Ce voyage au cœur de notre propre abjection est la seule façon d’accepter les autres…
-
Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2010. Il a été réalisé par Frank Giroud et Denis Lapière pour le scénario, et par Ralph Meyer pour les dessins, qui a également réalisé les couleurs avec Caroline Delabie. Il comprend cent pages de bande dessinée. La réédition de 2012 se termine par un dossier de quatorze pages : six pour la biographie d’Afia dont deux consacrées à la genèse d’une planche (script + crayonnés), cinq pour celle de Kerry, et deux pages avec le script de la planche vingt-et-un et le crayonné correspondant.
Chez l’éditeur de l’écrivain à succès Carson McNeal, la journaliste trentenaire Kerry Stevens est venue interviewer le personnel, dont le comptable Max qui lui remet une copie des premières pages du futur roman dudit auteur : un livre qui s’intitulera Le diable et la poupée. Elle le remercie profusément, et lui-même se déclare ravi qu’une personne leur montre autant de considération. Le directeur éditorial passe dans les couloirs, se montrant sarcastique sur l’importance relative des employés. La journaliste et le comptable arrivent dans le bureau de ce dernier, qui doit la laisser seule quelques minutes pour répondre à la demande sur le dernier relevé Maupin. Elle en profite pour consulter les souches sur son bureau et elle trouve ce qu’elle est venu chercher : le nom et l’adresse de l’intermédiaire avec lequel l’éditeur communique. Le midi, elle déjeune avec sa sœur Alyssa qui lui raconte que la chimiothérapie s’est avérée inefficace sur leur père, et qu’elle pourrait lui rendre visite. Kerry estime que l’idée est vouée à l’échec car son père ne lui a toujours pas pardonné : toute conversation se terminerait comme d’habitude, et elle ne veut pas se disputer avec un homme en train de mourir.
Les deux sœurs quittent le restaurant et se rendent à un autre établissement pour prendre un café en terrasse. Kerry confie à Alyssa qu’elle est en train de se démener pour obtenir une interview d’un écrivain à succès qui n’en donne jamais, qui n’effectue aucune apparition en public, et qui ne se présente jamais à la remise des prix qu’il a raflés. Mieux : aucune photo de lui n’est parue dans la presse. Bref : personne ne sait qui est vraiment Carson McNeal. Elle ajoute qu’elle a réussi à dénicher son adresse ou celle de l’homme chez qui il reçoit son courrier. Ailleurs, dans un village au Liban, une enfant cachée sous une table voit arriver les bottes d’un soldat phalangiste, qui passe entre les cadavres de sa famille. Une balle se loge au beau milieu de son front, et elle s’éveille en hurlant. Romy, sa codétenue, réveillée par les cris, descend du lit superposé et vient la réconforter : c’est juste un des cauchemars d’Afia, mais c’est fini maintenant. Elle lui donne un verre d’eau, et lui rappelle que c’est sa dernière nuit qui s’achève : elle sort aujourd’hui. Romy a donné un numéro à son amie, une société de luxe avec des clients de luxe, mais Afia ne veut plus exercer le métier de prostituée. Elle sort, se heurte à la réalité, va prendre un café au comptoir, s’apprête à appeler le numéro, et est rejointe par l’éducateur pénitentiaire qui lui propose autre chose.
Une couverture qui ne dit pas grand-chose de l’intrigue, un texte en quatrième de couverture tout aussi énigmatique. Le lecteur commence par découvrir la journaliste Kerry Stevens, sa situation, travaillant pour un magazine qui fuit comme la peste tout ce qui se veut branché, la revue misant au contraire sur les valeurs sûres et durables, voire universelles et intemporelles. Elle s’est fâchée avec son père, elle traque un écrivain au succès planétaire : un phénomène d’édition et adapté en treize langues, un écrivain de génie, avec une plume comme on n’en a plus vu depuis Steinbeck, obsédé par le thème du renoncement, voire du reniement de soi. Le dessinateur la représente comme une jeune trentenaire, blonde et vive, perspicace et sportive sans être athlétique, une jeune femme indépendante avec du caractère et de l’initiative. Puis arrivé à la neuvième planche, il fait la connaissance avec un autre personnage principal : Afia Maadour, dont il découvre progressivement l’histoire en alternance avec elle de Kerry, Palestinienne dont la famille a fui les troupes israéliennes pour se réfugier au Liban. La technique de dessin change pour bien distinguer ces deux fils narratifs : le dessinateur passe de contours encrés avec des représentations descriptives et réalistes et une palette bleutée, à des contours moins appuyés, des représentations avec les mêmes caractéristiques, et une palette dans les tons ocre brun.
Avec cette alternance de séquences entre le fil narratif mettant en scène la journaliste Kerry Stevens, et celui mettant en scène Afia Maadour fraîchement sortie de prison, le lecteur comprend que les auteurs vont jouer avec la structure de leur récit, et qu’ils l’invitent à y participer : à chercher les liens entre ces deux personnages et leur histoire, à détecter s’il se déroulent dans la même temporalité… tout en révélant rapidement que l’histoire d’Afia n’est autre que ce que raconte le roman en cours d’écriture de Carson McNeal. Le lecteur s’attache vite à la journaliste qui se montre fort astucieuse pour parvenir à ses fins : rencontrer cet écrivain si mystérieux dont les romans la touchent. Le lecteur lui envie son culot, et un peu sa chance : récupérer l’adresse du contact par la ruse et la duperie, simuler un accident, utiliser ses charmes en tout bien tout honneur, mettre à profit son histoire personnelle (la brouille avec son père) pour faire pleurer dans les chaumières, ou tout du moins émouvoir Lewis Shiffer, le contact de Carson McNeal. En tant que personnage réel (c’est-à-dire dans le cadre de cette histoire), Kerry prend le pas sur Afia qui est présentée comme un personnage de fiction, toujours dans le cadre de cette histoire.
