J'ai lu la bande dessinée "La Croisière des Oubliés" du duo Christin-Bilal. Mon avis est mitigé. D'un côté, j'ai apprécié l'originalité du propos fantastique et la poésie qui se dégage de l'histoire. D'un autre côté, le dessin de Bilal à ses débuts est peu attrayant, et le message politique est parfois trop appuyé. Malgré ces défauts, l'engagement des auteurs pour l'écologie et l'antimilitarisme reste pertinent.
En lisant cette BD, j'ai été transporté dans un petit village breton menacé par des promoteurs immobiliers. L'histoire fantastique mêle écologie, nostalgie et lutte contre l'avidité. Les personnages, bien que parfois stéréotypés, m'ont touché. Le dessin de Bilal, même s'il n'est pas encore au sommet de son art, crée une ambiance glauque et poétique. J'ai aimé cette fable sociale, même si elle peut sembler naïve. Une lecture engagée qui résonne encore aujourd'hui.
L'histoire nous plonge dans le Nord de la France des années 70, avec ses usines en crise et ses ouvriers en lutte. J'ai ressenti une nostalgie pour cette époque, même si je ne l'ai pas vécue.
Le style de Bilal, bien que daté, m'a séduit. Les visages des personnages sont expressifs, et les décors industriels sont saisissants.
Le récit pose des questions intéressantes sur la réalité, le bonheur et les rêves. Peut-on être heureux en ignorant la réalité ? Quels rêves nous restent-ils dans une société parfaite ?
Malgré ces points forts, la fin m'a laissé sur ma faim. J'aurais aimé plus d'approfondissement sur la ville nouvelle créée par l'héritière.
En somme, "La Ville qui n'existait pas" est une BD à lire pour son ambiance et sa réflexion, malgré quelques défauts.
J'arrondis ma note au supérieur, mais en terme personnel je suis plus sur un 3*, principalement parce que la BD n'apprend pas grand chose à quelqu'un qui a déjà pu étudier le sujet ou s'est un peu investi dans la protection d'espèces animales.
Mais la BD est bien faite et destinée aux plus jeunes, même si certaines séquences peuvent durablement les marquer. Chaque petite histoire de 2 à 5 pages fait parler un animal qui se termine par une lettre qu'il nous adresse dans laquelle il encourage clairement à une cohabitation plus pacifique. Ce n'est pas un manifeste pro-végan, mais franchement je comprends qu'on le devienne après avoir été mieux informé : élevage intensif, pollution, abattage injuste (renard, blaireau, loup ...) ... La liste est longue mais la BD présente bien chaque situation toujours aussi horrible à voir. Et il est bon de rappeler que certains pays interdisent de nombreuses pratiques encore autorisées en France, parfois avec de grosses surprises.
Une BD bien faite, qui sensibilisera sans doute les jeunes à la question animale. Pour prendre conscience des enjeux qui les entourent, la BD est suffisante et permettra de creuser les sujets plus tard. Niveau dessin, c'est l'école italienne passée par l'académie Disney, on le sent dans les dessins animaliers, mais l'ensemble est franchement bien amené et le tout a une patte agréable à l’œil.
Le troupeau aveugle
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L'intégrale des scènes de la vie de banlieue : Scène de la vie de banlieue (1977), Accroche au balai j'enlève le plafond (1978), L'Hachélème que j'aime (1979), soit trente-et-une histoires allant de une à dix pages, toutes en couleurs, écrites, dessinées et mises en couleurs par (Philippe) Caza (Cazaumayou), à l'exception de trois qui ont été mises en couleurs par Scarlett Smulkowski. L'intégrale comprend également sept illustrations en pleine page. Elle s'ouvre avec un texte introductif d'une page, rédigé par l'auteur en 2003, à l'occasion de la première édition en intégrale. Il évoque avec un certain humour et une certaine fatalité le monde de la banlieue dans les années 1970.
Dans une belle banlieue aux immeubles espacés et à l'herbe riante, un homme se promène. Il repère un caillou rouge sur la route et il le ramasse. Celui-ci lui dit : Mercitre. L'homme le ramène dans son appartement et le dépose négligemment dans un cendrier. Il remarque qu'il a encore une tâche rouge au milieu de la main. Il va se les laver, mais elle ne part pas. Il revient dans le salon et voit que le cendrier est rouge, comme si le caillou avait déteint. L'auteur a longtemps porté les cheveux courts, la barbe aussi. Ça lui faisait un visage plutôt rigoureux, en accord avec le style de graphisme qu'il pratiquait alors. Et puis vient le jour (l'hiver arrivait et le froid…) où il décide de laisser pousser tout ça, histoire de voir la tête que ça lui fait. À la fin de l'hiver, ça commence à prendre un aspect intéressant. de plus, il réalise une sérieuse économie de coiffeur et de lames de rasoir. Si bien qu'il décide de continuer. C'est alors que ses cheveux commencent à verdir.
L'auteur est réveillé la nuit par des bruits, comme une voiture qui aurait un accrochage dans le virage en bas de chez lui. Il finit par se lever pour descendre voir, puis par veiller dans sa propre voiture pour essayer de repérer le véhicule et le chauffeur. L'auteur quitte sa banlieue et se rend à Villeville en voiture. Il finit par la stationner à côté d'une bouche de métro et il se déplace en métro. Quand il veut retourner à sa voiture, il se rend compte qu'il ne sait plus à quelle station il l'a garée. L'auteur est à sa table à dessin et il finit par se sentir seul. Chaque objet vers lequel il se tourne lui adresse une phrase. Sept heures du soir en hiver, en Banlieue-sur-Seine, il fait déjà presque nuit. Les indigènes flasques se terrent au sein de leurs pavillons bien clos. Déjà les télés baignent les salles de séjour de leur lumière ultra-violette. On entend des bruits d'apéritifs, de biftecks grillant et, dans la chambre du haut, le tourne-disque de ce bon dieu de gosse qui braille Be-Bop-A-Lulla pour la sixième fois consécutive. Dehors il n'y a rien. Personne. L'auteur s'est fait pirate et il s'en prend aux hachélèmes, à bord de son petit immeuble baptisé Mon Rêve. Marcel Miquelon se regarde dans le miroir de la salle de bain et il ne peut pas croire ce qu'il est devenu.
Toute une époque ! En fonction de son histoire personnelle, le lecteur est plus ou moins familier de l’œuvre de cet auteur, et de cette période. Peut-être découvre-t-il l'un comme l'autre. Peut-être est-ce une période qu'il a vécue, adulte, adolescent ou enfant. Philippe Cazaumayou a marqué le paysage de la bande dessinée française, participant au magazine Métal Hurlant, avec d'autres auteurs déjà connus comme Alexis, Gotlib, Nikita Mandryka, Jacques Tardi, Enki Bilal, F'murr, Jean-Claude Forest, Yves Got, Jacques Lob, Paul Gillon, René Pétillon, Francis Masse. Il est également resté dans les mémoires pour avoir réalisé la couverture de nombreux livres de la collection Science-Fiction de l'éditeur J'ai Lu, dans les années 1970. Cela peut donc être une occasion rêvée soit de retrouver ses histoires courtes pour le magazine Pilote, soit de découvrir cet auteur. La lecture en est agréable dès le début, avec des dessins propres sur eux dans un registre descriptif, une mise en couleurs riche, parfois teintée de psychédélisme mais sans en devenir pénible et des histoires courtes et variées. Il faut passer les quatre premières histoires, soit une vingtaine de pages, où Caza semble encore chercher la bonne répartition entre images et textes, ceux-ci étant étrangement redondant.
Dès la première histoire, le lecteur ressent la sensibilité de l'auteur : des restes hippies hérités de la décennie passée, une forme d'aliénation générée par la vie en banlieue, un goût pour une forme d'anticipation légère, avec parfois une touche de science-fiction, parfois une touche fantastique, ou une touche d'horreur. le lecteur n'ayant pas vécu ces années découvre les préoccupations et les thèmes reflétant une époque, dans un cadre de vie qui est celui de la banlieue et des Habitations à Loyer Modéré (HLM). Celui qui les a vécues ressent une forte bouffée de nostalgie, les préoccupations sous-jacentes de ces années-là. Au fil de ces trente-et-un récits courts, Caza évoque un environnement bétonné déconnecté de la nature, le labyrinthe urbain de la capitale, l'ultra moderne solitude, le comportement très conformiste et soumis de la majorité scotchée devant son écran de télévision le soir et se couchant tous à la même heure, les rapports de voisinage conflictuels dans des immeubles à l'insonorisation défaillante, le gris du béton et l'absence de couleurs, la présence sourde des forces de l'ordre, l'altérité culturelle de certains voisins, les tentatives pour échapper à cette uniformisation de masse, et déjà des problèmes environnementaux tels que le réchauffement climatique ou la production sans cesse croissante d'ordures ménagères. En fonction de son état d'esprit, le lecteur peut être assommé de découvrir que ces préoccupations bien d'actualité existait déjà dans les années 1970 et qu'elles n'ont fait qu'empirer, ou bien se dire que c'est une constante de la société humaine. de temps à autre, il décèle l'influence d'un auteur de science-fiction des années 1970, comme la citation explicite du livre le troupeau aveugle (1972) de John Brunner (1934-1995).
