Isabellae propose un univers assez étonnant, à la croisée de deux imaginaires a priori éloignés – Japon féodal et mythologie celtique – et repose clairement sur une logique de série d’action. Les combats sont nombreux, le fantastique omniprésent et le récit avance à un rythme soutenu. Le scénario n’a rien de révolutionnaire et présente quelques faiblesses ou facilités, mais ce n’est clairement pas là que se situe l’ambition principale. Dans sa dualité, l’ensemble reste cohérent et surtout constant sur la durée, ce qui n’était pas gagné sur six tomes.
La lecture est fluide et agréable, portée par une héroïne féminine forte, charismatique et bien incarnée, qui donne une vraie colonne vertébrale à la série. Le récit assume pleinement son orientation grand spectacle et ne s’éparpille pas inutilement, ce qui contribue à son efficacité globale.
Graphiquement, la série est une vraie réussite. Le dessin est dynamique, lisible et s’adapte très bien aux deux univers. La mise en couleur est particulièrement soignée, avec une utilisation intelligente des ambiances chromatiques pour différencier les lieux, les temporalités et les volets du récit. L’ensemble renforce nettement l’immersion et l’impact émotionnel des scènes.
Une série recommandée aux amateurs de fantasy et d’action qui cherchent une lecture efficace, bien rythmée et visuellement solide, sans attendre un scénario trop ambitieux.
Difficile de passer après mes collègues aviseurs, mais je tenais moi aussi à apporter ma pierre à l’édifice critique élogieux qui entoure ce one-shot de Jean-Christophe Deveney et Edouard Cour.
Chaque chapitre narre un épisode de la vie troublée de Hans et Helma. Le ton est très humain, les épreuves se succèdent, la fratrie se soude pour faire front à l’adversité, jusqu’à craquer quand les motivations personnelles rentrent en conflit. Tout est tellement juste, les évènements, les personnages attachants aux personnalités nuancées. La fin est juste parfaite, notamment la double page finale.
Il faut dire que Edouard Cour, qui nous en avait déjà mis plein les mirettes dans sa dernière BD en date ReV, s’est ici surpassé. Le noir et blanc parsemé de couleurs musicales est élégant et surtout d’une maitrise et d’une précision incroyable. J’adore quand le découpage fait partie intégrante de la narration – voir par exemple les hautes cases pour représenter la verticalité de la ville de Laguna Majora, page 156 et 157.
Un sans-faute. Je me joins à la chorale de 5/5.
J'ai découvert, tout jeune, l'existance de Jesse James avec le film "Le brigand bien-aimé" d'Henry King et d'Irving Cummings (1939). Je me rappelle très bien de la scène de l'assassinat de Jesse James, elle m'avait marqué.
Ma deuxième incursion dans la collection "La Véritable Histoire du Far West " de Glénat après Wild Bill Hickok.
Un album très intéressant, on va évidemment suivre le parcours de Jesse James mais aussi en apprendre beaucoup sur cette période historique, sur l'État du Missouri principalement, territoire frontalier entre le nord et le sud pendant la guerre de Sécession. La guérilla s'y installe avec d'un côté les Jayhawkers (pro-nordiste) et les Bushwackers (pro-confédérés). C'est sur ce bourbier que va se jouer le destin de Jesse James.
Un récit captivant qui n'occulte aucune des facettes de Jesse James dont celui de père de famille. Un personnage complexe qui rentrera dans la légende du Far West.
La narration linéaire est adaptée à ce genre de récit biographique.
Un gros dossier richement documenté vient compléter cet album.
Regnault nous propose un dessin expressif, riche en détails, puissant et sale avec une touche de modernité dans le genre western. Et ses couleurs sombres et souvent sans contrastes apportent énormément à cette ambiance sans foi ni loi.
Du très bon travail.
Un album à découvrir.
J'en suis le premier surpris, mais ce manga est assez bon.
