Les derniers avis (39907 avis)

Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Scènes de la vie hormonale
Scènes de la vie hormonale

Il faudrait se taper que des mecs déjà analysés. - Ce tome constitue une anthologie de soixante-quatorze scènes en une page, initialement parues dans le magazine Charlie Hebdo d'octobre 2014 à juillet 2016. Chaque scène a été réalisée par Catherine Meurisse, pour le scénario et le dessin, en noir & blanc avec des touches de couleur rouge allant de de l'orange pâle au rouge soutenu. Elle et lui sont nus au lit. Elle se redresse sur son séant en le poussant sur le côté, sans ménagement. Elle se sent libre, libre, libre. Libérée de toute contrainte, de toute entrave de toute famille, libérée ! Elle déclare soudain qu'elle veut un gosse. Pour se libérer de la culpabilité de ne pas en avoir. - Elle se jette au cou d'un amant près l'autre, mais ils la comparent tous à leur mère : elle a un caractère plus souple que celui de sa mère, il ne peut pas quitter sa femme parce qu'elle est comme une mère pour lui, sa mère lui a toujours dit de se méfier des femmes comme elle, elle a les yeux de la mère de son amant ce qui est gênant. Une seule solution : aller chercher un amant issu de la DASS. - Une jeune cadre dynamique se rend dans une clinique spécialisée pour faire congeler ses ovocytes. Elle en ressort soulagée. Quelques années plus tard, elle vient les rechercher pour pouvoir se lancer dans son projet de maternité. - Elle se trouve à l'aéroport et elle doit passer par le portique de détection de métaux. Elle le déclenche et les questions commencent : a-t-elle des objets métalliques elle ? Des clés ? Un pacemaker ? Des hanches de métal ? Des lames de rasoir ? Elle finit par être obligé de dire ce qui est métallique en elle. C'est la semaine de garde alternée pour le père qui n'arrive pas bosser en présence de son nourrisson. Il s'en plaint à sa nouvelle compagne : quand son enfant n'est pas là, il lui manque. Au bout de trois semaines de vacances avec lui il est soulagé de le refiler à sa mère. Quand la rentrée scolaire approche, il angoisse à l'idée d'avoir moins de week-ends avec lui que l'an passé. Il aimerait avoir une vie plus équilibrée. Elle lui fait une suggestion – Une mère accompagne sa fille dans un hôpital pour une GPA, et elle n'arrête pas de lui expliquer en quoi c'est une mauvaise idée, et en quoi elle va finir par la priver de son petit-enfant. – Une femme se met en couple avec un homme tout en se disant qu'elle ne peut pas tomber amoureuse d'un mec qui a le même prénom que son père à elle, qu'elle ne peut pas faire un gosse avec un type qui a le même prénom que son père à elle, qu'elle ne peut pas donner à son fils le prénom de son père et du sien de père. C'est la malédiction d'Œdipe ! – Elle et lui sont au lit : il se débrouille comme un chef, et elle a un orgasme. Elle se dépêche de sortir du lit pour aller le vendre sur eBay. - Deux copines discutent à la terrasse d'un café. La première se confie : elle a rencontré son mec sur internet, ça a été immédiat, un flash. Il s'est ouvert à elle au passage de sa souris. Justement le voilà qui arrive, en incitant à faire des économies : trente millions de titres, quinze jours offerts. Une femme et un homme au lit, une réflexion sur la difficulté, ou plutôt l'impossibilité de se soustraire à l'injonction sociale d'avoir un enfant pour la femme, et l'homme réduit à être un accessoire dans ce projet, peut-être un moyen. Les dessins s'inscrivent dans un registre caricaturiste : silhouettes des personnages détourés à la va-vite, deux gros ronds pour les yeux avec un point au centre, un trait rapide pour chaque sourcil, les draps vaguement esquissés. L'objectif est d'être vif et spontané, dans le moment présent, dans l'intensité de l'émotion, avec des personnages expressifs. le lecteur ressent pleinement la satisfaction de cette dame, contentée au lit, son ascendant sur son partenaire, et en même temps sa détresse en prenant la mesure de l'emprise qu'exerce sur elle la norme d'avoir un enfant. À quatre exceptions près, le personnage principal de ces gags est une jeune femme souvent rousse, mais aussi blonde ou brune. À chaque fois, le lecteur peut ressentir son état d'esprit, ses émotions grâce à des expressions de visage très parlantes et un langage corporel qui les renforce. Ainsi le lecteur éprouve l'accablement d'une femme confrontée à une succession de partenaires qui ramènent tout d'une manière ou d'une autre à leur mère, à la déconfiture du ratage d'une congélation d'ovocytes, à l'humiliation de devoir indiquer à haute voix qu'elle porte un stérilet en cuivre, au chagrin qu'amène la force du complexe d'Œdipe, au