La série « Cyborgs » est celle qui m’a le moins convaincu parmi toutes les séries de science-fiction et de fantasy que j’ai lues de Jean-Luc Istin.
J’ai découvert Cyborgs après avoir déjà lu Androïdes, Elfes / Mages / Orcs / Nains, I.S.S. Snipers et Conquests. Comparée à ces séries, Cyborgs m’a semblé la plus faible du point de vue de la construction des intrigues et de la cohérence narrative. On y trouve beaucoup trop de clichés, des rebondissements peu réfléchis, et des « deus ex machina » qui apparaissent soudainement — tantôt pour sauver les héros, tantôt pour leur compliquer la vie. À force, cela devient très visible.
Par moments, cela commence à ressembler à un comics américain conçu principalement pour la vente et la commercialisation. On y retrouve moins ce qui fait souvent la force de la BD : une idée forte, un véritable propos d’auteur — quelque chose que l’on percevait, à des degrés divers, dans les autres séries mentionnées.
L’histoire reste malgré tout intéressante, mais elle contient trop d’éléments invraisemblables qui ne sont jamais expliqués et qui finissent par affaiblir l’ensemble. Un exemple frappant : une jeune fille parvient à soulever une voiture au-dessus de sa tête grâce à un bras cybernétique qui commence à l’épaule. On nous dit : « oui, mais son bras est cybernétique ». Je peux accepter cela. Mais lever deux tonnes au-dessus de la tête ne dépend pas seulement des bras : la charge est supportée par le dos, le tronc et les jambes — qui, dans ce cas, restent celles d’une adolescente de quinze ans, parfaitement ordinaires.
Ce type de situation apparaît plusieurs fois dans la série. Et ce genre d’incohérence finit par briser la « suspension d’incrédulité ». C’est un peu comme voir quelqu’un crier dans l’espace — où il n’y a pas de son — ou rouler sur des roues carrées : cela sort immédiatement le lecteur de l’histoire.
Peut-être que cette série s’adresse avant tout à un public plus adolescent, pour qui ce type de détails a moins d’importance. Mais pour moi, en tant qu’amateur des œuvres de Jean-Luc Istin et des séries de science-fiction publiées par Soleil en général, « Cyborgs » m’a laissé une impression nettement moins forte que les autres.
Une histoire que l’adulte que je suis a lue plutôt avec plaisir, même si je pense qu’elle s’adresse avant tout à des adolescents – qui pourront s’identifier aux personnages de leur âge.
Une histoire fantastique qui m’a parfois fait penser à « Harry Potter » (un mal oppressant et de plus en plus menaçant, des jeunes en premières ligne, des pouvoirs magiques, etc.), mais qui se révèle quand même original, avec une construction qui, par étapes, nous fait découvrir un univers dans lequel on (en tout cas les « Particuliers » peut passer d’une époque à l’autre. Leur univers « parallèle » s’imbrique dans celui des gens « normaux » (on accepte facilement certaines facilités à ce propos).
Je m’attendais à ce que l’époque de la bataille d’Angleterre ou les exactions nazies, soient davantage exploitées (directement ou sous forme d’analogie), mais ça reste généralement lointain.
Même si je pense ne pas être le cœur de cible, et si l’intrigue ne m’a pas non plus passionné, j’admets volontiers que d’autres lecteurs (surtout ados donc, mais pas seulement) puissent y trouver davantage leur compte.
La narration est assez aérée. Peu de texte, un dessin réaliste agréable – même si détails, décors et arrière-plans ne sont pas développés – donne une bonne fluidité de lecture.
Certes Tout public, cet album s’adresse avant tout à un jeune lectorat (et c’est à cette aune que je l’évalue).
En effet, j’ai trouvé l’ensemble un peu – beaucoup même, parfois – facile et naïf. C’est d’ailleurs une des choses qui m’a un peu gêné.
L’histoire proposée par Corbeyran met en avant de belles valeurs : lutte contre le racisme et plus généralement les préjugés, lutte contre les violences faites aux femmes (Wakanda partage le premier rôle et se révèle une forte personnalité – presque anachronique d’ailleurs), mélange entre Blancs et Indiens, dénonciation de l’esclavage, etc.
Centrée autour d’un convoi en partance du Missouri pour l’Oregon, l’intrigue abandonne rapidement cet aspect « voyage au long cours (à mon grand regret), pour bifurquer vers quelque chose ressemblant presque à un polar, avec un jeune esclave fugitif accusé de plusieurs délits/crimes, sur le point d’être lynché, mais qui est défendu par le duo de guide du convoi, un couple étonnant – une Sioux et un trappeur d’origine française, qui vont tout faire pour le disculper, et pour trouver les vrais responsables.
Mais les personnages sont trop manichéens, et l’intrigue manque elle aussi de subtilité, voire de crédibilité (pour tout ce qui tourne autour du pasteur accompagnant le convoi et le responsable des vols par exemple).
Tous les aspects « dangereux », toutes les actions des « méchants », sont bien souvent édulcorés et, contre toute attente en ces temps et en ces lieux, il y a toujours quelqu’un pour calmer le jeu, faire entendre raison (le juge, le chef du convoi, etc.), et même la tentative de viol contre Wakanda reste une péripétie sans importance.
Tous ces aspects « gentils » (personnages et intrigue) passe moins pour un lecteur adulte je pense. Et les Indiens (on mêle ici Mandans, Sioux et Hurons) ne sont qu’un décor.
Enfin, autre frustration me concernant : cette « piste de l’Oregon », annoncée dans le titre, mise en avant par la carte et le texte de présentation en ouverture et conclusion de l’album, est escamotée. En effet, si j’en crois l’intrigue, les personnages ont quasiment fait du surplace, et son encore au point de départ de cette piste, au Missouri, et ce qui m’intéressait au départ, à savoir ce long voyage, n’est en fait jamais traité. Du coup en refermant l’album, je me suis dit que celui-ci inaugurait une série, mais le gros « Fin » concluant l’histoire me laisse perplexe donc…
Le dessin est lisible (il manque un peu de détails) mais il penche lui aussi plutôt du côté d’un lectorat assez jeune.
Note réelle 2,5/5.
Cette adaptation en dessin est le croisement parfait entre l’ouvrage historique (en l’occurrence celui du colonel Michel Goya) et le documentaire télévisé, démontrant s’il en était besoin que la bande dessinée est devenu un medium incontournable dans le registre de l’information.
Incontournable, le sujet l’est aussi, et c’est le moins qu’on puisse dire, puisqu’il est question ici de la destruction de Gaza dans la foulée des attentats du 7 octobre 2023, un événement comparable à un séisme géopolitique d’une échelle quasiment jamais égalée
L’ouvrage est consistant, très bien documenté. Il démarre avec les instants précédant l’attaque coordonnée du Hamas sur Israël, notamment sur des bases militaires, des kibboutz proches de la frontière et le festival Nova, une attaque qui aura fait plus de 1000 morts côté israélien, avec les conséquences que l’on connaît.
Et pour bien resituer le contexte, l’auteur a actionné la machine à remonter le temps jusqu’à la fin du XIXe siècle, afin d’entrevoir les origines du sionisme : une utopie développée par Théodore Herzl dans la foulée de l’Affaire Dreyfus. Inquiet du regain d’antisémitisme en Europe (et ce bien avant les horreurs commises par les nazis), Herzl avait pour projet de créer un Etat sur les terres ancestrales du Proche-Orient (l’ancien « Royaume de Judée ») où les Juifs pourraient se sentir en sécurité, à l’abri des pogroms récurrents qui se produisaient en Europe de l’Est et en Russie. Si l’idée était légitime, elle en laissait certains dubitatifs et pas des moindres, notamment Freud qui y décelait un danger potentiel, mais elle put toutefois se concrétiser dès 1917 grâce à la déclaration Balfour. Dès lors, les Juifs commencèrent à émigrer en Palestine, alors sous mandat britannique, provoquant déjà des tensions avec les Arabes nationalistes qui revendiquaient le territoire.
