C'est probablement le chef-d'œuvre de Loisel jusqu'à aujourd'hui. Une adaptation bien plus sombre et sérieuse de l'œuvre originale, comparée à la version Disney. Mais Barrie, pour tout ce que nous savons, n'avait pas l'intention de créer une œuvre naïve et enfantine et n'était pas quelqu'un de particulièrement optimiste concernant l'espèce humaine.
Les dessins de Loisel sont très bons : clarté et netteté du trait, parfois obscurité des couleurs, mais une vaste gamme de nuances. Certains paysages urbains (Londres) ou tropicaux sont artistiquement et parfaitement réalisés. Les personnages, sans toujours être visuellement agréables (Hook, par exemple), correspondent finalement et remplissent notre imagination. Beaucoup de sensualité dans les figures féminines, les sirènes, et de l'humour aussi : Clochette est très riche et parfaite dans son rôle.
J'ai acheté cet album dans une librairie spécialisée en thèmes religieux au début des années 90, non sans avoir d'abord jeté un coup d'œil aux dessins. Mais j'ai eu honte au moment de payer à la caisse, je l'avoue.
C'est une combinaison riche d'information scientifique, historique et humoristique aussi. Les dessins sont un peu irréguliers, mais aussi efficaces quand c'est justifié. Il ne traite pas seulement de la mécanique du sexe, mais aussi de l'art de la séduction. Aujourd'hui, beaucoup sera dépassé, mais même si nous pensons tout savoir sur le sujet, il y a toujours quelques astuces à apprendre ou à se rappeler.
Je me suis toujours interrogé sur le sens de cette adaptation. Animal Farm d'Orwell n'est pas une fable destinée aux enfants. La dystopie animale aborde la dérive totalitaire des régimes révolutionnaires... Et pour les adultes, les dessins sont totalement ineptes. Même pour enfants, ils ne sont pas très beaux. Je me demande aussi ce que Jean Giraud est venu faire ici...
Bien que je ne sois pas spécialiste du sujet, la guerre de Cent Ans et ce personnage en particulier m'ont toujours fasciné. Le récit me semble conforme aux données historiques disponibles et les dessins de Noé sont excellents comme d'habitude, les scènes de bataille sont impressionnantes!
Le dossier final, les références et la chronologie sont particulièrement instructifs et utiles.
La jeune fille renfrognée et le chien qui ne l'est pas moins mais plus agressif se complètent. Bien sûr, c'est attendu mais pas impossible, et il n'y a pas que ça par exemple: faut-il ou pas rendre trop heureux les chiens fantômes ? Il y a du pour et du contre, pour ceux qui n'ont pas lu le manga. La grand-mère et l'apprenti boulanger ne sont pas mal, il n'y a pas de mal à lire un manga voire une série qu'on oubliera sans doute vite mais qui du moins aura fait passer un bon moment.
Je ne pense pas que ce soit aussi mauvais que cela. J'ai seulement lu le premier tome dans l'édition originale des Humanoides, avec la colorisation assez vive, et j'aime beaucoup les dessins de Bilal. L'influence de Moebius est assez évidente.
Le scénario de Dionnet est quelque peu simpliste et paresseux : une variation SF de la révolte de Spartacus, combinée avec des conquêtes impérialistes et le désir d'immortalité. Rien de très complexe.
Une fillette aux cheveux mauves et son protecteur à tête de citrouille tiennent une herboristerie dans une campagne semi-merveilleuse où humains, animaux anthropomorphes et créatures féériques se côtoient au quotidien. Entre cueillette, remèdes à base de plantes et petites aventures, ils accueillent une galerie de personnages attachants dans un univers où le fantastique se mêle à la douceur de la vie rurale.
J'ai bien apprécié cette série qui mélange conte fantastique, roman graphique, petit documentaire sur les plantes et récit de tranche de vie dans un monde plein de charme. Le principal atout de l'ensemble réside pour moi dans son univers visuel. Je suis tombé sous le charme des décors bucoliques de campagne, de forêts et, dans une moindre mesure, des passages urbains du troisième tome. Les paysages sont très beaux, pleins de douceur de vivre, les couleurs très réussies et il est agréable de se laisser porter par ces promenades dans un environnement aussi chaleureux et apaisant. Le dessin des personnages est également réussi et dynamique, même si je lui trouve un peu moins de finesse que celui des décors.
