Ce recueil de Didier Convard rassemble plusieurs histoires courtes majoritairement orientées science-fiction, souvent autour du voyage temporel et des enquêtes du CEHIT (Centre d'Etudes Historiques Inter-Temporels), même si quelques récits n'ont rien à voir et basculent davantage dans le fantastique pur. On sent bien le goût des années 70-80 pour la SF métaphysique, les paradoxes temporels, les futurs décadents et les récits un peu crépusculaires où l'humanité semble toujours proche de sa perte.
Honnêtement, les scénarios sont assez inégaux. Ce sont des histoires très courtes, souvent construites autour d'une idée unique ou d'une petite chute à rebondissement. Certaines sont franchement prévisibles, d'autres paraissent aujourd'hui très classiques voire déjà vues maintes fois, mais un ou deux récits m'ont quand même un peu surpris. Globalement, c'est de la SF très basique, parfois naïve, avec ce petit parfum désuet typique d'une époque où l'on mélangeait encore sans complexe space opera, fantastique, érotisme, pessimisme nucléaire et réflexions vaguement métaphysiques dans quelques pages seulement.
Mais l'intérêt principal de l'album, pour moi, vient surtout du dessin de Didier Convard. On le sent encore un peu immature par moments, pas totalement débarrassé de ses influences, mais j'aime beaucoup la clarté de son trait et l'élégance très académique de ses personnages comme de ses décors. On est quelque part entre Eddy Paape et André Juillard, avec qui il a d'ailleurs beaucoup collaboré. Il y a une vraie lisibilité, un goût du décor rétro-futuriste et une manière très classique mais agréable de mettre en scène les personnages. Même quand les scénarios restent mineurs, le dessin donne souvent envie de continuer.
Ce n'est certainement pas un grand classique oublié de la science-fiction en BD, et beaucoup d'idées paraîtront aujourd'hui désuettes, mais en amateur de SF ancienne j'ai pris un plaisir amusé à parcourir ces récits. Leur côté rétro, parfois maladroit mais sincère, fonctionne un peu comme un témoignage d'une certaine bande dessinée de science-fiction française entre la fin des années 70 et le début des années 80.
Subjectivement – une image belle et éclatante dans le style de l’art numérique, mais qui ne décroche pas les étoiles… Bien sûr, ce dessin anguleux et tranchant, aux couleurs digitales vives, a ses amateurs, et moi aussi je l’ai apprécié. Cependant, par endroits, les personnages présentent des proportions étranges : mains, corps, yeux… La bouche s’ouvre parfois en cri sur 180 degrés, au point qu’on pourrait y glisser trois Big Mac empilés – je comprends que c’est un procédé artistique, mais ce n’est pas vraiment à mon goût. Ceux qui n’aiment pas non plus l’hypertrophie des proportions au service de la dynamique risquent de ne pas apprécier.
Quant au scénario, il n’y a pas grand-chose à en dire… Il sert surtout de toile de fond aux interactions romantiques entre les personnages. L’introduction épique promettait d’être ample et sérieuse, mais tout s’est réduit à des combats banals, sans intrigue particulière. C’est un peu décevant après avoir lu les critiques enthousiastes du public américain : en le découvrant, j’ai compris qu’il s’agissait d’une histoire assez faible, même si elle reste intéressante.
J'ai un avis assez mitigé sur ce comics, mais pas vraiment négatif. J'ai pris un certain plaisir à le lire par moments, surtout grâce à son ambiance et à son identité graphique très fortes. Christian Ward offre un travail visuel vraiment réussi, notamment dans la représentation des différentes couches spectrales et de cette maison hantée transformée en espèce de machine métaphysique. Il y a des images marquantes et toute cette idée d'un riche occultiste prêt à expérimenter sur l'âme humaine pour vaincre la mort m'a rappelé les expériences de Burgess et de son amant au début de la série Sandman. On retrouve ce mélange de pseudo-science, d'occultisme et d'obsession amoureuse qui finit par tout corrompre.
Les dialogues sont globalement bons, le déroulement des actes aussi, et malgré quelques longueurs j'ai trouvé l'ensemble prenant. Toutefois, j'ai trouvé qu'il y avait un peu trop de flashbacks. Certains sont utiles et nourrissent bien la relation entre l'occultiste et son compagnon, mais à force le récit finit par se disperser et ralentir inutilement son rythme. Ça délaie la sauce plus que ça ne l'enrichit.