plaisir incomparable de la vengeance comme plat qui se mange froid, à la lassitude du constat répété que les hommes ne sont jamais à la hauteur, au contentement paradoxal d'être parvenu à un état 100% sans perturbateurs endocriniens, à la furie déchaînée de la colère contre un harceleur de rue, à la résignation face à la lâcheté des mecs, à la surprise total face à la déclaration d'un ex, à l'angoisse de l'absence de désir, au pragmatisme dépassionné dans le choix d'un partenaire. Quelle que soit la situation ou ce qu'elle révèle sur le caractère ou les choix de la femme mise en scène, le lecteur se sent en pleine empathie avec elle, même s'il n'approuve pas ce comportement ou si son caractère personnel diffère. Il apprécie également l'absence d'hypocrisie visuelle de l'artiste qui ne cherche pas à parer ces personnages d'une aura romantique ou à les rendre plus beaux. Il sourit en voyant un amant amorphe dans les bras de sa partenaire, une PDG les jambes écartées dans son fauteuil, deux jeunes enfants en train de bouder dos à dos, une jeune femme hurler d'exaspération sur son compagnon, une autre se lever toute fripée après une nuit d'amour pour enfiler sans grâce sa culotte, une avachie dans son fauteuil, une autre vomir dans la rue sous l'effet de la grossesse, une en train de se faire secouer en levrette, ou encore une en train de se masturber en vain allongée dans son lit. Il n'y a pas de tabou dans ces gags, il n'y a pas de sujet interdit, il n'y a pas de voile pudique ou de filtre Bold Glamour. Les hommes ne sont pas à leur avantage : homme objet, moyen pour arriver à une fin, vivant dans l'ombre de leur relation à leur mère, vivant dans l'ombre de leur partenaire femme ; perdu dans leur ego pathétique, pas de taille face à une femme. Mais ces dames ne sont pas à leur avantage non plus : en proie à leurs émotions, à leurs contradictions, à leur difficulté à assumer les exigences de la société ou au contraire à assumer qu'elles les défient, faisant l'expérience de la différence entre la liberté et le bonheur. Le lecteur pense régulièrement à Claire Bretécher (1940-2020), et à sa série Les frustrés (1973-1981). Des individus terriblement humains subissant la modernité contemporaine, plutôt qu'ils ne s'y adaptent. Tout le champ des possibles s'offre à ces femmes : choisir d'avoir un enfant, être écoutée par un psychothérapeute, prendre l'ascendant dans les relations sexuelles, papillonner d'un amant à l'autre, tester la marchandise à leur gré, se montrer d'une franchise sans tabou avec leur partenaire, devenir mère porteuse, assumer d'avoir couché avec un mauvais coup, évoquer son cycle menstruel, se montrer plus entreprenante que l'homme en matière de séduction, etc. Le lecteur n'éprouve aucune difficulté à se reconnaître dans ses situations. Il retrouve des questionnements qui ont été les siens, ou bien identifie ses propres convictions par rapport à des comportements dans lesquels il se reconnaît, ou au contraire qu'il ne supporte pas. de situation en situation, l'autrice joue avec des aspirations et des réalités inconciliables : on ne peut pas être tout et son contraire. le principe de réalité finit toujours par avoir raison des convictions. Vivre c'est choisir et accepter que le chemin qu'on emprunte en exclut d'autres. À chaque situation, le lecteur ressent pleinement la frustration de la femme concernée, soit sa prise de conscience de la réalité, soit de ses propres sentiments qui ne sont pas ceux qu'elle imaginait. Il reconnaît ses propres hésitations dans son cheminement : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation, face à une compréhension par nature limitée à ses cinq sens, à ses connaissances, à sa capacité à prendre du recul, à son implication ou son aveuglement émotionnel. En fonction du gag, l'autrice peut se montrer très basique dans son idée (un homme qui pilonne une femme en levrette au point que la tête de sa compagne traverse la fine cloison), ou plus sophistiquée (des répliques à la manière de Racine, Ronsard, Corneille, Shakespeare). Elle peut jouer uniquement sur les dialogues dans un plan fixe, comme sur un gag avec une chute visuelle. le lecteur n'éprouve jamais de sensation de redite. Pas facile de capturer l'air du temps, les affres de la condition féminine circonscrites à la condition hormonale, sans risquer de tomber dans les clichés misogynes ou féministes. Catherine Meurisse semble croquer des scènes prises sur le vif, légèrement théâtralisées pour être en prise directe sur les tracas existentiels générés par les possibilités infinies d'une vie à construire et les contingences matérielles et sociales, avec des femmes qui le ressentent dans leur chair.

