Une série qui mérite vraiment le détour.
Se déroulant dans le Londres du dernier quart du XIXème siècle, elle multiplie les références : Frankenstein, Jack l’Éventreur, Sherlock Holmes (qui est même souvent évoqué, étant voisin des deux gamines qui aide Malcolm, etc., Malcolm Max étant une sorte de mixe entre Sherlock Holmes (pour le flegme et les déductions fines) et James Bond (pour son sex appeal), tandis que son acolyte Charisma – improbable demi vampire – allie charme (elle est vraiment sexy) et force (de caractère comme de frappe !).
Les trois albums sont assez denses, les textes sont très présents (c’est même parfois un peu trop envahissant, mais bon, globalement ça passe), et ils ne se lisent pas si rapidement que ça. Mais c’est quand même une lecture plaisante, divertissante.
Les dialogues justement, sont souvent caustiques, pimentés d’humour, entre Max et Charisma, mais aussi avec le commissaire – qui est bien évidemment à côté de la plaque.
Il y a des facilités, des couleuvres à avaler (par exemple l’évasion de Max de la Tour de Londres – et même le fait qu’il aille ensuite chez lui, sans y être immédiatement recherché…). Mais ici je l’accepte aisément, car c’est au service d’une intrigue à la fois dynamique et farfelue, pleine d’allant. Le dernier tome mise sur de l’action survitaminée, avec apparition d’une reine Victoria ridicule avec sa mini couronne, de Nellie Bly…
Dernier détail, et pas des moindres, le dessin, que j’ai trouvé très agréable. Un trait fin, un peu anguleux pour certains visages, mais un rendu plaisant.
Une série divertissante qui me fait regretter que Mennigen n’ait pour le moment pas récidivé (que ce soit sur un autre cycle ou sur une autre série).
Il y a des choses originales et/ou intéressantes dans cette histoire. Mais ce premier album m’a quand même laissé de côté, au point que je ne suis pas sûr d’aller lire la suite et fin dans le prochain tome.
Le dessin est original – la colorisation aussi d’ailleurs. Foin de réalisme. Mais j’ai vraiment eu du mal avec.
L’histoire se développe dans une ambiance un peu glauque, en tout cas crépusculaire. Un brave type – qui élève seul ses deux mômes – se retrouve au chômage, multiplie les petits boulots, accusant les Niaks, les Juifs, d’être responsables de sa mouise, tout en ressassant ses souvenirs du Vietnam. Jusqu’à se voir proposer de devenir acteur porno…
Il y a dans ce récit une vision noire – et finalement pas si éloignée que ça de la réalité – d’une certaine société déclassée et reléguée de l’Amérique profonde. Et, si certaines couleurs flashy s’invitent, c’est plutôt le sombre qui domine.
Mais voilà, j’ai eu du mal à m’intéresser à cette histoire, et les dialogues, souvent – trop – abondants, rendent certains passages un peu indigestes.
Je pense en fait que ça n’est pas ma came.
Note réelle 2,5/5.
Qu’apprennent-ils de l’île, qu’apprennent-ils des autres, qu’apprennent-ils d’eux-mêmes ?
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Ce tome contient une histoire complète, un reportage réalisé par l’auteur, à l’occasion d’un voyage dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF). Son édition originale date de 2011. Il a été réalisé par Emmanuel Lepage pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comprend cent-cinquante-quatre pages de bande dessinée. Après ce voyage effectué en 2010, il en réalisera un autres aux îles Kerguelen en 2022/23, qui donnera lieu à un second ouvrage : Danser avec le vent (2025).
Jour 1. Onze heures. Le Boeing 777 d’Air France en provenance de Paris-Orly se pose à l’aéroport de Roland -Garros de Saint-Denis de la Réunion. Cette fois, c’est sûr, Emmanuel va embarquer. Choisir d’arriver trois heures seulement avant l’appareillage du navire n’était pas très malin. Ça faisait deux jours qu’il ne dormait plus à l’idée de louper l’embarquement. D’autres avaient fait ce choix : les chercheurs de l’IPEV. Il se renseigne auprès d’une voyageuse. L’IPEV : l’Institut Paul Émile Victor, c’est-à-dire l’institut polaire français. C’est eux qui coordonnent les recherches scientifiques sur les îles, lui explique la jeune femme en lui retournant la question pour qu’il se présente. Il explique qu’il est auteur de bandes dessinées, il aimerait raconter cette rotation australe. Trois jours plus tôt en février 2010, un jour de départ en vacances, il reçoit un appel de son frère François qui lui demande si ça lui dirait toujours de partir aux Kerguelen, une place à bord du bateau vient de se libérer, ils voyageraient ensemble. Il faut qu’il se décide dans la demi-heure et qu’il appelle les TAAF tout de suite, sinon ils vont donner la place à quelqu’un d’autre.
L’idée d’un voyage dans les TAAF, les Terres Australes et Antarctiques Françaises, était venue de Caroline, journaliste à l’hebdomadaire Le Marin. Elle avait proposé à François, photographe, de monter un dossier auprès de l’administration des TAAF afin d’embarquer à bord du navire ravitailleur des terres australes. Les terres australes, Crozet, Amsterdam, Saint-Paul… Kerguelen, enfin jadis surnommées les îles de la Désolation. Des confettis d’empire, égarés dans l’immensité bleue, à cheval entre les quarantième et cinquantième parallèles. Non loin de cette bande blanche qui court en bas des cartes comme pour lester le monde. Enfant Emmanuel se perdait dans la contemplation des cartes que ses parents avaient judicieusement placées. Ker-Gue-Len. Un mot qui râcle la gorge puis se couche sur le palais. Ker-Gue-Len. Un nom breton égaré en Antarctique. Il n’imaginait terres plus perdues, plus lointaines. C’était le monde du bout du monde. Et voilà qu’on lui proposait de s’y rendre. Il allait affronter une mer que les marins qualifient de rugissante, de hurlante même. La mer qu’il ne connait que de la côte, la mer qu’il contemple chaque matin, sans jamais l’avoir prise pourtant. Il allait pouvoir la sentir, la ressentir, la vivre tel que l’ont fait ces peintres qui le nourrissent : Marin-Marie, Joubert, Brenet… Peut-être, enfin, la comprendre… Et savoir la dessiner à son tour.
