J'aurais vraiment aimé aimer cette BD. D'abord parce que j'apprécie beaucoup le dessin de Clarke, y compris lorsqu'il adopte un style plus réaliste comme ici, et ensuite parce que les récits de science-fiction, en particulier ceux qui jouent avec le temps et les concepts complexes, font clairement partie de mes lectures de prédilection.
Sur le papier, ça aurait pu me plaire : une invasion extraterrestre d'un genre particulier, des phénomènes temporels, des enfants cobayes transformés en génies capables de résoudre l'impossible… Mais très vite, j'ai eu une impression de déjà-vu assez marquée. Le concept des jeunes surdoués manipulés rappelle beaucoup d'autres œuvres, tout comme l'idée d'une menace alien incompréhensible jouant avec le temps, ou encore celle de personnages capables d'anticiper toutes les probabilités pour parvenir à leurs fins. L'ensemble donne le sentiment d'un assemblage de thématiques déjà largement explorées ailleurs, sans véritable proposition nouvelle.
Cela aurait pu passer si la narration avait réussi à m'accrocher, mais c'est justement là que le bât blesse. Le récit est très décousu, multipliant les scènes courtes qui s'enchaînent sans toujours de lien évident, avec des transitions abruptes qui ne m'ont pas vraiment perdu mais un peu agacé. On passe d'un lieu à un autre, d'une situation à une autre, sans toujours comprendre immédiatement ce qui se joue, ni à quel moment on se situe. Cette construction finit par empêcher toute implication émotionnelle, d'autant que les personnages, en particulier les cinq jeunes cobayes, restent très peu développés et assez interchangeables.
Les dialogues n'aident pas non plus, notamment lorsqu'ils cherchent à souligner le génie des personnages à coups de répliques un peu trop appuyées et artificielles. Cela sonne souvent faux et renforce la distance avec le récit.
Reste ce voile de mystère qui pousse malgré tout à continuer la lecture pour comprendre où tout cela mène. Mais là encore, la promesse n'est pas tenue. La résolution arrive tardivement et de manière assez bancale, avec des explications peu claires qui donnent davantage l'impression d'un enchevêtrement confus que d'un véritable aboutissement maîtrisé.
Malgré de bonnes intentions et un univers qui aurait pu fonctionner, je suis resté à distance de ce récit trop fragmenté et trop familier dans ses thèmes, dont la conclusion, loin d'éclairer l'ensemble, renforce surtout mon sentiment de déception.
BD humoristique sur le joli sujet de la désobéissance civile. La plutôt vilaine couverture annonce fort bien la couleur et si le sujet des ZAD sera à l'honneur, il est à craindre que son traitement soit pour le moins léger sinon bien caricatural et dépassionné.
De passion idéologique, il ne sera en effet nullement question ici. Si le récit évoque la désobéissance civile, c'est en réponse à un drame intime que les auteurs dénoueront à la manière d'un Zidrou, sous l'angle de la chronique douce-amère, en fin d'histoire, afin de créer un bien artificiel moteur à l'action.
L'inversion initiale des stéréotypes de classes sociales et l'humour lié à l'usage du subjonctif imparfait engendrent quelques bons moments de lecture, mais la BD ne parvient généralement pas à pleinement divertir tant la galerie de portraits apparaît bien fade et surtout caricaturale.
L'intrigue cousue de fil blanc engendre un léger désintérêt, que les derniers rebondissements, peu habilement développés, ne parviennent à surmonter.
Une lecture par moment sympathique, mais probablement bien vite oubliée. Et un auteur, Pelaez, qui déçoit une nouvelle fois ; l'habileté entraperçue dans Neuf semble n'avoir été qu'un heureux concours de circonstances, dommage !
BD de divertissement proposant un jeu intéressant sur le genre. L'ouverture laisse augurer un récit à la lisière du noir et du thriller en huis clos, le fantastique s'invite ensuite avant que tout ne se bouscule dans un grand final d'action. Cela confère à l'intrigue un dynamisme indéniable, mais déroute également à mesure que le grand-guignolesque se normalise, faisant disparaître l'essentiel de la tension que les premières pages étaient parvenues à installer. Le rocambolesque des rebondissements fantastiques touche également le passé des protagonistes dont les secrets révélés ne cessent de chambouler le jeu de dupes peu à peu installé.
Côté illustrations, le style évoquant les comics de Sean Murphy est incontestable, la gratuité formaliste également : fond noir, traits anguleux des visages, horizontalité de certaines cases sur la double page, postures archétypales des protagonistes, figuration excessive du mouvement et découpage cinématographique, etc. Le ridicule côtoie le très intéressant, renforçant l'impression laissée par le scénario.
Bref, une BD pop corn nous faisant avaler bien des couleuvres, dont les excès amusent et lassent tout à la fois. On regrette l'ambition de n'avoir recherché que la distraction, quand suffisamment d'éléments auraient permis de mettre en place un implacable thriller fantastique d'un calibre autrement supérieur.
Dans une uchronie rétrofuturiste située au début du XXe siècle, on suit Maddie, jeune inventrice, et Lewis, motard cascadeur un peu marginal, engagés dans une course transcontinentale à travers les États-Unis. L’enjeu : déterminer quelle technologie dominera les transports de demain, avec en toile de fond l’opposition entre une innovation plus propre et des intérêts financiers déjà largement acquis à la cause du pétrole.
Le dessin est sans doute l’un des aspects les plus marquants de l’album. Les décors, presque vectoriels, très propres et géométriques, contrastent avec des personnages plus typés animation. Il en résulte un style assez singulier, avec une vraie identité visuelle. J’ai trouvé cela intéressant et plutôt réussi, même si je comprends que cet aspect numérique pourrait rebuter tant il peut paraître froid ou artificiel par moments.
Sur le fond, on est face à un récit d’aventure et d’action clairement orienté vers un public adolescent. La grande course qui structure l’histoire évoque un peu Les Fous du Volant, avec une galerie de concurrents et de machines lancés à toute vitesse à travers des environnements variés. L’intrigue reste assez classique, avec des outsiders opposés à de puissants intérêts financiers peu scrupuleux, mais elle fonctionne : le rythme est soutenu, les personnages sont sympathiques quoique certains un peu trop manichéens, et l’ensemble se lit avec plaisir.
