Puisque je venais de lire son album le plus récent, j'ai enchainé avec le tout premier album de Mathieu Bablet pour voir comment il avait commencé. On y retrouve la même trame post-apocalyptique et le même sentiment de désespoir pour l'humanité, mais ici le récit prend progressivement une direction plus étrange, entre science-fiction, fantastique et réflexions sur la survie.
Dès les premières pages, l'album dégage une atmosphère très particulière et une vraie personnalité visuelle. Les décors urbains sont superbes, avec ces immeubles, passerelles, structures et architectures qui s'entrelacent dans un gigantesque labyrinthe de béton. On sent déjà le talent de l'auteur pour représenter les villes, les perspectives et les espaces abandonnés. La mise en scène possède également une certaine originalité dès l'introduction du récit, avec plusieurs séquences marquantes qui installent efficacement cette ambiance de fin du monde mélancolique et oppressante.
J'ai aussi apprécié cette première partie centrée sur la survie quotidienne de personnages qui continuent d'avancer sans vraiment savoir pourquoi, dans un monde qui semble déjà condamné. L'atmosphère fonctionne bien et donne envie d'en découvrir davantage.
En revanche, plus l'histoire avance, plus elle m'a perdu. Les motivations des personnages se font de plus en plus floues et il est difficile de s'attacher à aucun d'entre eux ou de s'investir dans leur destin. Surtout, tout ce qui concerne les révélations et la signification des événements dans le dernier tiers de l'album m'a paru beaucoup trop vague. J'ai eu l'impression que le récit cherchait à devenir plus ambitieux et symbolique sans réussir à rendre ses enjeux suffisamment clairs ou convaincants. Une partie importante de ce qui se passe finit par me sembler gratuite, voire arbitraire, ce qui rend la conclusion franchement décevante.
Je retiens donc surtout la puissance visuelle de l'album et l'ambiance qu'il parvient à créer. Les décors urbains sont déjà impressionnants et la mise en scène montre un auteur plein de potentiel. Malheureusement, le scénario m'a laissé à distance et la fin m'a laissé perplexe et déçu.
Repêchage de cette série suite aux avis élogieux lus notamment ici et à son sujet au fort potentiel.
A l'instar du très intrigant Le Cas David Zimmerman, cette BD aborde l'intrigue de l'échange de corps et la découverte de celui de sexe opposé, sans travailler la thématique du genre comme l'on est en droit de s'y attendre désormais. Mais si cette absence était rendue pertinente par Harari du fait d'un travail autour de l'inquiétante étrangeté, ce n'est nullement le cas ici.
Ce n'est clairement pas très bon : les interrogations initiales sont toutes bien vite esquivées (comment investir une routine de vie méconnue, comment surmonter la méconnaissance profonde de nos proches...), plus étonnant, les pistes ouvertes par le scénario sont elles-mêmes mal refermées (la mère qui disparaît puis revient, le sentiment amoureux qui est travaillé puis oublié, etc.). Plus gênant, l'on fait face à un traitement à l'ancienne de cette thématique de l'échange des corps, multipliant le fan service occasionnellement nauséeux, ces décadrages gratuits sous les jupes des filles, l'humour gras sous l'apparence de la pudeur, en abordant la situation via le point de vue d'un post-ado libidineux mais coincé : si la 1ère scène explicitement sexuelle était légitime, son traitement est bien maladroit ; mais que dire de la 2nde ne recherchant que le sensationnalisme gratuit pour émoustiller son lectorat masculin ?
Ces multiples défauts cachent malheureusement des qualités visuelles réelles : un sens du rythme, une manière d'épurer les pages des textes superflus, une capacité ici ou là à figurer une expressivité étrangement intéressante.
Une lecture rapide, une thématique géniale, mais un traitement misogyne que l'on aimerait ne plus voir au 21e siècle.
Un monde magique où la pleine lune permet aux humains de se transformer en animaux merveilleux le temps d'une nuit de liberté, avant que tout ne bascule lorsqu'un mystérieux trait rouge détruit la lune et fait s'effondrer cet équilibre. Les héroïnes sont quatre apprenties prêtresses liées à cette lune, chacune associée à un cheval totem différent. Accusées à tort par une population qui cherche des responsables, elles doivent fuir à travers les Couloirs Noirs, des passages vers d'autres lieux et d'autres mondes, dans un univers qui devient progressivement hostile et dévasté.
