Soyons très honnêtes, je ne suis pas grand fan des publications Marvel dont nous sommes littéralement engloutis régulièrement par toutes les formes de médias et encore plus rarement par l’achat de Comics qui s’éternisent entre arcs, crossovers, mondes parallèles et reboots multiples.
La réédition miraculeuse (et sans jeux de mots) de ce MiracleMan par Panini qui a mis les petits plats dans les grands me serait donc complètement passé par-dessus la tête si je n’avais lu ou entendu plusieurs critiques dithyrambiques de par sa rareté suite à un imbroglio juridique sur les ayant droits et surtout à un argument de choc : Alan Moore !
L’ombre du génial barbu plane sur toute cette série même si son nom ne sera jamais écrit ou à peine évoqué à demi-mots pour des raisons qui lui sont propres par la relecture d’un héros kitsch dont il était fan ado et dont il va opérer un sérieux dépoussiérage en lui donnant une substance alors inédite au début des années 80 et qui peut rappeler le prémisse des grandes œuvres à venir du jeune Moore comme Watchmen en toute première instance.
Malgré une couverture d’une grande laideur et peu affriolante d’un superslip blond rouge et bleu, Panini a voulu soigner l’événement par une édition d’une très grande qualité et agréable au toucher.
Miracleman en a profité pour subir un léger lifting de coloration lui rendant un joli coup de jeune. L’histoire, audacieuse à l’époque, a plutôt bien supporté le poids des années en présentant un journaliste faisant de curieux cauchemars : il se prend pour Miracleman, superhéros disparu subitement il y a quelques années…
Couvrir un acte terroriste pour les besoins d’un reportage va le confronter à sa véritable identité par le cri « Kimota » : Mooran est bien Miracleman !
Ce n’est pas tant le côté naïf et délicieusement vintage qui attire le lecteur curieux mais bien le traitement relativement humain voire adulte d’un quotidien bouleversé par une identité « surnaturelle » à gérer. Le lecteur s’identifie assez rapidement à ce reporter sans grande envergure, à ses problèmes de couple ainsi qu’aux enjeux d’une double personnalité.
Le trouble nait d’une situation sur lesquels on laisse volontairement en suspens certaines questions : Mooran et Miracleman ne font ils qu’un ou sont ils deux protagonistes distincts subsistant tour à tour dans une même enveloppe charnelle ?
Une certaine épaisseur enveloppe de surcroit le tout avec certains personnages resurgeant de cette période dite « d’amnésie » et dont les motivations sont devenues toute autre… Bref il y a pas mal de surprises à venir rendant l’ensemble suffisamment ambitieux pour qu’on attende la suite avec impatience.
Sans être du niveau des meilleures œuvres de l’auteur et desservi par des dessins de qualité, Miracleman est une petite pépite qui risque de tenir en haleine et dont je recommande la lecture assez accessible à tous les amoureux d’histoires de superhéros décalés. Pas indispensable certes mais très agréable et à poursuivre sans aucun doute.
Après lecture du tome 2 :
Malgré une narration assez lourde et pas forcément des plus intéressantes (beaucoup de blabla), ce tome 2 s'avère des plus efficaces.
La compagne de Miracleman, enceinte, est enlevée par un mystérieux scientifique. Du coup Miracleman se met à sa recherche et.... le dénouement entremêlé d'éclats de violence et d'un suspens assez soutenu est diablement surprenant et complètement excitant.
S'ensuivra un accouchement atypique et pas piqué des hannetons emprunt d'un fol réalisme et d'une poésie digne du maître Alan Moore...
La mise en scène est complètement folle, mention spéciale à une scène "au ras des pâquerettes" (je ne peux en dire davantage mais lors de la lecture, pensez à cette scène :) ).
C'est juste incroyable qu'un tel comics ait pu voir le jour et être publié en l'état au début des années 80 !!!
Rien que pour tout cela, vivement la suite et l'ensemble est suffisamment emballant pour mériter un coup de coeur vraiment mérité !
J' ai découvert Gad au sein du collectif Glory Owl, que j'adore, et mon libraire m'avais vivement conseillé Ultimex. Conseil suivi et à la lecture de Ultimate Ultimex, je me suis franchement marré.
L'humour absurde, cynique, cruel de Gad distillé à grosses gouttes tout au long de l'album à travers histoires courtes ou strips n'épargne personne (sauf Ultimex lui-même): femmes, enfants, vieillards, SDFs, politiciens,... Même Steve, son "faire-valoir prodige", l'accompagnant partout, souffre également de son sa sadique jovialité.
Les dessins sont relativement grossiers mais non sans charme.
Vivement conseillé aux amateurs d'humour trash, ames sensibles ou politiquements corrects s'abstenir.
Très bonne surprise que cette BD, aussi inattendue que décalée, joyeusement macabre. Tout d’abord, un bon point pour cette couverture d’un noir funèbre mais délicieusement veloutée, plaisir du toucher…
Avoir eu l’idée de faire une BD humoristique sur une famille de squelettes faucheurs vivant comme n’importe quelle famille humaine, du moins cherchant à y ressembler, avec ses préoccupations terrestres quotidiennes, je trouve que c’est carrément mortel !