24/08/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Les Petits Ruisseaux
Les Petits Ruisseaux

Un lecture vraiment sympathique, qui m'a rappelé la BD Plutôt jouir !. C'est le genre de BD qui respire la fraîcheur, abordant avec originalité, humour et une touche de poésie les thèmes de l'amour et de la sexualité chez les personnes âgées. Le quotidien d'Émile, rythmé par une douce routine, est bouleversé par le décès soudain de son meilleur ami. Un triste départ qui va être le déclencheur d'un nouveau départ, l'invitant à se libérer du poids du passé et à oser rêver à nouveau. Certaines situations peuvent sembler improbables, voire dérangeantes pour certains, mais je trouve que justement ça apporte une puissance au récit. En brisant quelques préjugés, l'auteur offre à son personnage une sorte de nouvelle jeunesse. Certes, le destin semble parfois satisfaire avec facilité les désirs les plus intimes d'Émile, plutôt que de suivre une succession d'événements plus "réalistes". Mais on peut le voir comme un ticket de loterie gagnant, une chance sur des millions.. et pourquoi pas lui? Bref, c’était une lecture très agréable qui m'a séduite par ces moments insolites et pour son dessin un peu "brouillon", que j'ai beaucoup aimé.

24/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Histoire secrète du géant
L'Histoire secrète du géant