Chaque album raconte une histoire complète tout en poursuivant discrètement l'évolution des personnages, avec en bonus à chaque fois un dossier final consacré aux plantes rencontrées et à leurs usages. J'ai trouvé cet aspect pédagogique bien intégré au récit, sans jamais donner l'impression de lire un guide d'herboristerie.
Le premier tome constitue une agréable introduction à cet univers et à ses protagonistes. En revanche, Mauve ne m'a pas toujours semblé très attachante. Son caractère boudeur, sa jalousie et son côté parfois assez pénible m'ont régulièrement agacé. Heureusement, Crookneck apporte beaucoup de douceur à l'ensemble grâce à sa bienveillance et à sa maturité, tandis qu'Anaïs, qui rejoint rapidement le duo, se révèle immédiatement plus sympathique et équilibrée.
Le deuxième tome est celui qui m'a le plus séduit. Le voyage vers le festival des lucioles, l'ambiance qui se dégage de celui-ci et surtout son magnifique final nocturne lui confèrent une belle dimension poétique et envoutante. C'est l'album qui exploite le mieux le potentiel merveilleux de la série et celui qui m'a le plus marqué.
Le troisième tome est un peu plus terre à terre et davantage tourné vers la ville. Il apporte plusieurs éléments de réponse concernant le mystère qui entoure l'homme à tête de citrouille et j'ai apprécié que le récit privilégie une conclusion assez inattendue et empreinte de sagesse plutôt qu'une simple révélation spectaculaire, même si certains mystères demeurent volontairement ouverts.
J'ai donc passé un bon moment avec cette série bucolique. Je regrette juste la grande simplicité des intrigues ainsi que le caractère pas toujours attachant de son héroïne. En revanche, la beauté des décors, l'atmosphère réconfortante et la poésie qui se dégage de certaines scènes compensent largement ces réserves. Une lecture douce, chaleureuse et dépaysante, idéale pour se plonger dans un petit monde merveilleux où la nature et les plantes occupent une place centrale.
Un documentaire qui a comme sujet Ali Oulkadi et comment sa vie a basculé lorsqu'il a aidé sans le savoir des amis qui étaient impliqués dans les attentats du Bataclan. En plus, lorsqu'il a compris la vérité il a eu trop peur d'aller tout dire à la police et cela va lui causer bien des ennuis.
Au travers la vie d'Ali Oulkadi, on voit surtout un homme dont la vie est chamboulée à cause de la radicalisation de certains de ses proches dont un de ses meilleurs amis à savoir Brahim Abdeslam. Cela fait peur de voir que des gens autours de nous qu'on croit bien connaitre peuvent avoir une part sombre qu'on ne soupçonne même pas. En garde à vue pendant des mois, le pauvre Ali va pouvoir se souvenir d'événements qui semblaient anodin sur le moment, mais qui prennnent une tournure différente après les attentats terroristes. Il va aussi se demander pendant longtemps pourquoi ses soi-disant amis ont décidé de l'impliquer malgré lui dans cette affaire.
J'avoue que je ne connaissais pas trop les aboutissements de l'enquête sur le Bataclan et cet album est un bon résumé de l'affaire. Tout est clair et précis. Il y a quelques moments émouvants, notamment les témoignages de survivants des attaques. Le dessin est pas trop mal quoique parfois je trouvais que certains personnages se ressemblaient un peu trop, ce qui apportait de la confusion par moment.
Étrange album, sur lequel j’ai du mal à revenir pour l’aviser. Ma remarque est valable pour le dessin, la colorisation, comme pour le scénario. Car, en effet, tous s’écartent des canons habituels.
Les couleurs sont tapantes, tranchées, refusent le réalisme, et le dessin (pas forcément mon truc à la base) est lui aussi étrange, loin du franco-belge classique. Mais au final ça passe bien.
Quant au scénario, il prend le temps d’installer une ambiance, autour de quelques personnages. Peu à peu – c’est en tout cas comme ça qu’on peut ou doit le voir, se dessine une critique de notre société.
Les « oracles », vieux bonhommes murmurant des borborygmes, qu’une « pythie » moderne (sorte de working girl tout droit issue des grandes écoles et de la haute société « interprète » pour renforcer une doxa froide et intangible, celle du libéralisme, de l’exploitation des masses au profit des nantis – dont elle fait partie. Voilà le triste tableau qui prend corps sur la fin, alors qu’on suit un couple se débattant dans la mouise (madame ayant des difficultés à sortir de son lit, procrastinant, quasi archétype du chômeur stigmatisé par médias et groupes dominant).
