La prospérité matérielle reste la principale préoccupation des sociétés modernes.
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Ce tome contient un exposé complet, indépendant de tout autre, ne nécessitant pas de connaissances préalables. Son édition originale date de 2025. Il s’agit de l’adaptation d’un texte de l’économiste Daniel Cohen (1953-2023), originellement intitulé : Une brève histoire de l’économie (paru en 2024). Elle a été réalisée par Aude Massot pour le scénario, les dessins, les couleurs, aidée par Laurence Trouvé pour ces dernières. Il comprend cent-quatre-vingt-deux pages de bande dessinée. Il se termine avec dix conseils pour être heureux, sur deux pages, d’après Bruno Frey, une postface de deux pages, rédigée par Julia Cagé (professeur d’Économie à Sciences Po Paris et lauréate du prix Yrjö-Jahnsson), un index d’une page recensant les termes allant de Agriculture à Valeur-travail, et des remerciements de l’autrice.
Daniel Cohen et sa fille Pauline sont en train de visiter le Louvre. Ils sont tous les deux assis sur un banc, en train de contempler le tableau La Marchande de fruits et légumes (1630), de Louise Moillon (1609-1696). Le professeur ne peut pas s’empêcher de faire remarquer que la croissance économique est la religion du monde moderne. Elle lui demande si ce week-end passé ensemble pourrait se dérouler sans cours d’économie. Il continue quand même : cela fait des années qu’il réfléchit aux moyens de rendre la société plus juste. Elle lui fait remarquer qu’elle a l’impression qu’ils sont face à une fatalité : la croissance économique est la seule perspective de la société. Elle ne voit pas comment ils pourraient s’en défaire, et elle trouve ça un peu désespérant. Il poursuit : Hélas la culture et les problèmes métaphysiques ne sont pas devenus les enjeux majeurs de leur époque. La prospérité matérielle reste la principale préoccupation des sociétés modernes. Alors même qu’elles sont six fois plus riches qu’au siècle dernier. Longtemps le seul problème économique de l’humanité a été celui de se nourrir. Et longtemps, de la nuit des temps jusqu’à l’invention de l’agriculture (il y a dix mille ans), l’homme s’est alimenté en prenant librement ce que la nature lui offrait
Le brillant anthropologue Claude Lévi-Strauss décrit magnifiquement les sociétés primitives. On sait aujourd’hui que les peuples qualifiés de primitifs, ignorant l’agriculture et l’élevage, vivant principalement de chasse et de pêche, de cueillette et de ramassage de produits sauvages, ne sont pas tenaillés par la crainte de mourir de faim et l’angoisse de ne pouvoir survivre dans un milieu hostile. Leur petit effectif démographique, leur connaissance prodigieuse des ressources naturelles leur permettent de vivre dans ce que l’on hésiterait sans doute à nommer l’abondance. Ils disposent de plus de loisir qui leur permettent de faire une large place à l’imaginaire, d’interposer entre eux et le monde extérieur, comme des coussins amortisseurs, des croyances, des rêveries, des rites, en un mot toutes ces forces que l’on dirait religieuses et artistiques. Comme dans le jardin d’Éden, les sociétés de chasseurs-cueilleurs vivent dans l’abondance et l’insouciance, ne travaillant que deux à quatre heures par jour pour assurer la subsistance de tous. Cette image idéale des structures sociales d’hier doit toutefois être prise comme un mythe dont il ne faut pas être dupe, mais qui montre l’incroyable flexibilité des humains dans leur manière de penser le monde qu’ils habitent.
Une entreprise ambitieuse et de belle ampleur : réaliser une adaptation en bande dessinée d’un exposé constituant une brève histoire de l’économie. Ambitieux parce que le texte est déjà écrit et complet et qu’il faut trouver comment en faire une bande dessinée qui dépasse le stade de texte illustré avec des images redondantes. De belle ampleur puisqu’en effet l’ouvrage part de la préhistoire pour parvenir jusqu’à l’époque (très) contemporaine (il est question d’intelligence artificielle), avec même une ouverture sur des perspectives constructives pour le proche avenir, ce qui est encore plus ambitieux au vu de l’état de la planète au moment de la rédaction de l’article original. L’adaptatrice reprend un dispositif éprouvé, utilisé dans la majorité des ouvrages vulgarisateur de la collection La petite bédéthèque des savoirs : mettre en scène un avatar de l’auteur, en l’occurrence l’économiste lui-même, qui bénéficie ici d’un interlocuteur pour réagir et relancer la conversation, à savoir sa propre fille. Tout est prêt pour un exposé en neuf chapitres, certains comprenant des sous-chapitres, en particulier ceux consacrés à la mondialisation, et à la révolution numérique.
Dès les premières pages, le lecteur apprécie la fluidité de la narration. Il ressent que l’adaptatrice a su conserver la logique de l’exposé de l’économiste, qu’elle l’a assimilée, et qu’elle l’a retranscrit avec intelligence. Dans l’introduction et le premier chapitre, il constate l’efficacité et la pertinence de l’avatar de Daniel Cohen et l’apport des remarques de celui de sa fille. Il fait l’expérience de la diversité des représentations visuelles. Certes certains passages semblent être l’intégration en l’état du texte de l’exposé, pour autant les dessins dépassent un simple état utilitaire ou fonctionnel, ou même celui de gag ajouté pour conserver artificiellement l’attention du lecteur. L’artiste fait usage de plusieurs modes narratifs. Le lecteur apprécie d’entrée de jeu de pouvoir accompagner ainsi le père et la fille. Cela apparaît comme une évidence de voir l’économiste faire son cours (sa fille a raison sur la nature de sa discussion) libéré des limites d’une salle de classe ou d’un amphithéâtre, pouvant voir ses propos illustrés par une reconstitution historique vivante, ou bien même se retrouver dans le passé à rencontrer d’autres économistes célèbres. Elle fait donc également usage de mises en situation à des époques différentes, aussi bien impersonnelles avec une foule d’anonymes, que des personnages historiques identifiés et nommés. Enfin, elle utilise différentes formes d’infographies, que ce soient des cartes géographiques, ou bien une sorte de jeu de l’oie. Ces différentes approches visuelles se complémentent et leur variété participe à maintenir l’attention du lecteur, et à offrir des points de vue diversifiés.
