Le conte de Peau d'Âne, classique de Charles Perrault, est très connu. Pour échapper à une situation d'inceste, une adolescente décide de partir, se camouflant dans la peau d'un âne dont elle avait elle-même demandé l'exécution.
Cécile Chicault a choisi de reprendre le texte "original", en vers, et de combler elle-même les trous qu'il pouvait y avoir dans l'histoire. Elle propose une illustration figurative, presque fantasmagorique, avec de la flamboyance, de l'exubérance, aidée par les couleurs de Flavia Castagna (Arancia Studio).
Mais le point qui est à retenir, soulevé par l'adaptatrice elle-même dans une note à la fin de l'album, c'est la modernité du conte, incongrue si l'on ose dire, dans l'oeuvre d'un auteur de la fin du XVIIème siècle, qui plus est adaptée d'un récit populaire antérieur. Car en effet l'inceste n'était pas rare dans les cours de l'époque, souvent justifié -s'il en était besoin- par le besoin d'un souverain d'voir une descendance mâle. Or dans le conte écrit par Perrault, la dimension moralement révoltante de cette pratique est mise en exergue, et l'histoire est la mise sous protection puis la fuite de la princesse pour préserver son intégrité morale et physique. En filigrane, la question du consentement. Des éléments encore rares à l'époque dans la littérature populaire.
Cécile Chicault propose une illustration symbolique, alors que les adaptations précédentes de ce même conte allaient plutôt vers le réalisme. L'élégance de son trait le lui permet, et de nous livrer une belle version de ce conte classique, avec une lecture à l'aune du questionnement du consentement de la jeune fille en ce début de XXIème siècle. Une variation intéressante, donc.
J’avais beaucoup aimé la série d’origine, que ce soit les scénarios d’Abuli ou le dessin de Bernet. Sans doute l’une des meilleures séries de polar noir, alliant action et bons mots (l’humour accompagne bien ce récit noir), avec des personnages charismatiques.
J’étais curieux – et un chouia circonspect – de découvrir ce qu’Abuli avait pu faire, en situant son héros plus que vieillissant plusieurs décennies après nous l’avoir installé au cœur des années 1930.
Eh bien le fait est que j’ai trouvé excellent cet album. Torpedo est toujours vaillant. Il se méfie de ses amis, mais il n’en a plus (à part son sempiternel « second » Rascal). Quant à ses ennemis, il les a tous enterrés. Et ceux qui font les malins, croyant que c’est un vieux schnock, vont aussi creuser leur tombe (et Torpedo va les aider à y tomber).
Pas de fioritures dans cette histoire, le scénario est aussi sec que Torpedo, ça va droit au but, les coups, les balles fusent, comme les bons mots, tout fonctionne très bien !
Bernet n’est plus au dessin. Mais Risso s’en sort ici très bien. Son trait est très différent de Bernet, plus dans la lignée de celui de Brüno. Mais son Noir et Blanc très tranché est très complémentaire de l’ambiance développée par Abuli (et je trouve son dessin meilleur que sur pas mal d’autre séries qu'il a illustrées).
Bref, un album de genre qui remplit parfaitement ses objectifs. Un polar rythmé, et une revisite d’un personnage haut en couleurs, toujours aussi misanthrope et asocial, un pète-sec à qui il ne faut pas chercher des noises !
Je mets bien plus souvent des avis positifs que négatifs, la faute aux posteurs de BDthèque qui m'encouragent à me tourner vers des BD de qualités plutôt que des BD oubliables et oubliées. Je suis donc plutôt client de bonnes BD, et cette BD n'échappe pas à la règle. J'ai lu sans chercher à savoir de quoi elle parlait, ayant juste l'impression d'un road-trip entre deux vieux, mais la BD est finalement bien plus que ça.
