Les derniers avis (114548 avis)

Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Un été loin des hommes
Un été loin des hommes

Dans ce roman graphique délicat, la question du deuil rejoint celle du temps qui passe et active les souvenirs d’un âge où les oripeaux de l’enfance se désagrègent lentement face aux problématiques des adultes. Si le sujet a été abondement traité, c’est toujours son approche qui distinguera l'œuvre du tout-venant. A ce titre, « Un été loin des hommes » est une réussite. L’ouvrage respire l’authenticité dans cette évocation des vacances, à partir de la mort d’un proche, en l’occurrence la mère de Frédérique qui repense à cet été 1985 en Corse, où ses parents avaient été à deux doigts de se séparer. La pré-adolescente qu’elle était alors est en proie à des questionnements liés à cet âge, mais pas seulement, car on la sent en quête d’elle-même, étrangement attirée par les filles, mal à l’aise dans un monde où elle peine à se construire, un sentiment aggravé par les fissures qui se creusent entre son père et sa mère, et la menace d’un divorce imminent… Comme si des nuages noirs étaient venus assombrir le soleil corse pourtant réputé inaltérable… Dans ce contexte peu serein, la vie continue pourtant à s’écouler comme si de rien n’était au milieu de ce décor de rêve qu’est l’île de beauté, où les apparences de l’insouciance parviennent à masquer, et peut-être alléger aussi les tourments intérieurs des êtres. Et c’est en parsemant leur récit d’anecdotes insignifiantes que Fabienne Blanchut et Catherine Locandro parviennent à y injecter l’authenticité en question. Des anecdotes qui font résonner en chacun de nous les flashs marquants d’une jeunesse qui s’éloigne… Tout cela, Thomas Campi va le mettre en images de façon magistrale, tant sur le plan du dessin que de la couleur. Sa palette variée aux tonalités chatoyantes vient enrober son trait délicat d’une aura enchanteresse, conférant à cette Corse des années 80 un côté idyllique, où le réalisme s’accorde parfaitement avec une nostalgie bien dosée. Les références visuelles nous immergent dans cette époque qui avait tout de même meilleure mine sous les cieux estivaux de l’île de beauté, parce que quand on y pense, la crise économique avait déjà commencé à produire ses effets néfastes. Malgré la gravité du sujet, on ressort apaisé d’une lecture jamais plombante, comme si par une sorte de magie, l’environnement lumineux de l’histoire avait exercé son influence sur les êtres en évitant les drames potentiels. Voilà pourquoi « Un été loin des hommes », dans sa simplicité, constitue une lecture éblouissante qui imprime sur nos rétines une couleur splendide.

21/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Dimanche perdu (À la recherche du dimanche perdu)
Le Dimanche perdu (À la recherche du dimanche perdu)

Je l'ai déjà dit par le passé mais j'adore les contes, leur simplicité de forme, leur puissance évocatrice et leur capacité à se mouvoir et évoluer au fil des ans et des cultures. Qu'ici l'autrice assume complètement son travail de réécriture et de réinterprétation d'un vieux conte (déjà plusieurs fois réécris par le passé) et cherche à nous présenter ouvertement sa version du récit a ajouté à ma lecture un véritable plaisir de connivence (un point positif non négligeable, donc). L'histoire est celle d'une jeune fille trimant toute la semaine qui décide un beau jour de partir récupérer le dimanche que l'on dit avoir été volé par une méchante sorcière. L'histoire est simple, archétypale même dans sa construction narrative (avec ses épreuves à la morale évidente), mais le conte fait mouche, la lecture est charmante (surtout avec le trait et les couleurs chaleureuses d'Ileana Surducan), les représentations métaphoriques des jours de la semaine en loups affamés mais "domesticables" est joliment trouvée, la morale sur la nécessité de se reposer sans pour autant tirer au flanc est une morale ma foi louable à partager, … Bref, pour une lecture jeunesse visant à inculquer une morale et éveiller l'imaginaire, je dirais que l'album réussi son but. Une lecture rapide mais que je ne regrette pas. Allez, sans être chamboulée je ressors charmée et je vais même arrondir ma note au supérieur ! (Note réelle 3,5)

21/03/2026 (modifier)
Par Blue boy
Note: 3/5
Couverture de la série Le Syndrome de l'imposteurE
Le Syndrome de l'imposteurE