De façon très détaillée, l’historique de la région va être déroulé jusqu’à nos jours, en passant par la proclamation d’Israël en 1948. Les protagonistes de part et d’autre se succèdent au fil des décennies, on évoque la colonisation implacable des Israéliens sur les territoires palestiniens, les phases de négociation peu suivies d’effets entre deux guerres meurtrières, le cycle des vengeances sans fin, avec les innombrables attentats, massacres et intifadas, rythmés par le décompte sinistre des victimes des deux camps. Jusqu’à ce jour fatidique du 7 octobre. Un bilan effroyable résultant de tensions permanentes depuis plus de cent ans (si l’on exclut la courte parenthèse succédant à l’accord de paix entre Rabin et Arafat en 1993, rapidement mis à mal par l’assassinat du 1er ministre israélien par un juif extrémiste religieux) qui pose question sur la pertinence du projet de Théodore Herzl, devenu un « laboratoire du chaos »…
Très dense, la partie historique est ponctuée par les « retex » du colonel Goya (que l’on suppose extrait de son livre) et des passages plus fictionnels, jouant davantage sur l’image, où l’on suit des gens ordinaires victimes d’un conflit qu’ils ne font que subir, toujours décidé dans les hautes sphères de part et d’autre.
En faisant référence à l’épisode biblique de Jacob, le troisième patriarche, la conclusion donne lieu à un constat amer, sachant que David Ben Gourion, l’un des fondateurs d’Israël, avait lui-même averti que non seulement le conflit allait « continuer peut-être encore des centaines d’années », mais « gagnerait probablement encore en férocité ». Celui-ci étant décédé en 1973, on ne pourra malheureusement pas dire qu’il s’était trompé dans ses prédictions… Mais dans l’immédiat, une question s’impose : « Une fois les otages libérés, comment les Israéliens vont-ils digérer leur responsabilité dans la conduite de la guerre ? Comment vont-ils se vivre en tant que nation, à l’intérieur comme à l’extérieur ? ».
Le dessin minutieux et très photographique de Florent Calvez convient parfaitement pour donner au livre de Goya une ampleur visuelle saisissante. Les tonalités quasi monochromes aux couleurs terreuses, avec une pointe orangée pour les scènes violentes, n’inspirent ni la gaité ni l’optimisme, et il n’y a vraiment pas de quoi, mais elles confèrent à la narration une neutralité appropriée.
« L’Embrasement » est un ouvrage essentiel pour tenter d’avoir une vue raisonnée de la situation dans cette partie du monde plus que jamais en proie au désordre. Pour éviter d’exacerber un sujet hautement radioactif, les auteurs se sont cantonnés à énumérer les faits de la façon la plus objective possible, démarche très appréciable s’il en est. Ils évitent même d’employer le terme de « génocide », alors même qu’une enquête de l’ONU a qualifié ainsi la guerre d’Israël sur Gaza. La neutralité recherchée du livre permettra à chacun de se faire son idée, car quand l’émotion prend le pas sur la raison, seuls les faits parlent… Quoi que l’on en pense, Florent Calvez confesse en postface avoir pris des libertés par rapport au livre original, mais insiste sur cette dimension de neutralité, tout en se disant bouleversé par certains témoignages et certaines images. A défaut d’être irréprochable, il dit avoir « taché d’être honnête », « ayant toujours considéré toutes les victimes dans leur statut particulier, quelles qu’elles soient, d’où qu’elles soient. ». Et on le remercie pour ça. Et pour ce travail salutaire.
Le scénario, concocté par Valérie Mangin, offre une trame générale bien pensée, où chaque tome apporte une avancée significative tout en maintenant le lecteur en haleine pour la suite. L'intrigue se déploie avec intelligence, mêlant habilement des éléments historiques et des éléments de science-fiction, créant ainsi un univers à la fois familier et exotique.
Les dessins et les couleurs, réalisés avec talent par Aleksa Gajic, apportent une dimension visuelle saisissante à l'ensemble. Les planches, fluides et agréables à la lecture, réussissent à capturer l'intensité des scènes d'action et à donner vie aux personnages. Cependant, j'ai noté une légère irrégularité dans la qualité de l'illustration au cours des premiers tomes, mais cela s'est amélioré par la suite.
Les dialogues, bien que parfois perfectibles, restent globalement de bonne qualité. Cependant, un élément m'a particulièrement marqué : l'évolution des personnages au fil de la série. Leurs transformations et les changements qui s'opèrent en eux sont traités avec subtilité, ce qui donne une profondeur supplémentaire à l'histoire. Les protagonistes gagnent en complexité et en profondeur, offrant ainsi une lecture plus nuancée et immersive.
En dépit de quelques défauts mineurs, "Le Fléau des Dieux" demeure une oeuvre qui mérite d'être découverte. L'audace deValérie Mangin dans sa transposition de l'histoire antique dans un contexte futuriste est admirable. La richesse de l'univers créé et la manière dont l'histoire traverse l'espace et le temps sont des éléments qui ont su m'emporter dans cette épopée intergalactique.
J’ai vraiment adoré lire Star Wars: Dark Vador – Le Seigneur Noir des Sith, une série scénarisée par Charles Soule et dessinée principalement par Giuseppe Camuncoli. L’histoire se déroule juste après Star Wars: Episode III – Revenge of the Sith, au moment où Anakin Skywalker vient tout juste de devenir Dark Vador.
Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant, c’est que ce comics montre vraiment la naissance du véritable Dark Vador. Au début du récit, il n’est pas encore le seigneur Sith froid et terrifiant que l’on connaît dans les films. Il est encore marqué par la chute d’Anakin, il doit apprendre à vivre avec son armure, sa douleur et la haine qui l’alimente. On le voit accomplir ses premières missions pour l’Empereur : traquer les Jedi survivants de l’Ordre 66, trouver son sabre laser Sith et commencer à se faire une place dans l’Empire.
J’ai aussi beaucoup aimé la relation entre Vador et Palpatine. L’Empereur manipule constamment son apprenti et le pousse à devenir toujours plus impitoyable. On comprend bien que Vador est à la fois un monstre redouté et un personnage tragique, prisonnier de sa colère et de ses choix. Le comics développe aussi des éléments que les films ne montrent pas vraiment : les Inquisiteurs, la traque des Jedi survivants, ou encore la construction de la forteresse de Vador sur Mustafar.
Côté dessins, j’ai trouvé le travail de Giuseppe Camuncoli vraiment impressionnant. Son style est très dynamique et très lisible, avec des planches qui donnent parfois l’impression de voir des scènes directement sorties d’un film Star Wars. Les combats au sabre laser sont spectaculaires, les décors sont riches en détails et l’ambiance visuelle est souvent très sombre. Les couleurs jouent beaucoup sur les contrastes et les rouges, ce qui renforce le côté violent et oppressant du récit.
Un point intéressant aussi, c’est l’histoire éditoriale du comics en France. La série a d’abord été publiée en kiosque puis dans la collection 100% Star Wars de Panini Comics en 4 tomes. Elle a ensuite été rééditée en 2 volumes dans la collection Star Wars Deluxe, puis dans une édition Absolute grand format pour les collectionneurs. Plus récemment, l’ensemble du récit a été rassemblé dans un Omnibus d’environ 600 pages.
Au final, j’ai trouvé que Le Seigneur Noir des Sith est un comics vraiment marquant. Il approfondit énormément le personnage de Dark Vador et montre comment Anakin Skywalker disparaît progressivement pour laisser place au seigneur Sith que toute la galaxie redoute. Pour moi, c’est clairement l’une des meilleures histoires Star Wars du canon moderne.
Je ne partais pas convaincu par ce mélange des genres, mais j'avoue que je suis sorti de ma lecture plus que surpris et j'ai beaucoup apprécié ce premier tome.
D'une, le dessin de Vax est de très bonne facture (mention spéciale pour ses dragons !!!), ensuite le scénario tient plus que très bien la route, pour une idée qui paraissait aussi casse gueule. Nicolas Jarry a su trouver les bons dosages pour son melting pot historico-fantastique avec des personnages intéressants et développé une relation humains/dragons qui fait sens.
La narration coule de source grâce a un très bon découpage de Vax ; on se laisse prendre par ce récit au bout de quelques pages pour ne pas le lâcher avant la fin. Les scènes de batailles sont des plus réussies ! Bref, une très bonne mise en bouche !
