Les derniers avis (114679 avis)

Par Cacal69
Note: 2/5
Couverture de la série La Jeunesse de Blueberry
La Jeunesse de Blueberry

Je ne fais pas partie des inconditionnels de Blueberry dont je n'ai lu que quelques albums dans les années 80. J'ai redécouvert le personnage dernièrement avec Sur la piste de Blueberry, j'ai donc voulu en connaître plus sur les origines de ce cow-boy et me suis par conséquent penché sur cette série. Série qui m'a laissé un goût amer, j'ai arrêté les frais avec le tome 13 (Il faut tuer Lincoln). Les premiers albums sont réalisés par les créateurs du personnage : Charlier et Giraud. Ni l'un, ni l'autre ne m'ont convaincu. Des premiers albums où se succèdent de petites histoires sur les origines de Blueberry et de son Sud natal. Rien de bien folichon, c'est très banal et souvent peu crédible. Le dessin est brouillon et manque souvent de lisibilité (la colorisation n'y est pas étrangère). On est très loin de ce qu'il produira en tant que Moebius. Puis arrive Corteggiani au scénario, il ne fera pas mieux que son prédécesseur avec presque toujours la même trame : infiltrer les lignes sudistes pour réaliser des missions impossibles de sabotage ou de vol de bétail. C'est répétitif et la crédibilité n'est pas le point fort des récits. Après Giraud, c'est au tour de Wilson de prendre les crayons pour croquer les aventures de Blueberry, il copie le style de Giraud pour le même résultat : bof. Puis, pour terminer, place à Blanc-Dumont pour un changement de style radical, mais personnages et décors sont peu agréables à contempler. Le seul intérêt de cette série c'est qu'elle est ancrée en pleine guerre de Sécession et permet de s'instruire un peu sur cette période historique. Dispensable.

01/04/2026 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série La Reine des pantins
La Reine des pantins

Ne vous l'avais-je point dit que Rosalia Radosti était une artiste - complète - à surveiller. Voir mon avis sur Sauvage (Rosalia Radosti). Elle commence tardivement sa carrière d'autrice à l'âge de 33 ans. Auparavant elle travaillait dans une troupe de théâtre, et cette période l'a profondément marquée. Si je vous en touche deux mots c'est que le théâtre va avoir une place centrale dans ce conte cruel. Assoyiez-vous confortablement dans votre fauteuil et attendez que le rideau s'ouvre sur la scène où va se jouer le destin de Jacques et Jacqueline. Jacques est un petit garçon frêle à l'allure androgyne, il se casse le dos en travaillant aux champs. Jacqueline est une jeune fille qui rêve de devenir reine, elle est entourée de cinq saltimbanques, ils vont partir à la recherche d'une robe magique. Je disais donc un conte cruel, il aborde des thèmes actuels tel que l'identité de genre (on comprend très vite que Jacques et Jacqueline ne sont qu'une seule et même personne), le droit d'être différent et de s'accepter tel quel, mais aussi à des degrés moindre, les violences familiales et le fanatisme religieux. Et l'amitié ! Une narration atypique, rendant hommage au sixième art, puisqu'elle se calque sur une pièce de théatre une grande partie du récit. On va suivre une succession d'actes mettant en scène Jacqueline dans un univers teinté de fantastique. Des actes séparés par de courts intervalles mettant en scène Jacques et sa vie de labeur. Sur les dernières planches les deux histoires vont se rejoindre pour n'en former plus qu'une jusqu'au dénouement tragique. Une lecture touchante grâce à ces deux petits êtres attachants et cherchant une vie meilleure. Un bémol tout de même, et là je me rallie à Ro, certains phylactères ne sont pas toujours évident à suivre. Gênant. Je suis encore sous le charme du dessin de Rosalia Radosti. Un trait fin, méticuleux et très expressif. Un colorisation différente suivant les personnages, elle est grisâtre lorsqu'il s'agit de Jacques et lumineuse dans les tons pastel pour Jacqueline. Un contraste qui dissocie le monde réel du rêve. J'ai aimé le soin apporté aux petits détails qui nous plonge de plain-pied au XVIIIe siècle. Une mise en page aérée qui permet de profiter du talent de cette autrice italienne que je vous conseille de découvrir. On peut fermer le rideau.