Pour commencer, le parti pris éditorial est plutôt bien vu, avec cette sur-couverture en plastique semi-transparent représentant un masque vénitien, qui, une fois retirée, laisse apparaître le visage de la jeune femme que l’on verra dans une bonne partie du livre : c’est elle qui souffre du fameux « syndrome de l’imposteur ». Mi-documentaire, mi-fiction, l’ouvrage traite donc de ce phénomène (c’était le terme utilisé lorsqu’il fut identifié à la fin des années 70 par deux universitaires états-uniennes, qui le considéraient comme une expérience psychologique plutôt que comme une pathologie, contrairement à « syndrome » qui fut en quelque sorte imposé par les médias quand ceux-ci commencèrent à l’évoquer, comme le précisent les auteurs) qui trouve un écho de plus en plus fort dans le milieu du travail et semble toucher plus particulièrement la gent féminine, même si les études réalisées doivent être prises avec des pincettes. Dans un monde où règne souvent l’esprit de compétition, les hommes ont peut-être plus de réticence à avouer leurs failles et leurs souffrances au travail. Et pourtant, les conséquences sont souvent dramatiques pour les victimes. Des études ont souligné que les personnes les plus exposées étaient avant tout les femmes (d’où le E majuscule du titre), mais également issues d’un milieu social défavorisé, des minorités « non-blanches » ou des régions éloignées des grands centres urbains. Celles qui étaient parvenues à gravir les échelons dans le cadre de leur profession avaient conservé une forme de culpabilité et manquaient de la confiance dont bénéficient leurs congénères plus favorisés. Pour lutter contre ce sentiment, elles mouillent plus leur chemise et sont prêtes à se démener par peur de redescendre là d’où elles viennent… la contrepartie, c’est le risque de faire une dépression ou un burn-out… qui n’équivalent donc pas au fameux syndrome mais en constituent plutôt les effets… Si l’objet, tout en mettant en lumière ce fameux « syndrome » encore relativement méconnu mais avec plus d’implications qu’on pourrait le penser, il peut aussi par certains aspects se rapprocher du guide de développement personnel (avec même un test à la fin), mais dans le bon sens du terme et loin des ouvrages lucratifs de ce type. L’ouvrage, très didactique, est basé sur des études sérieuses et des points de vue de philosophes, mais aussi des interviews de figures publiques (Michelle Obama, la journaliste Nora Hamadi, l’ex-championne d’athlétisme Dado, la professeure de lettres Karine Dijoud…) ou de citoyens ordinaires, qui en apparence paraissent tout à fait bien dans leurs baskets mais à moment donné ont tous expérimenté ce « syndrome » à un degré plus ou moins fort, et ils sont beaucoup plus nombreux qu’on ne pourrait le croire, l’important étant de ne pas « enlever le masque en public ». Moi-même, je n’y ai pas échappé étant plus jeune. Et vous qui lisez ces lignes, vous êtes-vous déjà posé la question ? Attention, il n’est pas question de prendre la question à la légère en permettant à chacun de se dédouaner pour ses manquements, car le sujet est complexe : si « 83 % des Français présentent des signes modérés ou forts du syndrome (…), il est intense pour près d’un tiers de la population ! » Toute la nuance est dans ces chiffres. L’étude a été réalisée avec le concours du psychologue Kevin Chassandre, qui fournit une analyse éclairante du syndrome avec la diversité de ses symptômes (du simple doute à la détresse émotionnelle), tout en glissant quelques pistes pour mieux le combattre. Graphiquement, on appréciera la simplicité du trait de Fanny Briant et la fraîcheur des couleurs, assortis à une mise en page libre et variée, qui contribuent à procurer un bon moment de lecture, tout en abordant un sujet sociétal important. « Le Syndrome de l’imposteurE » est une lecture appréciable qui prend soin d’éviter les raccourcis et tente d’intégrer tous les points de vue, y compris celui de certaines féministes considérant ce syndrome comme une élucubration, quand bien même il fut identifié par des femmes… Aucune conclusion hâtive ici, ce qui laisse la place à d’autres questionnements, mais le livre reste suffisamment enrichissant pour tenter d’adopter une opinion équilibrée.

