"Il n'y a aucune raison pour qu'une histoire soit comme une maison, avec une porte pour entrer, les fenêtres pour regarder les arbres et une cheminée pour la fumée... On peut très bien imaginer une histoire en forme d'éléphant, de champ de blé ou de flamme d'allumette soufrée" (Moebius, 1976).
J'ai commandé l'œuvre originalle de France et je l'ai reçue encore à 15 ans. Mais elle est arrivée censurée: mon père, qui aimait beaucoup la BD mais était assez moraliste, y avait mis son grain de sel. Je lui ai dit que c'était comme mutiler la Chapelle Sixtine... maintenant je pense que c'était affectueux de sa part! Plus tard, je l'ai acquise en secret et je continue à collectionner toutes les versions et éditions jusqu'à aujourd'hui.
C'était une révolution à l'époque et tellement d'auteurs ont été influencés par les hachures et le pointillisme du dessin: Bilal, Solé, Manara peut-être et même Gir lui-même (voir Angel Face, par exemple) ainsi que tant d'autres...
Oui, il n'y a vraiment pas d'histoires et aujourd'hui les images, son style, sont tellement entrés dans notre mémoire collective, qu'elles passent presque pour normales. C'est historique oui, mais aussi un monument à revisiter toujours.
Cette série est la première série de comics que j’ai lue de ma vie quand j’étais enfant ; je l’ai lue énormément de fois.
Il s’agit pour moi de l’une des meilleures œuvres de Star Wars, au même niveau que les films (1 à 6). Cette série se passe en parallèle du dessin animé Clone Wars en 2D de 2003, si le dessin animé se concentre surtout sur les batailles, ce comics se concentre davantage sur tout ce qui se passe autour.
On y découvre la face cachée des champs de bataille : l’espionnage, avec le personnage de Quinlan Vos, que l’on retrouve dans l’ancienne série Star Wars: Jedi. On le suit dans cette période sombre de sa vie, où il sera plus que jamais sur le fil du rasoir entre la lumière et l’ombre. Anakin et Obi-Wan sont aussi de la partie et poursuivent leur évolution, qui les mènera à leur relation de l’épisode III.
La série développe également très bien l’aspect politique qui évolue autour de la guerre : la lutte entre les sénateurs honnêtes et le chancelier, qui resserre doucement son emprise sur la liberté avec son faux sourire d’ange sauveur. On ressent constamment le complot infâme de Dark Sidious derrière chaque événement de cette guerre, qui n’est au final qu’une partie d’échecs qu’il joue avec lui-même.
La série a aussi pour moi, le mérite de ne pas tomber dans un manichéisme simpliste : elle questionne le rôle des Jedi dans des événements qui causent la mort de milliers d’individus, ainsi que les motivations derrière le choix des batailles. Là où des civils pensent que la République vient les aider pour les sauver des séparatistes, on découvre qu’elle les aide surtout par intérêt stratégique ou pour une ressource importante. Et que les ennemis ne sont pas toujours les démons que l’on dépeint.
Au niveau du dessin, il y a l’excellente Jan Duursema et Brian Ching, parmi les meilleurs, avec d’autres artistes qui vont et viennent pour des histoires plus courtes.
En lisant cette série, on regrette que les séries de comics Star Wars aient perdu en profondeur scénaristique depuis le rachat par Disney, même si Disney nous a offert quelques séries de qualité.
Cette série est assez inégale en qualité en fonction de l'arc narratif.
Dans le 1er arc, on s’ennuie un peu : les ennemis ne sont pas très intéressants et n’apportent pas grand-chose à l’histoire.
Le 2e arc est bien, autant pour le dessin que pour l’intrigue, avec Sans-Nom qui découvre l’amour. Le personnage d’Orne 8 est attachant. J’aime l’histoire de pénurie d’épiphyte, ce carburant qui est le sang de la civilisation galactique, une référence évidente à notre dépendance aveugle à une énergie tarissable : le pétrole. Quand le carburant manque, la civilisation s’effondre.
Dans le 3e arc, on s’ennuie à nouveau sur cette planète et cette intrigue inspirée par Avatar. Orne 8 devient vide, en retrait scénaristiquement, et l’ennemi est ennuyeux.