Disons que le message qui sourd de ce récit n’est pas pour me déplaire. Mais la lecture s’est révélée moins captivante.
Une seconde lecture infirmera peut-être ce ressenti mitigé. En tout cas je salue l’originalité des auteurs, qui ont fait des choix – esthétiques et narratifs – sortant des sentiers battus, pour traiter de l’insécurité sociale (voir la famille obligée de sous louer une partie de son petit domicile à des touristes américains), celle qui est occultée – allez savoir pourquoi – au profit d’un sentiment d’insécurité plus flous servant à détourner l’attention.
Note réelle 2,5/5.
Le projet est inattaquable : via une dystopie, interroger nos sociétés de moins en moins sociales-démocrates attaquant les droits sociaux pour en réduire drastiquement la voilure, jusqu'à remettre en cause l'équilibre originel, mais aussi son principe.
La dystopie est ici sournoisement ironique, l'on navigue davantage du côté de Brazil que de 1984. L'absurdité du travail est moquée jusqu'à l'excès, mais avec une retenue poétique charmante, permettant à l'intrigue de développer sa mélancolie désabusée. Malheureusement, cette ligne de crête ne tient pas, et l'ajout d'un propos sur la religion est moins acerbe que ridicule. Il en va de même des peu compréhensibles relations amoureuses ou pire, de ce regard idéologiquement contre-productif sur la "fatigue de la jeune femme assistée".
Par ailleurs, la tournure de l'intrigue, développant une comédie SF d'espionnage, lasse peu à peu. L'humour perd en noirceur et finit par s'autoalimenter vainement. La faute également à des illustrations donnant trop modérément le change.
Un récit imparfait, ne trouvant pas son rythme, sur un sujet important et maladroitement traité, y compris idéologiquement. Une grosse déception.
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Peter Pan
C'est probablement le chef-d'œuvre de Loisel jusqu'à aujourd'hui. Une adaptation bien plus sombre et sérieuse de l'œuvre originale, comparée à la version Disney. Mais Barrie, pour tout ce que nous savons, n'avait pas l'intention de créer une œuvre naïve et enfantine et n'était pas quelqu'un de particulièrement optimiste concernant l'espèce humaine. Les dessins de Loisel sont très bons : clarté et netteté du trait, parfois obscurité des couleurs, mais une vaste gamme de nuances. Certains paysages urbains (Londres) ou tropicaux sont artistiquement et parfaitement réalisés. Les personnages, sans toujours être visuellement agréables (Hook, par exemple), correspondent finalement et remplissent notre imagination. Beaucoup de sensualité dans les figures féminines, les sirènes, et de l'humour aussi : Clochette est très riche et parfaite dans son rôle.
Le Savoir-Aimer - La Sexualité en bande dessinée
J'ai acheté cet album dans une librairie spécialisée en thèmes religieux au début des années 90, non sans avoir d'abord jeté un coup d'œil aux dessins. Mais j'ai eu honte au moment de payer à la caisse, je l'avoue. C'est une combinaison riche d'information scientifique, historique et humoristique aussi. Les dessins sont un peu irréguliers, mais aussi efficaces quand c'est justifié. Il ne traite pas seulement de la mécanique du sexe, mais aussi de l'art de la séduction. Aujourd'hui, beaucoup sera dépassé, mais même si nous pensons tout savoir sur le sujet, il y a toujours quelques astuces à apprendre ou à se rappeler.
La Ferme des animaux
Je me suis toujours interrogé sur le sens de cette adaptation. Animal Farm d'Orwell n'est pas une fable destinée aux enfants. La dystopie animale aborde la dérive totalitaire des régimes révolutionnaires... Et pour les adultes, les dessins sont totalement ineptes. Même pour enfants, ils ne sont pas très beaux. Je me demande aussi ce que Jean Giraud est venu faire ici...
Jeanne d'Arc (Glénat)
Bien que je ne sois pas spécialiste du sujet, la guerre de Cent Ans et ce personnage en particulier m'ont toujours fasciné. Le récit me semble conforme aux données historiques disponibles et les dessins de Noé sont excellents comme d'habitude, les scènes de bataille sont impressionnantes! Le dossier final, les références et la chronologie sont particulièrement instructifs et utiles.