La première séquence expose clairement la nature du projet : un voyage dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises, à bord d’un vaisseau en mission scientifique et de ravitaillement, raconté par les bédéaste que ces îles ont fait rêver depuis son enfance. C’est-à-dire naviguer et se rendre dans l’archipel Crozet, les îles Kerguelen et les Îles Saint-Paul et Amsterdam, la plus grande réserve naturelle de France. L’horizon d’attente d’un tel récit de voyage comprend de belles descriptions au travers des dessins ou des illustrations, la confrontation de l’image qu’Emmanuel s’est bâtie de cette destination avec l’expérience de la réalité, et bien sûr des rencontres avec les résidents, et peut-être les autres voyageurs. L’artiste a choisi un mode narratif visuel mêlant des cases en noir & blanc avec des nuances de gris dans des cases rectangulaire avec bordure sagement alignées en bande, et des illustrations en couleurs réalisées à la peinture, ces dernières étant pour la majorité réalisées sur le vif, et le plus souvent sans bordure… avec quelques exceptions. L’expérience de la navigation, des séjours à terre et des rencontres est racontée à la première personne avec la sensibilité de l’auteur, ses connaissances préalables, ses nombreuses découvertes, et à plusieurs reprises son goût pour l’histoire des découvertes par les grands explorateurs de cette région.
Le lecteur répond à l’invitation au voyage et il monte à bord du Marion Dufresne, suivant bien volontiers Emmanuel. Un rapide retour en arrière pour évoquer sa fascination pour cette région du globe et son caractère quasi mythique à ses yeux, la vision du navire que l’auteur présente en ces termes : Un navire conçu spécialement pour ravitailler les bases scientifiques subantarctiques, à la fois paquebot, pétrolier, porte-conteneurs et navire océanographe. […] Le Marion, en plus d’être multiple, est tout simplement beau. Le lecteur se demande qui était cette dame prénommée Marion, et il va effectuer une recherche en ligne pour découvrir qu’il s’agit de Marc Joseph Marion du Fresne (1724-1772), dit Marion-Dufresne, un corsaire, capitaine de la Compagnie des Indes, et explorateur français du XVIIIe siècle. Au fil des commentaires et des découvertes de l’auteur, sa curiosité peut l’amener à lui-même explorer d’autres références comme Paul Émile Victor (1907-1995, explorateur polaire, scientifique, ethnologue, écrivain français,), le roman Moonfleet (1898) de John Meade Falkner (1858-1932), la tradition maritime qui amène à utiliser la périphrase Bête à grandes oreilles pour ne pas prononcer le mot […], le passage à la postérité de Alfred Faure (1925-1968, météorologue), les différences entre le skua (Labbe antarctique) et le pétrel, etc. À d’autres moments, l’auteur se montre didactique, par exemple quand il explicite la différence entre manchot et pingouin.
Dans le cours du récit, le bédéaste laisse parler sa curiosité historique à plusieurs reprises. Ainsi le lecteur commence par découvrir le drame appelé les Naufragés de Tromelin, en référence à l’île du même nom, s’étant déroulé en 1761 : une flûte de la Compagnie des Indes, qui transportait des esclaves de Madagascar à l’île de France (aujourd’hui Maurice), s’est échouée sur l’île de sable. Quatre images sépia racontant un drame qui contrastent fortement avec le bleu et le vert de l’illustration suivant, et l’écume blanche de la mer. À la page quatre-vingt-quatorze commence l’histoire de Yves Joseph de Kerguelen de Trémarec (1734-1797), le découvreur des îles… qui ne les vit jamais. La couleur sépia reprend ses droits, pour des images conjuguant les traits de visages effacés par les décennies passées, et les lignes d’écumes et de vagues d’une blancheur éclatante. Dernière séquence en sépia : les oubliés de l’île Saint-Paul, dont l’auteur apprît l’existence par le livre (1982) portant ce nom de Daniel Floc’h, un ami de son père. Trois pages retraçant ce drame avec des images mémorables et respectueuses, débouchant sur une illustration lumineuse qui occupe les deux tiers d’une double page avec de magnifiques couleurs.
Ce voyage est donc l’occasion de fouler la terre, ou le sable, de ces différentes îles, l’artiste donnant à voir de magnifiques spectacles diurne ou nocturne, terrestre ou maritime, le lecteur se mettant à rêver à son tour d’accomplir ce voyage. Il souhaite pouvoir contempler par lui-même ces rudes paysages, et cette faune spécifique à cette région du monde, en particulier les différents oiseaux, et aussi les bernard-l’ermite de Tromelin, et ses frégates, ses fous à pieds rouges et fous masqués, les manchots, les éléphants de mer, les skuas et les pétrels, les albatros, etc. Dans le même temps, il décrit également la vie à bord, les conditions matérielles d’existence, et les missions de ravitaillement, des opérations très concrètes. Dans ces cases en noir & blanc, le lecteur peut voir l’auteur se mettre en scène, en particulier lors de ses accès aggravés de mal de mer. Il découvre avec lui les autres passagers, dont les scientifiques qui suscitent en lui une forte admiration, à la fois pour la banalité de leur apparence de vulgum pecus, à la fois par les connaissances, leurs compétences, et leur qualité de vulgarisateurs.