La manière de dessiner de l'artiste progresse tout au long de ces histoires, certaines caractéristiques restant présentes du début à la fin. Il réalise des cases descriptives, avec au départ un trait de contour fin, et de toutes petites hachures pour renforcer les textures. Par la suite en fonction des besoins, il peut utiliser un trait plus gras, pour une séquence nocturne ou pour donner plus de poids à des personnages ou des éléments de décor. Il s'investit beaucoup dans la représentation des décors, des objets du quotidien. Avec les petites hachures, cela donne presque une sensation tactile : le lecteur peut tourner son regard pour détailler l'aménagement de chaque lieu, la carrosserie d'une voiture, les meubles et les accessoires présents dans chaque pièce. Selon la fonction de l'objet ou du lieu, le dessinateur choisit de faire varier le degré de détail, d'une représentation photoréaliste à une représentation naïve. Il fait également varier le registre de représentation des individus, également du photoréalisme à la caricature, en fonction de l'effet qu'il souhaite obtenir. le résultat est visuellement très riche, tout en présentant une unité remarquable, celle de la vision d'un auteur. de temps à autre, le lecteur repère une influence, comme celle de Bernie Wrightson dans Homo-detritus.
D'histoire en histoire, le lecteur se rend compte qu'il ralentit sa vitesse de lecture sur telle ou telle page pour mieux l'apprécier. Les images l'emmènent ailleurs : une promenade dans un espace vert, un cimetière de voitures, des couloirs de métro qui rendent claustrophobe, le pavillon de banlieue de classe moyenne, la cage d'escalier pour se rendre à l'étage du dessus, une salle de bains avec un éclairage maladif, un cimetière de nuit, une plage paradisiaque, une taverne moyenâgeuse, etc. Il lui reste de nombreuses images en tête une fois l'ouvrage refermé : une chevelure fleurie, un bébé-voiture, la masse compacte des agents de la Métro-police (plus d'une centaine dans une seule case), le pavillon-vaisseau Mon Rêve, Marvel Miquelon montant les marches une à une dans la cage d'escalier, l'éléphant essayant de passer par la porte du salon, la parodie de kung-fu (Congue-fou), la destruction d'un gratte-ciel avec ses étages en feu de nuit, Caza se battant contre une pieuvre géante au fond de l'océan, une intervention télévisuelle du ministre Marcel Miquelon, la tête du même Marcel brandie à bout de bras par le bourreau après un décolletage à la guillotine, un massacre sanglant de zombies, etc. Sans abuser des effets, Caza utilise les couleurs de manière personnelle, parfois avec une touche psychédélique, parfois avec une couleur dominante très vive comme le rouge du sang, parfois en jouant avec l'exagération du noir des ombres portées.
S'il est familier de cette époque, une fois passé l'effet très puissant d'une immersion complète dans son ambiance, le lecteur revient au simple plaisir de lecture. La narration visuelle emporte le lecteur dans des ailleurs souvent légèrement en décalage avec le quotidien gris et morne des environnements bétonnés des hachélèmes, parfois beaucoup plus exotiques. Il apprécie d'autant plus ce témoignage que l'auteur se montre aussi facétieux. D'un côté, la chute de l'histoire est souvent prévisible ; de l'autre côté, Caza fait montre d'une réelle affection pour ses personnages. D'un côté, une partie des récits met en scène un avatar de l'auteur, un homme d'une trentaine d'années réalisant des bandes dessinées, résigné à vivre dans un hachélème peu propice à la créativité. D'un autre côté, Marcel Miquelon fait naître une empathie inattendue. Un homme d'une cinquantaine d'années, empâté, terne et accordant une priorité absolue à son train-train quotidien, prêt à exterminer tout ce qui vient troubler cet ordre totalement dénué de fantaisie, qu'il veut immuable. le lecteur se prend d'affection pour cet homme réactionnaire et sans éclat, pour ce pauvre être humain contraint de faire face à des événements (à commencer par le comportement des voisins du dessus) qui troublent sa vie morne et répétitive, auquel il doit faire face avec ses capacités d'adaptation quasi inexistantes. Il savoure de ci de là des jeux de mots narquois, par exemple S'afesser au lieu de S'affaisser pour Marcel Miquelon se vautrant dans son canapé, devant son poste de télévision.
Les décennies passant, le magazine Métal Hurlant est devenue une référence dans l'évolution de la bande dessinée, à commencer par les apports de Philippe Druillet et de Moebius (Jean Giraud). Caza mérite pleinement sa place dans cette phase, un auteur complet, avec une personnalité graphique moins flamboyante, mais tout aussi solide, des récits d'anticipation ancrée dans la réalité de la banlieue française des années 1970, un ton parsemé d'humour et de poésie. Plus de quatre décennies plus tard, c'est un vrai plaisir de lecture de se plonger dans ce recueil pour une satire gentille sans être naïve, des images et des situations mémorables, des personnages très humains.
3.5
Décidément, Fabien Toulmé est un auteur à suivre.
Cette série regroupe des reportages que Toulmé a faits à travers le monde sur des résistantes et des mouvements populaires qui ne sont pas trop connus en occident. En tout cas, en ce qui concerne le premier tome, j'avais vaguement entendu parler des manifestations au Liban et c'est tout.
Toulmé vulgarise bien l’histoire et les enjeux des endroits qu'il visite. C'est vrai que ça peut être dense par moment, mais cela ne m'a pas empêché de trouver que c'était passionnant à lire. Évidemment, comme on touche à des sujets différents au fil de l'album, mon attention était surtout portée sur les sujets qui me touchent ou m'intéressent le plus. J'ai particulièrement aimé la partie au Bénin où l'auteur rencontre une militante féministe qui tient des propos bien intéressants, notamment sur son père qui avait quelques idées modernes pour un homme de sa génération, mais qui était tout de même prisonnier de plusieurs schémas traditionnels.
Le dessin est simple et efficace.
Hulk n'est qu'un monstre.
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Le tandem Jeph Loeb + Tim Sale s'est rendu célèbre pour avoir réalisé de mémorables histoires de Batman (par exemple Un long Halloween). Après ces histoires chez DC, ils viennent mettre en œuvre leur magie chez Marvel. Cela donnera trois histoires : Daredevil jaune (en 2001), Spider-Man bleu (en 2002) et celle-ci de Hulk (en 2003).
Une nuit plus dure que les autres, Bruce Banner demande à Leonard Samson de le recevoir dans son cabinet de consultation psychologique. Banner a besoin de parler, d'être écouté, d'être entendu et d'être gentiment contredit. Il revient sur la journée où il a été irradié par les rayons gamma et sa rencontre avec Rick Jones. Il raconte avec le recul du temps passé les 2 ou 3 premières journées à partir desquelles la personnalité de Hulk s'est manifestée. Il explore la naissance de Hulk en tant qu'individu, sa relation haineuse avec le général Ross, sa relation compliquée avec Betty Ross, et l'usage de sa force incommensurable. Jeph Loeb dévoile même que pendant ces trois jours Hulk a été confronté à un superhéros.
Les 3 récits "couleur" (jaune, bleu et gris) de Loeb & Sale sont l'occasion pour les auteurs d'éclairer d'un jour différent la relation originelle entre le héros et sa dulcinée (réelle, future ou potentielle). Jeph Loeb a vraiment choisi de se concentrer sur les premières heures d'existence de Hulk, racontées rétrospectivement par Banner, plusieurs années après. Loeb enchevêtre la narration des tribulations de Hulk qui développent les situations décrites dans le premier épisode de la série paru en mai 1962, avec les réflexions de Banner qui analyse les événements pour leur trouver un sens ou une interprétation. Loeb évite de verser dans un jargon psychanalytique, même s'il évoque la culpabilité, les pulsions suicidaires, la peur de l'arbitraire, les cinq étapes du deuil d'Elizabeth Kubler-Ross, etc. Pour ce qui est des actions de Hulk, le lecteur familier avec le premier épisode de 1962 retrouvera les éléments les plus marquants tels que le sauvetage de Rick Jones, l'hostilité immédiate du général Thaddeus Ross envers Hulk, et la cellule providentielle dans laquelle Hulk passe une nuit. Loeb & Sale respectent bien sûrs la couleur originelle du monstre : gris. Loeb se permet également de rajouter une scène ou deux qui avaient été classées secret défense, dont un combat d'un superhéros contre Hulk. Mais à la lecture il s'avère que les 2 narrations (les premiers pas de Hulk en images et par les dialogues, et les réflexions de Banner et Samson) ont du mal à coexister, le lecteur devant faire l'effort délicat de passer de l'une à l'autre tout en conservant la continuité des 2 fils, ce qui demande une forte attention.