Au départ, j'avais trouvé que la série s'adressait clairement en priorité à un public de jeunes adolescentes amatrices de shojo, de fantasy et de chevaux, avec une approche très romantique de l'aventure. Le trait d'Aurora Gate, à mi-chemin entre l'école Disney et le manga, repose sur une colorisation numérique aux tons pastel. Même si l'expressivité reste parfois limitée, les personnages sont globalement maîtrisés et les chevaux sont particulièrement réussis, ce qui se sent comme une vraie passion de l'autrice.
Avec la progression des cinq tomes qui forment le premier cycle, je nuance un peu mon impression initiale. Si je reste en retrait sur le ton global et certaines facilités de l'intrigue, je reconnais que l'univers prend de l'ampleur et que la série gagne en densité, notamment à travers ses thématiques de séparation, de confiance et de transformation des personnages. L'aspect épique et romantique fonctionne mieux qu'au départ, surtout dans la montée en tension et les évolutions plus sombres de certaines héroïnes. Il y a parfois un côté qui m'évoque Sailor Moon, entre destin, sororité et aventure ésotérique, même si la narration reste assez balisée.
Je reste néanmoins mitigé, car je ne suis sans doute pas le bon public. J'ai trouvé les personnages et certaines situations trop nunuches par moments, avec des péripéties assez prévisibles, notamment dans la dispersion des héroïnes ou les réactions souvent très caricaturales des peuples face aux prêtresses : tantôt trop vite haineux envers elles, tantôt trop enthousiastes, on sent les figurants sans âme qui ne font que servir un récit. Le manque de nuance et de crédibilité dans certains enchaînements m'a régulièrement tenu à distance.
Cela dit, si l'on est dans le public cible, la série peut fonctionner bien davantage que ce que mon ressenti personnel laisse paraître. Si l'on est sensible à cet univers de fantasy romantique, aux codes proches du shojo et à la mise en avant des liens entre héroïnes et chevaux, la qualité du dessin, la cohérence visuelle et l'évolution plus ambitieuse sur la durée peuvent emporter l'adhésion, là où je reste personnellement à distance.
Note : 2,5/5
Un chat moche et rancunier est décidé à se venger de son jeune maître après avoir servi trop longtemps de bouc émissaire.
L'idée est assez amusante et originale, avec un humour noir destiné aux enfants qui rappellera en partie le ton de Mortelle Adèle avec un peu plus de tendresse à chaque fois que Chakipu réalise qu'il ne déteste pas tant que ça son maître. Ses tentatives de vengeance, avec sa bande d'animaux improbables, donnent lieu à quelques situations drôles, et le récit montre progressivement que la relation entre le chat et son maître est plus complexe qu'elle n'en a l'air.
En revanche, je suis resté assez mitigé. Le format alterne texte illustré et bande dessinée, avec environ la moitié des pages consacrées à chaque approche, ce qui alourdit un peu la lecture et risque de décourager certains jeunes lecteurs alors que le ton du récit leur est essentiellement destiné. Le dessin, volontairement simple et un peu grossier, n'est pas attirant même s'il reste cohérent avec le ton de l'histoire.
L'ensemble se lit sans mal et propose quelques bonnes idées, mais je n'ai pas trouvé l'humour ni les personnages suffisamment marquants pour en faire une lecture mémorable. Une BD jeunesse correcte et légèrement décalée, sans plus.
Un autre crossover de Marvel qui en plus reprend le titre du premier gros crossover de l'histoire de cet éditeur parce que j'imagine qu'on a plus trop d'imagination chez la maison des idées.
C'est pas trop mal, mais surement parce que cet album contient une mini-série complète fait par un scénariste et un dessinateur et pas un crossover comportant pleins de titres avec pleins d'auteurs qui souvent ne se sont pas consulté entre-eux et pondent un truc incohérent. Si j'ai accroché, c'est aussi parce qu'on met en vedette un personnage que j'aime bien à savoir le Docteur Fatalis. Il faut dire que dans un récit qui réunit des personnages de pleins de séries différentes, généralement un lecteur est content de voir les personnages qu'ils apprécient et s'ennuie lorsqu'il voit les personnages qu'il n'aime pas ou qui au mieux les laisse indifférent. Si pour moi Fatalis avait appartenu à la seconde catégorie j'aurais surement fini par refermer l'album avant de l'avoir terminé.