La lecture révèle de nombreuses richesses dans la narration. Le voyage, l’exotisme, les compétences des scientifiques, et aussi des ressentis émotionnels. L’auteur embrasse pleinement la mission à réaliser par le navire et par son équipage : chaque jour qui passe à terre avant de pouvoir partir est un jour perdu. Il observe comment se comportent les différents groupes d’êtres humains, réunis pour une période déterminée, que ce soient ceux du voyage, ou ceux effectuant une mission pour plusieurs mois, comment se manifeste cet esprit de groupe, comment le langage et en particulier les termes spécifiques (les pafiens, les Pilods, etc.) participent à la cohésion de groupe, etc. Il évoque comment le sentiment d’isolement s’empare de lui alors qu’il n’y a plus de liaison par téléphone portable, que la journée s’organise autour des appels de la cloche pour le repas, qu’ils voient des hommes et des femmes entièrement dévoués à leur mission ou à leur tâche, etc. Le lecteur fait bien partie de ce voyage, éprouvant les sensations d’Emmanuel, faisant l’expérience de cette vie détachée des contingences matérielles habituelles (pas d’argent, pas de courses à faire, pas de responsabilités familiales à assumer).
Embarquer pour les terres australes et antarctiques françaises, y découvrir leur géographie et la faune, jusqu’à enfin contempler une aurore australe. Le bédéaste raconte son voyage avec un beau coup de crayon et de pinceau, une sensibilité pour ces terres dont il a rêvé depuis qu’il était tout petit, une attention particulière aux autres sur le navire et à terre, un regard humaniste sur les drames historiques dont ces îles ont été le témoin. Un voyage de découverte, une coupure du quotidien urbain et métropolitain. Une invitation au voyage.
Adaptation directe du roman d’Alain Damasio, la série ne cherche pas à réinventer le fond. Le scénario suit fidèlement l’œuvre d’origine, dont l’intrigue, la densité et la force conceptuelle constituent déjà le cœur du projet. L’intérêt principal de la bande dessinée réside ailleurs : dans la matérialisation d’un univers dont la puissance descriptive pouvait, à la lecture du roman, rester difficile à pleinement visualiser.
Sur ce point, le dessin est particulièrement abouti. La représentation du vent, de l’effort, des corps en tension et des paysages hostiles est maîtrisée et lisible. L’univers prend corps avec cohérence, sans affaiblir la rudesse ni la poésie du texte d’origine. Les personnages sont bien caractérisés graphiquement et la dynamique de groupe fonctionne, laissant apparaître progressivement la complexité des relations et la fatigue psychologique du voyage.
La BD respecte ainsi autant l’esprit que les émotions du roman, en proposant une interprétation graphique solide et immersive. En revanche, sa valeur repose largement sur le matériau initial : l’adaptation sublime, mais ne dépasse pas l’œuvre source. Une lecture très réussie pour qui connaît et apprécie le livre, mais dont l’excellence tient davantage à la transposition qu’à l’originalité intrinsèque du récit.
La Licorne est une série ambitieuse et clairement très travaillée, à la croisée de la BD d’action, de l’intrigue historique et de la fantasy. Le récit avance à un rythme soutenu, avec beaucoup d’événements et une vraie volonté de maintenir la tension tout au long des pages. Les personnages sont globalement solides, et l’utilisation d’Ambroise Paré comme pivot narratif fonctionne bien pour ancrer l’histoire dans son contexte.
L’univers proposé est dense et parfois difficile à saisir, notamment dans ses aspects ésotériques et symboliques, mais il reste cohérent dans ses règles et ses intentions. Le traitement de la médecine renaissante, du rapport au corps et à la compréhension du vivant apporte un vrai intérêt de fond, bien intégré à une intrigue très orientée action. Certains passages restent obscurs ou laissent une impression d’incompréhension, sans toutefois casser complètement la lecture.
Graphiquement, la série est une vraie réussite. Le dessin est très dynamique, expressif, et porté par une forte recherche visuelle. L’univers de la Renaissance est idéalisé, peuplé de machines, de créatures et de figures intrigantes, toutes dotées d’une identité graphique marquée et soignée. Une série solide, stimulante et plaisante à lire, même si elle ne laisse pas un souvenir durable.
Adaptation de Aliss, la série propose une relecture extrêmement sombre et allégorique d’Alice au pays des merveilles, transposée dans un Montréal marginal et violent. Le fond est objectivement riche : satire du monde moderne, exploration de la perte de repères, critique des rapports de domination. L’univers est cohérent, maîtrisé, mais reste très hermétique sans clés de lecture solides.
La narration repose fortement sur la métaphore et l’allégorie, ce qui rend l’ensemble difficilement pénétrable pour un lecteur peu familier de l'univers d'Alice au Pays des Merveilles et Patrick Senéchal, comme moi. La lecture demande un réel investissement intellectuel ; on est clairement plus proche de la « littérature dessinée » que d’une BD de plaisir immédiat. Cette densité donne le sentiment d’une œuvre probablement brillante… sans toujours réussir à en comprendre la qualité.
Graphiquement, le travail est très affirmé : dessin expressif, personnages marqués, usage pertinent du noir et blanc confronté à la couleur. L’identité visuelle est forte et cohérente avec le propos. En revanche, comme le scénario, l’approche reste peu accessible, ce qui limite l’adhésion émotionnelle malgré les qualités évidentes.
Je ne peux m'empêcher d'être un chouïa déçu après ma lecture.
C'est le graphisme qui m'a immédiatement attiré sur cet album, un style de dessin qui est dans mes cordes. L'ambiance glauque est superbement retranscrite dans un style réaliste à la colorisation très sombre qui se marie parfaitement avec l'intrigue. Mais... ce n'est pas toujours des plus lisible, il m'a fallu un temps d'adaptation pour l'apprivoiser. J'ai dû, par exemple, relire les dix premières pages pour ne pas être complètement largué avec les personnages. Une mise en page très polar.
