Atteindre l'objectif
-
Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Il comprend les épisodes 1 à 5 de la minisérie, initialement parus en 2018, écrits par Ivan Brandon, dessinés et encré par Esad Ribi?, avec une mise en couleurs réalisée par Nic Klein. Il comprend également les couvertures alternatives réalisées par Dan Panosian et Jae Lee.
Des dizaines d'années dans le futur, sur une planète avec un anneau, sous la supervision et la surveillance de gouvernants ayant élu domicile dans des satellites spatiaux, une bataille va commencer. Les soldats d'une faction sont campés sur leur position, ayant du mal à supporter le silence de l'attente. Non loin de là, le commando ennemi vient d'arriver. Il se compose de 6 soldats, avec pour chef un vétéran nommé Satta Flynn équipé d'un exosquelette dorsal avec quatre bras supplémentaires. Il donne l'ordre à 2 soldats de se déployer sur les flancs, et aux 3 autres de le suivre. À quelques mères en hauteur, de nombreuses caméras filment tout. Le soldat parti en vol autonome se fait descendre dès la première minute. Un autre reçoit en projectile en pleine poitrine. L'une des caméras annonce une pause pour les écrans publicitaires. En fait il s'agit d'une rediffusion que Satta Flynn regarde depuis son lit d'hôpital car il a été grièvement blessé pendant cette campagne. 86 jours après sa blessure, il peut enfin sortir de l'hôpital, avec une nouvelle jambe cybernétique à la place de celle qui a été amputée. Il sort en fauteuil roulant, mais se met debout malgré la douleur, pour le bénéfice des journalistes présents à l'entrée. Il est rapidement pris en charge par le représentant de l'entreprise qui l'emploie, et par Xem, une jeune femme qui lui est attachée.
Quelques jours plus tard, Satta Flynn est de retour sur le champ de bataille. Il court pour éviter les tirs de l'ennemi, tout en progressant de l'avant. Il finit par débusquer le chef de peloton ennemi en le surprenant. Il s'engage dans un combat acharné au corps à corps. L'autre réussit à lui trancher une artère du cou. Flynn ne se rend pas pour autant, et enfonce sa propre lame dans le cou de son adversaire, le tuant. Mais il se fait lui-même poignarder dans le dos par un autre ennemi à l'agonie sur le terrain. Il se retourne dans un sursaut pour le tuer également, et s'effondre sur son cadavre. La bataille est parvenue à son terme, et les services médicaux et autres pénètrent sur le terrain pour s'occuper des blessés et enlever les cadavres. Satta Flynn n'est pas mort, mais il a échoué. La sanction est double : son entreprise n'a pas gagné la partie et va perdre des territoires de vente. Lui-même va perdre des sponsors et donc des revenus financiers. Par contre, ça ouvre la porte à de nouveaux soldats pour prendre sa place, des plus jeunes.
A priori, le lecteur est attiré vers ce comics, à la fois par le dessinateur, à la fois par le scénariste. Esad Ribi? s'est fait connaître par ses pages s'apparentant à des illustrations pour des projets comme Loki (2004, scénario de Robert Rodi), Silver Surfer: Requiem (2007, scénario de Joe Michael Straczynski), Sub-Mariner: The Depths (2009, scénario de Peter Milligan), Secret Wars (2016, scénario de Jonathan Hickman). Le lecteur note toutefois que l'artiste n'a pas réalisé lui-même sa mise en couleurs. Elle a été réalisée par Nic Klein qui a déjà travaillé avec Ivan Brandon, en particulier pour la série de science-fiction Drifter. S'il l'a lue, le lecteur garde en souvenir des visuels envoûtant et une structure narrative déroutante, exigeant un bon degré d'investissement pour rassembler les pièces du puzzle du scénario, dispersées aux quatre vents des épisodes. Du coup, il peut éprouver un peu d'appréhension à se plonger dans ce nouveau récit de Brandon. D'un autre côté, il s'agit d'un récit complet en 5 épisodes, donc nécessitant moins d'effort que pour les 19 épisodes de Drifter. En outre les premières pages donnent l'impression qu'Esad Ribi? a réalisé ses planches tout seul, tellement Nic Klein a calqué sa mise en couleurs sur la méthode de Ribi?. Enfin les 12 premières pages narrent une opération militaire de terrain, tout en action.
Ivan Brandon n'a quand même pas abandonné complètement sa manière de raconter une histoire, et ce n'est que progressivement que le lecteur découvre les raisons et les enjeux de ces affrontements entre professionnels. Cependant, il n'est pas compliqué de comprendre ce qui est en train de se jouer. Le récit se concentre essentiellement sur Satta Flynn, ce combattant vétéran émérite, tout entier focalisé sur son métier. La jeune Xem n'apparaît que le temps d'une page et n'est même pas une récompense pour Flynn, selon toute vraisemblance encore moins une compagne. Les seuls femmes à jouer un rôle de premier plan sont deux combattantes comme Flynn, Mama Martine et Major Devi, cette dernière étant plus jeune et plus compétente que lui. Satta Flynn embrasse donc complètement sa condition de combattant célèbre et redoutable, sans état d'âme, sans autre motivation que celle de sortir vainqueur. Sa blessure grave ne remet pas en question sa motivation. Il n'éprouve pas de peur particulière face à la mort. Seule la supériorité de Major Devi le déroute, impliquant la fin de sa supériorité, une déchéance vraisemblable à court terme. Du coup Satta Flynn n'est pas un héros parce qu'il est difficile de l'admirer du fait de son absence de questionnement, mais il n'est pas complètement antipathique parce que le lecteur ressent de l'empathie pour son obsolescence proche.
Les premières pages impressionnent le lecteur commençant par deux dessins en pleine page, puis trois pages avec 3 ou 4 cases, comme une sorte de travelling avant vers le champ de bataille, en partant depuis l'espace. Le lecteur retrouve les formes tracées à grand trait d'Esad Ribi?, noyées dans des camaïeux de couleurs pastel, des brumes mangeant les détails. Il lui faut donc un peu de temps pour se rappeler que la mise en couleurs a été faite par Nic Klein et pas Ribi?. Cela devient un peu plus apparent par la suite car les formes deviennent détourées par des traits encrés, attestant que le dessinateur a un peu changé de mode de représentation. Cela l'incite d'ailleurs à représenter plus de détails, à se montrer plus concret. Cela constitue un plus pour le récit, car du coup les éléments de science-fiction sont plus palpables, plus tangibles. Le lecteur peut voir la technologie futuriste, les quelques vaisseaux, les tenues d'anticipation, les armes du futur. Les représentations ne s'inscrivent pas dans une démarche prospective d'anticipation à partir de la science d'aujourd'hui, mais elles permettent au lecteur de s'immerger dans un monde cohérent, différent du présent. L'observation des dessins lui permet de se faire une représentation des constructions de cette planète, de son degré d'avancée sur l'échelle de la civilisation, de son urbanisme, même si le scénario ne s'appesantit pas sur la vie quotidienne.
Nic Klein effectue un remarquable travail de mise en couleurs, avec des teintes assez pâles, un peu blafardes. Il les utilise pour accentuer le relief des formes, et apporter des informations sur les sources d'éclairage. Il établit une teinte dominante par séquence pour lui conférer une ambiance particulière. Il nourrit les fonds de case lors des affrontements car les champs de bataille se trouvent en zones sauvages, ou dans des zones dévastées. Le lecteur pourrait craindre que ces choix graphiques rendent la lecture un peu difficile, mais en fait Esad Ribi? conçoit des personnages et des tenues avec des spécificités assez fortes pour que le lecteur sache tout de suite qui il est en train de regarder attaquer, ou où se situe l'action. Le choix de couleurs délavées peut donner l'impression que le récit manque d'éclat, mais le lecteur constate rapidement que les combats sont spectaculaires, avec des déroulements inventifs, et que certains lieux en imposent soit par des constructions gigantesques, soit par la beauté de la nature. La narration graphique emmène donc le lecteur sur une autre planète peuplée d'humanoïde, dans un futur lointain, au milieu de combats menés par des professionnels jusqu'à la mort.
Ainsi immergé, le lecteur se laisse prendre par la fureur des combats, par la détermination professionnelle de Satta Flynn. Comme lui, il absorbe les informations quand il en a le temps, pour comprendre quels sont les enjeux réels de ces affrontements. Ivan Brandon ne s'est pas contenté de concevoir une intrigue, il a également travaillé sur la forme, avec l'insertion de pages de publicité, comme dans la retransmission des combats, aidé par Tom Muller, un designer. Il s'agit de produits inventés pour l'histoire, mais fonctionnant comme des échos de produits existants, telle une célèbre marque de soda. L'effet produit est de faire remarquer au lecteur que ces combats s'inscrivent dans une forme de gouvernement, un système fonctionnant sur le principe du capitalisme, où le terme guerre économique peut être pris au pied de la lettre. En soi, le propos ne s'avère pas original, mais sa mise en forme (récit de SF, dessins à la forte personnalité) en fait une fable pour adultes, débarrassée de toute naïveté. Le scénariste utilise le genre SF pour mieux faire ressortir les principes sous-jacents qui conduisent les personnages à se comporter ainsi. Il a réussi à trouver le juste équilibre entre récit au premier degré et critique du système.