J'ai bien aimé le duo principal. La relation entre les deux femmes fonctionne plutôt bien, justement parce qu'elles semblent au départ enfermées dans des archétypes un peu faciles avant de brusquement s'inverser. Au début, Janie, la jeune mère, paraît presque fade et un peu idiote, mais dès qu'il est question de retrouver son enfant, elle devient nettement plus volontaire, courageuse et active. Ce basculement là, lui, fonctionne.
En revanche, j'ai moins été convaincu par Vesper. Son changement de personnalité est trop brutal. Elle est introduite comme une jeune femme hautaine, mystérieuse et intimidante, censée être bien renseignée sur cette maison et sur ce qui s'y trouve, puis dès que les événements commencent elle se transforme en adolescente fragile et craintive. Ça sonne faux, d'autant plus qu'elle aurait théoriquement dû comprendre presque immédiatement ce qu'il s'était réellement passé dans cette maison. Le lecteur, lui, le devine quasiment immédiatement, ce qui rend la révélation finale beaucoup trop prévisible, à tel point que je croisais les doigts en vain pour que ce ne soit pas si évident.
Et puis je n'ai pas aimé la toute fin. Le châtiment brutal qui frappe sans raison valable l'un des protagonistes m'a paru inutilement cruel et presque banal dans sa manière de chercher une dernière touche d'horreur choc. Le récit était plus intéressant quand il jouait sur le malaise, les couches spectrales, l'obsession amoureuse et la peur de la mort que lorsqu'il bascule dans une conclusion plus grossièrement punitive.
Bref, un comics qui m'a séduit par sa forme, son ambiance, certaines idées visuelles et son mélange d'horreur occulte et de pseudo-science, mais qui m'a aussi frustré par une révélation finale beaucoup trop prévisible, plusieurs facilités narratives et quelques flashbacks de trop.
Note : 2,5/5
Dans un futur proche, une journaliste accompagne une unité d'élite de Marines envoyée explorer Terminus, une mystérieuse planète censée abriter des entités extraterrestres incompréhensibles. Mais quelques minutes après leur arrivée, toute l'équipe militaire est massacrée et la journaliste se retrouve seule au milieu d'un monde aussi hostile qu'étrange.
Le début m'a d'ailleurs surpris et même un peu amusé. La BD prend quelques pages pour nous présenter toute une escouade de commandos, avec le profil et les spécialités de chacun, exactement comme si on préparait un grand récit militaire de SF à la Aliens... avant de tous les faire tuer presque immédiatement dans une scène qui rappelle fortement l'attaque du fort dans Starship Troopers. J'ai trouvé ce faux départ plutôt efficace, parce qu'il crée une bonne rupture de ton et laisse penser qu'on va partir vers quelque chose d'imprévisible et de radicalement étrange.
Le problème, c'est qu'après cette introduction réussie, le récit bascule très vite vers une sorte de fantasy mystique spatiale finalement beaucoup plus classique et beaucoup moins dépaysante que promis. On nous promettait un royaume quantique incompréhensible, étranger à l'humanité, mais on se retrouve finalement face à une civilisation humanoïde assez banale, avec tyran oppresseur, esclaves, caste dominante et élue providentielle. Toute l'étrangeté annoncée finit par ressembler à une vieille aventure de science-fantasy façon Flash Gordon, avec ses peuples exotiques vaguement mystiques et ses symboles ésotériques qui donnent surtout l'impression de faire mystérieux sans vraiment l'être.
L'héroïne elle-même devient assez vite difficile à suivre. En moins d'un mois, elle apprend la langue locale, s'intègre à la population, comprend les croyances du peuple, est considérée comme une sorte de messie, vit des expériences mystiques et organiques parfois assez glauques, semble saisir intuitivement des enjeux que le lecteur ne comprend pas, puis finit par combattre le grand méchant avec des pouvoirs sortis de nulle part. Le récit donne l'impression que les auteurs sautent directement d'une idée à une autre sans construire réellement les étapes intermédiaires.
L'ensemble est bourré de facilités et de clichés du genre. Le scénario semble vouloir parler de colonialisme, de militarisme humain, de domination, d'ouverture à l'autre et de spiritualité, avec des réminiscences d'Apocalypse Now, mais c'est aussi superficiel qu'abscons. On nous explique que l'humanité détruit tout ce qu'elle touche... tout en résolvant toute l'histoire par la violence, les combats et les affrontements spectaculaires. Il y a un décalage entre les intentions philosophiques du récit et sa manière très bourrine de raconter les choses.
Visuellement, c'est plutôt réussi. Le dessin possède une personnalité rétro de science-fantasy, avec des architectures organiques et des créatures étranges. Certaines images évoquent du Kirby ou du Moebius mais là encore la mise en scène reste souvent plus illustrative qu'inspirée.