Un homme qui prend de la place - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre, initialement parue en 2009, écrite, dessinée et mise en couleurs par Matt Kindt. Cette histoire est racontée en trois parties distinctes et chronologiques. Dans la première partie, Marge Pressgang se souvient de son époux, mort sous les drapeaux pendant la seconde guerre mondiale. Elle déplore le peu dont elle arrive à se souvenir de lui. Elle était enceinte de Graig qu'elle a dû élever seule. Assez rapidement, il est apparu que la croissance de son fils était anormale : il grandissait plus vite que les autres, sans que son développement ne semble atteindre une limite, 2 mètres, 3 mètres et plus. Il était un élève effacé et studieux avec de bons résultats scolaires. le lecteur prend connaissance du point de vue de Marge, sans accès aux pensées ou émotions de Craig. La deuxième partie continue l'histoire de Craig depuis son entrée à l'université. Elle est narrée du point de vue de Jo, sa copine qui deviendra sa femme. Cette partie comprend une dizaine de pages pendant lesquelles Jo écoute le journal intime de Craig qu'il a enregistré sur des bandes magnétiques. La troisième et dernière partie est racontée du point de vue d'Iris, la fille de Jo et Craig, qui recherche les traces de son père disparu pour écrire un livre sur lui. Une histoire de géant au vingtième siècle racontée pour des adultes : Matt Kindt utilise un élément fantastique classique qu'il met en scène à sa manière. Il raconte de manière plutôt réaliste la vie d'un homme qui n'a pas arrêté de grandir (il y a une explication rapide à cet état de fait exceptionnel) dépassant les 3 mètres, et comment il trouve sa place dans la société, comment la société l'intègre. Kindt ne se sert pas d'un dispositif narratif fantastique pour se lancer dans un récit d'action. À partir de point de départ (l'existence d'un vrai géant), il envisage de façon littérale sa vie. Quelles sont ses relations avec son entourage ? Comment trouve-t-il des vêtements à sa taille ? Qui lui fabrique des lunettes ? Quelles sont les conséquences physiologiques de cette taille démesurée ? Comment a-t-il aménagé ses toilettes ? Comment fait-il pour se faire couper les cheveux ? Cette approche prosaïque et terre-à-terre permet au lecteur de plus facilement consentir la suspension d'incrédulité nécessaire pour accepter cet élément fantastique. L'utilisation de 3 narratrices pour raconter l'histoire facilite également l'empathie du lecteur qui perçoit l'existence de ce géant à travers elles qui l'ont côtoyé au quotidien, comme un être humain et pas comme un phénomène de foire ou comme un monstre. La propre acceptation de ces femmes entérine l'existence de Craig, avec sa taille impossible. le style graphique utilisé par Kindt renforce encore cette approche en douceur de cet individu hors norme. Il réalise des dessins délicats, légèrement encrés, donnant parfois l'impression que certaines formes ont simplement été détourées au crayon, sans avoir été repassée à l'encre, évoquant parfois une esquisse prise sur le vif. Kindt a réalisé lui-même la mise en couleurs, à base d'aquarelles dans des teintes pastel. Cela confère à la fois un côté rétro (l'histoire se déroule dans les années 1960), et accentue aussi la sensibilité du regard porté sur Craig. Pour autant, il n'y a aucune forme de niaiserie ou d'ingénuité dans les dessins, simplement un regard un peu nostalgique. Loin de présenter une apparence fade ou uniforme, les pages présentent de nombreuses surprises, dans la forme comme dans le fond. Pour commencer, Matt Kindt n'hésite pas à jouer avec la forme en insérant un plan masse d'une maison sur papier à fond bleu, ou des publicités pour une entreprise de construction dans un style années 1950, des extraits de journaux découpés et collés dans un cahier (scrapbook), un compte-rendu d'exposition artistique, ou encore la couverture d'un livre de propagande à la gloire de l'homme géant. Sur 190 pages de BD, ces facsimilés représentent un faible pourcentage de la pagination, mais ils introduisent une variété et une volonté de sortir du cadre, rendant la narration plus vivante, plus inattendue. À plusieurs reprises, le lecteur tombe sur une case représentant un élément totalement inattendu qui n'a rien de choquant dans la mesure où il est représenté de la même manière que le reste, mais qui surprend pris en dehors de son contexte. Par exemple, le dessin relatif aux toilettes du géant présente une apparence totalement inoffensive, mais son sens relève bien des besoins naturels de l'homme. Il y a également cette image évoquant la possible intervention du géant au Vietnam pendant la guerre qui évoque immédiatement l'avancée inexorable de Jon Osterman dans une jungle analogue dans Watchmen. Sur le fond, la délicatesse des graphismes transcrit bien l'affection des femmes regardant ce monsieur. Sans aller jusqu'à parler d'approche graphique à sensibilité féminine (un peu réducteur comme définition), Matt Kindt sait donner une personnalité à chacune de ces trois femmes, ainsi qu'un point de vue plus ou moins mélancolique qui vient apporter une touche poétique à l'existence de ce géant. Au-delà de ce drame humain raconté sans pathos exagéré, le lecteur peut parfois entrevoir une métaphore dans son existence. Matt Kindt joue donc sur les mots avec son titre "3 story" qui évoque aussi bien 3 histoires (celle de la mère, de l'épouse et de la fille) que la taille de Craig Pressgang (3 story = 3 étages). Dans la première partie, la mère de Craig évoque la mort de son père à la guerre, et le fait qu'il ait grandi sans présence masculine. le lecteur peut voir dans le gigantisme de Craig, le fait qu'il n'y a pas eu de père pour cadrer son évolution et lui imposer des limites. Dans la partie narrée par Jo (sa femme), il est possible de voir dans le gigantisme de Craig le fait qu'il prend toute la place, qu'il occupe tout l'espace vital de sa femme. Par opposition, Iris (sa fille) marche sur les traces de son père, ce qui l'amène à découvrir le monde, toute la surface qu'il a parcourue. Pour cette histoire, on peut parler de bande dessinée d'auteur, dans laquelle Matt Kindt utilise un dispositif narratif artificiel (l'existence d'un géant dans la deuxième moitié du vingtième siècle) pour montrer la vie quotidienne autrement et parler des relations entre mère / fils, femme / époux et fille / père sous un angle original.