*** Tome 2 ***
Dans ce 2e tome, Nicolas Jarry nous propose de replonger dans les méandres de la première Guerre Mondiale en suivant le par cours de Frank Luke.
Ce jeune cow-boy américain de 12 ans vois sa vie réduite à peu de chose après qu'un dragon ait englouti le troupeau familial et ruiné dans la foulée la famille. Frank ne rêve que de vengeance et s'engage donc dans le conflit européen qui vient d'éclater pour aller bouffer du dragon. On suit donc cet engagement et son évolution au sein de l'armée de l'air qui va l'amener à affronter l'un des plus terrible dragon qui sème la terreur sur les champs de bataille français...
Je ressors un brin déçu par ce second tome, tant le 1er m'avait agréablement surpris. Pour le coup, la trame de cet opus reste un peu trop classique et prévisible. Côté dessin Léoni et Negrin assurent le contrat avec un trait réaliste qui fait le job et quelques très belles scènes de batailles aériennes.
Bref, un tome qui ne casse pas des briques ; je passe la série à 3.5/5 en attendant de voir ce que le 3e donnera, en espérant qu'il sera plus dans l'esprit du 1er.
*** Tome 3 ***
Si le premier tome reste jusqu’ici le meilleur à mes yeux, ce 3e opus m'a quand même davantage intéressé que le précédent.
C'est en effet l'originalité du contexte choisi qui m'a intéressé : la guerre civile angolaise qui a suivi l'indépendance officielle du pays en 1975, ancienne colonie portugaise. Je ne connaissais rien de cette transition, le fait est qu'elle s'est faite dans la douleur. Les indépendantistes s'éparpillaient déjà dans au moins 3 partis, quand la guerre civile a éclaté, ça ne s'est pas arrangé.
C'est donc dans ce contexte que notre jeune héroïne va se retrouver embrigader par une des milices para-militaire (le MPLA) comme de nombreux enfants. Leur chef sème la terreur grâce au dragon qu'il contrôle, les récalcitrants finissant rapidement en en-cas ou calciné proprement... Mais notre jeune Anica, 13 ans ne compte pas faire carrière et réussit à s'enfuir ; elle a toujours en mémoire l'histoire du Kongamato que lui racontait son grand-père : une créature légendaire venait parfois se mettre au service des guerriers de son village lorsque le malheur frappait...
Si l'histoire reste assez prévisible, elle n'en reste pas moins agréable, servie par un dessin efficace. Une bonne BD pop-corn.
Je reste sur une notation globale à 3.5/5
*** Tome 5 ***
Ce cinquième opus nous embarque en 1969 en pleine guerre du Vietnam. Nick, un tireur d'élite, et son commando crashent leur hélicoptère en pleine jungle après avoir été attaqué par un dragon. Seul survivant, il épargne un jeune garçon, qui pourtant maîtrise le dragon qui vient de les attaquer. Il prend même le parti de s'enfuir avec lui avant l'arrivée des Vietcongs à travers la jungle...
J'avoue avoir bien apprécié ce nouvel album de la série, que je classerai juste après le premier de la collection. Le dessin de Stéphane Bervas est bon et nous immerge parfaitement dans ce contexte de la guerre du Vietnam, lui donnant l'opportunité de nous proposer de magnifiques dessins de jungle et de son ambiance si singulière. Ses dragons sont aussi très réussis. Ajoutez à cela une trame narrative bien pensée, loin des manichéismes qu'on retrouve trop souvent dans les récits de guerre, des rebondissements qu'on ne voit pas venir, et vous avez au final un album qui tient parfaitement la route et se laisse lire avec grand plaisir.
Cette BD a le mérite de lister l'ensemble des atrocités que subissent certains enfants d'Afrique, à la fois victimes de la mondialisation (récolte de minerais rares pour les pays industrialisés) mais également de l'avidité de chefs de milices locales ou de profiteurs en tout genre (esclavagistes, passeurs, réseaux d'exploitation dans les pays européens, etc).
Mais elle n'a pas vraiment eu l'effet escompté sur moi, au vu des nombreuses critiques élogieuses précédentes et du ressenti des autres lecteurs. Pour ma part, j'ai traversé cette lecture de manière assez froide, sans vraiment ressentir grand chose. La faute je pense à une entrée trop rapide dans le vif du sujet, sans poser les bases de l'histoire de nos deux héros, Nivek et Joseph, ce qui aurait pu me permettre de m'y attacher, mais également à un personnage central au profil de guerrier taiseux qui n'a pas réussi à m'émouvoir. Pourtant, beaucoup de scènes horribles et choquantes parsèment cette BD, du meurtre de sa famille par le jeune Nivek lui-même (je vous passe les détails sur le cannibalisme...) au viol puis à l'assassinat des femmes des tribus attaquées par les milices locales voisines...
La densité du récit et le changement brutal d'un décor/pays à un autre en finalement peu de pages, m'a donné l'impression d'une liste à la Prévert, les auteurs souhaitant aborder un grand nombre de sujets sur la réalité des migrants et les rites en Afrique, au détriment de la crédibilité et de la poésie de l'ensemble. Si on aborde cette œuvre sous l'angle du conte ou de la fable comme le proposent certains aviseurs précédents, on peut effectivement l'appréhender différemment.
S'agissant du graphisme, bien que je ne sois pas particulièrement fan du trait de Sergio García Sánchez avec ses personnages déformés et de la colorisation très tranchée, il faut bien avouer que cela colle plutôt bien avec l'ambiance Africaine de cette BD.
Reste tout de même une œuvre utile, qui permettra à certains, je l'espère, de se rendre compte que derrière les migrants arrivant sur des bateaux de fortune aux portes de nos frontières, il y a surtout des femmes et des hommes apeurés ayant vécu les mêmes atrocités que Nivek.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 6/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6/10
NOTE GLOBALE : 12/20
L’histoire des affrontements relève parfois de cruelles désillusions.
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le onzième tome de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2019. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario et les dessins, et par Douchka Delitte pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de documents visuels comprenant neuf chapitres et un glossaire. Les différentes parties portent les titres suivants : Il y a d’abord un traité…, … Et puis une réalité, La guerre totale se fait aussi sur les mers, Un nouveau géant mais au pied d’argile, 1-0 La balle au centre, L’art de viser juste, Un jeu de cache-cache, Et au final le lion dévore l’aigle !, Le crépuscule des dieux.
Berlin, janvier 1991. Suite à l’invasion du Koweït par les forces irakiennes, l’opération Desert Storm, menée par les États-Unis est lancée dans la nuit du 17 janvier 1991. Une guerre suivie en direct à la télévision. En cette journée de janvier, ce sont les images d’un cuirassé qui alterne les bordées de 406mm et lancement de missiles Tomahawk, qui tournent en boucle. C’est le USS Missouri, l’un des derniers cuirassés au monde encore en activité. Affectueusement surnommé Big Mo, le cuirassé, lancé en 1944, déplace plus de 58.000 tonnes. Affalé dans son fauteuil, Ludovic Dekoning est en train de regarder les informations télévisées, pendant que son petit-fils joue à la guerre avec un casque sur la tête, un modèle réduit d’avion dans sa main droite, et celui du Bismarck dans la gauche. Le grand-père reconnaît immédiatement sa maquette, et la reprend des mains du garçon pour la replacer sur son étagère. Les souvenirs remontent.
En mai 1941… Ludovic Dekoning était matelot, technicien de pont à bord du Bismarck. Matelot breveté Ludovic Dekoning ! Il était fier ! Ils étaient quelque part dans les eaux glacées, aux limites de la banquise, entre les terres du Groenland et celles d’Islande. Le Bismarck avait appareillé deux jours plus tôt de Norvège avec le Prinz Eugen, un fier croiseur lourd. Ils avaient reçu la mission d’aller semer la pagaille dans l’Atlantique. Même si l’Europe était à genoux, que leur armée était aux portes de l’Union soviétique et qu’ils occupaient la moitié d’un pays comme la France, la guerre n’était pas finie. On ne sait trop comment, mais les Anglais leur sont rapidement tombés dessus. Au début, ça ne portait pas à conséquence, deux croiseurs qui prenaient garde à ne pas s’approcher d’eux et de leurs canons de 380. Mais le 24 au matin, la partition a changé : le Hood et le Prince of Wales sont entrés dans la danse ! Un croiseur de bataille et un cuirassé, deux titans des mers. Ils n’en menaient pas large… Les deux navires anglais tirent sur le cuirassé allemand qui encaisse les coups. Le Bismarck riposte et coule le HMS The Hood.