La narration visuelle apparaît immédiatement plaisante, en particulier dans les scènes consacrées à Kerry. Alors que les auteurs jouent la provocation en commençant par trois cases consistant en un travelling arrière à partir du mot Livres imprimés sur une page de l’épreuve du prochain roman de McNeal, jusqu’à voir la majeure partie d’un paragraphe, la suite est présentée avec naturel et simplicité, c’est-à-dire des extraits de texte en lieu et place des dessins attendus. Le groupe de feuillets passe d’une main à un autre, puis est mis dans un dossier qui finit dans le sac de la journaliste, le temps d’apercevoir une partie du titre. Le lecteur ressent l’efficacité de chaque prise de vue, sa clarté, l’unité de page pour également chaque prise de vue, le recours au gros plan sur les visages pour souligner un état d’esprit ou une émotion, sans en abuser, l’investissement de l’artiste pour donner corps aux décors, leur donner de la consistance et de la plausibilité. Il peut se projeter dans les couloirs et les bureaux impersonnels des locaux de la maison d’édition, en terrasse à New York, puis dans les forêts et les rives de l’océan Pacifique à Blue Falls dans l’Oregon, dans ses petits commerces, et dans une cabane en bordure de l’océan, etc. Il note que le dessinateur est attentif aux détails avec un sens du bon dosage dans la densité d’informations visuelles : la maquette du Cutty Sark, les autres maquettes de bateaux et les outils d’assemblage, l’aménagement intérieur du chalet de McNeal, le cric pour changer le pneu de la voiture, etc. Il retrouve ces caractéristiques dans le fil narratif consacré à Afia avec l’impression d’être plus dans les sensations du fait du mode de mise en couleurs, tout en retrouvant ce niveau de détails quand il prête plus attention à la case qu’il regarde.
Au fur et à mesure que les liens entre les deux histoires apparaissent progressivement, le lecteur comprend qu’il s’est peut-être un peu vite emballé lorsqu’il a classé cette histoire dans le genre polar. En fait, la journaliste n’enquête pas dans le monde de l’édition : elle cherche un scoop pour une raison psychologique clairement explicitée. De fait, ce pan du récit s’apparente plus à une forme de poursuite pour démasquer l’écrivain qu’à un polar. La dimension sociale, ou plutôt historique, se trouve plutôt dans l’autre pan de l’histoire avec l’exécution sommaire au Liban, massacre perpétré contre des Palestiniens. Les auteurs font explicitement référence à la guerre du Liban qui oppose les phalanges chrétiennes aux milices palestiniennes et musulmanes, ayant éclaté en 1975. Là encore, ce fond historique sert de fondation à cette partie de l’intrigue, sans déboucher sur une mise en perspective de ce conflit ou une analyse de ses répercussions sociales ou politiques.
Puis le lecteur se remémore les observations initiales de la journaliste sur McNeal : un écrivain de génie, avec une plume comme on n’en a plus vu depuis Steinbeck, et le fait qu’il soit obsédé par le thème du renoncement, voire du reniement de soi. Par la suite, lorsqu’il lui est donné d’échanger avec l’écrivain, elle évoque le fait que le mode de vie d’un auteur influe sur son œuvre, et les influences qu’elle a détectées telles que John Steinbeck (1902-1968), Ernest Hemingway (1899-1961), Robert Louis Stevenson (1850-1894), sur sa fascination par le caractère de ses personnages monstrueux. McLean lui rétorque qu’elle a dû découvrir que les séances de psychanalyse constituent un voyage au cœur sa propre abjection, ce qui est la seule façon de s’accepter, d’accepter les autres et finalement d’accepter la vie. Il s’agit d’une véritable profession de foi pour McLean, et peut-être pour les auteurs eux-mêmes. Le lecteur se dit les scénaristes évoquent peut-être leurs propres convictions. Il repense également à leur choix de construire un récit à partir d’une forme très particulière : l’entrelacement de deux fils narratifs, et aussi des personnages qui en manipulent d’autres, avec une forme de perspicacité et de préscience qui peut nécessiter une augmentation de suspension consentie d’incrédulité chez le lecteur. De ce point de vue, le propos du récit devient un peu plus un commentaire et une mise en pratique de l’art de la narration, cette mise en abîme étant corroborée par le fait que les auteurs mettent en scène un écrivain, c’est-à-dire quelqu’un dont le métier est également de raconter des histoires.
Une enquête de journaliste bien agréable à lire : une narration visuelle d’une grande qualité, avec un dosage parfait dans ce qui est montré, un art consommé de la prise de vue et de son découpage, de la direction d’acteurs, et une capacité à différencier deux modes de dessins, l’un pour Kerry Stevens, l’autre pour Afia Maadour. Une intrigue qui tient en haleine, à la condition d’accepter d’être dans un récit de genre, ce qui suppose une suspension d’incrédulité consentie pour les conventions dudit genre. En sous-texte, les auteurs évoquent l’art de raconter une histoire, celle-ci ayant été conçue à partir d’une structure spécifique. Satisfaisant.
Jodorowsky et Beltran (qui assure les couleurs des Technoperes) se retrouvent pour une nouvelle épopée SF!
Cette fois Jodorowsky nous raconte l'histoire de Megalex, une mégalopole de béton, et de ses castes. On est happé dans cet univers minéral dès les premières pages grâce à la technique de dessin en modélisation 3D de Beltran.
Nous avons d'un côté les nantis qui sont déshumanisés par les drogues et qui vivent dans une sorte de décadence technologique et de l'autre les parias, qui vivent dans les souterrains et rêvent d'un retour à la nature.
Tous les habitants sont soumis à une règle : une espérance de vie limitée. Plus vous êtes haut dans la hiérarchie sociale et plus vous avez du temps de vie et inversement. Cette idée est admirablement exploitée et aboutit à des scènes très fortes.
C'est difficile d'en dire plus sans spolier mais on est sur du Jodo pur jus, avec notamment un troisième tome très inspiré qui multiplie les pirouettes scénaristiques. Les fans vont adorer et les réfractaires vont encore s'étonner d'être dégoûtés par tous les excès du récit et la noirceur générale de l'oeuvre.
Megalex n'est pas sans petits défauts : Jodo a du mal à choisir le personnage principal de son histoire et la fin du premier cycle est expédiée (mais vraiment). Dommage, j'aurais adoré un second cycle qui ne verra jamais le jour.
Encore un bijou signé Jodorowsky.
