Cette série possède deux qualités qui d’entrée m’ont attiré : un contexte historique riche (la période instable de reconstruction du royaume de France, des alliances des grandes lignées quelques décennies après la guerre de Cent ans) et un dessin fluide, agréable, reconstituant bien décor et costumes d’époque.
C’est vraiment engageant, et je suis entré dans ce diptyque avec plaisir, en espérant y trouver quelque chose d’équivalent – en moins développé – que la très belle série « Le trône d’argile » sur la période tout juste précédente.
Au final, je ressors en partie satisfait de ma lecture. C’est rythmé, l’arrière-plan historique est bien utilisé, avec les querelles de cour qui pimentent complots et alliances diverses.
Mais, si la grande Histoire est bien utilisée, la petite m’a parfois laissé sur ma faim, avec cette histoire un peu convenue de vengeance entre les deux demi-frères, et cet amour improbable entre Quasimodo et Anne de Bretagne.
Moins fort qu’attendu, ce récit n’en reste pas moins agréable à lire.
Je mets trois étoiles, parce que cet album possède de réelles qualités, et que j’aime bien cet univers médiéval un peu paumé, avec une forteresse perchée sur son rocher qui fait penser aux châteaux cathares. Mais je suis quand même sorti un chouia sur ma faim de cette lecture.
Le dessin des forteresses est très bon, détaillé, comme toutes les – rares – constructions. Mais le reste des décors est un peu évacué, pour le coup peu développé. Quant aux personnages, c’est là aussi un trait fin et précis, Houot soigne clairement son travail. Mais le rendu est un peu trop léché et statique à mon goût. Mais bon, c’est quand même fluide et agréable à l’œil.
L’intrigue ne m’a pas vraiment captivé. Mauvais jeu de mot d’ailleurs, puisque nous suivons un prince ottoman – invité ou otage – dans cet endroit reculé du royaume de France. Il tombe amoureux une jeune héritière (amour partagé), mais cela s’oppose à trop d’intérêts et cette idylle va faire long feu. Pourquoi pas ? mais le rythme est trop lent, il ne se passe pas grand-chose, et j’ai fini par me désintéresser de cette partie du récit – d’ailleurs tout se finit en eau de boudin pour eux.
J’ai un temps cru que ce récit aller basculer vers du médiéval fantastique, avec ces géants évoqués au début, puis repris sur la fin dans la présentation du troubadour (et cette légende du dragon ayant donné naissance aux crêtes sur lesquelles est installée la forteresse). Hélas il n’en est rien. C’est dommage, car cela aurait sans doute pu densifier et améliorer l’intrigue, que j’ai trouvé un peu trop légère et manquant de rebondissements.
Pas désagréable à lire, mais loin d’être inoubliable.
Note réelle 2,5/5.
Dieu sait que j’aime Spirou et Fantasio. J’ai grandi avec eux, je les retrouve toujours avec un plaisir un peu pavlovien, et je me réjouis même de cette idée de “retour aux sources” : aventure classique, énergie bon enfant, et en bonus la présence du Marsupilami qui, à elle seule, suffit souvent à me mettre de bonne humeur. Mais San inferno, franchement… que c’est creux.
Ce n’est pas un album désagréable, attention. Ça se lit bien, ça ne grince pas, ça ne trahit pas ouvertement l’esprit maison. Sauf qu’on a l’impression d’un décor en carton. Le dessin est très minimaliste : les personnages sont fidèles, dans la veine de ce qu’on aime, avec des expressions qui fonctionnent. Mais derrière eux ? Pas grand-chose. Des décors au strict minimum, des arrière-plans qui semblent avoir déserté l’album.
L’histoire, elle aussi, file à toute vitesse. C’est plaisant, oui, mais d’une légèreté telle qu’on referme le livre en vingt minutes, avec une sensation de “minimum syndical”. Ça déroule sans aspérité, sans montée, sans vrai relief, et c’est peut-être ça le problème : il ne se passe rien, au fond, qui laisse une trace.
Je suis le premier à défendre la poursuite de ces franchises de la vieille garde. Mais avec des auteurs talentueux, pourquoi viser si petit, si timide ? J’adoube André Franquin et Tome & Janry, évidemment, mais ils n’ont pas le monopole de la profondeur. On peut faire du classique et du dense. Ici, on a surtout du classique… en mode minimal.
