Cette BD s'inscrit très clairement dans la lignée de ces albums de supermarché qui ont fleuri entre la fin des années 90 et la fin des années 2000, chacun décliné autour d'un métier, et pensés avant tout comme des cadeaux faciles à offrir à quelqu'un qui exerce justement cette profession. On est en plein dans cet humour de circonstance, calibré, sans réelle ambition autre que de tenter vainement de faire sourire.
Côté dessin, c'est du classique Guide de... : un style franco-belge humoristique propre, lisible, mais sans charme ni identité marquante. Ça fait le travail, sans jamais se démarquer.
Mention spéciale pour la couverture, mais pas dans le bon sens : elle est franchement immonde. Entre la colorisation grossière, le décor vide et monochrome et le lettrage informatique mal intégré à l'image, l'ensemble donne une première impression repoussante.
Comme souvent avec ce type de projet, on sent le côté ouvrage de commande. Le scénariste n'a manifestement pas grand-chose de personnel à raconter sur le sujet et s'appuie presque exclusivement sur les clichés les plus attendus. On retrouve donc le comptable obsessionnel qui compte tout, en permanence, et qui endort son entourage avec des explications interminables sur son métier, le collègue cossard incapable d'aligner deux chiffres sans se tromper, et toute une galerie de personnages secondaires assez fades, uniquement là pour servir de support à des gags souvent interchangeables.
Les blagues, justement, donnent l'impression de tourner rapidement en rond. Certaines fonctionnent vaguement, mais la plupart reposent sur des ressorts très basiques, souvent répétitifs, sans réelle surprise.
On est plus dans l'accumulation de situations convenues que dans une véritable écriture comique.
Un homme retourne avec sa famille dans la maison de vacances de son enfance, où il replonge dans les souvenirs d'une semaine d'été déterminante, marquée par un mystère autour d'une demeure isolée surplombant la falaise.
J'ai envie de pousser cette BD, ne serait-ce que pour son dessin, que j'ai trouvé absolument magnifique. Le trait de Denis Bodart est d'une liberté et d'une assurance impressionnantes, avec ce côté légèrement crayonné qui apporte beaucoup de douceur et de vie aux planches. Même si je trouve que les cadrages sont parfois un peu trop serrés pour un album de grand format comme celui-ci, il y a une vraie richesse visuelle et une capacité à faire ressentir les ambiances qui m'ont clairement marqué.
J'ai aussi beaucoup aimé toute la dimension nostalgique du récit. Nostalgie de l'enfance, des vacances en famille en bord de mer, mais aussi des années 70-80. Le décor, qui m'évoque clairement Étretat, avec en plus cette maison perchée sur la falaise (un fantasme personnel, j'avoue), renforce encore ce charme. Il y a quelque chose de très évocateur dans ces paysages, dans cette lumière, dans ces petits moments du quotidien qui me parlent immédiatement.
Cela dit, malgré toutes ces qualités, je ne peux pas m'empêcher de rester un peu en retrait sur le fond. Toute la construction autour de ce souvenir d'enfance et du mystère lié à cette maison laisse espérer quelque chose de plus marquant. Et quand la révélation arrive, elle est certes touchante, traitée avec pudeur, mais elle m'a semblé finalement assez limitée, vite expédiée et presque trop simple par rapport à l'attente installée.
Il y a bien un petit supplément en toute fin qui vient légèrement enrichir l'ensemble, mais ça ne suffit pas totalement à donner au récit l'envergure que j'espérais. J'ai parfois eu l'impression que tout cela restait un peu trop contenu, un peu trop rapide aussi dans sa manière de dérouler les événements.
J'ai passé un très beau moment, porté par l'excellent dessin et cette atmosphère nostalgique particulièrement réussie, mais sans être complètement emporté par l'histoire. Ça reste une lecture qui m'aura laissé un joli souvenir.
J’ai déjà lu plusieurs albums de Quentin Zuttion. Tous évoquaient largement l’homosexualité. Mais dans cet album autobiographique il le fait de façon beaucoup plus forte, prenante (même si dans son adaptation de Salon de beauté il y avait déjà une certaine noirceur – liée au développement du Sida dans la « communauté » gay.