Série très solide et marquante par son angle d’approche. Le récit adopte un point de vue interne à la guerre, en embrassant un spectre large : avant les camps, le ghetto, les violences dans les campagnes, la mécanique progressive de l’horreur. Cette contextualisation donne une profondeur rare au parcours de Jan Karski et évite une focalisation exclusive sur l’univers concentrationnaire, sans jamais en atténuer la gravité.
Le scénario est rythmé, tendu, et remarquablement prenant. Malgré la dureté du sujet, la narration maintient un réel suspense et pousse à enchaîner les pages. Les personnages sont bien écrits, nuancés, souvent attachants, et l’ensemble fait preuve d’une certaine subtilité, notamment dans le traitement du témoignage, de la transmission et de l’incrédulité politique.
Graphiquement, le dessin est efficace et lisible, parfaitement au service du propos sans chercher l’esbroufe. Il n’est pas particulièrement marquant mais fonctionne globalement bien. On peut relever une légère difficulté à distinguer certains visages ou personnages secondaires, sans que cela nuise réellement à la compréhension ou à l’impact du récit.
Grand Prix Artémisia 2026 mérité ! Je viens de finir la bd empruntée à la Bibliothèque, et je pense que je ne la rendrais que pour l'acheter, et ce alors que je cherche à faire de la place chez moi, c'est dire ! Je ne sais ce qui est le mieux : la manière fantastique de (re)découvrir Descartes et ses successeurs ou les images. Des suppléments ne servent pas à réparer les lacunes comme dans tant de bd ou de dvd, non, on dirait de nouveaux morceaux interprétés par des artistes généreux, quand ils ont chanté tout ce qu'attendait le public.
Si on en vient au visuel, par quoi commencer ? Les os sont encore plus expressifs que dans cette série de bd, Monsieur Mardi Gras Descendres ! Et ce n'est pas peu dire. Mais là, les os expriment la condition de l'être humain qui s'interroge, je suis quoi, à présent, reprenant la fameuse interrogation de Descartes à nouveaux frais.
Et les animaux revendiquent de n'être pas des mécaniques en se plaignant des conséquences de cette supposition, débats et liens se tissent entre le philosophe et ses compagnons animaux moins réduits que lui, ayant tout leur squelette quand il n'a plus que son crâne. Tous ces restes sont rassemblés dans des conditions qu'on suit comme un roman policier. Je ne saurais dire si cette œuvre est en noir et blanc ou en couleur, elle transcende les deux, et pour s'évader peut-être des os, on voit des scènes oniriques où la vie est célébrée. Poétique et amusant : chaque animal voit non midi à sa porte, mais le paradis selon son biotope.
Merveilleux !
Je deviens de plus en plus fan de cette collection Glénat ! Même si ça vaut plus 3,5/5 à mes yeux, la lecture de ce tome est extrêmement plaisante. J'ai beaucoup aimé la manière dont Johan Pilet reprend le grain caractéristique des vieux comics de super-héros, tout comme l'univers concocté par Nicolas Pothier, qui reprend tous les grands poncifs de la SF, à commencer par cette ville qui évoque forcément Le 5e Élément à un moment ou à un autre. Je ne connaissais pas cet auteur, mais au passage, il devrait vraiment reprendre un Iznogoud un de ces jours ! Il s'amuse à glisser un nombre de jeux de mots incalculable dans son récit ! Chaque planche, et parfois chaque case, se plaît à multiplier les calembours potentiellement jusqu'à l'overdose, pour les moins tolérants. Néanmoins, reconnaissons à Pothier un vrai talent pour réussir à les glisser de manière aussi cohérente que possible dans ses dialogues.
Cela donne un résultat complètement fou, très délirant, et très drôle. J'ai beaucoup souri à la lecture de ce récit aux péripéties échevelées et toujours bon enfant. Évidemment, on n'est pas sur un chef-d'œuvre non plus, mais on sent que les deux auteurs s'en donnent à cœur joie, et leur enthousiasme est particulièrement communicatif ! Bref, une lecture qui donne le sourire, et remplit ainsi parfaitement sa mission.
Les guerres de religions – et le massacre de la Saint-Barthélemy en particulier – sont un moment fort et tragique de l’Histoire de France. Cela a déjà donné lieu à quelques séries (les conséquences avaient été au cœur du très bon Charly 9, dans un esprit clairement plus « décalé »).
Je trouve que cette série est l’une des meilleures réalisées sur le sujet.
D’abord parce qu’elle est agréable à regarder. Le dessin de Stalner – habitué aux récits historiques – est vraiment bon, et beau. Ceci est valable pour les personnages, mais aussi et surtout pour les habits et les décors, bien rendus. Le Paris de la seconde moitié du XVIème siècle est bien restitué, et la colorisation de Fantini (qui manque parfois de nuances) est globalement plaisante, et accompagne très bien le travail de Stalner.
Le triptyque se concentre sur quelques heures (juste avant, pendant, et juste après les massacres), ce cadre restreint instaurant un rythme et une tension qui convient très bien au sujet, illustrant un grand coup de folie collective. Toutefois les auteurs s’autorisent quelques flash-backs, pour présenter une vingtaine d’années plus tôt certains protagonistes. Car, au milieu d’un cadre et de personnages historiques connus de tous, une fratrie au destin tragique nous sert de fil rouge. Ce mélange de petite histoire romancée et de Grande Histoire fonctionne très bien ici, c’est relativement crédible (même si la traversée de Paris réalisée par Elie de Sauveterre au milieu du massacre relève quand même de l’exploit !).
En tout cas la narration est fluide, les personnages bien plantés. Surtout, les auteurs montrent bien qu’en plus des enjeux religieux – et parfois de façon bien plus évidente – beaucoup d’enjeux personnels, de rivalités de clans, bref, la « politique » ont joué un rôle presque aussi important dans certaines décisions tragiques. Et le récit propose tous les « moments forts » du massacre, à commencer par le sort subi par Coligny.
Une série qui plaira sans doute aux amateurs de récits historiques.
Note réelle 3,5/5.