Suivant les explications données par le père à la fille, le lecteur découvre donc les neuf chapitres : I Genèse, II Prométhée libéré, III Prospérité et dépression, IV L’âge d’or, V Le nouveau capitalisme financier, VI La mondialisation, VII, La révolution numérique, VIII Le krach écologique, IX Le bonheur intérieur brut. Tout commence avec les sociétés de chasseurs-cueilleurs, et ce constat qui fait rêver : avant l’agriculture et l’élevage, ces sociétés vivent dans l’abondance, ne travaillant que deux à quatre heures par jour pour assurer la subsistance de tous… Deux à quatre heures par jour !!! L’illustratrice se tient éloignée des images d’Épinal faussement nostalgique d’un passé fantasmé, mettant plutôt à profit les vestiges graphiques de l’époque (art pariétal ou décors de poterie), ou réalisant une forme de reconstitution historique avec des dessins simplifiés et expressifs, et la volonté de donner à voir ce que pouvait être le travail à l’époque. Puis vient la première théorie économique de l’ouvrage : la loi de Malthus, du nom de l’économiste britannique Thomas Robert Malthus (1766-1834). À nouveau, l’autrice conçoit des mises en scène imaginative pour exposer le lien entre la population et le volume de production nécessaire, allant d’un globe terrestre assailli de silhouettes humaines, à des cigognes bientôt au chômage.
L’exposé passe alors au processus de l’industrialisation, et fait appel à plusieurs économistes célèbres Adam Smith (1723-1790), Karl Marx (1818-1883), Joseph Schumpeter (1883-1950). Sont forcément cités la main invisible, le capital et le progrès technique. Par la suite, l’adaptatrice met également en scène Milton Friedman (1912-2006), Ben Bernanke (1953-), Jean Monnet (1888-1979), François Perroux (1903-1987), Jean Fourastié, économiste (1907-1990), Alfred Sauty, Bruno Latour (1947-2022). Elle fait appel à eux conformément à l’article originel, et aussi dans une perspective de commentaire et d’explication historique, avec une ressemblance satisfaisante pour que le lecteur les identifie sans difficulté. Bien évidemment, impossible de tenir à l’écart la naissance de l’ultralibéralisme et les chantres du libéralisme économique : le lecteur doit affronter Ronald Reagan (1911-2004) et Margaret Thatcher (1925-2013). Toujours servi par une narration visuelle riche et inventive, l’exposé entre dans l’ère du capitalisme financier, en intégrant le phénomène de transition démographique, passe au stade de la mondialisation, en évoquant les stratégies de production d’un pays pour se positionner par rapport aux autres, et le développement de l’Inde, de la Chine, du Japon.
Ayant survécu à la crise de vingt-neuf, ayant prospéré pendant les trente glorieuses, s’étant accroché à ce qu’il pouvait à l’ère de la mondialisation, voilà le lecteur arrivé au temps présent. S’il entretenait des doutes au début de sa lecture, la suite lui a permis d’acquérir des certitudes quant au placement idéologique des auteurs. Fort de cette compréhension, il peut porter un regard critique sur la présentation de ce qui se joue au temps présent, à l’heure de la révolution numérique. Il peut ainsi distinguer ce qui relève de l’analyse, et ce qui s’inscrit plus dans le jugement de valeur. Il peut être frappé par la pertinence de la prise de recul, par exemple : En termes économiques, on peut dire que la révolution numérique permet d’industrialiser la société postindustrielle. Une expression en apparence contradictoire qui permet de désigner le processus de rationalisation visant à réduire au maximum le coût de l’interaction entre les humains. Tout en confrontant ses convictions ou ses valeurs au point de vue sur la taylorisation de l’affect et sur les risques d’effondrement.
Accessible et passionnant de bout en bout : un tour de force. Un exposé formidable sur les mécanismes économiques à l’œuvre à l’échelle de l’humanité, une vulgarisation qui met à profit les possibilités extraordinaires de la bande dessinée pour remettre en perspective une succession d’analyses et de théories économiques, avec une vision humaniste affichée. Le lecteur en ressort avec une meilleure compréhension de l’histoire de l’économie, de ses théories appuyées sur le contexte économique de leur époque, et une vision plus juste de certains économistes. Qui aurait cru qu’Adam Smith soit l’auteur de la phrase suivante ? Aucune société ne peut prospérer et être heureuse dans laquelle la plus grande partie des membres est pauvre et misérable.
Une œuvre de jeunesse de Miyazaki, contenant déjà tout ce qu'on retrouvera dans ses œuvres tardives. Je n'ose pas imaginer la valeur de cette BD pour ses fans, qui seront avides de retrouver les détails qu'on retrouve dans des films futurs, mais aussi les thématiques et la narration assez typée.
Pour ma part, bien que j'apprécie ses films, je ne suis pas un fan de l'auteur. Dans le sens où j'aime ce que j'ai vu de lui, mais je ne cherche pas avidement à regarder ceux que je n'ai pas vu. Cependant, cette BD m'intéressait quand même pour voir ce qu'il avait produit en papier (je n'ai pas encore lu Nausicaa). Et franchement, on est presque aux limites de la BD. Pour moi, c'est un récit illustré, mais ne pinaillons pas sur les détails.
Par contre niveau histoire, c'est assez classique et le récit porte les valeurs de l'auteur. C'est clairement un récit aux notes écologiques, sociales mais aussi de récit initiatiques de jeunes gens motivés. Le dessin est toujours aussi beau, avec une colorisation pastelle qui rehausse les environnements qui sont bien présents. Le récit s'inspire d'un conte que je ne connaissais pas mais qui est assez bien retranscrit. C'est fluide, même si on sent que c'est découpé en scènes précises qui ont chaque fois un intérêt précis. En fait, je crois que c'est déjà un langage très cinématographique notamment dans le découpage visuel, mais qu'on manque de la possibilité que la BD aurait. En soi, le récit pourrait être adapté demain en film sans y changer grand chose, mais pour ce qui est de la narration BD c'est plus contestable.
Une histoire bien menée, pas révolutionnaire et qui plaira sans aucun doute aux fans de Miyazaki, sans pour autant que je considère ça comme génial. Une œuvre de jeunesse déjà traversée des thématiques d'un grand cinéaste, que je regarde comme une petite mignardise : c'est bon en bouche mais ça ne remplit pas.
J'avais une question assez essentielle à la fin de cette BD, à savoir quel était son intérêt profond ?
Je veux dire par là que certes, on suit ce que sont les émojis, d'où ils viennent, comment ils changent, évoluent et se créent. Le tout avec différents protagonistes qui précisent les différents enjeux autour de cette question, intéressant lorsqu'on sait que les émojis sont utilisés massivement dans la communication actuelle.