21/03/2026 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5
Couverture de la série La 13e piste
La 13e piste

J'avais bien aimé Erased, de Kei Sanbe, auteur qui s'est fait remarquer pour ses mangas empreints de mystère, ses manipulations mentales et ses personnages ordinaires qui se retrouvent dans des situations complètement folles. C'est toujours le cas ici, avec cette famille de bonnes personnes, qui aident les autres même si elles-mêmes ne sont pas forcément dans une situation très favorable. Le mystère est don très présent dès ce premier tome, surtout autour du père, qui reçoit des cartes postales le prévenant d'évènements heureux ou malheureux à venir. Ca m'a un peut fait penser à cette vieille série; Demain à la Une, dans laquelle le héros reçoit le journal du lendemain annonçant des catastrophes. Comme ce personnage, Toya, qui est un chic type, choisit d'intervenir pour empêcher une tragédie de survenir. Mais quel est le dessein derrière tout ça ? Et pourquoi ces chiffres décroissants sur les cartes postales ? Sanbe distille donc ses énigmes de manière savamment dosée, comme toujours, et nous embarque dans cette histoire qui présage des faux-semblants, des masques, ces chaussses-trapes... A suivre, donc.

21/03/2026 (modifier)
Par PAco
Note: 3/5
Couverture de la série Sangre
Sangre

Encore une nouvelle série de "Planet-Fantasy" d'Arleston me direz-vous... tout comme moi en attaquant cette lecture. Au bout de 4 pages je me suis dit que j'allais avoir droit à un triste mix piochant allègrement dans Lanfeust, Alim le tanneur et je ne sais quoi encore... Heureusement, passé une introduction des plus classiques et l'installation de l'univers où va évoluer notre jeune héroïne, l'intrigue a commencé à prendre corps et à titiller ma curiosité. En effet, après le massacre de sa famille, la jeune Sangre va découvrir en intégrant une école réservée aux classes supérieures de la société qu'elle est la dépositaire d'un pouvoir lui permettant de stopper le temps pendant quelques secondes. Malheureusement cette vie de château ne va pas durer. C'est à l'école de la rue qu'elle va grandir, accompagnée de son chien, de son pouvoir et de son désir de vengeance qu'elle entretient savamment... Le dessin d'Adrien Floch est agréable et efficace mais manque un peu d'originalité à mon goût (Les amateurs de Tarquin et de ses séries hybrides autour de Lanfeust s'y retrouveront pleinement). Partir sur une nouvelle série aurait pu être l'occasion de donner un petit coup de frais et de lifting à ce genre. Alors, au final, je sors de cette lecture plutôt agréablement surpris par ce que laissent entrevoir les tomes à venir. Rien de révolutionnaire, mais un agréable moment de lecture. Alors, ne boudons pas notre plaisir, et j'attendrai la suite avec curiosité pour affiner ma note. *** Tome 2 *** Et bien voilà ! Ce second tome m'a vraiment plu et c'est plutôt conquis que je sort de cette lecture. Car si on retrouve notre Sangre toujours aussi bien affutée et en pleine possession de ses facultés pour mener à bien sa vengeance, l'imagination qui va construire son environnement n'est pas en rade, loin de là. Imaginez un monde où pour survivre la population DOIT être à proximité d’œuvres d'art de qualité (peinture, architecture, musique,etc...), sinon de terribles créatures fantomatiques vous dévorent. L'art comme rempart absolu contre le mal, moi ça me parle ! :) Car l'un des assassins de ses parents qu'elle recherche n'est autre que l'un des peintres les plus en vogue de ce monde. Sauf que quand elle arrive sur Tarasque, ledit peintre est tombé en déchéance et tente même de se suicider... C'est ballot pour une vengeance ! C'est là que le machiavélisme de Sangre s'en mêle et nous propose une vengeance aux p'tits oignons ! Côté dessin, Adrien Floch continue d'assurer le taff parfaitement pour ce genre d'album. Du coup je monte ma note à 4. Vivement la suite ! *** Tome 3 *** Voilà donc le troisième opus de cette série qui avait su me réconcilier avec Arleston. Je l'attendais avec une certaine curiosité, surtout après l'excellent tome 2. Cette fois-ci notre jeune Sangre s'embarque pour la planète Mi-Ho-Dwygg afin d'y traquer le troisième assassin de ses parents, Hovanne l'irrésolue. Elle débarque donc sur une planète où le froid règne en maître et où la condition sociale de chacun est déterminée par son prestige et ses interactions avec des personnes en possédant beaucoup. Arleston nous propose de découvrir une aristocratie déliquescente qui assoie son autorité par son insensibilité au froid. C'est