J'ai eu l'impression d'un album plein d'ambition et d'influences qui ne parvient pas à en faire quelque chose de cohérent ou de profond. Ça se lit facilement, il y a quelques bons moments visuels, mais plus le récit avance, plus il devient confus, convenu et artificiellement mystique. Et le message final est décevant.
Cette BD a fonctionné pendant de nombreuses années comme souvenir d'un des premiers films que je suis allé voir au cinéma. Évidemment, le film (1967) est bien supérieur.
Les dessins sont assez fidèles, mais même dans les éditions les plus récentes du livre, les couleurs restent plates et criardes, et l'absence de décors détaillés se fait trop ressentir. La musique manque également, la marche des éléphants, la chanson de Baloo, il faut les entendre intérieurement...
Des adaptations plus récentes du célèbre classique de R. Kipling sont disponibles aujourd'hui, mais je continue à aimer cette version. Je pense que les figures des animaux et surtout de Mowgli restent attractifs pour les enfants. Elles continuent d'être inspirantes pour les petits scouts louveteaux !
Un jeune employé de bureau surnommé le Prince parce qu'il est beau, brillant et très serviable découvre par hasard qu'une collègue froide et asociale change complètement de visage lorsqu'elle s'occupe de chats errants dans un parc après le travail. En partageant ce secret, les deux vont peu à peu se rapprocher et apprendre à se montrer tels qu'ils sont réellement.
Au départ, j'avais peur de tomber une fois de plus sur un nouveau "manga sur les chats" où les auteurs passent leur temps à montrer des chats supposément troooop mignons, troooop adorables dans chacune de leurs actions, un registre qui me lasse très vite. Ici, ce n'est pas vraiment ça. Les chats restent importants, mais davantage comme lien entre les personnages et comme reflet de leurs comportements. Le manga rappelle assez justement que les chats sont avant tout des animaux instinctifs, méfiants, parfois affectueux mais jamais totalement domestiqués mentalement. Il y a un petit aspect documentaire discret sur les chats errants, leur comportement et les soins à leur apporter, sans que cela devienne pesant ou démonstratif.
Le cœur du récit reste bien une romance. Une romance assez classique dans sa structure, presque hollywoodienne, mais avec des personnages suffisamment attachants pour qu'on se laisse prendre avec plaisir. D'un côté, on a ce fameux "Prince", le collègue parfait admiré par toute l'entreprise, toujours prêt à rendre service au point d'en être épuisé intérieurement. De l'autre, cette jeune femme renfermée, incapable de gérer correctement les relations sociales et qui repousse instinctivement ceux qui tentent de l'approcher. Le contraste fonctionne bien parce qu'aucun des deux n'est réellement heureux dans le rôle qu'il joue au quotidien. Leur rapprochement devient alors autant sentimental qu'humain : lui découvre enfin un endroit où il peut arrêter de jouer le garçon parfait, tandis qu'elle commence lentement à laisser quelqu'un entrer dans son espace personnel. La dynamique rappelle l'idée du "chat échaudé craint l'eau froide" appliquée à une personne : elle reste constamment sur ses gardes, mais prend progressivement plaisir à partager sa passion avec quelqu'un qui ne cherche pas à la forcer à devenir plus sociable qu'elle ne l'est réellement.
La narration est un peu brouillonne au tout début. Les premières pages donnent presque l'impression d'un shojo qui peine à poser clairement son contexte et ses personnages. Mais assez rapidement, le récit devient plus fluide et linéaire, ce qui permet de mieux s'attacher aux protagonistes et à leur relation.
L'ensemble reste assez doux, calme et sans énorme surprise, mais c'est aussi ce qui fait son charme. Et la série a l'intelligence de se terminer en seulement trois tomes, lui permettant d'éviter de se diluer ou de tourner en rond jusqu'à devenir lassante.
Je suis tombé sur cette BD dont le sujet m'a immédiatement interpelé : le wax ! Le fameux tissu "africain" dont on fait les chemises et les boubous. Or, je suis grand amateur de Wax !
Si cette BD est sortie opportunément pendant une exposition parisienne précisément consacrée au Wax (c'est même une commande), elle ne passe pas à côté de son sujet. La jeune autrice Justine Sow, métis de père guinéen, et dont il s'agit de la première BD, livre même une bonne histoire qui ne fait pas l'impasse sur l'émotion. En effet, elle livre quelques souvenirs familiaux poignants, et surtout comment elle niait sa propre situation. Comment aussi elle a subit le racisme invisible, y compris de la part de sa très proche famille. Tout cela est bien fait. L'intro pose parfaitement le cadre, et le rendu documentaire est distillé en parallèle de l'histoire familiale. Le dessin remplit parfaitement sa fonction, et on apprend des choses étonnantes sur le fameux tissu que les femmes africaines ont parfaitement investi, pour ne pas dire subverti.