01/04/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série La Peau du lézard
La Peau du lézard

Être bien, c’est souvent peu de choses. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première édition date de 1983. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et les dessins. Il compte quarante-quatre pages de bande dessinée, en noir & blanc. Il se termine par une page de texte, rédigée par l’auteur, retraçant la genèse de cette histoire et les modalités de son exécution. Quelque part à la campagne dans le sud de la France… Cette terre donnait surtout de la mauvaise herbe, mais c’était là qu’elle était née. Et Jeanne avait la certitude qu’ailleurs c’était la même chose et que le vrai voyage serait changer de peau. Et encore, les lézards changent de peau et c’est toujours des lézards. Tout ça pour dire que Jeanne n’avait jamais quitté le village. Elle n’avait jamais quitté son mari non plus, pourtant elle ne l’avait jamais aimé. L’amour Jeanne l’avait connu, il y a longtemps, avec le châtelain du village. Et comme dans les romans à quatre sous, Monsieur lui avait fait un petit. Le petit était mort-né. C’était bête à en pleurer. Jeanne n’avait pas pleuré. Après de longues années de bons et loyaux service le foie de son mari avait fini par éclater. Il y a deux ans de cela. Liberté dont elle n’avait que faire. Elle avait soupé des hommes et elle cultivait dans sa tête un jardin secret mille fois plus grand que son potager. Jeanne rentre chez elle, pénètre dans la grande salle de sa maison, et regarde par la fenêtre la maison en face. François, lui avait toujours vécu à côté de ses pompes. Il avait acheté cette petite maison pour sa retraite. Et depuis qu’il était en retraite il se demandait ce qu’il foutait là. Il avait été marié mais sa femme était partie avec son meilleur ami un jour où il relisait pour la troisième fois Voyage au bout de la nuit. Ce qui fait qu’il ne s’en était pas bien rendu compte. De toute manière ça n’avait pas eu beaucoup d’importance. Il avait aimé les livres et les avait vendus étant libraire de métier, à Paris. À cette époque les yeux fermés il aurait pu reconnaître les maisons d’édition rien qu’à l’odeur du papier et de l’encre. D’imprimerie. Mais depuis il avait un peu perdu l’odorat. Dans sa jeunesse il avait même pensé écrire un livre. Mais le besoin de se mettre à sa table de travail lui était toujours venu en même temps que celui de boire un demi à la terrasse du café du coin. Et à chaque fois, le verre de bière vide, la soif de créer avait disparu. François sort de chez lui et se dirige vers la maison de Jeanne, il toque à la porte et elle lui crie d’entrer : c’est ouvert. Il la salue et explique qu’on lui a dit qu’elle vend des œufs frais. Elle répond que oui, que les poules en font trop pour elle toute seule. Elle va dans sa cuisine pour en chercher et lui demande de l’attendre une minute. Il observe autour de lui, quand tout à coup une voix derrière lui déclare : Elle est belle madame Jeanne, hein ! François se retourne et il salue Albert qu’il n’avait pas entendu arriver. Ce dernier ajoute que madame Jeanne plaît à François. Albert, c’est l’idiot du village. Il avait eu un père alcoolique, mais ça c’était plutôt normal dans le coin. Avec cet album, le lecteur ressent d’entrée que ce créateur a trouvé sa voie et sa voix : l’écriture est naturelle, empathique et chaleureuse envers ses personnages. Il le découvrira par la suite : Baudoin écrit sur sa région, à laquelle il est naturellement attaché. La situation présente une grande simplicité : deux voisins solitaires qui vont apprendre à se connaître, un homme simple d’esprit étant le témoin de leur amour. En planche quinze, l’auteur s’adresse au lecteur et il explique que : Quand il a commencé l’histoire de Jeanne et de François il savait, bien sûr, que ce moment arriverait. Eux ne le savaient pas, n’y croyaient plus, ne l’avaient pas prémédité. C’était devenu inéluctable il y a juste un instant. Il a essayé cent fois de se mettre à la place de François ou de Jeanne. Il a imaginé leurs gestes, comment ils entraient dans la chambre. Jeanne allumant la lampe de chevet, François pliant soigneusement son pantalon sur une chaise. Il se caressèrent longtemps, étonnés comme des enfants. François trouva beau le ventre de Jeanne, et ses seins aussi. Jeanne aima le sexe de François. Pour la première fois elle fut présente tout le temps que dura l’amour. Et l’auteur voulait tout montrer, des vieux s’envoyant en l’air, c’est rare dans les images, du neuf, du jamais vu. Le scoop, surtout que Jeanne laissa la lampe de chevet allumée. […] Et puis il a eu peur que son dessin traduise mal ce que Jeanne et François vécurent. Il a eu peur que mes rêves soient trahis. Le lecteur se trouve attendri par tant d’attention envers ces deux personnages, par la facilité avec laquelle ils retrouvent une intimité physique l’un avec l’autre, l’auteur exprimant avec sensibilité, respect et justesse l’évidence de ce plaisir, par la gentillesse et la bienveillance dont ils font preuve l’un pour l’autre, par l’attention qu’ils accordent à Albert qui a été témoin de leur rencontre dans la cuisine de Jeanne. Son attention est également immédiatement attirée par le rendu graphique. La première