Sauf que ceci étant dit, la BD est ... rapide. Elle n'interroge pas la façon dont le langage se structure et comment sont nées par exemple les premiers smiley, ancêtres des émojis. Il n'y a pas de réflexion globale sur ce que ça dit de notre perception et de notre communication. De même, la question des autres moyens développés par l'humain (les gifs, par exemple) permettent d'augmenter notre potentiel communicatif.
D'ailleurs, la BD est centrée sur une journaliste qui va au quatre coins du globe interroger les personnes concernées. A part montrer un bilan carbone désastreux, quel était l'intérêt de tout ces interviews ? A part celle de la femme qui a crée des émojis dans une logique féministe, je trouvais que la plupart des interventions auraient pu être mises dans une histoire unique qui englobe le sujet et aurait peut-être pu ajouter plus que juste ces récits de chacun. D'ailleurs au final j'ai assez peu retenu les personnages et plus les idées derrière.
Maintenant ce n'est ni raté ni mauvais. C'est une BD sur les émojis, d'où ça vient, qui les fait et pourquoi. Et puis voila, une fois finie je ressors de cette BD en me disant que j'ai appris des trucs mais que franchement j'en ressors pas changé du tout. Rien ne reste spécialement en tête, si ce n'est que le racisme et le sexisme reste présent même dans un truc comme ces petits dessins rigolos. J'ai lu un documentaire sur un sujet, j'en ressors pas plus intéressé sans avoir passé un mauvais moment. C'est dommage, sans doute, mais franchement je n'arrive pas à être enthousiaste à son sujet.
J'ai découvert en rentrant cette série qu'elle a eu suffisamment de succès pour être réédité en édition augmentée en 2025, ce qui est plutôt chouette pour ses autrices !
Cela dit, je suis assez peu enthousiaste personnellement. C'est le sentiment qui prédomine dans beaucoup de mes lectures mais je dois dire que là c'est assez net, notamment parce que j'étais assez désintéressé de l'histoire au global. C'est une personne assez froide et distante, peu intéressante et dont la vie m'a laissé indifférent. Elle a ses soucis, certes, liés à sa condition de femmes et se pose la question de la façon dont elle voit son corps, mais le sujet a été déjà traité par plusieurs BD récemment et souvent mieux. Sur la question de la condition des femmes et le regard sur leurs corps, je trouve Sibylline - Chroniques d'une escort girl ou Les Cœurs insolents plus réussis, et plusieurs autres BD me viennent directement en tête quant à cette thématique. En fait, je crois surtout qu'il manque un lien évident, un cœur de narration à cette BD. Quelle est la thématique centrale ? Ce n'est pas spécialement clair. On est plus dans une narration de vie de femme actuelle, avec les difficultés qu'elle subit du fait du sexisme. Et puis voila, peut-être quelques questions sur la maternité, légèrement, et sur son travail de femme artiste.
J'ajouterais que je n'étais pas fan du dessin, que je trouvais parfois mal maitrisé dans les proportions. Et je note encore une fois cette foutue cigarette pour parler de femmes émancipées ... C'est quelque chose qui m'agace à chaque fois, sans doute que j'en fais trop, mais vraiment je n'y arrive pas.
Donc voila, c'est une BD pas spécialement intéressante, dans des thématiques que j'ai vu bien mieux traités dans des BD qui me sont restées en mémoire. Celle-ci disparait déjà derrière les BD suivantes que j'ai lue, et je ne peux pas vraiment dire que c'est indispensable comme lecture. Même si elle n'est pas foncièrement mauvaise et que je ne la déconseille pas. A lire pour les personnes s'intéressant aux femmes de notre époque et aux difficultés qu'elles rencontrent.
Cette BD était partout à sa sortie ! En tout cas à Mulhouse où j'habite, bien sur. Parce que pour une fois qu'on parle de chez nous, en plus pour un scandale public de grande ampleur ! On a nos fiertés, dans le coin ...
Cette histoire est sans doute moins connu du public extérieur à notre bonne cité, mais elle a fait son petit scandale. En résumé, c'est le pillage d'un musée et une collection complète de motifs de tissus assez inestimables qui faisaient la fierté d'un musée de la ville, celui de l'impression sur étoffes. L'histoire s'étale sur des années, avec un pillage organisé à l'interne par divers acteurs et pratiquement au vu de tous, avant une mort accidentelle suspecte qui lança l'affaire au grand public.
La BD essaye de retracer les grandes lignes de toute cette affaire, en remontant aux années 80 et l'introduction des acteurs dans le musée. On comprend vite que c'est complexe, le musée n'étant pas un musée nationale mais une collection gérée par une association en lien avec des entreprises. Bref, un petit sac de nœud qui va aboutir à une désorganisation interne chaotique débouchant au final sur un pillage massif. C'est une histoire triste, une histoire presque banale de personne de pouvoir se servant dans la caisse pour son train de vie personnelle.
La Bd est assez didactique pour qu'on comprenne à la fois le bordel de l'organisation et la façon dont ces collections sont achetées, gérées et surtout pillées sans vergogne, le tout entre argent public et privé, intérêt particulier et notion de biens communs. Le résultat est une BD assez linéaire, presque trop sage par moment et qui ne déborde pas de son cadre strict. J'aurais apprécié un peu plus d'à-côté, notamment les considérations sur les questions de ce qu'on laisse comme marge de manœuvre dans ces espaces peu surveillés. De même, la Bd met en lumière les complexités pour retrouver des œuvres uniques dans un marché de l'art qui semble s'en ficher complètement de l'origine de ses ventes. Un état de fait qui permet des vols comme celui qui touchera notre cher musée ...
La BD a un dessin sympathique, en noir et blanc assez bien fait. J'ai pris plaisir à reconnaitre les lieux que je connais (d'ailleurs j'habite juste en face du dessin d'une des cases !), et globalement la lecture est fluide et intéressante. Un peu plus n'aurait pas été de trop, à mon gout, mais en l'état la BD donne à réfléchir à ces musées que l'on délaisse parfois trop, laissant prospérer des marchés parallèles dont l'impact est malheureusement énorme ...
Tout comme Noirdésir, j'ai découvert Elene Ominetti avec ses premières séries pour lesquelles elle était secondée de scénariste. Ici elle est seule aux commandes d'une longue histoire et franchement, elle arrive plutôt bien à tenir ! L'histoire n'est pas qu'un simple prétexte à une histoire racoleuse qui enchaine les scènes de sexe mais tente réellement de les intégrer dans un propos plus générale sur l'émancipation des femmes.