Alessandro Manzella est un artiste à suivre.
Le récit est aussi sombre que la partie graphique avec cet inspecteur désabusé qui enquête sur le meurtre de deux gamins.
Un récit dans l'ensemble bien construit, en particulier les fausses pistes, mais... je n'ai jamais été captivé par l'enquête et j'ai dû mal à me l'expliquer. La faute à une narration manquant de liant ? À des personnages qui m'ont laissé de marbre ? À la voix off déshumanisée ?
J'avoue que la conclusion m'a surpris, mais... (il y en a beaucoup finalement) elle est des plus logique avec un peu de recul.
Pour les amateurs de polars non réfractaires à un visuel très noir.
Enfin lu cette série qui avait fait un petit buzz depuis sa republication en français par Délirium.
Dès le début j'ai compris pourquoi cette série a eu autant d'avis positifs. Bryan Talbot a créé une uchronie assez riche, notamment au niveau des références. Son dessin est bon quoique je ne sois pas fan des couleurs faites par ordinateur. Lorsque j'ai vu l'extrait en noir et blanc dans un des bonus de fin d'album, je pense que j'aurais préféré aucune couleur.
Quant au scénario, j'ai trouvé qu'il y avait des qualités et des défauts. Le principal défaut est que trop souvent l'auteur reprends trop de clichés et de personnages archétypiques qui ne me plaisent pas trop. Que le héros soit tellement intelligent qu'il finit par toujours comprendre ce qui se passe, c'est une chose. C'en est une autre lorsqu'il est tellement fort physiquement qu'il peut tout faire et battre plusieurs méchants en même temps en étant à peine blessé. Les personnages féminins les plus importants sont relégué à des rôles stéréotypés du genre la love interest. Le seul personnage qui échappe vraiment à la règle est la professeure ourse du tome 4.
Parlons des tomes, je trouve la qualité un peu inégale. Les deux premiers tomes sont corrects, sans plus et souvent trop prévisible. Par exemple, l'identité du méchant du tome 2 est trop facile à devenir et ça me faisait rigoler de voir l'inspecteur super-intelligent prendre des pages pour comprendre ce que j'avais déjà compris au milieu de l'album. Les deux suivant sont meilleurs, peut-être en partie parce que malgré tout au fil des pages je me suis un peu attaché à cette univers et à ses personnages. Et c'est dans ces deux albums que Talbot a ses meilleures idées. Puis vient le dernier tome, le plus long, le plus ambitieux...et le moins bon album de la série. On retombe dans un récit tellement classique que j'ai vite deviné le déroulement d'une bonne partie du scénario et j'ai fini par m'ennuyer tellement ça s'éternise pour rien. J'ai donc fini cette série sur une mauvaise impression.
Au final, je mets 3/5 pour les tomes 1 et 2, 4/5 pour les tomes 3 et 4 et un beau 2/5 pour le dernier tome.
Grand admirateur de l'œuvre de Howard, je ne peux que me réjouir face à une nouvelle histoire originale des aventures de Conan.
Car à l'inverse de quantité de comics Marvel et Dark Horse qui ne font qu'effleurer le personnage pour n'en retenir que les éléments les plus basiques (gros barbare musclé taper partout), cette BD transpire le respect et la compréhension du personnage.
Rien que la page d'introduction, qui introduit la carte politique du monde tout en rappelant les aventures les plus emblématiques du cimmérien, est un modèle du genre. Les auteurs connaissent chaque nouvelle de Robert Howard (ce qu'ils reconnaissent volontiers dans leur adresse aux lecteurs en fin de volume), et ont parfaitement compris l'âme du personnage.
On est face à une vraie déclaration d'amour à Conan, et cette BD se veut une version personnelle, violente, mais tellement crédible de la fin de ses aventures, ainsi que du monde barbare qu'il incarnait.
Sans trop en dire, on suit deux destins parallèles: Conan, roi âgé qui se sent étouffé par la civilisation et qui voudrait abdiquer à sa manière, et son fils, également appelé Conan, qui vit écrasé dans l'ombre d'un père plus grand que tout, et qui lui ne connait que cette civilisation qui lui sert de bouclier face à tout ce qu'incarne son père.
Si l'hémoglobine ne vous fait pas peur, je vous recommande fortement cette BD, par Crom!
Comme le dit Alix, ce premier tome est introductif et appelle une suite qui s'étendra probablement sur plusieurs albums. Jeff Lemire nous propose une plongée dans la vie de Theresa, une jeune femme, qui revient dans son village natal pour s'occuper de sa mère malade. Ce retour au source sera le point de départ d'une introspection personnelle sur son enfance, son adolescence, son grand-père...
il y a visiblement plusieurs sujets douloureux du passé qui ne sont pas cicatrisés et qui demandent à être analyser. Ce récit a des accents fantastique assez agréable. La lecture des tarots permet à Theresa de voyager au delà de la mort et d'entrer en contact avec des défunts. Notre héroïne s'interrogent face à ses visions, que d'abord elle craint, puis qu'elle semble appréhender de mieux en mieux.
Ce mécanisme est plutôt utilisé à bon escient. Au fil des chapitres et des rencontres, il y a de plus en plus de zones de questionnements (son ami d'enfance, son grand père...). Tous les sujets semblent sensibles et douloureux : on touche à l'enfance, à des blessures intimes. C'est assez intrigant, on se demande bien se qui se cache derrière ses souvenirs douloureux. Le récit est bien rythmé, il y a pas mal de questions et de zones de mystère, mais pas de réponse à la fin de ce tome 1.
Plutôt prenant, mais ça reste très introductif pour le moment.