J'ai lu avec grand plaisir ce petit voyage d'un papy notaire, concerné par la mort de son ami qui lui racontait quantité de voyages autour du monde. L'histoire est excellente, le récit prend à cœur de nous montrer le mélange entre les récits et la réalité, bien plus terre-à-terre que le fantasme qu'il s'en faisait, avec une excellente idée visuelle qui mélange animaux exotiques et ambiance de villes françaises. En posant ainsi des ambiances exotiques, on ressent le fait de vivre dans ces récits, tout comme ce petit vieux.
J'ai aussi aimé le déroulé de l'histoire et la quête presque inutile d'un éventuel héritier, prétexte à enfin bouger de chez soi et faire ce qu'il n'a jamais osé avant : partir à l'aventure. Une toute petite aventure, de rien du tout, mais qui s'achèvera sur une très belle image, triste mais chargée en émotion. C'est le genre de BD tout con mais qui marque parce qu'elle est bien faite, plaisante à lire et envoutante. Au sortir de ma lecture, j'ai eu ce petit moment de flottement où j'étais encore dans la BD, plutôt que dans la réalité, goutant à l'histoire et aux ambiances, avant de revenir sur terre. C'est parfait, je n'en demandais pas plus et je recommande la lecture.
Quel plaisir de retrouver la verve de Nicolas Wild dans ce nouvel album dont le titre annonce clairement la couleur : l’auteur s’est rendu en Russie (pourtant fermée aux journalistes) en 2022 pour découvrir « A quoi pensent les russes ». Lors de sa visite, il a rencontré des politiciens, des artistes, des journalistes, des activistes, mais aussi des simples citoyens, et il est fascinant de découvrir les avis variés et divisés sur la question épineuse de « l’opération militaire spéciale » en Ukraine.
L’auteur se contente de poser ses questions, il ne juge pas, il n’influence pas. On retrouve son humour décalé, parfois incongru (comme si rajouté après coup) mais qui rend cette lecture agréable et fluide. Il en profite également pour faire du tourisme, on visite donc la Russie avec lui… il a d’ailleurs eu la bonne idée d’intégrer des photos dans ses planches (à la manière du superbe « Le Photographe »).
Un album fascinant et instructif, qui donne la parole aux gens et nous montre la propagande Russe de l’intérieur.
J’ai beaucoup aimé cette réinterprétation du récit post-apo par Jeff Lemire.
On retrouve les poncifs du genre (les factions de tarés qui se font la guerre, la recherche de nourriture, la survie) mais aussi quelques éléments originaux, dont la nature de la maladie et cette nouvelle espèce mi-homme mi-animale, qui semble être liée à la pandémie. Les réponses finissent par arriver, et sont logiques et satisfaisantes, voire presque réalistes. Les personnages sont bien développés et attachants (comme souvent avec cet auteur), et la fin est juste parfaite. Un seul reproche : quelques longueurs, surtout sur la deuxième moitié du récit, avec quelques chapitres un peu « remplissage » selon moi, et une pagination totale de 1000 pages.
J’ai néanmoins passé un excellent moment de lecture. Je lirai sans doute le deuxième cycle pour revisiter cet univers attachant.
Le génocide rwandais est l'un des pires massacres de l'Histoire récente, et il a fait l'objet de pas mal de films, livres et même BD de qualité.
Celle-ci s'attache au combat d'Alain et Dafroza Gauthier, un couple franco-rwandais qui n'a de cesse, depuis près de 30 ans, d'enquêter et documenter cette abominable boucherie qui a fait un million de morts en 100 jours, en 1994. C'est ce combat inlassable, qui ne s'arrêtera jamais, qui nous est retracé par le journaliste et scénariste Thomas Zribi. Le récit est émaillé de certains des témoignages de rescapés de différents massacres perpétrés dans le pays aux 1000 collines. Des histoires glaçantes. J'ai plus d'une fois ressenti une colère, une tristesse immenses en lisant tout ça. Quand on réfléchit deux secondes, c'est le conflit le plus idiot qui soit : ce n'est pas une guerre entre deux couleurs de peau, deux religions, deux... Les Hutus et les Tutsis partagent depuis toujours la même langue, la même religion, la même couleur de peau, la même culture. Leurs noms désignaient à l'origine simplement deux classes sociales : cultivateurs pour les uns, éleveurs pour les autres.