Le dessin à la fois stylisé et cartoonesque (je ne savais pas que des orbites vides pouvaient être aussi expressives) et la mise en page en font un objet très graphique, avec des cases (évidemment) cernées de noir et un petit os pour séparer chaque strip, des digressions dans un style totalement différents, notamment des fausses pubs « saignantes » (Killer surprise) ou des parodies macabres de Hello Kitty (« Hello Kittu »). Ça ressemble à une espèce de collage improvisé mais ça donne quelque chose de paradoxalement très vivant, presque joyeux, souvent déconcertant mais souvent drôle aussi. Glacial à souhait, cet humour noir pour vieux enfants conscients de l’horloge qui tourne grince comme des articulations de nonagénaire, on entendrait presque tinter les chaînes de la faucheuse ricanant, mais avec un côté candide incarné par le personnage de la Petite Mort, double funéraire d’un Caliméro sous prozac, assez touchant, car oui, il y a un cœur sous cette cape. On n’oubliera pas certains autres personnages, celui de Pépé Mort, « squelette sorti du placard », moitié gouailleur moitié philosophe, et celui de Ludovic, le seul ami de la Petite Mort, cancre acnéique d’une bêtise confondante mais bidonnant à s’en faire péter les côtes.
Gothique, insolite, décalé, déconcertant, surprenant, hilarant, philosophique… Les adjectifs ne manquent pas pour définir l’ouvrage. A sentir le souffle de cette Mort-là, mes tibias et mes fémurs ont entrepris une danse macabre drolatique et mon âme s’est subitement réchauffée à l’intérieur de mon crâne. Croyez-le, Davy Mourier tient plus de l’oiseau de paradis que de mauvais augure. Avec lui, si la mort fait trembler, c’est seulement de rire. Elle est rendue inoffensive, devient même attachante, et se paie même le luxe d’apparaître en réalité augmentée sur certaines pages pour les plus geeks d’entre nous ! N’ayez donc pas peur d’adopter cette faucheuse, et soyez enfin le weirdo que vous avez toujours rêvé d’être !
Mosquito a le chic pour me faire découvrir des auteurs de BD pleins de talents qui me sont passés sous le nez dont je redécouvre le travail souvent par hasard... Cela avait déjà été le cas avec Sergio Toppi ; cette fois c'est le duo Ruben Pellejero au dessin et Jorge Zentner à la plume.
Si l'on fait abstraction de cette couverture des plus ratée à mon goût (elle ne révèle rien de la richesse de cette série, voire donne l'effet inverse....), cette intégrale est un pur régal de lecture pour tout amateur d'Aventure. Car avec Dieter Lumpen, pas le temps d'investir dans la charentaise ! Si le sieur aime à se poser de temps en temps dans un petit coin de paradis pour reprendre son souffle ou simplement pour profiter de la vie, c'est l'Aventure qui vient lui mettre son pied au cul pour repartir de plus belle.
La Légion, c'est des vacances à côté ! Vous vouliez voir du pays ? Vous allez être servi ! Car Jorge Zentner s'amuse à trimbaler son personnage à travers tous les endroits les plus majestueux et les plus évocateurs du globe. Turquie, Tunisie, France, Etats-Unis, Caraïbes... c'est à travers les années 40 et des personnages toujours plus ou moins recommandables que Dieter se retrouve embrigadé plus ou moins malgré lui, parfois juste pour tromper l'ennui, dans des tribulations épiques où le surnaturel pointe même parfois le bout de son nez.
Ajoutez à cette odyssée sans réel but le dessin somptueux de Ruben Pellejero qui tant dans les cadrages que par sa maîtrise du noir nous propose des planches toutes plus magnifiques les unes que les autres, et vous obtenez une série dont on ne se lasse pas et qui n'appelle qu'une chose : la relecture...
Amis de l'Aventure, ne ratez pas le coche, votre guide à travers le globe vous attend !
Nas, c'est mon coup de cœur jeunesse de cette fin d'année !
Une vrai bulle d'air frais ! C'est pep's, vivant, réaliste mais sans pathos. Bref, quelque chose qui sonne juste et de positif !
Ismael Méziane qui signe cet album en solo met le doigt de façon efficace sur les préoccupations de tout un chacun, en passant aussi bien par la case école que par celle du monde du travail. Il réussit de la plus belle des manières à aborder subtilement des thèmes comme les relations intergénérationnelles et pose surtout la question de comment trouver sa place (à l'école, dans sa famille, au travail...) sans se laisser faire, ni écraser les autres.
C'est là que la boxe (sur)prend toute sa place et s'impose pour le jeune Nas, victime de violence à l'école et dont la mère un peu trop mère poule à son goût, refuse de le laisser s'inscrire au club de boxe de son quartier. Heureusement, papi n'est pas si sénile qu'il y parait...
Le dessin simple mais très expressif d'Ismael Méziane est parfait pour cet exercice. Ses personnages sont pétillants et attachants, chacun ayant sa place et son rôle dans cette mise en scène très réussie de la vie quotidienne et de sa rude école.
Une très bonne série jeunesse à qui je promets un bel avenir si la suite est du même tenant !
Un merveilleux comic. Sorti chez Semic il y a plus de 10 ans, voici le retour de Tellos à travers une intégrale chez Delcourt.
Le scénario est très bon. Il est tout public et réserve une fin très surprenante.
Les dessins sont également très bons. Le style de Wieringo est très souple et très frais.