Shiba Inu Rooms
La jeune fille renfrognée et le chien qui ne l'est pas moins mais plus agressif se complètent. Bien sûr, c'est attendu mais pas impossible, et il n'y a pas que ça par exemple: faut-il ou pas rendre trop heureux les chiens fantômes ? Il y a du pour et du contre, pour ceux qui n'ont pas lu le manga. La grand-mère et l'apprenti boulanger ne sont pas mal, il n'y a pas de mal à lire un manga voire une série qu'on oubliera sans doute vite mais qui du moins aura fait passer un bon moment.
Exterminateur 17
Je ne pense pas que ce soit aussi mauvais que cela. J'ai seulement lu le premier tome dans l'édition originale des Humanoides, avec la colorisation assez vive, et j'aime beaucoup les dessins de Bilal. L'influence de Moebius est assez évidente. Le scénario de Dionnet est quelque peu simpliste et paresseux : une variation SF de la révolte de Spartacus, combinée avec des conquêtes impérialistes et le désir d'immortalité. Rien de très complexe.
Mauve Bergamotte
Une fillette aux cheveux mauves et son protecteur à tête de citrouille tiennent une herboristerie dans une campagne semi-merveilleuse où humains, animaux anthropomorphes et créatures féériques se côtoient au quotidien. Entre cueillette, remèdes à base de plantes et petites aventures, ils accueillent une galerie de personnages attachants dans un univers où le fantastique se mêle à la douceur de la vie rurale. J'ai bien apprécié cette série qui mélange conte fantastique, roman graphique, petit documentaire sur les plantes et récit de tranche de vie dans un monde plein de charme. Le principal atout de l'ensemble réside pour moi dans son univers visuel. Je suis tombé sous le charme des décors bucoliques de campagne, de forêts et, dans une moindre mesure, des passages urbains du troisième tome. Les paysages sont très beaux, pleins de douceur de vivre, les couleurs très réussies et il est agréable de se laisser porter par ces promenades dans un environnement aussi chaleureux et apaisant. Le dessin des personnages est également réussi et dynamique, même si je lui trouve un peu moins de finesse que celui des décors. Chaque album raconte une histoire complète tout en poursuivant discrètement l'évolution des personnages, avec en bonus à chaque fois un dossier final consacré aux plantes rencontrées et à leurs usages. J'ai trouvé cet aspect pédagogique bien intégré au récit, sans jamais donner l'impression de lire un guide d'herboristerie. Le premier tome constitue une agréable introduction à cet univers et à ses protagonistes. En revanche, Mauve ne m'a pas toujours semblé très attachante. Son caractère boudeur, sa jalousie et son côté parfois assez pénible m'ont régulièrement agacé. Heureusement, Crookneck apporte beaucoup de douceur à l'ensemble grâce à sa bienveillance et à sa maturité, tandis qu'Anaïs, qui rejoint rapidement le duo, se révèle immédiatement plus sympathique et équilibrée. Le deuxième tome est celui qui m'a le plus séduit. Le voyage vers le festival des lucioles, l'ambiance qui se dégage de celui-ci et surtout son magnifique final nocturne lui confèrent une belle dimension poétique et envoutante. C'est l'album qui exploite le mieux le potentiel merveilleux de la série et celui qui m'a le plus marqué. Le troisième tome est un peu plus terre à terre et davantage tourné vers la ville. Il apporte plusieurs éléments de réponse concernant le mystère qui entoure l'homme à tête de citrouille et j'ai apprécié que le récit privilégie une conclusion assez inattendue et empreinte de sagesse plutôt qu'une simple révélation spectaculaire, même si certains mystères demeurent volontairement ouverts. J'ai donc passé un bon moment avec cette série bucolique. Je regrette juste la grande simplicité des intrigues ainsi que le caractère pas toujours attachant de son héroïne. En revanche, la beauté des décors, l'atmosphère réconfortante et la poésie qui se dégage de certaines scènes compensent largement ces réserves. Une lecture douce, chaleureuse et dépaysante, idéale pour se plonger dans un petit monde merveilleux où la nature et les plantes occupent une place centrale.