Parmi les moins bons aspects de l'album, il y a le fait que n'est pas original de créer un univers alternative qui montre des versions différentes de personnages qu'on connait déjà et il y a un peu trop de personnages. De plus, je n’aime pas du tout ce style de dessin oû les couleurs sont informatisés. Depuis que les comics ont rencontré les ordinateurs, je trouve que ça manque de vie.
Au final, un autre crossover Marvel avec des bons et des moins bons moments et qui finit avec un nouveau statu quo qui j'imagine a été changé lorsqu'est apparu le gros crossover suivant. C'est du comics de super-héros qui s'adresse aux fans qui va se retrouver en terrain connu, retrouvant les forces et les faiblesses du genre.
200 pages où il ne se passe pas forcément grand-chose en matière d’action, avec un dessin hésitant, pas exempt de défauts, avare de détails. Et pourtant. Pourtant, j’ai vraiment bien aimé ce premier album, qui me permet de découvrir le travail de cet auteur.
Le dessin, malgré ces défauts – ou peut-être à cause de ces défauts, je ne sais pas, est agréable, très vif, un trait rageur, nerveux, dans un style moderne qui accompagne très bien le récit.
L’histoire se déroule dans une sorte de moyen-âge indéfini, et nous suivons un groupe de personnages, Georg, un jeune homme, et deux sorcières – qui livrent peu à peu un passé de violences subies. Le tout dans une ambiance lourde, les sorcières sont pourchassées, des bûchers accueillent nos héros lors de la traversée du seul village rencontré.
Car on est souvent en pleine nature, et ce sont les dialogues entre les trois personnages, au cours de leurs pérégrinations, qui sont le fil rouge de l’histoire. et El Hamouri parvient à faire ressentir au lecteur la douleur qui traverse les personnages – douleur physique autant que psychique et morale, le tout avec une économie de moyens (narratifs et graphiques).
Un auteur et une série à suivre en tout cas.
*************
J'ai eu un peu plus de mal avec ce deuxième tome, que j'ai trouvé un chouia moins "dense", j'ai davantage ressenti quelques longueurs. Toutes relatives bien sûr, car il ne s'agit pas d'une intrigue qui mise sur l'action.
Ce bémol pointé, ça reste quand même une lecture globalement plaisante, un récit original, qui met à nu les personnages, qui met en avant la douleur - physique et psychologique - et qui joue énormément sur les silences. Une narration aérée donc, qui prend son temps (parfois trop comme je l'ai écrit), mais qui continue à développer un univers original.
Original aussi bien sûr - et cet aspect seul peut rebuter nombre de lecteurs - du point de vue graphique. Un trait toujours aussi nerveux, rageur, "torturé", parfois minimaliste, parfois très chargé, avec une bichromie où la marron, la rouille dominent.
On ne peut que saluer ce projet original d'El Hamouri, et les éditions 6 Pieds sous Terre, qui font des choix risqués à l'heure où les petites structures sont menacés.
Une série sur laquelle les lecteurs curieux doivent jeter un oeil. J'ai hâte de voir le prochain tome conclusif de cette série qui sort des sentiers battus.
J’avais découvert Gad avec des séries sortant de l’ordinaire, et titillant fortement l’étrange, le trash. Ici, ça reste finalement bien plus soft et retenu que ce à quoi je m’attendais.
Gad nous fait découvrir dans une série d’histoires courtes Fantomar, le super-héros justicier au look empruntant au Bibendum, à Monsieur Propre, et au personnage des Malabars (mais la ligne claire grasse utilisée ici n’est pas trop ma tasse de thé). En bermuda, avec des bottes en caoutchouc, son look est évidemment ridicule, comme sa façon de se comporter. Il est en effet sûr de lui, grande gueule, mais aussi très con, maladroit voire loser, souvent sauvé du ridicule total (dont il ne s’éloigne pas énormément quand même) par son jeune acolyte au nom improbable d’Azerbahidjong !?
Au milieu de ces aventures du pauvre, Gad place une série de fausses publicités qui, elles aussi, jouent sur un humour parodique et absurde ou débile.
La lecture n’est pas désagréable, mais elle m’a laissé sur ma faim. En effet, Gad reste généralement dans un registre de déjà-vu. Ce type de parodie a du potentiel, mais qui a déjà été passablement exploité, au point qu’on se satisfait difficilement d’un manque d’originalité.