Vivement la sortie de la seconde intégrale avec Crisse aux commandes.
Batman ?
Brubaker ?
Hum suffisamment d’indices pour me mettre en appétit avec ce Gotham Central qui m’a longtemps fait de l’œil mais dont j’ai préféré attendre la belle réédition par Urban avant de me mettre à table devant ce copieux premier recueil (sur les 4 à paraître).
Quoi de plus malin et de plus ambitieux que de vouloir présenter un regard réaliste sur la ville du Chevalier Noir par les nantis et seconds couteaux dont on ne voit jamais les actes ô combien complémentaires dans le maintien de la justice.. A savoir les flics, inspecteurs et simples mortels de la police de la cité gothique.
C’est un peu le pari (largement réussi) qu’ont bien voulu nous proposer Ed Brubaker qu’on ne présente plus pour ses incursions dans le polar et Greg Rucka.
Soutenu par le trait gras et délicieusement rétro de Michael Lark qui signe tous les dessins de la série, ces histoires peuvent se lire indépendamment comme de simples enquêtes policières mais possèdent le même effet tentaculaire que Criminal : les personnages s’enrichissent au fur et à mesure des histoires, passant du premier au second rôle selon les besoins…
Le point de vue réaliste adopté contraste avec certaines mauvaises rencontres lorsqu’une bête filature ou introspection des lieux place nos inspecteurs nez à nez avec un Mister Freeze ou un Double Face. On constate dès lors l’impuissance de simples humains face à des supers criminels lourdement armés ou tellement pervers que l’aide d’un Batman est au choix indispensable ou vécu de l’intérieur comme un véritable fardeau. On appréciera également l’usage d’équipes de nuit et de jour au sein de la même brigade donnant une tonalité toute singulière. Il s’agit vraiment de chroniques affreusement banales où tout peut basculer d’une minute à l’autre.
Si du point de vue de Batman, tout est vécu comme une charge héroïque avec ses bons et ses mauvais côtés, ici les inspecteurs font ce qu’ils peuvent pour résoudre des histoires sordides de kidnapping, assumer leur vie privée (l’histoire de Renée Montoya et de son homosexualité étalée au grand jour est « LE » récit le plus émouvant et réaliste qui soit lu depuis longtemps) ou vivre le deuil d’un collègue tragiquement disparu.
Batman n’est jamais présent plus d’une ou deux cases par histoire et ses exploits sont manifestement racontés en « off » lui conférant le côté mystérieux que l’on peut lui insuffler.
Vivement la suite, ce Gotham Central peut être lu également par des débutants et je ne peux que le conseiller à un public bien plus large que les comics pour la pertinence de ses propos et l’incursion de surnaturel sans jamais en abuser lors des apparitions de super criminels rendus ici à l’échelle humaine par une équipe d’auteurs fortement inspirés et à l’impact intelligement nuancé.
Terriblement humain, cette collection est indispensable tout simplement.
Après lecture du tome 2 publié chez Urban :
Je prends toujours autant de plaisir à lire ces histoires. La surprise n'est plus au rendez-vous et les bases sont bien posées mais c'est toujours agréable de retrouver certains personnages bien connus des fans de Batman et ce dernier n'est pas en reste puisqu'on y retrouve un Joker aussi machiavélique que celui porté à l'écran par Nolan dans Dark Knight.
De cette légende du blues Robert Johnson, je ne connaissais rien mais je suis de près l’actualité du dessinateur Mezzo pour qui j’ai une admiration sans limites.
Malgré mes réticences habituelles en termes de biopic (qu’il s’agisse de livres comme de films, les libres interprétations de personnes mortes ou vivantes ne m’ont jamais franchement attiré), j’avoue avoir acquis cet ouvrage sur le seul nom de son auteur.
Et bien m’en a pris puisqu’outre l’élégance inhabituelle de ce joli ouvrage à l’italienne que vous pouvez vous offrir pour moins de 20 euros se cache un récit si prenant qu’il est difficile de lâcher prise avant la dernière page.
Malgré une courte existence, Robert Johnson est connu et reconnu comme étant une des influences majeures des Rolling Stones ou de Led Zeppelin. La légende précise qu’en vagabondant au fil des routes du Mississippi, ce guitariste aurait croisé la route du Diable et lui aurait vendu son âme pour un talent encore aujourd’hui incontestable.
Le rock diabolique serait ainsi né.
Outre la légende, les auteurs dressent un portrait passionnant de l’Amérique des années 1930 proche de l’univers de John Steinbeck que j’affectionne également. En effet l’existence romancée ou pas du jeune Robert est plutôt riche en évènements heureux ou malheureux, d’une enfance ballotée d’un foyer vers un autre à des rencontres artistiques faites des petits hasards de la vie, Robert Johnson se promène tel un poète entre apprentissage et désillusions d’une ville à une autre non sans noyer sa mélancolie dans l’alcool et les couches de femmes mariées et fortunées loin d’être indifférentes au charme de ce séducteur invétéré.
Mezzo est un choix de tout premier ordre pour illustrer par des vignettes de toute beauté cette vie de bohème. On peut s’arrêter devant chaque vignette plusieurs minutes et la détailler (j’aime particulièrement celle où l’artiste gamin joue contre un mur sur une guitare de fortune). Le noir et blanc met particulièrement en valeur le trait charbonneux si caractéristique de l’auteur.