Je me souviens avoir été fasciné durant ma jeunesse par X-Or ("transmutation !!!!"), mais n'ai pas vraiment suivi Bioman (plus de télé à la maison à cette époque) et étais trop âgé pour m'intéresser aux Power Rangers et Sailor Moon. Le peu vu des trois dernières séries citées me semblait déjà à l'époque ridicule, quant au fameux X-Or, j'eus la surprise au cours d'une relativement récente vision d'un épisode, de constater la présence d'éléments parodiques et (plus triste) d'éléments bassement mercantiles, la série se déclinant alors en jouets pour enfants qu'il fallait promouvoir.
L'univers des sentaï me renvoie à plusieurs sentiments contradictoires, aussi ne me suis-je point précipité sur cette BD. Mais la confiance envers les auteurs et cette attirance-répulsion envers le sentaï m'ont néanmoins fait franchir le pas.
Si les codes de l'univers sentaï sont bien présents, le manga nous propose plutôt une tranche de vie douce-amère sur le passage à l'âge adulte avec en toile de fond un propos étonnamment acerbe sur les ravages du libéralisme à l'heure de l'ubérisation de l'économie. Totalement inattendue et fort habilement menée, l'intrigue est riche en thématiques : le regard sur les rêves d'enfant, la précarité au travail et l'ubérisation de l'économie, la culture du viol, le départ du domicile parental, les expériences génétiques d'ordre militaire, l'impact des inégalités sociales sur l'éducation, les réseaux sociaux, l'insécurité, etc. Volontairement, je ne trie pas ces thématiques et les énonce dans un pêle-mêle en apparence maladroit, parce que le manga lui-même joue avec son lecteur en ne clarifiant pas ses intentions, attise une curiosité de développement sans cesse récompensée. Pour le moment, l'intrigue prend même le risque de déplaire aux fans de sentaï ! Mais il est à craindre qu'elle ne cherche dans les deux prochains tomes à rattraper le tir, à ménager davantage son cœur de cible, comme en témoigne la scène finale du tome 1, au demeurant habile dans sa parodie.
Côté illustrations, Singelin conserve son goût pour les détails, le manga a donc la bonne idée de régulièrement placer ses personnages dans des décors fouillés et de qualité. L'ajout de couleurs pour plaire aux fans était attendu, mais demeure sympathique.
Une inattendue et bien curieuse réussite. En espérant que la suite ne ternisse pas ce bon démarrage.
Très bonne adaptation policière, globalement prenante et efficace. L’intrigue est clairement haletante, avec un sens du suspense maîtrisé, même si le rythme peut paraître irrégulier : alternance entre polar très classique et événements nettement plus lourds, parfois presque trop abrupts. Cette oscillation donne de la tension, mais nuit ponctuellement à la constance, notamment d’un tome à l’autre.
Le scénario reste néanmoins solide et accrocheur, porté par des personnages particulièrement bien écrits. Chaque membre de la brigade a une identité claire, un rôle précis et une vraie épaisseur, ce qui les rend attachants et crédibles. Certaines séquences sont volontairement très dures, renforçant l’impact dramatique, mais le récit revient ensuite à des codes plus traditionnels du roman policier, créant un contraste marqué.
Graphiquement, la série est de très bonne qualité. Le dessin est moderne, dynamique, expressif sans excès, avec une mise en scène qui sert pleinement le récit. Le trait ne cherche pas à voler la vedette au scénario : il l’accompagne avec efficacité et lisibilité, ce qui correspond parfaitement à l’esprit de la série.
Sibylline est une bande dessinée remarquable par la justesse de son regard. Le récit aborde un thème lourd et délicat sans jamais tomber dans la provocation facile ni la satire appuyée. L’autrice choisit une approche frontale mais nuancée, exposant avec finesse les zones de lumière et d’ombre de cette double vie, dans un traitement profondément respectueux et humain. Le propos dépasse rapidement le simple cadre de la prostitution pour interroger des thèmes plus larges comme le pouvoir, l’amour, les rapports de domination et le besoin de reconnaissance.
Le scénario se distingue par son réalisme et sa sobriété. Tout repose sur l’observation, sur de petites situations crédibles et sur des personnages extrêmement bien écrits. Raphaëlle est attachante, complexe, jamais idéalisée ni jugée. L’identification est immédiate, non parce que l’on partage son vécu, mais parce que ses motivations et ses contradictions sont parfaitement lisibles. Cette proximité émotionnelle est clairement l’un des grands points forts de l’album.