Ici Zuttion se met à vif, et propose à ses lecteurs une sorte d’analyse, de psychanalyse ouverte, ne cachant pas grand-chose de ses douleurs (l’homophobie « ordinaire » de sa famille, les violences subies durant sa jeunesse avant son coming out), et c’est un homme tiraillé par toutes sortes d’angoisses – qui le rendent presque allergique aux relations sociales, dépendant comme d’une drogue de certains réseaux sociaux. Ces angoisses sont matérialisées par des « zombies » aux yeux brillants qui le poursuivent un peu partout.
L’album est vite lu, il y a peu de texte, Zuttion usant d’une narration préférant les silences et les murmures aux longues tirades.
C’est une lecture intéressante, qui nous fait entrer profondément dans la psyché de l’auteur.
Un Serbe – expatrié quelques temps en Finlande – revient temporairement voir ses amis d’enfance. Nous sommes aux débuts des années 1990, et la guerre civile et les nettoyages ethniques battent leur plein. Notre jeune homme va se trouver confronté à une réalité difficile à accepter.
Dans une postface, Dabitch explique en quoi son histoire familiale (il est issu d’une famille serbe, et a voyagé plusieurs fois dans la région peu après les « événements ») a pu le pousser à écrire cette histoire.
Une histoire qui se laisse lire. Qui traite d’un sujet douloureux, et déjà pas mal traité. Dabitch le fait de façon dépassionnée, le calme du récit tranchant avec les massacres perpétrés à l’époque (même lorsque des gens sont tués, ça reste très « calme »). Par contre j’ai trouvé que le dessin de Gonzalez – assez clivant, mais que j’avais plutôt apprécié sur d’autres séries – accentuait trop cet aspect « dépassionné ». Le style/rendu ne convient peut-être pas à ce type de récit, je ne sais pas.
Une lecture intéressante, mais pas autant que je ne l’avais espéré au départ.
Mouais.
Cette collection Pataquès se révèle très inégale. J’y retourne régulièrement, tant elle se développe sur un créneau qui a priori m’intéresse, à savoir l’humour – le plus souvent con ou absurde. Mais j’ai à plusieurs reprises été déçu, comme ça a été le cas avec cet album.
Dans des décors mêlant savanes et forêts ou prairies européennes, nous suivons quelques bestioles (là aussi pas mal de mélanges, animaux domestiques ou sauvages, une famille de loup des escargots, un renard, un gros poussin, un lapin donc, et même un ornithorynque !). Le point de départ est donc assez loufoque, mais pourquoi pas, sur ce genre de BD jouant sur les dialogues et l’humour, ça passe très bien.
C’est un là que le bât blesse en fait. Car l’humour est un peu poussif et ne m’a que rarement convaincu ou poussé au sourire. Ça se laisse lire, quelques gags/situations/dialogues sont sympathique et permettent une lecture plaisante. Mais globalement ça m’a laissé un peu sur ma faim.
Note réelle 2,5/5.
Cette BD m'est apparue doublement démodée.
D'abord par son sujet même : les scooters. J'ai vraiment l'impression que ce n'est plus du tout dans l'air du temps aujourd'hui, en 2026, largement supplantés par les vélos et trottinettes électriques, ou par les motos pour ceux qui restent attachés aux vrais deux-roues motorisés. Et même en 2011, date de sortie de l'album, ça donnait déjà un petit côté en retard, la vraie période "boosters" me semblant plutôt appartenir à la fin des années 90.
Ensuite par son concept, qui reprend avec vingt ans de retard, la formule de Joe Bar Team et de ses nombreux ersatz, mais dans une version beaucoup moins inspirée. Le problème, c'est que là où les motos pouvaient encore faire rêver, les scooters donnent ici une impression beaucoup plus banale, presque cheap, qui n'aide pas à embarquer le lecteur.
Côté dessin, c'est correct sans plus. Le trait est souple, mais l'encrage est trop léger, ce qui donne un rendu un peu fade, parfois proche de l'inachevé. Il n'y a pas vraiment de personnalité graphique qui se dégage.
Les gags, eux, ont le mérite d'être assez variés, mais ça ne suffit pas. Je ne les ai globalement pas trouvés drôles, et ils tournent trop souvent autour du côté dragueur lourdingue d'un personnage principal peu attachant. Résultat, l'humour tombe trop souvent à plat.