L'histoire tourne autour de cette vieille femme intégrée dans un corps plus jeune et pouvant gouter aux plaisirs de la vie qui lui ont été interdit auparavant, mais le propos général semble être plus sur les couples dysfonctionnels, notamment avec la petite-fille qui revit la même situation avec sa conjointe. C'est une façon intéressant de les lier, même si je trouve dommage que leur lien ne soit pas approfondi dans la deuxième partie de la BD où la vieille femme va finalement retrouver un amour de jeunesse. D'ailleurs la BD fait courte, sans doute contrainte par le format de pages (48 pages) qui est trop peu pour développer cette histoire tout en amenant des scènes de sexes suffisamment longues pour justifier l'appellation de BD-cul. Mais ça reste mignon, on a envie d'y croire malgré le coup de bol scénaristique qui sert de conclusion.
C'est une jolie histoire, amenant son propos et avec un dessin que je continue d'apprécier et de suivre ! Vu que seul Noirdésir et moi avons mis des avis sur ses BD, je me permets de la recommander à nouveau, Elena Ominetti est clairement une des autrices du genre que j'apprécie le plus dans les dernières sorties !
Zig et Puce (et aussi Alfred) est une série sympathique que j'aime beaucoup depuis l'enfance. La reprise par Greg a été très réussie, je pense: bons dessins beaucoup d'humour et quelques inventions et innovations scientifiques en plus.
Plus récemment, j'ai acquis plusieurs albums de Saint-Ogan et c'est un délice! Les éditions Glénat ont fait un bon travail de récupération et aussi de comparaison entre les histoires. Cela montre que même Hergé a été influencé et qu'il l'a reconnu!
Pour une fois, je trouve que l'adaptation en manga par Tanabe est plus efficace que la nouvelle originelle. En effet, si L'Appel de Cthulhu est sans doute le texte le plus connu de Lovecraft et un pilier de sa mythologie, sa lecture m'avait paru assez rébarbative dans ses deux premiers tiers lorsque je l'ai découverte, jusqu'à l'arrivée sur l'île où se déroule son passage le plus marquant. Ici, grâce à une mise en image propre et rigoureuse, Tanabe parvient à donner davantage de vie au début du récit et à l'enquête, pourtant assez bavarde, qui le structure. J'ai pris plaisir à suivre le héros qui remonte le fil des témoignages, et surtout à voir ces récits mis en images, ce qui permet de mieux les appréhender. Le rythme est bon et, même si ce n'est toujours pas une intrigue de Lovecraft qui m'enthousiasme particulièrement, je l'ai suivie avec intérêt.
Lorsque l'équipage débarque sur la fameuse île, j'ai beaucoup aimé la manière dont Tanabe parvient à représenter la déformation de la lumière et les perspectives impossibles. Il réussit à traduire visuellement la folie de ce lieu hors norme, et c'est sans doute l'un des points les plus marquants de cette adaptation.
En revanche, d'autres aspects de son dessin me convainquent nettement moins. Ses scènes d'action restent toujours aussi confuses, et la représentation de Cthulhu lui-même manque de majesté. Il apparaît à plusieurs reprises comme une sorte de gros lourdaud tentaculaire, poursuivant les humains comme un Godzilla idiot. Pour faire simple, il ne fait pas peur, et il est difficile de ressentir l'effroi ou la folie que sa simple apparition est censée provoquer.
Je reste donc partagé face à cette adaptation : j'ai apprécié la clarté de sa longue introduction ainsi que les effets graphiques très réussis liés à R'lyeh, mais j'ai été déçu par les scènes d'action et par la représentation de Cthulhu lui-même.
Bouzard – Lucky Luke, le retour !
A défaut d'être le meilleur album de Bouzard (mais ça, on s'en fout un peu), il a le double mérite d’une part de sortir (un peu) du récit strictement personnel pour proposer ici un pseudo documentaire à la manière de ce qu’avait fait Fabcaro avec ses Carnets du Pérou, et d’autre part d’avoir occasionné chez moi une barre de rire comme je n’en avais pas connue depuis longtemps (cf. la scène du maquillage qui a coulé).
Non, on ne saura pas vraiment si ce récit a été au moins en parti vécu. Bouzard a-t-il vraiment assisté au tournage de la série ? Comme dans la BD de Fabcaro précitée, ces aventures peuvent bien être complètement fictives, ce n’est pas l’objet. L’objet, c’est son auteur lui-même. Et ça marche. Les gags sont amenés souvent en deux, voire trois bandes. Il y a des trucs inhabituels, graphiquement. L’effet est surprenant mais franchement bien utilisé. Les hommages au personnage de BD le plus célèbre de tout l’Ouest sont décalés (ici par le biais de Rantanplan), jusqu’à la scène finale, que j’ai personnellement trouvée hyper touchante. Le tout est très drôle ! Ça a fait mouche chez moi à plusieurs reprises. Ce « Lucky Luke » est tout simplement le meilleur album de l’auteur depuis… La Grande Aventure ? (Oui parce que La Grande Aventure est un album un peu mésestimé selon moi, mais dans le genre humour préhistorique, on a rarement fait mieux).
Bon, peu importe. J’ai aimé lire ce Bouzard qui m’aura donné l’occasion de faire mon petit jogging zygomatique.
Eric Stanton (1926-1999) est un classique de l'illustration et aussi de la bande dessinée érotique, de l'underground et du bizarre.
J'ai retrouvé ce livre, incomplet, en faisant le ménage dans le garage. Je me souviens l'avoir acheté il y a de nombreuses années dans un kiosque, avec quelques revues. Ensuite, je l'ai caché avec honte, mais je ne jette jamais de BD à la poubelle: c'est un crime, c'est un péché!
C'est un objet étrange, un ovni chez les Humanoïdes. Mais entre-temps, l'auteur est devenu culte et l'éditeur Taschen lui a consacré quelques livres monumentaux que j'ai achetés. Les dessins sont datés mais pas sans intérêt. Ses fétiches et obsessions sexuels sont devenus assez courants aujourd'hui: soumission, travestissement, fessées soft; les uniformes de servantes, d'infirmières, de cavalières, les vêtements en cuir, les talons aiguilles et les bottes hautes. En bref, tout le fatras du sadomasochisme conventionnel mais sans violence excessive. Au maximum, les bagarres entre femmes très sexy...