On regrettera simplement une fin abrupte, ainsi que la fugacité des scènes de famille, certes concentrées autour d'anecdotes et de dialogues bien choisis. L'ensemble manque d'un poil de percussion, d'où un côté un peu froid peut-être. Perso, j'aurais aimé quelque chose de plus investi d'autant qu'il y avait largement matière à le faire. Un petit bémol proportionnel au plaisir que j'ai eu à lire Wax Paradoxe.
Malgré tout, c'est une excellente lecture, on-ne-peut-plus recommandable, dont le titre est parfaitement choisi puisque tout tourne autour de l'idée de paradoxe. Il ne s'agit pas d'une BD reportage : c'est bien plus intime que ça. C'est un détissage (clin d'oeil clin d'oeil) d'une histoire familiale dont les fils (métaphore filée) s'entremêlent (stop !) avec ceux de la vie du fameux tissu. Une petite merveille scénaristique de ce point de vue (et je mets un coup de cœur après relecture)
Adaptation d'un roman d'Italo Calvino, "Le Baron perché nous conte l'histoire de Côme, qui à la suite d'une brouille avec son père décida de ne plus mettre pied à terre, quitte à vivre de très loin les joies et les drames de sa vie.
L'histoire, que je ne connaissais pas, n'est pas dépourvue d'intérêt même si on a du mal à comprendre l'entêtement du baron à rester perché. On pourra toutefois saluer sa volonté à rester fidèle à sa promesse et ce jusqu'à la fin. Le petit garçon que j'étais envie la jolie cabane dans les arbres du jeune Côme.
Une fois dis ça, on est spectateur des différents évènements sans arriver à les vivre pleinement et c'est peut être le plus gros reproche que l'on peut faire à cette ouvrage
J'ai trouvé le graphisme très honorable (en tout cas je n'y suis pas allergique) mais assez figé. La colorisation est pour sa part assez bien faite.
Au final "Le Baron perché" permet à l'occasion de passer un bon moment mais ne restera pas forcément en mémoire.
Note réelle : 2,5/5
Cette critique est la conséquence d'un achat compulsif sur un site d'occasion.
Parce qu'il est toujours plaisant de découvrir des bandes totalement méconnues.
Parce que, outre la superbe dédicace à l'intérieur, la couverture m'a rappellé la meilleure époque de Ric Hochet.
Deuxième page : on a droit à une femme démoniaque à poil dans son bain. Bon, je pense que le lectorat visé n'est pas le même.
En fait, on est sur du fantastique de gare avec un soupçon d'érotisme.
Les dialogues utilisent le language courant, rien à voir avec le style ampoulé vu dans Les Esclaves de la torpeur du même scénariste.
Le dessin de Laverdure, qui sent bon les années 80, n'est vraiment pas vilain. On a de belles couleurs, la mise en page est dynamique. Le charme rétro opére à plein régime.
Dommage que la fin soit un peu bâclée, sinon j'aurai donné les trois étoiles sans honte.
La série a été abandonnée après la parution du premier tome. Le deuxième épisode devait s'appeler "le gène de Caïn".
Un exemple de bande dessinée bis. A collectionner pour les amateurs, à fuir pour les autres.
Un polar fantastique comme Dufaux savait les produire durant son premier âge d'or, que je situe grosso modo entre 1985 et le milieu des années 90.
L'histoire tisse des liens avec une autre de ses œuvres, Les Enfants de la Salamandre.
C'est un peu tiré par les cheveux mais on ne peut pas nier que ça donne plus d'ampleur à cette fiction.
Dans les autres points de comparaison, on peut citer la qualité générale de l'intrigue qui est moins confuse. Elle se suit aisément sans que l'on ait besoin de revenir en arrière parce qu'on a loupé un détail.
Le trait de Renaud a passé un palier, surtout les décors. On retrouve cette centralité des visages mais avec un gaufrier mieux maitrisé, des échelles de plans qui gagnent en efficacité.
Son dessin reste très statique, même quand Dufaux intègre des phases d'action. Il est donc préférable d'apprécier son style pour rentrer dans l'histoire.
L'intégrale récemment publiée contient un épilogue inédit, mais celui ci n'apporte pas grand chose de plus.
Encore une réussite pour un des derniers mohicans de la bande dessinée.