23/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Pourquoi je déteste Saturne
Pourquoi je déteste Saturne

Kyle Baker : un créateur hors norme - Ce graphic novel est parue initialement en 1992 au début de la carrière de Kyle Baker, deux ans après La légende de Cowboy Wally et des épisodes délirants de The Shadow (avec Andy Helfer, chez DC Comics). À l'époque DC Comics disposait d'une branche d'édition (Piranha Press) pour les projets de comics qui ne ressemblait à rien de connu. Effectivement, Why I hate Saturn sort de tous les schémas traditionnels des comics et même de la bande dessinée. Kyle Baker nous invite à suivre les mésaventures d'Anne, une jeune journaliste newyorkaise, peu sérieuse, très en retard, malchanceuse en amour, déjà cynique, travaillant pour un magazine de tendances et dotée d'une sœur peu commune. Sa sœur est une végétarienne, elle est persuadé qu'elle vient de la planète Saturne et il s'avère qu'elle est poursuivie par un amoureux transi peu commode. Les deux tiers de l'action se déroulent à New York entre des bars, le bureau de l'éditeur du magazine et l'appartement d'Anne. le dernier tiers se déroule en Californie, entre les fauteuils des gares routières, la rue (Anne devient même SDF pendant quelques jours) et une escapade dans le désert de l'Arizona, passage qui évoque Thelma & Louise en plus drôle. Cette histoire appartient en premier lieu au registre de l'humour, version dialogues piquants basés sur les petites et grandes absurdités de notre société. La trame de l'intrigue permet à Kyle Baker de dessiner autre chose que des têtes en train de parler. Premier constat : Kyle Baker dispose d'un humour drôle qui fait mouche à chaque fois et je me suis surpris à pouffer à haute voix à plusieurs reprises (sous les regards navrés de mon entourage). Deuxième constat : les différents personnages sont tous dotés d'une personnalité très crédible et réaliste. Ils sont attachants et il est impossible de ne pas se reconnaître dans certaines de leurs manies ou de leurs jugements de valeur. Ensuite, cette histoire n'a pas vieillie, l'humour est toujours aussi pertinent : peut être même encore plus cruel en ce qui concerne l'ultramoderne solitude et l'invisibilité des SDF. Les illustrations de Kyle Baker sont très particulières : des visages en très gros plans, avec des traits simplifiés (on est à l'opposé du photoréalisme) et des expressions faciales exagérées qui sont irrésistibles. La suite de la carrière de Kyle Baker est tout aussi imprévisible et éclectique : de l'humour de superhéros avec Plastic Man (On The Lam), des commentaires sociaux avec Nat Turner, des récits bibliques avec King David ou de la dénonciation de l'oppression des noirs avec une histoire de Captain America (Truth) et même des classiques de l'autre côté du miroir de Lewis Carroll.

23/08/2024 (modifier)
Couverture de la série Another
Another

Super Manga ! J'ai adoré comme l'histoire mettait en place le suspens et la tension ! Avec parfois des passages sanglants, mais sans verser dans le gore pour autant. Je recommande franchement si vous appréciez les thèmes horreur, mais qui restent soft.

23/08/2024 (modifier)
Couverture de la série Broussaille
Broussaille

J'ai adoré comme beaucoup les 3 premiers tomes. Cependant au vu du peu d'album durant ses décennies, j'ai comme l'impression que Franck Pé aime moins son personnage que nous. D'ailleurs je n'arrive pas à comprendre pourquoi il y en a si peu.

23/08/2024 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série Les Affamés du crépuscule
Les Affamés du crépuscule