Au vu des créateurs de cette histoire, le lecteur peut se retrouver tiraillé entre deux a priori conflictuels, entre curiosité pour un scénario ambitieux et des dessins personnels, et appréhension pour une structure de récit trop alambiquée, et des dessins trop fades. Il se trouve qu'Ivan Brandon, Nic Klein et Esad Ribic ont combiné le meilleur de leurs particularités, pour un récit de science-fiction basé sur l'action, avec une dimension réflexive, et des dessins riches à la mise en couleurs personnelle.
Que faire de mes superpouvoirs ?
-
Ce tome comprend une histoire complète indépendante de toute autre. Il contient les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2017, écrits par Aleš Kot, dessinés et encrés par André Lima Araújo, avec une mise en couleurs réalisée par Chris O'Halloran.
En 2020, Ellena Ferrante et Nick sont allongés dans l'herbe, sous la lumière de la Lune, de nuit. Ils parlent de leurs émotions, de se contrôler et de Carl Sagan. le lendemain, Akio, un génie scientifique évoque l'érosion de la position de pouvoir des États-Unis sur l'échiquier mondial, et la possibilité d'inventer de nouvelles armes qui pourront enrayer cette érosion, devant des militaires haut gradés. Il leur présente un diaporama sur le projet Utopie, expliquant comment tout dans l'existence peut être ramené à de l'information qui peut elle-même être écrite sous forme de code. Il prend comme exemple les ouvrages dont la lecture peut changer une vie. Il indique qu'il est convaincu de la possibilité d'utiliser des langages codés assimilables par l'être humain provoquant d'autres types de transformation de l'intérieur pouvant déclencher l'apparition de capacités assimilables à des superpouvoirs. Il a écrit un tel code qu'il a séparé en trois morceaux. le Général en charge de la réunion et du suivi de l'avancée des travaux d'Akio lui demande s'il a des preuves tangibles de ce qu'il avance. La réponse étant négative, il lui demande de plutôt se remettre à travailler sur le projet Airstrip One.
Le lendemain, Ellena et Nick se rendent chez leur ami Baldwin. Ils se sont réunis pour tenter de pénétrer dans le système informatique de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency). Ils réussissent mais manquent de se faire détecter parce que Nick était trop absorbé pour se déconnecter à temps. En fait leur intrusion a été détectée par Akio. Après une journée de travail, Elena rentre chez elle rejoindre sa mère cancéreuse. Nick rentre chez lui et mange en silence avec ses parents avant de prendre un bain. Après avoir fait ses exercices matinaux, Baldwin mange seul, puis sort voir le soleil sur le toit. le Général rend visite à Akio pour se plaindre du manque d'avancée dans ses travaux et confisquer les serveurs contenant les informations relatives au projet Utopie. le soir les trois hackers se réunissent pour pirater les serveurs d'une banque et se servir. Leur piratage est lui-même piraté par Akio qui leur transmet les 3 morceaux de code transformatif.
Aleš Kot est un scénariste atypique, capable aussi bien d 'écrire une saison hallucinante et extraordinaire des Secret Avengers avec Michael Walsh, que des comics indépendants très ambitieux comme The Surface avec Langdon Foss. Ici, le lecteur se rend rapidement compte qu'il s'agit d'un récit rapide et spectaculaire, dans une veine plutôt facile à lire. le scénariste met en scène 3 jeunes adultes assez désabusés quant à ce que leur réserve l'avenir. Chacun doit vivre en ayant conscience que la société ne les attend pas, et que la justice sociale n'existe pas. L'un d'entre eux doit cumuler deux emplois pour payer les frais médicaux de sa mère, l'autre a vu son frère mourir dans une manifestation pacifique, sous les coups des forces de l'ordre, et le troisième n'a que trop conscience du racisme ordinaire. C'est donc la raison pour laquelle ils ont choisi de prendre un raccourci en s'appropriant de l'argent qui ne leur appartient pas. En face d'eux, Akio travaille pour le gouvernement, mais il est lui aussi insatisfait de ne pas pouvoir mener à bien les recherches qui lui tiennent à cœur, les travaux qui ont réellement la capacité de transformer la société. de fait les trois jeunes gens acquièrent bien des capacités extraordinaires à la fin du premier épisode, comme par exemple la possibilité de voler par ses propres moyens. La question est bien de sûr de savoir ce qu'ils vont en faire. Non, ils ne revêtent pas des costumes moulants aux couleurs criardes avec des noms de code puérils, pour combattre le crime.
De fait André Lima Araújo réalise des dessins dans une veine descriptive et réaliste, avec des traits de contours assez fins et très peu d'aplats de noir. Sa manière de dessiner évoque celle de Martin Morazzo dans Great Pacific de Joe Harris. Ses personnages ont des morphologies normales, sans exagération de muscle ou de poitrines. le lecteur peut voir les différences d'âge, que ce soit la jeunesse du trio (une vingtaine d'années), ou la marque des années sur le visage et le corps des parents de Nick, de la mère d'Elena, ou encore sur le Général. Dans le premier tiers du récit, le langage corporel des protagonistes est de type naturaliste, sans exagération de mouvement, ou d'expression du visage. Par la suite, la violence des événements et leur soudaineté justifient des mouvements plus vifs et plus amples, et des émotions qui marquent plus les visages. Alors même qu'il y a de nombreuses discussions et du travail sur ordinateur dans le premier tiers, l'artiste sait concevoir des plans de prises de vue qui restent vivants et intéressants visuellement. Pour le remarquer, il suffit de regarder les planches muettes quand Elena se rend au travail puis revient chez elle, quand Nick mange avec ses parents puis prend un bain, et quand Baldwin se prépare pour sa journée. le degré d'informations visuelles est élevé, et ses pages se comprennent au premier coup d'oeil.
Parmi les superpouvoirs, il y a une super-force, ce qui implique des combats physiques et des actes violents et destructeurs. Passé le moment de plaisir physique du vol autonome, André Lima Araújo doit représenter cette violence. Il continue de dessiner dans un registre descriptif et réaliste, et ça fait mal. Au fil des affrontements, le lecteur peut voir le casque d'un policier voler en morceaux, des nez cassés qui pissent le sang, et même un individu déchiré en deux, avec du sang partout. L'artiste prouve à plusieurs reprises qu'il sait représenter la violence et montrer l'horreur corporelle, pas seulement lors des affrontements physiques. Au fur et à mesure de l'augmentation du niveau de violence, il fait bon usage des cases de la largeur de la page pour montrer l'ampleur des coups portés, et il a recours à des cases plus grandes pour qu'il y ait assez place pour la destruction. Il utilise également des traits parallèles pour marquer la vitesse des déplacements. Le lecteur se retrouve donc à regarder un spectacle qui dégénère de page en page, prenant conscience de la souffrance accompagnant l'utilisation des pouvoirs, de leur démesure par rapport au corps humain normal, des ravages que cela occasionne dans les différents environnements où ils sont utilisés.
André Lima Araújo montre des endroits réalistes, existant dans le quotidien, aisément reconnaissables et fonctionnels. À la rigueur, il n'y a que la cabane au fond des bois qui semble un peu étriquée, mais le reste, de la salle de réunion à la centrale nucléaire, correspond à ce qui existe. Par contre l'effet de l'utilisation des superpouvoirs fait basculer la narration visuelle dans un registre plus spectaculaire, l'éloignant du monde de tous les jours, pour aller vers un récit plus orienté action avec un soupçon d'horreur. Le lecteur s'en trouve un peu surpris car le début du récit laissait entrevoir d'autres directions possibles, comme celle de creuser la nature des trois documents établis par Akio, et la relation entre matière et information. Finalement Aleš Kot se concentre sur le devenir des trois jeunes gens. Il montre comment leur histoire personnelle va orienter la manière dont ils se servent de leur pouvoir, ainsi que leurs relations interpersonnelles. S'il n'est pas assez attentif, le lecteur peut même ressentir l'impression que le récit se termine alors qu'il vient tout juste de commencer.
L'une des citations en quatrième de couverture évoque les problèmes du millénaire. De fait, Aleš Kot se focalise sur ses 3 principaux personnages, avec Akio en plus. Il reprend une trame très classique d'une organisation militaire qui crée des surhommes, un peu malgré elle, parce qu'elle s'est fait doubler par le scientifique en charge du projet. Aleš Kot utilise le genre superhéros, ou plutôt surhomme, pour sonder un aspect de la société. Il raconte bien une histoire au premier degré, Elena, Nick et Baldwin cédant à la tentation d'utiliser leur pouvoir, pourchassés par les militaires qui veulent contenir ces individus afin de les utiliser. le lecteur retrouve un récit très classique. Dans le même temps, les trois jeunes gens font un usage inattendu de leurs pouvoirs, qui les conduit à s'affronter entre eux. Il apparaît alors que leur conduite découle de leur position sociale, de leur histoire personnelle, et de la manière dont la société les a traités. Aleš Kot réalise en creux une critique pénétrante et acerbe sur la place que la société réserve aux jeunes.