Le 4e arc est sympa : on apprécie de retrouver Raimo de L’Incal, ainsi qu’un personnage féminin qui prend la relève du Méta-Baron et qui apprend enfin des erreurs du passé.
13,5/20 pour moi.
Lancée aux États-Unis en 1977 (l'année de Star Wars), il s'agit d'une space-opera qui cherche à tirer parti du succès récent du genre. Le scénario de Ron Goulart, assez simpliste, se laisse lire. Mais les dessins de Gil Kane sont à leur meilleur niveau, les vaisseaux spatiaux et les mondes extraterrestres constituant le point fort. Étant une nouveauté à l'époque, aujourd'hui ce n'est pas indispensable et il s'agit surtout d'une curiosité historique. Je préfère les versions noir et blanc, plus proches de l'édition originale.
Philippe Foerster convoquant les mythes lovecraftiens, ça devait bien finir par arriver… L’expert en monstres difformes et autres destins maudits revient donc tourmenter nos âmes avec un album qui n’est pas un one-shot malgré les apparences. Certes, l’ombre de Lovecraft plane sur ses pages, notamment avec le poulpe Nyalarpoupeth, jumeau plus comique que maléfique du messager des Grands Anciens, lequel présente brièvement chacun des onze chapitres de l’ouvrage, après une introduction où l’on découvre les origines de sa mutation… mais il faut noter que chacun des chapitres peut se lire indépendamment les uns des autres, on est donc ici plus dans le recueil d’histoires courtes, un format qui rappellera les débuts de l’auteur dans Fluide Glacial, avec ce noir et blanc qui lui va si bien…
Hommage à l’écrivain étatsunien flirtant avec la parodie, Foester fait donc référence au « Nécronomicon », le grimoire maudit issu de l’univers lovecraftien, dont la caractéristique était de faire perdre la raison à ceux qui le consultaient dans le but d’en explorer les vérités interdites. Ça fait peur, non ?
Armé de son humour noir et grinçant, Foerster déroule ses historiettes en maltraitant à l’envi ses personnages, dont on sait à l’avance que tout finira très mal pour eux. Et leur destin maudit, ils le portent sur leur visage, déformé par l’angoisse ou la peur, avec la folie en embuscade accompagnée de visions cauchemardesques. Mais évidemment, Foerster, tel un laborantin fou prenant plaisir à torturer des souris blanches, ne se dépare pas de son ton sarcastique. Il ne fait ici que titiller nos terreurs enfantines, pour notre plus grand plaisir il faut bien l’avouer…
Sur le plan du dessin, le Liégeois reste fidèle à son style unique, immédiatement reconnaissable. Ce trait à la fois élastique et déchiqueté qui courbe et torture les silhouettes jusqu’à la douleur est tout simplement admirable, avec encore une fois cette maîtrise impeccable du noir et blanc… Avec Foerster, c’est le laid qui devient beau.
Sortirez-vous indemne de cette lecture ? Si les poulpes gluants ou les cadavres dévorés par les vers ne vous font pas tourner de l’œil, vous devriez pouvoir vous plonger sans risque dans ce « Nécronomickey », et au diable les superstitions ! N’oublions pas que la réalité est souvent bien plus terrifiante…
Ceux qui connaissent bien l'œuvre de Chabouté seront en terrain connus. Il a toujours son dessin en noir et blanc si personnel et efficace. Quant au scénario, c'est encore une fois un récit contemplatif remplit de longs silences et qui sont des tranches-de-vies d'un personnage en particulier.
J'avoue que ce n'est pas le style d'histoire que j'aime le plus chez Chabouté car souvent le récit ne me touche pas et c'est un peu encore une fois ici. Cela dit cela aurait pu êtres pire parce que J’ai froncé les sourcils au début lorsque j’ai vu que le héros prévoyait un voyage au grand air en Alaska. J’ai emprunté l’album sans rien savoir du scénario et j’ai eu un peu peur de tomber encore une fois sur un récit bobo sur comment la nature s’est génial fait par un auteur européen qui n’a jamais mis les pieds en Amérique du Nord. Heureusement, Chabouté a assez de talent pour pondre un scénario plus original. Un type qui travaille de nuit va enfin découvrir la vie de son quartier le jour ! (parce que oui apparemment il a bossé tous les jours pendant des années)
Il y a des bons moments humanistes et même poétiques, mais cela ne m'a pas touché plus que ça même si j'ai bien envie de vivre ce que vit le personnage principal. Après tout, qui n'a jamais eu envie de tout lâcher et de tout simplement vivre le moment présent et voir ce qui se passe autour de soit dans son propre quartier ?
