J'ai à peine commencé à lire ce que j'ai dans ma collection Servais.
La belle coquetière m'avait laissé de marbre malgré la beauté du dessin. Mais en lisant Fanchon, j'ai pris une petite claque.
J'ai trouvé pour commencer que Servais sortait de l'illustration pour faire vraiment du dessin. Par exemple, l'aliénation urbaine du personnage principal est vraiment bien retranscrite dans les premières pages.
Servais a choisit des thèmes puissants pour son histoire : les amours d'enfance, l'impossible retour à l'adolescence, le sentiment d'absence... Le tout au service d'une histoire très belle et très triste.
Ca aurait pu faire un beau film de cinéma. Il manque peut être une dizaine de pages pour en faire un chef d'oeuvre absolu. Car si l'histoire sait prendre son temps, j'ai trouvé que ça allait un tout petit peu trop vite vers la fin.
Une bd à lire pour constater que Servais est tout à fait capable de générer de puissantes émotions.
Le début de cette histoire est un peu déroutant. On s'attend à voir dépeindre une actrice avec une intelligence particulière mais on a finalement l'impression de suivre une énième diva insupportable.
Dans l'ordre on voit Ava Gardner :
- frapper un chauffeur pour qu'il accélère au milieu de la foule
- piquer une crise pour changer de palace
- frapper encore, cette fois ci Howard Hughes (non là je déconne, c'est à cause de la folie amoureuse de Hughes, très bien dépeinte d'ailleurs).
C'est à partir de ce moment que le portrait dressé devient plus intéressant, ambivalent.
Emilio Ruiz y ajoute aussi une dimension géopolitique qui donne un peu d'envergure au récit.
On regrette en fin de compte le format one shot. Un deuxième tome, sur sa vie en Espagne par exemple, aurait peut-être permis d'en faire quelque chose de plus mémorable.
Le dessin est superbe. Énorme travail d'Ana Miralles. Beaucoup de techniques différentes pour jouer avec l'obscurité et la lumière, c'est impressionnant.
Il y a pas mal de cases qui prennent toute la largeur de la page. Certaines m'ont scotché, je pense à celle où Ava Gardner contemple la lune sur un balcon. Mais aussi ces détails sur de simples coussins. Ces arrières plan lors d'une balade en voiture à Rio... Dresser une liste exhaustive des plaisirs visuels serait trop fastidieux.
Le deuxième tome de la trilogie sur les saints, écrit par Dufaux et illustré par Jamar.
La qualité baisse un peu, le récit est assez linéaire. Le dossier de fin d'album a disparu.
On nous avait déjà fait le coup quand Dufaux avait écrit une série sur des personnages célèbres dans les années 90, avec un premier tome (Sade) assez génial et le reste dispensable.
Des trois one shots publiés avec Jamar, c'est celui que j'ai le plus apprécié.
Intrigue travaillée, dialogues ciselés, gros travail de Jamar pour reconstituer le Paris du 17eme.
On a droit à un dossier de 5 pages à la fin de l'album avec de jolis esquisses.
Une lecture tout à fait recommandable.
C'est marrant de voir que tous les grands de la bd se sont copiés entre eux.
Adamov a copié Bilal à ses débuts et ici on constate que Bilal a copié Moebius.
Il y a une vraie ambiance qui se dégage des pages mais aussi des soucis au niveau du récit malgré un bon départ.
C'est simple, on dirait que le storyboard a été bâclé et qu'il manque des cases pour faire la transition entre certaines séquences.
Au moment de refermer cette bande, on regrette la dispersion des enjeux et le manque de clarté global.
Très beaux dessins néanmoins.
3
Deux ans après le premier recueil d'histoires courtes, Albin Michel publie un second recueil de Gimenez en 1987.
Celui-ci est toujours au four et au moulin, c'est à dire qu'il assure aussi la partie scénario.
Le dessin reste sublime mais malheureusement les histoires ne sont pas au niveau des précédentes publications et sont même un peu difficile à suivre pour certaines.
Ca reste très recommandable quand on aime Gimenez !
Toujours dans les publications de Gimenez avant son mariage avec Jodo, nous avons Mutante, un recueil d'histoires courtes.
La meilleure histoire est celle qui introduit l'album, "princesse de rêve", les autres récits sont un peu trop courts pour rester en tête. L'ensemble reste solide.
Ce qui a retenu mon attention, c'est surtout la maîtrise du vocabulaire SF et la qualité des dialogues. On a parfois l'impression de lire du Jodorowsky alors que Gimenez est seul au scénario.