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Malcolm Max
Une série qui mérite vraiment le détour. Se déroulant dans le Londres du dernier quart du XIXème siècle, elle multiplie les références : Frankenstein, Jack l’Éventreur, Sherlock Holmes (qui est même souvent évoqué, étant voisin des deux gamines qui aide Malcolm, etc., Malcolm Max étant une sorte de mixe entre Sherlock Holmes (pour le flegme et les déductions fines) et James Bond (pour son sex appeal), tandis que son acolyte Charisma – improbable demi vampire – allie charme (elle est vraiment sexy) et force (de caractère comme de frappe !). Les trois albums sont assez denses, les textes sont très présents (c’est même parfois un peu trop envahissant, mais bon, globalement ça passe), et ils ne se lisent pas si rapidement que ça. Mais c’est quand même une lecture plaisante, divertissante. Les dialogues justement, sont souvent caustiques, pimentés d’humour, entre Max et Charisma, mais aussi avec le commissaire – qui est bien évidemment à côté de la plaque. Il y a des facilités, des couleuvres à avaler (par exemple l’évasion de Max de la Tour de Londres – et même le fait qu’il aille ensuite chez lui, sans y être immédiatement recherché…). Mais ici je l’accepte aisément, car c’est au service d’une intrigue à la fois dynamique et farfelue, pleine d’allant. Le dernier tome mise sur de l’action survitaminée, avec apparition d’une reine Victoria ridicule avec sa mini couronne, de Nellie Bly… Dernier détail, et pas des moindres, le dessin, que j’ai trouvé très agréable. Un trait fin, un peu anguleux pour certains visages, mais un rendu plaisant. Une série divertissante qui me fait regretter que Mennigen n’ait pour le moment pas récidivé (que ce soit sur un autre cycle ou sur une autre série).
Rust River City
Il y a des choses originales et/ou intéressantes dans cette histoire. Mais ce premier album m’a quand même laissé de côté, au point que je ne suis pas sûr d’aller lire la suite et fin dans le prochain tome. Le dessin est original – la colorisation aussi d’ailleurs. Foin de réalisme. Mais j’ai vraiment eu du mal avec. L’histoire se développe dans une ambiance un peu glauque, en tout cas crépusculaire. Un brave type – qui élève seul ses deux mômes – se retrouve au chômage, multiplie les petits boulots, accusant les Niaks, les Juifs, d’être responsables de sa mouise, tout en ressassant ses souvenirs du Vietnam. Jusqu’à se voir proposer de devenir acteur porno… Il y a dans ce récit une vision noire – et finalement pas si éloignée que ça de la réalité – d’une certaine société déclassée et reléguée de l’Amérique profonde. Et, si certaines couleurs flashy s’invitent, c’est plutôt le sombre qui domine. Mais voilà, j’ai eu du mal à m’intéresser à cette histoire, et les dialogues, souvent – trop – abondants, rendent certains passages un peu indigestes. Je pense en fait que ça n’est pas ma came. Note réelle 2,5/5.
Voyage aux îles de la Désolation
Qu’apprennent-ils de l’île, qu’apprennent-ils des autres, qu’apprennent-ils d’eux-mêmes ? - Ce tome contient une histoire complète, un reportage réalisé par l’auteur, à l’occasion d’un voyage dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF). Son édition originale date de 2011. Il a été réalisé par Emmanuel Lepage pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comprend cent-cinquante-quatre pages de bande dessinée. Après ce voyage effectué en 2010, il en réalisera un autres aux îles Kerguelen en 2022/23, qui donnera lieu à un second ouvrage : Danser avec le vent (2025). Jour 1. Onze heures. Le Boeing 777 d’Air France en provenance de Paris-Orly se pose à l’aéroport de Roland -Garros de Saint-Denis de la Réunion. Cette fois, c’est sûr, Emmanuel va embarquer. Choisir d’arriver trois heures seulement avant l’appareillage du navire n’était pas très malin. Ça faisait deux jours qu’il ne dormait plus à l’idée de louper l’embarquement. D’autres avaient fait ce choix : les chercheurs de l’IPEV. Il se renseigne auprès d’une voyageuse. L’IPEV : l’Institut Paul Émile Victor, c’est-à-dire l’institut polaire français. C’est eux qui coordonnent les recherches scientifiques sur les îles, lui explique la jeune femme en lui retournant la question pour qu’il se présente. Il explique qu’il est auteur de bandes dessinées, il aimerait raconter cette rotation australe. Trois jours plus tôt en février 2010, un jour de départ en vacances, il reçoit un appel de son frère François qui lui demande si ça lui dirait toujours de partir aux Kerguelen, une place à bord du bateau vient de se libérer, ils voyageraient ensemble. Il faut qu’il se décide dans la demi-heure et qu’il appelle les TAAF tout de suite, sinon ils vont donner la place à quelqu’un d’autre. L’idée d’un voyage dans les TAAF, les Terres Australes et Antarctiques Françaises, était venue de Caroline, journaliste à l’hebdomadaire Le Marin. Elle avait proposé à François, photographe, de monter un dossier auprès de l’administration des TAAF afin d’embarquer à bord du navire ravitailleur des terres australes. Les terres australes, Crozet, Amsterdam, Saint-Paul… Kerguelen, enfin jadis surnommées les îles de la Désolation. Des confettis d’empire, égarés dans l’immensité bleue, à cheval entre les quarantième et cinquantième parallèles. Non loin de cette bande blanche qui court en bas des cartes comme pour lester le monde. Enfant Emmanuel se perdait dans la contemplation des cartes que ses parents avaient judicieusement placées. Ker-Gue-Len. Un mot qui râcle la gorge puis se couche sur le palais. Ker-Gue-Len. Un nom breton égaré en Antarctique. Il n’imaginait terres plus perdues, plus lointaines. C’était le monde du bout du monde. Et voilà qu’on lui proposait de s’y rendre. Il allait affronter une mer que les marins qualifient de rugissante, de hurlante même. La mer qu’il ne connait que de la côte, la mer qu’il contemple chaque matin, sans jamais l’avoir prise pourtant. Il allait pouvoir la sentir, la ressentir, la vivre tel que l’ont fait ces peintres qui le nourrissent : Marin-Marie, Joubert, Brenet… Peut-être, enfin, la comprendre… Et savoir la dessiner à son tour. La première séquence expose clairement la nature du projet : un voyage dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises, à bord d’un vaisseau en mission scientifique et de ravitaillement, raconté par les bédéaste que ces îles ont fait rêver depuis son enfance. C’est-à-dire naviguer et se rendre dans l’archipel Crozet, les îles Kerguelen et les Îles Saint-Paul et Amsterdam, la plus grande réserve naturelle de France. L’horizon d’attente