Je n'ai pas ri, et surtout je me suis ennuyé.
La tâche n'était pas facile ! Aborder de manière synthétique et accessible, agréable pour le public non spécialisé, des penseurs aussi complexes et difficiles, était dès le départ un pari risqué. Les auteurs parviennent à relever le défi avec brio, je pense.
Le texte nous présente l'impact d'auteurs français contemporains, M. Foucault, J. Derrida, G. Deleuze et F. Guattari, J. Baudrillard et de leurs concepts centraux, aux États-Unis, dans leur environnement intellectuel, social, politique. Cela est fait avec fidélité mais avec un certain humour également. Le dessin est simple mais efficace et l'on reconnaît bien les protagonistes.
Il a fallu faire des choix, et quelques auteurs comme J. F. Lyotard ne sont mentionnés qu'en passant. En résumé, j'ai trouvé cela très instructif et je recommande la lecture, non seulement aux philosophes en herbe.
Série globalement inégale, avec pas mal de récits assez oubliables, mais quelques tomes sortent clairement du lot.
Pour moi, les meilleurs sont La Ballade de Jango Fett et Dark Maul : Fils de Dathomir. (4/5) Le premier fonctionne super bien grâce à son ambiance de chasseur de primes et un Jango vraiment charismatique. Le second est tout simplement au-dessus en termes d’écriture, plus intense et plus moderne, avec un vrai développement du personnage de Maul.
À côté de ça, la plupart des récits centrés sur Dark Vador restent assez passables. (3/5) Ça se laisse lire, il y a de l’action, mais ça manque souvent de profondeur et d’impact, on est plus sur du contenu “correct” que mémorable.
Au final, une série à parcourir en sélectionnant les meilleurs tomes plutôt que de tout lire.
J’ai bien aimé le dessin de Beroy. Je n’avais pas trop aimé la colorisation des albums que j’avais déjà lus de lui, et ici le choix de n’utiliser que du Noir et Blanc et quelques nuances de gris donne quelque chose de bien plus agréable et abouti je trouve.
L’histoire est difficile à résumer. Elle est même difficile à appréhender, j’ai mis du temps à entrer dedans, tant elle se révèle complexe. Elle se déroule sur plusieurs plans, mêle rêves et réalité, joue sur la folie.
L’ambiance de l’intrigue – son point fort – s’accommode très bien du dessin et des choix de colorisation : peu de lumière, pour un récit se laisse apprivoiser lentement, sans forcément livrer toutes les clés. Un album intriguant, original.
Ça n’est a priori pas le genre d’album que j’achèterais ou emprunterais (les auteurs, le genre, mais aussi le fait que je ne suis pas vraiment un « fêtard » et donc beaucoup de situations évoquées ici m’ont laissé de marbre). Mais je l’ai rencontré dans une boîte à livre (où il va retourner illico), et donc j’ai fait l’effort de le lire. Je dis bien l’effort, tant ça n’est pas ma came.
C’est un album sans réelle ambition, comme le duo d’auteurs en a produit pas mal (Jim a poursuivi l’épuisement du filon tout seul sur certains albums). On est dans du « facile », de la BD de supermarché, des cadeaux pour les sans idées de cadeau je dirais (et m’offrir ça prouverait qu’on ne me connait pas du tout !).
Bref, Jim arrive quand même à amener quelques idées, quelques gags, mais aucun ne m’a fait rire, et seuls quelques rares sourires forcés m’empêchent de mettre la note minimale. Surtout que le problème de ce type d’album, qui épuise jusqu’au bout du bout une idée de départ, c’est que rapidement il y a des redites, et « l’intro » des trois premières pages rassemble déjà la plupart des idées développées par la suite…
Le dessin de Fredman est certes lisible, mais ça n’est clairement pas ma tasse de thé. Sans âme, pas vraiment joli. Il fait le boulot on va dire. Quant à la colorisation, je ne l’aime pas. Baveuse parfois, informatique et sans nuance, pas mon truc non plus.
Pas mon truc donc.