C'est l'ancien colonisateur belge qui, pour contrer les envies d'indépendance et de rébellion des Tutsis, a monté les voisins Hutus vers des attaques armées. La France, plus tard, a profité du départ des Belges pour accroître son influence dans la région. Pendant le génocide, elle a d'ailleurs fait preuve d'une inaction criminelle, pour ne pas dire de complicité, même si l'armée française n'a pas participé aux massacres. Lors de ces évènements de 1994, les tueurs étaient très organisés. Après avoir probablement commandité la destruction de l'avion du président du pays lors d'un voyage de retour de Tanzanie (et ainsi empêché la mise en oeuvre d'un accord de paix), les dignitaires hutus ont soigneusement préparé ce génocide, désignant des responsables dans chaque préfecture, chaque commune, chaque quartier, avec chacun un groupe de tueurs sous ses ordres.
Ainsi ce qui avait sauvé les Tutsis dans les années 50, 60 et 70, les églises, n'a pas arrêté les génocidaires. Ainsi des dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées dans des pièges mortels. Ainsi des latrines creusées par les captifs sous la menace sont devenues des fosses communes. Ainsi de suite, je ne peux en dire plus.
L'horreur absolue, la barbarie totale.
L'album est donc un hommage à ce couple qui a fondé un collectif, et qui espère qu'au moins une partie des commanditaires et dignitaires se verra finir sa vie en prison. Après 20 ans, les premières condamnations arrivent, mais elles ne sont encore qu'une poignée.
Damien Roudeau, connu pour ses BD sur les laissés-pour-compte et les opprimés, apporte une fois de plus son trait plein d'humanité et de sensibilité à ce récit essentiel.
J’ai passé un très bon moment de lecture avec cet album que j’ai découvert grâce à bdtheque (merci !!). J’ai mis quelques pages à m’y retrouver parmi tous les personnages mais après quelques petits retours en arrière pour vérifier qui est qui je me suis laissé entraîner par ce beau récit, original et humain. Scénario complexe mais pas trop, un zeste de magie mais pas trop et un très beau dessin aux couleurs chaudes, à l’ambiance poussiéreuse et aux personnages qui ont de vraies belles trognes de méchants, bref ! Pari tenu, c’est un album à lire !
Après avoir lu et apprécié Young gods, je n'ai pas résisté longtemps pour me procurer Freebooters.
Tout d'abord, je tiens à remercier Komics Initiative d'avoir eu l'heureuse idée (merci Ulule) de publier ces histoires dans un grand format et pour la qualité de l'édition.
La genèse de ce comics est compliquée.
Au début des années 90, BWS quitte Marvel, il ne se reconnaît plus dans ce qu'on lui propose de réaliser, il veut faire autre chose (Marvel lui a refusé la réalisation d'un projet sur Hulk, tant mieux pour nous, il peaufinera ce projet qui donnera des années plus tard Monstres, son chef-d’œuvre). Il va passer deux ans chez Valiant, puis arriver chez Dark Horse Comics où il va publier la revue Storytellers avec des titres originaux : Paradoxman, Young Gods et ce Freebooters. Après neuf numéros la revue s’arrête faute de succès. BWS quitte fâché Dark Horse, il reproche à son éditeur de ne pas avoir fait la promotion nécessaire au lancement de la revue.
Heureusement, Fantagraphics sort en 2003 une intégrale reprenant les neuf premiers chapitres de Freebooters complétés par des chapitres inédits.