Pour la narration, cela se passe exclusivement en voix off par des vignettes reprenant un peu la trame narrative du « Roi des Mouches », le narrateur ne sera d’ailleurs connu qu’à la toute dernière vignette réservant ou pas une dernière surprise.
Comme déjà indiqué plus haut, il est particulièrement difficile de refermer le livre sans le lire d’une traite. Même si on se doute de l’issue (Robert Johnson meurt dans des conditions mystérieuses assez jeune et après avoir enregistré quelques chansons dont son mythique « Love in Vain » qui donne le titre à cette œuvre), cette vie de bohème est surtout un bel exemple pour représenter la dure vie d’une Amérique du XXème siècle déjà en proie à la crise, au racisme et à une certaine ode à la liberté identitaire.
A noter que le livre dispose de quelques bonus intéressants comme les paroles de quelques-unes de ses chansons (et leur traduction), que la qualité du papier fait honneur aux dessins qui y sont couchés et que cela m’a permis de connaitre une figure emblématique des chansons que j’écoute aujourd’hui et dont on peut percevoir la beauté en les écoutant sur le net ou ailleurs.
Une belle œuvre singulière et probablement une des plus belles découvertes de cette année 2014. Les festivaliers d’Angoulême ne s’y sont pas trompés en sélectionnant cet album pour 2015 et il serait fort injuste que Love in Vain en ressorte sans une ou plusieurs récompenses rendant justice au fantastique travail de Mezzo et Jean-Michel Dupont. En tous cas, primé ou pas ne passez pas à côté de ce petit bijou.
J'ai adoré cette bd dont le récit est fluide et émouvant.
Le rendu visuel de la petite fille a parfaitement fonctionné pour moi. En fait en lisant cette bd je me suis dit que l'humanité avance grâce à des gens exceptionnels et recule avec la masse. C'est pas tout à fait vrai mais c'est ce que j'ai ressenti à la fin de ma lecture.
En la relisant en diagonale le lendemain j'ai réalisé que quasi-toute la bd est dans un style gaufrette, visiblement c'était une très bonne idée car comme dit plus haut la lecture est hyper fluide et agréable.
Je n'avais bien sûr jamais entendu parler d'Annie Sullivan et Helen Keller avant ma lecture alors que visiblement ce sont des figures emblématiques aux Etats Unis.
Chaudement recommandé.
J'avais découvert Jean Teulé avec la très bonne BD Je, François Villon. A vrai dire, j'en avais déjà entendu parler mais vaguement avec (Le Magasin des Suicides, ses anciennes BD chez Metal Hurlant. Bref ce nom me disait quelque chose. Il y a 2 ans environ, je me suis lu à la suite "Mangez-le si vous voulez", "Charly 9" et "Darling". Et là, gros coup de cœur pour cet auteur. C'est noir, ironique, cruel et passionnant.
La sortie de cette BD m'a interpellé tout de suite, et les critiques élogieuse apparaissant au fur et à mesure sur BDtheque n'ont fait qu'augmenter mon envie de lire cette adaptation. Serait-ce aussi bien que le bouquin ? Apparemment ça en avait tout l'air.
Après lecture, effectivement ça l'est. L'auteur Guérineau a vraiment fait un excellent travail, ce qui n'était pas chose aisée. J'ai tout d'abord été surpris par le dessin semi réaliste (très beau) mais qui tranche avec le côté historique, noir et cruel de cette histoire. Finalement, c'est un excellent choix qui fait sortir cette oeuvre du tout venant des BD historiques. Cela ajoute une certaine modernité (tout comme le bouquin de Teulé à la base).
C'est passionnant de bout en bout et les légers changements de styles s'accordent à merveille avec la personnalité plus que tourmentée du pauvre Charles (en même temps qui aurait envie d'être à sa place), même les clins d’œils à la culture BD (les séquences "WTF" de Johan et Pirlouit ou Lucky luke s'incrustent bizarrement parfaitement bien dans l'histoire et ajoutent au côté borderline de cette histoire). On ne compte plus les séquences déjantées où le roi perd complètement les pédales (les chasses à cour dans le palais !) au grand dam de sa mère et de l’ensemble des sujets, qui quant à eux sont parfaitement à l'aise dans cette époque de traîtrises, de coups bas et d'horreurs en tous genre. Je ne sais pas si historiquement tout cela est très exact (j'en doute fort). Je ne suis pas spécialiste mais je m'en fous. C'est avant tout la vision de Teulé et son style qui se sert d’événements historiques pour y imprimer sa patte acide drôle et cruelle. Personnellement j'adore.
J'aurais aimé que le récit s'attarde un peu plus sur le massacre de la Saint Barthélemy et aux atrocités qui vont avec mais la BD respecte le parti pris du bouquin qui fait l'impasse sur cette nuit d'horreur. Le sujet étant plus la personnalité et la destinée de ce pauvre roi complètement largué, pris en étau par sa famille et par l'ultra violence ambiante. Quelqu'un qui n'est pas né à la bonne place ni à la bonne époque.
J'hésite entre 5 ou 4. Disons un 4,5.
A acheter les yeux fermés (tout comme le bouquin de Jean Teulé).