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Les Blagues de comptable
Cette BD s'inscrit très clairement dans la lignée de ces albums de supermarché qui ont fleuri entre la fin des années 90 et la fin des années 2000, chacun décliné autour d'un métier, et pensés avant tout comme des cadeaux faciles à offrir à quelqu'un qui exerce justement cette profession. On est en plein dans cet humour de circonstance, calibré, sans réelle ambition autre que de tenter vainement de faire sourire. Côté dessin, c'est du classique Guide de... : un style franco-belge humoristique propre, lisible, mais sans charme ni identité marquante. Ça fait le travail, sans jamais se démarquer. Mention spéciale pour la couverture, mais pas dans le bon sens : elle est franchement immonde. Entre la colorisation grossière, le décor vide et monochrome et le lettrage informatique mal intégré à l'image, l'ensemble donne une première impression repoussante. Comme souvent avec ce type de projet, on sent le côté ouvrage de commande. Le scénariste n'a manifestement pas grand-chose de personnel à raconter sur le sujet et s'appuie presque exclusivement sur les clichés les plus attendus. On retrouve donc le comptable obsessionnel qui compte tout, en permanence, et qui endort son entourage avec des explications interminables sur son métier, le collègue cossard incapable d'aligner deux chiffres sans se tromper, et toute une galerie de personnages secondaires assez fades, uniquement là pour servir de support à des gags souvent interchangeables. Les blagues, justement, donnent l'impression de tourner rapidement en rond. Certaines fonctionnent vaguement, mais la plupart reposent sur des ressorts très basiques, souvent répétitifs, sans réelle surprise. On est plus dans l'accumulation de situations convenues que dans une véritable écriture comique.
Si je t'écris...
Un homme retourne avec sa famille dans la maison de vacances de son enfance, où il replonge dans les souvenirs d'une semaine d'été déterminante, marquée par un mystère autour d'une demeure isolée surplombant la falaise. J'ai envie de pousser cette BD, ne serait-ce que pour son dessin, que j'ai trouvé absolument magnifique. Le trait de Denis Bodart est d'une liberté et d'une assurance impressionnantes, avec ce côté légèrement crayonné qui apporte beaucoup de douceur et de vie aux planches. Même si je trouve que les cadrages sont parfois un peu trop serrés pour un album de grand format comme celui-ci, il y a une vraie richesse visuelle et une capacité à faire ressentir les ambiances qui m'ont clairement marqué. J'ai aussi beaucoup aimé toute la dimension nostalgique du récit. Nostalgie de l'enfance, des vacances en famille en bord de mer, mais aussi des années 70-80. Le décor, qui m'évoque clairement Étretat, avec en plus cette maison perchée sur la falaise (un fantasme personnel, j'avoue), renforce encore ce charme. Il y a quelque chose de très évocateur dans ces paysages, dans cette lumière, dans ces petits moments du quotidien qui me parlent immédiatement. Cela dit, malgré toutes ces qualités, je ne peux pas m'empêcher de rester un peu en retrait sur le fond. Toute la construction autour de ce souvenir d'enfance et du mystère lié à cette maison laisse espérer quelque chose de plus marquant. Et quand la révélation arrive, elle est certes touchante, traitée avec pudeur, mais elle m'a semblé finalement assez limitée, vite expédiée et presque trop simple par rapport à l'attente installée. Il y a bien un petit supplément en toute fin qui vient légèrement enrichir l'ensemble, mais ça ne suffit pas totalement à donner au récit l'envergure que j'espérais. J'ai parfois eu l'impression que tout cela restait un peu trop contenu, un peu trop rapide aussi dans sa manière de dérouler les événements. J'ai passé un très beau moment, porté par l'excellent dessin et cette atmosphère nostalgique particulièrement réussie, mais sans être complètement emporté par l'histoire. Ça reste une lecture qui m'aura laissé un joli souvenir.