Dans les notes en fin de volume, Tim Sale explique qu'il a défini l'apparence de Hulk à partir des premiers épisodes dessinés par Jack Kirby et d'une parodie dessinée par Marie Severin. Son Hulk dispose d'énormes sourcils broussailleux perchés sur de grosses arcades sourcilières proéminentes, avec une tête pratiquement enfoncée dans les épaules, sans cou. L'un des objectifs graphiques était de marier la monstruosité de Hulk, avec une exagération comique, pour placer le personnage à mi-chemin entre l'abomination contre nature et la vision d'artiste bénéficiant de la licence artistique. le ton dramatique du récit fait bien sûr pencher la balance du coté de l'horreur, l'aspect comique contrebalançant les passages les plus noirs. Cela donne des séquences inoubliables dans lesquelles le lecteur prend conscience que Hulk est vraiment comme un enfant qui vient de naître, il a à peine 24 heures d'existence (je pense en particulier à la scène où Hulk examine un lapin).
Tim Sale reste un conteur graphique hors pair dans ces pages. Il utilise une mise en page aérée dans laquelle Hulk a bien du mal à tenir complètement dans les cases (le général Ross également). Sa maîtrise de l'encrage lui permet de rendre compte des épaisseurs et des volumes, mais aussi des ambiances, et de l'ambivalence du comportement de certains personnages (à commencer par le général Ross). le tête-à-tête entre Betty Ross et Hulk est une leçon de mise en scène, d'expressions complexes des visages et de langage corporel. le combat entre Hulk et le superhéros met en évidence la brutalité des coups, l'ineptie inhérente à cet affrontement, le manque d'expérience des 2 combattants, l'inanité du conflit. La présence physique de Hulk dégage une force inéluctable qui en impose au lecteur. L'acharnement déraisonné du général Ross s'affiche sur son visage grâce à un style qui rappelle Jack Kirby. Rick Jones ressemble vraiment à un grand adolescent rebelle qui évoque la fragilité de James Dean. Bien sûr, Tim Sale joue également avec les proportions pour amplifier les sensations. Il sait aussi réduire à sa plus simple expression quelques moments pour les rendre d'autant plus efficaces (l'œil de Hulk au judas de la porte d'entrée du foyer des Ross).
De prime abord, ce récit semble diverger du cadre établi par Yellow et Blue, mais il s'agit bien de voir sous un nouvel éclairage la relation amoureuse naissante qui unissait Betty Ross à Bruce Banner. Jeph Loeb fait une fois de plus preuve d'une grande perspicacité pour mettre à jour ces sentiments et leur fondation. Tim Sale délivre des planches magnifiques de bout en bout, qui proposent une vision artistique spécifique au personnage de Hulk, tout en restant dans le style graphique habituel de cet artiste. Ce récit souffre malgré tout du trop grand décalage qui existe entre les commentaires à posteriori de Banner et l'histoire de Hulk.
Dans l'espace et dans les souvenirs
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Après avoir introduit le troisième frère Summers dans la minisérie X-Men Genèse mortelle, Ed Brubaker s'installe sur la série mensuelle Uncanny X-Men à partir du numéro 475. Ce recueil regroupe les épisodes 475 à 486 d'Uncanny X-Men.
Juste après sa réapparition, Gabriel Summers s'élance dans l'espace pour aller assouvir sa vengeance contre D'Ken le meurtrier de sa mère. Il croise la route de Cal'syee Neramani (Deathbird, la sœur de Lilandra) et finit par ramener à la vie D'Ken et à l'aider à accéder au trône de l'empire des Shi'ar (une race extraterrestre).
Suite à cette réapparition catastrophique, Charles Xavier (2 jambes valides, mais dépourvu de ses pouvoirs télépathiques) décide de se lancer à sa poursuite pour réparer les pots cassés. Il réussit à s'emparer d'un vaisseau interstellaire et se lance à son tour dans l'espace avec quelques X-Men : Alex Summers (Havok, frère de Gabriel), Lorna Dane (Polaris), Rachel Summers (Marvel Girl, fille d'un Scott Summers d'une autre réalité), James Proudstar (Thunderbird II ou Warpath) et Armando Muñoz (Darwin). Leur route va croiser celle de Lilandra, celle de Korvus (un Shi'ar qui manie une épée imprégnée l'énergie du Phoenix) et celle des Starjammers. Parmi ces derniers, se trouvent Corsair (Christopher Summers, le père de Vulcan), Ch'od, Hepzibah, Sikorsky, Raza Longknife…
Ed Brubaker prend le pari de centrer son histoire sur un petit groupe de X-Men dans un contexte rappelant fortement l'odyssée du cristal de M'Kraan (épopée légendaire signée Claremont & Byrne) pour montrer que Gabriel Summers est là pour longtemps le résultat est assez convaincant. Les personnages sont fidèles à leur histoire et à leur profil psychologique. La prise de pouvoir par Vulcan n'est ni simpliste, ni facile. Ses traits de caractère les plus déconcertants sont approfondis et expliqué dans la perspective de son histoire personnelle. La culture des Shi'ar est également approfondie. L'aspect space-opera n'est pas négligé sans que l'on tombe pour autant dans un pâle ersatz de Star Wars. Il aurait fallu que Brubaker se concentre plus les interactions des X-Men pour atteindre un autre niveau. Il a beau évoquer les conséquences des actions de Cassandra Nova (personnage créé par Grant Morrison) et les personnages des années 70, cela ne suffit pas retrouver le souffle épique des meilleurs épisodes.
Les dessins sont réalisés par Billy Tan. Il met beaucoup d'application à donner une véritable identité à chaque personnage et à chaque vaisseau. Les membres de la race des Shi'ar présentent une véritable identité graphique. Les décors sont assez fouillés pour que le lecteur se trouve transporté dans une galaxie fort lointaine. Il y a de ci, de là quelques petites erreurs anatomiques (les bras de Charles Xavier) déconcertantes. Les scènes d'action sont percutantes et mettent bien en valeur les pouvoirs de nos mutants favoris. 3 épisodes sont illustrés par Clayton Henry dans un style beaucoup plus fade et moins détaillé. Il s'agit des épisodes consacrés à Vulcan et cela permet à Billy Tan de prendre un peu d'avance sur ses propres épisodes.
Après le ratage de Deadly Genesis, c'est un vrai plaisir que de suivre cette aventure interstellaire rapide et nerveuse, avec la remise en cause et le bouleversement du pouvoir au sein de l'empire des Shi'ar sur la base d'un schéma assez élaboré. Et puis j'ai toujours un gros faible pour Hepzibah qui revient au premier plan dans les épisodes d'après.
Voila un hommage franchement bien réussi ! Matz ne se cache clairement pas de ses inspirations (notamment explicitée dans la postface) et les utilise à bon escient dans une histoire qui réussit à combiner ses éléments sans jamais déborder du cadre. Efficace et classique, donc !
Une banale histoire de gangster un peu rangé, ses acolytes des mauvais coups et une jeune pépé qu'il commence à apprécier, les ingrédients d'une bonne histoire d'action dans le Paris des années 60. Ca sent les recherches niveau décors, costumes, accessoires, c'est travaillé dans le langage qui sonne argot de la pègre version années 60 et bien sur, on va se retrouver dans une embrouille de petits malfrats. Si rien ne surprend et ne sort vraiment du lot, je trouve que l'exercice est maitrisé d'un bout à l'autre par Matz qui oscille sur la corde raide entre l'hommage et la reprise. Je n'ai jamais eu l'impression d'un plongée dans la citation à outrance ni dans le parodique, pas plus que je n'ai l'impression de voir retranscrit ce que j'ai déjà vu ailleurs. L'histoire est maitrisée, simple et efficace mais se glisse dans une enveloppe bien connue des amateurs de polars de cette époque.
Je trouve la BD bien faite, un bon démarrage de série qui peut facilement avoir deux trois tomes de plus sans paraitre non plus une ode à la vieille France et à un temps d'avant qui serait mieux. J'ai bien envie de lire la suite, en tout cas pour l'instant je ne boude pas mon plaisir de lecture !
Pourquoi vous faites ça ?
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Cet ouvrage constitue un récit complet indépendant de tout autre. Sa première édition date de 2018. Il a été réalisé à quatre mains pour le scénario et les dessins, par Jean-Marc Troubet (Troubs) et Edmond Baudoin. Il s'agit d'une bande dessinée en noir & blanc, comptant 107 planches. le tome s'ouvre avec une introduction d'une page, rédigé par Jean-Marie Gustave le Clézio. Il évoque la phrase de Michel Rocard, en 1989, alors premier ministre : la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. L'écrivain pose la question : comment peut-on faire le tri ? Il évoque la situation que les migrants fuient, pas par choix. Il en appelle au pragmatisme : dans l'Histoire les empires fondés sur l'injustice, l'esclavage, sur le mépris n'ont jamais survécu. Il en appelle à agir, : il suffit de renverser le raisonnement, de cesser d'agir sous l'impression d'une menace. Ces deux auteurs ont précédemment réalisé deux autre récits de même nature : Viva la vida (2011) sur les habitants de Ciudad Juárez, le goût de la terre (2013), sur des habitants de villages dans une zone rurale de la Colombie.