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Miracleman
Soyons très honnêtes, je ne suis pas grand fan des publications Marvel dont nous sommes littéralement engloutis régulièrement par toutes les formes de médias et encore plus rarement par l’achat de Comics qui s’éternisent entre arcs, crossovers, mondes parallèles et reboots multiples. La réédition miraculeuse (et sans jeux de mots) de ce MiracleMan par Panini qui a mis les petits plats dans les grands me serait donc complètement passé par-dessus la tête si je n’avais lu ou entendu plusieurs critiques dithyrambiques de par sa rareté suite à un imbroglio juridique sur les ayant droits et surtout à un argument de choc : Alan Moore ! L’ombre du génial barbu plane sur toute cette série même si son nom ne sera jamais écrit ou à peine évoqué à demi-mots pour des raisons qui lui sont propres par la relecture d’un héros kitsch dont il était fan ado et dont il va opérer un sérieux dépoussiérage en lui donnant une substance alors inédite au début des années 80 et qui peut rappeler le prémisse des grandes œuvres à venir du jeune Moore comme Watchmen en toute première instance. Malgré une couverture d’une grande laideur et peu affriolante d’un superslip blond rouge et bleu, Panini a voulu soigner l’événement par une édition d’une très grande qualité et agréable au toucher. Miracleman en a profité pour subir un léger lifting de coloration lui rendant un joli coup de jeune. L’histoire, audacieuse à l’époque, a plutôt bien supporté le poids des années en présentant un journaliste faisant de curieux cauchemars : il se prend pour Miracleman, superhéros disparu subitement il y a quelques années… Couvrir un acte terroriste pour les besoins d’un reportage va le confronter à sa véritable identité par le cri « Kimota » : Mooran est bien Miracleman ! Ce n’est pas tant le côté naïf et délicieusement vintage qui attire le lecteur curieux mais bien le traitement relativement humain voire adulte d’un quotidien bouleversé par une identité « surnaturelle » à gérer. Le lecteur s’identifie assez rapidement à ce reporter sans grande envergure, à ses problèmes de couple ainsi qu’aux enjeux d’une double personnalité. Le trouble nait d’une situation sur lesquels on laisse volontairement en suspens certaines questions : Mooran et Miracleman ne font ils qu’un ou sont ils deux protagonistes distincts subsistant tour à tour dans une même enveloppe charnelle ? Une certaine épaisseur enveloppe de surcroit le tout avec certains personnages resurgeant de cette période dite « d’amnésie » et dont les motivations sont devenues toute autre… Bref il y a pas mal de surprises à venir rendant l’ensemble suffisamment ambitieux pour qu’on attende la suite avec impatience. Sans être du niveau des meilleures œuvres de l’auteur et desservi par des dessins de qualité, Miracleman est une petite pépite qui risque de tenir en haleine et dont je recommande la lecture assez accessible à tous les amoureux d’histoires de superhéros décalés. Pas indispensable certes mais très agréable et à poursuivre sans aucun doute. Après lecture du tome 2 : Malgré une narration assez lourde et pas forcément des plus intéressantes (beaucoup de blabla), ce tome 2 s'avère des plus efficaces. La compagne de Miracleman, enceinte, est enlevée par un mystérieux scientifique. Du coup Miracleman se met à sa recherche et.... le dénouement entremêlé d'éclats de violence et d'un suspens assez soutenu est diablement surprenant et complètement excitant. S'ensuivra un accouchement atypique et pas piqué des hannetons emprunt d'un fol réalisme et d'une poésie digne du maître Alan Moore... La mise en scène est complètement folle, mention spéciale à une scène "au ras des pâquerettes" (je ne peux en dire davantage mais lors de la lecture, pensez à cette scène :) ). C'est juste incroyable qu'un tel comics ait pu voir le jour et être publié en l'état au début des années 80 !!! Rien que pour tout cela, vivement la suite et l'ensemble est suffisamment emballant pour mériter un coup de coeur vraiment mérité !
Ultimex
J' ai découvert Gad au sein du collectif Glory Owl, que j'adore, et mon libraire m'avais vivement conseillé Ultimex. Conseil suivi et à la lecture de Ultimate Ultimex, je me suis franchement marré. L'humour absurde, cynique, cruel de Gad distillé à grosses gouttes tout au long de l'album à travers histoires courtes ou strips n'épargne personne (sauf Ultimex lui-même): femmes, enfants, vieillards, SDFs, politiciens,... Même Steve, son "faire-valoir prodige", l'accompagnant partout, souffre également de son sa sadique jovialité. Les dessins sont relativement grossiers mais non sans charme. Vivement conseillé aux amateurs d'humour trash, ames sensibles ou politiquements corrects s'abstenir.