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Sur les ailes du temps
Ce recueil de Didier Convard rassemble plusieurs histoires courtes majoritairement orientées science-fiction, souvent autour du voyage temporel et des enquêtes du CEHIT (Centre d'Etudes Historiques Inter-Temporels), même si quelques récits n'ont rien à voir et basculent davantage dans le fantastique pur. On sent bien le goût des années 70-80 pour la SF métaphysique, les paradoxes temporels, les futurs décadents et les récits un peu crépusculaires où l'humanité semble toujours proche de sa perte. Honnêtement, les scénarios sont assez inégaux. Ce sont des histoires très courtes, souvent construites autour d'une idée unique ou d'une petite chute à rebondissement. Certaines sont franchement prévisibles, d'autres paraissent aujourd'hui très classiques voire déjà vues maintes fois, mais un ou deux récits m'ont quand même un peu surpris. Globalement, c'est de la SF très basique, parfois naïve, avec ce petit parfum désuet typique d'une époque où l'on mélangeait encore sans complexe space opera, fantastique, érotisme, pessimisme nucléaire et réflexions vaguement métaphysiques dans quelques pages seulement. Mais l'intérêt principal de l'album, pour moi, vient surtout du dessin de Didier Convard. On le sent encore un peu immature par moments, pas totalement débarrassé de ses influences, mais j'aime beaucoup la clarté de son trait et l'élégance très académique de ses personnages comme de ses décors. On est quelque part entre Eddy Paape et André Juillard, avec qui il a d'ailleurs beaucoup collaboré. Il y a une vraie lisibilité, un goût du décor rétro-futuriste et une manière très classique mais agréable de mettre en scène les personnages. Même quand les scénarios restent mineurs, le dessin donne souvent envie de continuer. Ce n'est certainement pas un grand classique oublié de la science-fiction en BD, et beaucoup d'idées paraîtront aujourd'hui désuettes, mais en amateur de SF ancienne j'ai pris un plaisir amusé à parcourir ces récits. Leur côté rétro, parfois maladroit mais sincère, fonctionne un peu comme un témoignage d'une certaine bande dessinée de science-fiction française entre la fin des années 70 et le début des années 80.
Les Affamés du crépuscule
Subjectivement – une image belle et éclatante dans le style de l’art numérique, mais qui ne décroche pas les étoiles… Bien sûr, ce dessin anguleux et tranchant, aux couleurs digitales vives, a ses amateurs, et moi aussi je l’ai apprécié. Cependant, par endroits, les personnages présentent des proportions étranges : mains, corps, yeux… La bouche s’ouvre parfois en cri sur 180 degrés, au point qu’on pourrait y glisser trois Big Mac empilés – je comprends que c’est un procédé artistique, mais ce n’est pas vraiment à mon goût. Ceux qui n’aiment pas non plus l’hypertrophie des proportions au service de la dynamique risquent de ne pas apprécier. Quant au scénario, il n’y a pas grand-chose à en dire… Il sert surtout de toile de fond aux interactions romantiques entre les personnages. L’introduction épique promettait d’être ample et sérieuse, mais tout s’est réduit à des combats banals, sans intrigue particulière. C’est un peu décevant après avoir lu les critiques enthousiastes du public américain : en le découvrant, j’ai compris qu’il s’agissait d’une histoire assez faible, même si elle reste intéressante.