Isabellae propose un univers assez étonnant, à la croisée de deux imaginaires a priori éloignés – Japon féodal et mythologie celtique – et repose clairement sur une logique de série d’action. Les combats sont nombreux, le fantastique omniprésent et le récit avance à un rythme soutenu. Le scénario n’a rien de révolutionnaire et présente quelques faiblesses ou facilités, mais ce n’est clairement pas là que se situe l’ambition principale. Dans sa dualité, l’ensemble reste cohérent et surtout constant sur la durée, ce qui n’était pas gagné sur six tomes.
La lecture est fluide et agréable, portée par une héroïne féminine forte, charismatique et bien incarnée, qui donne une vraie colonne vertébrale à la série. Le récit assume pleinement son orientation grand spectacle et ne s’éparpille pas inutilement, ce qui contribue à son efficacité globale.
Graphiquement, la série est une vraie réussite. Le dessin est dynamique, lisible et s’adapte très bien aux deux univers. La mise en couleur est particulièrement soignée, avec une utilisation intelligente des ambiances chromatiques pour différencier les lieux, les temporalités et les volets du récit. L’ensemble renforce nettement l’immersion et l’impact émotionnel des scènes.
Une série recommandée aux amateurs de fantasy et d’action qui cherchent une lecture efficace, bien rythmée et visuellement solide, sans attendre un scénario trop ambitieux.
Difficile de passer après mes collègues aviseurs, mais je tenais moi aussi à apporter ma pierre à l’édifice critique élogieux qui entoure ce one-shot de Jean-Christophe Deveney et Edouard Cour.
Chaque chapitre narre un épisode de la vie troublée de Hans et Helma. Le ton est très humain, les épreuves se succèdent, la fratrie se soude pour faire front à l’adversité, jusqu’à craquer quand les motivations personnelles rentrent en conflit. Tout est tellement juste, les évènements, les personnages attachants aux personnalités nuancées. La fin est juste parfaite, notamment la double page finale.
Il faut dire que Edouard Cour, qui nous en avait déjà mis plein les mirettes dans sa dernière BD en date ReV, s’est ici surpassé. Le noir et blanc parsemé de couleurs musicales est élégant et surtout d’une maitrise et d’une précision incroyable. J’adore quand le découpage fait partie intégrante de la narration – voir par exemple les hautes cases pour représenter la verticalité de la ville de Laguna Majora, page 156 et 157.
Un sans-faute. Je me joins à la chorale de 5/5.
J'ai découvert, tout jeune, l'existance de Jesse James avec le film "Le brigand bien-aimé" d'Henry King et d'Irving Cummings (1939). Je me rappelle très bien de la scène de l'assassinat de Jesse James, elle m'avait marqué.
Ma deuxième incursion dans la collection "La Véritable Histoire du Far West " de Glénat après Wild Bill Hickok.
Un album très intéressant, on va évidemment suivre le parcours de Jesse James mais aussi en apprendre beaucoup sur cette période historique, sur l'État du Missouri principalement, territoire frontalier entre le nord et le sud pendant la guerre de Sécession. La guérilla s'y installe avec d'un côté les Jayhawkers (pro-nordiste) et les Bushwackers (pro-confédérés). C'est sur ce bourbier que va se jouer le destin de Jesse James.
Un récit captivant qui n'occulte aucune des facettes de Jesse James dont celui de père de famille. Un personnage complexe qui rentrera dans la légende du Far West.
La narration linéaire est adaptée à ce genre de récit biographique.
Un gros dossier richement documenté vient compléter cet album.
Regnault nous propose un dessin expressif, riche en détails, puissant et sale avec une touche de modernité dans le genre western. Et ses couleurs sombres et souvent sans contrastes apportent énormément à cette ambiance sans foi ni loi.
Du très bon travail.
Un album à découvrir.
J'en suis le premier surpris, mais ce manga est assez bon.
Je me souviens avoir été fasciné durant ma jeunesse par X-Or ("transmutation !!!!"), mais n'ai pas vraiment suivi Bioman (plus de télé à la maison à cette époque) et étais trop âgé pour m'intéresser aux Power Rangers et Sailor Moon. Le peu vu des trois dernières séries citées me semblait déjà à l'époque ridicule, quant au fameux X-Or, j'eus la surprise au cours d'une relativement récente vision d'un épisode, de constater la présence d'éléments parodiques et (plus triste) d'éléments bassement mercantiles, la série se déclinant alors en jouets pour enfants qu'il fallait promouvoir.
L'univers des sentaï me renvoie à plusieurs sentiments contradictoires, aussi ne me suis-je point précipité sur cette BD. Mais la confiance envers les auteurs et cette attirance-répulsion envers le sentaï m'ont néanmoins fait franchir le pas.
Si les codes de l'univers sentaï sont bien présents, le manga nous propose plutôt une tranche de vie douce-amère sur le passage à l'âge adulte avec en toile de fond un propos étonnamment acerbe sur les ravages du libéralisme à l'heure de l'ubérisation de l'économie. Totalement inattendue et fort habilement menée, l'intrigue est riche en thématiques : le regard sur les rêves d'enfant, la précarité au travail et l'ubérisation de l'économie, la culture du viol, le départ du domicile parental, les expériences génétiques d'ordre militaire, l'impact des inégalités sociales sur l'éducation, les réseaux sociaux, l'insécurité, etc. Volontairement, je ne trie pas ces thématiques et les énonce dans un pêle-mêle en apparence maladroit, parce que le manga lui-même joue avec son lecteur en ne clarifiant pas ses intentions, attise une curiosité de développement sans cesse récompensée. Pour le moment, l'intrigue prend même le risque de déplaire aux fans de sentaï ! Mais il est à craindre qu'elle ne cherche dans les deux prochains tomes à rattraper le tir, à ménager davantage son cœur de cible, comme en témoigne la scène finale du tome 1, au demeurant habile dans sa parodie.
Côté illustrations, Singelin conserve son goût pour les détails, le manga a donc la bonne idée de régulièrement placer ses personnages dans des décors fouillés et de qualité. L'ajout de couleurs pour plaire aux fans était attendu, mais demeure sympathique.