d’un tel récit de voyage comprend de belles descriptions au travers des dessins ou des illustrations, la confrontation de l’image qu’Emmanuel s’est bâtie de cette destination avec l’expérience de la réalité, et bien sûr des rencontres avec les résidents, et peut-être les autres voyageurs. L’artiste a choisi un mode narratif visuel mêlant des cases en noir & blanc avec des nuances de gris dans des cases rectangulaire avec bordure sagement alignées en bande, et des illustrations en couleurs réalisées à la peinture, ces dernières étant pour la majorité réalisées sur le vif, et le plus souvent sans bordure… avec quelques exceptions. L’expérience de la navigation, des séjours à terre et des rencontres est racontée à la première personne avec la sensibilité de l’auteur, ses connaissances préalables, ses nombreuses découvertes, et à plusieurs reprises son goût pour l’histoire des découvertes par les grands explorateurs de cette région. Le lecteur répond à l’invitation au voyage et il monte à bord du Marion Dufresne, suivant bien volontiers Emmanuel. Un rapide retour en arrière pour évoquer sa fascination pour cette région du globe et son caractère quasi mythique à ses yeux, la vision du navire que l’auteur présente en ces termes : Un navire conçu spécialement pour ravitailler les bases scientifiques subantarctiques, à la fois paquebot, pétrolier, porte-conteneurs et navire océanographe. […] Le Marion, en plus d’être multiple, est tout simplement beau. Le lecteur se demande qui était cette dame prénommée Marion, et il va effectuer une recherche en ligne pour découvrir qu’il s’agit de Marc Joseph Marion du Fresne (1724-1772), dit Marion-Dufresne, un corsaire, capitaine de la Compagnie des Indes, et explorateur français du XVIIIe siècle. Au fil des commentaires et des découvertes de l’auteur, sa curiosité peut l’amener à lui-même explorer d’autres références comme Paul Émile Victor (1907-1995, explorateur polaire, scientifique, ethnologue, écrivain français,), le roman Moonfleet (1898) de John Meade Falkner (1858-1932), la tradition maritime qui amène à utiliser la périphrase Bête à grandes oreilles pour ne pas prononcer le mot […], le passage à la postérité de Alfred Faure (1925-1968, météorologue), les différences entre le skua (Labbe antarctique) et le pétrel, etc. À d’autres moments, l’auteur se montre didactique, par exemple quand il explicite la différence entre manchot et pingouin. Dans le cours du récit, le bédéaste laisse parler sa curiosité historique à plusieurs reprises. Ainsi le lecteur commence par découvrir le drame appelé les Naufragés de Tromelin, en référence à l’île du même nom, s’étant déroulé en 1761 : une flûte de la Compagnie des Indes, qui transportait des esclaves de Madagascar à l’île de France (aujourd’hui Maurice), s’est échouée sur l’île de sable. Quatre images sépia racontant un drame qui contrastent fortement avec le bleu et le vert de l’illustration suivant, et l’écume blanche de la mer. À la page quatre-vingt-quatorze commence l’histoire de Yves Joseph de Kerguelen de Trémarec (1734-1797), le découvreur des îles… qui ne les vit jamais. La couleur sépia reprend ses droits, pour des images conjuguant les traits de visages effacés par les décennies passées, et les lignes d’écumes et de vagues d’une blancheur éclatante. Dernière séquence en sépia : les oubliés de l’île Saint-Paul, dont l’auteur apprît l’existence par le livre (1982) portant ce nom de Daniel Floc’h, un ami de son père. Trois pages retraçant ce drame avec des images mémorables et respectueuses, débouchant sur une illustration lumineuse qui occupe les deux tiers d’une double page avec de magnifiques couleurs. Ce voyage est donc l’occasion de fouler la terre, ou le sable, de ces différentes îles, l’artiste donnant à voir de magnifiques spectacles diurne ou nocturne, terrestre ou maritime, le lecteur se mettant à rêver à son tour d’accomplir ce voyage. Il souhaite pouvoir contempler par lui-même ces rudes paysages, et cette faune spécifique à cette région du monde, en particulier les différents oiseaux, et aussi les bernard-l’ermite de Tromelin, et ses frégates, ses fous à pieds rouges et fous masqués, les manchots, les éléphants de mer, les skuas et les pétrels, les albatros, etc. Dans le même temps, il décrit également la vie à bord, les conditions matérielles d’existence, et les missions de ravitaillement, des opérations très concrètes. Dans ces cases en noir & blanc, le lecteur peut voir l’auteur se mettre en scène, en particulier lors de ses accès aggravés de mal de mer. Il découvre avec lui les autres passagers, dont les scientifiques qui suscitent en lui une forte admiration, à la fois pour la banalité de leur apparence de vulgum pecus, à la fois par les connaissances, leurs compétences, et leur qualité de vulgarisateurs. La lecture révèle de nombreuses richesses dans la narration. Le voyage, l’exotisme, les compétences des scientifiques, et aussi des ressentis émotionnels. L’auteur embrasse pleinement la mission à réaliser par le navire et par son équipage : chaque jour qui passe à terre avant de pouvoir partir est un jour perdu. Il observe comment se comportent les différents groupes d’êtres humains, réunis pour une période déterminée, que ce soient ceux du voyage, ou ceux effectuant une mission pour plusieurs mois, comment se manifeste cet esprit de groupe, comment le langage et en particulier les termes spécifiques (les pafiens, les Pilods, etc.) participent à la cohésion de groupe, etc. Il évoque comment le sentiment d’isolement s’empare de lui alors qu’il n’y a plus de liaison par téléphone portable, que la journée s’organise autour des appels de la cloche pour le repas, qu’ils voient des hommes et des femmes entièrement dévoués à leur mission ou à leur tâche, etc. Le lecteur fait bien partie de ce voyage, éprouvant les sensations d’Emmanuel, faisant l’expérience de cette vie détachée des contingences matérielles habituelles (pas d’argent, pas de courses à faire, pas de responsabilités familiales à assumer). Embarquer pour les terres australes et antarctiques françaises, y découvrir leur géographie et la faune, jusqu’à enfin contempler une aurore australe. Le bédéaste raconte son voyage avec un beau coup de crayon et de pinceau, une sensibilité pour ces terres dont il a rêvé depuis qu’il était tout petit, une attention particulière aux autres sur le navire et à terre, un regard humaniste sur les drames historiques dont ces îles ont été le témoin. Un voyage de découverte, une coupure du quotidien urbain et métropolitain. Une invitation au voyage.