Je me suis rendu compte en lisant cette série à quelle point l'histoire de Jason et des argonautes ne m'a jamais vraiment intéressé et que cela fait tellement longtemps que j'ai lu ce mythe que je n'ai qu'une vague idée de ce que les autrices ont inventées et ce qui était déjà dans l'histoire originale.
Cette série fait parti des récits qui sont sorti cette dernière décennie et qui mets en vedette un personnage féminin qui avait une image détestable et dont on brosse un portrait plus nuancé. Les autrices ont la bonne idée de ne pas bêtement transformé Médée en pauvre victime innocente qui fait rien de mal. Elle est tout de même issue d'un milieu privilégiée et n'a aucun scrupule à tout faire pour survire. Son problème est qu'en tant que femme, elle est surtout le jouet d'hommes puissants. Le scénario est pas mal même si j'ai trouvé qu'il y avait des longueurs. Le premier tome m'a un peu ennuyé vu que c'est une longue introduction et que l'action arrive enfin dans le tome suivant. Malgré des qualités, je n'ai pas trouvé que c'était un scénario exceptionnel, mais je pense que cela vient en parti du fait qu'à la base le mythe de Jason me laisse indifférent. J'aurais surement plus accroché si on avait choisi un personnage féminin issue d'un mythe que j'aime ou mieux encore une des déesses grecque que j'adore comme Perséphone ou Athéna.
Au sujet du dessin, le trait de Pena est toujours aussi élégant, mais j'aime mieux son dessin lorsqu'il est en noir et blanc.
Beta Ray Bill : Étoile d’argent est une véritable claque visuelle et émotionnelle. Daniel Warren Johnson livre ici une œuvre profondément personnelle, où l’action cosmique sert avant tout une histoire intime sur la perte, l’identité et la reconstruction.
Le récit suit Beta Ray Bill, personnage souvent sous-estimé de l’univers Marvel, dans une quête presque désespérée pour retrouver ce qu’il a perdu. Mais derrière les combats spectaculaires et les voyages interstellaires, c’est surtout un récit mélancolique sur l’acceptation de soi. Le héros, brisé et en quête de sens, devient incroyablement humain malgré son apparence.
Graphiquement, c’est exceptionnel. Le trait de Johnson est brut, nerveux, presque sauvage, mais toujours lisible et d’une puissance folle. Chaque planche déborde d’énergie, que ce soit dans les scènes d’action ou dans les moments plus introspectifs.
Ce qui marque vraiment, c’est l’équilibre parfait entre grand spectacle et émotion sincère. L’histoire ne se contente pas d’être épique, elle touche juste.
Un comics à la fois spectaculaire et profondément touchant, qui prouve que même les héros les plus “cosmiques” peuvent raconter des histoires très humaines.
Une série magnifique sur les thèmes de la violence, de la guerre, de l’esclavage, de la liberté, de l’amitié, des traumatismes psychologiques, du pardon et du pacifisme.
La série est souvent réduite à un manga pour ados banal, surtout par des gens qui n’ont lu que le 1er arc narratif qui est particulièrement violent (4 arcs narratifs en tout). Sauf que le propos de la série ne se trouve pas dans ce 1er arc, qui ne sert que de contexte avant l’évolution du personnage.
J’ai lu la série en entier, puis je l’ai refermée, et je suis resté longtemps à réfléchir à ce que je venais de voir…
Il m’a semblé qu’il y a dans cette série une certaine profondeur méta-philosophique, qui ne s’ouvre qu’après avoir terminé la série, si l’on prend le temps de réfléchir longuement à ce que l’on a lu. Cette profondeur ne se révèle absolument pas pendant la lecture. Il ne vaut même pas la peine d’essayer de relier tout en une histoire cohérente ou de suivre les événements de manière chronologique — je pense que l’intention de l’auteur n’était pas là, mais plutôt que le sens apparaisse à la fin et forme une sorte de méta-signification.