Deux oiseaux sur une branche, l'un d'eux fait remarquer qu'en 2011, ils sont allés au Mexique, en 2013 en Colombie, pour le faire le portrait des réfugiés. Aujourd'hui, c'est ici. le 2 juillet 2017, Baudoin est en France à Chamonix. Il regarde les nuages. le glacier des Bossons qui diminue un peu plus. Il regarde le Mont-Blanc. le 19 juin, il revenait de Chine, en octobre, il va au Québec, le 13 novembre en Angleterre, le 22 en Russie. Il va partout dans le monde. On l'y invite. Pourquoi pour lui c'est possible et par pour un Afghan, un Soudanais, un Érythréen, un… Demain, lundi 3 juillet, à Nice, il va retrouver Son ami Troubs. Ils vont faire un livre qui ne va pas s'appeler Tintin dans La Roya. C'est parce qu'ils ne savent pas qui de eux deux est le capitaine Haddock ou Tintin.
Leur premier rendez-vous est en Italie, avec Enzo Barnabà. Il habite un petit village au-dessus de la frontière : Grimaldi Superiore. Ils ont rendez-vous avec lui à 17 heures, ils sont à Menton à 13 heures. Ils ont le temps. Ils traversent la frontière à pied. Ils ne voient pas de migrants, ou alors ils sont hollandais. Un des policiers italiens, d'un simple coup d’œil et d'un hochement de tête, leur faire signe de passer. C'est comme pour les voitures : elles sont fouillées selon l'aspect (et peut-être la couleur ?) de leur carrosserie. La frontière entre Menton et Vintimille est dessinée sur une crête rocheuse qui plonge dans la mer. Trois routes et une ligne de chemin de fer la traversent. En haut, c'est l'autoroute avec ses deux tunnels, de deux voies chacun qui percent la montagne. Au milieu, c'est par un pont. Il y a un poste de douane de chaque côté, et bien sûr, une boutique détaxée entre les deux. (et même un étal de fruits et légumes sur le trottoir). Des dizaines de T.E.R. et des trains de marchandises empruntent tous les jours un tunnel étroit. La route du bas plonge aussi dans un tunnel. L'ancien poste frontière franco-italien est là : côté français. Et si on suit la côte à pied, on arrive en Italie sur une plage. C'est une jolie petite crique avec un commerce de glaces, de transats et de parasols… un petit paradis estival.
C'est donc le troisième ouvrage réalisé à quatre mains par deux bédéistes : chacun dessinant des planches et écrivant. La différence entre les deux se fait plus facilement que précédemment : par les traits de contour plus épais et plus charbonneux d'Edmond Baudoin, par ses textes écrits en lettres capitales, par les dessins moins chargés de noir de Troubs, et son texte écrit en minuscules. Mais dans certaines pages, le lecteur découvre une autre manière de dessiner qui peut être de l'un ou de l'autre. Cette bande dessinée ne se présente pas sous une forme traditionnelle. Il y a très peu de dialogue, seul moment où les auteurs font usage de phylactères. La composition des pages comporte souvent deux illustrations et du texte à côté, ou au-dessus. Il peut s'agir aussi bien de montrer ce que font les auteurs, par exemple marcher, qu'un endroit où ils arrivent, et souvent des plans poitrine ou des gros plans sur des personnes qu'ils rencontrent, des migrants comme des habitants qui les aident d'une manière ou d'une autre. Comme les deux ouvrages précédents, le lecteur ne sait pas trop s'il s'agit d'une bande dessinée de type reportage, ou plutôt d'un texte illustré savamment composé par les deux auteurs. Peu importe.
Comme ils l'annoncent dans la première page avec ces deux oiseaux sur une branche, Troubs & Baudoin reprennent leur idée d'aller à la rencontre de personnes, et de faire le portrait en échange de la réponse à leur question : pourquoi font-ils ça ? Ils ont retenu de retranscrire majoritairement la réponse des aidants. Ils rencontrent d'abord Enzo Barnabà, un écrivain et historien, qui a longtemps été professeur, et qui leur montre le passage illégal de la frontière, par la montagne au-dessus des tunnels. Les images montrent le visage sillonné de rides de l'homme, les flancs de la montagne, le chemin au milieu de la végétation, trois immigrants, des vêtements au sol. Il y a une forme changeante d'interaction entre texte et dessin : parfois presque une redondance, le texte disant ce qui est montré, parfois une complémentarité sophistiquée, parfois une forme d'illustration accompagnant le texte. le lendemain matin, le lecteur découvre un autre portrait, celui de Daniel Trilling, un journaliste anglais venu interviewer Enzo sur la question des réfugiés. Puis les artistes et leur guide repartent dans la montagne : les dessins se composent de formes un peu lâches donnant plus une impression qu'une description photographique. En même temps, le lecteur éprouve bien l'impression de voir le paysage observé par Troubs & Baudoin en empruntant le chemin des réfugiés et en regardant vers la mer, puis vers Menton.
Les auteurs font une pause dans leur marche : Troubs est représenté en train de dessiner, dans deux dessins en pleine page, une silhouette assise au loin, puis un peu plus rapprochée dans un paysage naturel. Puis un portrait en plan italien dans un troisième dessin en pleine page. La page suivante passe à Jean-Claude, un ami d'Enzo pour une nouvelle rencontre, un nouveau portrait, et une nouvelle réponse à la question de pourquoi il fait ça. le deuxième dessin sur cette page est celui presque en ombre chinoise de deux réfugiés se précipitant pour se coller contre la paroi, alors qu'un train vient à passer dans le tunnel. Sur cette page, le texte est largement majoritaire. Ainsi de place en place, les auteurs rencontrent des citoyens investis dans l'aide à ces migrants qui passent proches de leur foyer, dans un dénuement terrible, ayant souffert tout le long du voyage, souvent victimes de sévices, fuyant une situation pire chez eux. le lecteur fait ainsi la connaissance de Delia, patronne d'un café restaurant, de sa nièce Alexa, de Nazario, de Manuela, de Jacques Perreux, d'Andrée, de François-Xavier un prêtre, de Claudine, de Cédric Herrou, d'un groupe appelé les Vikings composés d'Allemands, de Hollandais, de Suédois, d'Italiens, de Français, et de nombreux autres. À chaque fois, Troubs ou Baudoin en réalise un portrait le plus souvent en plan taille ou en gros plan : des êtres humains normaux et banals qui ne peuvent pas rester indifférents à la souffrance devant leur porte.
Bien évidemment les migrants sont également présents : ils passent et ils reçoivent l'aide des citoyens rencontrés et présentés par les auteurs. Ces derniers en font leur portrait, comme en toile de fond. Puis de la planche 55 à la planche 63, les deux dessinateurs reprennent leurs fonctions avec les portraits échangés contre des réponses. Ils demandent : parlez-nous de votre voyage. Quels sont vos rêves ? Tout du long de l'ouvrage, les auteurs sont marqués par le calme des réfugiés. Lors de cette séance de dessin, ils sont confrontés au fait que les migrants réfléchissent, car il y a tellement de souvenirs qui leur reviennent qu'ils restent muets. Ils préfèreraient prendre le temps d'expliquer leurs histoires parce que parler d'une chose c'est comme nier toutes les autres. Cette séquence est particulièrement émouvante, tout en tenant à distance le pathos. Baudoin & Troubs souhaitent montrer la personnalité de celui ou celle qui se tient devant eux, au temps présent. Baudoin commence par dessiner les yeux, mais ses vis-à-vis évitent le regard. Il insiste en mettant deux doigts dans le siens. D'un coup, ils acceptent le dialogue silencieux et c'est lui qui panique en voyant ce qu'ils lui montrent. Et le lecteur est bord des larmes avec ces simples phrases et le portrait en gros plan de quatre êtres humains.
En choisissant cet ouvrage le lecteur a des a priori diverses et variés, dépendant de sa familiarité avec ces auteurs, avec leur démarche. Il peut être pris au dépourvu par la forme même de ce reportage, une narration qui relève plus du texte illustré, mais avec des spécificités de la bande dessinée, ce qui en fait une forme hybride. Il peut se préparer à côtoyer des drames insoutenables, et une misère humaine étouffante. Ça ne se passe pas exactement comme ça : les auteurs ont à cœur de transcrire la chaleur humaine de leurs rencontres, à commencer par l'humanité des habitants apportant leur aide sous une forme ou sous une autre, sans pour autant les présenter comme des héros, sans la dimension spectaculaire presque inévitable qui accompagne les reportages des médias traditionnels. Il s'agit d'êtres humains refusant de considérer les femmes et les hommes qui fuient leur pays, comme un phénomène de société ou comme des groupes, ou pire encore des statistiques. Au bout de quelques pages, le lecteur ne se préoccupe plus de savoir s'il lit une bande dessinée ou un objet hybride : il ressent à quel point ce mode d'expression permet aux auteurs de restituer ce qu'ils ont vécu, avec honnêteté et fidélité, y compris dans l'expression de leurs ressentis et de leurs émotions, de façon incidente et prévenante vis-à-vis du lecteur. Une réussite extraordinaire.