parmi l'une de ces familles que Sangre croit pouvoir retrouver et se venger d'Hovanne l'irrésolue... Une nouvelle fois, Arleston nous propose une société très originale qui évolue dans un monde qui l'est tout autant et qui permet à Adrien Floch de se lâcher avec des décors glaciaires magnifiques et des costumes somptueux. Pour autant, je n'ai pas retrouvé le même élan et le même engouement qu'avait su me procurer le tome précédant. L'album reste quand même de très bonne facture, mais il lui manque ce je-ne-sais-quoi qui fait parfois toute la différence. Une suite toujours aussi efficace, mais un cran en dessous du très très bon second tome. *** Tome 4 *** Et là, c'est le drame... D'une on change de dessinateur, exit Adrien Floch et de deux, toute la trame sociétale propre à chaque monde qui faisait le sel de la série est ici diluée voire inexistante. Si le nouveau dessinateur Stefano Vergani (découvert dans Lost Shelter) a du talent, sa patte graphique est complètement différente, et franchement, si y'a bien un truc qui m'énerve, c'est le changement de dessinateur en cours de série ! Bref, on a déjà l'impression que Sangre a pris 10 ans quand commence cette nouvelle chasse à l'assassin ; c'est cette fois-ci sur le monde de Douce-eaux qu'elle se rend pour débusquer l'écumeur Donnadion le béat. Ce dernier serait aujourd'hui un ermite non-violent caché dans un archipel sauvage où se réfugient les esclaves en fuite... Sangre va devoir réussir à faire tomber le masque de celui qui participa au massacre de sa famille pour mener à bien la nouvelle étape de sa vengeance. Pour le coup, fini les univers aux constructions sociales originales ! Dommage, car c'était pour moi un des points forts de cette série. Alors ok, on a un tome qui nous permet de retrouver un personnage auquel on commençait à s'attacher, mais sans les éléments qui faisaient la différence. L'histoire tourne pour le coup a une classique quête de vengeance sans véritable originalité. Pour le coup je redescend ma note à 3 *** Tome 5 *** Bon bon bon.. Et bien ce n'est pas ce 5e tome qui va me réconcilier avec la série. On est clairement passé de la "bonne surprise" des débuts à du réchauffé et du sans saveur. Tout ce qui faisait le sel des 3 premiers tomes ne subsiste qu'à l'état de traces. Dans cet opus, Sangre se rend sur Monde Rouge pour traquer l'ogre Rugleïs, l'un des assassins de sa famille. Ce monde est devenu un casino à ciel ouvert tenu d'une main de fer par l'Ecumeur Rugleïs et son épouse. Si le concept d'un monde nouveau à chaque tome suivant la traque des Ecumeurs qui ont décimé la famille de Sangre est bien là, fi de l'originalité sociétale liée à chaque planète. Monde Rouge (rien que le nom m'interroge sur le manque d'inspiration d'Arleston...) est une planète régie par le jeu... et pis c'est tout ! Pas d'organisation sociétale liée à ce mode de vie, rien qui ne la distingue d'une autre planète dans son organisation ou ses interactions sociales lié à cette particularité. Bref, c'est pauvre... Et le reste du scénario est à l'avenant (ah, on a quand même UNE grosse surprise, mais je vais pas spoiler), empli de facilités dans la résolutions des difficultés, tout comme le dessin de Stefano Vergani que je trouve de plus en plus pauvre. Les décors sont de plus en plus vides, les personnages ont perdu en détails, et la colorisation informatisée n'arrange pas les choses. Bref, une série qui avait su me surprendre jusqu'au tome 3, mais depuis le changement de dessinateur, la série a perdu toute sa saveur. Je baisse ma note à 2.5/5

04/11/2016 (MAJ le 21/03/2026) (modifier)
Par Simili
Note: 2/5
Couverture de la série Les Gardiens du Louvre
Les Gardiens du Louvre

Comme sur les très bon Quartier lointain et Le Journal de mon père, Taniguchi prend le temps de nous conter son histoire. Toutefois, contrairement au deux albums précédents, il n'aura jamais réussi à m'embarquer avec lui dans ce voyage au Louvre. La seule partie qui aura réussi à retenir mon attention fut celle ou il nous explique comment les oeuvres d'art exposées au Louvre furent protégée de l'invasion nazie de 1940. Pour le reste ses rencontres avec différents peintres, n'auront pas su capter mon attention même si je ne doute pas que pour certains elles se révèleront d'un intérêt particulier. Reste son coup de crayon qui comme bien souvent est relativement identifiable mais surtout agréable. Au final c'est le premier ouvrage de Taniguchi qui me déçoit, il ne figurait pas dans ma PAL et je suis tombé dessus par hasard en bibliothèque. Heureusement ...

