Les derniers avis (114044 avis)

Couverture de la série Silas Corey
Silas Corey

Série d’espionnage historique efficace mais sans réel effet de surprise. L’intrigue fonctionne, portée par des codes très classiques du genre : complots politiques, jeux d’influences, ennemis caricaturaux, alliances mouvantes. Le contexte de la Première Guerre mondiale et sa sortie, semi-romancé, apporte une vraie assise et reste l’un des moteurs de l’intérêt, même si l’ensemble ne renouvelle jamais vraiment la formule. Le principal bémol vient du personnage central. Silas Corey intrigue par son ambiguïté, mais reste étonnamment opaque : motivations floues, passé peu exploité, introspection minimale. Cette distance empêche une pleine adhésion émotionnelle, d’autant que certaines situations semblent s’enchaîner sans toujours être clairement justifiées. Plusieurs personnages secondaires sont prometteurs et attachants, mais manquent eux aussi de chair et de contextualisation. Graphiquement, en revanche, la série me plait beaucoup. Le dessin de Pierre Alary, moderne et dynamique avec une élégante touche rétro, sert parfaitement le récit. Les décors et ambiances sont lisibles, la mise en scène fluide, et l’usage des couleurs renforce efficacement les tensions sans surcharge. Un ensemble plaisant et maîtrisé, plus séduisant sur la forme que réellement marquant sur le fond.

09/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Quartier lointain
Quartier lointain

Quartier lointain est une œuvre clairement maîtrisée, mais dont l’aura critique peut laisser perplexe. Le dispositif narratif — revivre une partie de son adolescence avec un regard adulte — est traité avec intelligence et retenue, sans tomber dans les travers faciles du fantasme adolescent ou de la réussite compensatoire. Le récit préfère s’attarder sur les non-dits familiaux, les figures parentales et certaines zones grises morales, ce qui lui donne une vraie profondeur. Graphiquement, Taniguchi livre un travail précis, réaliste et très lisible, avec une représentation du Japon du quotidien particulièrement juste. Le dessin accompagne parfaitement la tonalité introspective du récit, sans jamais chercher l’esbroufe. L’univers est crédible, posé, presque familier, ce qui renforce l’immersion. Malgré ces qualités évidentes, l’ensemble peut donner une impression de déjà-vu pour un lecteur habitué au manga ou à l’animation japonaise. Les thèmes, aussi bien traités soient-ils, restent relativement classiques, et le rythme contemplatif ne suffit pas toujours à créer un véritable sentiment de singularité. On est face à un très bon récit initiatique, sensible et réfléchi, mais dont l’impact dépend beaucoup du parcours de lecture du lecteur.

09/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Grand Mort
Le Grand Mort

Série de fantasy sombre à forte dimension apocalyptique, Le Grand Mort navigue volontairement dans une zone ambiguë, entre codes du récit ado et dureté thématique clairement adulte. Cette hésitation constante sur sa cible — parfois naïf dans ses motifs, parfois brutal dans ses conséquences — peut désarçonner, mais participe aussi à son identité singulière. Le scénario propose un fond solide, articulé autour d’une critique explicite de la surexploitation humaine de la planète. L’opposition avec le « petit peuple » fonctionne bien, notamment grâce à une vraie dualité de traitement : folklore breton presque attendu d’un côté, violence sèche et irréversible de l’autre. Cette tension évite l’écueil du merveilleux adolescent et installe un univers plus âpre, parfois dérangeant. En revanche, certains trous scénaristiques et éléments volontairement laissés dans l’ombre entretiennent autant le mythe que la confusion. Les personnages constituent l’un des points forts de la série. Globalement attachants et bien caractérisés, ils portent efficacement le récit sur la durée. Le personnage de Gaëlle apparaît toutefois plus dispensable, son apport narratif restant limité. Le rythme, enfin, souffre d’une certaine inégalité : la série aurait probablement gagné en impact avec un resserrement global et une progression plus constante. Graphiquement, le travail de Vincent Mallié est pleinement en adéquation avec l’ambiance : dessin expressif, mise en scène immersive, capable de passer du contemplatif au tragique sans rupture artificielle.