Graphiquement, le dessin est superbe et sert le récit avec une grande intelligence. Élégant, précis, sensible, il sublime l’histoire sans jamais l’écraser. La mise en scène est fluide, les ambiances sont maîtrisées, et chaque planche renforce la dimension intime du récit. On est face à une œuvre modeste en apparence, mais d’une grande précision, qui gagne énormément à être lue avec attention.
Sibylline n’est pas une œuvre clinquante ou démonstrative, mais une bande dessinée d’orfèvre : discrète, profondément juste, et d’une grande maturité narrative et graphique.
J'avais beaucoup apprécié le Moine Fou autant le dessin que le scénario.
Pour ce One Shot de Vink, le dessin est toujours très allégé et poétique comme à son habitude.
Du coté du scénario, par contre, le bât blesse vraiment...
Cette histoire n'a vraiment ni queue ni tête ; en tout cas il n'y a aucune structure et la fin se termine comme un gros plouf dans l'eau.
On peut rêver sur les beaux dessins de Vink, mais l'incohérence de l'histoire nous amène à rester sur notre faim !
2 étoiles pour le dessin, 1,5 pour le reste...
Un western qui joue à fond la carte de l'humour en n'oubliant pas un zeste de violence.
Un scénario classique agrémenté de personnages attachants et surprenants. D'abord le ténébreux bandit Kentucky T. McBride, il ne supporte pas les animaux (il va être gâté) et ne veut pas divulguer ce qui se cache derrière son fameux "T". Ensuite la séduisante Dolorès Cordora de Sandoval, elle joue du couteau et du revolver comme personne. Elle est toujours accompagnée par son dogue allemand qui lui obéit au moindre sifflement. Et enfin le fougueux Cleveland Kirtley, un nain qui ne quitte pas du regard sa biquette (sans elle, pas d'argent). Tout ce petit monde va se serrer les coudes pour aller récupérer un joli magot caché à la frontière mexicaine.
Une lecture divertissante au rythme soutenu, à l'humour efficace et à l'intrigue qui ne révolutionne pas le genre mais très agréable à suivre. Je suis néanmoins sur la réserve avec ce rebondissement pour conclure cette histoire. Je vais positiver en me disant qu'elle amènera une suite possible, c'est ce que semble prévoir le mot "Fin ou presque...".
Un dessin caricatural qui convient merveilleusement pour ce type de récit. Il est plaisant à regarder et les couleurs sont chouettes. Un petit bémol pour la représentation du visage de la sexy Dolorès, il est parfois vraiment grossier.
Du bon boulot dans l'ensemble.
L'album se termine avec une galerie de portraits des seconds rôles (animaux inclus) sur trois planches.
Pour la note je penchais vers un 3,5 (j'arrondis toujours vers le bas), mais pour le bon moment de passé et pour ma première BD estampillée 2026, je mets un généreux 4 étoiles.
Une note qui pourra évoluer si une suite venait à voir le jour.
La fin du XIXe et le début du XXe siècle paraissent aujourd'hui comme une drôle de période, durant laquelle de jeunes femmes belles et fortunées pouvaient user de leur charme et de leur statut social pour devenir des célébrités évoluant dans des milieux artistiques et extrêmement privilégiés. J'ai l'impression d'avoir déjà croisé ce type de parcours féminin à plusieurs reprises, notamment dans La Casati - La Muse égoïste, Eve sur la balançoire - Conte cruel de Manhattan, et sans doute dans d'autres biographies que j'ai oubliées. Et je dois dire que j'ai peu de considération pour ces enfants gâtées par la vie, évoluant très au-dessus de la plèbe, dans des cercles ultra favorisés, portés par une certaine idée de l'Art et coupés de la réalité. C'est aussi le cas ici d'Elizabeth Miller, qui papillonne entre sa carrière de mannequin pour Vogue, ses voyages à travers le monde, et son statut de muse auprès de divers artistes ou riches admirateurs.
