour l'enfant que j'étais. Peyo est un fabuleux narrateur et le fantasme du garçon super fort est très bien exploité.
Comme souvent, ça se dégrade au bout de quelques albums, quand le créateur n'y est plus vraiment ou plus du tout: à partir de "Lady Dolphine" inclus, évitez. Mais les premiers sont vraiment bien.
Les 4 premiers albums sont bien ficelés, surtout "Le mystère Borg" et "Le repaire du loup". Hélas, à partir des "Portes de l'enfer", les scénarios sombrent dans l'ennui et l'incohérence.
Jacques Martin stéréotype tellement ses personnages qu'il a créé Lefranc en en faisant un Alix de l'époque contemporaine, avec cette confusion classique entre héros parfait et héros sans personnalité qui-ne-boit-pas, qui-ne-fume-pas, chaste, etc, le type même du chevalier inexistant, blindé dehors mais vide dedans et auquel je comprends difficilement que le lecteur puisse s'identifier.
Par contre, le méchant Axel Borg est très réussi, et on s'affranchit ici des inepties historiques existant dans Alix. Lefranc est donc une bonne série...jusqu'au 4ème tome.
Je ressens un certain malaise à détester aujourd'hui Alix, dans la mesure où j'aimais bien certains albums quand j'étais petit, et que Jacques Martin a des dons graphiques incontestables. Mais avec mes yeux d'adultes, je ne peux plus supporter l'esprit de cette BD.
La personnalité d'Alix m'a toujours parue hermétique, c'est un héros fadasse dans la lignée de Tintin: courageux, probe, intègre, sobre, chaste, etc. Mais Tintin au moins est sauvé par Haddock et d'autres personnages secondaires, tandis qu'Alix est "secondé" par un personnage encore plus insignifiant que lui: Enak. Aucun humour, aucune chaleur humaine dans les personnages. C'est d'autant plus étrange que Jacques Martin revendique une bonne part de l'humour des derniers Tintin ("Bijoux de la Castafiore"...) lorsqu'il était aux studios Hergé. Etrange quand même....
Ensuite, il y a un fil conducteur politique qui m'agace prodigieusement: dans bon nombre d'histoires, la "Pax Romana" est menacée par des ambitieux et/ou des fanatiques. Alix, gallo-romain collabo des Romains, réussit toujours à déjouer les plans des méchants. On voit donc Alix dans des positions morales vraiment cuculs, par exemple donner à boire à un pauvre prisonnier dans un casque de soldat. Ce qui ne l'empêche pas d'être un fidèle de Jules César, général sanguinaire et cruel, et plus généralement d'être toujours du côté du manche impérialiste romain, esprit de droite jésuitique typique qui consiste à faire preuve de bon sentiments sans jamais remettre en cause les injustices fondamentales.
Enfin, l'Antiquité à la Jacques Martin est quelque peu idyllique: Alix ne vit guère que dans des palaces somptueux, le moindre préfet de province romaine a de plus beaux appartements que Jean-Paul II lui-même. Les postures des personnages sont visiblement inspirées des statues grecques. Les visages ont tendance à tous se ressembler.
Les premiers albums sont certainement les meilleurs, ça se tient bien sur le plan du récit. Mais à partir du "Dernier des Spartiates" à peu près, les scénarios dégénèrent dans l'insignifiance la plus profonde.
Dire qu'Alix est nul serait injuste. Disons plutôt qu'Alix est malfaisant.
On n'attendait pas spécialement Mardon dans ce registre. Il dresse ici une galerie de personnages dont les destins se croisent au fil du hasard (façon "Magnolia", le côté baroque en moins, la simplicité en plus). Un récit multiple constitué par autant d'historiettes que de personnages. Parfois un peu attendus, par moments beaucoup plus pertinents, les caractères dressés par Mardon sont attachants et crédibles, l’auteur semble disposer d’un vrai talent pour mettre en scène avec finesse les attitudes, les expressions. Une belle réussite.