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La Croisière des Oubliés
J'ai lu la bande dessinée "La Croisière des Oubliés" du duo Christin-Bilal. Mon avis est mitigé. D'un côté, j'ai apprécié l'originalité du propos fantastique et la poésie qui se dégage de l'histoire. D'un autre côté, le dessin de Bilal à ses débuts est peu attrayant, et le message politique est parfois trop appuyé. Malgré ces défauts, l'engagement des auteurs pour l'écologie et l'antimilitarisme reste pertinent.
Le Vaisseau de Pierre
En lisant cette BD, j'ai été transporté dans un petit village breton menacé par des promoteurs immobiliers. L'histoire fantastique mêle écologie, nostalgie et lutte contre l'avidité. Les personnages, bien que parfois stéréotypés, m'ont touché. Le dessin de Bilal, même s'il n'est pas encore au sommet de son art, crée une ambiance glauque et poétique. J'ai aimé cette fable sociale, même si elle peut sembler naïve. Une lecture engagée qui résonne encore aujourd'hui.
La Ville qui n'existait pas
L'histoire nous plonge dans le Nord de la France des années 70, avec ses usines en crise et ses ouvriers en lutte. J'ai ressenti une nostalgie pour cette époque, même si je ne l'ai pas vécue. Le style de Bilal, bien que daté, m'a séduit. Les visages des personnages sont expressifs, et les décors industriels sont saisissants. Le récit pose des questions intéressantes sur la réalité, le bonheur et les rêves. Peut-on être heureux en ignorant la réalité ? Quels rêves nous restent-ils dans une société parfaite ? Malgré ces points forts, la fin m'a laissé sur ma faim. J'aurais aimé plus d'approfondissement sur la ville nouvelle créée par l'héritière. En somme, "La Ville qui n'existait pas" est une BD à lire pour son ambiance et sa réflexion, malgré quelques défauts.
Lettres des animaux à ceux qui les prennent pour des bêtes
J'arrondis ma note au supérieur, mais en terme personnel je suis plus sur un 3*, principalement parce que la BD n'apprend pas grand chose à quelqu'un qui a déjà pu étudier le sujet ou s'est un peu investi dans la protection d'espèces animales. Mais la BD est bien faite et destinée aux plus jeunes, même si certaines séquences peuvent durablement les marquer. Chaque petite histoire de 2 à 5 pages fait parler un animal qui se termine par une lettre qu'il nous adresse dans laquelle il encourage clairement à une cohabitation plus pacifique. Ce n'est pas un manifeste pro-végan, mais franchement je comprends qu'on le devienne après avoir été mieux informé : élevage intensif, pollution, abattage injuste (renard, blaireau, loup ...) ... La liste est longue mais la BD présente bien chaque situation toujours aussi horrible à voir. Et il est bon de rappeler que certains pays interdisent de nombreuses pratiques encore autorisées en France, parfois avec de grosses surprises. Une BD bien faite, qui sensibilisera sans doute les jeunes à la question animale. Pour prendre conscience des enjeux qui les entourent, la BD est suffisante et permettra de creuser les sujets plus tard. Niveau dessin, c'est l'école italienne passée par l'académie Disney, on le sent dans les dessins animaliers, mais l'ensemble est franchement bien amené et le tout a une patte agréable à l’œil.
Scènes de la vie de banlieue
Le troupeau aveugle - L'intégrale des scènes de la vie de banlieue : Scène de la vie de banlieue (1977), Accroche au balai j'enlève le plafond (1978), L'Hachélème que j'aime (1979), soit trente-et-une histoires allant de une à dix pages, toutes en couleurs, écrites, dessinées et mises en couleurs par (Philippe) Caza (Cazaumayou), à l'exception de trois qui ont été mises en couleurs par Scarlett Smulkowski. L'intégrale comprend également sept illustrations en pleine page. Elle s'ouvre avec un texte introductif d'une page, rédigé par l'auteur en 2003, à l'occasion de la première édition en intégrale. Il évoque avec un certain humour et une certaine fatalité le monde de la banlieue dans les années 1970. Dans une belle banlieue aux immeubles espacés et à l'herbe riante, un homme se promène. Il repère un caillou rouge sur la route et il le ramasse. Celui-ci lui dit : Mercitre. L'homme le ramène dans son appartement et le dépose négligemment dans un cendrier. Il remarque qu'il a encore une tâche rouge au milieu de la main. Il va se les laver, mais elle ne part pas. Il revient dans le salon et voit que le cendrier est rouge, comme si le caillou avait déteint. L'auteur a longtemps porté les cheveux courts, la barbe aussi. Ça lui faisait un visage plutôt rigoureux, en accord avec le style de graphisme qu'il pratiquait alors. Et puis vient le jour (l'hiver arrivait et le froid…) où il décide de laisser pousser tout ça, histoire de voir la tête que ça lui fait. À la fin de l'hiver, ça commence à prendre un aspect intéressant. de plus, il réalise une sérieuse économie de coiffeur et de lames de rasoir. Si bien qu'il décide de continuer. C'est alors que ses cheveux commencent à verdir. L'auteur est réveillé la nuit par des bruits, comme une voiture qui aurait un accrochage dans le virage en bas de chez lui. Il finit par se lever pour descendre voir, puis par veiller dans sa propre voiture pour essayer de repérer le véhicule et le chauffeur. L'auteur quitte sa banlieue et se rend à Villeville en voiture. Il finit par la stationner à côté d'une bouche de métro et il se déplace en métro. Quand il veut retourner à sa voiture, il se rend compte qu'il ne sait plus à quelle station il l'a garée. L'auteur est à sa table à dessin et il finit par se sentir seul. Chaque objet vers lequel il se tourne lui adresse une phrase. Sept heures du soir en hiver, en Banlieue-sur-Seine, il fait déjà presque nuit. Les indigènes flasques se terrent au sein de leurs pavillons bien clos. Déjà les télés baignent les salles de séjour de leur lumière ultra-violette. On entend des bruits d'apéritifs, de biftecks grillant et, dans la chambre du haut, le tourne-disque de ce bon dieu de gosse qui braille Be-Bop-A-Lulla pour la sixième fois consécutive. Dehors il n'y a rien. Personne. L'auteur s'est fait pirate et il s'en prend aux hachélèmes, à bord de son petit immeuble baptisé Mon Rêve. Marcel Miquelon se regarde dans le miroir de la salle de bain et il ne peut pas croire ce qu'il est devenu. Toute une époque ! En fonction de son histoire personnelle, le lecteur est plus ou moins familier de l’œuvre de cet auteur, et de cette période. Peut-être découvre-t-il l'un comme l'autre. Peut-être est-ce une période qu'il a vécue, adulte, adolescent ou enfant. Philippe Cazaumayou a marqué le paysage de la bande dessinée française, participant au magazine Métal Hurlant, avec d'autres auteurs déjà connus comme Alexis, Gotlib, Nikita Mandryka, Jacques Tardi, Enki Bilal, F'murr, Jean-Claude Forest, Yves Got, Jacques Lob, Paul Gillon, René Pétillon, Francis Masse. Il est également resté dans les mémoires pour avoir réalisé la couverture de nombreux livres de la collection Science-Fiction de l'éditeur J'ai Lu, dans les années 1970. Cela peut donc être une occasion rêvée soit de retrouver ses histoires courtes pour le magazine Pilote, soit de découvrir cet auteur. La lecture en est agréable dès le début, avec des dessins propres sur eux dans un registre descriptif, une mise en couleurs riche, parfois teintée de psychédélisme mais sans en devenir pénible et des histoires courtes et variées. Il faut passer les quatre premières histoires, soit une vingtaine de pages, où Caza semble encore chercher la bonne répartition entre images et textes, ceux-ci étant étrangement redondant. Dès la première histoire, le lecteur ressent la sensibilité de l'auteur : des restes hippies hérités de la décennie passée, une forme d'aliénation générée par la vie en banlieue, un goût pour une forme d'anticipation légère, avec parfois une touche de science-fiction, parfois une touche fantastique, ou une touche d'horreur. le lecteur n'ayant pas vécu ces années découvre les préoccupations et les thèmes reflétant une époque, dans un cadre de vie qui est celui de la banlieue et des Habitations à Loyer Modéré (HLM). Celui qui les a vécues ressent une forte bouffée de nostalgie, les préoccupations sous-jacentes de ces années-là. Au fil de ces trente-et-un récits courts, Caza évoque un environnement bétonné déconnecté de la nature, le labyrinthe urbain de la capitale, l'ultra moderne solitude, le comportement très conformiste et soumis de la majorité scotchée devant son écran de télévision le soir et se couchant tous à la même heure, les rapports de voisinage conflictuels dans des immeubles à l'insonorisation défaillante, le gris du béton et l'absence de couleurs, la présence sourde des forces de l'ordre, l'altérité culturelle de certains voisins, les tentatives pour échapper à cette uniformisation de masse, et déjà des problèmes environnementaux tels que le réchauffement climatique ou la production sans cesse croissante d'ordures ménagères. En fonction de son état d'esprit, le lecteur peut être assommé de découvrir que ces préoccupations bien d'actualité existait déjà dans les années 1970 et qu'elles n'ont fait qu'empirer, ou bien se dire que c'est une constante de la société humaine. de temps à autre, il décèle l'influence d'un auteur de science-fiction des années 1970, comme la citation explicite du livre le troupeau aveugle (1972) de John Brunner (1934-1995). La manière de dessiner de l'artiste progresse tout au long de ces histoires, certaines caractéristiques restant présentes du début à la fin. Il réalise des cases descriptives, avec au départ un trait de contour fin, et de toutes petites hachures pour renforcer les textures. Par la suite en fonction des besoins, il peut utiliser un trait plus gras, pour une séquence nocturne ou pour donner plus de poids à des personnages ou des éléments de décor. Il s'investit beaucoup dans la représentation des décors, des objets du quotidien. Avec les petites hachures, cela donne presque une sensation tactile : le lecteur peut tourner son regard pour détailler l'aménagement de chaque lieu, la carrosserie d'une voiture, les meubles et les accessoires présents dans chaque pièce. Selon la fonction de l'objet ou du lieu, le dessinateur choisit de faire varier le degré de détail, d'une représentation photoréaliste à une représentation naïve. Il fait également varier le registre de représentation des individus, également du photoréalisme à la caricature, en fonction de l'effet qu'il souhaite obtenir. le résultat est visuellement très riche, tout en présentant une unité remarquable, celle