Spectregraph
J'ai un avis assez mitigé sur ce comics, mais pas vraiment négatif. J'ai pris un certain plaisir à le lire par moments, surtout grâce à son ambiance et à son identité graphique très fortes. Christian Ward offre un travail visuel vraiment réussi, notamment dans la représentation des différentes couches spectrales et de cette maison hantée transformée en espèce de machine métaphysique. Il y a des images marquantes et toute cette idée d'un riche occultiste prêt à expérimenter sur l'âme humaine pour vaincre la mort m'a rappelé les expériences de Burgess et de son amant au début de la série Sandman. On retrouve ce mélange de pseudo-science, d'occultisme et d'obsession amoureuse qui finit par tout corrompre. Les dialogues sont globalement bons, le déroulement des actes aussi, et malgré quelques longueurs j'ai trouvé l'ensemble prenant. Toutefois, j'ai trouvé qu'il y avait un peu trop de flashbacks. Certains sont utiles et nourrissent bien la relation entre l'occultiste et son compagnon, mais à force le récit finit par se disperser et ralentir inutilement son rythme. Ça délaie la sauce plus que ça ne l'enrichit. J'ai bien aimé le duo principal. La relation entre les deux femmes fonctionne plutôt bien, justement parce qu'elles semblent au départ enfermées dans des archétypes un peu faciles avant de brusquement s'inverser. Au début, Janie, la jeune mère, paraît presque fade et un peu idiote, mais dès qu'il est question de retrouver son enfant, elle devient nettement plus volontaire, courageuse et active. Ce basculement là, lui, fonctionne. En revanche, j'ai moins été convaincu par Vesper. Son changement de personnalité est trop brutal. Elle est introduite comme une jeune femme hautaine, mystérieuse et intimidante, censée être bien renseignée sur cette maison et sur ce qui s'y trouve, puis dès que les événements commencent elle se transforme en adolescente fragile et craintive. Ça sonne faux, d'autant plus qu'elle aurait théoriquement dû comprendre presque immédiatement ce qu'il s'était réellement passé dans cette maison. Le lecteur, lui, le devine quasiment immédiatement, ce qui rend la révélation finale beaucoup trop prévisible, à tel point que je croisais les doigts en vain pour que ce ne soit pas si évident. Et puis je n'ai pas aimé la toute fin. Le châtiment brutal qui frappe sans raison valable l'un des protagonistes m'a paru inutilement cruel et presque banal dans sa manière de chercher une dernière touche d'horreur choc. Le récit était plus intéressant quand il jouait sur le malaise, les couches spectrales, l'obsession amoureuse et la peur de la mort que lorsqu'il bascule dans une conclusion plus grossièrement punitive. Bref, un comics qui m'a séduit par sa forme, son ambiance, certaines idées visuelles et son mélange d'horreur occulte et de pseudo-science, mais qui m'a aussi frustré par une révélation finale beaucoup trop prévisible, plusieurs facilités narratives et quelques flashbacks de trop. Note : 2,5/5
Si vous lisez ça, je suis déjà morte...
Dans un futur proche, une journaliste accompagne une unité d'élite de Marines envoyée explorer Terminus, une mystérieuse planète censée abriter des entités extraterrestres incompréhensibles. Mais quelques minutes après leur arrivée, toute l'équipe militaire est massacrée et la journaliste se retrouve seule au milieu d'un monde aussi hostile qu'étrange. Le début m'a d'ailleurs surpris et même un peu amusé. La BD prend quelques pages pour nous présenter toute une escouade de commandos, avec le profil et les spécialités de chacun, exactement comme si on préparait un grand récit militaire de SF à la Aliens... avant de tous les faire tuer presque immédiatement dans une scène qui rappelle fortement l'attaque du fort dans Starship Troopers. J'ai trouvé ce faux départ plutôt efficace, parce qu'il crée une bonne rupture de ton et laisse penser qu'on va partir vers quelque chose d'imprévisible et de radicalement étrange. Le problème, c'est qu'après cette introduction réussie, le récit bascule très vite vers une sorte de fantasy mystique spatiale finalement beaucoup plus classique et beaucoup moins dépaysante que promis. On nous promettait un royaume quantique incompréhensible, étranger à l'humanité, mais on se retrouve finalement face à une civilisation humanoïde assez banale, avec tyran oppresseur, esclaves, caste dominante et élue providentielle. Toute l'étrangeté annoncée finit par ressembler à une vieille aventure de science-fantasy façon Flash Gordon, avec ses peuples exotiques vaguement mystiques et ses symboles ésotériques qui donnent surtout l'impression de faire mystérieux sans vraiment l'être. L'héroïne elle-même devient assez vite difficile à suivre. En moins d'un mois, elle apprend la langue locale, s'intègre à la population, comprend les croyances du peuple, est considérée comme une sorte de messie, vit des expériences mystiques et organiques parfois assez glauques, semble saisir intuitivement des enjeux que le lecteur ne comprend pas, puis finit par combattre le grand méchant avec des pouvoirs sortis de nulle part. Le récit donne l'impression que les auteurs sautent directement d'une idée à une autre sans construire réellement les étapes intermédiaires. L'ensemble est bourré de facilités et de clichés du genre. Le scénario semble vouloir parler de colonialisme, de militarisme humain, de domination, d'ouverture à l'autre et de spiritualité, avec des réminiscences d'Apocalypse Now, mais c'est aussi superficiel qu'abscons. On nous explique que l'humanité détruit tout ce qu'elle touche... tout en résolvant toute l'histoire par la violence, les combats et les affrontements spectaculaires. Il y a un décalage entre les intentions philosophiques du récit et sa manière très bourrine de raconter les choses. Visuellement, c'est plutôt réussi. Le dessin possède une personnalité rétro de science-fantasy, avec des architectures organiques et des créatures étranges. Certaines images évoquent du Kirby ou du Moebius mais là encore la mise en scène reste souvent plus illustrative qu'inspirée. J'ai eu l'impression d'un album plein d'ambition et d'influences qui ne parvient pas à en faire quelque chose de cohérent ou de profond. Ça se lit facilement, il y a quelques bons moments visuels, mais plus le récit avance, plus il devient confus, convenu et artificiellement mystique. Et le message final est décevant.