En revanche, quelque chose m’a vraiment manqué dans la narration. Si l’on nous présente rapidement les grandes figures industrielles qui financent les différents concurrents, on ne bénéficie jamais d’une explication claire des technologies en jeu, ni d’une identification précise des pilotes et de leurs véhicules. On comprend progressivement qui est qui au fil de la lecture, mais cela reste flou. C’est dommage pour un récit centré sur une course, où l’on a justement envie de savoir clairement quels concurrents s’affrontent et avec quels atouts, afin de mieux s’impliquer dans la compétition.
Cela reste donc une lecture sympathique, dynamique et accessible, portée par un univers visuel original, mais qui manque un peu de clarté et de précision dans sa mise en scène pour pleinement embarquer le lecteur dans sa course.
Avoir raison au mauvais moment, c’est avoir tort.
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Didier Tronchet pour le scénario, et par Jean-Philippe Peyraud pour les dessins et les couleurs. Il comprend deux cent soixante-dix pages de bande dessinée.
Le président de la République française, Thierry Langlois, est en train de faire un déplacement dans une cité de banlieue. Il répond de manière informelle aux questions de quelques jeunes. Soudain, l’un d’eux l’interpelle par le surnom de Tity. Il se dirige vers lui en lui demandant ce qu’il veut. Un selfie ? L’adolescent lui fait un double doigt d’honneur, tout en l’informant que la jeunesse souhaite s’en prendre à son anus. Et il part en courant. Énervé, le président saute par-dessus la barrière et se met à courser le malpoli et son copain, avec sa sécurité qui essaye de le suivre, et les journalistes en remorque. Après une course-poursuite acharnée, le président finit par plaquer le jeune et lui coller une baffe. Les journalistes s’en donnent à cœur joie à la télévision : Cette séquence est proprement hallucinante ! On se croirait dans une cour d’école. C’est totalement inédit sous la Ve république. C’est un abaissement de la fonction présidentielle, on en est presque à un point de non-retour… Au palais de l’Élysée, dans une grande salle de réunion, le président éteint la télévision et demande leur avis aux ministres présents. Les réactions sont précautionneuses : C’est une bonne réaction, ça donne de la présidence une image virile et volontariste. Et aussi : Un chef de l’État courageux qui va au charbon, qui ne redoute pas le contact avec le public, les Français aiment ce genre de proximité. Ensuite : Et puis vous restaurez l’autorité de l’État dans ce que certains appellent les zones de non-droit. Et enfin : Et si je puis me permettre, monsieur le président, la France sportive appréciera cette course et ce placage dans les règles qui rappellent son passé de rugbyman.
Le président remercie les ministres et les fait sortir de la salle. Puis il se tourne vers Armand Le Poix, le secrétaire général de l’Élysée, et ami de trente ans. Ce dernier répond à la question du président : Les deux, secrétaire général et ami, lui disent que cette une énorme bêtise. Si on frappe un enfant, on est perdant à tous les coups. Et à un an du renouvellement de son mandat, l’image qu’il renvoie est catastrophique. Celle d’un président incapable de maîtriser ses nerfs. Ils sont interrompus par un appel téléphonique : Thierry décroche, c’est Sophie son ex qui lui apprend qu’elle a un nouveau compagnon. En entendant le nom de l’homme en question, le président jette violemment son téléphone par terre et il se brise. Ailleurs, dans une salle de cinéma, l’actrice Victoria Coraly se voit décerner le marteau d’or de la meilleure actrice. Elle monte sur scène et elle entame son discours : Elle croit plus que jamais à un cinéma engagé dans la vraie vie, toute expression qui n’a pas pour champ d’action le monde ici et maintenant est un art mort. Tous les participants l’acclament : Crève le cinoche commercial !
Le texte de la quatrième couverture explique que pour rétablir son image le président a pour projet de choisir une nouvelle première dame. La séquence d’ouverture établit le ton du récit : une comédie dramatique, ou peut-être même une comédie tout court. Le président est un ancien rugbyman et il course un jeune impoli, peut-être même insolent, évoquant la réaction courroucée d’un vrai président. Un président qui va entretenir une relation avec actrice… Hummm ! Ah oui, comme John Fitzgerald Kennedy (1917-1963) & Marilyn Monroe (1926-1962, Norma Baker), même si le président dans le cadre de ce récit fait le parallèle entre JFK & Jackie Kennedy-Onassis (1929-1994, Jacqueline Lee Bouvier). Thierry Langlois apparaît tout de suite un peu dépassé, entre son tempérament parfois un peu impétueux, son ministre de l’Intérieur qui manigance et même complote pour le faire tomber, constamment rabaissé par sa mère Nadège Langlois, et manipulé plus ou moins ouvertement par son ami de trente ans Armand de Poix et par l’amant de celui-ci Xavier Fursac, grand communicant embauché par son compagnon pour s’occuper de l’image du président. De l’autre côté, une actrice tout aussi immédiatement sympathique, normale et gentiment militante pour un cinéma engagé, en particulier pour les sans-papiers. Le lecteur sent bien que la tonalité du récit sera plus légère que dramatique, focalisée sur le développement de la relation entre ces deux personnes que beaucoup de choses opposent.
Conquis dès les premières pages, le lecteur se trouve emporté par la dynamique du récit, pas tant de savoir si le président et ses deux conseillers parviendront à rattraper son image médiatique, plutôt de savoir ce que peut générer l’interaction entre lui et l’actrice. Il sourit en voyant qu’elle se trouve acculée à accepter une proposition très scabreuse : littéralement le rôle de première dame, c’est-à-dire l’interpréter avec ses talents d’actrice. Pour autant les auteurs se tiennent à l’écart de toute forme de domination ou d’emprise au mieux malaisante, au pire sadique. L’artiste doit réaliser un nombre conséquent de pages, et il les fait dans un registre réaliste et descriptif, avec une forme de simplification appliquée de manière différenciée, et une touche d’exagération comique dans les expressions de visage et dans certains comportements et gestes relevant du langage corporel. En fonction du personnage, il peut très discrètement améliorer sa silhouette. La morphologie de joueur de rugby élancé pour le président. Celle fine, gracile et tendue de l’actrice. Celle plus rondouillarde et confortable de l’ami de trente ans avec une barbe improbable et une pipe au bec. Celle moqueuse du chargé de communication avec ses cheveux mi-longs et sa tenue décontractée. Ou encore les expressions perfides du ministre de l’Intérieur caractéristiques du rôle de traître. Sans oublier Valentin, le jeune garçon d’une demi-douzaine d’années, fils de Victoria Coraly.