de la vision d'un auteur. de temps à autre, le lecteur repère une influence, comme celle de Bernie Wrightson dans Homo-detritus. D'histoire en histoire, le lecteur se rend compte qu'il ralentit sa vitesse de lecture sur telle ou telle page pour mieux l'apprécier. Les images l'emmènent ailleurs : une promenade dans un espace vert, un cimetière de voitures, des couloirs de métro qui rendent claustrophobe, le pavillon de banlieue de classe moyenne, la cage d'escalier pour se rendre à l'étage du dessus, une salle de bains avec un éclairage maladif, un cimetière de nuit, une plage paradisiaque, une taverne moyenâgeuse, etc. Il lui reste de nombreuses images en tête une fois l'ouvrage refermé : une chevelure fleurie, un bébé-voiture, la masse compacte des agents de la Métro-police (plus d'une centaine dans une seule case), le pavillon-vaisseau Mon Rêve, Marvel Miquelon montant les marches une à une dans la cage d'escalier, l'éléphant essayant de passer par la porte du salon, la parodie de kung-fu (Congue-fou), la destruction d'un gratte-ciel avec ses étages en feu de nuit, Caza se battant contre une pieuvre géante au fond de l'océan, une intervention télévisuelle du ministre Marcel Miquelon, la tête du même Marcel brandie à bout de bras par le bourreau après un décolletage à la guillotine, un massacre sanglant de zombies, etc. Sans abuser des effets, Caza utilise les couleurs de manière personnelle, parfois avec une touche psychédélique, parfois avec une couleur dominante très vive comme le rouge du sang, parfois en jouant avec l'exagération du noir des ombres portées. S'il est familier de cette époque, une fois passé l'effet très puissant d'une immersion complète dans son ambiance, le lecteur revient au simple plaisir de lecture. La narration visuelle emporte le lecteur dans des ailleurs souvent légèrement en décalage avec le quotidien gris et morne des environnements bétonnés des hachélèmes, parfois beaucoup plus exotiques. Il apprécie d'autant plus ce témoignage que l'auteur se montre aussi facétieux. D'un côté, la chute de l'histoire est souvent prévisible ; de l'autre côté, Caza fait montre d'une réelle affection pour ses personnages. D'un côté, une partie des récits met en scène un avatar de l'auteur, un homme d'une trentaine d'années réalisant des bandes dessinées, résigné à vivre dans un hachélème peu propice à la créativité. D'un autre côté, Marcel Miquelon fait naître une empathie inattendue. Un homme d'une cinquantaine d'années, empâté, terne et accordant une priorité absolue à son train-train quotidien, prêt à exterminer tout ce qui vient troubler cet ordre totalement dénué de fantaisie, qu'il veut immuable. le lecteur se prend d'affection pour cet homme réactionnaire et sans éclat, pour ce pauvre être humain contraint de faire face à des événements (à commencer par le comportement des voisins du dessus) qui troublent sa vie morne et répétitive, auquel il doit faire face avec ses capacités d'adaptation quasi inexistantes. Il savoure de ci de là des jeux de mots narquois, par exemple S'afesser au lieu de S'affaisser pour Marcel Miquelon se vautrant dans son canapé, devant son poste de télévision. Les décennies passant, le magazine Métal Hurlant est devenue une référence dans l'évolution de la bande dessinée, à commencer par les apports de Philippe Druillet et de Moebius (Jean Giraud). Caza mérite pleinement sa place dans cette phase, un auteur complet, avec une personnalité graphique moins flamboyante, mais tout aussi solide, des récits d'anticipation ancrée dans la réalité de la banlieue française des années 1970, un ton parsemé d'humour et de poésie. Plus de quatre décennies plus tard, c'est un vrai plaisir de lecture de se plonger dans ce recueil pour une satire gentille sans être naïve, des images et des situations mémorables, des personnages très humains.
Les Reflets du Monde
3.5 Décidément, Fabien Toulmé est un auteur à suivre. Cette série regroupe des reportages que Toulmé a faits à travers le monde sur des résistantes et des mouvements populaires qui ne sont pas trop connus en occident. En tout cas, en ce qui concerne le premier tome, j'avais vaguement entendu parler des manifestations au Liban et c'est tout. Toulmé vulgarise bien l’histoire et les enjeux des endroits qu'il visite. C'est vrai que ça peut être dense par moment, mais cela ne m'a pas empêché de trouver que c'était passionnant à lire. Évidemment, comme on touche à des sujets différents au fil de l'album, mon attention était surtout portée sur les sujets qui me touchent ou m'intéressent le plus. J'ai particulièrement aimé la partie au Bénin où l'auteur rencontre une militante féministe qui tient des propos bien intéressants, notamment sur son père qui avait quelques idées modernes pour un homme de sa génération, mais qui était tout de même prisonnier de plusieurs schémas traditionnels. Le dessin est simple et efficace.
Hulk - Gris
Hulk n'est qu'un monstre. - Le tandem Jeph Loeb + Tim Sale s'est rendu célèbre pour avoir réalisé de mémorables histoires de Batman (par exemple Un long Halloween). Après ces histoires chez DC, ils viennent mettre en œuvre leur magie chez Marvel. Cela donnera trois histoires : Daredevil jaune (en 2001), Spider-Man bleu (en 2002) et celle-ci de Hulk (en 2003). Une nuit plus dure que les autres, Bruce Banner demande à Leonard Samson de le recevoir dans son cabinet de consultation psychologique. Banner a besoin de parler, d'être écouté, d'être entendu et d'être gentiment contredit. Il revient sur la journée où il a été irradié par les rayons gamma et sa rencontre avec Rick Jones. Il raconte avec le recul du temps passé les 2 ou 3 premières journées à partir desquelles la personnalité de Hulk s'est manifestée. Il explore la naissance de Hulk en tant qu'individu, sa relation haineuse avec le général Ross, sa relation compliquée avec Betty Ross, et l'usage de sa force incommensurable. Jeph Loeb dévoile même que pendant ces trois jours Hulk a été confronté à un superhéros. Les 3 récits "couleur" (jaune, bleu et gris) de Loeb & Sale sont l'occasion pour les auteurs d'éclairer d'un jour différent la relation originelle entre le héros et sa dulcinée (réelle, future ou potentielle). Jeph Loeb a vraiment choisi de se concentrer sur les premières heures d'existence de Hulk, racontées rétrospectivement par Banner, plusieurs années après. Loeb enchevêtre la narration des tribulations de Hulk qui développent les situations décrites dans le premier épisode de la série paru en mai 1962, avec les réflexions de Banner qui analyse les événements pour leur trouver un sens ou une interprétation. Loeb évite de verser dans un jargon psychanalytique, même s'il évoque la culpabilité, les pulsions suicidaires, la peur de l'arbitraire, les cinq étapes du deuil d'Elizabeth Kubler-Ross, etc. Pour ce qui est des actions de Hulk, le lecteur familier avec le premier épisode de 1962 retrouvera les éléments les plus marquants tels que le sauvetage de Rick Jones, l'hostilité immédiate du général Thaddeus Ross envers Hulk, et la cellule providentielle dans laquelle Hulk passe une nuit. Loeb & Sale respectent bien sûrs la couleur originelle du monstre : gris. Loeb se permet également de rajouter une scène ou deux qui avaient été classées secret défense, dont un combat d'un superhéros contre Hulk. Mais à la lecture il s'avère que les 2 narrations (les premiers pas de Hulk en images et par les dialogues, et les réflexions de Banner et Samson) ont du mal à coexister, le lecteur devant faire l'effort délicat de passer de l'une à l'autre tout en conservant la continuité des 2 fils, ce qui demande une forte attention. Dans les notes en fin de volume, Tim Sale explique qu'il a défini l'apparence de Hulk à partir des premiers épisodes dessinés par Jack Kirby et d'une parodie dessinée par Marie Severin. Son Hulk dispose d'énormes sourcils broussailleux perchés sur de grosses arcades sourcilières proéminentes, avec une tête pratiquement enfoncée dans les épaules, sans cou. L'un des objectifs graphiques était de marier la monstruosité de Hulk, avec une exagération comique, pour placer le personnage à mi-chemin entre l'abomination contre nature et la vision d'artiste bénéficiant de la licence artistique. le ton dramatique du récit fait bien sûr pencher la balance du coté de l'horreur, l'aspect comique contrebalançant les passages les plus noirs. Cela donne des séquences inoubliables dans lesquelles le lecteur prend conscience que Hulk est vraiment comme un enfant qui vient de naître, il a à peine 24 heures d'existence (je pense en particulier à la scène où Hulk examine un lapin). Tim Sale reste un conteur graphique hors pair dans ces pages. Il utilise une mise en page aérée dans laquelle Hulk a bien du mal à tenir complètement dans les cases (le général Ross également). Sa maîtrise de l'encrage lui permet de rendre compte des épaisseurs et des volumes, mais aussi des ambiances, et de l'ambivalence du comportement de certains personnages (à commencer par le général Ross). le tête-à-tête entre Betty Ross et Hulk est une leçon de mise en scène, d'expressions complexes des visages et de langage corporel. le combat entre Hulk et le superhéros met en évidence la brutalité des coups, l'ineptie inhérente à cet affrontement, le manque d'expérience des 2 combattants, l'inanité du conflit. La présence physique de Hulk dégage une force inéluctable qui en impose au lecteur. L'acharnement déraisonné du général Ross s'affiche sur son visage grâce à un style qui rappelle Jack Kirby. Rick Jones ressemble vraiment à un grand adolescent rebelle qui évoque la fragilité de James Dean. Bien sûr, Tim Sale joue également avec les proportions pour amplifier les sensations. Il sait aussi réduire à sa plus simple expression quelques moments pour les rendre d'autant plus efficaces (l'œil de Hulk au judas de la porte d'entrée du foyer des Ross). De prime abord, ce récit semble diverger du cadre établi par Yellow et Blue, mais il s'agit bien de voir sous un nouvel éclairage la relation amoureuse naissante qui unissait Betty Ross à Bruce Banner. Jeph Loeb fait une fois de plus preuve d'une grande perspicacité pour mettre à jour ces sentiments et leur fondation. Tim Sale délivre des planches magnifiques de bout en bout, qui proposent une vision artistique spécifique au personnage de Hulk, tout en restant dans le style graphique habituel de cet artiste. Ce récit souffre malgré tout du trop grand décalage qui existe entre les commentaires à posteriori de Banner et l'histoire de Hulk.