De la Fantasy avec un trame classique mais qui se démarque par le ton employé, un ton décalé où l'humour (pas toujours très fin) est très présent avec un soupçon d'ironie. Barry Windsor-Smith se concentre sur les personnages et met l'action au second plan. Le choix des protagonistes principaux sort des standards des comics de l'époque (1996). D'abord Axus, il a été le plus grand guerrier du royaume mais après quelques années, il se retrouve ventripotent, à vivre sur sa gloire passée en racontant ses aventures dans sa taverne. Ensuite Aran, un beau blondinet un peu niais, poète et qui a des visions. Les seconds rôles ne sont pas en reste, particulièrement la jolie Alita qui n'a d'yeux que pour Aran. Une narration atypique et maîtrisée qui propose son lot de surprises.
Information importante, BWS ayant abandonné la série, vous ne connaîtrez jamais la conclusion de Freebooters, mais ce n'est pas grave, l'essentiel est ailleurs. Il est dans les nombreux bonus que propose cet album, dans les interviews de BWS qui explique les raisons qui l'ont poussé à créer la revue Storytellers et sa vision du monde des comics, les témoignages de personnes baignant dans ce monde de rapaces et enfin dans le courrier des lecteurs. Une mine d'informations très instructives.
L'album se termine sur quelques planches de "La fête".
Visuellement c'est très beau, un trait puissant, une mise en page soignée et des couleurs rétros.
Je suis fan.
BWS est une mine d'or et ce comics une de ses plus belles pépites.
Il ne me reste plus qu'à attendre la publication de "Paradoxman".
Je tiens cette BD pour une réussite totale.
Le dessin N&B est une merveille de nervosité et de précision. Les plans et les découpages servent parfaitement le comique, le tragique, la longueur, la fébrilité, l'ennui selon le besoin de chaque situation.
J'ai retrouvé l'esprit et l'ambiance de la vie qu'on menait à l'époque du service militaire obligatoire dans les bases militaires. Ce mélange étonnant de camaraderie toxique, de hiérarchie ubuesque, de jeunesse shootée à la testostérone, de désirs d'aventure...
Bref, un récit très dense et instructif qui s'adresse à tous, homme ou femme, mais avec une grosse réserve pour les plus jeunes.
J'ai été très séduit par ce roman de Giulio Macaione. L'auteur traite avec beaucoup de sensibilité de la thématique fondamentale de la liberté de choisir sa vie à trois moments clés.
Mia rentre dans la vie adulte, Gianni ronronne dans un quotidien de la quarantaine très cadrée et Elsa vit l'effondrement d'une sexagénaire jusque-là très libre et dynamique. Macaione peint la psychologie des trois personnages principaux avec une si grande justesse que l'on sent un grand vécu dans les situations qu'il décrit.
L'auteur déplace de façon très intelligente le centre de gravité du récit de Mia à Elsa. Un déplacement pas si naturel que ça puisque si Mia, comme tous les jeunes adultes, se posent la question de leurs lendemains, ce questionnement implique du tragique quand il est fait à l'âge d'Elsa qui a dépassé la soixantaine.
Dans notre société très médicalisée qui a évacuée l'idée de la mort, les réponses d'Elsa sont bien plus courageuses qu'elles n'y paraissent.
Perso j'ai connu des situations similaires. Le choix est toujours de la plus grande difficulté et devrait toujours appartenir à la personne concernée sans pressions extérieures.
La narration n'est jamais pesante malgré la lourdeur des enjeux. La présence de personnages très attachants comme Enrico ou Lorenzo permet d'introduire une touche de légèreté qui dynamise le récit.
"La chose la plus pénible dans la mort de quelqu'un que l'on aime, c'est que le monde ne s'arrête pas." dit Elsa en visitant la tombe de son mari. C'est l'expérience que fait Mia à son examen et c'est la morale que je comprends du travail de Macaione.
J'ai apprécié le graphisme de Macaione. Son trait très fin, souple et fluide est souvent dans l'économie épurée comme les gestes de danse de Mia ou les sculptures d'Elsa. Les gestuelles sont grâcieuses.
Choisir la morte saison de Venise est un choix original et décrire la ville comme un trou ennuyeux presque une provocation amusante pour les visiteurs.