Sage
J’ai déjà lu plusieurs albums de Quentin Zuttion. Tous évoquaient largement l’homosexualité. Mais dans cet album autobiographique il le fait de façon beaucoup plus forte, prenante (même si dans son adaptation de Salon de beauté il y avait déjà une certaine noirceur – liée au développement du Sida dans la « communauté » gay. Ici Zuttion se met à vif, et propose à ses lecteurs une sorte d’analyse, de psychanalyse ouverte, ne cachant pas grand-chose de ses douleurs (l’homophobie « ordinaire » de sa famille, les violences subies durant sa jeunesse avant son coming out), et c’est un homme tiraillé par toutes sortes d’angoisses – qui le rendent presque allergique aux relations sociales, dépendant comme d’une drogue de certains réseaux sociaux. Ces angoisses sont matérialisées par des « zombies » aux yeux brillants qui le poursuivent un peu partout. L’album est vite lu, il y a peu de texte, Zuttion usant d’une narration préférant les silences et les murmures aux longues tirades. C’est une lecture intéressante, qui nous fait entrer profondément dans la psyché de l’auteur.
Jours de chasse
Un Serbe – expatrié quelques temps en Finlande – revient temporairement voir ses amis d’enfance. Nous sommes aux débuts des années 1990, et la guerre civile et les nettoyages ethniques battent leur plein. Notre jeune homme va se trouver confronté à une réalité difficile à accepter. Dans une postface, Dabitch explique en quoi son histoire familiale (il est issu d’une famille serbe, et a voyagé plusieurs fois dans la région peu après les « événements ») a pu le pousser à écrire cette histoire. Une histoire qui se laisse lire. Qui traite d’un sujet douloureux, et déjà pas mal traité. Dabitch le fait de façon dépassionnée, le calme du récit tranchant avec les massacres perpétrés à l’époque (même lorsque des gens sont tués, ça reste très « calme »). Par contre j’ai trouvé que le dessin de Gonzalez – assez clivant, mais que j’avais plutôt apprécié sur d’autres séries – accentuait trop cet aspect « dépassionné ». Le style/rendu ne convient peut-être pas à ce type de récit, je ne sais pas. Une lecture intéressante, mais pas autant que je ne l’avais espéré au départ.
Le Lapin des Baskerville
Mouais. Cette collection Pataquès se révèle très inégale. J’y retourne régulièrement, tant elle se développe sur un créneau qui a priori m’intéresse, à savoir l’humour – le plus souvent con ou absurde. Mais j’ai à plusieurs reprises été déçu, comme ça a été le cas avec cet album. Dans des décors mêlant savanes et forêts ou prairies européennes, nous suivons quelques bestioles (là aussi pas mal de mélanges, animaux domestiques ou sauvages, une famille de loup des escargots, un renard, un gros poussin, un lapin donc, et même un ornithorynque !). Le point de départ est donc assez loufoque, mais pourquoi pas, sur ce genre de BD jouant sur les dialogues et l’humour, ça passe très bien. C’est un là que le bât blesse en fait. Car l’humour est un peu poussif et ne m’a que rarement convaincu ou poussé au sourire. Ça se laisse lire, quelques gags/situations/dialogues sont sympathique et permettent une lecture plaisante. Mais globalement ça m’a laissé un peu sur ma faim. Note réelle 2,5/5.
Scoot toujours
Cette BD m'est apparue doublement démodée. D'abord par son sujet même : les scooters. J'ai vraiment l'impression que ce n'est plus du tout dans l'air du temps aujourd'hui, en 2026, largement supplantés par les vélos et trottinettes électriques, ou par les motos pour ceux qui restent attachés aux vrais deux-roues motorisés. Et même en 2011, date de sortie de l'album, ça donnait déjà un petit côté en retard, la vraie période "boosters" me semblant plutôt appartenir à la fin des années 90. Ensuite par son concept, qui reprend avec vingt ans de retard, la formule de Joe Bar Team et de ses nombreux ersatz, mais dans une version beaucoup moins inspirée. Le problème, c'est que là où les motos pouvaient encore faire rêver, les scooters donnent ici une impression beaucoup plus banale, presque cheap, qui n'aide pas à embarquer le lecteur. Côté dessin, c'est correct sans plus. Le trait est souple, mais l'encrage est trop léger, ce qui donne un rendu un peu fade, parfois proche de l'inachevé. Il n'y a pas vraiment de personnalité graphique qui se dégage. Les gags, eux, ont le mérite d'être assez variés, mais ça ne suffit pas. Je ne les ai globalement pas trouvés drôles, et ils tournent trop souvent autour du côté dragueur lourdingue d'un personnage principal peu attachant. Résultat, l'humour tombe trop souvent à plat. Je n'ai pas ri, et surtout je me suis ennuyé.