Une très bonne BD, sur un thème curieusement rarement traité par la BD, mais à peu près aussi bonne à mon sens que "la Boîte noire" des mêmes auteurs: je comprends davantage que je ressens la psychologie du personnage principal.
Dessins, découpage, dialogues sont toujours à la hauteur.
Un chef-d'oeuvre !
Il n'y a pas ici l'exotisme de bon nombre des albums de Ferrandez, mais l'histoire est superbement menée. Rarement une fin d'album aura été aussi réussie. Et l'aspect psychologique est boulversant: au départ, un homme à la vie très ordinaire, et puis le voilà qui commence à perdre pied petit à petit jusqu'à presque se noyer, jusqu'au dénouement final. A lire et à relire.
Je n'aime pas la personnalité de Burma, il me paraît froid et antipathique. Je trouve par ailleurs que le dessin de Tardi est franchement surcôté. Dessiner Paris flatte peut-être les parisiens, mais est-ce vraiment suffisant? Quand Burma se rend à Lyon, c'est pour dire qu'il déteste cette ville, je ne vois pas bien l'intérêt. Pourtant j'adore la BD historique, les bonnes intrigues policières et les atmosphères un peu troubles, mais je ne ressens pas beaucoup d'émotion quand je parcours les pages de Nestor Burma, c'est lent, c'est un peu plat. Pas pour moi, en tous cas...
C'est une BD remarquable, qui était peut-être "d'anticipation" quand elle a été réalisée il y a une petite vingtaine d'années, mais dont les thèmes sont malheureusement très actuels: les citoyens de seconde zone en situation irrégulière; les employés de bureau faisant un travail complêtement débile et inutile, mais qui s'en foutent du moment qu'ils sont payés; la carte-qui-fait-tout: carte bleue, carte vitale, carte d'identité, etc, au détriment de la confidentialité; les vacances obligées si vous ne voulez pas passer pour un demeuré...
On peut juste reprocher qu'avec la densité de chacun de ces thèmes, il n'y ait que des histoires un peu courtes.
Avis mitigé; le scénario est bon mais le graphisme n'est pas assez flamboyant à mon goût.
Cette serie n'est pas très facile à trouver; il semble qu'il y ait des ruptures de stock et je cherche le Tome 2 désespérément (même si j'ai pu tout de même l'emprunter).
J'attends avec empressement la sortie du n°4 (et la ré-édition du n°2).
J'entends dire du bien de cette série depuis des années mais, à cause des couvertures et du titre un brin impressionnant (on est bête, parfois!) je ne l'ai lue que récemment. Par contre, là je me suis envoyé les 5 tomes en quelques jours !!
David B. a de toute évidence un imaginaire exubérant, beaucoup de courage et d'honnêteté lorsqu'il décrit sa relation avec son frère.
Et cette façon d'exprimer tout ce qui est abstrait, et notamment le trop plein de ses émotions, en employant des métaphores visuelles qui m'évoque l'univers aztèque (impression très perso), en nourrissant ces planches de sortes de frises ou d'animaux fantastiques, de guerriers de toutes sortes,...
Tout concourt à faire de "L'Ascension du Haut-mal" une BD à part, au symbolisme très riche (l'image de son frère qui arrive à l'hôpital avec sa maladie et, dans sa chambre, la range dans un placard comme un fardeau monstrueux qui ne le quitte jamais, c'est simple, mais génial !), et un témoignage poignant autant que sans concession sur l'épilepsie vécue au quotidien. Mais, c'est aussi plus que cela, comment un enfant confronté à cette situation va développer un système de défense par la création d'un monde imaginaire et un moyen d'expression : le dessin et comment celui-ci va transformer sa vie.