La course-poursuite en deux pages est formidable : un vrai spectacle, très rythmé, un authentique placage selon les règles, et une baffe pas tout à fait volée, enfin ça se discute, toujours est-il que le lecteur comprend parfaitement l’émotion qui a envahi le président. Puis il voit le téléphone se fracasser au sol après avoir été violemment jeté à terre : une narration impeccable, un emportement passager à nouveau tout à fait compréhensible, une petite touche d’exagération visuelle pour en faire passer l’intensité au lecteur. Ce moment humoristique fonctionne à la perfection, et il annonce les moments d’humeur à venir, tant par la maîtrise de la narration que par la justesse de la situation. Ces passages comiques renforcent encore l’empathie du lecteur pour les personnages : le comique de répétition avec les portables fracassés, la gifle retentissante assénée par Nadège Langlois qui estime son fils-là lui fait honte, incapable qu’il est de tenir sa femme ou de s’en faire respecter, ayant un poste moins important que son frère qui lui a une bonne place dans l’industrie, une femme sèche et méprisante très réussie. Ou encore le regard plein de haine de la Miss France qui regarde l’actrice en comprenant qu’elle vient de faire échouer son espoir de devenir la première dame. Sans oublier l’énergie enfantine de Valentin débordant de vie.
Le lecteur se trouve vite captivé par les relations de ce duo improbable, oublieux des techniques utilisées par les auteurs, pour simplement savourer le plaisir de cette histoire divertissante et touchante. Il ressent bien la justesse du jeu des personnages et leur expressivité. Il note inconsciemment que les dessins se nourrissent de temps à autre d’images d’actualité, que ce soit le président filant dans les rues de Paris à scooter (comme un autre président bien réel), ou les forces de l’ordre intervenant pour démanteler un camp de personnes à la rue en éventrant leurs tentes, ou les chargeant alors qu’ils ont trouvé refuge dans une église. Il absorbe également les ambiances générées par les différentes palettes de couleurs en fonction des séquences et de leur nature, ressentant que le coloriste passe régulièrement en mode expressionniste, quittant le domaine réaliste. Il apprécie de s’immerger aussi bien dans les rues de Paris, qu’au milieu des ors de la République, ou encore dans le modeste appartement de Victoria Coraly, dans un café parisien, dans une limousine entourée de motards, dans une cabine de la grande roue, au musée des arts forains (les pavillons de Bercy, 53 avenue des Terroirs de France, dans le douzième arrondissement de Paris), en train de jouer au rugby sur une des pelouses de l’Élysée, et même au bord de l’océan en Bretagne.
Dans le même temps, cette comédie romantique intègre des éléments de l’actualité et repose sur un enjeu très concret. Il est question de personnes à la rue, de sans-papiers vivant dans l’angoisse d’être arrêtés, de la nécessité pour le cinéma d’être engagé (c’est du moins la conviction de Victoria Coraly), de solitude au sommet du pouvoir, de communication politique (Ce choix de teasing authentifie l’information et verrouille le storytelling. Cette version doit écraser toutes les autres par sa charge affective positive… Pour le public, la vérité est toujours sentimentale.), de panier de crabes entre politiciens, chacun cherchant à mettre son adversaire politique en difficulté, à le discréditer, d’à quel point on se retrouve prisonnier de ses alliances, de récupération politique, et même de convictions politiques. De prime abord, Thierry Langlois semble peu crédible dans son poste de président. Lors d’une escapade dans une guinguette, il expose ses convictions à Victoria, et il apparaît fort conscient des limites de ses actions, et aussi de la nécessité de ses actions. Pour lui : La politique, c’est accepter le réel, accepter de soulever le capot et de mettre les mains dans le cambouis, là où ça se passe. Et d’essayer qu’on avance, tous ensemble si possible. Il continue en demandant ce qui se passe sans politique ? C’est l’anarchie ou la dictature ! Le chaos ou les généraux ? Des observations plus concrètes et pertinentes qu’une simple comédie. Enfin, les auteurs mettent en scène avec une certaine honnêteté la question de savoir si l’actrice pourra influer un peu ou pas du tout sur la politique gouvernementale.
Une petite bluette sympathique et divertissante sur la dynamique de la jeune femme rebelle (y compris sur le plan politique) se retrouvant à l’Élysée, avec le risque de tomber sous le charme indéniable du président. Une narration visuelle remarquable en tout point, en particulier sur le rythme et sur la direction des acteurs, embarquant le lecteur du début à la fin, avec un sens impeccable de l’humour. Thierry Langlois et Victoria Coraly sont immédiatement sympathiques et attachants, leur relation évoluant tout en étant empêchée. Les auteurs savent également filer des questionnements réels dans la tapisserie de leur comédie, sans l’alourdir. Une réussite pétillante, drôle et touchante.
Une histoire qui commence comme un conte à la Dickens, puis qui bascule rapidement vers un univers fantastique/SF, tout en gardant en filigrane quelque chose de classique (le vieux milliardaire qui recueil une fille des rues et en fait son héritière).
Chaque tome décrit l’évolution de l’univers, en suivant l’héroïne, d’abord enfant des rues, puis femme et mère, pour enfin être presque éjectée/rejetée par sa famille.
Il y a des facilités, qu’il faut accepter. La quasi unité de lieu – comment sont ravitaillés les habitants de la tour, longtemps assiégés ? Mais aussi cette « fabrication » semble-t-il aisée de personnes mi-robots mi-golem – les « Porcelaines », et les pouvoirs que possède l’héroïne pour les commander.
Mais cette histoire se laisse lire, avec une héroïne qui n’est pas monolithique et qui, voulant se maintenir à l’abri des conflits, et vivre simplement, va au contraire progressivement se trouver à faire des choix brutaux, existentiels, et devoir se comporter comme une cheffe de guerre, sacrifiant perdant successivement – au propre comme au figuré – ceux qu’elle aime ou a aimés.
Le dessin est plutôt sympa, agréable à l’œil, fluide, avec une colorisation assez lumineuse (qui lisse quand même parfois un peu trop les détails). Mais les décors sont un peu escamotés, et j’ai été surpris par ces corps aux longues jambes.
Premier album de cette nouvelle collection de Dargaud que je lis et qui semble s'adresser au public de young adult si je me fie aux fiches des séries de cette collection que j'ai aperçues sur BDTheque.