s’étale sur la largeur de la page, plutôt des taches de noir avec quelques traits pour les végétaux, un paysage du sud de la France avec des montagnes en arrière-plan, dans ce qui apparaît comme une très belle journée. Dans les cases de la bande immédiatement en-dessous, la prise de vue correspond à un travelling avant vers une petite maison à l’écart du village. L’artiste fait comme s’il s’agissait véritablement d’un zoom, tout en redessinant la zone concernée, plutôt que de grossir le dessin. Il arrive à une représentation utilisant réellement des taches noires, des éléments unitaires au pinceau assumant leur caractère artificiel, mettant à nu cet assemblage des traces noires sur une feuille de papier, évoquant à la fois le pointillisme d’un certain point de vue, et une sensibilité impressionniste proche de celle de Vincent van Gogh (1853-1890). La page se termine sur une case ressemblant à une photographie d’un groupe de personnes ayant posé, dont le contraste aurait été poussé à fond réduisant les reliefs à des taches de noir également. Son attention ainsi attirée à la fois sur les sensations qui se dégagent de chaque case, à la fois sur le mode de représentation, le lecteur se trouve plus sensible à ces deux dimensions. Il ressent comment ces simples taches d’encre donnent l’impression de voir les arbres, les arbustes le long d’un chemin, leur ombre portée, la végétation plus ou moins taillée et entretenue dans le jardin de François, les arbres dépouillées, l’ombre accueillante sous un arbre bien feuillu, les zones herbeuses ondulant légèrement sous un grand ciel ouvert, avec quelques nuages perdus, ou encore un groupe de feuilles pris dans un coup de vent les faisant voleter. L’artiste sait tout aussi bien utiliser ce mode de représentation en coups de pinceaux déposant des marques noires pour les intérieurs et pour les visages, avec un effet d’impression prédominant sur la dimension descriptive. Il module les lignes droites avec de vagues ondulations pour les éléments construits par l’homme comme des murs, des toits et des volets, et pour des objets manufacturés comme les meubles. À quelques moments, il peut reprendre la plume pour des éléments plus éthérés (comme certains nuages) ou certains contours plus acérés. Le lecteur reste fasciné devant plusieurs représentations, scènes ou éléments), auxquels le dessinateur confère une vie et une authenticité incroyables. Il en va ainsi de l’attaque d’un rapace sur un corbeau en plein vol dans une séquence de huit cases muettes mis à part un bruit de croassement (planche vingt-et-un) ou encore pour un mur de pierre donnant l’impression au lecteur de pouvoir toucher la rugosité des pierres, et qu’un lézard va bientôt rejoindre. Une histoire simple, un espoir pour les sexagénaires que les hasards de la vie ont fait passer d’une vie de couple à la solitude du célibat, une autre forme d’espoir avec l’idiot du village qui apprend à lire et qui se voit offrir son premier livre. Un microcosme social en toile de fond : le petit village du sud de la France où il fait bon vivre au soleil, où il ne se passe pas grand-chose, où le passé ne disparaît jamais (la relation amoureuse entre Jeanne et le châtelain monsieur Rivoire), où les hommes vont au café, ou tout différence prend des proportions démesurées (Ahmed, une incongruité dans ce paysage, un martien aurait été moins étranger que lui) où chaque personne semble figée dans une stase de laquelle il serait impossible qu’il évolue, qu’il change (il est littéralement impensable qu’Albert puisse apprendre à lire, qu’il sorte de son rôle social d’idiot du village). Chaque petit changement se ressent comme une violence inouïe, risquant de provoquer une réaction d’une violence égale. L’auteur raconte chaque personnage avec la même bienveillance sans limite, même Marc, le compagnon d’Annick la petite-fille de Jeanne. Pourtant il commence par le décrire ainsi : Pour Marc, tout ce qui a été fait avant lui n’a été que de la bouse, et tout ce qui sera ne sera que de la bouse. Une seule chose compte : Aujourd’hui… Et encore… Le présent n’ayant d’intérêt que si ce présent s’intéresse à se personne. Pourtant, le lecteur voit bien que l’auteur fait preuve d’une réelle sollicitude pour ce personnage, même s’il ne partage pas ses valeurs ou ses motivations. Enfin, il y a le titre : La peau du lézard. Le récit commence avec cette observation : Jeanne avait la certitude qu’ailleurs c’était la même chose et que le vrai voyage serait changer de peau. Et encore, les lézards changent de peau et c’est toujours des lézards. Le déroulement du récit indique clairement l’avis de l’auteur sur ce questionnement. Une des premières bandes dessinées de la carrière de ce créateur atypique, et déjà une réussite forte de sa personnalité graphique, de son humanisme, de son amour pour sa région natale, de son empathie, de sa bienveillance extraordinaire et réconfortante. Une histoire simple, une histoire d’amour inespérée pour deux êtres humains ayant fait l’expérience de la solitude après une longue vie de couple. Une narration visuelle mettant à profit l’impressionnisme de Van Gogh pour prendre soin de l’empathie du lecteur avec une sensibilité extraordinaire, une ouverture aux autres magistrale. Formidable.