Le lecteur se lance dans cette lecture, a priori tenté par le nom du scénariste. Il commence par découvrir une histoire de possibilité d'acquérir des superpouvoirs grâce au codage de l'information ce qui l'aiguille vers un récit entre superhéros et métaphysique. Les dessins d'André Lima Araújo montrent un monde concret et réaliste, rapidement trop normal pour contenir de tels pouvoirs. Petit à petit, la véritable nature du récit se dévoile au fil de scènes de plus en plus spectaculaire, pour une histoire plus originale, mais manquant un peu de substance en termes de critique sociale.
Pascal Rabaté revisite ici un roman d’Alexis Tolstoï (et pas Léon que Rabaté pensait avoir acheté, belle anecdote) à travers une bande dessinée en noir et blanc d’une grande richesse visuelle et narrative. En suivant les péripéties de Siméon Nevzorof, un anti-héros veule et opportuniste, Rabaté nous plonge dans la Russie révolutionnaire des années 1917-1920, un contexte historique fascinant qui sert de toile de fond à une histoire où l'absurde et le tragique se mêlent.
Dès les premières pages, on est frappé par le style graphique de Rabaté. Les dessins, réalisés en lavis, apportent une atmosphère à la fois floue et dense, parfaitement adaptée à l’histoire de Siméon, cet homme qui tente de survivre et de s’enrichir dans un monde en plein chaos.
Siméon est un personnage complexe, à la fois pitoyable et fascinant. Opportuniste sans scrupules, il cherche constamment à tirer profit de la situation, même au prix de trahir ou de manipuler ceux qui l’entourent. Pourtant, malgré ses défauts, il est difficile de ne pas s’attacher à lui. Rabaté parvient à le rendre humain, montrant ses faiblesses, ses peurs et ses désirs avec une sincérité qui le rend presque sympathique. Et on peut dire que Rabaté sait y faire.
L’histoire progresse par à-coups, à l’image de la vie chaotique de Siméon, balloté par les événements. Ce rythme inégal, bien que déroutant, est l’une des forces du récit, car il reflète l’instabilité et l’imprévisibilité du contexte historique.
Si je devais lui trouver un défaut, je dirais que certains passages peuvent sembler répétitifs ou manquer de rythme. Malgré cela, l’œuvre reste captivante grâce à la profondeur des personnages et à la complexité des relations humaines décrites. Je reproche souvent à Pascal Rabaté de faire des demi histoires, ici on est servis en termes de densité.
En somme, Ibicus marie à merveille l’intensité dramatique du roman d’origine avec la créativité visuelle de Rabaté. Que l’on soit attiré par le contexte historique, la psychologie des personnages ou la beauté des dessins, Ibicus est une lecture qui vaut le détour et qui, malgré ses quelques longueurs, m'a fait passer un très bon moment.
Une nouvelle pépite d’humour absurde qui s'inscrit dans la lignée du fameux Zaï Zaï Zaï Zaï. On retrouve ici tout ce qui fait la patte de Fabcaro : un point de départ complètement loufoque, des gags à chaque page, et un sens du non-sens poussé à l'extrême. L’intrigue, , démarre sur les chapeaux de roue avec un crime odieux : une star hollywoodienne se retrouve avec un phallus dessiné au feutre sur la joue. Dès cet instant, l'enquête policière vire à la parodie totale, où les interrogatoires se déroulent dans des endroits improbables et les questions posées n'ont souvent rien à voir avec l'affaire.
Fabcaro maîtrise l'art de la surenchère, enchaînant les situations plus déjantées les unes que les autres, tout en jouant avec différents registres d'humour. Il ne se contente pas de rester dans un seul style graphique ; au contraire, il utilise diverses techniques pour appuyer chaque gag. On passe ainsi de scènes en couleurs baveuses, illustrant un tournage de film complètement farfelu, à des planches en bichromie qui rappellent ses précédents opus. À cela s’ajoutent des moments d’autodérision où l’auteur se met lui-même en scène, évoquant ses difficultés à concevoir cette histoire complètement décalée.
L'humour de Fabcaro est toujours aussi percutant, mêlant absurde et critique sociale avec une grande finesse. Même si l’on pourrait noter quelques rares baisses de régime, l’ensemble est largement réussi et procure de nombreux éclats de rire. Les amateurs du style de Fabcaro, qui ont déjà adoré Zaï Zaï Zaï Zaï, y trouveront sans aucun doute leur bonheur. L'album est une parodie intelligente du genre policier, transformant une enquête sordide en une comédie burlesque où rien ne se déroule comme prévu.
Pour couronner le tout, l'édition proposée par 6 Pieds sous terre est soignée, avec une couverture qui rappelle celle de certaines œuvres cultes tout en gardant une touche unique. Moon River est donc une lecture incontournable pour ceux qui apprécient l'humour absurde et les récits qui sortent des sentiers battus. Fabcaro prouve une fois de plus qu'il est un maître dans l'art de faire rire tout en questionnant notre quotidien, avec cette touche d'ironie mordante qui le caractérise.
Voici un véritable bijou d'humour absurde. Je suis déjà fan de Fabcaro, il m'arrive au final assez peu de relire des BD, mais là je dois être au moins à ma 3e ou 4e lecture et je n'avais toujours rien avisé.
Tout part d'un incident déclencheur : un auteur de BD (tiens tiens) oublie sa carte de fidélité en faisant ses courses. Cet oubli déclenche une chasse à l'homme délirante, une véritable traque policière qui prend des proportions surréalistes.
Ce qui frappe d'emblée, c'est la manière dont Fabcaro parvient à tirer du comique de l'absurde tout en gardant une critique subtile et acerbe de notre société. À travers des situations loufoques et des dialogues à la fois minimalistes et percutants, il expose les travers de notre quotidien, nos petites lâchetés, nos hypocrisies, et la manière dont la société peut s’emballer autour de rien.
Les personnages, volontairement stéréotypés, sont autant de miroirs déformants de nos comportements. Que ce soit le vigile zélé, la caissière dépassée, ou encore les journalistes avides de sensationnel, tous sont pris dans cette spirale qui ne fait que renforcer l’humour du récit. Fabcaro joue avec les clichés, les détourne, et les pousse à l’extrême, créant ainsi un univers où le ridicule devient la norme.
Le dessin, d’une sobriété apparente, sert parfaitement ce propos. Le trait est simple, presque dépouillé, ce qui laisse toute la place à l’humour des situations et des dialogues. Ce minimalisme graphique, loin d’affaiblir le récit, lui donne au contraire une force supplémentaire. Chaque case, chaque expression, même réduite à l’essentiel, participe à l’effet comique. Cette simplicité renforce le décalage entre la gravité apparente de la situation et l’absurdité de ce qui est raconté.
Le rythme est également une des grandes forces de cet album. Fabcaro enchaîne les gags avec une fluidité déconcertante. Chaque page apporte son lot de surprises, et le lecteur est constamment tenu en haleine, à la fois par le fil conducteur de la traque et par les digressions humoristiques qui jalonnent le récit. Loin de s’essouffler, l’histoire gagne en intensité au fil des pages, avec des rebondissements toujours plus farfelus.
Et puis, il y a ce ton unique, à la fois pince-sans-rire et désinvolte, qui caractérise l’écriture de Fabcaro. L’humour de Zaï Zaï Zaï Zaï est un savant mélange de non-sens et de satire sociale. On rit, souvent aux éclats, mais on ne peut s’empêcher de réfléchir aux petites absurdités de notre propre quotidien, aux contradictions de la société de consommation, aux dérives médiatiques.
En fin de compte, c’est une œuvre qui, sous ses airs légers, porte un regard sur le monde moderne. C’est une BD qui se lit d’une traite, mais qui mérite d’être relue pour en savourer toute la profondeur. Fabcaro prouve ici qu’il est un maître dans l’art de l’humour absurde, capable de transformer le moindre détail du quotidien en une aventure hilarante et pleine de sens. C’est un album à recommander sans hésitation, que l’on soit fan du genre ou non, car il touche à quelque chose d’universel dans sa manière de capter l’essence du ridicule humain.
J'ai hésité entre le 4 et le 5 mais c'est pour moi un incontestable album culte de ce genre que je double d'un coup de coeur.
Nous voici ici plongés dans la galère de George Lucas pour créer Star Wars. Si vous êtes fan de la saga, c'est un régal, mais même sans être un adepte absolu, l'album reste captivant. Laurent Hopman et Renaud Roche ont fait un boulot hyper documenté, sans tomber dans le surchargé. On suit Lucas dans un parcours semé d'embûches, des débuts de sa carrière jusqu'à la sortie du premier film. Le gars en a bavé, et ça se sent.
Le dessin de Renaud Roche est simple, efficace, avec juste ce qu’il faut de couleurs pour appuyer certains moments sans en faire des tonnes. Les visages sont bien rendus, on reconnaît immédiatement les acteurs et les figures du cinéma de l'époque. Le tout est raconté avec fluidité, sans jamais devenir ennuyeux.
L’album ne se contente pas de parler de Star Wars, il plonge aussi dans la personnalité de Lucas, ses doutes, ses coups de chance, et son obstination à mener son projet jusqu’au bout, malgré tous les obstacles. Impressionnant. C'est bien ficelé, et les anecdotes sur le tournage sont vraiment sympas, que vous soyez un fan ou juste curieux.