La Petite Mort
Très bonne surprise que cette BD, aussi inattendue que décalée, joyeusement macabre. Tout d’abord, un bon point pour cette couverture d’un noir funèbre mais délicieusement veloutée, plaisir du toucher… Avoir eu l’idée de faire une BD humoristique sur une famille de squelettes faucheurs vivant comme n’importe quelle famille humaine, du moins cherchant à y ressembler, avec ses préoccupations terrestres quotidiennes, je trouve que c’est carrément mortel ! Le dessin à la fois stylisé et cartoonesque (je ne savais pas que des orbites vides pouvaient être aussi expressives) et la mise en page en font un objet très graphique, avec des cases (évidemment) cernées de noir et un petit os pour séparer chaque strip, des digressions dans un style totalement différents, notamment des fausses pubs « saignantes » (Killer surprise) ou des parodies macabres de Hello Kitty (« Hello Kittu »). Ça ressemble à une espèce de collage improvisé mais ça donne quelque chose de paradoxalement très vivant, presque joyeux, souvent déconcertant mais souvent drôle aussi. Glacial à souhait, cet humour noir pour vieux enfants conscients de l’horloge qui tourne grince comme des articulations de nonagénaire, on entendrait presque tinter les chaînes de la faucheuse ricanant, mais avec un côté candide incarné par le personnage de la Petite Mort, double funéraire d’un Caliméro sous prozac, assez touchant, car oui, il y a un cœur sous cette cape. On n’oubliera pas certains autres personnages, celui de Pépé Mort, « squelette sorti du placard », moitié gouailleur moitié philosophe, et celui de Ludovic, le seul ami de la Petite Mort, cancre acnéique d’une bêtise confondante mais bidonnant à s’en faire péter les côtes. Gothique, insolite, décalé, déconcertant, surprenant, hilarant, philosophique… Les adjectifs ne manquent pas pour définir l’ouvrage. A sentir le souffle de cette Mort-là, mes tibias et mes fémurs ont entrepris une danse macabre drolatique et mon âme s’est subitement réchauffée à l’intérieur de mon crâne. Croyez-le, Davy Mourier tient plus de l’oiseau de paradis que de mauvais augure. Avec lui, si la mort fait trembler, c’est seulement de rire. Elle est rendue inoffensive, devient même attachante, et se paie même le luxe d’apparaître en réalité augmentée sur certaines pages pour les plus geeks d’entre nous ! N’ayez donc pas peur d’adopter cette faucheuse, et soyez enfin le weirdo que vous avez toujours rêvé d’être !
Dieter Lumpen
Mosquito a le chic pour me faire découvrir des auteurs de BD pleins de talents qui me sont passés sous le nez dont je redécouvre le travail souvent par hasard... Cela avait déjà été le cas avec Sergio Toppi ; cette fois c'est le duo Ruben Pellejero au dessin et Jorge Zentner à la plume. Si l'on fait abstraction de cette couverture des plus ratée à mon goût (elle ne révèle rien de la richesse de cette série, voire donne l'effet inverse....), cette intégrale est un pur régal de lecture pour tout amateur d'Aventure. Car avec Dieter Lumpen, pas le temps d'investir dans la charentaise ! Si le sieur aime à se poser de temps en temps dans un petit coin de paradis pour reprendre son souffle ou simplement pour profiter de la vie, c'est l'Aventure qui vient lui mettre son pied au cul pour repartir de plus belle. La Légion, c'est des vacances à côté ! Vous vouliez voir du pays ? Vous allez être servi ! Car Jorge Zentner s'amuse à trimbaler son personnage à travers tous les endroits les plus majestueux et les plus évocateurs du globe. Turquie, Tunisie, France, Etats-Unis, Caraïbes... c'est à travers les années 40 et des personnages toujours plus ou moins recommandables que Dieter se retrouve embrigadé plus ou moins malgré lui, parfois juste pour tromper l'ennui, dans des tribulations épiques où le surnaturel pointe même parfois le bout de son nez. Ajoutez à cette odyssée sans réel but le dessin somptueux de Ruben Pellejero qui tant dans les cadrages que par sa maîtrise du noir nous propose des planches toutes plus magnifiques les unes que les autres, et vous obtenez une série dont on ne se lasse pas et qui n'appelle qu'une chose : la relecture... Amis de l'Aventure, ne ratez pas le coche, votre guide à travers le globe vous attend !
Nas, poids plume
Nas, c'est mon coup de cœur jeunesse de cette fin d'année ! Une vrai bulle d'air frais ! C'est pep's, vivant, réaliste mais sans pathos. Bref, quelque chose qui sonne juste et de positif ! Ismael Méziane qui signe cet album en solo met le doigt de façon efficace sur les préoccupations de tout un chacun, en passant aussi bien par la case école que par celle du monde du travail. Il réussit de la plus belle des manières à aborder subtilement des thèmes comme les relations intergénérationnelles et pose surtout la question de comment trouver sa place (à l'école, dans sa famille, au travail...) sans se laisser faire, ni écraser les autres. C'est là que la boxe (sur)prend toute sa place et s'impose pour le jeune Nas, victime de violence à l'école et dont la mère un peu trop mère poule à son goût, refuse de le laisser s'inscrire au club de boxe de son quartier. Heureusement, papi n'est pas si sénile qu'il y parait... Le dessin simple mais très expressif d'Ismael Méziane est parfait pour cet exercice. Ses personnages sont pétillants et attachants, chacun ayant sa place et son rôle dans cette mise en scène très réussie de la vie quotidienne et de sa rude école. Une très bonne série jeunesse à qui je promets un bel avenir si la suite est du même tenant !
Tellos
Un merveilleux comic. Sorti chez Semic il y a plus de 10 ans, voici le retour de Tellos à travers une intégrale chez Delcourt. Le scénario est très bon. Il est tout public et réserve une fin très surprenante. Les dessins sont également très bons. Le style de Wieringo est très souple et très frais. Vivement la sortie de la seconde intégrale avec Crisse aux commandes.