01/04/2026 (modifier)
Couverture de la série Un polar à Barcelone (Je suis leur silence)
Un polar à Barcelone (Je suis leur silence)

Voilà une lecture plaisante. Un polar qui ne paye pas de mine, où il n’y a finalement pas beaucoup d’action, mais qui est à la fois prenant et plein de peps. Car la narration est très dynamique, à l’image de l’héroïne, Eva, une jeune psy un peu déjantée qui se transforme en enquêtrice « hors norme ». L’aspect polar n’est pas hyper original (une histoire d’héritage, de magouilles qui refont surface, dans une famille de la grande bourgeoisie barcelonaise), mais son traitement primesautier, très frais rend la lecture très agréable. Et l’héroïne, elle aussi très « naturelle » (voir la façon avec laquelle elle distille certaines infos au psychiatre sensé l’évaluer) est pour beaucoup dans la fluidité de la lecture. Le dessin de Lafebre est simple, sans être minimaliste. Il est en tout cas, avec une économie de moyens, très expressif (en particulier pour les bouilles des trois femmes, qui accompagnent Eva en pensée). Un chouette album. Rien d’exceptionnel, mais un bon moment de détente assuré. ******************* J'ai découvert sur le tard que ce que je croyais n'être qu'un one-shot se transformait en une série d'histoires indépendantes. Je ne sais si c'est une bonne idée. Enfin bon, j'ai lu cet "Ange perdu". Il est sur la lancée du précédent album, on y retrouve les mêmes personnages, les mêmes tics (la personnalisation des "voix intérieures" de l'héroïne - héroïne toujours aussi désinvolte et borderline, énervante et attachante, probablement insupportable quand même). L'intrigue est un chouia plus originale que dans le précédent opus, mais est quand même secondaire. Tout est encore misé sur Eva et sa relation aux autres, au monde. Un personnage lunaire auquel quelques situations et dialogues amusants donnent un certain peps. Une série sans prétention, mais la lecture est toujours plaisante.