En gros, Les Guerres de Lucas, c’est une lecture très intéressante et bien construite. Pas besoin d’être un ultra-fan pour apprécier, mais si vous aimez un minimum le cinéma ou les histoires de création, c’est clairement un bon moment à passer.
Voilà une lecture que j'ai longtemps repoussée pour profiter d'un après midi calme de vacances et pouvoir le lire d'une traite.
Classique parmi les classiques, il faisait partie des rares oeuvres aussi classiques absentes de ma biblio municipale quand j'étais plus jeune. Je peux me rattraper quelques dizaines d'années après.
Et c'est clairement un classique que j'aurais classé culte à cette époque. Depuis, d'autres oeuvres d'Heroic Fantasy réussies sont sorties et mes critères ne peuvent plus être vraiment les mêmes.
J'on, petit Chninkel insignifiant, devient le porteur d'un destin qui le dépasse, en étant choisi pour apporter la paix à un monde ravagé par des guerres sans fin. Van Hamme, fidèle à son style, revisite les mythes religieux avec ironie, transformant cette quête épique en une réflexion sur le pouvoir, la foi et le libre arbitre. Chaque rebondissement du scénario nous plonge un peu plus dans l'absurdité de cette mission divine, où l'espoir et le désespoir se côtoient sans cesse.
J'ai personnellement trouvé que les références bibliques manquent un peu de subtilité et que la référence à 2001 l'odyssée de l'espace arrive comme un cheveu sur la soupe...
Le dessin de Rosinski, tout en noir et blanc, sublime le récit. C'est une œuvre d'une densité graphique rare. Les ombres profondes, les détails minutieux, tout contribue à créer une atmosphère immersive. Le choix du noir et blanc n'est pas anodin : il renforce le caractère intemporel et universel de l'histoire. Je n'irai donc pas essayer la version colorisée.
Le scénario, bien qu'enraciné dans des références bibliques évidentes, parvient à surprendre. Van Hamme joue avec les attentes du lecteur, en construisant une histoire qui, sous des airs de fable religieuse, interroge notre rapport au divin et au pouvoir. L'humour noir et le cynisme sont omniprésents, notamment dans la façon dont J'on, ce petit être frêle et craintif, se voit attribuer une mission impossible. La fin, magistrale, vient bouleverser toutes les certitudes accumulées au fil des pages.
Je comprends clairement pourquoi "Le Grand Pouvoir du Chninkel" a marqué des générations de lecteurs. C'est une bande dessinée qui ne laisse pas indifférent en offrant un spectacle visuel de premier ordre. Une œuvre qui mérite amplement sa place dans le panthéon de la bande dessinée.
Plutôt convaincante, cette première partie d’un diptyque annoncé qui se déroule dans le milieu du « Big Pharma ». Et plutôt en phase avec l’air du temps, quand on sait, après plusieurs scandales à répétition, que la stratégie des grands laboratoires pharmaceutiques est de miser sur les secteurs où ils sont assurés d’engranger des montagnes de cash… n’hésitant pas à laisser sur le bas-côté les maladies rares dites « orphelines ».
« Alerte » a comme point de départ l’annonce d’un médicament révolutionnaire par un gros acteur de l’industrie pharmaceutique, mais dont les effets secondaires ont été occultés afin de ne pas compromettre sa mise sur le marché. Très vite, le récit va adopter les codes du thriller en débutant avec un suicide aussi mystérieux que spectaculaire, celui d’un « cobaye » sur qui les tests ne semblent pas avoir été des plus convaincants… C’est la scientifique à l’origine du médicament elle-même qui va rapidement réaliser que les infos liées aux risques ont été volontairement dissimulées et que son entreprise va totalement verrouiller sa communication autour de ce suicide, peu importe les moyens employés. Prise dans un dilemme, la jeune femme devra choisir son camp, elle qui envisageait son métier de façon purement altruiste, comme une contribution au bien-être de l’humanité…
La narration de Johan Massez bénéficie d’une bonne fluidité, avec des personnages généralement plutôt bien campés. A l’origine, ce dernier ambitionnait, avec une équipe de professionnels, de réaliser une série télévisée, ce qu’on imagine sans peine. En effet l’intrigue reste assez classique mais bénéficie d’une construction au cordeau, avec un axe narratif secondaire concernant le fils de l’héroïne, Adri, un adolescent « à problème » qui lui-même a servi de cobaye au fameux médicament, renforçant le malaise de Cathy Charlier et ajoutant un certain suspense au récit.
Couleur forte de cet album, le beau vert bleuté très moderne, utilisé pour les scènes nocturnes, est conjugué à une touche orangée soulignant un danger imminent. Cet assemblage impose une ambiance assez inquiétante et s’accorde à merveille à une ligne claire qui évoque Floc’h, Ted Benoit ou encore Joost Swarte. Pour un peu, on aurait l’impression d’être au ciné…
Cette sombre histoire de magouilles et de gros sous réussit son entrée en matière pour donner envie de savoir comment tout cela va se terminer pour notre héroïne. A n’en pas douter, celle-ci va devoir faire des choix après avoir mis le pied dans un sacré nid de serpents très venimeux, qui n’ont rien à voir ici avec ce qu’ils symbolisent généralement, à savoir la santé et la guérison.
Je n'avais jamais encore lu de BD de JM Rochette, ayant toujours été rebuté par le dessin de prime abord. A force de voir cet auteur dans les classements, en voyant les avis ici et ayant épuisé ma pile à lire sur mon lieu de vacances, c'est donc sur "Le loup" que j'ai jeté mon dévolu pour découvrir cet auteur.
JM Rochette nous livre ici une œuvre empreinte de la majesté et de la rudesse du massif des écrins. On s’attarde sur la relation complexe entre l'homme et la nature, incarnée ici par le loup, réintroduit dans les montagnes françaises, et un berger, Gaspard, dont la vie est bouleversée par ce prédateur.
Ce qui frappe d’emblée dans cette bande dessinée, c’est l’atmosphère qui se dégage des pages. Le dessin charbonneux de Rochette, soutenu par une colorisation froide et qui m'avait rebuté de prime abord traduit parfaitement l’austérité des sommets enneigés, rendant palpable la solitude et la dureté de la vie en altitude. Rochette a une manière singulière de capturer la force brute de la nature, que ce soit à travers les paysages ou les traits des personnages, rudes comme la montagne elle-même.
Sur le plan narratif, "Le Loup" se distingue par son approche minimaliste. Peu de personnages, peu de dialogues, mais une histoire dense qui se lit rapidement. JM Rochette parvient à transformer une simple confrontation entre un homme et un loup en une fable sur la coexistence, l’entêtement humain, et la nécessité de trouver un équilibre avec la nature.
La relation entre Gaspard et le loup, qui oscille entre haine et respect, est l'épicentre du récit. Rochette dépeint avec finesse l’évolution du berger, qui, au fil de l’histoire, voit ses certitudes ébranlées. Cette transformation progressive pourrait rappeler la complexité des rapports entre l'homme et l'animal, un thème qui traverse toute l'œuvre.
La fin du récit, marquée par une note d’espoir inattendue, pourrait surprendre, voire décontenancer, mais elle s’inscrit parfaitement dans la réflexion globale de l’œuvre : celle d'une nécessaire réconciliation entre l'homme et la nature. La postface vient ainsi apporter une conclusion philosophique à cette fable moderne, élargissant la portée du récit au-delà de la simple anecdote montagnarde.
En résumé, "Le Loup" est une bande dessinée intense, où la puissance des images et la sobriété du récit se répondent pour créer une œuvre à la fois poétique et brute. Rochette nous invite à réfléchir sur notre place dans le monde, et sur notre capacité à coexister avec ceux qui y vivent depuis bien plus longtemps que nous. Une lecture qui, si elle se fait rapidement, laisse une empreinte durable.
Voilà un album qui traite de sujets terribles (enfants soldats, misère, néocolonialisme, migrations illégales, etc.) et qui le fait très bien, tout en proposant un travail graphique très original, et franchement très beau.
Nous suivons le terrible et triste parcours de Nivek, gamin pauvre qui cherche à fuir les mines où il est employé en République démocratique du Congo, qui se retrouve enfant soldat commettant une foule de crimes, puis qui traverse toute l’Afrique, pour traverser la Méditerranée, pour finir dans une prison française comme un criminel.
Cette fin est « parfaite » pour boucler la boucle, puisqu’au début nous voyons des occidentaux négocier avec les chefs de milices employant Nivek un prix dérisoire pour le coltan : s’il n’y avait pas ça, il n’y aurait pas autant de migrants prenant tous les risques pour venir en Europe, où le migrant, comme Nivek, n’est présenté que comme une menace et un délinquant.
Une histoire dramatique et triste donc. Mais très bien narrée. Et surtout, la lecture est rendue encore plus agréable par dessin et colorisation, que j’ai beaucoup appréciées. Un dessin qui s’écarte souvent du réalisme, pour se rapprocher d’une forme stylisée, faisant penser à de l’art naïf et populaire. Beaucoup de très belles planches en tout cas !
Une très belle œuvre, Altarriba est vraiment un auteur très intéressant (et engagé), et il est ici très bien accompagné !