La Fille dans l’écran est une BD profondément feel-good et romantique, qui aborde les sentiments avec beaucoup de douceur et de justesse. La manière dont l’anxiété sociale est intégrée au récit donne une vraie épaisseur aux personnages et évite toute approche simpliste ou caricaturale. Cette fragilité assumée nourrit la relation et rend le lien entre les deux protagonistes crédible et touchant.
La narration par messages fonctionne très bien et rappelle le roman graphique “adolescent” dans le bon sens du terme, mais avec une réelle maîtrise et une maturité d’écriture. Le dispositif des deux points de vue, traités séparément puis de plus en plus entremêlés, est intelligemment exploité. Il permet de ressentir progressivement le rapprochement émotionnel des personnages, sans lourdeur ni effets forcés.
Graphiquement, l’album est très réussi. La gestion des couleurs — alternance entre une trame colorée et une trame en noir et blanc — est subtile et pertinente, servant à la fois la narration et les états émotionnels. Le dessin, simple mais expressif, accompagne parfaitement le propos. Rien de révolutionnaire sur le fond, mais une histoire d’amour sincère, bien construite et émotionnellement juste, qui marque par sa sensibilité.
Très bonne bande dessinée, portée par une construction narrative particulièrement efficace. La triple trame — le présent avec le débat d’historiens, la fin de vie d’Anne Bonny et le récit de ses aventures — apporte une vraie profondeur au propos. Ce dispositif rend la lecture dynamique tout en instaurant un recul bienvenu, presque introspectif, sur le personnage et sur ce que l’Histoire choisit de retenir ou de transformer. La dimension éducative fonctionne bien, notamment grâce à ce jeu de regards croisés qui met en lumière les subtilités de la réinterprétation historique.
Le parcours d’Anne Bonny est en lui-même passionnant. Le récit est rythmé, aborde de nombreux thèmes et le choix d’un personnage féminin à cette époque donne une résonance très moderne à l’ensemble. La piraterie sert davantage de cadre que de finalité : on n’est pas face à une BD de pirates classique, mais plutôt à un portrait de femme en quête de liberté, dans un monde qui la contraint de toutes parts. La relation avec la mort incarnée, sans être révolutionnaire, est bien intégrée et apporte une touche supplémentaire de sens et de gravité.
Graphiquement, le dessin est expressif et s’inscrit clairement dans les codes de la BD ado contemporaine. Ce n’est pas forcément une esthétique qui me séduit immédiatement, mais elle s’accorde bien au ton du récit et finit par fonctionner sur la durée. Une œuvre que je recommanderais sans hésiter aux adolescents, surtout filles mais aussi garçons, et tout autant à leurs parents.
Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il est difficile de passer après Les Guerres de Lucas. Bah oui, inévitablement, cette BD ne peut qu'être comparée à celle de Laurent Hopman et Renaud Roche (inutile de faire un dessin ha ha), et elle souffre cruellement la comparaison.
Graphiquement, je suis désolé mais c'est un cran en dessous. Le dessin n'a ici ni l'élégance du trait de Renaud Roche, ni sa concision. On peine à reconnaitre les personnages, notamment Spielberg lui-même. Et puis la plupart d'entre eux affichent des expressions étranges ; parfois même on croit déceler un soupçon de perversité dans ces visages hallucinés. Je pense au personnage de Joe Alves qui a l'air en permanence sous acide. Mais c'est narrativement que ça pêche. D'abord, on nous tient en haleine avec le sentiment qu'il va y avoir une révélation fameuse, et puis en fait flop ! Ainsi la double page qui commence par l'accroche "mais rien ne va se passer comme prévu", et qui se contente de montrer un quiproquo sans grand intérêt entre Benchley, l'auteur du roman, et le réalisateur, quiproquo qui sera d'ailleurs réglé dès la page suivante. De manière générale, et il faut bien le dire un peu agaçante, les auteurs maintiennent un suspens qui n'a pas lieu d'être. On repassera pour les rebondissements "à la Lucas". Et que dire de cette fin, mal torchée, qui en deux pages évoque la suite que refusera de tourner Spielberg sinon qu'elle révèle un manque criant de finition ? En guise d'épilogue, un doc mal ficelé sur le requin dont on ne sait pas trop où il veut en venir : nous faire un peu mieux connaitre cet animal ? Montrer l'influence du film sur la peur tout à fait irrationnelle du public ?... Perso, je n'ai pas attendu la dizaine de pages que contient ce petit pensum (photos incluses) pour me rencarder sur les squales. Un visionnage de Jaws 1 a suffit pour éveiller ma curiosité et, certes, nourrir ma terreur des profondeurs. C'est pour dire qu'en matière de requin, il existe des trucs bien plus intéressants et fouillés que ces quelques pages embarrassées.