06/04/2024 (MAJ le 31/03/2026) (modifier)
Couverture de la série Le Songe de la Sphinge
Le Songe de la Sphinge

Bon, je suis un peu gênée, parce que je ne savais pas en achetant cet album qu'il était le troisième tome d'une sorte de trilogie et que j'avoue que j'aurais bien aimé lire les autres avec lui (surtout quand celui-ci se présente comme une sorte de conclusion). Pas un mal en soi, l'album reste compréhensible et indépendant, mais j'avoue que les nombreux astérisques me rappelant que, si je veux voir cette petite histoire et les pensées qui l'entourent développées, il me faudrait sans doute saisir les autres albums. Ici, il est question d'une réécriture/relecture féministe des mythes de la Grèce antique. La formule n'est pas nouvelle mais, comme dis lors de précédents avis, j'apprécie énormément les réécritures et tout particulièrement quand il s'agit d'œuvres connues et communes au plus grand nombre. Les mythes gréco-romains, comme tous les mythes et légendes, sont à la fois le reflet de la société qui les a vu naître et l'assurance de voir cette société et ses dogmes perdurer. Les mythes gréco-romains, donc, malheureusement, transmettent en leur sein beaucoup d'idées nauséabondes ayant pour but de conserver une pensée et des constructions sociétales patriarcales, sexistes, racistes, … bref, des pensées généralement réactionnaires et, malheureusement, toujours en place aujourd'hui, toujours véhiculées, inculquées et imposées par toutes les personnes composant cette société et refusant d'agir pour que les choses changent. L'axe central est sur le féminisme, on réécrit et réinterprète de nombreux mythes et les figures qui l'accompagnent pour parler de problèmes systémiques toujours en place à notre époque, on dresse des parallèles directes à notre histoire et notre culture francophone par la même occasion, bref l'album est très clair sur les idées qu'il souhaite transmettre. J'ai particulièrement trouvé fort à propos les quelques pages bien développées (et documentées !) définissant les notions mises en scène et permettant de les remettre en contexte. Même lorsque l'on connaît ces sujets, c'est satisfaisant à lire et joliment retranscrit. Mais au-delà du féminisme, cet album parle de toutes les dominations sociétales, nous rappelle que tant qu'il existera un système de domination écrasant qui que ce soit personne ne sera vraiment libre, que chaque partie du système hiérarchique est prévue pour se soutenir, se défendre et s'assurer au mieux que rien ne bouge, que le cap soit toujours maintenu quoi qu'il advienne. J'avoue que j'apprécie de voir le sujet de la convergence des luttes ouvertement traité dans ce genre de publication grand-public, c'est un sujet de plus en plus mis en avant par des groupes militants mais qui me semble parfois abstrait pour de nombreuses personnes. Les sujets de la convergence des luttes et de la question de "l'après réalisation du problème" sont les sujets centraux de cet album, sans doute car il est le dernier de sa série, sans doute aussi que beaucoup d'autres questions et sujets centrés autour du féminisme sont justement abordés dans les précédents albums (d'où ma frustration de n'avoir pour l'instant que celui-ci !), mais que les gens venant ici avant tout pour une question féministe se rassurent : cela reste bien le fil rouge tout du long, juste que, comme dit précédemment, on rappelle (à raison) que pour lutter contre le sexisme et le patriarcat efficacement il faut également avoir conscience et se battre contre les autres formes de discrimination sociétale. Je suis légèrement mitigée sur la narration que je trouve un peu impersonnelle et figée là où les histoires réécrites se veulent personnelles et évocatrices, ce qui n'est pas aidé par le dessin qui n'est pas nécessairement à mon goût. Je termine sur cette petite ombre au tableau, même si j'ai grandement apprécié le travail de documentation et d'explication, même si j'ai trouvé audacieuses et bien trouvées nombreuses de ses réinterprétations des mythes que l'on connaît (déjà en eux-mêmes des amalgames de mythes antérieurs maintes et maintes fois réécrits et réinterprétés), je ne suis pas complètement touchée par l'aspect narratif qui m'a laissé un peu trop en retrait. Mais c'est sans doute normal, le but visé n'était peut-être pas tant l'aspect narratif de la réécriture que de proposer une sorte de BD documentaire uchronique (si tant est qu'une altération de mythe puisse être considérée comme une uchronie). C'est malheureusement cette légère ombre, sans doute personnelle, qui m'empêche de monter ma note jusqu'à 3,5 et d'arrondir au supérieur. Quoi qu'il en soit l'album est bon, surprenamment bon même car, comme dit juste au-dessus, sa simple forme ne m'avait pas convaincue à l'origine. Ce n'est que par le résumé et un rapide feuilletage que ma curiosité a finalement été piquée et j'avoue ne pas le regretter. Une très bonne BD documentaire que je recommande - mais ne faites pas la même erreur que moi et trouvez les trois d'un coup si possible, je pense qu'une lecture dans l'ordre de parution doit être davantage satisfaisante.