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
VS - Ligne de front
Atteindre l'objectif - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Il comprend les épisodes 1 à 5 de la minisérie, initialement parus en 2018, écrits par Ivan Brandon, dessinés et encré par Esad Ribi?, avec une mise en couleurs réalisée par Nic Klein. Il comprend également les couvertures alternatives réalisées par Dan Panosian et Jae Lee. Des dizaines d'années dans le futur, sur une planète avec un anneau, sous la supervision et la surveillance de gouvernants ayant élu domicile dans des satellites spatiaux, une bataille va commencer. Les soldats d'une faction sont campés sur leur position, ayant du mal à supporter le silence de l'attente. Non loin de là, le commando ennemi vient d'arriver. Il se compose de 6 soldats, avec pour chef un vétéran nommé Satta Flynn équipé d'un exosquelette dorsal avec quatre bras supplémentaires. Il donne l'ordre à 2 soldats de se déployer sur les flancs, et aux 3 autres de le suivre. À quelques mères en hauteur, de nombreuses caméras filment tout. Le soldat parti en vol autonome se fait descendre dès la première minute. Un autre reçoit en projectile en pleine poitrine. L'une des caméras annonce une pause pour les écrans publicitaires. En fait il s'agit d'une rediffusion que Satta Flynn regarde depuis son lit d'hôpital car il a été grièvement blessé pendant cette campagne. 86 jours après sa blessure, il peut enfin sortir de l'hôpital, avec une nouvelle jambe cybernétique à la place de celle qui a été amputée. Il sort en fauteuil roulant, mais se met debout malgré la douleur, pour le bénéfice des journalistes présents à l'entrée. Il est rapidement pris en charge par le représentant de l'entreprise qui l'emploie, et par Xem, une jeune femme qui lui est attachée. Quelques jours plus tard, Satta Flynn est de retour sur le champ de bataille. Il court pour éviter les tirs de l'ennemi, tout en progressant de l'avant. Il finit par débusquer le chef de peloton ennemi en le surprenant. Il s'engage dans un combat acharné au corps à corps. L'autre réussit à lui trancher une artère du cou. Flynn ne se rend pas pour autant, et enfonce sa propre lame dans le cou de son adversaire, le tuant. Mais il se fait lui-même poignarder dans le dos par un autre ennemi à l'agonie sur le terrain. Il se retourne dans un sursaut pour le tuer également, et s'effondre sur son cadavre. La bataille est parvenue à son terme, et les services médicaux et autres pénètrent sur le terrain pour s'occuper des blessés et enlever les cadavres. Satta Flynn n'est pas mort, mais il a échoué. La sanction est double : son entreprise n'a pas gagné la partie et va perdre des territoires de vente. Lui-même va perdre des sponsors et donc des revenus financiers. Par contre, ça ouvre la porte à de nouveaux soldats pour prendre sa place, des plus jeunes. A priori, le lecteur est attiré vers ce comics, à la fois par le dessinateur, à la fois par le scénariste. Esad Ribi? s'est fait connaître par ses pages s'apparentant à des illustrations pour des projets comme Loki (2004, scénario de Robert Rodi), Silver Surfer: Requiem (2007, scénario de Joe Michael Straczynski), Sub-Mariner: The Depths (2009, scénario de Peter Milligan), Secret Wars (2016, scénario de Jonathan Hickman). Le lecteur note toutefois que l'artiste n'a pas réalisé lui-même sa mise en couleurs. Elle a été réalisée par Nic Klein qui a déjà travaillé avec Ivan Brandon, en particulier pour la série de science-fiction Drifter. S'il l'a lue, le lecteur garde en souvenir des visuels envoûtant et une structure narrative déroutante, exigeant un bon degré d'investissement pour rassembler les pièces du puzzle du scénario, dispersées aux quatre vents des épisodes. Du coup, il peut éprouver un peu d'appréhension à se plonger dans ce nouveau récit de Brandon. D'un autre côté, il s'agit d'un récit complet en 5 épisodes, donc nécessitant moins d'effort que pour les 19 épisodes de Drifter. En outre les premières pages donnent l'impression qu'Esad Ribi? a réalisé ses planches tout seul, tellement Nic Klein a calqué sa mise en couleurs sur la méthode de Ribi?. Enfin les 12 premières pages narrent une opération militaire de terrain, tout en action. Ivan Brandon n'a quand même pas abandonné complètement sa manière de raconter une histoire, et ce n'est que progressivement que le lecteur découvre les raisons et les enjeux de ces affrontements entre professionnels. Cependant, il n'est pas compliqué de comprendre ce qui est en train de se jouer. Le récit se concentre essentiellement sur Satta Flynn, ce combattant vétéran émérite, tout entier focalisé sur son métier. La jeune Xem n'apparaît que le temps d'une page et n'est même pas une récompense pour Flynn, selon toute vraisemblance encore moins une compagne. Les seuls femmes à jouer un rôle de premier plan sont deux combattantes comme Flynn, Mama Martine et Major Devi, cette dernière étant plus jeune et plus compétente que lui. Satta Flynn embrasse donc complètement sa condition de combattant célèbre et redoutable, sans état d'âme, sans autre motivation que celle de sortir vainqueur. Sa blessure grave ne remet pas en question sa motivation. Il n'éprouve pas de peur particulière face à la mort. Seule la supériorité de Major Devi le déroute, impliquant la fin de sa supériorité, une déchéance vraisemblable à court terme. Du coup Satta Flynn n'est pas un héros parce qu'il est difficile de l'admirer du fait de son absence de questionnement, mais il n'est pas complètement antipathique parce que le lecteur ressent de l'empathie pour son obsolescence proche. Les premières pages impressionnent le lecteur commençant par deux dessins en pleine page, puis trois pages avec 3 ou 4 cases, comme une sorte de travelling avant vers le champ de bataille, en partant depuis l'espace. Le lecteur retrouve les formes tracées à grand trait d'Esad Ribi?, noyées dans des camaïeux de couleurs pastel, des brumes mangeant les détails. Il lui faut donc un peu de temps pour se rappeler que la mise en couleurs a été faite par Nic Klein et pas Ribi?. Cela devient un peu plus apparent par la suite car les formes deviennent détourées par des traits encrés, attestant que le dessinateur a un peu changé de mode de représentation. Cela l'incite d'ailleurs à représenter plus de détails, à se montrer plus concret. Cela constitue un plus pour le récit, car du coup les éléments de science-fiction sont plus palpables, plus tangibles. Le lecteur peut voir la technologie futuriste, les quelques vaisseaux, les tenues d'anticipation, les armes du futur. Les représentations ne s'inscrivent pas dans une démarche prospective d'anticipation à partir de la science d'aujourd'hui, mais elles permettent au lecteur de s'immerger dans un monde cohérent, différent du présent. L'observation des dessins lui permet de se faire une représentation des constructions de cette planète, de son degré d'avancée sur l'échelle de la civilisation, de son urbanisme, même si le scénario ne s'appesantit pas sur la vie quotidienne. Nic Klein effectue un remarquable travail de mise en couleurs, avec des teintes assez pâles, un peu blafardes. Il les utilise pour accentuer le relief des formes, et apporter des informations sur les sources d'éclairage. Il établit une teinte dominante par séquence pour lui conférer une ambiance particulière. Il nourrit les fonds de case lors des affrontements car les champs de bataille se trouvent en zones sauvages, ou dans des zones dévastées. Le lecteur pourrait craindre que ces choix graphiques rendent la lecture un peu difficile, mais en fait Esad Ribi? conçoit des personnages et des tenues avec des spécificités assez fortes pour que le lecteur sache tout de suite qui il est en train de regarder attaquer, ou où se situe l'action. Le choix de couleurs délavées peut donner l'impression que le récit manque d'éclat, mais le lecteur constate rapidement que les combats sont spectaculaires, avec des déroulements inventifs, et que certains lieux en imposent soit par des constructions gigantesques, soit par la beauté de la nature. La narration graphique emmène donc le lecteur sur une autre planète peuplée d'humanoïde, dans un futur lointain, au milieu de combats menés par des professionnels jusqu'à la mort. Ainsi immergé, le lecteur se laisse prendre par la fureur des combats, par la détermination professionnelle de Satta Flynn. Comme lui, il absorbe les informations quand il en a le temps, pour comprendre quels sont les enjeux réels de ces affrontements. Ivan Brandon ne s'est pas contenté de concevoir une intrigue, il a également travaillé sur la forme, avec l'insertion de pages de publicité, comme dans la retransmission des combats, aidé par Tom Muller, un designer. Il s'agit de produits inventés pour l'histoire, mais fonctionnant comme des échos de produits existants, telle une célèbre marque de soda. L'effet produit est de faire remarquer au lecteur que ces combats s'inscrivent dans une forme de gouvernement, un système fonctionnant sur le principe du capitalisme, où le terme guerre économique peut être pris au pied de la lettre. En soi, le propos ne s'avère pas original, mais sa mise en forme (récit de SF, dessins à la forte personnalité) en fait une fable pour adultes, débarrassée de toute naïveté. Le scénariste utilise le genre SF pour mieux faire ressortir les principes sous-jacents qui conduisent les personnages à se comporter ainsi. Il a réussi à trouver le juste équilibre entre récit au premier degré et critique du système. Au vu des créateurs de cette histoire, le lecteur peut se retrouver tiraillé entre deux a priori conflictuels, entre curiosité pour un scénario ambitieux et des dessins personnels, et appréhension pour une structure de récit trop alambiquée, et des dessins trop fades. Il se trouve qu'Ivan Brandon, Nic Klein et Esad Ribic ont combiné le meilleur de leurs particularités, pour un récit de science-fiction basé sur l'action, avec une dimension réflexive, et des dessins riches à la mise en couleurs personnelle.