X-men - La Chute de l'Empire Shi'ar
Dans l'espace et dans les souvenirs - Après avoir introduit le troisième frère Summers dans la minisérie X-Men Genèse mortelle, Ed Brubaker s'installe sur la série mensuelle Uncanny X-Men à partir du numéro 475. Ce recueil regroupe les épisodes 475 à 486 d'Uncanny X-Men. Juste après sa réapparition, Gabriel Summers s'élance dans l'espace pour aller assouvir sa vengeance contre D'Ken le meurtrier de sa mère. Il croise la route de Cal'syee Neramani (Deathbird, la sœur de Lilandra) et finit par ramener à la vie D'Ken et à l'aider à accéder au trône de l'empire des Shi'ar (une race extraterrestre). Suite à cette réapparition catastrophique, Charles Xavier (2 jambes valides, mais dépourvu de ses pouvoirs télépathiques) décide de se lancer à sa poursuite pour réparer les pots cassés. Il réussit à s'emparer d'un vaisseau interstellaire et se lance à son tour dans l'espace avec quelques X-Men : Alex Summers (Havok, frère de Gabriel), Lorna Dane (Polaris), Rachel Summers (Marvel Girl, fille d'un Scott Summers d'une autre réalité), James Proudstar (Thunderbird II ou Warpath) et Armando Muñoz (Darwin). Leur route va croiser celle de Lilandra, celle de Korvus (un Shi'ar qui manie une épée imprégnée l'énergie du Phoenix) et celle des Starjammers. Parmi ces derniers, se trouvent Corsair (Christopher Summers, le père de Vulcan), Ch'od, Hepzibah, Sikorsky, Raza Longknife… Ed Brubaker prend le pari de centrer son histoire sur un petit groupe de X-Men dans un contexte rappelant fortement l'odyssée du cristal de M'Kraan (épopée légendaire signée Claremont & Byrne) pour montrer que Gabriel Summers est là pour longtemps le résultat est assez convaincant. Les personnages sont fidèles à leur histoire et à leur profil psychologique. La prise de pouvoir par Vulcan n'est ni simpliste, ni facile. Ses traits de caractère les plus déconcertants sont approfondis et expliqué dans la perspective de son histoire personnelle. La culture des Shi'ar est également approfondie. L'aspect space-opera n'est pas négligé sans que l'on tombe pour autant dans un pâle ersatz de Star Wars. Il aurait fallu que Brubaker se concentre plus les interactions des X-Men pour atteindre un autre niveau. Il a beau évoquer les conséquences des actions de Cassandra Nova (personnage créé par Grant Morrison) et les personnages des années 70, cela ne suffit pas retrouver le souffle épique des meilleurs épisodes. Les dessins sont réalisés par Billy Tan. Il met beaucoup d'application à donner une véritable identité à chaque personnage et à chaque vaisseau. Les membres de la race des Shi'ar présentent une véritable identité graphique. Les décors sont assez fouillés pour que le lecteur se trouve transporté dans une galaxie fort lointaine. Il y a de ci, de là quelques petites erreurs anatomiques (les bras de Charles Xavier) déconcertantes. Les scènes d'action sont percutantes et mettent bien en valeur les pouvoirs de nos mutants favoris. 3 épisodes sont illustrés par Clayton Henry dans un style beaucoup plus fade et moins détaillé. Il s'agit des épisodes consacrés à Vulcan et cela permet à Billy Tan de prendre un peu d'avance sur ses propres épisodes. Après le ratage de Deadly Genesis, c'est un vrai plaisir que de suivre cette aventure interstellaire rapide et nerveuse, avec la remise en cause et le bouleversement du pouvoir au sein de l'empire des Shi'ar sur la base d'un schéma assez élaboré. Et puis j'ai toujours un gros faible pour Hepzibah qui revient au premier plan dans les épisodes d'après.
Le Grizzli
Voila un hommage franchement bien réussi ! Matz ne se cache clairement pas de ses inspirations (notamment explicitée dans la postface) et les utilise à bon escient dans une histoire qui réussit à combiner ses éléments sans jamais déborder du cadre. Efficace et classique, donc ! Une banale histoire de gangster un peu rangé, ses acolytes des mauvais coups et une jeune pépé qu'il commence à apprécier, les ingrédients d'une bonne histoire d'action dans le Paris des années 60. Ca sent les recherches niveau décors, costumes, accessoires, c'est travaillé dans le langage qui sonne argot de la pègre version années 60 et bien sur, on va se retrouver dans une embrouille de petits malfrats. Si rien ne surprend et ne sort vraiment du lot, je trouve que l'exercice est maitrisé d'un bout à l'autre par Matz qui oscille sur la corde raide entre l'hommage et la reprise. Je n'ai jamais eu l'impression d'un plongée dans la citation à outrance ni dans le parodique, pas plus que je n'ai l'impression de voir retranscrit ce que j'ai déjà vu ailleurs. L'histoire est maitrisée, simple et efficace mais se glisse dans une enveloppe bien connue des amateurs de polars de cette époque. Je trouve la BD bien faite, un bon démarrage de série qui peut facilement avoir deux trois tomes de plus sans paraitre non plus une ode à la vieille France et à un temps d'avant qui serait mieux. J'ai bien envie de lire la suite, en tout cas pour l'instant je ne boude pas mon plaisir de lecture !