21/03/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Homo economicus - Une brève histoire de l'économie
Homo economicus - Une brève histoire de l'économie

La prospérité matérielle reste la principale préoccupation des sociétés modernes. - Ce tome contient un exposé complet, indépendant de tout autre, ne nécessitant pas de connaissances préalables. Son édition originale date de 2025. Il s’agit de l’adaptation d’un texte de l’économiste Daniel Cohen (1953-2023), originellement intitulé : Une brève histoire de l’économie (paru en 2024). Elle a été réalisée par Aude Massot pour le scénario, les dessins, les couleurs, aidée par Laurence Trouvé pour ces dernières. Il comprend cent-quatre-vingt-deux pages de bande dessinée. Il se termine avec dix conseils pour être heureux, sur deux pages, d’après Bruno Frey, une postface de deux pages, rédigée par Julia Cagé (professeur d’Économie à Sciences Po Paris et lauréate du prix Yrjö-Jahnsson), un index d’une page recensant les termes allant de Agriculture à Valeur-travail, et des remerciements de l’autrice. Daniel Cohen et sa fille Pauline sont en train de visiter le Louvre. Ils sont tous les deux assis sur un banc, en train de contempler le tableau La Marchande de fruits et légumes (1630), de Louise Moillon (1609-1696). Le professeur ne peut pas s’empêcher de faire remarquer que la croissance économique est la religion du monde moderne. Elle lui demande si ce week-end passé ensemble pourrait se dérouler sans cours d’économie. Il continue quand même : cela fait des années qu’il réfléchit aux moyens de rendre la société plus juste. Elle lui fait remarquer qu’elle a l’impression qu’ils sont face à une fatalité : la croissance économique est la seule perspective de la société. Elle ne voit pas comment ils pourraient s’en défaire, et elle trouve ça un peu désespérant. Il poursuit : Hélas la culture et les problèmes métaphysiques ne sont pas devenus les enjeux majeurs de leur époque. La prospérité matérielle reste la principale préoccupation des sociétés modernes. Alors même qu’elles sont six fois plus riches qu’au siècle dernier. Longtemps le seul problème économique de l’humanité a été celui de se nourrir. Et longtemps, de la nuit des temps jusqu’à l’invention de l’agriculture (il y a dix mille ans), l’homme s’est alimenté en prenant librement ce que la nature lui offrait Le brillant anthropologue Claude Lévi-Strauss décrit magnifiquement les sociétés primitives. On sait aujourd’hui que les peuples qualifiés de primitifs, ignorant l’agriculture et l’élevage, vivant principalement de chasse et de pêche, de cueillette et de ramassage de produits sauvages, ne sont pas tenaillés par la crainte de mourir de faim et l’angoisse de ne pouvoir survivre dans un milieu hostile. Leur petit effectif démographique, leur connaissance prodigieuse des ressources naturelles leur permettent de vivre dans ce que l’on hésiterait sans doute à nommer l’abondance. Ils disposent de plus de loisir qui leur permettent de faire une large place à l’imaginaire, d’interposer entre eux et le monde extérieur, comme des coussins amortisseurs, des croyances, des rêveries, des rites, en un mot toutes ces forces que l’on dirait religieuses et artistiques. Comme dans le jardin d’Éden, les sociétés de chasseurs-cueilleurs vivent dans l’abondance et l’insouciance, ne travaillant que deux à quatre heures par jour pour assurer la subsistance de tous. Cette image idéale des structures sociales d’hier doit toutefois être prise comme un mythe dont il ne faut pas être dupe, mais qui montre l’incroyable flexibilité des humains dans leur manière de penser le monde qu’ils habitent. Une entreprise ambitieuse et de belle ampleur : réaliser une adaptation en bande dessinée d’un exposé constituant une brève histoire de l’économie. Ambitieux parce que le texte est déjà écrit et complet et qu’il faut trouver comment en faire une bande dessinée qui dépasse le stade de texte illustré avec des images redondantes. De belle ampleur puisqu’en effet l’ouvrage part de la préhistoire pour parvenir jusqu’à l’époque (très) contemporaine (il est question d’intelligence artificielle), avec même une ouverture sur des perspectives constructives pour le proche avenir, ce qui est encore plus ambitieux au vu de l’état de la planète au moment de la rédaction de l’article original. L’adaptatrice reprend un dispositif éprouvé, utilisé dans la majorité des ouvrages vulgarisateur de la collection La petite bédéthèque des savoirs : mettre en scène un avatar de l’auteur, en l’occurrence l’économiste lui-même, qui bénéficie ici d’un interlocuteur pour réagir et relancer la conversation, à savoir sa propre fille. Tout est prêt pour un exposé en neuf chapitres, certains comprenant des sous-chapitres, en particulier ceux consacrés à la mondialisation, et à la révolution numérique. Dès les premières pages, le lecteur apprécie la fluidité de la narration. Il ressent que l’adaptatrice a su conserver la logique de l’exposé de l’économiste, qu’elle l’a assimilée, et qu’elle l’a retranscrit avec intelligence. Dans l’introduction et le premier chapitre, il constate l’efficacité et la pertinence de l’avatar de Daniel Cohen et l’apport des remarques de celui de sa fille. Il fait l’expérience de la diversité des représentations visuelles. Certes certains passages semblent être l’intégration en l’état du texte de l’exposé, pour autant les dessins dépassent un simple état utilitaire ou fonctionnel, ou même celui de gag ajouté pour