J’ai vu beaucoup d’avis négatifs sur la série, et cela m’a un peu troublé, car personnellement, au-delà du dessin qui peut déjà impressionner, j’ai aussi perçu une idée philosophique profonde dans l’ensemble de l’œuvre. Et je veux partager ma vision très, très subjective de cela.
La série est extrêmement explicite — parfois à la limite d’un contenu pornographique dur.
On y trouve beaucoup :
de saleté, de boue, de décomposition ;
de mutants et de déformations du corps ;
de violence et d’agonie ;
une exploitation sexuelle constante de l’héroïne principale.
C’est le niveau de lecture le plus évident, celui qui est en surface, et c’est justement ce qui repousse, car l’expérience peut être assez désagréable par moments.
Mais il existe un autre niveau de profondeur. À la fin, une autre image apparaît : les derniers tomes n’« expliquent » pas vraiment, ils redéfinissent tout ce qui a été vu auparavant et semblent dire au lecteur ceci :
« Tu as lu cela comme l’histoire de Druuna — une femme qui souffre et cherche la paix dans un monde agonisant — mais ne le comprends pas ainsi. Ne donne pas ce sens à ce que tu as lu, car tout n’est pas comme tu le penses. Il n’y a pas de monde, il n’y a pas de Druuna, il n’y a rien de ce que tu as lu. Tes interprétations n’ont pas de sens en elles-mêmes. Toi, lecteur, tu fais partie du mécanisme qui met en marche les engrenages et “déploie le monde” (en crée une projection), lance une itération… »
la souffrance de Druuna n’est pas seulement un élément de l’intrigue ;
tout ce qui se passe est un cycle dont il n’y a pas d’issue ;
l’observation de ce cycle fait elle aussi partie du mécanisme.
Si vous cherchez une lecture légère, de l’érotisme ou une belle science-fiction — ce n’est clairement pas pour vous.
Mais si vous êtes prêt à affronter une œuvre lourde, ambiguë et parfois repoussante, la série peut se révéler plus profonde qu’elle n’en a l’air.
Points faibles (à mon avis subjectif) :
La structure chaotique n’est pas une illusion — elle existe réellement.
Les tomes du milieu donnent une impression de fragmentation et font perdre le fil : qui, où, quand, avec qui, comment, pourquoi — tout devient confus.
Le passage vers le sens et la dimension philosophique arrive trop tard, demande de reconsidérer tout ce qui a été vu et de l’interpréter, et peut ne pas « fonctionner » pour un lecteur qui ne donnera pas une seconde chance à la série après avoir été confronté à ces défauts de structure, de narration chaotique et de contenu choquant.
Je précise aussi qu’il est tout à fait possible qu’une partie de cette profondeur ne soit pas intentionnelle de la part de l’auteur, mais relève de l’interprétation du lecteur. C’est une conséquence du fait qu’il faut soi-même « assembler » le sens : il n’est pas clairement donné, mais doit être construit.
En résumé :
Ce n’est pas une œuvre « agréable ».
Ni une œuvre « confortable ».
C’est une œuvre qui soit repousse immédiatement,
soit commence à agir dans l’esprit après la lecture.
Si vous êtes prêt à :
supporter l’inconfort,
accepter le chaos comme une partie de la forme,
aller jusqu’au bout puis prendre le temps de réfléchir et de construire vous-même le sens, sans chercher à tout comprendre pendant la lecture,
alors il y a une chance de voir ici autre chose qu’une simple accumulation de provocation, de saleté, d’érotisme et d’apocalypse — peut-être une réflexion sombre et obsédante exprimée à travers des récits chaotiques.
C’est une œuvre marquante, qui mérite d’être lue au moins une fois, ne serait-ce que pour déterminer si « c’est pour vous ou non », et où se situent vos propres limites.
Je ne peux pas dire que c’est une œuvre culte, car elle a trop de défauts pour être facilement accessible. Mais en même temps, je ne peux pas être d’accord avec la quantité d’évaluations négatives : personnellement, cette histoire m’a fortement marqué, et à mon avis, cette série mérite clairement de l’attention.