Bon, certes, j'ai lu cette BD sans grande difficulté. Au passage, on apprend même quelques bonnes anecdotes. Mais surtout, son plus grand mérite, et là c'est réussi, est de nous faire comprendre pourquoi ce film qui a marqué plus d'une génération, n'est pas un simple film d'horreur, mais un vrai film d'auteur. Ça m'a même donné furieusement envie de le revoir, ce que n'avait pas nécessairement susciter en moi Les Guerres de Lucas. L'honneur est sauf !
Très bon ce tome !
Pourtant pas féru du genre polar, je n’ai toujours pas lu les Criminal par ex., j’ai pris mon pied avec cette bd.
Il faut dire que je n’en attendais pas grand chose mais tout m’a surpris positivement. Le constat est sans appel, les auteurs magnifient leurs parties respectives pour embarquer le lecteur.
Alors que je m’attendais à une enquête policière à la Philip Marlow, j’ai déjà été agréablement surpris de découvrir que notre héros se situait du côté des braqueurs.
Après l’aventure proposée n’est pas révolutionnaire (un braqueur s’étant fait braquer cherche à retrouver son braqueur) mais notre héros s’avère attachant et le récit est dense. Ce que j’ai beaucoup aimé c’est la retranscription de l’époque donnant un côté suranné à l’intrigue, notre braqueur passant son temps à attendre devant le téléphone et à avaler les km. Et même si la trame est linéaire, il y a une certaine complexité avec les très nombreux personnages, heureusement c’est bien séquencé pour ne pas être perdu. J’ai également succombé à la voix off du héros qui meuble et accompagne admirablement les nombreux blancs.
Et enfin la partie graphique qui m’a rapidement conquis, une bichromie élégante, une narration percutante, la forme au service du fond.
Bref forcément pour les amateurs de polar mais pas que.
Je n’aurais jamais misé un kopeck sur cette série. Le titre et la couverture ne m’interpellent en rien, un éditeur que j’ai tendance à ne même pas feuilleter, dans ma petite tête c’était encore une énième adaptation du héros.
Bref à la base rien de palpitant dans mon horizon et… ce n’est pas du tout ça !
Je n’ai lu que le 1er tome mais ce dernier est franchement prometteur.
On sent bien que c’est pour les grands ados mais j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir l’univers (et les enjeux) mis en place. Ici un monde médiéval fantastique à tendance X-men mâtiné de La Brigade Chimérique, un récit qui est loin de se laisser deviner et parfaitement mis en images.
J’ai trouvé l’aventure relativement dense, la fin est parfaite pour titiller le lecteur. Si la suite est du même tonneau, on aura une très chouette trilogie. Une version de Don Juan intéressante.
Servais fait du Servais, encore et toujours. Et je me dis qu'il faut que j'arrête d'insister avec lui, même si je ne lis ses albums que parce que je les trouve en bibliothèque et que je me dis que ça peut valoir le coup. Mais les mêmes défauts se répètent et j'ai l'impression que ça tourne toujours en rond lorsqu'il s'agit d'écrire une critique dessus.
Cet album plaira aux personnes qui adorent Servais, même si clairement ce n'est pas le meilleur qu'il ait fait. Deux histoires bien différentes s'entremêlent ici autour d'une fée appelée Iriacynthe qui sera le point central de ces deux histoires. Chaque histoire est assez courte (une trentaine de pages), laissant assez peu de place au développement du récit. C'est notamment difficile de s'intéresser aux personnages en si peu de pages, d'autant que l'histoire est parfois confuse dans son déroulé parce que trop de place est donné aux paysages de forêt, tandis que les dialogues vont vite avec parfois peu de liens entre eux. J'ai fini par survoler la fin qui est rapide, beaucoup trop confuse également avec une dernière page que j'ai trouvé peu satisfaisante quant à l'histoire. Rien n'est vraiment conclu et c'est une étrange façon de désamorcer cette malédiction familiale. D'autant que les détails secondaires (l'intrigue avec la famille du Baron) n'est pas résolue non plus.