Le dessin est dans le pur style que l'on retrouve dans les comics young adult depuis quelques années. Ce n'est pas un style que j'affectionne particulièrement, mais c'est lisible et ça fait le job. Pour ce qui est du scénario, c'est encore une fois une aventure qui met en vedette un personnage jeune (et ici c'est une fille) auquel le lectorat ado peut s'identifier et qui va subir une quête qui va lui faire comprendre plusieurs leçons de la vie. Ce n'est pas original comme trame narrative, mais son traitement l'est. L'héroïne va se retrouver obligée de faire en sorte que le vœu de trois personnes soient exaucé, et elle le fait sans magie, elle ne peut qu'utiliser son cerveau pour réussir.
Le scénario est vraiment prenant pendant une bonne partie du récit... Malheureusement tout s'écroule lorsqu'on arrive au troisième vœu. Le scénario devient plus classique et conventionnel. Les dernières péripéties m'ont semblé précipitées, comme si les auteurs en avaient eu marre, et voulaient finir leur récit le plus rapidement possible. Bref, tout l'enthousiasme que j'ai ressenti a fini par disparaitre lorsque j'ai refermé l'album.
Au final, c'est pas trop mal, mais je conseillerais surtout un emprunt.
Les deux précédents albums de Lisa Blumen – parus eux aussi chez L’Employé du moi – m’avaient fait découvrir une auteure originale. Plutôt sur des sujets SF ou proches, sortant des sentiers battus.
Bref, un a priori favorable, qui m’a fait passer outre le sujet de cet album, qui traite de quelque chose que je ne connais pas vraiment, et pour lequel j’aurais de fortes préventions. Tout ce qui tourne autour du maquillage m’indiffère, et les « influenceurs » (influenceuses ici) – cette autre façon plus branchée – et plus hypocrite – de faire de la publicité sur internet et les réseaux sociaux me rebutent au plus haut point (je hais la publicité, et en plus je trouve que c’est une exaltation de l’insignifiance, du paraître débile. Une allergie intellectuelle donc de ma part.
Nous suivons donc une jeune influenceuse, qui présente régulièrement à ses suiveurs sur le net une partie de sa vie privée, et les nombreux produits de maquillage qu’elle reçoit de la part de sociétés spécialisées.
L’accumulation des « placements de produits » donne quelque chose de risible, comme l’est le formatage de « l’image idéale » des jeunes filles/femmes suivant ce genre de contenus.
La seule chose qui m’ait un tant soit peu intéressé dans cette histoire, c’est quand on nous montre, au hasard de quelques rencontre entre l’influenceuse et les représentants des marques qui lui fournissent des échantillons, ou le directeur d’une agence qui l’emploie, comment notre influenceuse est en fait traitée comme une travailleuse « ordinaire » (loin du 2.0), c’est-à-dire maltraitée, subissant moult pressions. Autre moment intéressant, la façon dont les réseaux sociaux permettent à tous les névrosés de déballer leur violence, leurs idées masculinistes, leurs insultes gratuites et anonymes : notre influenceuse qui ne vit que pour et par le net et l’image qu’elle y véhicule, en découvre ainsi vers la fin les nombreuses zones d’ombre.
Mais bon, si les autres albums de Blumen m’avaient toujours intéressé, celui-ci m’a laissé de côté. Et la fin, un peu brutale et ouverte, nous laisse dans l’expectative quant aux choix de l’héroïne.
Je pense que ça n’est pas ma came.
Jusqu'à la tombée de la nuit, un titre poétique pour un récit intime sur le deuil et la quête de réponses.
David, un jeune homme à l'approche de la quarantaine, revient dans le village où enfant il passait toutes ses vacances d'été. Ce voyage fait remonter à la surface de joyeux souvenirs d'enfance, comme des rires et des jeux avec ses cousins. Ce village est surtout le lieu qui a vu disparaitre sa soeur il y a 25 ans. Ce voyage initiatique sur les lieux du drame est surtout motivé par le besoin de réponses : que s'est il passé cet été là ?
On suit un homme perdu qui erre dans le village et aux alentours à la recherche d'un déclic. Tantôt en se remémorant les souvenirs de cet été tragique, à la recherche d'une piste. Tantôt en s'interrogeant sur les conséquences de ce traumatisme sur l'homme qui l'est devenu et le lien entre ce drame et les blessures qui le troublent actuellement. Cette dualité est bien exploitée, les doutes et le mal être de David se ressentent bien.
Coté dessin, on sent quelques défauts de jeunesse. Des perspectives un peu ratées au début et un trait qui manque globalement d'assurance. Cela dessert un peu le récit qui y perd pas mal de son potentiel dramatique. On est sur un terrain déjà pas mal exploré en BD, celui du drame intime et du deuil, l'histoire a quelques atouts mais au final il manque un petit quelque chose pour sortir du lot des romans graphiques traitant d'un sujet similaire.
Dans un monde post-apocalyptique, l'humanité survit tant bien que mal face à des créatures monstrueuses au service de ténébreux vampires. Païli, une super guerrière humaine dont on ignore l'origine des pouvoirs, est appelée à jouer un rôle clé dans un conflit qui la dépasse.
D'un point de vue purement technique, le travail graphique est indéniable. Le rendu est très réaliste, limite surréaliste, avec une maîtrise certaine de la couleur et de la lumière. Mais, outre son aspect figé comme une photo, ce style a un aspect très kitsch, évoquant ces vieilles illustrations de Métal Hurlant réalisées à l'aérographe, avec leurs excès, leur emphase et leur goût du spectaculaire daté.
Cette impression se retrouve d'ailleurs dans tout le reste. La mise en scène, les antagonistes, certaines situations et même les dialogues flirtent régulièrement avec ce côté désuet et kitsch, parfois involontairement caricatural. L'ambiance gothique, les effets appuyés, les poses dramatiques et les symboles accumulés finissent par donner au récit un ton excessif qui peut autant fasciner que faire lever les yeux au ciel. Moi j'ai carrément soupiré.
Pourtant, malgré ces réserves, l'intrigue fonctionne suffisamment pour éveiller la curiosité. Le monde posé, les mystères esquissés et les relations entre les personnages donnent envie de voir où tout cela va mener. Malheureusement, la série ayant été abandonnée, tout restera à jamais en suspens. Difficile dès lors de recommander une lecture qui, malgré une curiosité réelle et quelques qualités évidentes, ne mènera nulle part et laissera le lecteur sans réponse.