Quelques dialogues cons amusants, certaines situations crétines qui invitent à sourire, mais sur la durée de l’album, ça ne suffit pas.
Note réelle 2,5/5.
La collection Combo se développe, même si j’ai de plus en plus de mal à en saisir la cohérence – du moins ce qui peut en faire une spécificité globale différenciant les albums qui la composent d’autres publiés chez le même éditeur (je croyais au départ que ça se concentrait uniquement sur de la SF originale, mais en fait non).
Bon, cette remarque faite, revenons-en à cet album. Un album que j’ai plutôt apprécié. Il développe un univers original, et un graphisme moderne et très agréable, proche du trait de Mathieu Bablet (même si je ne suis pas fan de quelques visages aux traits effacés) : la lecture a donc été plaisante.
Le fantastique, la présence des géants, qui apportent des touches poétiques (voir cette neige florale tombant de la cloche et anéantissant ceux qui se trouve dessous à ce moment) ou menaces et incertitudes latentes, l’auteur a su ne pas en abuser.
La narration est agréable, fluide, aérée. Presque trop parfois, car il y a quelques longueurs. Le récit ne joue pas sur l’action à tout crin. Il est sombre, n’hésite pas à éliminer des personnages importants. Mais l’ensemble mérite le détour.
Note réelle 3,5/5.
Fortu ajoute ici sa pierre à un édifice qui commence à s’élever assez haut, celui de l’humour absurde. Dans une veine que les amateurs de Fabcaro (entre autres) – dont je suis – connaissent depuis quelques années.
A savoir un dessin réaliste, mais minimaliste, totalement figé, sans décor ou détails superflus, abusant volontairement de l’itération iconique.
Et un humour absurde, con, jouant sur les chutes, forcément décalées, avec des dialogues ciselés.
Le gros lecteur/amateur du genre que je suis prend de plus en plus le risque d’être blasé par la profusion d’album jouant des partitions proches, la surprise – essentielle pour ce type d’humour – étant à chaque fois plus difficile à maintenir.
La principale originalité de Fortu est d’avoir circonscrit ses petites histoires/gags aux relations de couple. Ce qui en soit pourrait ajouter un frein supplémentaire.
Mais je dois dire que, globalement, il s’en sort assez bien. Rien de furieusement hilarant (entre autres pour les raisons invoquées plus haut), mais j’ai souvent souri à ces dialogues et situations débiles, ces petites atrocités du quotidien, dans lesquels s’enfoncent les couples réunis dans ce recueil de gags.
Une lecture sympathique et amusante.
J'ai bien aimé ce récit même si je dois avouer que j'ai été un peu déçu par la fin très ouverte. Mais la BD est une belle histoire légère et poétique, introspective sur une jeune femme d'aujourd'hui.
La BD commence doucement, avec deux jeunes femmes en lycée en Corée, avec toute la pression sur leurs épaules pour le bac. Mais ce sont surtout deux amies inséparables qui ont fait toute leur scolarité ensemble. Et puis l'entrée dans les études, le déménagement dans la grande ville, l'éloignement... Des thématiques assez connues, qui sont cependant ici une porte d'entrée vers un autre sujet que j'avais deviné apparaitre rapidement. Un indice était caché dans la première partie et je l'ai directement repéré. Mais le dévoilement du sujet n'empêche pas l'intrigue de prendre progressivement une tournure étonnante.
C'est dans la deuxième partie de la BD qu'apparait le personnage de jeune femme qui va la nuit chez les gens, dessiner leurs intérieurs. J'ai beaucoup apprécié cette personne étrange, en décalage avec le monde et adorant la nuit. Personnellement j'aime beaucoup trainer dehors le soir et profiter de cette ambiance, j'ai donc été charmé par la proposition.
Cependant, je dois dire que la fin m'a laissé un petit goût de pas assez, puisque si nous avons bien une résolution, elle n'est pas vraiment satisfaisante sur tous les points et m'a donné l'impression d'avoir raté quelque chose dans la lecture. C'est dommage, le reste m'a beaucoup plu et c'est ce qui me fait garder l'impression générale plutôt bonne mais pas incroyable que j'ai eue en lisant le reste de la BD. Une BD pour les noctambules, avec une touche de poésie nocturne qui n'est pas pour me déplaire !