Le tout dans ce que fait Servais : déshabiller toutes les filles souvent purement gratuitement, y compris les plus jeunes. Je comprends que ça peut correspondre à certaines idées notamment par rapport aux fées, nues et libres, mais c'est amusant qu'il ne déshabille jamais les personnages âgées et que les garçons gardent leurs pantalons. C'est ce genre de détails qui me fait dire que Servais fait de la nudité gratuite qui attire le chaland masculin.
Donc du Servais qui colle à ce qu'il a déjà fait, pas encore tout à fait au point. Pas recommandé, mais je ne suis globalement pas très fan de l'auteur de toute façon.
Une lecture sympathique, rythmée, et rapide.
On est rapidement embarqué dans la virée de ces deux vieux potes qui se retrouvent (Sam retrouve son pote Vincent, rangé malgré lui, et l’entraine dans un retour aux sources délétère), retombent dans leur folie nihiliste de jeunesse, multipliant les transgressions, les prises de risque inutiles. Un road trip plein de verve et d’amertume. Les deux hommes sont souvent excessifs, insupportables – individuellement et dans leurs querelles, qui ont parfois des airs d’amour toxique, d’amour/haine. Le héros, Vincent, traine en tout cas un mal être comme un bolet, que seules quelques belles rencontres (le vieux tenancier d’auberge qui le sort des griffes des flics, et la jeune femme barmaid qui avait cru trouver en lui l’amour de sa vie) « remettent sur les rails ».
Et puis il y a le final. Il donne à toute l’histoire une tonalité à la fois sombre et cathartique. Une histoire qui du coup ressemble quelque peu à un enterrement de vie de garçon – dans tous les sens du terme. Un enterrement suivi d’une renaissance pour Vincent. La pirouette est sans doute un peu facile (et elle pousse forcément à relire l’album pour voir si on n’a pas raté quelque chose), mais elle passe.
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Le Bossu de Montfaucon
Cette série possède deux qualités qui d’entrée m’ont attiré : un contexte historique riche (la période instable de reconstruction du royaume de France, des alliances des grandes lignées quelques décennies après la guerre de Cent ans) et un dessin fluide, agréable, reconstituant bien décor et costumes d’époque. C’est vraiment engageant, et je suis entré dans ce diptyque avec plaisir, en espérant y trouver quelque chose d’équivalent – en moins développé – que la très belle série « Le trône d’argile » sur la période tout juste précédente. Au final, je ressors en partie satisfait de ma lecture. C’est rythmé, l’arrière-plan historique est bien utilisé, avec les querelles de cour qui pimentent complots et alliances diverses. Mais, si la grande Histoire est bien utilisée, la petite m’a parfois laissé sur ma faim, avec cette histoire un peu convenue de vengeance entre les deux demi-frères, et cet amour improbable entre Quasimodo et Anne de Bretagne. Moins fort qu’attendu, ce récit n’en reste pas moins agréable à lire.
Asile !
Je mets trois étoiles, parce que cet album possède de réelles qualités, et que j’aime bien cet univers médiéval un peu paumé, avec une forteresse perchée sur son rocher qui fait penser aux châteaux cathares. Mais je suis quand même sorti un chouia sur ma faim de cette lecture. Le dessin des forteresses est très bon, détaillé, comme toutes les – rares – constructions. Mais le reste des décors est un peu évacué, pour le coup peu développé. Quant aux personnages, c’est là aussi un trait fin et précis, Houot soigne clairement son travail. Mais le rendu est un peu trop léché et statique à mon goût. Mais bon, c’est quand même fluide et agréable à l’œil. L’intrigue ne m’a pas vraiment captivé. Mauvais jeu de mot d’ailleurs, puisque nous suivons un prince ottoman – invité ou otage – dans cet endroit reculé du royaume de France. Il tombe amoureux une jeune héritière (amour partagé), mais cela s’oppose à trop d’intérêts et cette idylle va faire long feu. Pourquoi pas ? mais le rythme est trop lent, il ne se passe pas grand-chose, et j’ai fini par me désintéresser de cette partie du récit – d’ailleurs tout se finit en eau de boudin pour eux. J’ai un temps cru que ce récit aller basculer vers du médiéval fantastique, avec ces géants évoqués au début, puis repris sur la fin dans la présentation du troubadour (et cette légende du dragon ayant donné naissance aux crêtes sur lesquelles est installée la forteresse). Hélas il n’en est rien. C’est dommage, car cela aurait sans doute pu densifier et améliorer l’intrigue, que j’ai trouvé un peu trop légère et manquant de rebondissements. Pas désagréable à lire, mais loin d’être inoubliable. Note réelle 2,5/5.