French Theory
La tâche n'était pas facile ! Aborder de manière synthétique et accessible, agréable pour le public non spécialisé, des penseurs aussi complexes et difficiles, était dès le départ un pari risqué. Les auteurs parviennent à relever le défi avec brio, je pense. Le texte nous présente l'impact d'auteurs français contemporains, M. Foucault, J. Derrida, G. Deleuze et F. Guattari, J. Baudrillard et de leurs concepts centraux, aux États-Unis, dans leur environnement intellectuel, social, politique. Cela est fait avec fidélité mais avec un certain humour également. Le dessin est simple mais efficace et l'on reconnaît bien les protagonistes. Il a fallu faire des choix, et quelques auteurs comme J. F. Lyotard ne sont mentionnés qu'en passant. En résumé, j'ai trouvé cela très instructif et je recommande la lecture, non seulement aux philosophes en herbe.
Star Wars - Le Côté Obscur
Série globalement inégale, avec pas mal de récits assez oubliables, mais quelques tomes sortent clairement du lot. Pour moi, les meilleurs sont La Ballade de Jango Fett et Dark Maul : Fils de Dathomir. (4/5) Le premier fonctionne super bien grâce à son ambiance de chasseur de primes et un Jango vraiment charismatique. Le second est tout simplement au-dessus en termes d’écriture, plus intense et plus moderne, avec un vrai développement du personnage de Maul. À côté de ça, la plupart des récits centrés sur Dark Vador restent assez passables. (3/5) Ça se laisse lire, il y a de l’action, mais ça manque souvent de profondeur et d’impact, on est plus sur du contenu “correct” que mémorable. Au final, une série à parcourir en sélectionnant les meilleurs tomes plutôt que de tout lire.
Aliénation
J’ai bien aimé le dessin de Beroy. Je n’avais pas trop aimé la colorisation des albums que j’avais déjà lus de lui, et ici le choix de n’utiliser que du Noir et Blanc et quelques nuances de gris donne quelque chose de bien plus agréable et abouti je trouve. L’histoire est difficile à résumer. Elle est même difficile à appréhender, j’ai mis du temps à entrer dedans, tant elle se révèle complexe. Elle se déroule sur plusieurs plans, mêle rêves et réalité, joue sur la folie. L’ambiance de l’intrigue – son point fort – s’accommode très bien du dessin et des choix de colorisation : peu de lumière, pour un récit se laisse apprivoiser lentement, sans forcément livrer toutes les clés. Un album intriguant, original.
Nos pires fêtes foireuses
Ça n’est a priori pas le genre d’album que j’achèterais ou emprunterais (les auteurs, le genre, mais aussi le fait que je ne suis pas vraiment un « fêtard » et donc beaucoup de situations évoquées ici m’ont laissé de marbre). Mais je l’ai rencontré dans une boîte à livre (où il va retourner illico), et donc j’ai fait l’effort de le lire. Je dis bien l’effort, tant ça n’est pas ma came. C’est un album sans réelle ambition, comme le duo d’auteurs en a produit pas mal (Jim a poursuivi l’épuisement du filon tout seul sur certains albums). On est dans du « facile », de la BD de supermarché, des cadeaux pour les sans idées de cadeau je dirais (et m’offrir ça prouverait qu’on ne me connait pas du tout !). Bref, Jim arrive quand même à amener quelques idées, quelques gags, mais aucun ne m’a fait rire, et seuls quelques rares sourires forcés m’empêchent de mettre la note minimale. Surtout que le problème de ce type d’album, qui épuise jusqu’au bout du bout une idée de départ, c’est que rapidement il y a des redites, et « l’intro » des trois premières pages rassemble déjà la plupart des idées développées par la suite… Le dessin de Fredman est certes lisible, mais ça n’est clairement pas ma tasse de thé. Sans âme, pas vraiment joli. Il fait le boulot on va dire. Quant à la colorisation, je ne l’aime pas. Baveuse parfois, informatique et sans nuance, pas mon truc non plus. Pas mon truc donc.