conserver artificiellement l’attention du lecteur. L’artiste fait usage de plusieurs modes narratifs. Le lecteur apprécie d’entrée de jeu de pouvoir accompagner ainsi le père et la fille. Cela apparaît comme une évidence de voir l’économiste faire son cours (sa fille a raison sur la nature de sa discussion) libéré des limites d’une salle de classe ou d’un amphithéâtre, pouvant voir ses propos illustrés par une reconstitution historique vivante, ou bien même se retrouver dans le passé à rencontrer d’autres économistes célèbres. Elle fait donc également usage de mises en situation à des époques différentes, aussi bien impersonnelles avec une foule d’anonymes, que des personnages historiques identifiés et nommés. Enfin, elle utilise différentes formes d’infographies, que ce soient des cartes géographiques, ou bien une sorte de jeu de l’oie. Ces différentes approches visuelles se complémentent et leur variété participe à maintenir l’attention du lecteur, et à offrir des points de vue diversifiés. Suivant les explications données par le père à la fille, le lecteur découvre donc les neuf chapitres : I Genèse, II Prométhée libéré, III Prospérité et dépression, IV L’âge d’or, V Le nouveau capitalisme financier, VI La mondialisation, VII, La révolution numérique, VIII Le krach écologique, IX Le bonheur intérieur brut. Tout commence avec les sociétés de chasseurs-cueilleurs, et ce constat qui fait rêver : avant l’agriculture et l’élevage, ces sociétés vivent dans l’abondance, ne travaillant que deux à quatre heures par jour pour assurer la subsistance de tous… Deux à quatre heures par jour !!! L’illustratrice se tient éloignée des images d’Épinal faussement nostalgique d’un passé fantasmé, mettant plutôt à profit les vestiges graphiques de l’époque (art pariétal ou décors de poterie), ou réalisant une forme de reconstitution historique avec des dessins simplifiés et expressifs, et la volonté de donner à voir ce que pouvait être le travail à l’époque. Puis vient la première théorie économique de l’ouvrage : la loi de Malthus, du nom de l’économiste britannique Thomas Robert Malthus (1766-1834). À nouveau, l’autrice conçoit des mises en scène imaginative pour exposer le lien entre la population et le volume de production nécessaire, allant d’un globe terrestre assailli de silhouettes humaines, à des cigognes bientôt au chômage. L’exposé passe alors au processus de l’industrialisation, et fait appel à plusieurs économistes célèbres Adam Smith (1723-1790), Karl Marx (1818-1883), Joseph Schumpeter (1883-1950). Sont forcément cités la main invisible, le capital et le progrès technique. Par la suite, l’adaptatrice met également en scène Milton Friedman (1912-2006), Ben Bernanke (1953-), Jean Monnet (1888-1979), François Perroux (1903-1987), Jean Fourastié, économiste (1907-1990), Alfred Sauty, Bruno Latour (1947-2022). Elle fait appel à eux conformément à l’article originel, et aussi dans une perspective de commentaire et d’explication historique, avec une ressemblance satisfaisante pour que le lecteur les identifie sans difficulté. Bien évidemment, impossible de tenir à l’écart la naissance de l’ultralibéralisme et les chantres du libéralisme économique : le lecteur doit affronter Ronald Reagan (1911-2004) et Margaret Thatcher (1925-2013). Toujours servi par une narration visuelle riche et inventive, l’exposé entre dans l’ère du capitalisme financier, en intégrant le phénomène de transition démographique, passe au stade de la mondialisation, en évoquant les stratégies de production d’un pays pour se positionner par rapport aux autres, et le développement de l’Inde, de la Chine, du Japon. Ayant survécu à la crise de vingt-neuf, ayant prospéré pendant les trente glorieuses, s’étant accroché à ce qu’il pouvait à l’ère de la mondialisation, voilà le lecteur arrivé au temps présent. S’il entretenait des doutes au début de sa lecture, la suite lui a permis d’acquérir des certitudes quant au placement idéologique des auteurs. Fort de cette compréhension, il peut porter un regard critique sur la présentation de ce qui se joue au temps présent, à l’heure de la révolution numérique. Il peut ainsi distinguer ce qui relève de l’analyse, et ce qui s’inscrit plus dans le jugement de valeur. Il peut être frappé par la pertinence de la prise de recul, par exemple : En termes économiques, on peut dire que la révolution numérique permet d’industrialiser la société postindustrielle. Une expression en apparence contradictoire qui permet de désigner le processus de rationalisation visant à réduire au maximum le coût de l’interaction entre les humains. Tout en confrontant ses convictions ou ses valeurs au point de vue sur la taylorisation de l’affect et sur les risques d’effondrement. Accessible et passionnant de bout en bout : un tour de force. Un exposé formidable sur les mécanismes économiques à l’œuvre à l’échelle de l’humanité, une vulgarisation qui met à profit les possibilités extraordinaires de la bande dessinée pour remettre en perspective une succession d’analyses et de théories économiques, avec une vision humaniste affichée. Le lecteur en ressort avec une meilleure compréhension de l’histoire de l’économie, de ses théories appuyées sur le contexte économique de leur époque, et une vision plus juste de certains économistes. Qui aurait cru qu’Adam Smith soit l’auteur de la phrase suivante ? Aucune société ne peut prospérer et être heureuse dans laquelle la plus grande partie des membres est pauvre et misérable.