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La Belle Mort
Puisque je venais de lire son album le plus récent, j'ai enchainé avec le tout premier album de Mathieu Bablet pour voir comment il avait commencé. On y retrouve la même trame post-apocalyptique et le même sentiment de désespoir pour l'humanité, mais ici le récit prend progressivement une direction plus étrange, entre science-fiction, fantastique et réflexions sur la survie. Dès les premières pages, l'album dégage une atmosphère très particulière et une vraie personnalité visuelle. Les décors urbains sont superbes, avec ces immeubles, passerelles, structures et architectures qui s'entrelacent dans un gigantesque labyrinthe de béton. On sent déjà le talent de l'auteur pour représenter les villes, les perspectives et les espaces abandonnés. La mise en scène possède également une certaine originalité dès l'introduction du récit, avec plusieurs séquences marquantes qui installent efficacement cette ambiance de fin du monde mélancolique et oppressante. J'ai aussi apprécié cette première partie centrée sur la survie quotidienne de personnages qui continuent d'avancer sans vraiment savoir pourquoi, dans un monde qui semble déjà condamné. L'atmosphère fonctionne bien et donne envie d'en découvrir davantage. En revanche, plus l'histoire avance, plus elle m'a perdu. Les motivations des personnages se font de plus en plus floues et il est difficile de s'attacher à aucun d'entre eux ou de s'investir dans leur destin. Surtout, tout ce qui concerne les révélations et la signification des événements dans le dernier tiers de l'album m'a paru beaucoup trop vague. J'ai eu l'impression que le récit cherchait à devenir plus ambitieux et symbolique sans réussir à rendre ses enjeux suffisamment clairs ou convaincants. Une partie importante de ce qui se passe finit par me sembler gratuite, voire arbitraire, ce qui rend la conclusion franchement décevante. Je retiens donc surtout la puissance visuelle de l'album et l'ambiance qu'il parvient à créer. Les décors urbains sont déjà impressionnants et la mise en scène montre un auteur plein de potentiel. Malheureusement, le scénario m'a laissé à distance et la fin m'a laissé perplexe et déçu.
Dans l'intimité de Marie
Repêchage de cette série suite aux avis élogieux lus notamment ici et à son sujet au fort potentiel. A l'instar du très intrigant Le Cas David Zimmerman, cette BD aborde l'intrigue de l'échange de corps et la découverte de celui de sexe opposé, sans travailler la thématique du genre comme l'on est en droit de s'y attendre désormais. Mais si cette absence était rendue pertinente par Harari du fait d'un travail autour de l'inquiétante étrangeté, ce n'est nullement le cas ici. Ce n'est clairement pas très bon : les interrogations initiales sont toutes bien vite esquivées (comment investir une routine de vie méconnue, comment surmonter la méconnaissance profonde de nos proches...), plus étonnant, les pistes ouvertes par le scénario sont elles-mêmes mal refermées (la mère qui disparaît puis revient, le sentiment amoureux qui est travaillé puis oublié, etc.). Plus gênant, l'on fait face à un traitement à l'ancienne de cette thématique de l'échange des corps, multipliant le fan service occasionnellement nauséeux, ces décadrages gratuits sous les jupes des filles, l'humour gras sous l'apparence de la pudeur, en abordant la situation via le point de vue d'un post-ado libidineux mais coincé : si la 1ère scène explicitement sexuelle était légitime, son traitement est bien maladroit ; mais que dire de la 2nde ne recherchant que le sensationnalisme gratuit pour émoustiller son lectorat masculin ? Ces multiples défauts cachent malheureusement des qualités visuelles réelles : un sens du rythme, une manière d'épurer les pages des textes superflus, une capacité ici ou là à figurer une expressivité étrangement intéressante. Une lecture rapide, une thématique géniale, mais un traitement misogyne que l'on aimerait ne plus voir au 21e siècle.