09/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Partitions irlandaises
Partitions irlandaises

Série intéressante par la manière dont elle projette les tensions nord-irlandaises dans un cadre contemporain. Le récit s’appuie sur une vision clairement romancée, voire volontairement exagérée des résurgences de la violence, ce qui peut interroger sur sa vraisemblance factuelle, mais ce parti pris sert efficacement le propos. L’album interroge avec pertinence l’héritage des conflits, la transmission de la haine, la possibilité du pardon et la tentation de la vengeance, sans jamais se limiter à un simple rappel historique. La dimension historique et politique constitue un socle solide, mais c’est surtout le traitement humain qui donne de l’épaisseur à l’ensemble. La relation amoureuse centrale, apporte une respiration bienvenue et une forme de rondeur émotionnelle à un récit globalement dur et tendu. Le cliché est présent, mais maîtrisé, et fonctionne comme un liant narratif plutôt que comme une facilité. Graphiquement, le dessin de Vincent Bailly se fait plus sobre et moins caricatural que dans Coupures irlandaises. Même peine toujours un peu à me séduire, grâce à sa 'rondeur' supplémentaire, il finit par s’imposer par sa lisibilité et sa constance au fil des pages.

09/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Coupures irlandaises
Coupures irlandaises

Récit autobiographique inscrit dans le Belfast du début des années 1980, la série propose un point de vue adolescent à la fois naïf et étonnamment lucide. Le contexte du conflit nord-irlandais est bien présent, traité sans emphase ni posture didactique : il sert de cadre solide à une histoire humaine, plus qu’à un véritable roman historique. Le scénario trouve un équilibre globalement juste, mais parfois hésitant. Certains passages s’attardent longuement sur les états d’âme adolescents, ce qui dilue le rythme et affaiblit la tension du propos. À l’inverse, on aurait parfois apprécié soit un ancrage historique plus appuyé, soit un resserrement plus profond sur l’intimité du récit ; le dosage entre les deux n’est pas toujours optimal. Les personnages restent attachants, sans toutefois marquer durablement. Graphiquement, n'est pas ma tasse de thé et malheureusement peine à me convaincre sur la durée. L’ensemble demeure intéressant par son témoignage et son regard mesuré, mais reste en retrait par rapport à Partitions irlandaises, plus plaisant à lire à mon goût.

09/02/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série L'Île aux cent mille morts
L'Île aux cent mille morts

Dans un décor de Caraïbes et de pirates, une jeune fille trouve une carte au trésor dans une bouteille et est persuadée qu'elle la mènera sur la piste de son père, parti à la recherche de ce trésor il y a bien longtemps. Débrouillarde, elle engage un équipage louche pour embarquer vers une île où l'attend une situation pour le moins improbable. Bien que Vehlmann soit au scénario, l'album s'inscrit très clairement dans le style de Jason, dont on reconnait immédiatement le dessin : trait épuré, décors minimalistes, personnages inexpressifs, et ce rythme narratif nonchalant, peu bavard, qui lui est propre. Je ne suis pas spécialement client de son univers, mais j'apprécie malgré tout l'élégance de son trait et la personnalité qui s'en dégage. Mais difficile de s'attacher aux personnages avec des visages aussi figés et des yeux aussi vides. Côté histoire, le récit démarre comme une chasse au trésor classique avant de bifurquer vers quelque chose de plus absurde et plus sombre, avec un humour très pince-sans-rire, parfois légèrement loufoque. L'idée n'est pas mauvaise : cette étrange école plantée au milieu de l'océan, le détournement des codes du récit de pirates, le ton décalé et l'humour noir fonctionnent plutôt bien. La lecture est facile, l'ensemble est cohérent malgré un cadre volontairement burlesque, et le résultat est globalement agréable. Mais ça reste, à mes yeux, une histoire simplement sympathique, qui fait passer le temps sans vraiment marquer. Elle manque de folie ou d'ampleur pour réellement m'embarquer ou me faire rire. En réalité, je n'ai à proprement parler ri qu'une seule fois, lorsque le pirate enlisé dans des sables mouvants peste en disant qu'il a bien les boules : sans doute à cause du décalage entre ce langage vulgairement anachronique et le ton pince-sans-rire du reste de l'album. Au final, une lecture correcte, portée par un scénario divertissant qui tient la route, mais la narration et le style graphique assez froids de Jason me laissent à distance. J'ai aussi le sentiment d'une lecture un peu rapide et, au fond, rapidement oubliable.

09/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Curiosity Shop
Curiosity Shop

Mouais. C’est une série qui ne m’a pas vraiment convaincu. On y entre aisément, car le dessin est vraiment chouette, avec un trait fin, fluide, très plaisant. Mais j’ai d’emblée été perdu au milieu de pas mal de personnages. Si l’intrigue m’avait au départ fait penser à un énième récit jouant sur l’ésotérisme au travers des âges, il bascule assez vite dans quelque chose de plus classique, d'aventure, entre espionnage et polar. Un texte abondant – parfois trop – et trop de personnages (j’ai dû à plusieurs reprises revenir en arrière pour m’y retrouver): on finit le premier tome un peu essoufflé. Mais les suivants – s’ils sont parfois plus « clairs », n’apportent pas grand-chose à une intrigue qui tourne en rond, jouant sur de l’aventure faussement rythmée. Petit détail : je n’ai pas trop compris l’utilité de la chronologie placée en première page de chaque tome (certaines dates ayant peu de lien direct avec l’intrigue), si ce n’est que ça a encore compliqué ma lecture, car j’essayais de les relier à quelques actions des protagonistes. Joliment dessiné, mais une intrigue qui m’a laissé de côté.