Gotham Central
Batman ? Brubaker ? Hum suffisamment d’indices pour me mettre en appétit avec ce Gotham Central qui m’a longtemps fait de l’œil mais dont j’ai préféré attendre la belle réédition par Urban avant de me mettre à table devant ce copieux premier recueil (sur les 4 à paraître). Quoi de plus malin et de plus ambitieux que de vouloir présenter un regard réaliste sur la ville du Chevalier Noir par les nantis et seconds couteaux dont on ne voit jamais les actes ô combien complémentaires dans le maintien de la justice.. A savoir les flics, inspecteurs et simples mortels de la police de la cité gothique. C’est un peu le pari (largement réussi) qu’ont bien voulu nous proposer Ed Brubaker qu’on ne présente plus pour ses incursions dans le polar et Greg Rucka. Soutenu par le trait gras et délicieusement rétro de Michael Lark qui signe tous les dessins de la série, ces histoires peuvent se lire indépendamment comme de simples enquêtes policières mais possèdent le même effet tentaculaire que Criminal : les personnages s’enrichissent au fur et à mesure des histoires, passant du premier au second rôle selon les besoins… Le point de vue réaliste adopté contraste avec certaines mauvaises rencontres lorsqu’une bête filature ou introspection des lieux place nos inspecteurs nez à nez avec un Mister Freeze ou un Double Face. On constate dès lors l’impuissance de simples humains face à des supers criminels lourdement armés ou tellement pervers que l’aide d’un Batman est au choix indispensable ou vécu de l’intérieur comme un véritable fardeau. On appréciera également l’usage d’équipes de nuit et de jour au sein de la même brigade donnant une tonalité toute singulière. Il s’agit vraiment de chroniques affreusement banales où tout peut basculer d’une minute à l’autre. Si du point de vue de Batman, tout est vécu comme une charge héroïque avec ses bons et ses mauvais côtés, ici les inspecteurs font ce qu’ils peuvent pour résoudre des histoires sordides de kidnapping, assumer leur vie privée (l’histoire de Renée Montoya et de son homosexualité étalée au grand jour est « LE » récit le plus émouvant et réaliste qui soit lu depuis longtemps) ou vivre le deuil d’un collègue tragiquement disparu. Batman n’est jamais présent plus d’une ou deux cases par histoire et ses exploits sont manifestement racontés en « off » lui conférant le côté mystérieux que l’on peut lui insuffler. Vivement la suite, ce Gotham Central peut être lu également par des débutants et je ne peux que le conseiller à un public bien plus large que les comics pour la pertinence de ses propos et l’incursion de surnaturel sans jamais en abuser lors des apparitions de super criminels rendus ici à l’échelle humaine par une équipe d’auteurs fortement inspirés et à l’impact intelligement nuancé. Terriblement humain, cette collection est indispensable tout simplement. Après lecture du tome 2 publié chez Urban : Je prends toujours autant de plaisir à lire ces histoires. La surprise n'est plus au rendez-vous et les bases sont bien posées mais c'est toujours agréable de retrouver certains personnages bien connus des fans de Batman et ce dernier n'est pas en reste puisqu'on y retrouve un Joker aussi machiavélique que celui porté à l'écran par Nolan dans Dark Knight.
Love in Vain
De cette légende du blues Robert Johnson, je ne connaissais rien mais je suis de près l’actualité du dessinateur Mezzo pour qui j’ai une admiration sans limites. Malgré mes réticences habituelles en termes de biopic (qu’il s’agisse de livres comme de films, les libres interprétations de personnes mortes ou vivantes ne m’ont jamais franchement attiré), j’avoue avoir acquis cet ouvrage sur le seul nom de son auteur. Et bien m’en a pris puisqu’outre l’élégance inhabituelle de ce joli ouvrage à l’italienne que vous pouvez vous offrir pour moins de 20 euros se cache un récit si prenant qu’il est difficile de lâcher prise avant la dernière page. Malgré une courte existence, Robert Johnson est connu et reconnu comme étant une des influences majeures des Rolling Stones ou de Led Zeppelin. La légende précise qu’en vagabondant au fil des routes du Mississippi, ce guitariste aurait croisé la route du Diable et lui aurait vendu son âme pour un talent encore aujourd’hui incontestable. Le rock diabolique serait ainsi né. Outre la légende, les auteurs dressent un portrait passionnant de l’Amérique des années 1930 proche de l’univers de John Steinbeck que j’affectionne également. En effet l’existence romancée ou pas du jeune Robert est plutôt riche en évènements heureux ou malheureux, d’une enfance ballotée d’un foyer vers un autre à des rencontres artistiques faites des petits hasards de la vie, Robert Johnson se promène tel un poète entre apprentissage et désillusions d’une ville à une autre non sans noyer sa mélancolie dans l’alcool et les couches de femmes mariées et fortunées loin d’être indifférentes au charme de ce séducteur invétéré. Mezzo est un choix de tout premier ordre pour illustrer par des vignettes de toute beauté cette vie de bohème. On peut s’arrêter devant chaque vignette plusieurs minutes et la détailler (j’aime particulièrement