Equinox
Un monde magique où la pleine lune permet aux humains de se transformer en animaux merveilleux le temps d'une nuit de liberté, avant que tout ne bascule lorsqu'un mystérieux trait rouge détruit la lune et fait s'effondrer cet équilibre. Les héroïnes sont quatre apprenties prêtresses liées à cette lune, chacune associée à un cheval totem différent. Accusées à tort par une population qui cherche des responsables, elles doivent fuir à travers les Couloirs Noirs, des passages vers d'autres lieux et d'autres mondes, dans un univers qui devient progressivement hostile et dévasté. Au départ, j'avais trouvé que la série s'adressait clairement en priorité à un public de jeunes adolescentes amatrices de shojo, de fantasy et de chevaux, avec une approche très romantique de l'aventure. Le trait d'Aurora Gate, à mi-chemin entre l'école Disney et le manga, repose sur une colorisation numérique aux tons pastel. Même si l'expressivité reste parfois limitée, les personnages sont globalement maîtrisés et les chevaux sont particulièrement réussis, ce qui se sent comme une vraie passion de l'autrice. Avec la progression des cinq tomes qui forment le premier cycle, je nuance un peu mon impression initiale. Si je reste en retrait sur le ton global et certaines facilités de l'intrigue, je reconnais que l'univers prend de l'ampleur et que la série gagne en densité, notamment à travers ses thématiques de séparation, de confiance et de transformation des personnages. L'aspect épique et romantique fonctionne mieux qu'au départ, surtout dans la montée en tension et les évolutions plus sombres de certaines héroïnes. Il y a parfois un côté qui m'évoque Sailor Moon, entre destin, sororité et aventure ésotérique, même si la narration reste assez balisée. Je reste néanmoins mitigé, car je ne suis sans doute pas le bon public. J'ai trouvé les personnages et certaines situations trop nunuches par moments, avec des péripéties assez prévisibles, notamment dans la dispersion des héroïnes ou les réactions souvent très caricaturales des peuples face aux prêtresses : tantôt trop vite haineux envers elles, tantôt trop enthousiastes, on sent les figurants sans âme qui ne font que servir un récit. Le manque de nuance et de crédibilité dans certains enchaînements m'a régulièrement tenu à distance. Cela dit, si l'on est dans le public cible, la série peut fonctionner bien davantage que ce que mon ressenti personnel laisse paraître. Si l'on est sensible à cet univers de fantasy romantique, aux codes proches du shojo et à la mise en avant des liens entre héroïnes et chevaux, la qualité du dessin, la cohérence visuelle et l'évolution plus ambitieuse sur la durée peuvent emporter l'adhésion, là où je reste personnellement à distance. Note : 2,5/5
Chakipu
Un chat moche et rancunier est décidé à se venger de son jeune maître après avoir servi trop longtemps de bouc émissaire. L'idée est assez amusante et originale, avec un humour noir destiné aux enfants qui rappellera en partie le ton de Mortelle Adèle avec un peu plus de tendresse à chaque fois que Chakipu réalise qu'il ne déteste pas tant que ça son maître. Ses tentatives de vengeance, avec sa bande d'animaux improbables, donnent lieu à quelques situations drôles, et le récit montre progressivement que la relation entre le chat et son maître est plus complexe qu'elle n'en a l'air. En revanche, je suis resté assez mitigé. Le format alterne texte illustré et bande dessinée, avec environ la moitié des pages consacrées à chaque approche, ce qui alourdit un peu la lecture et risque de décourager certains jeunes lecteurs alors que le ton du récit leur est essentiellement destiné. Le dessin, volontairement simple et un peu grossier, n'est pas attirant même s'il reste cohérent avec le ton de l'histoire. L'ensemble se lit sans mal et propose quelques bonnes idées, mais je n'ai pas trouvé l'humour ni les personnages suffisamment marquants pour en faire une lecture mémorable. Une BD jeunesse correcte et légèrement décalée, sans plus.
Secret wars (Hickman & Ribic)
Un autre crossover de Marvel qui en plus reprend le titre du premier gros crossover de l'histoire de cet éditeur parce que j'imagine qu'on a plus trop d'imagination chez la maison des idées. C'est pas trop mal, mais surement parce que cet album contient une mini-série complète fait par un scénariste et un dessinateur et pas un crossover comportant pleins de titres avec pleins d'auteurs qui souvent ne se sont pas consulté entre-eux et pondent un truc incohérent. Si j'ai accroché, c'est aussi parce qu'on met en vedette un personnage que j'aime bien à savoir le Docteur Fatalis. Il faut dire que dans un récit qui réunit des personnages de pleins de séries différentes, généralement un lecteur est content de voir les personnages qu'ils apprécient et s'ennuie lorsqu'il voit les personnages qu'il n'aime pas ou qui au mieux les laisse indifférent. Si pour moi Fatalis avait appartenu à la seconde catégorie j'aurais surement fini par refermer l'album avant de l'avoir terminé. Parmi les moins bons aspects de l'album, il y a le fait que n'est pas original de créer un univers alternative qui montre des versions différentes de personnages qu'on connait déjà et il y a un peu trop de personnages. De plus, je n’aime pas du tout ce style de dessin oû les couleurs sont informatisés. Depuis que les comics ont rencontré les ordinateurs, je trouve que ça manque de vie. Au final, un autre crossover Marvel avec des bons et des moins bons moments et qui finit avec un nouveau statu quo qui j'imagine a été changé lorsqu'est apparu le gros crossover suivant. C'est du comics de super-héros qui s'adresse aux fans qui va se retrouver en terrain connu, retrouvant les forces et les faiblesses du genre.