Une inattendue et bien curieuse réussite. En espérant que la suite ne ternisse pas ce bon démarrage.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Page noire
Ce voyage au cœur de notre propre abjection est la seule façon d’accepter les autres… - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2010. Il a été réalisé par Frank Giroud et Denis Lapière pour le scénario, et par Ralph Meyer pour les dessins, qui a également réalisé les couleurs avec Caroline Delabie. Il comprend cent pages de bande dessinée. La réédition de 2012 se termine par un dossier de quatorze pages : six pour la biographie d’Afia dont deux consacrées à la genèse d’une planche (script + crayonnés), cinq pour celle de Kerry, et deux pages avec le script de la planche vingt-et-un et le crayonné correspondant. Chez l’éditeur de l’écrivain à succès Carson McNeal, la journaliste trentenaire Kerry Stevens est venue interviewer le personnel, dont le comptable Max qui lui remet une copie des premières pages du futur roman dudit auteur : un livre qui s’intitulera Le diable et la poupée. Elle le remercie profusément, et lui-même se déclare ravi qu’une personne leur montre autant de considération. Le directeur éditorial passe dans les couloirs, se montrant sarcastique sur l’importance relative des employés. La journaliste et le comptable arrivent dans le bureau de ce dernier, qui doit la laisser seule quelques minutes pour répondre à la demande sur le dernier relevé Maupin. Elle en profite pour consulter les souches sur son bureau et elle trouve ce qu’elle est venu chercher : le nom et l’adresse de l’intermédiaire avec lequel l’éditeur communique. Le midi, elle déjeune avec sa sœur Alyssa qui lui raconte que la chimiothérapie s’est avérée inefficace sur leur père, et qu’elle pourrait lui rendre visite. Kerry estime que l’idée est vouée à l’échec car son père ne lui a toujours pas pardonné : toute conversation se terminerait comme d’habitude, et elle ne veut pas se disputer avec un homme en train de mourir. Les deux sœurs quittent le restaurant et se rendent à un autre établissement pour prendre un café en terrasse. Kerry confie à Alyssa qu’elle est en train de se démener pour obtenir une interview d’un écrivain à succès qui n’en donne jamais, qui n’effectue aucune apparition en public, et qui ne se présente jamais à la remise des prix qu’il a raflés. Mieux : aucune photo de lui n’est parue dans la presse. Bref : personne ne sait qui est vraiment Carson McNeal. Elle ajoute qu’elle a réussi à dénicher son adresse ou celle de l’homme chez qui il reçoit son courrier. Ailleurs, dans un village au Liban, une enfant cachée sous une table voit arriver les bottes d’un soldat phalangiste, qui passe entre les cadavres de sa famille. Une balle se loge au beau milieu de son front, et elle s’éveille en hurlant. Romy, sa codétenue, réveillée par les cris, descend du lit superposé et vient la réconforter : c’est juste un des cauchemars d’Afia, mais c’est fini maintenant. Elle lui donne un verre d’eau, et lui rappelle que c’est sa dernière nuit qui s’achève : elle sort aujourd’hui. Romy a donné un numéro à son amie, une société de luxe avec des clients de luxe, mais Afia ne veut plus exercer le métier de prostituée. Elle sort, se heurte à la réalité, va prendre un café au comptoir, s’apprête à appeler le numéro, et est rejointe par l’éducateur pénitentiaire qui lui propose autre chose. Une couverture qui ne dit pas grand-chose de l’intrigue, un texte en quatrième de couverture tout aussi énigmatique. Le lecteur commence par découvrir la journaliste Kerry Stevens, sa situation, travaillant pour un magazine qui fuit comme la peste tout ce qui se veut branché, la revue misant au contraire sur les valeurs sûres et durables, voire universelles et intemporelles. Elle s’est fâchée avec son père, elle traque un écrivain au succès planétaire : un phénomène d’édition et adapté en treize langues, un écrivain de génie, avec une plume comme on n’en a plus vu depuis Steinbeck, obsédé par le thème du renoncement, voire du reniement de soi. Le dessinateur la représente comme une jeune trentenaire, blonde et vive, perspicace et sportive sans être athlétique, une jeune femme indépendante avec du caractère et de l’initiative. Puis arrivé à la neuvième planche, il fait la connaissance avec un autre personnage principal : Afia Maadour, dont il découvre progressivement l’histoire en alternance avec elle de Kerry, Palestinienne dont la famille a fui les troupes israéliennes pour se réfugier au Liban. La technique de dessin change pour bien distinguer ces deux fils narratifs : le dessinateur passe de contours encrés avec des représentations descriptives et réalistes et une palette bleutée, à des contours moins appuyés, des représentations avec les mêmes caractéristiques, et une palette dans les tons ocre brun. Avec cette alternance de séquences entre le fil narratif mettant en scène la journaliste Kerry Stevens, et celui mettant en scène Afia Maadour fraîchement sortie de prison, le lecteur comprend que les auteurs vont jouer avec la structure de leur récit, et qu’ils l’invitent à y participer : à chercher les liens entre ces deux personnages et leur histoire, à détecter s’il se déroulent dans la même temporalité… tout en révélant rapidement que l’histoire d’Afia n’est autre que ce que raconte le roman en cours d’écriture de Carson McNeal. Le lecteur s’attache vite à la journaliste qui se montre fort astucieuse pour parvenir à ses fins : rencontrer cet écrivain si mystérieux dont les romans la touchent. Le lecteur lui envie son culot, et un peu sa chance : récupérer l’adresse du contact par la ruse et la duperie, simuler un accident, utiliser ses charmes en tout bien tout honneur, mettre à profit son histoire personnelle (la brouille avec son père) pour faire pleurer dans les chaumières, ou tout du moins émouvoir Lewis Shiffer, le contact de Carson McNeal. En tant que personnage réel (c’est-à-dire dans le cadre de cette histoire), Kerry prend le pas sur Afia qui est présentée comme un personnage de fiction, toujours dans le cadre de cette histoire. La narration visuelle apparaît immédiatement plaisante, en particulier dans les scènes consacrées à Kerry. Alors que les auteurs jouent la provocation en commençant par trois cases consistant