Le cuirassé de la mort !!! Hmm, hmm… En reprenant un peu de distance, quelle illustration de couverture !!! Quel navire ! Un cuirassé allemand mis en service le vingt-quatre août 1940, le plus grand navire allemand de la seconde guerre mondiale, deux cent cinquante mètres de long, 41.700 tonnes de déplacement, 50.300 tonnes de port en lourd, plus de deux mille hommes d’équipage, sans parler de ses canons. Il vient de participer à la bataille du détroit du Danemark, il a été pris en chasse et au final il est poursuivi par une trentaine de vaisseaux dont des cuirassés, des croiseurs de batailles, puis deux porte-avions, et des croiseurs lourds. L’horizon d’attente du lecteur est alimenté par ce bâtiment hors norme. L’auteur en a bien conscience : ce navire figure dans plus de trente pages de ce tome. Le lecteur se trouve aussi bien à bord avec le technicien de pont, qu’en pleine mer à contempler la silhouette du cuirassé, que dans les airs au milieu des avions en train de le survoler ou de lui tirer dessus. L’illustrateur s’en donne à cœur joie pour le représenter, soit en totalité en mettant en valeur sa longueur et sa masse, soit depuis le pont ou ses coursives pour donner à voir la masse monstrueuse de ses canons dont 8 de 380mm répartis dans quatre tourelles (A, B, C et D) dénommées Anton, Bruno, Caesar et Dora, le blindage de sa coque, ses gigantesques hélices et ses gouvernails, son fier pavillon, ses canots de sauvetage massifs également, jusqu’à ce qu’il coule à pic.
D’une manière inhabituelle pour cette série, le récit commence à une époque différente de celle de la bataille navale concernée : 1991. Le lecteur comprend bien que cette introduction de deux pages sert à présenter le personnage qui remplit le rôle de point de repère humain dans le récit, un matelot à bord du Bismarck. Il relève également la remarque sur l’un des derniers cuirassés au monde concernant l’USS Missouri. En lisant le dossier historique, le sens de cette remarque prend toute son ampleur, dans le paragraphe intitulé : Le crépuscule des dieux. L’auteur évoque le bombardement du port de Tarente en 1940, le désastre de Pearl Harbor en décembre 1941, les pertes du HMS Prince of Whales et du HMS Repulse, également en décembre 1941, la fin du Tirpitz ou encore des géants japonais Musashi et Yamato. Puis il mentionne les écrits de 1920 de l’Anglais John Fischer, marin émérite, et en 1921, les théories du général américain William Billy Mitchell mal accueillies après qu’il ait déclaré que l’état-major de la marine s’y connaît en aviation autant qu’un cochon en patinage. Delitte conclut par C’est donc les affres de la Seconde Guerre mondiale qui vont imposer une évidence : la suprématie des cuirassés sur les eaux est terminée et les engagements d’artillerie entre vaisseaux de surface appartiennent au passé. Un nouveau roi s’est emparé du trône, il se nomme porte-avions.
Le lecteur retrouve avec plaisir les caractéristiques graphiques de cet illustrateur : traits de contour acérés, visages expressifs et naturels, usages d’aplats de noir aux formes irrégulières et déchiquetées. Tout cela concourt à donner une sensation de réalité un peu râpeuse, transcrivant des conditions de vie dures et âpres, un environnement indifférent à la vie humaine, que ce soient les formes géométriques métalliques du Bismarck, la salle d’opérations du commandement de la marine britannique, on encore l’immensité des flots. Pour ces derniers, le lecteur peut voir l’agitation créée par les obus, par les mouvements des navires et leur étrave, ou bien la mer étale lors de survols par avion, ces dernières situations bénéficiant de deux dessins en double page en attaque nocturne. Il ressent la violence des impacts sur la structure du cuirassé qui essuie les tirs. Il s’est préparé à l’issue finale, et pour autant il sent l’émotion l’étreindre à la vue de ces trois cases contigües de la hauteur de la page. Comme à son habitude dans cette série, la coloriste utilise une palette de couleurs sombres et un peu ternes, qui ajoutent au sérieux du récit : elles n’accablent pas les personnages, tout en induisant qu’il ne peut pas y avoir de moment joyeux. Les seules lueurs orangées qui viennent apporter une touche plus claire correspondent aux éclats des détonations, soulignant ainsi leur violence.
Le lecteur passe ensuite au dossier historique. Comme pour les autres tomes de la série, ce dernier apporte de nombreuses informations de contexte dont l’inclusion dans la bande dessinée l’aurait rendue indigeste. Sont passés en revue le traité de Washington, signé en février 1922 (une tentative pour régulariser le tonnage total des flottes accordé à chaque État, au prorata, en particulier de leur territoire maritime, ainsi que leur déplacement et leur puissance de feu, mais il n’est pas demandé aux différents signataires de démanteler leur flotte dans l’immédiat pour se conformer au traité), la réalité des flottes en présence, l’art de tirer, et le sort des cuirassés. En fonction de ses connaissances préalables, le lecteur peut se retrouver passionné par les conséquences de la modernisation de l’artillerie et les performances grandissantes des canons, et la découverte de leur puissance réelle.
Comme à son habitude, l’auteur met en scène plusieurs points de vue humains très caractérisés de son récit, sans présence féminine. Ainsi le lecteur sait dès les premières pages que Ludovic Dekoning va survivre au coulage du Bismarck, un des rares rescapés d’un équipage de plus de deux milles hommes. Cela induit qu’il considère ses points de vue et ses répliques à l’aune de cette issue, ce qui colore également le positionnement de son camarade prénommé Adolf, entièrement acquis à l’idéologie nazie. Par effet miroir, le lecteur se trouve dans une forme d’opposition assez bizarre aux attaques britanniques, d’un côté parce qu’il connaît déjà le sort de ce cuirassé, de l’autre parce que les alliés deviennent les persécuteurs de marins qui ne font que leur travail, effectuant des attaques en masse sur un unique bâtiment. À nouveau, il n’y a pas de morale à cette bataille : les êtres humains sur ce navire subissent les conséquences des décisions d’autres êtres humains dans des salles d’opérations, les attaques des avions, les blessures causées par le métal déchiqueté, les noyades horribles, etc.
Dans ce tome, l’auteur donne au lecteur ce qu’il attend : la course-poursuite du cuirassé le Bismarck, par les Britanniques. Comme à son habitude, sa narration visuelle est impeccable sur le plan de la reconstitution, avec une ambiance dure et factuelle, mêlant scènes spectaculaires mettant en valeur les navires (et les avions) et dialogues entre hommes très humains. Le lecteur n’est pas près d’oublier la puissance massive du Bismarck, la situation des marins ne pouvant qu’effectuer leurs tâches sur ce bâtiment en pleine mer, et la traque sans merci organisée de main de maître par l’état-major britannique. Une réussite.
Une horreur spirituelle sombre et dérangeante.
Avec cet album, Gus Moreno et Jakub Rebelka proposent un récit d’horreur spirituelle particulièrement sombre. L’atmosphère est glauque et parfois suffocante, rappelant par moments certaines ambiances proches de H. P. Lovecraft.
Les dessins de Rebelka m’ont beaucoup plu. Le style est expressif et les visages sont particulièrement réussis, ce qui renforce la tension et le malaise qui accompagnent le récit. L’imagerie religieuse et macabre contribue également à installer une ambiance très singulière.
On comprend aussi que le titre fait référence à une phrase inspirée de la Bible, évoquant une vengeance qui dépasse la simple revanche personnelle pour prendre une dimension presque inévitable, comme une forme de justice tardive.
Mon seul regret concerne la longueur de l’album, que j’ai trouvé assez court. La fin ouverte m’avait d’ailleurs laissé penser qu’une suite pourrait être envisagée, mais il semble finalement qu’il s’agisse d’un one-shot.
Une lecture sombre et marquante.