Ils brûlent
200 pages où il ne se passe pas forcément grand-chose en matière d’action, avec un dessin hésitant, pas exempt de défauts, avare de détails. Et pourtant. Pourtant, j’ai vraiment bien aimé ce premier album, qui me permet de découvrir le travail de cet auteur. Le dessin, malgré ces défauts – ou peut-être à cause de ces défauts, je ne sais pas, est agréable, très vif, un trait rageur, nerveux, dans un style moderne qui accompagne très bien le récit. L’histoire se déroule dans une sorte de moyen-âge indéfini, et nous suivons un groupe de personnages, Georg, un jeune homme, et deux sorcières – qui livrent peu à peu un passé de violences subies. Le tout dans une ambiance lourde, les sorcières sont pourchassées, des bûchers accueillent nos héros lors de la traversée du seul village rencontré. Car on est souvent en pleine nature, et ce sont les dialogues entre les trois personnages, au cours de leurs pérégrinations, qui sont le fil rouge de l’histoire. et El Hamouri parvient à faire ressentir au lecteur la douleur qui traverse les personnages – douleur physique autant que psychique et morale, le tout avec une économie de moyens (narratifs et graphiques). Un auteur et une série à suivre en tout cas. ************* J'ai eu un peu plus de mal avec ce deuxième tome, que j'ai trouvé un chouia moins "dense", j'ai davantage ressenti quelques longueurs. Toutes relatives bien sûr, car il ne s'agit pas d'une intrigue qui mise sur l'action. Ce bémol pointé, ça reste quand même une lecture globalement plaisante, un récit original, qui met à nu les personnages, qui met en avant la douleur - physique et psychologique - et qui joue énormément sur les silences. Une narration aérée donc, qui prend son temps (parfois trop comme je l'ai écrit), mais qui continue à développer un univers original. Original aussi bien sûr - et cet aspect seul peut rebuter nombre de lecteurs - du point de vue graphique. Un trait toujours aussi nerveux, rageur, "torturé", parfois minimaliste, parfois très chargé, avec une bichromie où la marron, la rouille dominent. On ne peut que saluer ce projet original d'El Hamouri, et les éditions 6 Pieds sous Terre, qui font des choix risqués à l'heure où les petites structures sont menacés. Une série sur laquelle les lecteurs curieux doivent jeter un oeil. J'ai hâte de voir le prochain tome conclusif de cette série qui sort des sentiers battus.
Fantomar - Le Fils de la Jungle
J’avais découvert Gad avec des séries sortant de l’ordinaire, et titillant fortement l’étrange, le trash. Ici, ça reste finalement bien plus soft et retenu que ce à quoi je m’attendais. Gad nous fait découvrir dans une série d’histoires courtes Fantomar, le super-héros justicier au look empruntant au Bibendum, à Monsieur Propre, et au personnage des Malabars (mais la ligne claire grasse utilisée ici n’est pas trop ma tasse de thé). En bermuda, avec des bottes en caoutchouc, son look est évidemment ridicule, comme sa façon de se comporter. Il est en effet sûr de lui, grande gueule, mais aussi très con, maladroit voire loser, souvent sauvé du ridicule total (dont il ne s’éloigne pas énormément quand même) par son jeune acolyte au nom improbable d’Azerbahidjong !? Au milieu de ces aventures du pauvre, Gad place une série de fausses publicités qui, elles aussi, jouent sur un humour parodique et absurde ou débile. La lecture n’est pas désagréable, mais elle m’a laissé sur ma faim. En effet, Gad reste généralement dans un registre de déjà-vu. Ce type de parodie a du potentiel, mais qui a déjà été passablement exploité, au point qu’on se satisfait difficilement d’un manque d’originalité. Quelques dialogues cons amusants, certaines situations crétines qui invitent à sourire, mais sur la durée de l’album, ça ne suffit pas. Note réelle 2,5/5.