21/03/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 3/5
Couverture de la série Le Voyage de Shuna
Le Voyage de Shuna

Une œuvre de jeunesse de Miyazaki, contenant déjà tout ce qu'on retrouvera dans ses œuvres tardives. Je n'ose pas imaginer la valeur de cette BD pour ses fans, qui seront avides de retrouver les détails qu'on retrouve dans des films futurs, mais aussi les thématiques et la narration assez typée. Pour ma part, bien que j'apprécie ses films, je ne suis pas un fan de l'auteur. Dans le sens où j'aime ce que j'ai vu de lui, mais je ne cherche pas avidement à regarder ceux que je n'ai pas vu. Cependant, cette BD m'intéressait quand même pour voir ce qu'il avait produit en papier (je n'ai pas encore lu Nausicaa). Et franchement, on est presque aux limites de la BD. Pour moi, c'est un récit illustré, mais ne pinaillons pas sur les détails. Par contre niveau histoire, c'est assez classique et le récit porte les valeurs de l'auteur. C'est clairement un récit aux notes écologiques, sociales mais aussi de récit initiatiques de jeunes gens motivés. Le dessin est toujours aussi beau, avec une colorisation pastelle qui rehausse les environnements qui sont bien présents. Le récit s'inspire d'un conte que je ne connaissais pas mais qui est assez bien retranscrit. C'est fluide, même si on sent que c'est découpé en scènes précises qui ont chaque fois un intérêt précis. En fait, je crois que c'est déjà un langage très cinématographique notamment dans le découpage visuel, mais qu'on manque de la possibilité que la BD aurait. En soi, le récit pourrait être adapté demain en film sans y changer grand chose, mais pour ce qui est de la narration BD c'est plus contestable. Une histoire bien menée, pas révolutionnaire et qui plaira sans aucun doute aux fans de Miyazaki, sans pour autant que je considère ça comme génial. Une œuvre de jeunesse déjà traversée des thématiques d'un grand cinéaste, que je regarde comme une petite mignardise : c'est bon en bouche mais ça ne remplit pas.