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"Il n'y a aucune raison pour qu'une histoire soit comme une maison, avec une porte pour entrer, les fenêtres pour regarder les arbres et une cheminée pour la fumée... On peut très bien imaginer une histoire en forme d'éléphant, de champ de blé ou de flamme d'allumette soufrée" (Moebius, 1976). J'ai commandé l'œuvre originalle de France et je l'ai reçue encore à 15 ans. Mais elle est arrivée censurée: mon père, qui aimait beaucoup la BD mais était assez moraliste, y avait mis son grain de sel. Je lui ai dit que c'était comme mutiler la Chapelle Sixtine... maintenant je pense que c'était affectueux de sa part! Plus tard, je l'ai acquise en secret et je continue à collectionner toutes les versions et éditions jusqu'à aujourd'hui. C'était une révolution à l'époque et tellement d'auteurs ont été influencés par les hachures et le pointillisme du dessin: Bilal, Solé, Manara peut-être et même Gir lui-même (voir Angel Face, par exemple) ainsi que tant d'autres... Oui, il n'y a vraiment pas d'histoires et aujourd'hui les images, son style, sont tellement entrés dans notre mémoire collective, qu'elles passent presque pour normales. C'est historique oui, mais aussi un monument à revisiter toujours.
Star Wars - La Guerre des Clones (Clone Wars)
Cette série est la première série de comics que j’ai lue de ma vie quand j’étais enfant ; je l’ai lue énormément de fois. Il s’agit pour moi de l’une des meilleures œuvres de Star Wars, au même niveau que les films (1 à 6). Cette série se passe en parallèle du dessin animé Clone Wars en 2D de 2003, si le dessin animé se concentre surtout sur les batailles, ce comics se concentre davantage sur tout ce qui se passe autour. On y découvre la face cachée des champs de bataille : l’espionnage, avec le personnage de Quinlan Vos, que l’on retrouve dans l’ancienne série Star Wars: Jedi. On le suit dans cette période sombre de sa vie, où il sera plus que jamais sur le fil du rasoir entre la lumière et l’ombre. Anakin et Obi-Wan sont aussi de la partie et poursuivent leur évolution, qui les mènera à leur relation de l’épisode III. La série développe également très bien l’aspect politique qui évolue autour de la guerre : la lutte entre les sénateurs honnêtes et le chancelier, qui resserre doucement son emprise sur la liberté avec son faux sourire d’ange sauveur. On ressent constamment le complot infâme de Dark Sidious derrière chaque événement de cette guerre, qui n’est au final qu’une partie d’échecs qu’il joue avec lui-même. La série a aussi pour moi, le mérite de ne pas tomber dans un manichéisme simpliste : elle questionne le rôle des Jedi dans des événements qui causent la mort de milliers d’individus, ainsi que les motivations derrière le choix des batailles. Là où des civils pensent que la République vient les aider pour les sauver des séparatistes, on découvre qu’elle les aide surtout par intérêt stratégique ou pour une ressource importante. Et que les ennemis ne sont pas toujours les démons que l’on dépeint. Au niveau du dessin, il y a l’excellente Jan Duursema et Brian Ching, parmi les meilleurs, avec d’autres artistes qui vont et viennent pour des histoires plus courtes. En lisant cette série, on regrette que les séries de comics Star Wars aient perdu en profondeur scénaristique depuis le rachat par Disney, même si Disney nous a offert quelques séries de qualité.
Méta-Baron
Cette série est assez inégale en qualité en fonction de l'arc narratif. Dans le 1er arc, on s’ennuie un peu : les ennemis ne sont pas très intéressants et n’apportent pas grand-chose à l’histoire. Le 2e arc est bien, autant pour le dessin que pour l’intrigue, avec Sans-Nom qui découvre l’amour. Le personnage d’Orne 8 est attachant. J’aime l’histoire de pénurie d’épiphyte, ce carburant qui est le sang de la civilisation galactique, une référence évidente à notre dépendance aveugle à une énergie tarissable : le pétrole. Quand le carburant manque, la civilisation s’effondre. Dans le 3e arc, on s’ennuie à nouveau sur cette planète et cette intrigue inspirée par Avatar. Orne 8 devient vide, en retrait scénaristiquement, et l’ennemi est ennuyeux. Le 4e arc est sympa : on apprécie de retrouver Raimo de L’Incal, ainsi qu’un personnage féminin qui prend la relève du Méta-Baron et qui apprend enfin des erreurs du passé. 13,5/20 pour moi.