Mais comme l'indique le titre, Lee Miller a eu plusieurs vies. Au-delà de son activité réelle et reconnue de photographe portraitiste professionnelle, c'est surtout son engagement comme reporter pendant la Seconde Guerre mondiale qui force le respect. Elle s'est rendue sur le terrain, souvent dans des conditions difficiles, et s'est retrouvée en première ligne lorsqu'il a fallu documenter la libération des camps de concentration. La photographie la plus célèbre la représentant, dans la baignoire d'Hitler le jour même de son suicide, avec ses bottes encore couvertes de la boue de Dachau salissant le tapis de bain au premier plan, résume à elle seule le basculement radical de son parcours.
Avec cette BD, j'ai découvert la vie d'une personnalité que je ne connaissais absolument pas. J'ai éprouvé peu d'empathie pour elle, mais une certaine curiosité quant à ce qui pouvait la rendre digne d'intérêt. Autant je reste assez distant vis-à-vis de la première moitié de sa vie, autant je reconnais la valeur de son travail comme photographe de guerre. La mise en scène est solide, avec quelques originalités dans la mise en page, et une narration globalement claire et bien rythmée. Sans jamais m'emporter ni me passionner, le récit m'a néanmoins paru intéressant et correctement construit.
Très bon western, dosé avec justesse. Le scénario reste volontairement simple, mais c’est précisément ce qu’on attend du genre : une galerie de figures charismatiques, une violence latente, une atmosphère sèche et poussiéreuse, et un récit qui va droit au but sans chercher à se surcharger. Tous les codes sont là, assumés, et fonctionnent efficacement.
Le choix de placer des héroïnes au centre du récit est particulièrement appréciable. La condition féminine est abordée avec intelligence : présente, lisible, mais jamais envahissante. Elle enrichit le propos sans détourner l’album de son identité de western, ce qui donne un équilibre convaincant entre fond et divertissement.
Graphiquement, l’album est très solide. Le dessin, résolument moderne, dynamise les codes classiques du genre sans les trahir. Les couleurs, vives et bien maîtrisées, renforcent l’impact visuel et participent pleinement à l’énergie du récit. Un ensemble cohérent et plaisant, qui se lit avec un réel plaisir.
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Isabellae
Isabellae propose un univers assez étonnant, à la croisée de deux imaginaires a priori éloignés – Japon féodal et mythologie celtique – et repose clairement sur une logique de série d’action. Les combats sont nombreux, le fantastique omniprésent et le récit avance à un rythme soutenu. Le scénario n’a rien de révolutionnaire et présente quelques faiblesses ou facilités, mais ce n’est clairement pas là que se situe l’ambition principale. Dans sa dualité, l’ensemble reste cohérent et surtout constant sur la durée, ce qui n’était pas gagné sur six tomes. La lecture est fluide et agréable, portée par une héroïne féminine forte, charismatique et bien incarnée, qui donne une vraie colonne vertébrale à la série. Le récit assume pleinement son orientation grand spectacle et ne s’éparpille pas inutilement, ce qui contribue à son efficacité globale. Graphiquement, la série est une vraie réussite. Le dessin est dynamique, lisible et s’adapte très bien aux deux univers. La mise en couleur est particulièrement soignée, avec une utilisation intelligente des ambiances chromatiques pour différencier les lieux, les temporalités et les volets du récit. L’ensemble renforce nettement l’immersion et l’impact émotionnel des scènes. Une série recommandée aux amateurs de fantasy et d’action qui cherchent une lecture efficace, bien rythmée et visuellement solide, sans attendre un scénario trop ambitieux.
Soli Deo Gloria
Difficile de passer après mes collègues aviseurs, mais je tenais moi aussi à apporter ma pierre à l’édifice critique élogieux qui entoure ce one-shot de Jean-Christophe Deveney et Edouard Cour. Chaque chapitre narre un épisode de la vie troublée de Hans et Helma. Le ton est très humain, les épreuves se succèdent, la fratrie se soude pour faire front à l’adversité, jusqu’à craquer quand les motivations personnelles rentrent en conflit. Tout est tellement juste, les évènements, les personnages attachants aux personnalités nuancées. La fin est juste parfaite, notamment la double page finale. Il faut dire que Edouard Cour, qui nous en avait déjà mis plein les mirettes dans sa dernière BD en date ReV, s’est ici surpassé. Le noir et blanc parsemé de couleurs musicales est élégant et surtout d’une maitrise et d’une précision incroyable. J’adore quand le découpage fait partie intégrante de la narration – voir par exemple les hautes cases pour représenter la verticalité de la ville de Laguna Majora, page 156 et 157. Un sans-faute. Je me joins à la chorale de 5/5.