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Akkad
J'aurais vraiment aimé aimer cette BD. D'abord parce que j'apprécie beaucoup le dessin de Clarke, y compris lorsqu'il adopte un style plus réaliste comme ici, et ensuite parce que les récits de science-fiction, en particulier ceux qui jouent avec le temps et les concepts complexes, font clairement partie de mes lectures de prédilection. Sur le papier, ça aurait pu me plaire : une invasion extraterrestre d'un genre particulier, des phénomènes temporels, des enfants cobayes transformés en génies capables de résoudre l'impossible… Mais très vite, j'ai eu une impression de déjà-vu assez marquée. Le concept des jeunes surdoués manipulés rappelle beaucoup d'autres œuvres, tout comme l'idée d'une menace alien incompréhensible jouant avec le temps, ou encore celle de personnages capables d'anticiper toutes les probabilités pour parvenir à leurs fins. L'ensemble donne le sentiment d'un assemblage de thématiques déjà largement explorées ailleurs, sans véritable proposition nouvelle. Cela aurait pu passer si la narration avait réussi à m'accrocher, mais c'est justement là que le bât blesse. Le récit est très décousu, multipliant les scènes courtes qui s'enchaînent sans toujours de lien évident, avec des transitions abruptes qui ne m'ont pas vraiment perdu mais un peu agacé. On passe d'un lieu à un autre, d'une situation à une autre, sans toujours comprendre immédiatement ce qui se joue, ni à quel moment on se situe. Cette construction finit par empêcher toute implication émotionnelle, d'autant que les personnages, en particulier les cinq jeunes cobayes, restent très peu développés et assez interchangeables. Les dialogues n'aident pas non plus, notamment lorsqu'ils cherchent à souligner le génie des personnages à coups de répliques un peu trop appuyées et artificielles. Cela sonne souvent faux et renforce la distance avec le récit. Reste ce voile de mystère qui pousse malgré tout à continuer la lecture pour comprendre où tout cela mène. Mais là encore, la promesse n'est pas tenue. La résolution arrive tardivement et de manière assez bancale, avec des explications peu claires qui donnent davantage l'impression d'un enchevêtrement confus que d'un véritable aboutissement maîtrisé. Malgré de bonnes intentions et un univers qui aurait pu fonctionner, je suis resté à distance de ce récit trop fragmenté et trop familier dans ses thèmes, dont la conclusion, loin d'éclairer l'ensemble, renforce surtout mon sentiment de déception.
La Dernière CroiZAD
BD humoristique sur le joli sujet de la désobéissance civile. La plutôt vilaine couverture annonce fort bien la couleur et si le sujet des ZAD sera à l'honneur, il est à craindre que son traitement soit pour le moins léger sinon bien caricatural et dépassionné. De passion idéologique, il ne sera en effet nullement question ici. Si le récit évoque la désobéissance civile, c'est en réponse à un drame intime que les auteurs dénoueront à la manière d'un Zidrou, sous l'angle de la chronique douce-amère, en fin d'histoire, afin de créer un bien artificiel moteur à l'action. L'inversion initiale des stéréotypes de classes sociales et l'humour lié à l'usage du subjonctif imparfait engendrent quelques bons moments de lecture, mais la BD ne parvient généralement pas à pleinement divertir tant la galerie de portraits apparaît bien fade et surtout caricaturale. L'intrigue cousue de fil blanc engendre un léger désintérêt, que les derniers rebondissements, peu habilement développés, ne parviennent à surmonter. Une lecture par moment sympathique, mais probablement bien vite oubliée. Et un auteur, Pelaez, qui déçoit une nouvelle fois ; l'habileté entraperçue dans Neuf semble n'avoir été qu'un heureux concours de circonstances, dommage !
Le Serment
BD de divertissement proposant un jeu intéressant sur le genre. L'ouverture laisse augurer un récit à la lisière du noir et du thriller en huis clos, le fantastique s'invite ensuite avant que tout ne se bouscule dans un grand final d'action. Cela confère à l'intrigue un dynamisme indéniable, mais déroute également à mesure que le grand-guignolesque se normalise, faisant disparaître l'essentiel de la tension que les premières pages étaient parvenues à installer. Le rocambolesque des rebondissements fantastiques touche également le passé des protagonistes dont les secrets révélés ne cessent de chambouler le jeu de dupes peu à peu installé. Côté illustrations, le style évoquant les comics de Sean Murphy est incontestable, la gratuité formaliste également : fond noir, traits anguleux des visages, horizontalité de certaines cases sur la double page, postures archétypales des protagonistes, figuration excessive du mouvement et découpage cinématographique, etc. Le ridicule côtoie le très intéressant, renforçant l'impression laissée par le scénario. Bref, une BD pop corn nous faisant avaler bien des couleuvres, dont les excès amusent et lassent tout à la fois. On regrette l'ambition de n'avoir recherché que la distraction, quand suffisamment d'éléments auraient permis de mettre en place un implacable thriller fantastique d'un calibre autrement supérieur.
L'Equipée du siècle
Dans une uchronie rétrofuturiste située au début du XXe siècle, on suit Maddie, jeune inventrice, et Lewis, motard cascadeur un peu marginal, engagés dans une course transcontinentale à travers les États-Unis. L’enjeu : déterminer quelle technologie dominera les transports de demain, avec en toile de fond l’opposition entre une innovation plus propre et des intérêts financiers déjà largement acquis à la cause du pétrole. Le dessin est sans doute l’un des aspects les plus marquants de l’album. Les décors, presque vectoriels, très propres et géométriques, contrastent avec des personnages plus typés animation. Il en résulte un style assez singulier, avec une vraie identité visuelle. J’ai trouvé cela intéressant et plutôt réussi, même si je comprends que cet aspect numérique pourrait rebuter tant il peut paraître froid ou artificiel par moments. Sur le fond, on est face à un récit d’aventure et d’action clairement orienté vers un public adolescent. La grande course qui structure l’histoire évoque un peu Les Fous du Volant, avec une galerie de concurrents et de machines lancés à toute vitesse à travers des environnements variés. L’intrigue reste assez classique, avec des outsiders opposés à de puissants intérêts financiers peu scrupuleux, mais elle fonctionne : le rythme est soutenu, les personnages sont sympathiques quoique certains un peu trop manichéens, et l’ensemble se lit avec plaisir. En revanche, quelque chose m’a vraiment manqué dans la narration. Si l’on nous présente rapidement les grandes figures industrielles qui financent les différents concurrents, on ne bénéficie jamais d’une explication claire des technologies en jeu, ni d’une identification précise des pilotes et de leurs véhicules. On comprend progressivement qui est qui au fil de la lecture, mais cela reste flou. C’est dommage pour un récit centré sur une course, où l’on a justement envie de savoir clairement quels concurrents s’affrontent et avec quels atouts, afin de mieux s’impliquer dans la compétition. Cela reste donc une lecture sympathique, dynamique et accessible, portée par un univers visuel original, mais qui manque un peu de clarté et de précision dans sa mise en scène pour pleinement embarquer le lecteur dans sa course.