Spirou et Fantasio Classique - Le Trésor de San Inferno
Dieu sait que j’aime Spirou et Fantasio. J’ai grandi avec eux, je les retrouve toujours avec un plaisir un peu pavlovien, et je me réjouis même de cette idée de “retour aux sources” : aventure classique, énergie bon enfant, et en bonus la présence du Marsupilami qui, à elle seule, suffit souvent à me mettre de bonne humeur. Mais San inferno, franchement… que c’est creux. Ce n’est pas un album désagréable, attention. Ça se lit bien, ça ne grince pas, ça ne trahit pas ouvertement l’esprit maison. Sauf qu’on a l’impression d’un décor en carton. Le dessin est très minimaliste : les personnages sont fidèles, dans la veine de ce qu’on aime, avec des expressions qui fonctionnent. Mais derrière eux ? Pas grand-chose. Des décors au strict minimum, des arrière-plans qui semblent avoir déserté l’album. L’histoire, elle aussi, file à toute vitesse. C’est plaisant, oui, mais d’une légèreté telle qu’on referme le livre en vingt minutes, avec une sensation de “minimum syndical”. Ça déroule sans aspérité, sans montée, sans vrai relief, et c’est peut-être ça le problème : il ne se passe rien, au fond, qui laisse une trace. Je suis le premier à défendre la poursuite de ces franchises de la vieille garde. Mais avec des auteurs talentueux, pourquoi viser si petit, si timide ? J’adoube André Franquin et Tome & Janry, évidemment, mais ils n’ont pas le monopole de la profondeur. On peut faire du classique et du dense. Ici, on a surtout du classique… en mode minimal.
La Fille dans l'écran
La Fille dans l’écran est une BD profondément feel-good et romantique, qui aborde les sentiments avec beaucoup de douceur et de justesse. La manière dont l’anxiété sociale est intégrée au récit donne une vraie épaisseur aux personnages et évite toute approche simpliste ou caricaturale. Cette fragilité assumée nourrit la relation et rend le lien entre les deux protagonistes crédible et touchant. La narration par messages fonctionne très bien et rappelle le roman graphique “adolescent” dans le bon sens du terme, mais avec une réelle maîtrise et une maturité d’écriture. Le dispositif des deux points de vue, traités séparément puis de plus en plus entremêlés, est intelligemment exploité. Il permet de ressentir progressivement le rapprochement émotionnel des personnages, sans lourdeur ni effets forcés. Graphiquement, l’album est très réussi. La gestion des couleurs — alternance entre une trame colorée et une trame en noir et blanc — est subtile et pertinente, servant à la fois la narration et les états émotionnels. Le dessin, simple mais expressif, accompagne parfaitement le propos. Rien de révolutionnaire sur le fond, mais une histoire d’amour sincère, bien construite et émotionnellement juste, qui marque par sa sensibilité.
La Dernière Nuit d'Anne Bonny
Très bonne bande dessinée, portée par une construction narrative particulièrement efficace. La triple trame — le présent avec le débat d’historiens, la fin de vie d’Anne Bonny et le récit de ses aventures — apporte une vraie profondeur au propos. Ce dispositif rend la lecture dynamique tout en instaurant un recul bienvenu, presque introspectif, sur le personnage et sur ce que l’Histoire choisit de retenir ou de transformer. La dimension éducative fonctionne bien, notamment grâce à ce jeu de regards croisés qui met en lumière les subtilités de la réinterprétation historique. Le parcours d’Anne Bonny est en lui-même passionnant. Le récit est rythmé, aborde de nombreux thèmes et le choix d’un personnage féminin à cette époque donne une résonance très moderne à l’ensemble. La piraterie sert davantage de cadre que de finalité : on n’est pas face à une BD de pirates classique, mais plutôt à un portrait de femme en quête de liberté, dans un monde qui la contraint de toutes parts. La relation avec la mort incarnée, sans être révolutionnaire, est bien intégrée et apporte une touche supplémentaire de sens et de gravité. Graphiquement, le dessin est expressif et s’inscrit clairement dans les codes de la BD ado contemporaine. Ce n’est pas forcément une esthétique qui me séduit immédiatement, mais elle s’accorde bien au ton du récit et finit par fonctionner sur la durée. Une œuvre que je recommanderais sans hésiter aux adolescents, surtout filles mais aussi garçons, et tout autant à leurs parents.