Je me joins à Paco pour mettre en avant ce bon début de série. C'est d'ailleurs après avoir lu sa critique que je me suis décidé à en faire l'acquisition. Pourtant, j'hésitais. J'avais eu le malheur de lire un avis très critique sur un autre site (mais nettement moins bien que BDtheque, hein ?) où l'auteur de l'avis pointait notamment le fait que dans Les affamés du crépuscule, les Orcs n'étaient pas ces créatures répugnantes et cruelles que l'on dépeint généralement dans d'autres univers, du Seigneur des anneaux à Donjons et Dragons. Certes ! Et alors ? On n'a pas le droit de s'approprier le truc et d'apporter sa touche perso ? Qu'est-ce que c'est que ce conservatisme ? Moi perso, j'aime plutôt bien, d'autant plus qu'il y a quelques années, j'ai lu un truc de fantasy assez plaisant (et étonnant) s'inscrivant tout à fait dans cette démarche : le Dernier anneau du biologiste russe Kirill Eskov, qui proposait de revisiter le Seigneur des anneaux en racontant l'histoire du point de vue des vaincus, à savoir le Mordor. Lecture étonnante donc où l'on découvrait un peuple Orc cultivé et raffiné poussé à quitter sa terre d'origine sous la pression de changements climatiques brutaux. Mais bref ! Là n'est pas le sujet, même s'il est permis de penser que les auteurs de cette BD plus que recommandable ont sans doute lu le livre d'Eskov puisque dans ce premier volume (j'ignore combien il y en aura en tout), il est également question de changement climatique, mais aussi d'une menace extérieure commune incarnée par des envahisseurs on-ne-peut-plus inquiétants et méconnus, en l'occurrence les Vangols, sortes de géants décharnés ultra flippants. C'est sous cette double contrainte qu'Humains et Orcs vont devoir conclure une alliance que tous ne voient pas d'un très bon œil. J'ai bien marché dans cette histoire dont il me tarde de connaitre la suite. Habituellement, le comics made in USA n'est vraiment pas ma tasse de thé, mais là, il faut croire qu'il y avait un petit truc différent. Le dessin de couverture y est certainement pour quelque chose qui ne respecte pas tellement, sinon pas du tout, le code du genre. A l'intérieur, le trait est peut-être moins surprenant, mais néanmoins tout à fait plaisant, en particulier la mise en couleur qui réhausse très élégamment le tout. Ajoutons à cela que les dialogues sont plutôt corrects et l'action bien menée, sans temps mort, navigant entre intrigue et action. Par moment, c'est un peu expédié, comme cet échange entre Cal et Conwy, juste avant une bataille : - Comment peut-on le récupérer en étant autant à découvert ? - Tara et moi allons nous faufiler pour le libérer sans être vus. Vous, vous restez cachés. Ha ben oui, quel plan d'enfer ! Il suffisait d'y penser... Personnellement, je regrette surtout qu'il n'y ait pas davantage de frottements entre les deux peuples alliés. Dans ce tome, hormis les scènes de conseils où le lecteur comprend que les choses ne font pas l'unanimité, les protagonistes principaux acceptent l'alliance un peu facilement, comme si elle coulait de source. Il me semble que les personnages auraient gagné en épaisseur en étant un poil plus rugueux. A part ça, c'est du tout bon qui déroule et laisse entrevoir une suite tout aussi attractive. A suivre, donc...

23/08/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série Le Juif arabe
Le Juif arabe

"Les événements de ce livre sont basés sur des histoires vraies, des mémoires fragmentées et un peu d'imagination." C'est pour moi aussi ma première incursion en territoire Hanuka, merci à grogro et à son avis de la semaine. On va suivre en parallèle deux histoires. Celle du présent où Asaf Hanuka essaye de réaliser une BD avec pour point de départ la mort de son arrière grand-père dans les années 30, le fameux juif-arabe. Mais aussi sa vie personnelle qui ne vas pas fort avec ce retour en Israël après ses études en France pour trouver du travail. Et celle du passé où on va découvrir la vie de cet arrière grand-père et de ses proches. Une narration sur un tempo allegro, même si le rythme est lent, puisque à chaque page on change d'époque, on passe ainsi du présent au passé pour un incessant va-et-vient qui donne ce ton si singulier au récit. Chaque page commence par un titre, un lieu et une date en haut à gauche pour ne pas perdre le lecteur. J'ai beaucoup aimé la partie sur la quête personnelle et familiale de Hanuka, alors même si la partie historique du récit, sans prise de position, est très instructive, je trouve que ça reste un poil superficiel (mais rien de gênant). Un bon moment de lecture qui doit beaucoup aussi à la partie graphique. Un dessin minimaliste, de nombreuses vignettes sans décor, avec un coup de crayon expressif et lisible. Un noir et blanc pour le présent et de la couleur pour le passé. Rien d'innovant, mais ça fonctionne très bien. De l'excellent travail. Asaf Hanuka a réalisé un travail formidable avec ce témoignage sensible, grave et d'actualité. Un album que je ne peux que recommander.