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Homo economicus - Une brève histoire de l'économie
La prospérité matérielle reste la principale préoccupation des sociétés modernes. - Ce tome contient un exposé complet, indépendant de tout autre, ne nécessitant pas de connaissances préalables. Son édition originale date de 2025. Il s’agit de l’adaptation d’un texte de l’économiste Daniel Cohen (1953-2023), originellement intitulé : Une brève histoire de l’économie (paru en 2024). Elle a été réalisée par Aude Massot pour le scénario, les dessins, les couleurs, aidée par Laurence Trouvé pour ces dernières. Il comprend cent-quatre-vingt-deux pages de bande dessinée. Il se termine avec dix conseils pour être heureux, sur deux pages, d’après Bruno Frey, une postface de deux pages, rédigée par Julia Cagé (professeur d’Économie à Sciences Po Paris et lauréate du prix Yrjö-Jahnsson), un index d’une page recensant les termes allant de Agriculture à Valeur-travail, et des remerciements de l’autrice. Daniel Cohen et sa fille Pauline sont en train de visiter le Louvre. Ils sont tous les deux assis sur un banc, en train de contempler le tableau La Marchande de fruits et légumes (1630), de Louise Moillon (1609-1696). Le professeur ne peut pas s’empêcher de faire remarquer que la croissance économique est la religion du monde moderne. Elle lui demande si ce week-end passé ensemble pourrait se dérouler sans cours d’économie. Il continue quand même : cela fait des années qu’il réfléchit aux moyens de rendre la société plus juste. Elle lui fait remarquer qu’elle a l’impression qu’ils sont face à une fatalité : la croissance économique est la seule perspective de la société. Elle ne voit pas comment ils pourraient s’en défaire, et elle trouve ça un peu désespérant. Il poursuit : Hélas la culture et les problèmes métaphysiques ne sont pas devenus les enjeux majeurs de leur époque. La prospérité matérielle reste la principale préoccupation des sociétés modernes. Alors même qu’elles sont six fois plus riches qu’au siècle dernier. Longtemps le seul problème économique de l’humanité a été celui de se nourrir. Et longtemps, de la nuit des temps jusqu’à l’invention de l’agriculture (il y a dix mille ans), l’homme s’est alimenté en prenant librement ce que la nature lui offrait Le brillant anthropologue Claude Lévi-Strauss décrit magnifiquement les sociétés primitives. On sait aujourd’hui que les peuples qualifiés de primitifs, ignorant l’agriculture et l’élevage, vivant principalement de chasse et de pêche, de cueillette et de ramassage de produits sauvages, ne sont pas tenaillés par la crainte de mourir de faim et l’angoisse de ne pouvoir survivre dans un milieu hostile. Leur petit effectif démographique, leur connaissance prodigieuse des ressources naturelles leur permettent de vivre dans ce que l’on hésiterait sans doute à nommer l’abondance. Ils disposent de plus de loisir qui leur permettent de faire une large place à l’imaginaire, d’interposer entre eux et le monde extérieur, comme des coussins amortisseurs, des croyances, des rêveries, des rites, en un mot toutes ces forces que l’on dirait religieuses et artistiques. Comme dans le jardin d’Éden, les sociétés de chasseurs-cueilleurs vivent dans l’abondance et l’insouciance, ne travaillant que deux à quatre heures par jour pour assurer la subsistance de tous. Cette image idéale des structures sociales d’hier doit toutefois être prise comme un mythe dont il ne faut pas être dupe, mais qui montre l’incroyable flexibilité des humains dans leur manière de penser le monde qu’ils habitent. Une entreprise ambitieuse et de belle ampleur : réaliser une adaptation en bande dessinée d’un exposé constituant une brève histoire de l’économie. Ambitieux parce que le texte est déjà écrit et complet et qu’il faut trouver comment en faire une bande dessinée qui dépasse le stade de texte illustré avec des images redondantes. De belle ampleur puisqu’en effet l’ouvrage part de la préhistoire pour parvenir jusqu’à l’époque (très) contemporaine (il est question d’intelligence artificielle), avec même une ouverture sur des perspectives constructives pour le proche avenir, ce qui est encore plus ambitieux au vu de l’état de la planète au moment de la rédaction de l’article original. L’adaptatrice reprend un dispositif éprouvé, utilisé dans la majorité des ouvrages vulgarisateur de la collection La petite bédéthèque des savoirs : mettre en scène un avatar de l’auteur, en l’occurrence l’économiste lui-même, qui bénéficie ici d’un interlocuteur pour réagir et relancer la conversation, à savoir sa propre fille. Tout est prêt pour un exposé en neuf chapitres, certains comprenant des sous-chapitres, en particulier ceux consacrés à la mondialisation, et à la révolution numérique. Dès les premières pages, le lecteur apprécie la fluidité de la narration. Il ressent que l’adaptatrice a su conserver la logique de l’exposé de l’économiste, qu’elle l’a assimilée, et qu’elle l’a retranscrit avec intelligence. Dans l’introduction et le premier chapitre, il constate l’efficacité et la pertinence de l’avatar de Daniel Cohen et l’apport des remarques de celui de sa fille. Il fait l’expérience de la diversité des représentations visuelles. Certes certains passages semblent être l’intégration en l’état du texte de l’exposé, pour autant les dessins dépassent un simple état utilitaire ou fonctionnel, ou même celui de gag ajouté pour conserver artificiellement l’attention du lecteur. L’artiste fait usage de plusieurs modes narratifs. Le lecteur apprécie d’entrée de jeu de pouvoir accompagner ainsi le père et la fille. Cela apparaît comme une évidence de voir l’économiste faire son cours (sa fille a raison sur la nature de sa discussion) libéré des limites d’une salle de classe ou d’un amphithéâtre, pouvant voir ses propos illustrés par une reconstitution historique vivante, ou bien même se retrouver dans le passé à rencontrer d’autres économistes célèbres. Elle fait donc également usage de mises en situation à des époques différentes, aussi bien impersonnelles avec une foule d’anonymes, que des personnages historiques identifiés et nommés. Enfin, elle utilise différentes formes d’infographies, que ce soient des cartes géographiques, ou bien une sorte de jeu de l’oie. Ces différentes approches visuelles se complémentent et leur variété participe à maintenir l’attention du lecteur, et à offrir des