Star Hawks
Lancée aux États-Unis en 1977 (l'année de Star Wars), il s'agit d'une space-opera qui cherche à tirer parti du succès récent du genre. Le scénario de Ron Goulart, assez simpliste, se laisse lire. Mais les dessins de Gil Kane sont à leur meilleur niveau, les vaisseaux spatiaux et les mondes extraterrestres constituant le point fort. Étant une nouveauté à l'époque, aujourd'hui ce n'est pas indispensable et il s'agit surtout d'une curiosité historique. Je préfère les versions noir et blanc, plus proches de l'édition originale.
Le Nécronomickey - Le Livre des destins maudits
Philippe Foerster convoquant les mythes lovecraftiens, ça devait bien finir par arriver… L’expert en monstres difformes et autres destins maudits revient donc tourmenter nos âmes avec un album qui n’est pas un one-shot malgré les apparences. Certes, l’ombre de Lovecraft plane sur ses pages, notamment avec le poulpe Nyalarpoupeth, jumeau plus comique que maléfique du messager des Grands Anciens, lequel présente brièvement chacun des onze chapitres de l’ouvrage, après une introduction où l’on découvre les origines de sa mutation… mais il faut noter que chacun des chapitres peut se lire indépendamment les uns des autres, on est donc ici plus dans le recueil d’histoires courtes, un format qui rappellera les débuts de l’auteur dans Fluide Glacial, avec ce noir et blanc qui lui va si bien… Hommage à l’écrivain étatsunien flirtant avec la parodie, Foester fait donc référence au « Nécronomicon », le grimoire maudit issu de l’univers lovecraftien, dont la caractéristique était de faire perdre la raison à ceux qui le consultaient dans le but d’en explorer les vérités interdites. Ça fait peur, non ? Armé de son humour noir et grinçant, Foerster déroule ses historiettes en maltraitant à l’envi ses personnages, dont on sait à l’avance que tout finira très mal pour eux. Et leur destin maudit, ils le portent sur leur visage, déformé par l’angoisse ou la peur, avec la folie en embuscade accompagnée de visions cauchemardesques. Mais évidemment, Foerster, tel un laborantin fou prenant plaisir à torturer des souris blanches, ne se dépare pas de son ton sarcastique. Il ne fait ici que titiller nos terreurs enfantines, pour notre plus grand plaisir il faut bien l’avouer… Sur le plan du dessin, le Liégeois reste fidèle à son style unique, immédiatement reconnaissable. Ce trait à la fois élastique et déchiqueté qui courbe et torture les silhouettes jusqu’à la douleur est tout simplement admirable, avec encore une fois cette maîtrise impeccable du noir et blanc… Avec Foerster, c’est le laid qui devient beau. Sortirez-vous indemne de cette lecture ? Si les poulpes gluants ou les cadavres dévorés par les vers ne vous font pas tourner de l’œil, vous devriez pouvoir vous plonger sans risque dans ce « Nécronomickey », et au diable les superstitions ! N’oublions pas que la réalité est souvent bien plus terrifiante…
Plus loin qu'ailleurs
Ceux qui connaissent bien l'œuvre de Chabouté seront en terrain connus. Il a toujours son dessin en noir et blanc si personnel et efficace. Quant au scénario, c'est encore une fois un récit contemplatif remplit de longs silences et qui sont des tranches-de-vies d'un personnage en particulier. J'avoue que ce n'est pas le style d'histoire que j'aime le plus chez Chabouté car souvent le récit ne me touche pas et c'est un peu encore une fois ici. Cela dit cela aurait pu êtres pire parce que J’ai froncé les sourcils au début lorsque j’ai vu que le héros prévoyait un voyage au grand air en Alaska. J’ai emprunté l’album sans rien savoir du scénario et j’ai eu un peu peur de tomber encore une fois sur un récit bobo sur comment la nature s’est génial fait par un auteur européen qui n’a jamais mis les pieds en Amérique du Nord. Heureusement, Chabouté a assez de talent pour pondre un scénario plus original. Un type qui travaille de nuit va enfin découvrir la vie de son quartier le jour ! (parce que oui apparemment il a bossé tous les jours pendant des années) Il y a des bons moments humanistes et même poétiques, mais cela ne m'a pas touché plus que ça même si j'ai bien envie de vivre ce que vit le personnage principal. Après tout, qui n'a jamais eu envie de tout lâcher et de tout simplement vivre le moment présent et voir ce qui se passe autour de soit dans son propre quartier ?