Jesse James
J'ai découvert, tout jeune, l'existance de Jesse James avec le film "Le brigand bien-aimé" d'Henry King et d'Irving Cummings (1939). Je me rappelle très bien de la scène de l'assassinat de Jesse James, elle m'avait marqué. Ma deuxième incursion dans la collection "La Véritable Histoire du Far West " de Glénat après Wild Bill Hickok. Un album très intéressant, on va évidemment suivre le parcours de Jesse James mais aussi en apprendre beaucoup sur cette période historique, sur l'État du Missouri principalement, territoire frontalier entre le nord et le sud pendant la guerre de Sécession. La guérilla s'y installe avec d'un côté les Jayhawkers (pro-nordiste) et les Bushwackers (pro-confédérés). C'est sur ce bourbier que va se jouer le destin de Jesse James. Un récit captivant qui n'occulte aucune des facettes de Jesse James dont celui de père de famille. Un personnage complexe qui rentrera dans la légende du Far West. La narration linéaire est adaptée à ce genre de récit biographique. Un gros dossier richement documenté vient compléter cet album. Regnault nous propose un dessin expressif, riche en détails, puissant et sale avec une touche de modernité dans le genre western. Et ses couleurs sombres et souvent sans contrastes apportent énormément à cette ambiance sans foi ni loi. Du très bon travail. Un album à découvrir.
Shin Zero
J'en suis le premier surpris, mais ce manga est assez bon. Je me souviens avoir été fasciné durant ma jeunesse par X-Or ("transmutation !!!!"), mais n'ai pas vraiment suivi Bioman (plus de télé à la maison à cette époque) et étais trop âgé pour m'intéresser aux Power Rangers et Sailor Moon. Le peu vu des trois dernières séries citées me semblait déjà à l'époque ridicule, quant au fameux X-Or, j'eus la surprise au cours d'une relativement récente vision d'un épisode, de constater la présence d'éléments parodiques et (plus triste) d'éléments bassement mercantiles, la série se déclinant alors en jouets pour enfants qu'il fallait promouvoir. L'univers des sentaï me renvoie à plusieurs sentiments contradictoires, aussi ne me suis-je point précipité sur cette BD. Mais la confiance envers les auteurs et cette attirance-répulsion envers le sentaï m'ont néanmoins fait franchir le pas. Si les codes de l'univers sentaï sont bien présents, le manga nous propose plutôt une tranche de vie douce-amère sur le passage à l'âge adulte avec en toile de fond un propos étonnamment acerbe sur les ravages du libéralisme à l'heure de l'ubérisation de l'économie. Totalement inattendue et fort habilement menée, l'intrigue est riche en thématiques : le regard sur les rêves d'enfant, la précarité au travail et l'ubérisation de l'économie, la culture du viol, le départ du domicile parental, les expériences génétiques d'ordre militaire, l'impact des inégalités sociales sur l'éducation, les réseaux sociaux, l'insécurité, etc. Volontairement, je ne trie pas ces thématiques et les énonce dans un pêle-mêle en apparence maladroit, parce que le manga lui-même joue avec son lecteur en ne clarifiant pas ses intentions, attise une curiosité de développement sans cesse récompensée. Pour le moment, l'intrigue prend même le risque de déplaire aux fans de sentaï ! Mais il est à craindre qu'elle ne cherche dans les deux prochains tomes à rattraper le tir, à ménager davantage son cœur de cible, comme en témoigne la scène finale du tome 1, au demeurant habile dans sa parodie. Côté illustrations, Singelin conserve son goût pour les détails, le manga a donc la bonne idée de régulièrement placer ses personnages dans des décors fouillés et de qualité. L'ajout de couleurs pour plaire aux fans était attendu, mais demeure sympathique. Une inattendue et bien curieuse réussite. En espérant que la suite ne ternisse pas ce bon démarrage.