09/02/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série La Danse des connards
La Danse des connards

Une succession de gags qui dénoncent et se moquent d'hommes lourds, égoïstes, obsédés ou lâches, à travers des scènes de couple ou de drague du quotidien. L'idée est clairement de pointer du doigt les comportements sexistes ordinaires et, plus largement, les rebuts d'une société patriarcale qui les produit. L'œuvre est entièrement scénarisée par Sophie de Villenoisy sur la base d'anecdotes qu'elle a collectées, mais le dessin est réalisé collectivement par une dizaine d'autrices majoritairement issues de l'univers des blogs BD. Le résultat est un peu inégal. Quelques planches sortent clairement du lot, notamment celles de Gally, dont le trait est plus expressif et maîtrisé (elle a d'ailleurs creusé le sujet du sexisme avec davantage de finesse dans d'autres œuvres). En revanche, pas mal d'autres planches oscillent vers un style blog-BD girly assez plat, pas toujours très professionnel, qui manque de personnalité et de mise en scène. L'ensemble reste lisible, mais manque de relief. Sur le fond, le concept est pertinent. Dénoncer ces attitudes de vrais connards, celles que les femmes subissent mais que beaucoup d'hommes désapprouvent aussi, est légitime, et certains gags font mouche. Quand l'album vise les réflexes machos, l'infidélité minable ou la goujaterie pure, ça fonctionne bien et le message passe sans forcer. Je sens une véritable volonté de satire sociale, pas seulement de défouloir. Là où je décroche davantage, c'est qu'à côté de planches vraiment pertinentes, plusieurs autres se situent dans une zone floue entre critique du patriarcat et simple anecdote de couple un peu caricaturale, avec un mec lourdaud face à une femme parfois capricieuse. Le propos politique se dilue alors. Je pense par exemple à ces deux ou trois gags où la femme exige un cadeau à la hauteur de ses principes ou de celui qu'elle a offert elle-même, puis s'arroge le droit de frapper son conjoint s'il n'a pas payé assez cher : on n'est plus dans la dénonciation d'un système, mais dans une petite mesquinerie symétrique qui brouille complètement le message. À force d'accumuler des sketches de niveaux très variables, l'album perd en cohérence et en mordant. Au final, je retiens une bonne intention et quelques traits d'humour bien trouvés, mais trop d'inégalités pour que l'ensemble soit vraiment percutant. Note : 2,5/5

09/02/2026 (modifier)
Par Barette
Note: 3/5
Couverture de la série L'Escadron bleu, 1945
L'Escadron bleu, 1945

J'adhère à 100% à l'avis donné par Ro ! Sujet intéressant, mais présenté de manière confuse, tant la narration que le dessin (plutôt agréable par ailleurs) et les phylactères. Au point que j'ai fini le livre en le survolant pour me plonger plus rapidement dans les pages historiques ponctuant l'album.

09/02/2026 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Come Home Indio
Come Home Indio

J’adore les œuvres autobiographiques, et plus particulièrement ce genre de témoignage « brut de décoffrage » aux thématiques difficiles. Il est question de crise identitaire (Jim Terry est un métis amérindien), du traitement des peuples indigènes nord-américains, mais aussi (et surtout) de déchirements familiaux et d’alcoolisme. Ce dernier point est central au récit, et est assez violent – l’auteur se raconte sans filtre, avec suffisamment d’autodérision pour que le récit ne tombe pas dans le misérabilisme larmoyant. J’ai trouvé le ton juste et les problèmes relationnels entre l’auteur et ses parents touchants et bien amenés. La mise en image est réussie et m’a un peu rappelé le style de Will Eisner – il y a pire comme référence. L’auteur finit par avouer que Eisner fut une grande inspiration à ses débuts, ce qui ne m’étonne pas du tout. Par contre contrairement à Noirdésir, je ne comprends pas trop pourquoi l’avant-dernier chapitre est purement textuel (et lettré à la main dans la VO, donc pas super lisible). Il s’agit peut-être d’un choix narratif, mais j’ai vu ça comme un raccourci, une économie de moyens et de pages. Cela étant dit, je reste sur une impression très positive… inutile de vous infliger la lecture de ce pavé si vous êtes allergiques aux autobiographies nombrilistes, mais moi, c’est ma came !

09/02/2026 (modifier)