La Horde du contrevent
Adaptation directe du roman d’Alain Damasio, la série ne cherche pas à réinventer le fond. Le scénario suit fidèlement l’œuvre d’origine, dont l’intrigue, la densité et la force conceptuelle constituent déjà le cœur du projet. L’intérêt principal de la bande dessinée réside ailleurs : dans la matérialisation d’un univers dont la puissance descriptive pouvait, à la lecture du roman, rester difficile à pleinement visualiser. Sur ce point, le dessin est particulièrement abouti. La représentation du vent, de l’effort, des corps en tension et des paysages hostiles est maîtrisée et lisible. L’univers prend corps avec cohérence, sans affaiblir la rudesse ni la poésie du texte d’origine. Les personnages sont bien caractérisés graphiquement et la dynamique de groupe fonctionne, laissant apparaître progressivement la complexité des relations et la fatigue psychologique du voyage. La BD respecte ainsi autant l’esprit que les émotions du roman, en proposant une interprétation graphique solide et immersive. En revanche, sa valeur repose largement sur le matériau initial : l’adaptation sublime, mais ne dépasse pas l’œuvre source. Une lecture très réussie pour qui connaît et apprécie le livre, mais dont l’excellence tient davantage à la transposition qu’à l’originalité intrinsèque du récit.
La Licorne
La Licorne est une série ambitieuse et clairement très travaillée, à la croisée de la BD d’action, de l’intrigue historique et de la fantasy. Le récit avance à un rythme soutenu, avec beaucoup d’événements et une vraie volonté de maintenir la tension tout au long des pages. Les personnages sont globalement solides, et l’utilisation d’Ambroise Paré comme pivot narratif fonctionne bien pour ancrer l’histoire dans son contexte. L’univers proposé est dense et parfois difficile à saisir, notamment dans ses aspects ésotériques et symboliques, mais il reste cohérent dans ses règles et ses intentions. Le traitement de la médecine renaissante, du rapport au corps et à la compréhension du vivant apporte un vrai intérêt de fond, bien intégré à une intrigue très orientée action. Certains passages restent obscurs ou laissent une impression d’incompréhension, sans toutefois casser complètement la lecture. Graphiquement, la série est une vraie réussite. Le dessin est très dynamique, expressif, et porté par une forte recherche visuelle. L’univers de la Renaissance est idéalisé, peuplé de machines, de créatures et de figures intrigantes, toutes dotées d’une identité graphique marquée et soignée. Une série solide, stimulante et plaisante à lire, même si elle ne laisse pas un souvenir durable.
Aliss
Adaptation de Aliss, la série propose une relecture extrêmement sombre et allégorique d’Alice au pays des merveilles, transposée dans un Montréal marginal et violent. Le fond est objectivement riche : satire du monde moderne, exploration de la perte de repères, critique des rapports de domination. L’univers est cohérent, maîtrisé, mais reste très hermétique sans clés de lecture solides. La narration repose fortement sur la métaphore et l’allégorie, ce qui rend l’ensemble difficilement pénétrable pour un lecteur peu familier de l'univers d'Alice au Pays des Merveilles et Patrick Senéchal, comme moi. La lecture demande un réel investissement intellectuel ; on est clairement plus proche de la « littérature dessinée » que d’une BD de plaisir immédiat. Cette densité donne le sentiment d’une œuvre probablement brillante… sans toujours réussir à en comprendre la qualité. Graphiquement, le travail est très affirmé : dessin expressif, personnages marqués, usage pertinent du noir et blanc confronté à la couleur. L’identité visuelle est forte et cohérente avec le propos. En revanche, comme le scénario, l’approche reste peu accessible, ce qui limite l’adhésion émotionnelle malgré les qualités évidentes.