Première Dame
Avoir raison au mauvais moment, c’est avoir tort. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Didier Tronchet pour le scénario, et par Jean-Philippe Peyraud pour les dessins et les couleurs. Il comprend deux cent soixante-dix pages de bande dessinée. Le président de la République française, Thierry Langlois, est en train de faire un déplacement dans une cité de banlieue. Il répond de manière informelle aux questions de quelques jeunes. Soudain, l’un d’eux l’interpelle par le surnom de Tity. Il se dirige vers lui en lui demandant ce qu’il veut. Un selfie ? L’adolescent lui fait un double doigt d’honneur, tout en l’informant que la jeunesse souhaite s’en prendre à son anus. Et il part en courant. Énervé, le président saute par-dessus la barrière et se met à courser le malpoli et son copain, avec sa sécurité qui essaye de le suivre, et les journalistes en remorque. Après une course-poursuite acharnée, le président finit par plaquer le jeune et lui coller une baffe. Les journalistes s’en donnent à cœur joie à la télévision : Cette séquence est proprement hallucinante ! On se croirait dans une cour d’école. C’est totalement inédit sous la Ve république. C’est un abaissement de la fonction présidentielle, on en est presque à un point de non-retour… Au palais de l’Élysée, dans une grande salle de réunion, le président éteint la télévision et demande leur avis aux ministres présents. Les réactions sont précautionneuses : C’est une bonne réaction, ça donne de la présidence une image virile et volontariste. Et aussi : Un chef de l’État courageux qui va au charbon, qui ne redoute pas le contact avec le public, les Français aiment ce genre de proximité. Ensuite : Et puis vous restaurez l’autorité de l’État dans ce que certains appellent les zones de non-droit. Et enfin : Et si je puis me permettre, monsieur le président, la France sportive appréciera cette course et ce placage dans les règles qui rappellent son passé de rugbyman. Le président remercie les ministres et les fait sortir de la salle. Puis il se tourne vers Armand Le Poix, le secrétaire général de l’Élysée, et ami de trente ans. Ce dernier répond à la question du président : Les deux, secrétaire général et ami, lui disent que cette une énorme bêtise. Si on frappe un enfant, on est perdant à tous les coups. Et à un an du renouvellement de son mandat, l’image qu’il renvoie est catastrophique. Celle d’un président incapable de maîtriser ses nerfs. Ils sont interrompus par un appel téléphonique : Thierry décroche, c’est Sophie son ex qui lui apprend qu’elle a un nouveau compagnon. En entendant le nom de l’homme en question, le président jette violemment son téléphone par terre et il se brise. Ailleurs, dans une salle de cinéma, l’actrice Victoria Coraly se voit décerner le marteau d’or de la meilleure actrice. Elle monte sur scène et elle entame son discours : Elle croit plus que jamais à un cinéma engagé dans la vraie vie, toute expression qui n’a pas pour champ d’action le monde ici et maintenant est un art mort. Tous les participants l’acclament : Crève le cinoche commercial ! Le texte de la quatrième couverture explique que pour rétablir son image le président a pour projet de choisir une nouvelle première dame. La séquence d’ouverture établit le ton du récit : une comédie dramatique, ou peut-être même une comédie tout court. Le président est un ancien rugbyman et il course un jeune impoli, peut-être même insolent, évoquant la réaction courroucée d’un vrai président. Un président qui va entretenir une relation avec actrice… Hummm ! Ah oui, comme John Fitzgerald Kennedy (1917-1963) & Marilyn Monroe (1926-1962, Norma Baker), même si le président dans le cadre de ce récit fait le parallèle entre JFK & Jackie Kennedy-Onassis (1929-1994, Jacqueline Lee Bouvier). Thierry Langlois apparaît tout de suite un peu dépassé, entre son tempérament parfois un peu impétueux, son ministre de l’Intérieur qui manigance et même complote pour le faire tomber, constamment rabaissé par sa mère Nadège Langlois, et manipulé plus ou moins ouvertement par son ami de trente ans Armand de Poix et par l’amant de celui-ci Xavier Fursac, grand communicant embauché par son compagnon pour s’occuper de l’image du président. De l’autre côté, une actrice tout aussi immédiatement sympathique, normale et gentiment militante pour un cinéma engagé, en particulier pour les sans-papiers. Le lecteur sent bien que la tonalité du récit sera plus légère que dramatique, focalisée sur le développement de la relation entre ces deux personnes que beaucoup de choses opposent. Conquis dès les premières pages, le lecteur se trouve emporté par la dynamique du récit, pas tant de savoir si le président et ses deux conseillers parviendront à rattraper son image médiatique, plutôt de savoir ce que peut générer l’interaction entre lui et l’actrice. Il sourit en voyant qu’elle se trouve acculée à accepter une proposition très scabreuse : littéralement le rôle de première dame, c’est-à-dire l’interpréter avec ses talents d’actrice. Pour autant les auteurs se tiennent à l’écart de toute forme de domination ou d’emprise au mieux malaisante, au pire sadique. L’artiste doit réaliser un nombre conséquent de pages, et il les fait dans un registre réaliste et descriptif, avec une forme de simplification appliquée de manière différenciée, et une touche d’exagération comique dans les expressions de visage et dans certains comportements et gestes relevant du langage corporel. En fonction du personnage, il peut très discrètement améliorer sa silhouette. La morphologie de joueur de rugby élancé pour le président. Celle fine, gracile et tendue de l’actrice. Celle plus rondouillarde et confortable de l’ami de trente ans avec une barbe improbable et une pipe au bec. Celle moqueuse du chargé de communication avec ses cheveux mi-longs et sa tenue décontractée. Ou encore les expressions perfides du ministre de l’Intérieur caractéristiques du rôle de traître. Sans oublier Valentin, le jeune garçon d’une demi-douzaine d’années, fils de Victoria Coraly. La course-poursuite en deux pages est formidable : un vrai spectacle, très rythmé, un authentique placage selon les règles, et une baffe pas tout à fait volée, enfin ça se