celle où l’artiste gamin joue contre un mur sur une guitare de fortune). Le noir et blanc met particulièrement en valeur le trait charbonneux si caractéristique de l’auteur. Pour la narration, cela se passe exclusivement en voix off par des vignettes reprenant un peu la trame narrative du « Roi des Mouches », le narrateur ne sera d’ailleurs connu qu’à la toute dernière vignette réservant ou pas une dernière surprise. Comme déjà indiqué plus haut, il est particulièrement difficile de refermer le livre sans le lire d’une traite. Même si on se doute de l’issue (Robert Johnson meurt dans des conditions mystérieuses assez jeune et après avoir enregistré quelques chansons dont son mythique « Love in Vain » qui donne le titre à cette œuvre), cette vie de bohème est surtout un bel exemple pour représenter la dure vie d’une Amérique du XXème siècle déjà en proie à la crise, au racisme et à une certaine ode à la liberté identitaire. A noter que le livre dispose de quelques bonus intéressants comme les paroles de quelques-unes de ses chansons (et leur traduction), que la qualité du papier fait honneur aux dessins qui y sont couchés et que cela m’a permis de connaitre une figure emblématique des chansons que j’écoute aujourd’hui et dont on peut percevoir la beauté en les écoutant sur le net ou ailleurs. Une belle œuvre singulière et probablement une des plus belles découvertes de cette année 2014. Les festivaliers d’Angoulême ne s’y sont pas trompés en sélectionnant cet album pour 2015 et il serait fort injuste que Love in Vain en ressorte sans une ou plusieurs récompenses rendant justice au fantastique travail de Mezzo et Jean-Michel Dupont. En tous cas, primé ou pas ne passez pas à côté de ce petit bijou.
Annie Sullivan & Helen Keller
J'ai adoré cette bd dont le récit est fluide et émouvant. Le rendu visuel de la petite fille a parfaitement fonctionné pour moi. En fait en lisant cette bd je me suis dit que l'humanité avance grâce à des gens exceptionnels et recule avec la masse. C'est pas tout à fait vrai mais c'est ce que j'ai ressenti à la fin de ma lecture. En la relisant en diagonale le lendemain j'ai réalisé que quasi-toute la bd est dans un style gaufrette, visiblement c'était une très bonne idée car comme dit plus haut la lecture est hyper fluide et agréable. Je n'avais bien sûr jamais entendu parler d'Annie Sullivan et Helen Keller avant ma lecture alors que visiblement ce sont des figures emblématiques aux Etats Unis. Chaudement recommandé.
Charly 9
J'avais découvert Jean Teulé avec la très bonne BD Je, François Villon. A vrai dire, j'en avais déjà entendu parler mais vaguement avec (Le Magasin des Suicides, ses anciennes BD chez Metal Hurlant. Bref ce nom me disait quelque chose. Il y a 2 ans environ, je me suis lu à la suite "Mangez-le si vous voulez", "Charly 9" et "Darling". Et là, gros coup de cœur pour cet auteur. C'est noir, ironique, cruel et passionnant. La sortie de cette BD m'a interpellé tout de suite, et les critiques élogieuse apparaissant au fur et à mesure sur BDtheque n'ont fait qu'augmenter mon envie de lire cette adaptation. Serait-ce aussi bien que le bouquin ? Apparemment ça en avait tout l'air. Après lecture, effectivement ça l'est. L'auteur Guérineau a vraiment fait un excellent travail, ce qui n'était pas chose aisée. J'ai tout d'abord été surpris par le dessin semi réaliste (très beau) mais qui tranche avec le côté historique, noir et cruel de cette histoire. Finalement, c'est un excellent choix qui fait sortir cette oeuvre du tout venant des BD historiques. Cela ajoute une certaine modernité (tout comme le bouquin de Teulé à la base). C'est passionnant de bout en bout et les légers changements de styles s'accordent à merveille avec la personnalité plus que tourmentée du pauvre Charles (en même temps qui aurait envie d'être à sa place), même les clins d’œils à la culture BD (les séquences "WTF" de Johan et Pirlouit ou Lucky luke s'incrustent bizarrement parfaitement bien dans l'histoire et ajoutent au côté borderline de cette histoire). On ne compte plus les séquences déjantées où le roi perd complètement les pédales (les chasses à cour dans le palais !) au grand dam de sa mère et de l’ensemble des sujets, qui quant à eux sont parfaitement à l'aise dans cette époque de traîtrises, de coups bas et d'horreurs en tous genre. Je ne sais pas si historiquement tout cela est très exact (j'en doute fort). Je ne suis pas spécialiste mais je m'en fous. C'est avant tout la vision de Teulé et son style qui se sert d’événements historiques pour y imprimer sa patte acide drôle et cruelle. Personnellement j'adore. J'aurais aimé que le récit s'attarde un peu plus sur le massacre de la Saint Barthélemy et aux atrocités qui vont avec mais la BD respecte le parti pris du bouquin qui fait l'impasse sur cette nuit d'horreur. Le sujet étant plus la personnalité et la destinée de ce pauvre roi complètement largué, pris en étau par sa famille et par l'ultra violence ambiante. Quelqu'un qui n'est pas né à la bonne place ni à la bonne époque. J'hésite entre 5 ou 4. Disons un 4,5. A acheter les yeux fermés (tout comme le bouquin de Jean Teulé).