points de vue diversifiés. Suivant les explications données par le père à la fille, le lecteur découvre donc les neuf chapitres : I Genèse, II Prométhée libéré, III Prospérité et dépression, IV L’âge d’or, V Le nouveau capitalisme financier, VI La mondialisation, VII, La révolution numérique, VIII Le krach écologique, IX Le bonheur intérieur brut. Tout commence avec les sociétés de chasseurs-cueilleurs, et ce constat qui fait rêver : avant l’agriculture et l’élevage, ces sociétés vivent dans l’abondance, ne travaillant que deux à quatre heures par jour pour assurer la subsistance de tous… Deux à quatre heures par jour !!! L’illustratrice se tient éloignée des images d’Épinal faussement nostalgique d’un passé fantasmé, mettant plutôt à profit les vestiges graphiques de l’époque (art pariétal ou décors de poterie), ou réalisant une forme de reconstitution historique avec des dessins simplifiés et expressifs, et la volonté de donner à voir ce que pouvait être le travail à l’époque. Puis vient la première théorie économique de l’ouvrage : la loi de Malthus, du nom de l’économiste britannique Thomas Robert Malthus (1766-1834). À nouveau, l’autrice conçoit des mises en scène imaginative pour exposer le lien entre la population et le volume de production nécessaire, allant d’un globe terrestre assailli de silhouettes humaines, à des cigognes bientôt au chômage. L’exposé passe alors au processus de l’industrialisation, et fait appel à plusieurs économistes célèbres Adam Smith (1723-1790), Karl Marx (1818-1883), Joseph Schumpeter (1883-1950). Sont forcément cités la main invisible, le capital et le progrès technique. Par la suite, l’adaptatrice met également en scène Milton Friedman (1912-2006), Ben Bernanke (1953-), Jean Monnet (1888-1979), François Perroux (1903-1987), Jean Fourastié, économiste (1907-1990), Alfred Sauty, Bruno Latour (1947-2022). Elle fait appel à eux conformément à l’article originel, et aussi dans une perspective de commentaire et d’explication historique, avec une ressemblance satisfaisante pour que le lecteur les identifie sans difficulté. Bien évidemment, impossible de tenir à l’écart la naissance de l’ultralibéralisme et les chantres du libéralisme économique : le lecteur doit affronter Ronald Reagan (1911-2004) et Margaret Thatcher (1925-2013). Toujours servi par une narration visuelle riche et inventive, l’exposé entre dans l’ère du capitalisme financier, en intégrant le phénomène de transition démographique, passe au stade de la mondialisation, en évoquant les stratégies de production d’un pays pour se positionner par rapport aux autres, et le développement de l’Inde, de la Chine, du Japon. Ayant survécu à la crise de vingt-neuf, ayant prospéré pendant les trente glorieuses, s’étant accroché à ce qu’il pouvait à l’ère de la mondialisation, voilà le lecteur arrivé au temps présent. S’il entretenait des doutes au début de sa lecture, la suite lui a permis d’acquérir des certitudes quant au placement idéologique des auteurs. Fort de cette compréhension, il peut porter un regard critique sur la présentation de ce qui se joue au temps présent, à l’heure de la révolution numérique. Il peut ainsi distinguer ce qui relève de l’analyse, et ce qui s’inscrit plus dans le jugement de valeur. Il peut être frappé par la pertinence de la prise de recul, par exemple : En termes économiques, on peut dire que la révolution numérique permet d’industrialiser la société postindustrielle. Une expression en apparence contradictoire qui permet de désigner le processus de rationalisation visant à réduire au maximum le coût de l’interaction entre les humains. Tout en confrontant ses convictions ou ses valeurs au point de vue sur la taylorisation de l’affect et sur les risques d’effondrement. Accessible et passionnant de bout en bout : un tour de force. Un exposé formidable sur les mécanismes économiques à l’œuvre à l’échelle de l’humanité, une vulgarisation qui met à profit les possibilités extraordinaires de la bande dessinée pour remettre en perspective une succession d’analyses et de théories économiques, avec une vision humaniste affichée. Le lecteur en ressort avec une meilleure compréhension de l’histoire de l’économie, de ses théories appuyées sur le contexte économique de leur époque, et une vision plus juste de certains économistes. Qui aurait cru qu’Adam Smith soit l’auteur de la phrase suivante ? Aucune société ne peut prospérer et être heureuse dans laquelle la plus grande partie des membres est pauvre et misérable.
Le Voyage de Shuna
Une œuvre de jeunesse de Miyazaki, contenant déjà tout ce qu'on retrouvera dans ses œuvres tardives. Je n'ose pas imaginer la valeur de cette BD pour ses fans, qui seront avides de retrouver les détails qu'on retrouve dans des films futurs, mais aussi les thématiques et la narration assez typée. Pour ma part, bien que j'apprécie ses films, je ne suis pas un fan de l'auteur. Dans le sens où j'aime ce que j'ai vu de lui, mais je ne cherche pas avidement à regarder ceux que je n'ai pas vu. Cependant, cette BD m'intéressait quand même pour voir ce qu'il avait produit en papier (je n'ai pas encore lu Nausicaa). Et franchement, on est presque aux limites de la BD. Pour moi, c'est un récit illustré, mais ne pinaillons pas sur les détails. Par contre niveau histoire, c'est assez classique et le récit porte les valeurs de l'auteur. C'est clairement un récit aux notes écologiques, sociales mais aussi de récit initiatiques de jeunes gens motivés. Le dessin est toujours aussi beau, avec une colorisation pastelle qui rehausse les environnements qui sont bien présents. Le récit s'inspire d'un conte que je ne connaissais pas mais qui est assez bien retranscrit. C'est fluide, même si on sent que c'est découpé en scènes précises qui ont chaque fois un intérêt précis. En fait, je crois que c'est déjà un langage très cinématographique notamment dans le découpage visuel, mais qu'on manque de la possibilité que la BD aurait. En soi, le récit pourrait être adapté demain en film sans y changer grand chose, mais pour ce qui est de la narration BD c'est plus contestable. Une histoire bien menée, pas révolutionnaire et qui plaira sans aucun doute aux fans de Miyazaki, sans pour autant que je considère ça comme génial. Une œuvre de jeunesse déjà traversée des thématiques d'un grand cinéaste, que je regarde comme une petite mignardise : c'est bon en bouche mais ça ne remplit pas.