Le Livre de la Jungle
Cette BD a fonctionné pendant de nombreuses années comme souvenir d'un des premiers films que je suis allé voir au cinéma. Évidemment, le film (1967) est bien supérieur. Les dessins sont assez fidèles, mais même dans les éditions les plus récentes du livre, les couleurs restent plates et criardes, et l'absence de décors détaillés se fait trop ressentir. La musique manque également, la marche des éléphants, la chanson de Baloo, il faut les entendre intérieurement... Des adaptations plus récentes du célèbre classique de R. Kipling sont disponibles aujourd'hui, mais je continue à aimer cette version. Je pense que les figures des animaux et surtout de Mowgli restent attractifs pour les enfants. Elles continuent d'être inspirantes pour les petits scouts louveteaux !
Nos Coeurs de chats
Un jeune employé de bureau surnommé le Prince parce qu'il est beau, brillant et très serviable découvre par hasard qu'une collègue froide et asociale change complètement de visage lorsqu'elle s'occupe de chats errants dans un parc après le travail. En partageant ce secret, les deux vont peu à peu se rapprocher et apprendre à se montrer tels qu'ils sont réellement. Au départ, j'avais peur de tomber une fois de plus sur un nouveau "manga sur les chats" où les auteurs passent leur temps à montrer des chats supposément troooop mignons, troooop adorables dans chacune de leurs actions, un registre qui me lasse très vite. Ici, ce n'est pas vraiment ça. Les chats restent importants, mais davantage comme lien entre les personnages et comme reflet de leurs comportements. Le manga rappelle assez justement que les chats sont avant tout des animaux instinctifs, méfiants, parfois affectueux mais jamais totalement domestiqués mentalement. Il y a un petit aspect documentaire discret sur les chats errants, leur comportement et les soins à leur apporter, sans que cela devienne pesant ou démonstratif. Le cœur du récit reste bien une romance. Une romance assez classique dans sa structure, presque hollywoodienne, mais avec des personnages suffisamment attachants pour qu'on se laisse prendre avec plaisir. D'un côté, on a ce fameux "Prince", le collègue parfait admiré par toute l'entreprise, toujours prêt à rendre service au point d'en être épuisé intérieurement. De l'autre, cette jeune femme renfermée, incapable de gérer correctement les relations sociales et qui repousse instinctivement ceux qui tentent de l'approcher. Le contraste fonctionne bien parce qu'aucun des deux n'est réellement heureux dans le rôle qu'il joue au quotidien. Leur rapprochement devient alors autant sentimental qu'humain : lui découvre enfin un endroit où il peut arrêter de jouer le garçon parfait, tandis qu'elle commence lentement à laisser quelqu'un entrer dans son espace personnel. La dynamique rappelle l'idée du "chat échaudé craint l'eau froide" appliquée à une personne : elle reste constamment sur ses gardes, mais prend progressivement plaisir à partager sa passion avec quelqu'un qui ne cherche pas à la forcer à devenir plus sociable qu'elle ne l'est réellement. La narration est un peu brouillonne au tout début. Les premières pages donnent presque l'impression d'un shojo qui peine à poser clairement son contexte et ses personnages. Mais assez rapidement, le récit devient plus fluide et linéaire, ce qui permet de mieux s'attacher aux protagonistes et à leur relation. L'ensemble reste assez doux, calme et sans énorme surprise, mais c'est aussi ce qui fait son charme. Et la série a l'intelligence de se terminer en seulement trois tomes, lui permettant d'éviter de se diluer ou de tourner en rond jusqu'à devenir lassante.