en un travelling arrière à partir du mot Livres imprimés sur une page de l’épreuve du prochain roman de McNeal, jusqu’à voir la majeure partie d’un paragraphe, la suite est présentée avec naturel et simplicité, c’est-à-dire des extraits de texte en lieu et place des dessins attendus. Le groupe de feuillets passe d’une main à un autre, puis est mis dans un dossier qui finit dans le sac de la journaliste, le temps d’apercevoir une partie du titre. Le lecteur ressent l’efficacité de chaque prise de vue, sa clarté, l’unité de page pour également chaque prise de vue, le recours au gros plan sur les visages pour souligner un état d’esprit ou une émotion, sans en abuser, l’investissement de l’artiste pour donner corps aux décors, leur donner de la consistance et de la plausibilité. Il peut se projeter dans les couloirs et les bureaux impersonnels des locaux de la maison d’édition, en terrasse à New York, puis dans les forêts et les rives de l’océan Pacifique à Blue Falls dans l’Oregon, dans ses petits commerces, et dans une cabane en bordure de l’océan, etc. Il note que le dessinateur est attentif aux détails avec un sens du bon dosage dans la densité d’informations visuelles : la maquette du Cutty Sark, les autres maquettes de bateaux et les outils d’assemblage, l’aménagement intérieur du chalet de McNeal, le cric pour changer le pneu de la voiture, etc. Il retrouve ces caractéristiques dans le fil narratif consacré à Afia avec l’impression d’être plus dans les sensations du fait du mode de mise en couleurs, tout en retrouvant ce niveau de détails quand il prête plus attention à la case qu’il regarde. Au fur et à mesure que les liens entre les deux histoires apparaissent progressivement, le lecteur comprend qu’il s’est peut-être un peu vite emballé lorsqu’il a classé cette histoire dans le genre polar. En fait, la journaliste n’enquête pas dans le monde de l’édition : elle cherche un scoop pour une raison psychologique clairement explicitée. De fait, ce pan du récit s’apparente plus à une forme de poursuite pour démasquer l’écrivain qu’à un polar. La dimension sociale, ou plutôt historique, se trouve plutôt dans l’autre pan de l’histoire avec l’exécution sommaire au Liban, massacre perpétré contre des Palestiniens. Les auteurs font explicitement référence à la guerre du Liban qui oppose les phalanges chrétiennes aux milices palestiniennes et musulmanes, ayant éclaté en 1975. Là encore, ce fond historique sert de fondation à cette partie de l’intrigue, sans déboucher sur une mise en perspective de ce conflit ou une analyse de ses répercussions sociales ou politiques. Puis le lecteur se remémore les observations initiales de la journaliste sur McNeal : un écrivain de génie, avec une plume comme on n’en a plus vu depuis Steinbeck, et le fait qu’il soit obsédé par le thème du renoncement, voire du reniement de soi. Par la suite, lorsqu’il lui est donné d’échanger avec l’écrivain, elle évoque le fait que le mode de vie d’un auteur influe sur son œuvre, et les influences qu’elle a détectées telles que John Steinbeck (1902-1968), Ernest Hemingway (1899-1961), Robert Louis Stevenson (1850-1894), sur sa fascination par le caractère de ses personnages monstrueux. McLean lui rétorque qu’elle a dû découvrir que les séances de psychanalyse constituent un voyage au cœur sa propre abjection, ce qui est la seule façon de s’accepter, d’accepter les autres et finalement d’accepter la vie. Il s’agit d’une véritable profession de foi pour McLean, et peut-être pour les auteurs eux-mêmes. Le lecteur se dit les scénaristes évoquent peut-être leurs propres convictions. Il repense également à leur choix de construire un récit à partir d’une forme très particulière : l’entrelacement de deux fils narratifs, et aussi des personnages qui en manipulent d’autres, avec une forme de perspicacité et de préscience qui peut nécessiter une augmentation de suspension consentie d’incrédulité chez le lecteur. De ce point de vue, le propos du récit devient un peu plus un commentaire et une mise en pratique de l’art de la narration, cette mise en abîme étant corroborée par le fait que les auteurs mettent en scène un écrivain, c’est-à-dire quelqu’un dont le métier est également de raconter des histoires. Une enquête de journaliste bien agréable à lire : une narration visuelle d’une grande qualité, avec un dosage parfait dans ce qui est montré, un art consommé de la prise de vue et de son découpage, de la direction d’acteurs, et une capacité à différencier deux modes de dessins, l’un pour Kerry Stevens, l’autre pour Afia Maadour. Une intrigue qui tient en haleine, à la condition d’accepter d’être dans un récit de genre, ce qui suppose une suspension d’incrédulité consentie pour les conventions dudit genre. En sous-texte, les auteurs évoquent l’art de raconter une histoire, celle-ci ayant été conçue à partir d’une structure spécifique. Satisfaisant.
Mégalex
Jodorowsky et Beltran (qui assure les couleurs des Technoperes) se retrouvent pour une nouvelle épopée SF! Cette fois Jodorowsky nous raconte l'histoire de Megalex, une mégalopole de béton, et de ses castes. On est happé dans cet univers minéral dès les premières pages grâce à la technique de dessin en modélisation 3D de Beltran. Nous avons d'un côté les nantis qui sont déshumanisés par les drogues et qui vivent dans une sorte de décadence technologique et de l'autre les parias, qui vivent dans les souterrains et rêvent d'un retour à la nature. Tous les habitants sont soumis à une règle : une espérance de vie limitée. Plus vous êtes haut dans la hiérarchie sociale et plus vous avez du temps de vie et inversement. Cette idée est admirablement exploitée et aboutit à des scènes très fortes. C'est difficile d'en dire plus sans spolier mais on est sur du Jodo pur jus, avec notamment un troisième tome très inspiré qui multiplie les pirouettes scénaristiques. Les fans vont adorer et les réfractaires vont encore s'étonner d'être dégoûtés par tous les excès du récit et la noirceur générale de l'oeuvre. Megalex n'est pas sans petits défauts : Jodo a du mal à choisir le personnage principal de son histoire et la fin du premier cycle est expédiée (mais vraiment). Dommage, j'aurais adoré un second cycle qui ne verra jamais le jour. Encore un bijou signé Jodorowsky.