Le dessin est juste superbe, aucun superlatif ne peut restituer correctement ce que l'on admire à chaque page qui se tourne.
Un petit chef d'oeuvre SF de Carlos Trillo magnifiquement mise en scène par Gimenez : voici Gangrène.
Publié en 1987, cette bande nous montre un Juan Gimenez ayant déjà atteint sa pleine maturité graphique.
Cerise sur le gâteau on a ici un récit mordant, plein d'ironie avec une conclusion à la hauteur.
Les années 80, quelle époque de rêve pour les fans de science fiction...
C'est donc ça une œuvre de jeunesse ?
Une histoire de Barreiro simple mais efficace, très bien écrite et surtout les prémisses de ce qui deviendra le style Gimenez : science de la mise en scène, palette de couleurs idéale pour créer une ambiance SF, amour des vaisseaux spatiaux... Et un coup de crayon unique. On reconnaît un décor ou un personnage dessiné par Gimenez au premier coup d'œil.
C'est peut être une oeuvre de jeunesse mais la galaxie Gimenez, née de ce trou noir en 1981, était déjà prête à prendre le pouvoir.
Serge Morand est un détective créé par Duchateau qui va aider la veuve et l'orphelin (surtout la veuve) durant quatre tomes.
Avec son blaze des années 80, Serge Morand peut se ranger à côté de l'affiche du film Le Solitaire avec Jean Paul Belmondo.
Mais Serge Morand peut aussi se ranger à côté de la bd Le Solitaire de Brunel et Mounier, parce qu'elle partage une charte graphique similaire.
Les couvertures de Serge Morand ont des lettrages iconiques, avant les drames du 4eme tome et la réédition du tome 2.
Les sujets des intrigues de Serge Morand ont étonnamment bien vieilli. Le récit est sans envergure malheureusement.
Le beau Serge n'est pas très compatible avec l'époque Me Too : quand sa copine lui avoue qu'elle vient de se faire violer par les hommes qui le recherchent, il lui répond deux cases plus loin "Tu vas rester chez des amis [...] Ta présence est un handicap". On a connu plus galant !
Serge Morand rend un peu nostalgique mais pas trop quand même.
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Fanchon
J'ai à peine commencé à lire ce que j'ai dans ma collection Servais. La belle coquetière m'avait laissé de marbre malgré la beauté du dessin. Mais en lisant Fanchon, j'ai pris une petite claque. J'ai trouvé pour commencer que Servais sortait de l'illustration pour faire vraiment du dessin. Par exemple, l'aliénation urbaine du personnage principal est vraiment bien retranscrite dans les premières pages. Servais a choisit des thèmes puissants pour son histoire : les amours d'enfance, l'impossible retour à l'adolescence, le sentiment d'absence... Le tout au service d'une histoire très belle et très triste. Ca aurait pu faire un beau film de cinéma. Il manque peut être une dizaine de pages pour en faire un chef d'oeuvre absolu. Car si l'histoire sait prendre son temps, j'ai trouvé que ça allait un tout petit peu trop vite vers la fin. Une bd à lire pour constater que Servais est tout à fait capable de générer de puissantes émotions.
Ava - Quarante-huit heures dans la vie d'Ava Gardner
Le début de cette histoire est un peu déroutant. On s'attend à voir dépeindre une actrice avec une intelligence particulière mais on a finalement l'impression de suivre une énième diva insupportable. Dans l'ordre on voit Ava Gardner : - frapper un chauffeur pour qu'il accélère au milieu de la foule - piquer une crise pour changer de palace - frapper encore, cette fois ci Howard Hughes (non là je déconne, c'est à cause de la folie amoureuse de Hughes, très bien dépeinte d'ailleurs). C'est à partir de ce moment que le portrait dressé devient plus intéressant, ambivalent. Emilio Ruiz y ajoute aussi une dimension géopolitique qui donne un peu d'envergure au récit. On regrette en fin de compte le format one shot. Un deuxième tome, sur sa vie en Espagne par exemple, aurait peut-être permis d'en faire quelque chose de plus mémorable. Le dessin est superbe. Énorme travail d'Ana Miralles. Beaucoup de techniques différentes pour jouer avec l'obscurité et la lumière, c'est impressionnant. Il y a pas mal de cases qui prennent toute la largeur de la page. Certaines m'ont scotché, je pense à celle où Ava Gardner contemple la lune sur un balcon. Mais aussi ces détails sur de simples coussins. Ces arrières plan lors d'une balade en voiture à Rio... Dresser une liste exhaustive des plaisirs visuels serait trop fastidieux.