31/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Acme bibliothèque Novelty
Acme bibliothèque Novelty

Je mets trois étoiles, parce que quand même, je reconnais à Chris Ware des qualités. De l’obstination d’abord, mais aussi de l’originalité – sur le fond un peu, mais surtout évidemment sur la forme. Il y a des trucs intéressants dans certaines histoires courtes, le dessin un peu froid n’est pas désagréable. Et certaines pubs/petites annonces sont amusantes, c'est un peu foutraque et fourre-tout. Mais bon, ceci étant dit ça n’est pas vraiment ma came. J’avais déjà eu un peu de mal avec Jimmy Corrigan, et là aussi pas mal de choses m’ont laissé de côté. Le côté fourre-tout a ses attraits, mais ici c’est lassant. Et si on peut s’amuser de certaines trouvailles, des mises en pages diverses, j’admets n’avoir lu que quelques pages de pubs ou de reportage, et n’avoir qu’épisodiquement fait l’effort de décrypter les strips minuscules qui parfois se trouvent en bas de page. Et les histoires proprement BD ne m’ont globalement pas suffisamment intéressé pour contrebalancer ce qui m’avait laissé froid ailleurs. Un bel objet – au format hors du commun – et cela ressemble souvent à des miscellanées improbables. Difficile à ranger dans sa bibliothèque (je me suis contenté d’un emprunt, heureusement !), difficile à classer tout simplement en fait. C’est une curiosité sur laquelle je ne reviendrai pas, le plaisir de lecture n’étant pas au rendez-vous. Note réelle 2,5/5.

31/03/2026 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série Wax paradoxe
Wax paradoxe

Je suis tombé sur cette BD dont le sujet m'a immédiatement interpelé : le wax ! Le fameux tissu "africain" dont on fait les chemises et les boubous. Or, je suis grand amateur de Wax ! Si cette BD est sortie opportunément pendant une exposition parisienne précisément consacrée au Wax (c'est même une commande), elle ne passe pas à côté de son sujet. La jeune autrice Justine Sow, métis de père guinéen, et dont il s'agit de la première BD, livre même une bonne histoire qui ne fait pas l'impasse sur l'émotion. En effet, elle livre quelques souvenirs familiaux poignants, et surtout comment elle niait sa propre situation. Comment aussi elle a subit le racisme invisible, y compris de la part de sa très proche famille. Tout cela est bien fait. L'intro pose parfaitement le cadre, et le rendu documentaire est distillé en parallèle de l'histoire familiale. Le dessin remplit parfaitement sa fonction, et on apprend des choses étonnantes sur le fameux tissu. On regrettera simplement une fin abrupte, ainsi que la fugacité des scènes de famille, certes concentrées autour d'anecdotes et de dialogues bien choisis. L'ensemble manque d'un poil de percussion, d'où un côté un peu froid peut-être. Perso, j'aurais aimé quelque chose de plus investi d'autant qu'il y avait largement matière à le faire.