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Cyborgs
La série « Cyborgs » est celle qui m’a le moins convaincu parmi toutes les séries de science-fiction et de fantasy que j’ai lues de Jean-Luc Istin. J’ai découvert Cyborgs après avoir déjà lu Androïdes, Elfes / Mages / Orcs / Nains, I.S.S. Snipers et Conquests. Comparée à ces séries, Cyborgs m’a semblé la plus faible du point de vue de la construction des intrigues et de la cohérence narrative. On y trouve beaucoup trop de clichés, des rebondissements peu réfléchis, et des « deus ex machina » qui apparaissent soudainement — tantôt pour sauver les héros, tantôt pour leur compliquer la vie. À force, cela devient très visible. Par moments, cela commence à ressembler à un comics américain conçu principalement pour la vente et la commercialisation. On y retrouve moins ce qui fait souvent la force de la BD : une idée forte, un véritable propos d’auteur — quelque chose que l’on percevait, à des degrés divers, dans les autres séries mentionnées. L’histoire reste malgré tout intéressante, mais elle contient trop d’éléments invraisemblables qui ne sont jamais expliqués et qui finissent par affaiblir l’ensemble. Un exemple frappant : une jeune fille parvient à soulever une voiture au-dessus de sa tête grâce à un bras cybernétique qui commence à l’épaule. On nous dit : « oui, mais son bras est cybernétique ». Je peux accepter cela. Mais lever deux tonnes au-dessus de la tête ne dépend pas seulement des bras : la charge est supportée par le dos, le tronc et les jambes — qui, dans ce cas, restent celles d’une adolescente de quinze ans, parfaitement ordinaires. Ce type de situation apparaît plusieurs fois dans la série. Et ce genre d’incohérence finit par briser la « suspension d’incrédulité ». C’est un peu comme voir quelqu’un crier dans l’espace — où il n’y a pas de son — ou rouler sur des roues carrées : cela sort immédiatement le lecteur de l’histoire. Peut-être que cette série s’adresse avant tout à un public plus adolescent, pour qui ce type de détails a moins d’importance. Mais pour moi, en tant qu’amateur des œuvres de Jean-Luc Istin et des séries de science-fiction publiées par Soleil en général, « Cyborgs » m’a laissé une impression nettement moins forte que les autres.
Miss Peregrine et les enfants particuliers
Une histoire que l’adulte que je suis a lue plutôt avec plaisir, même si je pense qu’elle s’adresse avant tout à des adolescents – qui pourront s’identifier aux personnages de leur âge. Une histoire fantastique qui m’a parfois fait penser à « Harry Potter » (un mal oppressant et de plus en plus menaçant, des jeunes en premières ligne, des pouvoirs magiques, etc.), mais qui se révèle quand même original, avec une construction qui, par étapes, nous fait découvrir un univers dans lequel on (en tout cas les « Particuliers » peut passer d’une époque à l’autre. Leur univers « parallèle » s’imbrique dans celui des gens « normaux » (on accepte facilement certaines facilités à ce propos). Je m’attendais à ce que l’époque de la bataille d’Angleterre ou les exactions nazies, soient davantage exploitées (directement ou sous forme d’analogie), mais ça reste généralement lointain. Même si je pense ne pas être le cœur de cible, et si l’intrigue ne m’a pas non plus passionné, j’admets volontiers que d’autres lecteurs (surtout ados donc, mais pas seulement) puissent y trouver davantage leur compte. La narration est assez aérée. Peu de texte, un dessin réaliste agréable – même si détails, décors et arrière-plans ne sont pas développés – donne une bonne fluidité de lecture.
La Piste de l'Oregon
Certes Tout public, cet album s’adresse avant tout à un jeune lectorat (et c’est à cette aune que je l’évalue). En effet, j’ai trouvé l’ensemble un peu – beaucoup même, parfois – facile et naïf. C’est d’ailleurs une des choses qui m’a un peu gêné. L’histoire proposée par Corbeyran met en avant de belles valeurs : lutte contre le racisme et plus généralement les préjugés, lutte contre les violences faites aux femmes (Wakanda partage le premier rôle et se révèle une forte personnalité – presque anachronique d’ailleurs), mélange entre Blancs et Indiens, dénonciation de l’esclavage, etc. Centrée autour d’un convoi en partance du Missouri pour l’Oregon, l’intrigue abandonne rapidement cet aspect « voyage au long cours (à mon grand regret), pour bifurquer vers quelque chose ressemblant presque à un polar, avec un jeune esclave fugitif accusé de plusieurs délits/crimes, sur le point d’être lynché, mais qui est défendu par le duo de guide du convoi, un couple étonnant – une Sioux et un trappeur d’origine française, qui vont tout faire pour le disculper, et pour trouver les vrais responsables. Mais les personnages sont trop manichéens, et l’intrigue manque elle aussi de subtilité, voire de crédibilité (pour tout ce qui tourne autour du pasteur accompagnant le convoi et le responsable des vols par exemple). Tous les aspects « dangereux », toutes les actions des « méchants », sont bien souvent édulcorés et, contre toute attente en ces temps et en ces lieux, il y a toujours quelqu’un pour calmer le jeu, faire entendre raison (le juge, le chef du convoi, etc.), et même la tentative de viol contre Wakanda reste une péripétie sans importance. Tous ces aspects « gentils » (personnages et intrigue) passe moins pour un lecteur adulte je pense. Et les Indiens (on mêle ici Mandans, Sioux et Hurons) ne sont qu’un décor. Enfin, autre frustration me concernant : cette « piste de l’Oregon », annoncée dans le titre, mise en avant par la carte et le texte de présentation en ouverture et conclusion de l’album, est escamotée. En effet, si j’en crois l’intrigue, les personnages ont quasiment fait du surplace, et son encore au point de départ de cette piste, au Missouri, et ce qui m’intéressait au départ, à savoir ce long voyage, n’est en fait jamais traité. Du coup en refermant l’album, je me suis dit que celui-ci inaugurait une série, mais le gros « Fin » concluant l’histoire me laisse perplexe donc… Le dessin est lisible (il manque un peu de détails) mais il penche lui aussi plutôt du côté d’un lectorat assez jeune. Note réelle 2,5/5.