Nuits romaines
Je ne peux m'empêcher d'être un chouïa déçu après ma lecture. C'est le graphisme qui m'a immédiatement attiré sur cet album, un style de dessin qui est dans mes cordes. L'ambiance glauque est superbement retranscrite dans un style réaliste à la colorisation très sombre qui se marie parfaitement avec l'intrigue. Mais... ce n'est pas toujours des plus lisible, il m'a fallu un temps d'adaptation pour l'apprivoiser. J'ai dû, par exemple, relire les dix premières pages pour ne pas être complètement largué avec les personnages. Une mise en page très polar. Alessandro Manzella est un artiste à suivre. Le récit est aussi sombre que la partie graphique avec cet inspecteur désabusé qui enquête sur le meurtre de deux gamins. Un récit dans l'ensemble bien construit, en particulier les fausses pistes, mais... je n'ai jamais été captivé par l'enquête et j'ai dû mal à me l'expliquer. La faute à une narration manquant de liant ? À des personnages qui m'ont laissé de marbre ? À la voix off déshumanisée ? J'avoue que la conclusion m'a surpris, mais... (il y en a beaucoup finalement) elle est des plus logique avec un peu de recul. Pour les amateurs de polars non réfractaires à un visuel très noir.
Grandville
Enfin lu cette série qui avait fait un petit buzz depuis sa republication en français par Délirium. Dès le début j'ai compris pourquoi cette série a eu autant d'avis positifs. Bryan Talbot a créé une uchronie assez riche, notamment au niveau des références. Son dessin est bon quoique je ne sois pas fan des couleurs faites par ordinateur. Lorsque j'ai vu l'extrait en noir et blanc dans un des bonus de fin d'album, je pense que j'aurais préféré aucune couleur. Quant au scénario, j'ai trouvé qu'il y avait des qualités et des défauts. Le principal défaut est que trop souvent l'auteur reprends trop de clichés et de personnages archétypiques qui ne me plaisent pas trop. Que le héros soit tellement intelligent qu'il finit par toujours comprendre ce qui se passe, c'est une chose. C'en est une autre lorsqu'il est tellement fort physiquement qu'il peut tout faire et battre plusieurs méchants en même temps en étant à peine blessé. Les personnages féminins les plus importants sont relégué à des rôles stéréotypés du genre la love interest. Le seul personnage qui échappe vraiment à la règle est la professeure ourse du tome 4. Parlons des tomes, je trouve la qualité un peu inégale. Les deux premiers tomes sont corrects, sans plus et souvent trop prévisible. Par exemple, l'identité du méchant du tome 2 est trop facile à devenir et ça me faisait rigoler de voir l'inspecteur super-intelligent prendre des pages pour comprendre ce que j'avais déjà compris au milieu de l'album. Les deux suivant sont meilleurs, peut-être en partie parce que malgré tout au fil des pages je me suis un peu attaché à cette univers et à ses personnages. Et c'est dans ces deux albums que Talbot a ses meilleures idées. Puis vient le dernier tome, le plus long, le plus ambitieux...et le moins bon album de la série. On retombe dans un récit tellement classique que j'ai vite deviné le déroulement d'une bonne partie du scénario et j'ai fini par m'ennuyer tellement ça s'éternise pour rien. J'ai donc fini cette série sur une mauvaise impression. Au final, je mets 3/5 pour les tomes 1 et 2, 4/5 pour les tomes 3 et 4 et un beau 2/5 pour le dernier tome.
Sang Barbare
Grand admirateur de l'œuvre de Howard, je ne peux que me réjouir face à une nouvelle histoire originale des aventures de Conan. Car à l'inverse de quantité de comics Marvel et Dark Horse qui ne font qu'effleurer le personnage pour n'en retenir que les éléments les plus basiques (gros barbare musclé taper partout), cette BD transpire le respect et la compréhension du personnage. Rien que la page d'introduction, qui introduit la carte politique du monde tout en rappelant les aventures les plus emblématiques du cimmérien, est un modèle du genre. Les auteurs connaissent chaque nouvelle de Robert Howard (ce qu'ils reconnaissent volontiers dans leur adresse aux lecteurs en fin de volume), et ont parfaitement compris l'âme du personnage. On est face à une vraie déclaration d'amour à Conan, et cette BD se veut une version personnelle, violente, mais tellement crédible de la fin de ses aventures, ainsi que du monde barbare qu'il incarnait. Sans trop en dire, on suit deux destins parallèles: Conan, roi âgé qui se sent étouffé par la civilisation et qui voudrait abdiquer à sa manière, et son fils, également appelé Conan, qui vit écrasé dans l'ombre d'un père plus grand que tout, et qui lui ne connait que cette civilisation qui lui sert de bouclier face à tout ce qu'incarne son père. Si l'hémoglobine ne vous fait pas peur, je vous recommande fortement cette BD, par Crom!
Minor arcana
Comme le dit Alix, ce premier tome est introductif et appelle une suite qui s'étendra probablement sur plusieurs albums. Jeff Lemire nous propose une plongée dans la vie de Theresa, une jeune femme, qui revient dans son village natal pour s'occuper de sa mère malade. Ce retour au source sera le point de départ d'une introspection personnelle sur son enfance, son adolescence, son grand-père... il y a visiblement plusieurs sujets douloureux du passé qui ne sont pas cicatrisés et qui demandent à être analyser. Ce récit a des accents fantastique assez agréable. La lecture des tarots permet à Theresa de voyager au delà de la mort et d'entrer en contact avec des défunts. Notre héroïne s'interrogent face à ses visions, que d'abord elle craint, puis qu'elle semble appréhender de mieux en mieux. Ce mécanisme est plutôt utilisé à bon escient. Au fil des chapitres et des rencontres, il y a de plus en plus de zones de questionnements (son ami d'enfance, son grand père...). Tous les sujets semblent sensibles et douloureux : on touche à l'enfance, à des blessures intimes. C'est assez intrigant, on se demande bien se qui se cache derrière ses souvenirs douloureux. Le récit est bien rythmé, il y a pas mal de questions et de zones de mystère, mais pas de réponse à la fin de ce tome 1. Plutôt prenant, mais ça reste très introductif pour le moment.