Les Mâchoires de la Peur
Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il est difficile de passer après Les Guerres de Lucas. Bah oui, inévitablement, cette BD ne peut qu'être comparée à celle de Laurent Hopman et Renaud Roche (inutile de faire un dessin ha ha), et elle souffre cruellement la comparaison. Graphiquement, je suis désolé mais c'est un cran en dessous. Le dessin n'a ici ni l'élégance du trait de Renaud Roche, ni sa concision. On peine à reconnaitre les personnages, notamment Spielberg lui-même. Et puis la plupart d'entre eux affichent des expressions étranges ; parfois même on croit déceler un soupçon de perversité dans ces visages hallucinés. Je pense au personnage de Joe Alves qui a l'air en permanence sous acide. Mais c'est narrativement que ça pêche. D'abord, on nous tient en haleine avec le sentiment qu'il va y avoir une révélation fameuse, et puis en fait flop ! Ainsi la double page qui commence par l'accroche "mais rien ne va se passer comme prévu", et qui se contente de montrer un quiproquo sans grand intérêt entre Benchley, l'auteur du roman, et le réalisateur, quiproquo qui sera d'ailleurs réglé dès la page suivante. De manière générale, et il faut bien le dire un peu agaçante, les auteurs maintiennent un suspens qui n'a pas lieu d'être. On repassera pour les rebondissements "à la Lucas". Et que dire de cette fin, mal torchée, qui en deux pages évoque la suite que refusera de tourner Spielberg sinon qu'elle révèle un manque criant de finition ? En guise d'épilogue, un doc mal ficelé sur le requin dont on ne sait pas trop où il veut en venir : nous faire un peu mieux connaitre cet animal ? Montrer l'influence du film sur la peur tout à fait irrationnelle du public ?... Perso, je n'ai pas attendu la dizaine de pages que contient ce petit pensum (photos incluses) pour me rencarder sur les squales. Un visionnage de Jaws 1 a suffit pour éveiller ma curiosité et, certes, nourrir ma terreur des profondeurs. C'est pour dire qu'en matière de requin, il existe des trucs bien plus intéressants et fouillés que ces quelques pages embarrassées. Bon, certes, j'ai lu cette BD sans grande difficulté. Au passage, on apprend même quelques bonnes anecdotes. Mais surtout, son plus grand mérite, et là c'est réussi, est de nous faire comprendre pourquoi ce film qui a marqué plus d'une génération, n'est pas un simple film d'horreur, mais un vrai film d'auteur. Ça m'a même donné furieusement envie de le revoir, ce que n'avait pas nécessairement susciter en moi Les Guerres de Lucas. L'honneur est sauf !
Parker 1969
Très bon ce tome ! Pourtant pas féru du genre polar, je n’ai toujours pas lu les Criminal par ex., j’ai pris mon pied avec cette bd. Il faut dire que je n’en attendais pas grand chose mais tout m’a surpris positivement. Le constat est sans appel, les auteurs magnifient leurs parties respectives pour embarquer le lecteur. Alors que je m’attendais à une enquête policière à la Philip Marlow, j’ai déjà été agréablement surpris de découvrir que notre héros se situait du côté des braqueurs. Après l’aventure proposée n’est pas révolutionnaire (un braqueur s’étant fait braquer cherche à retrouver son braqueur) mais notre héros s’avère attachant et le récit est dense. Ce que j’ai beaucoup aimé c’est la retranscription de l’époque donnant un côté suranné à l’intrigue, notre braqueur passant son temps à attendre devant le téléphone et à avaler les km. Et même si la trame est linéaire, il y a une certaine complexité avec les très nombreux personnages, heureusement c’est bien séquencé pour ne pas être perdu. J’ai également succombé à la voix off du héros qui meuble et accompagne admirablement les nombreux blancs. Et enfin la partie graphique qui m’a rapidement conquis, une bichromie élégante, une narration percutante, la forme au service du fond. Bref forcément pour les amateurs de polar mais pas que.