Brigade Verhoeven
Très bonne adaptation policière, globalement prenante et efficace. L’intrigue est clairement haletante, avec un sens du suspense maîtrisé, même si le rythme peut paraître irrégulier : alternance entre polar très classique et événements nettement plus lourds, parfois presque trop abrupts. Cette oscillation donne de la tension, mais nuit ponctuellement à la constance, notamment d’un tome à l’autre. Le scénario reste néanmoins solide et accrocheur, porté par des personnages particulièrement bien écrits. Chaque membre de la brigade a une identité claire, un rôle précis et une vraie épaisseur, ce qui les rend attachants et crédibles. Certaines séquences sont volontairement très dures, renforçant l’impact dramatique, mais le récit revient ensuite à des codes plus traditionnels du roman policier, créant un contraste marqué. Graphiquement, la série est de très bonne qualité. Le dessin est moderne, dynamique, expressif sans excès, avec une mise en scène qui sert pleinement le récit. Le trait ne cherche pas à voler la vedette au scénario : il l’accompagne avec efficacité et lisibilité, ce qui correspond parfaitement à l’esprit de la série.
Sibylline - Chroniques d'une escort girl
Sibylline est une bande dessinée remarquable par la justesse de son regard. Le récit aborde un thème lourd et délicat sans jamais tomber dans la provocation facile ni la satire appuyée. L’autrice choisit une approche frontale mais nuancée, exposant avec finesse les zones de lumière et d’ombre de cette double vie, dans un traitement profondément respectueux et humain. Le propos dépasse rapidement le simple cadre de la prostitution pour interroger des thèmes plus larges comme le pouvoir, l’amour, les rapports de domination et le besoin de reconnaissance. Le scénario se distingue par son réalisme et sa sobriété. Tout repose sur l’observation, sur de petites situations crédibles et sur des personnages extrêmement bien écrits. Raphaëlle est attachante, complexe, jamais idéalisée ni jugée. L’identification est immédiate, non parce que l’on partage son vécu, mais parce que ses motivations et ses contradictions sont parfaitement lisibles. Cette proximité émotionnelle est clairement l’un des grands points forts de l’album. Graphiquement, le dessin est superbe et sert le récit avec une grande intelligence. Élégant, précis, sensible, il sublime l’histoire sans jamais l’écraser. La mise en scène est fluide, les ambiances sont maîtrisées, et chaque planche renforce la dimension intime du récit. On est face à une œuvre modeste en apparence, mais d’une grande précision, qui gagne énormément à être lue avec attention. Sibylline n’est pas une œuvre clinquante ou démonstrative, mais une bande dessinée d’orfèvre : discrète, profondément juste, et d’une grande maturité narrative et graphique.
Une luciole dans la ville
J'avais beaucoup apprécié le Moine Fou autant le dessin que le scénario. Pour ce One Shot de Vink, le dessin est toujours très allégé et poétique comme à son habitude. Du coté du scénario, par contre, le bât blesse vraiment... Cette histoire n'a vraiment ni queue ni tête ; en tout cas il n'y a aucune structure et la fin se termine comme un gros plouf dans l'eau. On peut rêver sur les beaux dessins de Vink, mais l'incohérence de l'histoire nous amène à rester sur notre faim ! 2 étoiles pour le dessin, 1,5 pour le reste...
Son of a gun!