Jan Karski - L'homme qui a découvert l'Holocauste
Série très solide et marquante par son angle d’approche. Le récit adopte un point de vue interne à la guerre, en embrassant un spectre large : avant les camps, le ghetto, les violences dans les campagnes, la mécanique progressive de l’horreur. Cette contextualisation donne une profondeur rare au parcours de Jan Karski et évite une focalisation exclusive sur l’univers concentrationnaire, sans jamais en atténuer la gravité. Le scénario est rythmé, tendu, et remarquablement prenant. Malgré la dureté du sujet, la narration maintient un réel suspense et pousse à enchaîner les pages. Les personnages sont bien écrits, nuancés, souvent attachants, et l’ensemble fait preuve d’une certaine subtilité, notamment dans le traitement du témoignage, de la transmission et de l’incrédulité politique. Graphiquement, le dessin est efficace et lisible, parfaitement au service du propos sans chercher l’esbroufe. Il n’est pas particulièrement marquant mais fonctionne globalement bien. On peut relever une légère difficulté à distinguer certains visages ou personnages secondaires, sans que cela nuise réellement à la compréhension ou à l’impact du récit.
La Tête de mort venue de Suède
Grand Prix Artémisia 2026 mérité ! Je viens de finir la bd empruntée à la Bibliothèque, et je pense que je ne la rendrais que pour l'acheter, et ce alors que je cherche à faire de la place chez moi, c'est dire ! Je ne sais ce qui est le mieux : la manière fantastique de (re)découvrir Descartes et ses successeurs ou les images. Des suppléments ne servent pas à réparer les lacunes comme dans tant de bd ou de dvd, non, on dirait de nouveaux morceaux interprétés par des artistes généreux, quand ils ont chanté tout ce qu'attendait le public. Si on en vient au visuel, par quoi commencer ? Les os sont encore plus expressifs que dans cette série de bd, Monsieur Mardi Gras Descendres ! Et ce n'est pas peu dire. Mais là, les os expriment la condition de l'être humain qui s'interroge, je suis quoi, à présent, reprenant la fameuse interrogation de Descartes à nouveaux frais. Et les animaux revendiquent de n'être pas des mécaniques en se plaignant des conséquences de cette supposition, débats et liens se tissent entre le philosophe et ses compagnons animaux moins réduits que lui, ayant tout leur squelette quand il n'a plus que son crâne. Tous ces restes sont rassemblés dans des conditions qu'on suit comme un roman policier. Je ne saurais dire si cette œuvre est en noir et blanc ou en couleur, elle transcende les deux, et pour s'évader peut-être des os, on voit des scènes oniriques où la vie est célébrée. Poétique et amusant : chaque animal voit non midi à sa porte, mais le paradis selon son biotope. Merveilleux !
Mickey contre l'alliance maléfique
Je deviens de plus en plus fan de cette collection Glénat ! Même si ça vaut plus 3,5/5 à mes yeux, la lecture de ce tome est extrêmement plaisante. J'ai beaucoup aimé la manière dont Johan Pilet reprend le grain caractéristique des vieux comics de super-héros, tout comme l'univers concocté par Nicolas Pothier, qui reprend tous les grands poncifs de la SF, à commencer par cette ville qui évoque forcément Le 5e Élément à un moment ou à un autre. Je ne connaissais pas cet auteur, mais au passage, il devrait vraiment reprendre un Iznogoud un de ces jours ! Il s'amuse à glisser un nombre de jeux de mots incalculable dans son récit ! Chaque planche, et parfois chaque case, se plaît à multiplier les calembours potentiellement jusqu'à l'overdose, pour les moins tolérants. Néanmoins, reconnaissons à Pothier un vrai talent pour réussir à les glisser de manière aussi cohérente que possible dans ses dialogues. Cela donne un résultat complètement fou, très délirant, et très drôle. J'ai beaucoup souri à la lecture de ce récit aux péripéties échevelées et toujours bon enfant. Évidemment, on n'est pas sur un chef-d'œuvre non plus, mais on sent que les deux auteurs s'en donnent à cœur joie, et leur enthousiasme est particulièrement communicatif ! Bref, une lecture qui donne le sourire, et remplit ainsi parfaitement sa mission.
Saint-Barthélémy
Les guerres de religions – et le massacre de la Saint-Barthélemy en particulier – sont un moment fort et tragique de l’Histoire de France. Cela a déjà donné lieu à quelques séries (les conséquences avaient été au cœur du très bon Charly 9, dans un esprit clairement plus « décalé »). Je trouve que cette série est l’une des meilleures réalisées sur le sujet. D’abord parce qu’elle est agréable à regarder. Le dessin de Stalner – habitué aux récits historiques – est vraiment bon, et beau. Ceci est valable pour les personnages, mais aussi et surtout pour les habits et les décors, bien rendus. Le Paris de la seconde moitié du XVIème siècle est bien restitué, et la colorisation de Fantini (qui manque parfois de nuances) est globalement plaisante, et accompagne très bien le travail de Stalner. Le triptyque se concentre sur quelques heures (juste avant, pendant, et juste après les massacres), ce cadre restreint instaurant un rythme et une tension qui convient très bien au sujet, illustrant un grand coup de folie collective. Toutefois les auteurs s’autorisent quelques flash-backs, pour présenter une vingtaine d’années plus tôt certains protagonistes. Car, au milieu d’un cadre et de personnages historiques connus de tous, une fratrie au destin tragique nous sert de fil rouge. Ce mélange de petite histoire romancée et de Grande Histoire fonctionne très bien ici, c’est relativement crédible (même si la traversée de Paris réalisée par Elie de Sauveterre au milieu du massacre relève quand même de l’exploit !). En tout cas la narration est fluide, les personnages bien plantés. Surtout, les auteurs montrent bien qu’en plus des enjeux religieux – et parfois de façon bien plus évidente – beaucoup d’enjeux personnels, de rivalités de clans, bref, la « politique » ont joué un rôle presque aussi important dans certaines décisions tragiques. Et le récit propose tous les « moments forts » du massacre, à commencer par le sort subi par Coligny. Une série qui plaira sans doute aux amateurs de récits historiques. Note réelle 3,5/5.