Humains - La Roya est un fleuve
Pourquoi vous faites ça ? - Cet ouvrage constitue un récit complet indépendant de tout autre. Sa première édition date de 2018. Il a été réalisé à quatre mains pour le scénario et les dessins, par Jean-Marc Troubet (Troubs) et Edmond Baudoin. Il s'agit d'une bande dessinée en noir & blanc, comptant 107 planches. le tome s'ouvre avec une introduction d'une page, rédigé par Jean-Marie Gustave le Clézio. Il évoque la phrase de Michel Rocard, en 1989, alors premier ministre : la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. L'écrivain pose la question : comment peut-on faire le tri ? Il évoque la situation que les migrants fuient, pas par choix. Il en appelle au pragmatisme : dans l'Histoire les empires fondés sur l'injustice, l'esclavage, sur le mépris n'ont jamais survécu. Il en appelle à agir, : il suffit de renverser le raisonnement, de cesser d'agir sous l'impression d'une menace. Ces deux auteurs ont précédemment réalisé deux autre récits de même nature : Viva la vida (2011) sur les habitants de Ciudad Juárez, le goût de la terre (2013), sur des habitants de villages dans une zone rurale de la Colombie. Deux oiseaux sur une branche, l'un d'eux fait remarquer qu'en 2011, ils sont allés au Mexique, en 2013 en Colombie, pour le faire le portrait des réfugiés. Aujourd'hui, c'est ici. le 2 juillet 2017, Baudoin est en France à Chamonix. Il regarde les nuages. le glacier des Bossons qui diminue un peu plus. Il regarde le Mont-Blanc. le 19 juin, il revenait de Chine, en octobre, il va au Québec, le 13 novembre en Angleterre, le 22 en Russie. Il va partout dans le monde. On l'y invite. Pourquoi pour lui c'est possible et par pour un Afghan, un Soudanais, un Érythréen, un… Demain, lundi 3 juillet, à Nice, il va retrouver Son ami Troubs. Ils vont faire un livre qui ne va pas s'appeler Tintin dans La Roya. C'est parce qu'ils ne savent pas qui de eux deux est le capitaine Haddock ou Tintin. Leur premier rendez-vous est en Italie, avec Enzo Barnabà. Il habite un petit village au-dessus de la frontière : Grimaldi Superiore. Ils ont rendez-vous avec lui à 17 heures, ils sont à Menton à 13 heures. Ils ont le temps. Ils traversent la frontière à pied. Ils ne voient pas de migrants, ou alors ils sont hollandais. Un des policiers italiens, d'un simple coup d’œil et d'un hochement de tête, leur faire signe de passer. C'est comme pour les voitures : elles sont fouillées selon l'aspect (et peut-être la couleur ?) de leur carrosserie. La frontière entre Menton et Vintimille est dessinée sur une crête rocheuse qui plonge dans la mer. Trois routes et une ligne de chemin de fer la traversent. En haut, c'est l'autoroute avec ses deux tunnels, de deux voies chacun qui percent la montagne. Au milieu, c'est par un pont. Il y a un poste de douane de chaque côté, et bien sûr, une boutique détaxée entre les deux. (et même un étal de fruits et légumes sur le trottoir). Des dizaines de T.E.R. et des trains de marchandises empruntent tous les jours un tunnel étroit. La route du bas plonge aussi dans un tunnel. L'ancien poste frontière franco-italien est là : côté français. Et si on suit la côte à pied, on arrive en Italie sur une plage. C'est une jolie petite crique avec un commerce de glaces, de transats et de parasols… un petit paradis estival. C'est donc le troisième ouvrage réalisé à quatre mains par deux bédéistes : chacun dessinant des planches et écrivant. La différence entre les deux se fait plus facilement que précédemment : par les traits de contour plus épais et plus charbonneux d'Edmond Baudoin, par ses textes écrits en lettres capitales, par les dessins moins chargés de noir de Troubs, et son texte écrit en minuscules. Mais dans certaines pages, le lecteur découvre une autre manière de dessiner qui peut être de l'un ou de l'autre. Cette bande dessinée ne se présente pas sous une forme traditionnelle. Il y a très peu de dialogue, seul moment où les auteurs font usage de phylactères. La composition des pages comporte souvent deux illustrations et du texte à côté, ou au-dessus. Il peut s'agir aussi bien de montrer ce que font les auteurs, par exemple marcher, qu'un endroit où ils arrivent, et souvent des plans poitrine ou des gros plans sur des personnes qu'ils rencontrent, des migrants comme des habitants qui les aident d'une manière ou d'une autre. Comme les deux ouvrages précédents, le lecteur ne sait pas trop s'il s'agit d'une bande dessinée de type reportage, ou plutôt d'un texte illustré savamment composé par les deux auteurs. Peu importe. Comme ils l'annoncent dans la première page avec ces deux oiseaux sur une branche, Troubs & Baudoin reprennent leur idée d'aller à la rencontre de personnes, et de faire le portrait en échange de la réponse à leur question : pourquoi font-ils ça ? Ils ont retenu de retranscrire majoritairement la réponse des aidants. Ils rencontrent d'abord Enzo Barnabà, un écrivain et historien, qui a longtemps été professeur, et qui leur montre le passage illégal de la frontière, par la montagne au-dessus des tunnels. Les images montrent le visage sillonné de rides de l'homme, les flancs de la montagne, le chemin au milieu de la végétation, trois immigrants, des vêtements au sol. Il y a une forme changeante d'interaction entre texte et dessin : parfois presque une redondance, le texte disant ce qui est montré, parfois une complémentarité sophistiquée, parfois une forme d'illustration accompagnant le texte. le lendemain matin, le lecteur découvre un autre portrait, celui de Daniel Trilling, un journaliste anglais venu interviewer Enzo sur la question des réfugiés. Puis les artistes et leur guide repartent dans la montagne : les dessins se composent de formes un peu lâches donnant plus une impression qu'une description photographique. En même temps, le lecteur éprouve bien l'impression de voir le paysage observé par Troubs & Baudoin en empruntant le chemin des réfugiés et en regardant vers la mer, puis vers Menton. Les auteurs font une pause dans leur marche : Troubs est représenté en train de dessiner, dans deux dessins en pleine page, une silhouette assise au loin, puis un peu plus rapprochée dans un paysage naturel. Puis un portrait en plan italien dans un troisième dessin en pleine page. La page suivante passe à Jean-Claude, un ami d'Enzo pour une nouvelle rencontre, un nouveau portrait, et une nouvelle réponse à la question de pourquoi il fait ça. le deuxième dessin sur cette page est celui presque en ombre chinoise de deux réfugiés se précipitant pour se coller contre la paroi, alors qu'un train vient à passer dans le tunnel. Sur cette page, le texte est largement majoritaire. Ainsi de place en place, les auteurs rencontrent des citoyens investis dans l'aide à ces migrants qui passent proches de leur foyer, dans un dénuement terrible, ayant souffert tout le long du voyage, souvent victimes de sévices, fuyant une situation pire chez eux. le lecteur fait ainsi la connaissance de Delia, patronne d'un café restaurant, de sa nièce Alexa, de Nazario, de Manuela, de Jacques Perreux, d'Andrée, de François-Xavier un prêtre, de Claudine, de Cédric Herrou, d'un groupe appelé les Vikings composés d'Allemands, de Hollandais, de Suédois, d'Italiens, de Français, et de nombreux autres. À chaque fois, Troubs ou Baudoin en réalise un portrait le plus souvent en plan taille ou en gros plan : des êtres humains normaux et banals qui ne peuvent pas rester indifférents à la souffrance devant leur porte. Bien évidemment les migrants sont également présents : ils passent et ils reçoivent l'aide des citoyens rencontrés et présentés par les auteurs. Ces derniers en font leur portrait, comme en toile de fond. Puis de la planche 55 à la planche 63, les deux dessinateurs reprennent leurs fonctions avec les portraits échangés contre des réponses. Ils demandent : parlez-nous de votre voyage. Quels sont vos rêves ? Tout du long de l'ouvrage, les auteurs sont marqués par le calme des réfugiés. Lors de cette séance de dessin, ils sont confrontés au fait que les migrants réfléchissent, car il y a tellement de souvenirs qui leur reviennent qu'ils restent muets. Ils préfèreraient prendre le temps d'expliquer leurs histoires parce que parler d'une chose c'est comme nier toutes les autres. Cette séquence est particulièrement émouvante, tout en tenant à distance le pathos. Baudoin & Troubs souhaitent montrer la personnalité de celui ou celle qui se tient devant eux, au temps présent. Baudoin commence par dessiner les yeux, mais ses vis-à-vis évitent le regard. Il insiste en mettant deux doigts dans le siens. D'un coup, ils acceptent le dialogue silencieux et c'est lui qui panique en voyant ce qu'ils lui montrent. Et le lecteur est bord des larmes avec ces simples phrases et le portrait en gros plan de quatre êtres humains. En choisissant cet ouvrage le lecteur a des a priori diverses et variés, dépendant de sa familiarité avec ces auteurs, avec leur démarche. Il peut être pris au dépourvu par la forme même de ce reportage, une narration qui relève plus du texte illustré, mais avec des spécificités de la bande dessinée, ce qui en fait une forme hybride. Il peut se préparer à côtoyer des drames insoutenables, et une misère humaine étouffante. Ça ne se passe pas exactement comme ça : les auteurs ont à cœur de transcrire la chaleur humaine de leurs rencontres, à commencer par l'humanité des habitants apportant leur aide sous une forme ou sous une autre, sans pour autant les présenter comme des héros, sans la dimension spectaculaire presque inévitable qui accompagne les reportages des médias traditionnels. Il s'agit d'êtres humains refusant de considérer les femmes et les hommes qui fuient leur pays, comme un phénomène de société ou comme des groupes, ou pire encore des statistiques. Au bout de quelques pages, le lecteur ne se préoccupe plus de savoir s'il lit une bande dessinée ou un objet hybride : il ressent à quel point ce mode d'expression permet aux auteurs de restituer ce qu'ils ont vécu, avec honnêteté et fidélité, y compris dans l'expression de leurs ressentis et de leurs émotions, de façon incidente et prévenante vis-à-vis du lecteur. Une réussite extraordinaire.