31/03/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 1/5
Couverture de la série Jimmy Corrigan
Jimmy Corrigan

Culte, incontournable, indispensable. Peut-être, mais pas pour moi! C’est un des achats que j’ai faits et dont je me suis le plus repenti. J’ai fait un effort sincère pour tout lire jusqu'au bout, pendant deux jours. J'ai relu quelques semaines après et je continue à le garder sur une étagère, pour voir si un jour j’aurai le courage de le reprendre. La composition des pages kaléidoscopiques pourrait en être une raison. Mais les dessins trop géométriques et la banalité de la vie quotidienne de personnages si laids sont propices à la dépression. En résumé, c’est un bibelot artistique de plus à la maison, plutôt qu’autre chose. Lourd, superflu, contournable.

31/03/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Arzach
Arzach

"Il n'y a aucune raison pour qu'une histoire soit comme une maison, avec une porte pour entrer, les fenêtres pour regarder les arbres et une cheminée pour la fumée... On peut très bien imaginer une histoire en forme d'éléphant, de champ de blé ou de flamme d'allumette soufrée" (Moebius, 1976). J'ai commandé l'œuvre originale de France et je l'ai reçue encore à 15 ans. Mais elle est arrivée censurée: mon père, qui aimait beaucoup la BD mais était assez moraliste, y avait mis son grain de sel. Je me suis faché et lui ai dit que c'était comme mutiler la Chapelle Sixtine... maintenant je pense que c'était affectueux de sa part! Plus tard, je l'ai acquise en secret et je continue à collectionner toutes les versions et éditions jusqu'à aujourd'hui. C'était une révolution à l'époque et tellement d'auteurs ont été influencés par les hachures et le pointillisme du dessin: Bilal, Solé, Manara peut-être et même Gir lui-même (voir Angel Face, par exemple) ainsi que tant d'autres... Oui, il n'y a vraiment pas d'histoires ici et aujourd'hui les images, son style, sont tellement entrés dans notre mémoire collective, qu'elles passent presque pour normales. C'est historique oui, mais aussi un monument à revisiter toujours.

31/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Star Wars - La Guerre des Clones (Clone Wars)
Star Wars - La Guerre des Clones (Clone Wars)

Cette série est la première série de comics que j’ai lue de ma vie quand j’étais enfant ; je l’ai lue énormément de fois. Il s’agit pour moi de l’une des meilleures œuvres de Star Wars, au même niveau que les films (1 à 6). Cette série se passe en parallèle du dessin animé Clone Wars en 2D de 2003, si le dessin animé se concentre surtout sur les batailles, ce comics se concentre davantage sur tout ce qui se passe autour. On y découvre la face cachée des champs de bataille : l’espionnage, avec le personnage de Quinlan Vos, que l’on retrouve dans l’ancienne série Star Wars: Jedi. On le suit dans cette période sombre de sa vie, où il sera plus que jamais sur le fil du rasoir entre la lumière et l’ombre. Anakin et Obi-Wan sont aussi de la partie et poursuivent leur évolution, qui les mènera à leur relation de l’épisode III. La série développe également très bien l’aspect politique qui évolue autour de la guerre : la lutte entre les sénateurs honnêtes et le chancelier, qui resserre doucement son emprise sur la liberté avec son faux sourire d’ange sauveur. On ressent constamment le complot infâme de Dark Sidious derrière chaque événement de cette guerre, qui n’est au final qu’une partie d’échecs qu’il joue avec lui-même. La série a aussi pour moi, le mérite de ne pas tomber dans un manichéisme simpliste : elle questionne le rôle des Jedi dans des événements qui causent la mort de milliers d’individus, ainsi que les motivations derrière le choix des batailles. Là où des civils pensent que la République vient les aider pour les sauver des séparatistes, on découvre qu’elle les aide surtout par intérêt stratégique ou pour une ressource importante. Et que les ennemis ne sont pas toujours les démons que l’on dépeint. Au niveau du dessin, il y a l’excellente Jan Duursema et Brian Ching, parmi les meilleurs, avec d’autres artistes qui vont et viennent pour des histoires plus courtes. En lisant cette série, on regrette que les séries de comics Star Wars aient perdu en profondeur scénaristique depuis le rachat par Disney, même si Disney nous a offert quelques séries de qualité.

31/03/2026 (modifier)