La Révolution emoji
J'avais une question assez essentielle à la fin de cette BD, à savoir quel était son intérêt profond ? Je veux dire par là que certes, on suit ce que sont les émojis, d'où ils viennent, comment ils changent, évoluent et se créent. Le tout avec différents protagonistes qui précisent les différents enjeux autour de cette question, intéressant lorsqu'on sait que les émojis sont utilisés massivement dans la communication actuelle. Sauf que ceci étant dit, la BD est ... rapide. Elle n'interroge pas la façon dont le langage se structure et comment sont nées par exemple les premiers smiley, ancêtres des émojis. Il n'y a pas de réflexion globale sur ce que ça dit de notre perception et de notre communication. De même, la question des autres moyens développés par l'humain (les gifs, par exemple) permettent d'augmenter notre potentiel communicatif. D'ailleurs, la BD est centrée sur une journaliste qui va au quatre coins du globe interroger les personnes concernées. A part montrer un bilan carbone désastreux, quel était l'intérêt de tout ces interviews ? A part celle de la femme qui a crée des émojis dans une logique féministe, je trouvais que la plupart des interventions auraient pu être mises dans une histoire unique qui englobe le sujet et aurait peut-être pu ajouter plus que juste ces récits de chacun. D'ailleurs au final j'ai assez peu retenu les personnages et plus les idées derrière. Maintenant ce n'est ni raté ni mauvais. C'est une BD sur les émojis, d'où ça vient, qui les fait et pourquoi. Et puis voila, une fois finie je ressors de cette BD en me disant que j'ai appris des trucs mais que franchement j'en ressors pas changé du tout. Rien ne reste spécialement en tête, si ce n'est que le racisme et le sexisme reste présent même dans un truc comme ces petits dessins rigolos. J'ai lu un documentaire sur un sujet, j'en ressors pas plus intéressé sans avoir passé un mauvais moment. C'est dommage, sans doute, mais franchement je n'arrive pas à être enthousiaste à son sujet.
Corps public
J'ai découvert en rentrant cette série qu'elle a eu suffisamment de succès pour être réédité en édition augmentée en 2025, ce qui est plutôt chouette pour ses autrices ! Cela dit, je suis assez peu enthousiaste personnellement. C'est le sentiment qui prédomine dans beaucoup de mes lectures mais je dois dire que là c'est assez net, notamment parce que j'étais assez désintéressé de l'histoire au global. C'est une personne assez froide et distante, peu intéressante et dont la vie m'a laissé indifférent. Elle a ses soucis, certes, liés à sa condition de femmes et se pose la question de la façon dont elle voit son corps, mais le sujet a été déjà traité par plusieurs BD récemment et souvent mieux. Sur la question de la condition des femmes et le regard sur leurs corps, je trouve Sibylline - Chroniques d'une escort girl ou Les Cœurs insolents plus réussis, et plusieurs autres BD me viennent directement en tête quant à cette thématique. En fait, je crois surtout qu'il manque un lien évident, un cœur de narration à cette BD. Quelle est la thématique centrale ? Ce n'est pas spécialement clair. On est plus dans une narration de vie de femme actuelle, avec les difficultés qu'elle subit du fait du sexisme. Et puis voila, peut-être quelques questions sur la maternité, légèrement, et sur son travail de femme artiste. J'ajouterais que je n'étais pas fan du dessin, que je trouvais parfois mal maitrisé dans les proportions. Et je note encore une fois cette foutue cigarette pour parler de femmes émancipées ... C'est quelque chose qui m'agace à chaque fois, sans doute que j'en fais trop, mais vraiment je n'y arrive pas. Donc voila, c'est une BD pas spécialement intéressante, dans des thématiques que j'ai vu bien mieux traités dans des BD qui me sont restées en mémoire. Celle-ci disparait déjà derrière les BD suivantes que j'ai lue, et je ne peux pas vraiment dire que c'est indispensable comme lecture. Même si elle n'est pas foncièrement mauvaise et que je ne la déconseille pas. A lire pour les personnes s'intéressant aux femmes de notre époque et aux difficultés qu'elles rencontrent.
Mise à sac
Cette BD était partout à sa sortie ! En tout cas à Mulhouse où j'habite, bien sur. Parce que pour une fois qu'on parle de chez nous, en plus pour un scandale public de grande ampleur ! On a nos fiertés, dans le coin ... Cette histoire est sans doute moins connu du public extérieur à notre bonne cité, mais elle a fait son petit scandale. En résumé, c'est le pillage d'un musée et une collection complète de motifs de tissus assez inestimables qui faisaient la fierté d'un musée de la ville, celui de l'impression sur étoffes. L'histoire s'étale sur des années, avec un pillage organisé à l'interne par divers acteurs et pratiquement au vu de tous, avant une mort accidentelle suspecte qui lança l'affaire au grand public. La BD essaye de retracer les grandes lignes de toute cette affaire, en remontant aux années 80 et l'introduction des acteurs dans le musée. On comprend vite que c'est complexe, le musée n'étant pas un musée nationale mais une collection gérée par une association en lien avec des entreprises. Bref, un petit sac de nœud qui va aboutir à une désorganisation interne chaotique débouchant au final sur un pillage massif. C'est une histoire triste, une histoire presque banale de personne de pouvoir se servant dans la caisse pour son train de vie personnelle. La Bd est assez didactique pour qu'on comprenne à la fois le bordel de l'organisation et la façon dont ces collections sont achetées, gérées et surtout pillées sans vergogne, le tout entre argent public et privé, intérêt particulier et notion de biens communs. Le résultat est une BD assez linéaire, presque trop sage par moment et qui ne déborde pas de son cadre strict. J'aurais apprécié un peu plus d'à-côté, notamment les considérations sur les questions de ce qu'on laisse comme marge de manœuvre dans ces espaces peu surveillés. De même, la Bd met en lumière les complexités pour retrouver des œuvres uniques dans un marché de l'art qui semble s'en ficher complètement de l'origine de ses ventes. Un état de fait qui permet des vols comme celui qui touchera notre cher musée ... La BD a un dessin sympathique, en noir et blanc assez bien fait. J'ai pris plaisir à reconnaitre les lieux que je connais (d'ailleurs j'habite juste en face du dessin d'une des cases !), et globalement la lecture est fluide et intéressante. Un peu plus n'aurait pas été de trop, à mon gout, mais en l'état la BD donne à réfléchir à ces musées que l'on délaisse parfois trop, laissant prospérer des marchés parallèles dont l'impact est malheureusement énorme ...