23/08/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Ignorants
Les Ignorants

Voilà un très grand cru de Davodeau que j'ai pris beaucoup de plaisir à relire. C'est une histoire singulière qui, sous des dehors modestes, explore avec une grande finesse deux univers que rien ne rapproche a priori : celui de la bande dessinée et celui du vin. À travers cette rencontre entre un auteur de BD, Étienne Davodeau, et un vigneron, Richard Leroy, l’album réussit le pari audacieux de mêler initiation, découverte et réflexion sur le travail artisanal. Le concept de l’album est simple : Davodeau, qui ne connaît rien au vin, va passer un an aux côtés de Richard Leroy pour apprendre les secrets de la viticulture, tandis que ce dernier découvre l’univers de la bande dessinée. Ce dialogue entre deux ignorants, chacun expert dans son domaine mais néophyte dans celui de l’autre, donne naissance à une œuvre riche. Au fil des pages, on partage leurs découvertes, leurs doutes, et leurs émerveillements. Le dessin de Davodeau, tout en nuances de gris, accompagne parfaitement le propos. Mais c'est bien plus qu’une chronique de deux univers parallèles. C’est aussi une réflexion sur le temps, la passion, et l’artisanat. Que ce soit dans la création d’un vin ou d’une bande dessinée, Davodeau montre que l’artisan est avant tout un passionné, un être en quête de perfection, pour qui chaque détail a son importance. Les échanges entre Davodeau et Leroy, souvent empreints d’humour et de complicité, dévoilent des réflexions profondes sur le sens du travail bien fait, sur la transmission du savoir et sur la valeur du temps consacré à une œuvre. Loin de se contenter de juxtaposer deux mondes, Davodeau réussit à les entremêler, à créer des ponts entre eux, montrant que la passion, qu’elle s’exprime dans la vigne ou dans l’atelier de dessin, est universelle. "Les Ignorants" est une ode à la curiosité, à l’apprentissage, et à la découverte de l’autre. C’est un album qui, tout en douceur, nous invite à sortir de notre zone de confort, à aller à la rencontre de ce que nous ne connaissons pas, et à en tirer de précieuses leçons. En conclusion, voici une oeuvre qui m'a touché par sa sincérité et son humanité, et que j'ai pris beaucoup de plaisir à relire. Une lecture à savourer, comme un grand cru, à la fois légère et profonde.

23/08/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Couleur des choses
La Couleur des choses

Voilà un album qui est resté trainer assez longtemps dans ma pile à lire. Je l’ai acheté par pure curiosité. Je suis rarement un grand fan des prix d’Angoulême, mais là l’audace créative faisait que je devais me faire mon propre avis. Et j’ai pris beaucoup de plaisir dans ma lecture. Je trouve que Martin Panchaud réussit le pari audacieux de transformer des cercles colorés et une vue aérienne en une véritable expérience narrative. Difficile de croire qu’un tel minimalisme graphique puisse captiver, mais dès les premières pages, la magie opère. En tous cas, ça a très bien marché pour moi. On pourrait penser que ce style, à la limite de l’abstraction, nuirait à l’immersion. Pourtant, il n’en est rien, cette représentation géométrique parvient étrangement à transmettre une profonde humanité. Le récit suit Simon, un adolescent malmené par la vie, qui voit sa chance tourner après avoir gagné une grosse somme d’argent. Ce scénario, qui pourrait sembler convenu à première vue, prend une autre dimension sous la plume de Panchaud. Chaque rebondissement est minutieusement orchestré, avec une narration fluide et des surprises bien dosées. On se retrouve plongé dans une sorte de polar social, teinté d’humour noir, où la naïveté et la cruauté s’entremêlent avec brio. Ce qui pourrait n’être qu’un simple road movie se transforme en une aventure humaine, où chaque péripétie est une nouvelle épreuve pour ce jeune héros attachant. (oui je me suis attaché à un cercle !) Là où Panchaud excelle, c’est dans l’alliance entre cette narration atypique et un scénario solide. Le graphisme, bien que déconcertant au premier abord, finit par devenir invisible, tant il sert le récit. On oublie que l’on suit des cercles colorés et on s’immerge totalement dans cette histoire qui mêle drame, suspense et critique sociale. Le style minimaliste pourrait en rebuter certains, mais il faut admettre que c’est précisément cette originalité qui donne toute sa force à l’ouvrage. En définitive, “La Couleur des choses” n’est pas simplement une expérience graphique ; c’est une BD qui réussit à allier forme et fond de manière exemplaire. Panchaud nous prouve que l’art de la bande dessinée est loin d’être figé, et que même les choix les plus risqués peuvent aboutir à des œuvres marquantes. À la fois ludique et profond, ce livre est une véritable pépite, un OVNI dans le paysage du neuvième art, qui mérite largement les éloges qu’il a reçus. Un pari graphique audacieux, mais totalement réussi.

23/08/2024 (modifier)