L'Embrasement
Cette adaptation en dessin est le croisement parfait entre l’ouvrage historique (en l’occurrence celui du colonel Michel Goya) et le documentaire télévisé, démontrant s’il en était besoin que la bande dessinée est devenu un medium incontournable dans le registre de l’information. Incontournable, le sujet l’est aussi, et c’est le moins qu’on puisse dire, puisqu’il est question ici de la destruction de Gaza dans la foulée des attentats du 7 octobre 2023, un événement comparable à un séisme géopolitique d’une échelle quasiment jamais égalée L’ouvrage est consistant, très bien documenté. Il démarre avec les instants précédant l’attaque coordonnée du Hamas sur Israël, notamment sur des bases militaires, des kibboutz proches de la frontière et le festival Nova, une attaque qui aura fait plus de 1000 morts côté israélien, avec les conséquences que l’on connaît. Et pour bien resituer le contexte, l’auteur a actionné la machine à remonter le temps jusqu’à la fin du XIXe siècle, afin d’entrevoir les origines du sionisme : une utopie développée par Théodore Herzl dans la foulée de l’Affaire Dreyfus. Inquiet du regain d’antisémitisme en Europe (et ce bien avant les horreurs commises par les nazis), Herzl avait pour projet de créer un Etat sur les terres ancestrales du Proche-Orient (l’ancien « Royaume de Judée ») où les Juifs pourraient se sentir en sécurité, à l’abri des pogroms récurrents qui se produisaient en Europe de l’Est et en Russie. Si l’idée était légitime, elle en laissait certains dubitatifs et pas des moindres, notamment Freud qui y décelait un danger potentiel, mais elle put toutefois se concrétiser dès 1917 grâce à la déclaration Balfour. Dès lors, les Juifs commencèrent à émigrer en Palestine, alors sous mandat britannique, provoquant déjà des tensions avec les Arabes nationalistes qui revendiquaient le territoire. De façon très détaillée, l’historique de la région va être déroulé jusqu’à nos jours, en passant par la proclamation d’Israël en 1948. Les protagonistes de part et d’autre se succèdent au fil des décennies, on évoque la colonisation implacable des Israéliens sur les territoires palestiniens, les phases de négociation peu suivies d’effets entre deux guerres meurtrières, le cycle des vengeances sans fin, avec les innombrables attentats, massacres et intifadas, rythmés par le décompte sinistre des victimes des deux camps. Jusqu’à ce jour fatidique du 7 octobre. Un bilan effroyable résultant de tensions permanentes depuis plus de cent ans (si l’on exclut la courte parenthèse succédant à l’accord de paix entre Rabin et Arafat en 1993, rapidement mis à mal par l’assassinat du 1er ministre israélien par un juif extrémiste religieux) qui pose question sur la pertinence du projet de Théodore Herzl, devenu un « laboratoire du chaos »… Très dense, la partie historique est ponctuée par les « retex » du colonel Goya (que l’on suppose extrait de son livre) et des passages plus fictionnels, jouant davantage sur l’image, où l’on suit des gens ordinaires victimes d’un conflit qu’ils ne font que subir, toujours décidé dans les hautes sphères de part et d’autre. En faisant référence à l’épisode biblique de Jacob, le troisième patriarche, la conclusion donne lieu à un constat amer, sachant que David Ben Gourion, l’un des fondateurs d’Israël, avait lui-même averti que non seulement le conflit allait « continuer peut-être encore des centaines d’années », mais « gagnerait probablement encore en férocité ». Celui-ci étant décédé en 1973, on ne pourra malheureusement pas dire qu’il s’était trompé dans ses prédictions… Mais dans l’immédiat, une question s’impose : « Une fois les otages libérés, comment les Israéliens vont-ils digérer leur responsabilité dans la conduite de la guerre ? Comment vont-ils se vivre en tant que nation, à l’intérieur comme à l’extérieur ? ». Le dessin minutieux et très photographique de Florent Calvez convient parfaitement pour donner au livre de Goya une ampleur visuelle saisissante. Les tonalités quasi monochromes aux couleurs terreuses, avec une pointe orangée pour les scènes violentes, n’inspirent ni la gaité ni l’optimisme, et il n’y a vraiment pas de quoi, mais elles confèrent à la narration une neutralité appropriée. « L’Embrasement » est un ouvrage essentiel pour tenter d’avoir une vue raisonnée de la situation dans cette partie du monde plus que jamais en proie au désordre. Pour éviter d’exacerber un sujet hautement radioactif, les auteurs se sont cantonnés à énumérer les faits de la façon la plus objective possible, démarche très appréciable s’il en est. Ils évitent même d’employer le terme de « génocide », alors même qu’une enquête de l’ONU a qualifié ainsi la guerre d’Israël sur Gaza. La neutralité recherchée du livre permettra à chacun de se faire son idée, car quand l’émotion prend le pas sur la raison, seuls les faits parlent… Quoi que l’on en pense, Florent Calvez confesse en postface avoir pris des libertés par rapport au livre original, mais insiste sur cette dimension de neutralité, tout en se disant bouleversé par certains témoignages et certaines images. A défaut d’être irréprochable, il dit avoir « taché d’être honnête », « ayant toujours considéré toutes les victimes dans leur statut particulier, quelles qu’elles soient, d’où qu’elles soient. ». Et on le remercie pour ça. Et pour ce travail salutaire.
Le Fléau des Dieux
Le scénario, concocté par Valérie Mangin, offre une trame générale bien pensée, où chaque tome apporte une avancée significative tout en maintenant le lecteur en haleine pour la suite. L'intrigue se déploie avec intelligence, mêlant habilement des éléments historiques et des éléments de science-fiction, créant ainsi un univers à la fois familier et exotique. Les dessins et les couleurs, réalisés avec talent par Aleksa Gajic, apportent une dimension visuelle saisissante à l'ensemble. Les planches, fluides et agréables à la lecture, réussissent à capturer l'intensité des scènes d'action et à donner vie aux personnages. Cependant, j'ai noté une légère irrégularité dans la qualité de l'illustration au cours des premiers tomes, mais cela s'est amélioré par la suite. Les dialogues, bien que parfois perfectibles, restent globalement de bonne qualité. Cependant, un élément m'a particulièrement marqué : l'évolution des personnages au fil de la série. Leurs transformations et les changements qui s'opèrent en eux sont traités avec subtilité, ce qui donne une profondeur supplémentaire à l'histoire. Les protagonistes gagnent en complexité et en profondeur, offrant ainsi une lecture plus nuancée et immersive. En dépit de quelques défauts mineurs, "Le Fléau des Dieux" demeure une oeuvre qui mérite d'être découverte. L'audace deValérie Mangin dans sa transposition de l'histoire antique dans un contexte futuriste est admirable. La richesse de l'univers créé et la manière dont l'histoire traverse l'espace et le temps sont des éléments qui ont su m'emporter dans cette épopée intergalactique.
Star Wars - Dark Vador - Le Seigneur noir des Sith
J’ai vraiment adoré lire Star Wars: Dark Vador – Le Seigneur Noir des Sith, une série scénarisée par Charles Soule et dessinée principalement par Giuseppe Camuncoli. L’histoire se déroule juste après Star Wars: Episode III – Revenge of the Sith, au moment où Anakin Skywalker vient tout juste de devenir Dark Vador. Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant, c’est que ce comics montre vraiment la naissance du véritable Dark Vador. Au début du récit, il n’est pas encore le seigneur Sith froid et terrifiant que l’on connaît dans les films. Il est encore marqué par la chute d’Anakin, il doit apprendre à vivre avec son armure, sa douleur et la haine qui l’alimente. On le voit accomplir ses premières missions pour l’Empereur : traquer les Jedi survivants de l’Ordre 66, trouver son sabre laser Sith et commencer à se faire une place dans l’Empire. J’ai aussi beaucoup aimé la relation entre Vador et Palpatine. L’Empereur manipule constamment son apprenti et le pousse à devenir toujours plus impitoyable. On comprend bien que Vador est à la fois un monstre redouté et un personnage tragique, prisonnier de sa colère et de ses choix. Le comics développe aussi des éléments que les films ne montrent pas vraiment : les Inquisiteurs, la traque des Jedi survivants, ou encore la construction de la forteresse de Vador sur Mustafar. Côté dessins, j’ai trouvé le travail de Giuseppe Camuncoli vraiment impressionnant. Son style est très dynamique et très lisible, avec des planches qui donnent parfois l’impression de voir des scènes directement sorties d’un film Star Wars. Les combats au sabre laser sont spectaculaires, les décors sont riches en détails et l’ambiance visuelle est souvent très sombre. Les couleurs jouent beaucoup sur les contrastes et les rouges, ce qui renforce le côté violent et oppressant du récit. Un point intéressant aussi, c’est l’histoire éditoriale du comics en France. La série a d’abord été publiée en kiosque puis dans la collection 100% Star Wars de Panini Comics en 4 tomes. Elle a ensuite été rééditée en 2 volumes dans la collection Star Wars Deluxe, puis dans une édition Absolute grand format pour les collectionneurs. Plus récemment, l’ensemble du récit a été rassemblé dans un Omnibus d’environ 600 pages. Au final, j’ai trouvé que Le Seigneur Noir des Sith est un comics vraiment marquant. Il approfondit énormément le personnage de Dark Vador et montre comment Anakin Skywalker disparaît progressivement pour laisser place au seigneur Sith que toute la galaxie redoute. Pour moi, c’est clairement l’une des meilleures histoires Star Wars du canon moderne.