Le Feu Monde
La collection Combo se développe, même si j’ai de plus en plus de mal à en saisir la cohérence – du moins ce qui peut en faire une spécificité globale différenciant les albums qui la composent d’autres publiés chez le même éditeur (je croyais au départ que ça se concentrait uniquement sur de la SF originale, mais en fait non). Bon, cette remarque faite, revenons-en à cet album. Un album que j’ai plutôt apprécié. Il développe un univers original, et un graphisme moderne et très agréable, proche du trait de Mathieu Bablet (même si je ne suis pas fan de quelques visages aux traits effacés) : la lecture a donc été plaisante. Le fantastique, la présence des géants, qui apportent des touches poétiques (voir cette neige florale tombant de la cloche et anéantissant ceux qui se trouve dessous à ce moment) ou menaces et incertitudes latentes, l’auteur a su ne pas en abuser. La narration est agréable, fluide, aérée. Presque trop parfois, car il y a quelques longueurs. Le récit ne joue pas sur l’action à tout crin. Il est sombre, n’hésite pas à éliminer des personnages importants. Mais l’ensemble mérite le détour. Note réelle 3,5/5.
Lover Dose
Fortu ajoute ici sa pierre à un édifice qui commence à s’élever assez haut, celui de l’humour absurde. Dans une veine que les amateurs de Fabcaro (entre autres) – dont je suis – connaissent depuis quelques années. A savoir un dessin réaliste, mais minimaliste, totalement figé, sans décor ou détails superflus, abusant volontairement de l’itération iconique. Et un humour absurde, con, jouant sur les chutes, forcément décalées, avec des dialogues ciselés. Le gros lecteur/amateur du genre que je suis prend de plus en plus le risque d’être blasé par la profusion d’album jouant des partitions proches, la surprise – essentielle pour ce type d’humour – étant à chaque fois plus difficile à maintenir. La principale originalité de Fortu est d’avoir circonscrit ses petites histoires/gags aux relations de couple. Ce qui en soit pourrait ajouter un frein supplémentaire. Mais je dois dire que, globalement, il s’en sort assez bien. Rien de furieusement hilarant (entre autres pour les raisons invoquées plus haut), mais j’ai souvent souri à ces dialogues et situations débiles, ces petites atrocités du quotidien, dans lesquels s’enfoncent les couples réunis dans ce recueil de gags. Une lecture sympathique et amusante.
Quand arrive l'aube nautique - Korean night stories
J'ai bien aimé ce récit même si je dois avouer que j'ai été un peu déçu par la fin très ouverte. Mais la BD est une belle histoire légère et poétique, introspective sur une jeune femme d'aujourd'hui. La BD commence doucement, avec deux jeunes femmes en lycée en Corée, avec toute la pression sur leurs épaules pour le bac. Mais ce sont surtout deux amies inséparables qui ont fait toute leur scolarité ensemble. Et puis l'entrée dans les études, le déménagement dans la grande ville, l'éloignement... Des thématiques assez connues, qui sont cependant ici une porte d'entrée vers un autre sujet que j'avais deviné apparaitre rapidement. Un indice était caché dans la première partie et je l'ai directement repéré. Mais le dévoilement du sujet n'empêche pas l'intrigue de prendre progressivement une tournure étonnante. C'est dans la deuxième partie de la BD qu'apparait le personnage de jeune femme qui va la nuit chez les gens, dessiner leurs intérieurs. J'ai beaucoup apprécié cette personne étrange, en décalage avec le monde et adorant la nuit. Personnellement j'aime beaucoup trainer dehors le soir et profiter de cette ambiance, j'ai donc été charmé par la proposition. Cependant, je dois dire que la fin m'a laissé un petit goût de pas assez, puisque si nous avons bien une résolution, elle n'est pas vraiment satisfaisante sur tous les points et m'a donné l'impression d'avoir raté quelque chose dans la lecture. C'est dommage, le reste m'a beaucoup plu et c'est ce qui me fait garder l'impression générale plutôt bonne mais pas incroyable que j'ai eue en lisant le reste de la BD. Une BD pour les noctambules, avec une touche de poésie nocturne qui n'est pas pour me déplaire !