Seconde chance (Ominetti)
Tout comme Noirdésir, j'ai découvert Elene Ominetti avec ses premières séries pour lesquelles elle était secondée de scénariste. Ici elle est seule aux commandes d'une longue histoire et franchement, elle arrive plutôt bien à tenir ! L'histoire n'est pas qu'un simple prétexte à une histoire racoleuse qui enchaine les scènes de sexe mais tente réellement de les intégrer dans un propos plus générale sur l'émancipation des femmes. L'histoire tourne autour de cette vieille femme intégrée dans un corps plus jeune et pouvant gouter aux plaisirs de la vie qui lui ont été interdit auparavant, mais le propos général semble être plus sur les couples dysfonctionnels, notamment avec la petite-fille qui revit la même situation avec sa conjointe. C'est une façon intéressant de les lier, même si je trouve dommage que leur lien ne soit pas approfondi dans la deuxième partie de la BD où la vieille femme va finalement retrouver un amour de jeunesse. D'ailleurs la BD fait courte, sans doute contrainte par le format de pages (48 pages) qui est trop peu pour développer cette histoire tout en amenant des scènes de sexes suffisamment longues pour justifier l'appellation de BD-cul. Mais ça reste mignon, on a envie d'y croire malgré le coup de bol scénaristique qui sert de conclusion. C'est une jolie histoire, amenant son propos et avec un dessin que je continue d'apprécier et de suivre ! Vu que seul Noirdésir et moi avons mis des avis sur ses BD, je me permets de la recommander à nouveau, Elena Ominetti est clairement une des autrices du genre que j'apprécie le plus dans les dernières sorties !
Zig et Puce
Zig et Puce (et aussi Alfred) est une série sympathique que j'aime beaucoup depuis l'enfance. La reprise par Greg a été très réussie, je pense: bons dessins beaucoup d'humour et quelques inventions et innovations scientifiques en plus. Plus récemment, j'ai acquis plusieurs albums de Saint-Ogan et c'est un délice! Les éditions Glénat ont fait un bon travail de récupération et aussi de comparaison entre les histoires. Cela montre que même Hergé a été influencé et qu'il l'a reconnu!
L'Appel de Cthulhu
Pour une fois, je trouve que l'adaptation en manga par Tanabe est plus efficace que la nouvelle originelle. En effet, si L'Appel de Cthulhu est sans doute le texte le plus connu de Lovecraft et un pilier de sa mythologie, sa lecture m'avait paru assez rébarbative dans ses deux premiers tiers lorsque je l'ai découverte, jusqu'à l'arrivée sur l'île où se déroule son passage le plus marquant. Ici, grâce à une mise en image propre et rigoureuse, Tanabe parvient à donner davantage de vie au début du récit et à l'enquête, pourtant assez bavarde, qui le structure. J'ai pris plaisir à suivre le héros qui remonte le fil des témoignages, et surtout à voir ces récits mis en images, ce qui permet de mieux les appréhender. Le rythme est bon et, même si ce n'est toujours pas une intrigue de Lovecraft qui m'enthousiasme particulièrement, je l'ai suivie avec intérêt. Lorsque l'équipage débarque sur la fameuse île, j'ai beaucoup aimé la manière dont Tanabe parvient à représenter la déformation de la lumière et les perspectives impossibles. Il réussit à traduire visuellement la folie de ce lieu hors norme, et c'est sans doute l'un des points les plus marquants de cette adaptation. En revanche, d'autres aspects de son dessin me convainquent nettement moins. Ses scènes d'action restent toujours aussi confuses, et la représentation de Cthulhu lui-même manque de majesté. Il apparaît à plusieurs reprises comme une sorte de gros lourdaud tentaculaire, poursuivant les humains comme un Godzilla idiot. Pour faire simple, il ne fait pas peur, et il est difficile de ressentir l'effroi ou la folie que sa simple apparition est censée provoquer. Je reste donc partagé face à cette adaptation : j'ai apprécié la clarté de sa longue introduction ainsi que les effets graphiques très réussis liés à R'lyeh, mais j'ai été déçu par les scènes d'action et par la représentation de Cthulhu lui-même.
L'Homme qui a vu l'homme qui filme l'homme qui tire plus vite que son ombre (presque journal d'un tournage)
Bouzard – Lucky Luke, le retour ! A défaut d'être le meilleur album de Bouzard (mais ça, on s'en fout un peu), il a le double mérite d’une part de sortir (un peu) du récit strictement personnel pour proposer ici un pseudo documentaire à la manière de ce qu’avait fait Fabcaro avec ses Carnets du Pérou, et d’autre part d’avoir occasionné chez moi une barre de rire comme je n’en avais pas connue depuis longtemps (cf. la scène du maquillage qui a coulé). Non, on ne saura pas vraiment si ce récit a été au moins en parti vécu. Bouzard a-t-il vraiment assisté au tournage de la série ? Comme dans la BD de Fabcaro précitée, ces aventures peuvent bien être complètement fictives, ce n’est pas l’objet. L’objet, c’est son auteur lui-même. Et ça marche. Les gags sont amenés souvent en deux, voire trois bandes. Il y a des trucs inhabituels, graphiquement. L’effet est surprenant mais franchement bien utilisé. Les hommages au personnage de BD le plus célèbre de tout l’Ouest sont décalés (ici par le biais de Rantanplan), jusqu’à la scène finale, que j’ai personnellement trouvée hyper touchante. Le tout est très drôle ! Ça a fait mouche chez moi à plusieurs reprises. Ce « Lucky Luke » est tout simplement le meilleur album de l’auteur depuis… La Grande Aventure ? (Oui parce que La Grande Aventure est un album un peu mésestimé selon moi, mais dans le genre humour préhistorique, on a rarement fait mieux). Bon, peu importe. J’ai aimé lire ce Bouzard qui m’aura donné l’occasion de faire mon petit jogging zygomatique.
Gwendoline
Eric Stanton (1926-1999) est un classique de l'illustration et aussi de la bande dessinée érotique, de l'underground et du bizarre. J'ai retrouvé ce livre, incomplet, en faisant le ménage dans le garage. Je me souviens l'avoir acheté il y a de nombreuses années dans un kiosque, avec quelques revues. Ensuite, je l'ai caché avec honte, mais je ne jette jamais de BD à la poubelle: c'est un crime, c'est un péché! C'est un objet étrange, un ovni chez les Humanoïdes. Mais entre-temps, l'auteur est devenu culte et l'éditeur Taschen lui a consacré quelques livres monumentaux que j'ai achetés. Les dessins sont datés mais pas sans intérêt. Ses fétiches et obsessions sexuels sont devenus assez courants aujourd'hui: soumission, travestissement, fessées soft; les uniformes de servantes, d'infirmières, de cavalières, les vêtements en cuir, les talons aiguilles et les bottes hautes. En bref, tout le fatras du sadomasochisme conventionnel mais sans violence excessive. Au maximum, les bagarres entre femmes très sexy...