discute, toujours est-il que le lecteur comprend parfaitement l’émotion qui a envahi le président. Puis il voit le téléphone se fracasser au sol après avoir été violemment jeté à terre : une narration impeccable, un emportement passager à nouveau tout à fait compréhensible, une petite touche d’exagération visuelle pour en faire passer l’intensité au lecteur. Ce moment humoristique fonctionne à la perfection, et il annonce les moments d’humeur à venir, tant par la maîtrise de la narration que par la justesse de la situation. Ces passages comiques renforcent encore l’empathie du lecteur pour les personnages : le comique de répétition avec les portables fracassés, la gifle retentissante assénée par Nadège Langlois qui estime son fils-là lui fait honte, incapable qu’il est de tenir sa femme ou de s’en faire respecter, ayant un poste moins important que son frère qui lui a une bonne place dans l’industrie, une femme sèche et méprisante très réussie. Ou encore le regard plein de haine de la Miss France qui regarde l’actrice en comprenant qu’elle vient de faire échouer son espoir de devenir la première dame. Sans oublier l’énergie enfantine de Valentin débordant de vie. Le lecteur se trouve vite captivé par les relations de ce duo improbable, oublieux des techniques utilisées par les auteurs, pour simplement savourer le plaisir de cette histoire divertissante et touchante. Il ressent bien la justesse du jeu des personnages et leur expressivité. Il note inconsciemment que les dessins se nourrissent de temps à autre d’images d’actualité, que ce soit le président filant dans les rues de Paris à scooter (comme un autre président bien réel), ou les forces de l’ordre intervenant pour démanteler un camp de personnes à la rue en éventrant leurs tentes, ou les chargeant alors qu’ils ont trouvé refuge dans une église. Il absorbe également les ambiances générées par les différentes palettes de couleurs en fonction des séquences et de leur nature, ressentant que le coloriste passe régulièrement en mode expressionniste, quittant le domaine réaliste. Il apprécie de s’immerger aussi bien dans les rues de Paris, qu’au milieu des ors de la République, ou encore dans le modeste appartement de Victoria Coraly, dans un café parisien, dans une limousine entourée de motards, dans une cabine de la grande roue, au musée des arts forains (les pavillons de Bercy, 53 avenue des Terroirs de France, dans le douzième arrondissement de Paris), en train de jouer au rugby sur une des pelouses de l’Élysée, et même au bord de l’océan en Bretagne. Dans le même temps, cette comédie romantique intègre des éléments de l’actualité et repose sur un enjeu très concret. Il est question de personnes à la rue, de sans-papiers vivant dans l’angoisse d’être arrêtés, de la nécessité pour le cinéma d’être engagé (c’est du moins la conviction de Victoria Coraly), de solitude au sommet du pouvoir, de communication politique (Ce choix de teasing authentifie l’information et verrouille le storytelling. Cette version doit écraser toutes les autres par sa charge affective positive… Pour le public, la vérité est toujours sentimentale.), de panier de crabes entre politiciens, chacun cherchant à mettre son adversaire politique en difficulté, à le discréditer, d’à quel point on se retrouve prisonnier de ses alliances, de récupération politique, et même de convictions politiques. De prime abord, Thierry Langlois semble peu crédible dans son poste de président. Lors d’une escapade dans une guinguette, il expose ses convictions à Victoria, et il apparaît fort conscient des limites de ses actions, et aussi de la nécessité de ses actions. Pour lui : La politique, c’est accepter le réel, accepter de soulever le capot et de mettre les mains dans le cambouis, là où ça se passe. Et d’essayer qu’on avance, tous ensemble si possible. Il continue en demandant ce qui se passe sans politique ? C’est l’anarchie ou la dictature ! Le chaos ou les généraux ? Des observations plus concrètes et pertinentes qu’une simple comédie. Enfin, les auteurs mettent en scène avec une certaine honnêteté la question de savoir si l’actrice pourra influer un peu ou pas du tout sur la politique gouvernementale. Une petite bluette sympathique et divertissante sur la dynamique de la jeune femme rebelle (y compris sur le plan politique) se retrouvant à l’Élysée, avec le risque de tomber sous le charme indéniable du président. Une narration visuelle remarquable en tout point, en particulier sur le rythme et sur la direction des acteurs, embarquant le lecteur du début à la fin, avec un sens impeccable de l’humour. Thierry Langlois et Victoria Coraly sont immédiatement sympathiques et attachants, leur relation évoluant tout en étant empêchée. Les auteurs savent également filer des questionnements réels dans la tapisserie de leur comédie, sans l’alourdir. Une réussite pétillante, drôle et touchante.
Porcelaine
Une histoire qui commence comme un conte à la Dickens, puis qui bascule rapidement vers un univers fantastique/SF, tout en gardant en filigrane quelque chose de classique (le vieux milliardaire qui recueil une fille des rues et en fait son héritière). Chaque tome décrit l’évolution de l’univers, en suivant l’héroïne, d’abord enfant des rues, puis femme et mère, pour enfin être presque éjectée/rejetée par sa famille. Il y a des facilités, qu’il faut accepter. La quasi unité de lieu – comment sont ravitaillés les habitants de la tour, longtemps assiégés ? Mais aussi cette « fabrication » semble-t-il aisée de personnes mi-robots mi-golem – les « Porcelaines », et les pouvoirs que possède l’héroïne pour les commander. Mais cette histoire se laisse lire, avec une héroïne qui n’est pas monolithique et qui, voulant se maintenir à l’abri des conflits, et vivre simplement, va au contraire progressivement se trouver à faire des choix brutaux, existentiels, et devoir se comporter comme une cheffe de guerre, sacrifiant perdant successivement – au propre comme au figuré – ceux qu’elle aime ou a aimés. Le dessin est plutôt sympa, agréable à l’œil, fluide, avec une colorisation assez lumineuse (qui lisse quand même parfois un peu trop les détails). Mais les décors sont un peu escamotés, et j’ai été surpris par ces corps aux longues jambes.