Génération Gone
Que faire de mes superpouvoirs ? - Ce tome comprend une histoire complète indépendante de toute autre. Il contient les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2017, écrits par Aleš Kot, dessinés et encrés par André Lima Araújo, avec une mise en couleurs réalisée par Chris O'Halloran. En 2020, Ellena Ferrante et Nick sont allongés dans l'herbe, sous la lumière de la Lune, de nuit. Ils parlent de leurs émotions, de se contrôler et de Carl Sagan. le lendemain, Akio, un génie scientifique évoque l'érosion de la position de pouvoir des États-Unis sur l'échiquier mondial, et la possibilité d'inventer de nouvelles armes qui pourront enrayer cette érosion, devant des militaires haut gradés. Il leur présente un diaporama sur le projet Utopie, expliquant comment tout dans l'existence peut être ramené à de l'information qui peut elle-même être écrite sous forme de code. Il prend comme exemple les ouvrages dont la lecture peut changer une vie. Il indique qu'il est convaincu de la possibilité d'utiliser des langages codés assimilables par l'être humain provoquant d'autres types de transformation de l'intérieur pouvant déclencher l'apparition de capacités assimilables à des superpouvoirs. Il a écrit un tel code qu'il a séparé en trois morceaux. le Général en charge de la réunion et du suivi de l'avancée des travaux d'Akio lui demande s'il a des preuves tangibles de ce qu'il avance. La réponse étant négative, il lui demande de plutôt se remettre à travailler sur le projet Airstrip One. Le lendemain, Ellena et Nick se rendent chez leur ami Baldwin. Ils se sont réunis pour tenter de pénétrer dans le système informatique de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency). Ils réussissent mais manquent de se faire détecter parce que Nick était trop absorbé pour se déconnecter à temps. En fait leur intrusion a été détectée par Akio. Après une journée de travail, Elena rentre chez elle rejoindre sa mère cancéreuse. Nick rentre chez lui et mange en silence avec ses parents avant de prendre un bain. Après avoir fait ses exercices matinaux, Baldwin mange seul, puis sort voir le soleil sur le toit. le Général rend visite à Akio pour se plaindre du manque d'avancée dans ses travaux et confisquer les serveurs contenant les informations relatives au projet Utopie. le soir les trois hackers se réunissent pour pirater les serveurs d'une banque et se servir. Leur piratage est lui-même piraté par Akio qui leur transmet les 3 morceaux de code transformatif. Aleš Kot est un scénariste atypique, capable aussi bien d 'écrire une saison hallucinante et extraordinaire des Secret Avengers avec Michael Walsh, que des comics indépendants très ambitieux comme The Surface avec Langdon Foss. Ici, le lecteur se rend rapidement compte qu'il s'agit d'un récit rapide et spectaculaire, dans une veine plutôt facile à lire. le scénariste met en scène 3 jeunes adultes assez désabusés quant à ce que leur réserve l'avenir. Chacun doit vivre en ayant conscience que la société ne les attend pas, et que la justice sociale n'existe pas. L'un d'entre eux doit cumuler deux emplois pour payer les frais médicaux de sa mère, l'autre a vu son frère mourir dans une manifestation pacifique, sous les coups des forces de l'ordre, et le troisième n'a que trop conscience du racisme ordinaire. C'est donc la raison pour laquelle ils ont choisi de prendre un raccourci en s'appropriant de l'argent qui ne leur appartient pas. En face d'eux, Akio travaille pour le gouvernement, mais il est lui aussi insatisfait de ne pas pouvoir mener à bien les recherches qui lui tiennent à cœur, les travaux qui ont réellement la capacité de transformer la société. de fait les trois jeunes gens acquièrent bien des capacités extraordinaires à la fin du premier épisode, comme par exemple la possibilité de voler par ses propres moyens. La question est bien de sûr de savoir ce qu'ils vont en faire. Non, ils ne revêtent pas des costumes moulants aux couleurs criardes avec des noms de code puérils, pour combattre le crime. De fait André Lima Araújo réalise des dessins dans une veine descriptive et réaliste, avec des traits de contours assez fins et très peu d'aplats de noir. Sa manière de dessiner évoque celle de Martin Morazzo dans Great Pacific de Joe Harris. Ses personnages ont des morphologies normales, sans exagération de muscle ou de poitrines. le lecteur peut voir les différences d'âge, que ce soit la jeunesse du trio (une vingtaine d'années), ou la marque des années sur le visage et le corps des parents de Nick, de la mère d'Elena, ou encore sur le Général. Dans le premier tiers du récit, le langage corporel des protagonistes est de type naturaliste, sans exagération de mouvement, ou d'expression du visage. Par la suite, la violence des événements et leur soudaineté justifient des mouvements plus vifs et plus amples, et des émotions qui marquent plus les visages. Alors même qu'il y a de nombreuses discussions et du travail sur ordinateur dans le premier tiers, l'artiste sait concevoir des plans de prises de vue qui restent vivants et intéressants visuellement. Pour le remarquer, il suffit de regarder les planches muettes quand Elena se rend au travail puis revient chez elle, quand Nick mange avec ses parents puis prend un bain, et quand Baldwin se prépare pour sa journée. le degré d'informations visuelles est élevé, et ses pages se comprennent au premier coup d'oeil. Parmi les superpouvoirs, il y a une super-force, ce qui implique des combats physiques et des actes violents et destructeurs. Passé le moment de plaisir physique du vol autonome, André Lima Araújo doit représenter cette violence. Il continue de dessiner dans un registre descriptif et réaliste, et ça fait mal. Au fil des affrontements, le lecteur peut voir le casque d'un policier voler en morceaux, des nez cassés qui pissent le sang, et même un individu déchiré en deux, avec du sang partout. L'artiste prouve à plusieurs reprises qu'il sait représenter la violence et montrer l'horreur corporelle, pas seulement lors des affrontements physiques. Au fur et à mesure de l'augmentation du niveau de violence, il fait bon usage des cases de la largeur de la page pour montrer l'ampleur des coups portés, et il a recours à des cases plus grandes pour qu'il y ait assez place pour la destruction. Il utilise également des traits parallèles pour marquer la vitesse des déplacements. Le lecteur se retrouve donc à regarder un spectacle qui dégénère de page en page, prenant conscience de la souffrance accompagnant l'utilisation des pouvoirs, de leur démesure par rapport au corps humain normal, des ravages que cela occasionne dans les différents environnements où ils sont utilisés. André Lima Araújo montre des endroits réalistes, existant dans le quotidien, aisément reconnaissables et fonctionnels. À la rigueur, il n'y a que la cabane au fond des bois qui semble un peu étriquée, mais le reste, de la salle de réunion à la centrale nucléaire, correspond à ce qui existe. Par contre l'effet de l'utilisation des superpouvoirs fait basculer la narration visuelle dans un registre plus spectaculaire, l'éloignant du monde de tous les jours, pour aller vers un récit plus orienté action avec un soupçon d'horreur. Le lecteur s'en trouve un peu surpris car le début du récit laissait entrevoir d'autres directions possibles, comme celle de creuser la nature des trois documents établis par Akio, et la relation entre matière et information. Finalement Aleš Kot se concentre sur le devenir des trois jeunes gens. Il montre comment leur histoire personnelle va orienter la manière dont ils se servent de leur pouvoir, ainsi que leurs relations interpersonnelles. S'il n'est pas assez attentif, le lecteur peut même ressentir l'impression que le récit se termine alors qu'il vient tout juste de commencer. L'une des citations en quatrième de couverture évoque les problèmes du millénaire. De fait, Aleš Kot se focalise sur ses 3 principaux personnages, avec Akio en plus. Il reprend une trame très classique d'une organisation militaire qui crée des surhommes, un peu malgré elle, parce qu'elle s'est fait doubler par le scientifique en charge du projet. Aleš Kot utilise le genre superhéros, ou plutôt surhomme, pour sonder un aspect de la société. Il raconte bien une histoire au premier degré, Elena, Nick et Baldwin cédant à la tentation d'utiliser leur pouvoir, pourchassés par les militaires qui veulent contenir ces individus afin de les utiliser. le lecteur retrouve un récit très classique. Dans le même temps, les trois jeunes gens font un usage inattendu de leurs pouvoirs, qui les conduit à s'affronter entre eux. Il apparaît alors que leur conduite découle de leur position sociale, de leur histoire personnelle, et de la manière dont la société les a traités. Aleš Kot réalise en creux une critique pénétrante et acerbe sur la place que la société réserve aux jeunes. Le lecteur se lance dans cette lecture, a priori tenté par le nom du scénariste. Il commence par découvrir une histoire de possibilité d'acquérir des superpouvoirs grâce au codage de l'information ce qui l'aiguille vers un récit entre superhéros et métaphysique. Les dessins d'André Lima Araújo montrent un monde concret et réaliste, rapidement trop normal pour contenir de tels pouvoirs. Petit à petit, la véritable nature du récit se dévoile au fil de scènes de plus en plus spectaculaire, pour une histoire plus originale, mais manquant un peu de substance en termes de critique sociale.