Médée (Le Callet / Peña)
Je me suis rendu compte en lisant cette série à quelle point l'histoire de Jason et des argonautes ne m'a jamais vraiment intéressé et que cela fait tellement longtemps que j'ai lu ce mythe que je n'ai qu'une vague idée de ce que les autrices ont inventées et ce qui était déjà dans l'histoire originale. Cette série fait parti des récits qui sont sorti cette dernière décennie et qui mets en vedette un personnage féminin qui avait une image détestable et dont on brosse un portrait plus nuancé. Les autrices ont la bonne idée de ne pas bêtement transformé Médée en pauvre victime innocente qui fait rien de mal. Elle est tout de même issue d'un milieu privilégiée et n'a aucun scrupule à tout faire pour survire. Son problème est qu'en tant que femme, elle est surtout le jouet d'hommes puissants. Le scénario est pas mal même si j'ai trouvé qu'il y avait des longueurs. Le premier tome m'a un peu ennuyé vu que c'est une longue introduction et que l'action arrive enfin dans le tome suivant. Malgré des qualités, je n'ai pas trouvé que c'était un scénario exceptionnel, mais je pense que cela vient en parti du fait qu'à la base le mythe de Jason me laisse indifférent. J'aurais surement plus accroché si on avait choisi un personnage féminin issue d'un mythe que j'aime ou mieux encore une des déesses grecque que j'adore comme Perséphone ou Athéna. Au sujet du dessin, le trait de Pena est toujours aussi élégant, mais j'aime mieux son dessin lorsqu'il est en noir et blanc.
Beta Ray Bill - Etoile d'argent
Beta Ray Bill : Étoile d’argent est une véritable claque visuelle et émotionnelle. Daniel Warren Johnson livre ici une œuvre profondément personnelle, où l’action cosmique sert avant tout une histoire intime sur la perte, l’identité et la reconstruction. Le récit suit Beta Ray Bill, personnage souvent sous-estimé de l’univers Marvel, dans une quête presque désespérée pour retrouver ce qu’il a perdu. Mais derrière les combats spectaculaires et les voyages interstellaires, c’est surtout un récit mélancolique sur l’acceptation de soi. Le héros, brisé et en quête de sens, devient incroyablement humain malgré son apparence. Graphiquement, c’est exceptionnel. Le trait de Johnson est brut, nerveux, presque sauvage, mais toujours lisible et d’une puissance folle. Chaque planche déborde d’énergie, que ce soit dans les scènes d’action ou dans les moments plus introspectifs. Ce qui marque vraiment, c’est l’équilibre parfait entre grand spectacle et émotion sincère. L’histoire ne se contente pas d’être épique, elle touche juste. Un comics à la fois spectaculaire et profondément touchant, qui prouve que même les héros les plus “cosmiques” peuvent raconter des histoires très humaines.
Vinland Saga
Une série magnifique sur les thèmes de la violence, de la guerre, de l’esclavage, de la liberté, de l’amitié, des traumatismes psychologiques, du pardon et du pacifisme. La série est souvent réduite à un manga pour ados banal, surtout par des gens qui n’ont lu que le 1er arc narratif qui est particulièrement violent (4 arcs narratifs en tout). Sauf que le propos de la série ne se trouve pas dans ce 1er arc, qui ne sert que de contexte avant l’évolution du personnage.