Foucauld - Une tentation dans le désert
Le deuxième tome de la trilogie sur les saints, écrit par Dufaux et illustré par Jamar. La qualité baisse un peu, le récit est assez linéaire. Le dossier de fin d'album a disparu. On nous avait déjà fait le coup quand Dufaux avait écrit une série sur des personnages célèbres dans les années 90, avec un premier tome (Sade) assez génial et le reste dispensable.
Vincent - Un saint au temps des mousquetaires
Des trois one shots publiés avec Jamar, c'est celui que j'ai le plus apprécié. Intrigue travaillée, dialogues ciselés, gros travail de Jamar pour reconstituer le Paris du 17eme. On a droit à un dossier de 5 pages à la fin de l'album avec de jolis esquisses. Une lecture tout à fait recommandable.
Exterminateur 17
C'est marrant de voir que tous les grands de la bd se sont copiés entre eux. Adamov a copié Bilal à ses débuts et ici on constate que Bilal a copié Moebius. Il y a une vraie ambiance qui se dégage des pages mais aussi des soucis au niveau du récit malgré un bon départ. C'est simple, on dirait que le storyboard a été bâclé et qu'il manque des cases pour faire la transition entre certaines séquences. Au moment de refermer cette bande, on regrette la dispersion des enjeux et le manque de clarté global. Très beaux dessins néanmoins. 3
Titania
Deux ans après le premier recueil d'histoires courtes, Albin Michel publie un second recueil de Gimenez en 1987. Celui-ci est toujours au four et au moulin, c'est à dire qu'il assure aussi la partie scénario. Le dessin reste sublime mais malheureusement les histoires ne sont pas au niveau des précédentes publications et sont même un peu difficile à suivre pour certaines. Ca reste très recommandable quand on aime Gimenez !
Mutante
Toujours dans les publications de Gimenez avant son mariage avec Jodo, nous avons Mutante, un recueil d'histoires courtes. La meilleure histoire est celle qui introduit l'album, "princesse de rêve", les autres récits sont un peu trop courts pour rester en tête. L'ensemble reste solide. Ce qui a retenu mon attention, c'est surtout la maîtrise du vocabulaire SF et la qualité des dialogues. On a parfois l'impression de lire du Jodorowsky alors que Gimenez est seul au scénario. Le dessin est juste superbe, aucun superlatif ne peut restituer correctement ce que l'on admire à chaque page qui se tourne.
Gangrène
Un petit chef d'oeuvre SF de Carlos Trillo magnifiquement mise en scène par Gimenez : voici Gangrène. Publié en 1987, cette bande nous montre un Juan Gimenez ayant déjà atteint sa pleine maturité graphique. Cerise sur le gâteau on a ici un récit mordant, plein d'ironie avec une conclusion à la hauteur. Les années 80, quelle époque de rêve pour les fans de science fiction...
L'Étoile noire
C'est donc ça une œuvre de jeunesse ? Une histoire de Barreiro simple mais efficace, très bien écrite et surtout les prémisses de ce qui deviendra le style Gimenez : science de la mise en scène, palette de couleurs idéale pour créer une ambiance SF, amour des vaisseaux spatiaux... Et un coup de crayon unique. On reconnaît un décor ou un personnage dessiné par Gimenez au premier coup d'œil. C'est peut être une oeuvre de jeunesse mais la galaxie Gimenez, née de ce trou noir en 1981, était déjà prête à prendre le pouvoir.
Serge Morand
Serge Morand est un détective créé par Duchateau qui va aider la veuve et l'orphelin (surtout la veuve) durant quatre tomes. Avec son blaze des années 80, Serge Morand peut se ranger à côté de l'affiche du film Le Solitaire avec Jean Paul Belmondo. Mais Serge Morand peut aussi se ranger à côté de la bd Le Solitaire de Brunel et Mounier, parce qu'elle partage une charte graphique similaire. Les couvertures de Serge Morand ont des lettrages iconiques, avant les drames du 4eme tome et la réédition du tome 2. Les sujets des intrigues de Serge Morand ont étonnamment bien vieilli. Le récit est sans envergure malheureusement. Le beau Serge n'est pas très compatible avec l'époque Me Too : quand sa copine lui avoue qu'elle vient de se faire violer par les hommes qui le recherchent, il lui répond deux cases plus loin "Tu vas rester chez des amis [...] Ta présence est un handicap". On a connu plus galant ! Serge Morand rend un peu nostalgique mais pas trop quand même.