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Benoit Brisefer
Benoît Brisefer: une série superbe pour l'enfant que j'étais. Peyo est un fabuleux narrateur et le fantasme du garçon super fort est très bien exploité. Comme souvent, ça se dégrade au bout de quelques albums, quand le créateur n'y est plus vraiment ou plus du tout: à partir de "Lady Dolphine" inclus, évitez. Mais les premiers sont vraiment bien.
Lefranc
Les 4 premiers albums sont bien ficelés, surtout "Le mystère Borg" et "Le repaire du loup". Hélas, à partir des "Portes de l'enfer", les scénarios sombrent dans l'ennui et l'incohérence. Jacques Martin stéréotype tellement ses personnages qu'il a créé Lefranc en en faisant un Alix de l'époque contemporaine, avec cette confusion classique entre héros parfait et héros sans personnalité qui-ne-boit-pas, qui-ne-fume-pas, chaste, etc, le type même du chevalier inexistant, blindé dehors mais vide dedans et auquel je comprends difficilement que le lecteur puisse s'identifier. Par contre, le méchant Axel Borg est très réussi, et on s'affranchit ici des inepties historiques existant dans Alix. Lefranc est donc une bonne série...jusqu'au 4ème tome.
Alix
Je ressens un certain malaise à détester aujourd'hui Alix, dans la mesure où j'aimais bien certains albums quand j'étais petit, et que Jacques Martin a des dons graphiques incontestables. Mais avec mes yeux d'adultes, je ne peux plus supporter l'esprit de cette BD. La personnalité d'Alix m'a toujours parue hermétique, c'est un héros fadasse dans la lignée de Tintin: courageux, probe, intègre, sobre, chaste, etc. Mais Tintin au moins est sauvé par Haddock et d'autres personnages secondaires, tandis qu'Alix est "secondé" par un personnage encore plus insignifiant que lui: Enak. Aucun humour, aucune chaleur humaine dans les personnages. C'est d'autant plus étrange que Jacques Martin revendique une bonne part de l'humour des derniers Tintin ("Bijoux de la Castafiore"...) lorsqu'il était aux studios Hergé. Etrange quand même.... Ensuite, il y a un fil conducteur politique qui m'agace prodigieusement: dans bon nombre d'histoires, la "Pax Romana" est menacée par des ambitieux et/ou des fanatiques. Alix, gallo-romain collabo des Romains, réussit toujours à déjouer les plans des méchants. On voit donc Alix dans des positions morales vraiment cuculs, par exemple donner à boire à un pauvre prisonnier dans un casque de soldat. Ce qui ne l'empêche pas d'être un fidèle de Jules César, général sanguinaire et cruel, et plus généralement d'être toujours du côté du manche impérialiste romain, esprit de droite jésuitique typique qui consiste à faire preuve de bon sentiments sans jamais remettre en cause les injustices fondamentales. Enfin, l'Antiquité à la Jacques Martin est quelque peu idyllique: Alix ne vit guère que dans des palaces somptueux, le moindre préfet de province romaine a de plus beaux appartements que Jean-Paul II lui-même. Les postures des personnages sont visiblement inspirées des statues grecques. Les visages ont tendance à tous se ressembler. Les premiers albums sont certainement les meilleurs, ça se tient bien sur le plan du récit. Mais à partir du "Dernier des Spartiates" à peu près, les scénarios dégénèrent dans l'insignifiance la plus profonde. Dire qu'Alix est nul serait injuste. Disons plutôt qu'Alix est malfaisant.
Corps à corps (Aire Libre)
On n'attendait pas spécialement Mardon dans ce registre. Il dresse ici une galerie de personnages dont les destins se croisent au fil du hasard (façon "Magnolia", le côté baroque en moins, la simplicité en plus). Un récit multiple constitué par autant d'historiettes que de personnages. Parfois un peu attendus, par moments beaucoup plus pertinents, les caractères dressés par Mardon sont attachants et crédibles, l’auteur semble disposer d’un vrai talent pour mettre en scène avec finesse les attitudes, les expressions. Une belle réussite.