Don Juan des Flots
Je n’aurais jamais misé un kopeck sur cette série. Le titre et la couverture ne m’interpellent en rien, un éditeur que j’ai tendance à ne même pas feuilleter, dans ma petite tête c’était encore une énième adaptation du héros. Bref à la base rien de palpitant dans mon horizon et… ce n’est pas du tout ça ! Je n’ai lu que le 1er tome mais ce dernier est franchement prometteur. On sent bien que c’est pour les grands ados mais j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir l’univers (et les enjeux) mis en place. Ici un monde médiéval fantastique à tendance X-men mâtiné de La Brigade Chimérique, un récit qui est loin de se laisser deviner et parfaitement mis en images. J’ai trouvé l’aventure relativement dense, la fin est parfaite pour titiller le lecteur. Si la suite est du même tonneau, on aura une très chouette trilogie. Une version de Don Juan intéressante.
Iriacynthe
Servais fait du Servais, encore et toujours. Et je me dis qu'il faut que j'arrête d'insister avec lui, même si je ne lis ses albums que parce que je les trouve en bibliothèque et que je me dis que ça peut valoir le coup. Mais les mêmes défauts se répètent et j'ai l'impression que ça tourne toujours en rond lorsqu'il s'agit d'écrire une critique dessus. Cet album plaira aux personnes qui adorent Servais, même si clairement ce n'est pas le meilleur qu'il ait fait. Deux histoires bien différentes s'entremêlent ici autour d'une fée appelée Iriacynthe qui sera le point central de ces deux histoires. Chaque histoire est assez courte (une trentaine de pages), laissant assez peu de place au développement du récit. C'est notamment difficile de s'intéresser aux personnages en si peu de pages, d'autant que l'histoire est parfois confuse dans son déroulé parce que trop de place est donné aux paysages de forêt, tandis que les dialogues vont vite avec parfois peu de liens entre eux. J'ai fini par survoler la fin qui est rapide, beaucoup trop confuse également avec une dernière page que j'ai trouvé peu satisfaisante quant à l'histoire. Rien n'est vraiment conclu et c'est une étrange façon de désamorcer cette malédiction familiale. D'autant que les détails secondaires (l'intrigue avec la famille du Baron) n'est pas résolue non plus. Le tout dans ce que fait Servais : déshabiller toutes les filles souvent purement gratuitement, y compris les plus jeunes. Je comprends que ça peut correspondre à certaines idées notamment par rapport aux fées, nues et libres, mais c'est amusant qu'il ne déshabille jamais les personnages âgées et que les garçons gardent leurs pantalons. C'est ce genre de détails qui me fait dire que Servais fait de la nudité gratuite qui attire le chaland masculin. Donc du Servais qui colle à ce qu'il a déjà fait, pas encore tout à fait au point. Pas recommandé, mais je ne suis globalement pas très fan de l'auteur de toute façon.
Fidji
Une lecture sympathique, rythmée, et rapide. On est rapidement embarqué dans la virée de ces deux vieux potes qui se retrouvent (Sam retrouve son pote Vincent, rangé malgré lui, et l’entraine dans un retour aux sources délétère), retombent dans leur folie nihiliste de jeunesse, multipliant les transgressions, les prises de risque inutiles. Un road trip plein de verve et d’amertume. Les deux hommes sont souvent excessifs, insupportables – individuellement et dans leurs querelles, qui ont parfois des airs d’amour toxique, d’amour/haine. Le héros, Vincent, traine en tout cas un mal être comme un bolet, que seules quelques belles rencontres (le vieux tenancier d’auberge qui le sort des griffes des flics, et la jeune femme barmaid qui avait cru trouver en lui l’amour de sa vie) « remettent sur les rails ». Et puis il y a le final. Il donne à toute l’histoire une tonalité à la fois sombre et cathartique. Une histoire qui du coup ressemble quelque peu à un enterrement de vie de garçon – dans tous les sens du terme. Un enterrement suivi d’une renaissance pour Vincent. La pirouette est sans doute un peu facile (et elle pousse forcément à relire l’album pour voir si on n’a pas raté quelque chose), mais elle passe.