Guerres & Dragons
Je ne partais pas convaincu par ce mélange des genres, mais j'avoue que je suis sorti de ma lecture plus que surpris et j'ai beaucoup apprécié ce premier tome. D'une, le dessin de Vax est de très bonne facture (mention spéciale pour ses dragons !!!), ensuite le scénario tient plus que très bien la route, pour une idée qui paraissait aussi casse gueule. Nicolas Jarry a su trouver les bons dosages pour son melting pot historico-fantastique avec des personnages intéressants et développé une relation humains/dragons qui fait sens. La narration coule de source grâce a un très bon découpage de Vax ; on se laisse prendre par ce récit au bout de quelques pages pour ne pas le lâcher avant la fin. Les scènes de batailles sont des plus réussies ! Bref, une très bonne mise en bouche ! *** Tome 2 *** Dans ce 2e tome, Nicolas Jarry nous propose de replonger dans les méandres de la première Guerre Mondiale en suivant le par cours de Frank Luke. Ce jeune cow-boy américain de 12 ans vois sa vie réduite à peu de chose après qu'un dragon ait englouti le troupeau familial et ruiné dans la foulée la famille. Frank ne rêve que de vengeance et s'engage donc dans le conflit européen qui vient d'éclater pour aller bouffer du dragon. On suit donc cet engagement et son évolution au sein de l'armée de l'air qui va l'amener à affronter l'un des plus terrible dragon qui sème la terreur sur les champs de bataille français... Je ressors un brin déçu par ce second tome, tant le 1er m'avait agréablement surpris. Pour le coup, la trame de cet opus reste un peu trop classique et prévisible. Côté dessin Léoni et Negrin assurent le contrat avec un trait réaliste qui fait le job et quelques très belles scènes de batailles aériennes. Bref, un tome qui ne casse pas des briques ; je passe la série à 3.5/5 en attendant de voir ce que le 3e donnera, en espérant qu'il sera plus dans l'esprit du 1er. *** Tome 3 *** Si le premier tome reste jusqu’ici le meilleur à mes yeux, ce 3e opus m'a quand même davantage intéressé que le précédent. C'est en effet l'originalité du contexte choisi qui m'a intéressé : la guerre civile angolaise qui a suivi l'indépendance officielle du pays en 1975, ancienne colonie portugaise. Je ne connaissais rien de cette transition, le fait est qu'elle s'est faite dans la douleur. Les indépendantistes s'éparpillaient déjà dans au moins 3 partis, quand la guerre civile a éclaté, ça ne s'est pas arrangé. C'est donc dans ce contexte que notre jeune héroïne va se retrouver embrigader par une des milices para-militaire (le MPLA) comme de nombreux enfants. Leur chef sème la terreur grâce au dragon qu'il contrôle, les récalcitrants finissant rapidement en en-cas ou calciné proprement... Mais notre jeune Anica, 13 ans ne compte pas faire carrière et réussit à s'enfuir ; elle a toujours en mémoire l'histoire du Kongamato que lui racontait son grand-père : une créature légendaire venait parfois se mettre au service des guerriers de son village lorsque le malheur frappait... Si l'histoire reste assez prévisible, elle n'en reste pas moins agréable, servie par un dessin efficace. Une bonne BD pop-corn. Je reste sur une notation globale à 3.5/5 *** Tome 5 *** Ce cinquième opus nous embarque en 1969 en pleine guerre du Vietnam. Nick, un tireur d'élite, et son commando crashent leur hélicoptère en pleine jungle après avoir été attaqué par un dragon. Seul survivant, il épargne un jeune garçon, qui pourtant maîtrise le dragon qui vient de les attaquer. Il prend même le parti de s'enfuir avec lui avant l'arrivée des Vietcongs à travers la jungle... J'avoue avoir bien apprécié ce nouvel album de la série, que je classerai juste après le premier de la collection. Le dessin de Stéphane Bervas est bon et nous immerge parfaitement dans ce contexte de la guerre du Vietnam, lui donnant l'opportunité de nous proposer de magnifiques dessins de jungle et de son ambiance si singulière. Ses dragons sont aussi très réussis. Ajoutez à cela une trame narrative bien pensée, loin des manichéismes qu'on retrouve trop souvent dans les récits de guerre, des rebondissements qu'on ne voit pas venir, et vous avez au final un album qui tient parfaitement la route et se laisse lire avec grand plaisir.
Le Ciel dans la tête
Cette BD a le mérite de lister l'ensemble des atrocités que subissent certains enfants d'Afrique, à la fois victimes de la mondialisation (récolte de minerais rares pour les pays industrialisés) mais également de l'avidité de chefs de milices locales ou de profiteurs en tout genre (esclavagistes, passeurs, réseaux d'exploitation dans les pays européens, etc). Mais elle n'a pas vraiment eu l'effet escompté sur moi, au vu des nombreuses critiques élogieuses précédentes et du ressenti des autres lecteurs. Pour ma part, j'ai traversé cette lecture de manière assez froide, sans vraiment ressentir grand chose. La faute je pense à une entrée trop rapide dans le vif du sujet, sans poser les bases de l'histoire de nos deux héros, Nivek et Joseph, ce qui aurait pu me permettre de m'y attacher, mais également à un personnage central au profil de guerrier taiseux qui n'a pas réussi à m'émouvoir. Pourtant, beaucoup de scènes horribles et choquantes parsèment cette BD, du meurtre de sa famille par le jeune Nivek lui-même (je vous passe les détails sur le cannibalisme...) au viol puis à l'assassinat des femmes des tribus attaquées par les milices locales voisines... La densité du récit et le changement brutal d'un décor/pays à un autre en finalement peu de pages, m'a donné l'impression d'une liste à la Prévert, les auteurs souhaitant aborder un grand nombre de sujets sur la réalité des migrants et les rites en Afrique, au détriment de la crédibilité et de la poésie de l'ensemble. Si on aborde cette œuvre sous l'angle du conte ou de la fable comme le proposent certains aviseurs précédents, on peut effectivement l'appréhender différemment. S'agissant du graphisme, bien que je ne sois pas particulièrement fan du trait de Sergio García Sánchez avec ses personnages déformés et de la colorisation très tranchée, il faut bien avouer que cela colle plutôt bien avec l'ambiance Africaine de cette BD. Reste tout de même une œuvre utile, qui permettra à certains, je l'espère, de se rendre compte que derrière les migrants arrivant sur des bateaux de fortune aux portes de nos frontières, il y a surtout des femmes et des hommes apeurés ayant vécu les mêmes atrocités que Nivek. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 6/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6/10 NOTE GLOBALE : 12/20
Le Bismarck
L’histoire des affrontements relève parfois de cruelles désillusions. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le onzième tome de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2019. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario et les dessins, et par Douchka Delitte pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de documents visuels comprenant neuf chapitres et un glossaire. Les différentes parties portent les titres suivants : Il y a d’abord un traité…, … Et puis une réalité, La guerre totale se fait aussi sur les mers, Un nouveau géant mais au pied d’argile, 1-0 La balle au centre, L’art de viser juste, Un jeu de cache-cache, Et au final le lion dévore l’aigle !, Le crépuscule des dieux. Berlin, janvier 1991. Suite à l’invasion du Koweït par les forces irakiennes, l’opération Desert Storm, menée par les États-Unis est lancée dans la nuit du 17 janvier 1991. Une guerre suivie en direct à la télévision. En cette journée de janvier, ce sont les images d’un cuirassé qui alterne les bordées de 406mm et lancement de missiles Tomahawk, qui tournent en boucle. C’est le USS Missouri, l’un des derniers cuirassés au monde encore en activité. Affectueusement surnommé Big Mo, le cuirassé, lancé en 1944, déplace plus de 58.000 tonnes. Affalé dans son fauteuil, Ludovic Dekoning est en train de regarder les informations télévisées, pendant que son petit-fils joue à la guerre avec un casque sur la tête, un modèle réduit d’avion dans sa main droite, et celui du Bismarck dans la gauche. Le grand-père reconnaît immédiatement sa maquette, et la reprend des mains du garçon pour la replacer sur son étagère. Les souvenirs remontent. En mai 1941… Ludovic Dekoning était matelot, technicien de pont à bord du Bismarck. Matelot breveté Ludovic Dekoning ! Il était fier ! Ils étaient quelque part dans les eaux glacées, aux limites de la banquise, entre les terres du Groenland et celles d’Islande. Le Bismarck avait appareillé deux jours plus tôt de Norvège avec le Prinz Eugen, un fier croiseur lourd. Ils avaient reçu la mission d’aller semer la pagaille dans l’Atlantique. Même si l’Europe