Le Puits
Premier album de cette nouvelle collection de Dargaud que je lis et qui semble s'adresser au public de young adult si je me fie aux fiches des séries de cette collection que j'ai aperçues sur BDTheque. Le dessin est dans le pur style que l'on retrouve dans les comics young adult depuis quelques années. Ce n'est pas un style que j'affectionne particulièrement, mais c'est lisible et ça fait le job. Pour ce qui est du scénario, c'est encore une fois une aventure qui met en vedette un personnage jeune (et ici c'est une fille) auquel le lectorat ado peut s'identifier et qui va subir une quête qui va lui faire comprendre plusieurs leçons de la vie. Ce n'est pas original comme trame narrative, mais son traitement l'est. L'héroïne va se retrouver obligée de faire en sorte que le vœu de trois personnes soient exaucé, et elle le fait sans magie, elle ne peut qu'utiliser son cerveau pour réussir. Le scénario est vraiment prenant pendant une bonne partie du récit... Malheureusement tout s'écroule lorsqu'on arrive au troisième vœu. Le scénario devient plus classique et conventionnel. Les dernières péripéties m'ont semblé précipitées, comme si les auteurs en avaient eu marre, et voulaient finir leur récit le plus rapidement possible. Bref, tout l'enthousiasme que j'ai ressenti a fini par disparaitre lorsque j'ai refermé l'album. Au final, c'est pas trop mal, mais je conseillerais surtout un emprunt.
Sangliers
Les deux précédents albums de Lisa Blumen – parus eux aussi chez L’Employé du moi – m’avaient fait découvrir une auteure originale. Plutôt sur des sujets SF ou proches, sortant des sentiers battus. Bref, un a priori favorable, qui m’a fait passer outre le sujet de cet album, qui traite de quelque chose que je ne connais pas vraiment, et pour lequel j’aurais de fortes préventions. Tout ce qui tourne autour du maquillage m’indiffère, et les « influenceurs » (influenceuses ici) – cette autre façon plus branchée – et plus hypocrite – de faire de la publicité sur internet et les réseaux sociaux me rebutent au plus haut point (je hais la publicité, et en plus je trouve que c’est une exaltation de l’insignifiance, du paraître débile. Une allergie intellectuelle donc de ma part. Nous suivons donc une jeune influenceuse, qui présente régulièrement à ses suiveurs sur le net une partie de sa vie privée, et les nombreux produits de maquillage qu’elle reçoit de la part de sociétés spécialisées. L’accumulation des « placements de produits » donne quelque chose de risible, comme l’est le formatage de « l’image idéale » des jeunes filles/femmes suivant ce genre de contenus. La seule chose qui m’ait un tant soit peu intéressé dans cette histoire, c’est quand on nous montre, au hasard de quelques rencontre entre l’influenceuse et les représentants des marques qui lui fournissent des échantillons, ou le directeur d’une agence qui l’emploie, comment notre influenceuse est en fait traitée comme une travailleuse « ordinaire » (loin du 2.0), c’est-à-dire maltraitée, subissant moult pressions. Autre moment intéressant, la façon dont les réseaux sociaux permettent à tous les névrosés de déballer leur violence, leurs idées masculinistes, leurs insultes gratuites et anonymes : notre influenceuse qui ne vit que pour et par le net et l’image qu’elle y véhicule, en découvre ainsi vers la fin les nombreuses zones d’ombre. Mais bon, si les autres albums de Blumen m’avaient toujours intéressé, celui-ci m’a laissé de côté. Et la fin, un peu brutale et ouverte, nous laisse dans l’expectative quant aux choix de l’héroïne. Je pense que ça n’est pas ma came.
Jusqu'à la nuit tombée
Jusqu'à la tombée de la nuit, un titre poétique pour un récit intime sur le deuil et la quête de réponses. David, un jeune homme à l'approche de la quarantaine, revient dans le village où enfant il passait toutes ses vacances d'été. Ce voyage fait remonter à la surface de joyeux souvenirs d'enfance, comme des rires et des jeux avec ses cousins. Ce village est surtout le lieu qui a vu disparaitre sa soeur il y a 25 ans. Ce voyage initiatique sur les lieux du drame est surtout motivé par le besoin de réponses : que s'est il passé cet été là ? On suit un homme perdu qui erre dans le village et aux alentours à la recherche d'un déclic. Tantôt en se remémorant les souvenirs de cet été tragique, à la recherche d'une piste. Tantôt en s'interrogeant sur les conséquences de ce traumatisme sur l'homme qui l'est devenu et le lien entre ce drame et les blessures qui le troublent actuellement. Cette dualité est bien exploitée, les doutes et le mal être de David se ressentent bien. Coté dessin, on sent quelques défauts de jeunesse. Des perspectives un peu ratées au début et un trait qui manque globalement d'assurance. Cela dessert un peu le récit qui y perd pas mal de son potentiel dramatique. On est sur un terrain déjà pas mal exploré en BD, celui du drame intime et du deuil, l'histoire a quelques atouts mais au final il manque un petit quelque chose pour sortir du lot des romans graphiques traitant d'un sujet similaire.
Apocalypse
Dans un monde post-apocalyptique, l'humanité survit tant bien que mal face à des créatures monstrueuses au service de ténébreux vampires. Païli, une super guerrière humaine dont on ignore l'origine des pouvoirs, est appelée à jouer un rôle clé dans un conflit qui la dépasse. D'un point de vue purement technique, le travail graphique est indéniable. Le rendu est très réaliste, limite surréaliste, avec une maîtrise certaine de la couleur et de la lumière. Mais, outre son aspect figé comme une photo, ce style a un aspect très kitsch, évoquant ces vieilles illustrations de Métal Hurlant réalisées à l'aérographe, avec leurs excès, leur emphase et leur goût du spectaculaire daté. Cette impression se retrouve d'ailleurs dans tout le reste. La mise en scène, les antagonistes, certaines situations et même les dialogues flirtent régulièrement avec ce côté désuet et kitsch, parfois involontairement caricatural. L'ambiance gothique, les effets appuyés, les poses dramatiques et les symboles accumulés finissent par donner au récit un ton excessif qui peut autant fasciner que faire lever les yeux au ciel. Moi j'ai carrément soupiré. Pourtant, malgré ces réserves, l'intrigue fonctionne suffisamment pour éveiller la curiosité. Le monde posé, les mystères esquissés et les relations entre les personnages donnent envie de voir où tout cela va mener. Malheureusement, la série ayant été abandonnée, tout restera à jamais en suspens. Difficile dès lors de recommander une lecture qui, malgré une curiosité réelle et quelques qualités évidentes, ne mènera nulle part et laissera le lecteur sans réponse.