Wax paradoxe
Je suis tombé sur cette BD dont le sujet m'a immédiatement interpelé : le wax ! Le fameux tissu "africain" dont on fait les chemises et les boubous. Or, je suis grand amateur de Wax ! Si cette BD est sortie opportunément pendant une exposition parisienne précisément consacrée au Wax (c'est même une commande), elle ne passe pas à côté de son sujet. La jeune autrice Justine Sow, métis de père guinéen, et dont il s'agit de la première BD, livre même une bonne histoire qui ne fait pas l'impasse sur l'émotion. En effet, elle livre quelques souvenirs familiaux poignants, et surtout comment elle niait sa propre situation. Comment aussi elle a subit le racisme invisible, y compris de la part de sa très proche famille. Tout cela est bien fait. L'intro pose parfaitement le cadre, et le rendu documentaire est distillé en parallèle de l'histoire familiale. Le dessin remplit parfaitement sa fonction, et on apprend des choses étonnantes sur le fameux tissu que les femmes africaines ont parfaitement investi, pour ne pas dire subverti. On regrettera simplement une fin abrupte, ainsi que la fugacité des scènes de famille, certes concentrées autour d'anecdotes et de dialogues bien choisis. L'ensemble manque d'un poil de percussion, d'où un côté un peu froid peut-être. Perso, j'aurais aimé quelque chose de plus investi d'autant qu'il y avait largement matière à le faire. Un petit bémol proportionnel au plaisir que j'ai eu à lire Wax Paradoxe. Malgré tout, c'est une excellente lecture, on-ne-peut-plus recommandable, dont le titre est parfaitement choisi puisque tout tourne autour de l'idée de paradoxe. Il ne s'agit pas d'une BD reportage : c'est bien plus intime que ça. C'est un détissage (clin d'oeil clin d'oeil) d'une histoire familiale dont les fils (métaphore filée) s'entremêlent (stop !) avec ceux de la vie du fameux tissu. Une petite merveille scénaristique de ce point de vue (et je mets un coup de cœur après relecture)
Le Baron perché
Adaptation d'un roman d'Italo Calvino, "Le Baron perché nous conte l'histoire de Côme, qui à la suite d'une brouille avec son père décida de ne plus mettre pied à terre, quitte à vivre de très loin les joies et les drames de sa vie. L'histoire, que je ne connaissais pas, n'est pas dépourvue d'intérêt même si on a du mal à comprendre l'entêtement du baron à rester perché. On pourra toutefois saluer sa volonté à rester fidèle à sa promesse et ce jusqu'à la fin. Le petit garçon que j'étais envie la jolie cabane dans les arbres du jeune Côme. Une fois dis ça, on est spectateur des différents évènements sans arriver à les vivre pleinement et c'est peut être le plus gros reproche que l'on peut faire à cette ouvrage J'ai trouvé le graphisme très honorable (en tout cas je n'y suis pas allergique) mais assez figé. La colorisation est pour sa part assez bien faite. Au final "Le Baron perché" permet à l'occasion de passer un bon moment mais ne restera pas forcément en mémoire. Note réelle : 2,5/5
Le Syndrome des sorciers
Cette critique est la conséquence d'un achat compulsif sur un site d'occasion. Parce qu'il est toujours plaisant de découvrir des bandes totalement méconnues. Parce que, outre la superbe dédicace à l'intérieur, la couverture m'a rappellé la meilleure époque de Ric Hochet. Deuxième page : on a droit à une femme démoniaque à poil dans son bain. Bon, je pense que le lectorat visé n'est pas le même. En fait, on est sur du fantastique de gare avec un soupçon d'érotisme. Les dialogues utilisent le language courant, rien à voir avec le style ampoulé vu dans Les Esclaves de la torpeur du même scénariste. Le dessin de Laverdure, qui sent bon les années 80, n'est vraiment pas vilain. On a de belles couleurs, la mise en page est dynamique. Le charme rétro opére à plein régime. Dommage que la fin soit un peu bâclée, sinon j'aurai donné les trois étoiles sans honte. La série a été abandonnée après la parution du premier tome. Le deuxième épisode devait s'appeler "le gène de Caïn". Un exemple de bande dessinée bis. A collectionner pour les amateurs, à fuir pour les autres.
Santiag
Un polar fantastique comme Dufaux savait les produire durant son premier âge d'or, que je situe grosso modo entre 1985 et le milieu des années 90. L'histoire tisse des liens avec une autre de ses œuvres, Les Enfants de la Salamandre. C'est un peu tiré par les cheveux mais on ne peut pas nier que ça donne plus d'ampleur à cette fiction. Dans les autres points de comparaison, on peut citer la qualité générale de l'intrigue qui est moins confuse. Elle se suit aisément sans que l'on ait besoin de revenir en arrière parce qu'on a loupé un détail. Le trait de Renaud a passé un palier, surtout les décors. On retrouve cette centralité des visages mais avec un gaufrier mieux maitrisé, des échelles de plans qui gagnent en efficacité. Son dessin reste très statique, même quand Dufaux intègre des phases d'action. Il est donc préférable d'apprécier son style pour rentrer dans l'histoire. L'intégrale récemment publiée contient un épilogue inédit, mais celui ci n'apporte pas grand chose de plus. Encore une réussite pour un des derniers mohicans de la bande dessinée.