était à genoux, que leur armée était aux portes de l’Union soviétique et qu’ils occupaient la moitié d’un pays comme la France, la guerre n’était pas finie. On ne sait trop comment, mais les Anglais leur sont rapidement tombés dessus. Au début, ça ne portait pas à conséquence, deux croiseurs qui prenaient garde à ne pas s’approcher d’eux et de leurs canons de 380. Mais le 24 au matin, la partition a changé : le Hood et le Prince of Wales sont entrés dans la danse ! Un croiseur de bataille et un cuirassé, deux titans des mers. Ils n’en menaient pas large… Les deux navires anglais tirent sur le cuirassé allemand qui encaisse les coups. Le Bismarck riposte et coule le HMS The Hood. Le cuirassé de la mort !!! Hmm, hmm… En reprenant un peu de distance, quelle illustration de couverture !!! Quel navire ! Un cuirassé allemand mis en service le vingt-quatre août 1940, le plus grand navire allemand de la seconde guerre mondiale, deux cent cinquante mètres de long, 41.700 tonnes de déplacement, 50.300 tonnes de port en lourd, plus de deux mille hommes d’équipage, sans parler de ses canons. Il vient de participer à la bataille du détroit du Danemark, il a été pris en chasse et au final il est poursuivi par une trentaine de vaisseaux dont des cuirassés, des croiseurs de batailles, puis deux porte-avions, et des croiseurs lourds. L’horizon d’attente du lecteur est alimenté par ce bâtiment hors norme. L’auteur en a bien conscience : ce navire figure dans plus de trente pages de ce tome. Le lecteur se trouve aussi bien à bord avec le technicien de pont, qu’en pleine mer à contempler la silhouette du cuirassé, que dans les airs au milieu des avions en train de le survoler ou de lui tirer dessus. L’illustrateur s’en donne à cœur joie pour le représenter, soit en totalité en mettant en valeur sa longueur et sa masse, soit depuis le pont ou ses coursives pour donner à voir la masse monstrueuse de ses canons dont 8 de 380mm répartis dans quatre tourelles (A, B, C et D) dénommées Anton, Bruno, Caesar et Dora, le blindage de sa coque, ses gigantesques hélices et ses gouvernails, son fier pavillon, ses canots de sauvetage massifs également, jusqu’à ce qu’il coule à pic. D’une manière inhabituelle pour cette série, le récit commence à une époque différente de celle de la bataille navale concernée : 1991. Le lecteur comprend bien que cette introduction de deux pages sert à présenter le personnage qui remplit le rôle de point de repère humain dans le récit, un matelot à bord du Bismarck. Il relève également la remarque sur l’un des derniers cuirassés au monde concernant l’USS Missouri. En lisant le dossier historique, le sens de cette remarque prend toute son ampleur, dans le paragraphe intitulé : Le crépuscule des dieux. L’auteur évoque le bombardement du port de Tarente en 1940, le désastre de Pearl Harbor en décembre 1941, les pertes du HMS Prince of Whales et du HMS Repulse, également en décembre 1941, la fin du Tirpitz ou encore des géants japonais Musashi et Yamato. Puis il mentionne les écrits de 1920 de l’Anglais John Fischer, marin émérite, et en 1921, les théories du général américain William Billy Mitchell mal accueillies après qu’il ait déclaré que l’état-major de la marine s’y connaît en aviation autant qu’un cochon en patinage. Delitte conclut par C’est donc les affres de la Seconde Guerre mondiale qui vont imposer une évidence : la suprématie des cuirassés sur les eaux est terminée et les engagements d’artillerie entre vaisseaux de surface appartiennent au passé. Un nouveau roi s’est emparé du trône, il se nomme porte-avions. Le lecteur retrouve avec plaisir les caractéristiques graphiques de cet illustrateur : traits de contour acérés, visages expressifs et naturels, usages d’aplats de noir aux formes irrégulières et déchiquetées. Tout cela concourt à donner une sensation de réalité un peu râpeuse, transcrivant des conditions de vie dures et âpres, un environnement indifférent à la vie humaine, que ce soient les formes géométriques métalliques du Bismarck, la salle d’opérations du commandement de la marine britannique, on encore l’immensité des flots. Pour ces derniers, le lecteur peut voir l’agitation créée par les obus, par les mouvements des navires et leur étrave, ou bien la mer étale lors de survols par avion, ces dernières situations bénéficiant de deux dessins en double page en attaque nocturne. Il ressent la violence des impacts sur la structure du cuirassé qui essuie les tirs. Il s’est préparé à l’issue finale, et pour autant il sent l’émotion l’étreindre à la vue de ces trois cases contigües de la hauteur de la page. Comme à son habitude dans cette série, la coloriste utilise une palette de couleurs sombres et un peu ternes, qui ajoutent au sérieux du récit : elles n’accablent pas les personnages, tout en induisant qu’il ne peut pas y avoir de moment joyeux. Les seules lueurs orangées qui viennent apporter une touche plus claire correspondent aux éclats des détonations, soulignant ainsi leur violence. Le lecteur passe ensuite au dossier historique. Comme pour les autres tomes de la série, ce dernier apporte de nombreuses informations de contexte dont l’inclusion dans la bande dessinée l’aurait rendue indigeste. Sont passés en revue le traité de Washington, signé en février 1922 (une tentative pour régulariser le tonnage total des flottes accordé à chaque État, au prorata, en particulier de leur territoire maritime, ainsi que leur déplacement et leur puissance de feu, mais il n’est pas demandé aux différents signataires de démanteler leur flotte dans l’immédiat pour se conformer au traité), la réalité des flottes en présence, l’art de tirer, et le sort des cuirassés. En fonction de ses connaissances préalables, le lecteur peut se retrouver passionné par les conséquences de la modernisation de l’artillerie et les performances grandissantes des canons, et la découverte de leur puissance réelle. Comme à son habitude, l’auteur met en scène plusieurs points de vue humains très caractérisés de son récit, sans présence féminine. Ainsi le lecteur sait dès les premières pages que Ludovic Dekoning va survivre au coulage du Bismarck, un des rares rescapés d’un équipage de plus de deux milles hommes. Cela induit qu’il considère ses points de vue et ses répliques à l’aune de cette issue, ce qui colore également le positionnement de son camarade prénommé Adolf, entièrement acquis à l’idéologie nazie. Par effet miroir, le lecteur se trouve dans une forme d’opposition assez bizarre aux attaques britanniques, d’un côté parce qu’il connaît déjà le sort de ce cuirassé, de l’autre parce que les alliés deviennent les persécuteurs de marins qui ne font que leur travail, effectuant des attaques en masse sur un unique bâtiment. À nouveau, il n’y a pas de morale à cette bataille : les êtres humains sur ce navire subissent les conséquences des décisions d’autres êtres humains dans des salles d’opérations, les attaques des avions, les blessures causées par le métal déchiqueté, les noyades horribles, etc. Dans ce tome, l’auteur donne au lecteur ce qu’il attend : la course-poursuite du cuirassé le Bismarck, par les Britanniques. Comme à son habitude, sa narration visuelle est impeccable sur le plan de la reconstitution, avec une ambiance dure et factuelle, mêlant scènes spectaculaires mettant en valeur les navires (et les avions) et dialogues entre hommes très humains. Le lecteur n’est pas près d’oublier la puissance massive du Bismarck, la situation des marins ne pouvant qu’effectuer leurs tâches sur ce bâtiment en pleine mer, et la traque sans merci organisée de main de maître par l’état-major britannique. Une réussite.
Et lorsque ma vengeance s'abattra sur vous
Une horreur spirituelle sombre et dérangeante. Avec cet album, Gus Moreno et Jakub Rebelka proposent un récit d’horreur spirituelle particulièrement sombre. L’atmosphère est glauque et parfois suffocante, rappelant par moments certaines ambiances proches de H. P. Lovecraft. Les dessins de Rebelka m’ont beaucoup plu. Le style est expressif et les visages sont particulièrement réussis, ce qui renforce la tension et le malaise qui accompagnent le récit. L’imagerie religieuse et macabre contribue également à installer une ambiance très singulière. On comprend aussi que le titre fait référence à une phrase inspirée de la Bible, évoquant une vengeance qui dépasse la simple revanche personnelle pour prendre une dimension presque inévitable, comme une forme de justice tardive. Mon seul regret concerne la longueur de l’album, que j’ai trouvé assez court. La fin ouverte m’avait d’ailleurs laissé penser qu’une suite pourrait être envisagée, mais il semble finalement qu’il s’agisse d’un one-shot. Une lecture sombre et marquante.