Ibicus
Pascal Rabaté revisite ici un roman d’Alexis Tolstoï (et pas Léon que Rabaté pensait avoir acheté, belle anecdote) à travers une bande dessinée en noir et blanc d’une grande richesse visuelle et narrative. En suivant les péripéties de Siméon Nevzorof, un anti-héros veule et opportuniste, Rabaté nous plonge dans la Russie révolutionnaire des années 1917-1920, un contexte historique fascinant qui sert de toile de fond à une histoire où l'absurde et le tragique se mêlent. Dès les premières pages, on est frappé par le style graphique de Rabaté. Les dessins, réalisés en lavis, apportent une atmosphère à la fois floue et dense, parfaitement adaptée à l’histoire de Siméon, cet homme qui tente de survivre et de s’enrichir dans un monde en plein chaos. Siméon est un personnage complexe, à la fois pitoyable et fascinant. Opportuniste sans scrupules, il cherche constamment à tirer profit de la situation, même au prix de trahir ou de manipuler ceux qui l’entourent. Pourtant, malgré ses défauts, il est difficile de ne pas s’attacher à lui. Rabaté parvient à le rendre humain, montrant ses faiblesses, ses peurs et ses désirs avec une sincérité qui le rend presque sympathique. Et on peut dire que Rabaté sait y faire. L’histoire progresse par à-coups, à l’image de la vie chaotique de Siméon, balloté par les événements. Ce rythme inégal, bien que déroutant, est l’une des forces du récit, car il reflète l’instabilité et l’imprévisibilité du contexte historique. Si je devais lui trouver un défaut, je dirais que certains passages peuvent sembler répétitifs ou manquer de rythme. Malgré cela, l’œuvre reste captivante grâce à la profondeur des personnages et à la complexité des relations humaines décrites. Je reproche souvent à Pascal Rabaté de faire des demi histoires, ici on est servis en termes de densité. En somme, Ibicus marie à merveille l’intensité dramatique du roman d’origine avec la créativité visuelle de Rabaté. Que l’on soit attiré par le contexte historique, la psychologie des personnages ou la beauté des dessins, Ibicus est une lecture qui vaut le détour et qui, malgré ses quelques longueurs, m'a fait passer un très bon moment.
Moon River
Une nouvelle pépite d’humour absurde qui s'inscrit dans la lignée du fameux Zaï Zaï Zaï Zaï. On retrouve ici tout ce qui fait la patte de Fabcaro : un point de départ complètement loufoque, des gags à chaque page, et un sens du non-sens poussé à l'extrême. L’intrigue, , démarre sur les chapeaux de roue avec un crime odieux : une star hollywoodienne se retrouve avec un phallus dessiné au feutre sur la joue. Dès cet instant, l'enquête policière vire à la parodie totale, où les interrogatoires se déroulent dans des endroits improbables et les questions posées n'ont souvent rien à voir avec l'affaire. Fabcaro maîtrise l'art de la surenchère, enchaînant les situations plus déjantées les unes que les autres, tout en jouant avec différents registres d'humour. Il ne se contente pas de rester dans un seul style graphique ; au contraire, il utilise diverses techniques pour appuyer chaque gag. On passe ainsi de scènes en couleurs baveuses, illustrant un tournage de film complètement farfelu, à des planches en bichromie qui rappellent ses précédents opus. À cela s’ajoutent des moments d’autodérision où l’auteur se met lui-même en scène, évoquant ses difficultés à concevoir cette histoire complètement décalée. L'humour de Fabcaro est toujours aussi percutant, mêlant absurde et critique sociale avec une grande finesse. Même si l’on pourrait noter quelques rares baisses de régime, l’ensemble est largement réussi et procure de nombreux éclats de rire. Les amateurs du style de Fabcaro, qui ont déjà adoré Zaï Zaï Zaï Zaï, y trouveront sans aucun doute leur bonheur. L'album est une parodie intelligente du genre policier, transformant une enquête sordide en une comédie burlesque où rien ne se déroule comme prévu. Pour couronner le tout, l'édition proposée par 6 Pieds sous terre est soignée, avec une couverture qui rappelle celle de certaines œuvres cultes tout en gardant une touche unique. Moon River est donc une lecture incontournable pour ceux qui apprécient l'humour absurde et les récits qui sortent des sentiers battus. Fabcaro prouve une fois de plus qu'il est un maître dans l'art de faire rire tout en questionnant notre quotidien, avec cette touche d'ironie mordante qui le caractérise.
Zaï Zaï Zaï Zaï
Voici un véritable bijou d'humour absurde. Je suis déjà fan de Fabcaro, il m'arrive au final assez peu de relire des BD, mais là je dois être au moins à ma 3e ou 4e lecture et je n'avais toujours rien avisé. Tout part d'un incident déclencheur : un auteur de BD (tiens tiens) oublie sa carte de fidélité en faisant ses courses. Cet oubli déclenche une chasse à l'homme délirante, une véritable traque policière qui prend des proportions surréalistes. Ce qui frappe d'emblée, c'est la manière dont Fabcaro parvient à tirer du comique de l'absurde tout en gardant une critique subtile et acerbe de notre société. À travers des situations loufoques et des dialogues à la fois minimalistes et percutants, il expose les travers de notre quotidien, nos petites lâchetés, nos hypocrisies, et la manière dont la société peut s’emballer autour de rien. Les personnages, volontairement stéréotypés, sont autant de miroirs déformants de nos comportements. Que ce soit le vigile zélé, la caissière dépassée, ou encore les journalistes avides de sensationnel, tous sont pris dans cette spirale qui ne fait que renforcer l’humour du récit. Fabcaro joue avec les clichés, les détourne, et les pousse à l’extrême, créant ainsi un univers où le ridicule devient la norme. Le dessin, d’une sobriété apparente, sert parfaitement ce propos. Le trait est simple, presque dépouillé, ce qui laisse toute la place à l’humour des situations et des dialogues. Ce minimalisme graphique, loin d’affaiblir le récit, lui donne au contraire une force supplémentaire. Chaque case, chaque expression, même réduite à l’essentiel, participe à l’effet comique. Cette simplicité renforce le décalage entre la gravité apparente de la situation et l’absurdité de ce qui est raconté. Le rythme est également une des grandes forces de cet album. Fabcaro enchaîne les gags avec une fluidité déconcertante. Chaque page apporte son lot de surprises, et le lecteur est constamment tenu en haleine, à la fois par le fil conducteur de la traque et par les digressions humoristiques qui jalonnent le récit. Loin de s’essouffler, l’histoire gagne en intensité au fil des pages, avec des rebondissements toujours plus farfelus. Et puis, il y a ce ton unique, à la fois pince-sans-rire et désinvolte, qui caractérise l’écriture de Fabcaro. L’humour de Zaï Zaï Zaï Zaï est un savant mélange de non-sens et de satire sociale. On rit, souvent aux éclats, mais on ne peut s’empêcher de réfléchir aux petites absurdités de notre propre quotidien, aux contradictions de la société de consommation, aux dérives médiatiques. En fin de compte, c’est une œuvre qui, sous ses airs légers, porte un regard sur le monde moderne. C’est une BD qui se lit d’une traite, mais qui mérite d’être relue pour en savourer toute la profondeur. Fabcaro prouve ici qu’il est un maître dans l’art de l’humour absurde, capable de transformer le moindre détail du quotidien en une aventure hilarante et pleine de sens. C’est un album à recommander sans hésitation, que l’on soit fan du genre ou non, car il touche à quelque chose d’universel dans sa manière de capter l’essence du ridicule humain. J'ai hésité entre le 4 et le 5 mais c'est pour moi un incontestable album culte de ce genre que je double d'un coup de coeur.
Les Guerres de Lucas
Nous voici ici plongés dans la galère de George Lucas pour créer Star Wars. Si vous êtes fan de la saga, c'est un régal, mais même sans être un adepte absolu, l'album reste captivant. Laurent Hopman et Renaud Roche ont fait un boulot hyper documenté, sans tomber dans le surchargé. On suit Lucas dans un parcours semé d'embûches, des débuts de sa carrière jusqu'à la sortie du premier film. Le gars en a bavé, et ça se sent. Le dessin de Renaud Roche est simple, efficace, avec juste ce qu’il faut de couleurs pour appuyer certains moments sans en faire des tonnes. Les visages sont bien rendus, on reconnaît immédiatement les acteurs et les figures du cinéma de l'époque. Le tout est raconté avec fluidité, sans jamais devenir ennuyeux. L’album ne se contente pas de parler de Star Wars, il plonge aussi dans la personnalité de Lucas, ses doutes, ses coups de chance, et son obstination à mener son projet jusqu’au bout, malgré tous les obstacles. Impressionnant. C'est bien ficelé, et les anecdotes sur le tournage sont vraiment sympas, que vous soyez un fan ou juste curieux. En gros, Les Guerres de Lucas, c’est une lecture très intéressante et bien construite. Pas besoin d’être un ultra-fan pour apprécier, mais si vous aimez un minimum le cinéma ou les histoires de création, c’est clairement un bon moment à passer.