Un western qui joue à fond la carte de l'humour en n'oubliant pas un zeste de violence. Un scénario classique agrémenté de personnages attachants et surprenants. D'abord le ténébreux bandit Kentucky T. McBride, il ne supporte pas les animaux (il va être gâté) et ne veut pas divulguer ce qui se cache derrière son fameux "T". Ensuite la séduisante Dolorès Cordora de Sandoval, elle joue du couteau et du revolver comme personne. Elle est toujours accompagnée par son dogue allemand qui lui obéit au moindre sifflement. Et enfin le fougueux Cleveland Kirtley, un nain qui ne quitte pas du regard sa biquette (sans elle, pas d'argent). Tout ce petit monde va se serrer les coudes pour aller récupérer un joli magot caché à la frontière mexicaine. Une lecture divertissante au rythme soutenu, à l'humour efficace et à l'intrigue qui ne révolutionne pas le genre mais très agréable à suivre. Je suis néanmoins sur la réserve avec ce rebondissement pour conclure cette histoire. Je vais positiver en me disant qu'elle amènera une suite possible, c'est ce que semble prévoir le mot "Fin ou presque...". Un dessin caricatural qui convient merveilleusement pour ce type de récit. Il est plaisant à regarder et les couleurs sont chouettes. Un petit bémol pour la représentation du visage de la sexy Dolorès, il est parfois vraiment grossier. Du bon boulot dans l'ensemble. L'album se termine avec une galerie de portraits des seconds rôles (animaux inclus) sur trois planches. Pour la note je penchais vers un 3,5 (j'arrondis toujours vers le bas), mais pour le bon moment de passé et pour ma première BD estampillée 2026, je mets un généreux 4 étoiles. Une note qui pourra évoluer si une suite venait à voir le jour.
Les Cinq Vies de Lee Miller
La fin du XIXe et le début du XXe siècle paraissent aujourd'hui comme une drôle de période, durant laquelle de jeunes femmes belles et fortunées pouvaient user de leur charme et de leur statut social pour devenir des célébrités évoluant dans des milieux artistiques et extrêmement privilégiés. J'ai l'impression d'avoir déjà croisé ce type de parcours féminin à plusieurs reprises, notamment dans La Casati - La Muse égoïste, Eve sur la balançoire - Conte cruel de Manhattan, et sans doute dans d'autres biographies que j'ai oubliées. Et je dois dire que j'ai peu de considération pour ces enfants gâtées par la vie, évoluant très au-dessus de la plèbe, dans des cercles ultra favorisés, portés par une certaine idée de l'Art et coupés de la réalité. C'est aussi le cas ici d'Elizabeth Miller, qui papillonne entre sa carrière de mannequin pour Vogue, ses voyages à travers le monde, et son statut de muse auprès de divers artistes ou riches admirateurs. Mais comme l'indique le titre, Lee Miller a eu plusieurs vies. Au-delà de son activité réelle et reconnue de photographe portraitiste professionnelle, c'est surtout son engagement comme reporter pendant la Seconde Guerre mondiale qui force le respect. Elle s'est rendue sur le terrain, souvent dans des conditions difficiles, et s'est retrouvée en première ligne lorsqu'il a fallu documenter la libération des camps de concentration. La photographie la plus célèbre la représentant, dans la baignoire d'Hitler le jour même de son suicide, avec ses bottes encore couvertes de la boue de Dachau salissant le tapis de bain au premier plan, résume à elle seule le basculement radical de son parcours. Avec cette BD, j'ai découvert la vie d'une personnalité que je ne connaissais absolument pas. J'ai éprouvé peu d'empathie pour elle, mais une certaine curiosité quant à ce qui pouvait la rendre digne d'intérêt. Autant je reste assez distant vis-à-vis de la première moitié de sa vie, autant je reconnais la valeur de son travail comme photographe de guerre. La mise en scène est solide, avec quelques originalités dans la mise en page, et une narration globalement claire et bien rythmée. Sans jamais m'emporter ni me passionner, le récit m'a néanmoins paru intéressant et correctement construit.
Leave them alone
Très bon western, dosé avec justesse. Le scénario reste volontairement simple, mais c’est précisément ce qu’on attend du genre : une galerie de figures charismatiques, une violence latente, une atmosphère sèche et poussiéreuse, et un récit qui va droit au but sans chercher à se surcharger. Tous les codes sont là, assumés, et fonctionnent efficacement. Le choix de placer des héroïnes au centre du récit est particulièrement appréciable. La condition féminine est abordée avec intelligence : présente, lisible, mais jamais envahissante. Elle enrichit le propos sans détourner l’album de son identité de western, ce qui donne un équilibre convaincant entre fond et divertissement. Graphiquement, l’album est très solide. Le dessin, résolument moderne, dynamise les codes classiques du genre sans les trahir. Les couleurs, vives et bien maîtrisées, renforcent l’impact visuel et participent pleinement à l’énergie du récit. Un ensemble cohérent et plaisant, qui se lit avec un réel plaisir.