Isabellae
Isabellae propose un univers assez étonnant, à la croisée de deux imaginaires a priori éloignés – Japon féodal et mythologie celtique – et repose clairement sur une logique de série d’action. Les combats sont nombreux, le fantastique omniprésent et le récit avance à un rythme soutenu. Le scénario n’a rien de révolutionnaire et présente quelques faiblesses ou facilités, mais ce n’est clairement pas là que se situe l’ambition principale. Dans sa dualité, l’ensemble reste cohérent et surtout constant sur la durée, ce qui n’était pas gagné sur six tomes. La lecture est fluide et agréable, portée par une héroïne féminine forte, charismatique et bien incarnée, qui donne une vraie colonne vertébrale à la série. Le récit assume pleinement son orientation grand spectacle et ne s’éparpille pas inutilement, ce qui contribue à son efficacité globale. Graphiquement, la série est une vraie réussite. Le dessin est dynamique, lisible et s’adapte très bien aux deux univers. La mise en couleur est particulièrement soignée, avec une utilisation intelligente des ambiances chromatiques pour différencier les lieux, les temporalités et les volets du récit. L’ensemble renforce nettement l’immersion et l’impact émotionnel des scènes. Une série recommandée aux amateurs de fantasy et d’action qui cherchent une lecture efficace, bien rythmée et visuellement solide, sans attendre un scénario trop ambitieux.
Soli Deo Gloria
Difficile de passer après mes collègues aviseurs, mais je tenais moi aussi à apporter ma pierre à l’édifice critique élogieux qui entoure ce one-shot de Jean-Christophe Deveney et Edouard Cour. Chaque chapitre narre un épisode de la vie troublée de Hans et Helma. Le ton est très humain, les épreuves se succèdent, la fratrie se soude pour faire front à l’adversité, jusqu’à craquer quand les motivations personnelles rentrent en conflit. Tout est tellement juste, les évènements, les personnages attachants aux personnalités nuancées. La fin est juste parfaite, notamment la double page finale. Il faut dire que Edouard Cour, qui nous en avait déjà mis plein les mirettes dans sa dernière BD en date ReV, s’est ici surpassé. Le noir et blanc parsemé de couleurs musicales est élégant et surtout d’une maitrise et d’une précision incroyable. J’adore quand le découpage fait partie intégrante de la narration – voir par exemple les hautes cases pour représenter la verticalité de la ville de Laguna Majora, page 156 et 157. Un sans-faute. Je me joins à la chorale de 5/5.
Jesse James
J'ai découvert, tout jeune, l'existance de Jesse James avec le film "Le brigand bien-aimé" d'Henry King et d'Irving Cummings (1939). Je me rappelle très bien de la scène de l'assassinat de Jesse James, elle m'avait marqué. Ma deuxième incursion dans la collection "La Véritable Histoire du Far West " de Glénat après Wild Bill Hickok. Un album très intéressant, on va évidemment suivre le parcours de Jesse James mais aussi en apprendre beaucoup sur cette période historique, sur l'État du Missouri principalement, territoire frontalier entre le nord et le sud pendant la guerre de Sécession. La guérilla s'y installe avec d'un côté les Jayhawkers (pro-nordiste) et les Bushwackers (pro-confédérés). C'est sur ce bourbier que va se jouer le destin de Jesse James. Un récit captivant qui n'occulte aucune des facettes de Jesse James dont celui de père de famille. Un personnage complexe qui rentrera dans la légende du Far West. La narration linéaire est adaptée à ce genre de récit biographique. Un gros dossier richement documenté vient compléter cet album. Regnault nous propose un dessin expressif, riche en détails, puissant et sale avec une touche de modernité dans le genre western. Et ses couleurs sombres et souvent sans contrastes apportent énormément à cette ambiance sans foi ni loi. Du très bon travail. Un album à découvrir.
Shin Zero
J'en suis le premier surpris, mais ce manga est assez bon. Je me souviens avoir été fasciné durant ma jeunesse par X-Or ("transmutation !!!!"), mais n'ai pas vraiment suivi Bioman (plus de télé à la maison à cette époque) et étais trop âgé pour m'intéresser aux Power Rangers et Sailor Moon. Le peu vu des trois dernières séries citées me semblait déjà à l'époque ridicule, quant au fameux X-Or, j'eus la surprise au cours d'une relativement récente vision d'un épisode, de constater la présence d'éléments parodiques et (plus triste) d'éléments bassement mercantiles, la série se déclinant alors en jouets pour enfants qu'il fallait promouvoir. L'univers des sentaï me renvoie à plusieurs sentiments contradictoires, aussi ne me suis-je point précipité sur cette BD. Mais la confiance envers les auteurs et cette attirance-répulsion envers le sentaï m'ont néanmoins fait franchir le pas. Si les codes de l'univers sentaï sont bien présents, le manga nous propose plutôt une tranche de vie douce-amère sur le passage à l'âge adulte avec en toile de fond un propos étonnamment acerbe sur les ravages du libéralisme à l'heure de l'ubérisation de l'économie. Totalement inattendue et fort habilement menée, l'intrigue est riche en thématiques : le regard sur les rêves d'enfant, la précarité au travail et l'ubérisation de l'économie, la culture du viol, le départ du domicile parental, les expériences génétiques d'ordre militaire, l'impact des inégalités sociales sur l'éducation, les réseaux sociaux, l'insécurité, etc. Volontairement, je ne trie pas ces thématiques et les énonce dans un pêle-mêle en apparence maladroit, parce que le manga lui-même joue avec son lecteur en ne clarifiant pas ses intentions, attise une curiosité de développement sans cesse récompensée. Pour le moment, l'intrigue prend même le risque de déplaire aux fans de sentaï ! Mais il est à craindre qu'elle ne cherche dans les deux prochains tomes à rattraper le tir, à ménager davantage son cœur de cible, comme en témoigne la scène finale du tome 1, au demeurant habile dans sa parodie. Côté illustrations, Singelin conserve son goût pour les détails, le manga a donc la bonne idée de régulièrement placer ses personnages dans des décors fouillés et de qualité. L'ajout de couleurs pour plaire aux fans était attendu, mais demeure sympathique. Une inattendue et bien curieuse réussite. En espérant que la suite ne ternisse pas ce bon démarrage.