Le Grand Pouvoir du Chninkel
Voilà une lecture que j'ai longtemps repoussée pour profiter d'un après midi calme de vacances et pouvoir le lire d'une traite. Classique parmi les classiques, il faisait partie des rares oeuvres aussi classiques absentes de ma biblio municipale quand j'étais plus jeune. Je peux me rattraper quelques dizaines d'années après. Et c'est clairement un classique que j'aurais classé culte à cette époque. Depuis, d'autres oeuvres d'Heroic Fantasy réussies sont sorties et mes critères ne peuvent plus être vraiment les mêmes. J'on, petit Chninkel insignifiant, devient le porteur d'un destin qui le dépasse, en étant choisi pour apporter la paix à un monde ravagé par des guerres sans fin. Van Hamme, fidèle à son style, revisite les mythes religieux avec ironie, transformant cette quête épique en une réflexion sur le pouvoir, la foi et le libre arbitre. Chaque rebondissement du scénario nous plonge un peu plus dans l'absurdité de cette mission divine, où l'espoir et le désespoir se côtoient sans cesse. J'ai personnellement trouvé que les références bibliques manquent un peu de subtilité et que la référence à 2001 l'odyssée de l'espace arrive comme un cheveu sur la soupe... Le dessin de Rosinski, tout en noir et blanc, sublime le récit. C'est une œuvre d'une densité graphique rare. Les ombres profondes, les détails minutieux, tout contribue à créer une atmosphère immersive. Le choix du noir et blanc n'est pas anodin : il renforce le caractère intemporel et universel de l'histoire. Je n'irai donc pas essayer la version colorisée. Le scénario, bien qu'enraciné dans des références bibliques évidentes, parvient à surprendre. Van Hamme joue avec les attentes du lecteur, en construisant une histoire qui, sous des airs de fable religieuse, interroge notre rapport au divin et au pouvoir. L'humour noir et le cynisme sont omniprésents, notamment dans la façon dont J'on, ce petit être frêle et craintif, se voit attribuer une mission impossible. La fin, magistrale, vient bouleverser toutes les certitudes accumulées au fil des pages. Je comprends clairement pourquoi "Le Grand Pouvoir du Chninkel" a marqué des générations de lecteurs. C'est une bande dessinée qui ne laisse pas indifférent en offrant un spectacle visuel de premier ordre. Une œuvre qui mérite amplement sa place dans le panthéon de la bande dessinée.
Alerte
Plutôt convaincante, cette première partie d’un diptyque annoncé qui se déroule dans le milieu du « Big Pharma ». Et plutôt en phase avec l’air du temps, quand on sait, après plusieurs scandales à répétition, que la stratégie des grands laboratoires pharmaceutiques est de miser sur les secteurs où ils sont assurés d’engranger des montagnes de cash… n’hésitant pas à laisser sur le bas-côté les maladies rares dites « orphelines ». « Alerte » a comme point de départ l’annonce d’un médicament révolutionnaire par un gros acteur de l’industrie pharmaceutique, mais dont les effets secondaires ont été occultés afin de ne pas compromettre sa mise sur le marché. Très vite, le récit va adopter les codes du thriller en débutant avec un suicide aussi mystérieux que spectaculaire, celui d’un « cobaye » sur qui les tests ne semblent pas avoir été des plus convaincants… C’est la scientifique à l’origine du médicament elle-même qui va rapidement réaliser que les infos liées aux risques ont été volontairement dissimulées et que son entreprise va totalement verrouiller sa communication autour de ce suicide, peu importe les moyens employés. Prise dans un dilemme, la jeune femme devra choisir son camp, elle qui envisageait son métier de façon purement altruiste, comme une contribution au bien-être de l’humanité… La narration de Johan Massez bénéficie d’une bonne fluidité, avec des personnages généralement plutôt bien campés. A l’origine, ce dernier ambitionnait, avec une équipe de professionnels, de réaliser une série télévisée, ce qu’on imagine sans peine. En effet l’intrigue reste assez classique mais bénéficie d’une construction au cordeau, avec un axe narratif secondaire concernant le fils de l’héroïne, Adri, un adolescent « à problème » qui lui-même a servi de cobaye au fameux médicament, renforçant le malaise de Cathy Charlier et ajoutant un certain suspense au récit. Couleur forte de cet album, le beau vert bleuté très moderne, utilisé pour les scènes nocturnes, est conjugué à une touche orangée soulignant un danger imminent. Cet assemblage impose une ambiance assez inquiétante et s’accorde à merveille à une ligne claire qui évoque Floc’h, Ted Benoit ou encore Joost Swarte. Pour un peu, on aurait l’impression d’être au ciné… Cette sombre histoire de magouilles et de gros sous réussit son entrée en matière pour donner envie de savoir comment tout cela va se terminer pour notre héroïne. A n’en pas douter, celle-ci va devoir faire des choix après avoir mis le pied dans un sacré nid de serpents très venimeux, qui n’ont rien à voir ici avec ce qu’ils symbolisent généralement, à savoir la santé et la guérison.
Le Loup
Je n'avais jamais encore lu de BD de JM Rochette, ayant toujours été rebuté par le dessin de prime abord. A force de voir cet auteur dans les classements, en voyant les avis ici et ayant épuisé ma pile à lire sur mon lieu de vacances, c'est donc sur "Le loup" que j'ai jeté mon dévolu pour découvrir cet auteur. JM Rochette nous livre ici une œuvre empreinte de la majesté et de la rudesse du massif des écrins. On s’attarde sur la relation complexe entre l'homme et la nature, incarnée ici par le loup, réintroduit dans les montagnes françaises, et un berger, Gaspard, dont la vie est bouleversée par ce prédateur. Ce qui frappe d’emblée dans cette bande dessinée, c’est l’atmosphère qui se dégage des pages. Le dessin charbonneux de Rochette, soutenu par une colorisation froide et qui m'avait rebuté de prime abord traduit parfaitement l’austérité des sommets enneigés, rendant palpable la solitude et la dureté de la vie en altitude. Rochette a une manière singulière de capturer la force brute de la nature, que ce soit à travers les paysages ou les traits des personnages, rudes comme la montagne elle-même. Sur le plan narratif, "Le Loup" se distingue par son approche minimaliste. Peu de personnages, peu de dialogues, mais une histoire dense qui se lit rapidement. JM Rochette parvient à transformer une simple confrontation entre un homme et un loup en une fable sur la coexistence, l’entêtement humain, et la nécessité de trouver un équilibre avec la nature. La relation entre Gaspard et le loup, qui oscille entre haine et respect, est l'épicentre du récit. Rochette dépeint avec finesse l’évolution du berger, qui, au fil de l’histoire, voit ses certitudes ébranlées. Cette transformation progressive pourrait rappeler la complexité des rapports entre l'homme et l'animal, un thème qui traverse toute l'œuvre. La fin du récit, marquée par une note d’espoir inattendue, pourrait surprendre, voire décontenancer, mais elle s’inscrit parfaitement dans la réflexion globale de l’œuvre : celle d'une nécessaire réconciliation entre l'homme et la nature. La postface vient ainsi apporter une conclusion philosophique à cette fable moderne, élargissant la portée du récit au-delà de la simple anecdote montagnarde. En résumé, "Le Loup" est une bande dessinée intense, où la puissance des images et la sobriété du récit se répondent pour créer une œuvre à la fois poétique et brute. Rochette nous invite à réfléchir sur notre place dans le monde, et sur notre capacité à coexister avec ceux qui y vivent depuis bien plus longtemps que nous. Une lecture qui, si elle se fait rapidement, laisse une empreinte durable.
Le Ciel dans la tête
Voilà un album qui traite de sujets terribles (enfants soldats, misère, néocolonialisme, migrations illégales, etc.) et qui le fait très bien, tout en proposant un travail graphique très original, et franchement très beau. Nous suivons le terrible et triste parcours de Nivek, gamin pauvre qui cherche à fuir les mines où il est employé en République démocratique du Congo, qui se retrouve enfant soldat commettant une foule de crimes, puis qui traverse toute l’Afrique, pour traverser la Méditerranée, pour finir dans une prison française comme un criminel. Cette fin est « parfaite » pour boucler la boucle, puisqu’au début nous voyons des occidentaux négocier avec les chefs de milices employant Nivek un prix dérisoire pour le coltan : s’il n’y avait pas ça, il n’y aurait pas autant de migrants prenant tous les risques pour venir en Europe, où le migrant, comme Nivek, n’est présenté que comme une menace et un délinquant. Une histoire dramatique et triste donc. Mais très bien narrée. Et surtout, la lecture est rendue encore plus agréable par dessin et colorisation, que j’ai beaucoup appréciées. Un dessin qui s’écarte souvent du réalisme, pour se rapprocher d’une forme stylisée, faisant penser à de l’art naïf et populaire. Beaucoup de très belles planches en tout cas ! Une très belle œuvre, Altarriba est vraiment un auteur très intéressant (et engagé), et il est ici très bien accompagné !