L'outremangeur
Une très bonne BD, sur un thème curieusement rarement traité par la BD, mais à peu près aussi bonne à mon sens que "la Boîte noire" des mêmes auteurs: je comprends davantage que je ressens la psychologie du personnage principal. Dessins, découpage, dialogues sont toujours à la hauteur.
La Boîte noire
Un chef-d'oeuvre ! Il n'y a pas ici l'exotisme de bon nombre des albums de Ferrandez, mais l'histoire est superbement menée. Rarement une fin d'album aura été aussi réussie. Et l'aspect psychologique est boulversant: au départ, un homme à la vie très ordinaire, et puis le voilà qui commence à perdre pied petit à petit jusqu'à presque se noyer, jusqu'au dénouement final. A lire et à relire.
Nestor Burma
Je n'aime pas la personnalité de Burma, il me paraît froid et antipathique. Je trouve par ailleurs que le dessin de Tardi est franchement surcôté. Dessiner Paris flatte peut-être les parisiens, mais est-ce vraiment suffisant? Quand Burma se rend à Lyon, c'est pour dire qu'il déteste cette ville, je ne vois pas bien l'intérêt. Pourtant j'adore la BD historique, les bonnes intrigues policières et les atmosphères un peu troubles, mais je ne ressens pas beaucoup d'émotion quand je parcours les pages de Nestor Burma, c'est lent, c'est un peu plat. Pas pour moi, en tous cas...
S.O.S. Bonheur
C'est une BD remarquable, qui était peut-être "d'anticipation" quand elle a été réalisée il y a une petite vingtaine d'années, mais dont les thèmes sont malheureusement très actuels: les citoyens de seconde zone en situation irrégulière; les employés de bureau faisant un travail complêtement débile et inutile, mais qui s'en foutent du moment qu'ils sont payés; la carte-qui-fait-tout: carte bleue, carte vitale, carte d'identité, etc, au détriment de la confidentialité; les vacances obligées si vous ne voulez pas passer pour un demeuré... On peut juste reprocher qu'avec la densité de chacun de ces thèmes, il n'y ait que des histoires un peu courtes.
Les Prophéties Elween
Avis mitigé; le scénario est bon mais le graphisme n'est pas assez flamboyant à mon goût. Cette serie n'est pas très facile à trouver; il semble qu'il y ait des ruptures de stock et je cherche le Tome 2 désespérément (même si j'ai pu tout de même l'emprunter). J'attends avec empressement la sortie du n°4 (et la ré-édition du n°2).
L'Ascension du Haut Mal
J'entends dire du bien de cette série depuis des années mais, à cause des couvertures et du titre un brin impressionnant (on est bête, parfois!) je ne l'ai lue que récemment. Par contre, là je me suis envoyé les 5 tomes en quelques jours !! David B. a de toute évidence un imaginaire exubérant, beaucoup de courage et d'honnêteté lorsqu'il décrit sa relation avec son frère. Et cette façon d'exprimer tout ce qui est abstrait, et notamment le trop plein de ses émotions, en employant des métaphores visuelles qui m'évoque l'univers aztèque (impression très perso), en nourrissant ces planches de sortes de frises ou d'animaux fantastiques, de guerriers de toutes sortes,... Tout concourt à faire de "L'Ascension du Haut-mal" une BD à part, au symbolisme très riche (l'image de son frère qui arrive à l'hôpital avec sa maladie et, dans sa chambre, la range dans un placard comme un fardeau monstrueux qui ne le quitte jamais, c'est simple, mais génial !), et un témoignage poignant autant que sans concession sur l'épilepsie vécue au quotidien. Mais, c'est aussi plus que cela, comment un enfant confronté à cette situation va développer un système de défense par la création d'un monde imaginaire et un moyen d'expression : le dessin et comment celui-ci va transformer sa vie. C'est très fort !