Druuna
J’ai lu la série en entier, puis je l’ai refermée, et je suis resté longtemps à réfléchir à ce que je venais de voir… Il m’a semblé qu’il y a dans cette série une certaine profondeur méta-philosophique, qui ne s’ouvre qu’après avoir terminé la série, si l’on prend le temps de réfléchir longuement à ce que l’on a lu. Cette profondeur ne se révèle absolument pas pendant la lecture. Il ne vaut même pas la peine d’essayer de relier tout en une histoire cohérente ou de suivre les événements de manière chronologique — je pense que l’intention de l’auteur n’était pas là, mais plutôt que le sens apparaisse à la fin et forme une sorte de méta-signification. J’ai vu beaucoup d’avis négatifs sur la série, et cela m’a un peu troublé, car personnellement, au-delà du dessin qui peut déjà impressionner, j’ai aussi perçu une idée philosophique profonde dans l’ensemble de l’œuvre. Et je veux partager ma vision très, très subjective de cela. La série est extrêmement explicite — parfois à la limite d’un contenu pornographique dur. On y trouve beaucoup : de saleté, de boue, de décomposition ; de mutants et de déformations du corps ; de violence et d’agonie ; une exploitation sexuelle constante de l’héroïne principale. C’est le niveau de lecture le plus évident, celui qui est en surface, et c’est justement ce qui repousse, car l’expérience peut être assez désagréable par moments. Mais il existe un autre niveau de profondeur. À la fin, une autre image apparaît : les derniers tomes n’« expliquent » pas vraiment, ils redéfinissent tout ce qui a été vu auparavant et semblent dire au lecteur ceci : « Tu as lu cela comme l’histoire de Druuna — une femme qui souffre et cherche la paix dans un monde agonisant — mais ne le comprends pas ainsi. Ne donne pas ce sens à ce que tu as lu, car tout n’est pas comme tu le penses. Il n’y a pas de monde, il n’y a pas de Druuna, il n’y a rien de ce que tu as lu. Tes interprétations n’ont pas de sens en elles-mêmes. Toi, lecteur, tu fais partie du mécanisme qui met en marche les engrenages et “déploie le monde” (en crée une projection), lance une itération… » la souffrance de Druuna n’est pas seulement un élément de l’intrigue ; tout ce qui se passe est un cycle dont il n’y a pas d’issue ; l’observation de ce cycle fait elle aussi partie du mécanisme. Si vous cherchez une lecture légère, de l’érotisme ou une belle science-fiction — ce n’est clairement pas pour vous. Mais si vous êtes prêt à affronter une œuvre lourde, ambiguë et parfois repoussante, la série peut se révéler plus profonde qu’elle n’en a l’air. Points faibles (à mon avis subjectif) : La structure chaotique n’est pas une illusion — elle existe réellement. Les tomes du milieu donnent une impression de fragmentation et font perdre le fil : qui, où, quand, avec qui, comment, pourquoi — tout devient confus. Le passage vers le sens et la dimension philosophique arrive trop tard, demande de reconsidérer tout ce qui a été vu et de l’interpréter, et peut ne pas « fonctionner » pour un lecteur qui ne donnera pas une seconde chance à la série après avoir été confronté à ces défauts de structure, de narration chaotique et de contenu choquant. Je précise aussi qu’il est tout à fait possible qu’une partie de cette profondeur ne soit pas intentionnelle de la part de l’auteur, mais relève de l’interprétation du lecteur. C’est une conséquence du fait qu’il faut soi-même « assembler » le sens : il n’est pas clairement donné, mais doit être construit. En résumé : Ce n’est pas une œuvre « agréable ». Ni une œuvre « confortable ». C’est une œuvre qui soit repousse immédiatement, soit commence à agir dans l’esprit après la lecture. Si vous êtes prêt à : supporter l’inconfort, accepter le chaos comme une partie de la forme, aller jusqu’au bout puis prendre le temps de réfléchir et de construire vous-même le sens, sans chercher à tout comprendre pendant la lecture, alors il y a une chance de voir ici autre chose qu’une simple accumulation de provocation, de saleté, d’érotisme et d’apocalypse — peut-être une réflexion sombre et obsédante exprimée à travers des récits chaotiques. C’est une œuvre marquante, qui mérite d’être lue au moins une fois, ne serait-ce que pour déterminer si « c’est pour vous ou non », et où se situent vos propres limites. Je ne peux pas dire que c’est une œuvre culte, car elle a trop de défauts pour être facilement accessible. Mais en même temps, je ne peux pas être d’accord avec la quantité d’évaluations négatives : personnellement, cette histoire m’a fortement marqué, et à mon avis, cette série mérite clairement de l’attention.