L'Homme du dernier kilomètre
Un documentaire qui a comme sujet Ali Oulkadi et comment sa vie a basculé lorsqu'il a aidé sans le savoir des amis qui étaient impliqués dans les attentats du Bataclan. En plus, lorsqu'il a compris la vérité il a eu trop peur d'aller tout dire à la police et cela va lui causer bien des ennuis. Au travers la vie d'Ali Oulkadi, on voit surtout un homme dont la vie est chamboulée à cause de la radicalisation de certains de ses proches dont un de ses meilleurs amis à savoir Brahim Abdeslam. Cela fait peur de voir que des gens autours de nous qu'on croit bien connaitre peuvent avoir une part sombre qu'on ne soupçonne même pas. En garde à vue pendant des mois, le pauvre Ali va pouvoir se souvenir d'événements qui semblaient anodin sur le moment, mais qui prennnent une tournure différente après les attentats terroristes. Il va aussi se demander pendant longtemps pourquoi ses soi-disant amis ont décidé de l'impliquer malgré lui dans cette affaire. J'avoue que je ne connaissais pas trop les aboutissements de l'enquête sur le Bataclan et cet album est un bon résumé de l'affaire. Tout est clair et précis. Il y a quelques moments émouvants, notamment les témoignages de survivants des attaques. Le dessin est pas trop mal quoique parfois je trouvais que certains personnages se ressemblaient un peu trop, ce qui apportait de la confusion par moment.
Les Marchés
Étrange album, sur lequel j’ai du mal à revenir pour l’aviser. Ma remarque est valable pour le dessin, la colorisation, comme pour le scénario. Car, en effet, tous s’écartent des canons habituels. Les couleurs sont tapantes, tranchées, refusent le réalisme, et le dessin (pas forcément mon truc à la base) est lui aussi étrange, loin du franco-belge classique. Mais au final ça passe bien. Quant au scénario, il prend le temps d’installer une ambiance, autour de quelques personnages. Peu à peu – c’est en tout cas comme ça qu’on peut ou doit le voir, se dessine une critique de notre société. Les « oracles », vieux bonhommes murmurant des borborygmes, qu’une « pythie » moderne (sorte de working girl tout droit issue des grandes écoles et de la haute société « interprète » pour renforcer une doxa froide et intangible, celle du libéralisme, de l’exploitation des masses au profit des nantis – dont elle fait partie. Voilà le triste tableau qui prend corps sur la fin, alors qu’on suit un couple se débattant dans la mouise (madame ayant des difficultés à sortir de son lit, procrastinant, quasi archétype du chômeur stigmatisé par médias et groupes dominant). Disons que le message qui sourd de ce récit n’est pas pour me déplaire. Mais la lecture s’est révélée moins captivante. Une seconde lecture infirmera peut-être ce ressenti mitigé. En tout cas je salue l’originalité des auteurs, qui ont fait des choix – esthétiques et narratifs – sortant des sentiers battus, pour traiter de l’insécurité sociale (voir la famille obligée de sous louer une partie de son petit domicile à des touristes américains), celle qui est occultée – allez savoir pourquoi – au profit d’un sentiment d’insécurité plus flous servant à détourner l’attention. Note réelle 2,5/5.
Les Marchés
Le projet est inattaquable : via une dystopie, interroger nos sociétés de moins en moins sociales-démocrates attaquant les droits sociaux pour en réduire drastiquement la voilure, jusqu'à remettre en cause l'équilibre originel, mais aussi son principe. La dystopie est ici sournoisement ironique, l'on navigue davantage du côté de Brazil que de 1984. L'absurdité du travail est moquée jusqu'à l'excès, mais avec une retenue poétique charmante, permettant à l'intrigue de développer sa mélancolie désabusée. Malheureusement, cette ligne de crête ne tient pas, et l'ajout d'un propos sur la religion est moins acerbe que ridicule. Il en va de même des peu compréhensibles relations amoureuses ou pire, de ce regard idéologiquement contre-productif sur la "fatigue de la jeune femme assistée". Par ailleurs, la tournure de l'intrigue, développant une comédie SF d'espionnage, lasse peu à peu. L'humour perd en noirceur et finit par s'autoalimenter vainement. La faute également à des illustrations donnant trop modérément le change. Un récit imparfait, ne trouvant pas son rythme, sur un sujet important et maladroitement traité, y compris idéologiquement. Une grosse déception.