21/03/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 3/5
Couverture de la série La Révolution emoji
La Révolution emoji

J'avais une question assez essentielle à la fin de cette BD, à savoir quel était son intérêt profond ? Je veux dire par là que certes, on suit ce que sont les émojis, d'où ils viennent, comment ils changent, évoluent et se créent. Le tout avec différents protagonistes qui précisent les différents enjeux autour de cette question, intéressant lorsqu'on sait que les émojis sont utilisés massivement dans la communication actuelle. Sauf que ceci étant dit, la BD est ... rapide. Elle n'interroge pas la façon dont le langage se structure et comment sont nées par exemple les premiers smiley, ancêtres des émojis. Il n'y a pas de réflexion globale sur ce que ça dit de notre perception et de notre communication. De même, la question des autres moyens développés par l'humain (les gifs, par exemple) permettent d'augmenter notre potentiel communicatif. D'ailleurs, la BD est centrée sur une journaliste qui va au quatre coins du globe interroger les personnes concernées. A part montrer un bilan carbone désastreux, quel était l'intérêt de tout ces interviews ? A part celle de la femme qui a crée des émojis dans une logique féministe, je trouvais que la plupart des interventions auraient pu être mises dans une histoire unique qui englobe le sujet et aurait peut-être pu ajouter plus que juste ces récits de chacun. D'ailleurs au final j'ai assez peu retenu les personnages et plus les idées derrière. Maintenant ce n'est ni raté ni mauvais. C'est une BD sur les émojis, d'où ça vient, qui les fait et pourquoi. Et puis voila, une fois finie je ressors de cette BD en me disant que j'ai appris des trucs mais que franchement j'en ressors pas changé du tout. Rien ne reste spécialement en tête, si ce n'est que le racisme et le sexisme reste présent même dans un truc comme ces petits dessins rigolos. J'ai lu un documentaire sur un sujet, j'en ressors pas plus intéressé sans avoir passé un mauvais moment. C'est dommage, sans doute, mais franchement je n'arrive pas à être enthousiaste à son sujet.

21/03/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 3/5
Couverture de la série Corps public
Corps public

J'ai découvert en rentrant cette série qu'elle a eu suffisamment de succès pour être réédité en édition augmentée en 2025, ce qui est plutôt chouette pour ses autrices ! Cela dit, je suis assez peu enthousiaste personnellement. C'est le sentiment qui prédomine dans beaucoup de mes lectures mais je dois dire que là c'est assez net, notamment parce que j'étais assez désintéressé de l'histoire au global. C'est une personne assez froide et distante, peu intéressante et dont la vie m'a laissé indifférent. Elle a ses soucis, certes, liés à sa condition de femmes et se pose la question de la façon dont elle voit son corps, mais le sujet a été déjà traité par plusieurs BD récemment et souvent mieux. Sur la question de la condition des femmes et le regard sur leurs corps, je trouve Sibylline - Chroniques d'une escort girl ou Les Cœurs insolents plus réussis, et plusieurs autres BD me viennent directement en tête quant à cette thématique. En fait, je crois surtout qu'il manque un lien évident, un cœur de narration à cette BD. Quelle est la thématique centrale ? Ce n'est pas spécialement clair. On est plus dans une narration de vie de femme actuelle, avec les difficultés qu'elle subit du fait du sexisme. Et puis voila, peut-être quelques questions sur la maternité, légèrement, et sur son travail de femme artiste. J'ajouterais que je n'étais pas fan du dessin, que je trouvais parfois mal maitrisé dans les proportions. Et je note encore une fois cette foutue cigarette pour parler de femmes émancipées ... C'est quelque chose qui m'agace à chaque fois, sans doute que j'en fais trop, mais vraiment je n'y arrive pas. Donc voila, c'est une BD pas spécialement intéressante, dans des thématiques que j'ai vu bien mieux traités dans des BD qui me sont restées en mémoire. Celle-ci disparait déjà derrière les BD suivantes que j'ai lue, et je ne peux pas vraiment dire que c'est indispensable comme lecture. Même si elle n'est pas foncièrement mauvaise et que je ne la déconseille pas. A lire pour les personnes s'intéressant aux femmes de notre époque et aux difficultés qu'elles rencontrent.

21/03/2026 (modifier)