La mise en couleur participe au déroulé de l'histoire avec trois bichromies successives en fonction des étapes du scénario. J'ai trouvé le procédé ajoutant à l'intelligence et l'élégance du récit.
Une très belle lecture qui invite à une réflexion bienveillante sur ses choix de vie.
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La Princesse Peau d'Âne
Le conte de Peau d'Âne, classique de Charles Perrault, est très connu. Pour échapper à une situation d'inceste, une adolescente décide de partir, se camouflant dans la peau d'un âne dont elle avait elle-même demandé l'exécution. Cécile Chicault a choisi de reprendre le texte "original", en vers, et de combler elle-même les trous qu'il pouvait y avoir dans l'histoire. Elle propose une illustration figurative, presque fantasmagorique, avec de la flamboyance, de l'exubérance, aidée par les couleurs de Flavia Castagna (Arancia Studio). Mais le point qui est à retenir, soulevé par l'adaptatrice elle-même dans une note à la fin de l'album, c'est la modernité du conte, incongrue si l'on ose dire, dans l'oeuvre d'un auteur de la fin du XVIIème siècle, qui plus est adaptée d'un récit populaire antérieur. Car en effet l'inceste n'était pas rare dans les cours de l'époque, souvent justifié -s'il en était besoin- par le besoin d'un souverain d'voir une descendance mâle. Or dans le conte écrit par Perrault, la dimension moralement révoltante de cette pratique est mise en exergue, et l'histoire est la mise sous protection puis la fuite de la princesse pour préserver son intégrité morale et physique. En filigrane, la question du consentement. Des éléments encore rares à l'époque dans la littérature populaire. Cécile Chicault propose une illustration symbolique, alors que les adaptations précédentes de ce même conte allaient plutôt vers le réalisme. L'élégance de son trait le lui permet, et de nous livrer une belle version de ce conte classique, avec une lecture à l'aune du questionnement du consentement de la jeune fille en ce début de XXIème siècle. Une variation intéressante, donc.
Torpedo 1972
J’avais beaucoup aimé la série d’origine, que ce soit les scénarios d’Abuli ou le dessin de Bernet. Sans doute l’une des meilleures séries de polar noir, alliant action et bons mots (l’humour accompagne bien ce récit noir), avec des personnages charismatiques. J’étais curieux – et un chouia circonspect – de découvrir ce qu’Abuli avait pu faire, en situant son héros plus que vieillissant plusieurs décennies après nous l’avoir installé au cœur des années 1930. Eh bien le fait est que j’ai trouvé excellent cet album. Torpedo est toujours vaillant. Il se méfie de ses amis, mais il n’en a plus (à part son sempiternel « second » Rascal). Quant à ses ennemis, il les a tous enterrés. Et ceux qui font les malins, croyant que c’est un vieux schnock, vont aussi creuser leur tombe (et Torpedo va les aider à y tomber). Pas de fioritures dans cette histoire, le scénario est aussi sec que Torpedo, ça va droit au but, les coups, les balles fusent, comme les bons mots, tout fonctionne très bien ! Bernet n’est plus au dessin. Mais Risso s’en sort ici très bien. Son trait est très différent de Bernet, plus dans la lignée de celui de Brüno. Mais son Noir et Blanc très tranché est très complémentaire de l’ambiance développée par Abuli (et je trouve son dessin meilleur que sur pas mal d’autre séries qu'il a illustrées). Bref, un album de genre qui remplit parfaitement ses objectifs. Un polar rythmé, et une revisite d’un personnage haut en couleurs, toujours aussi misanthrope et asocial, un pète-sec à qui il ne faut pas chercher des noises !
Tananarive
Je mets bien plus souvent des avis positifs que négatifs, la faute aux posteurs de BDthèque qui m'encouragent à me tourner vers des BD de qualités plutôt que des BD oubliables et oubliées. Je suis donc plutôt client de bonnes BD, et cette BD n'échappe pas à la règle. J'ai lu sans chercher à savoir de quoi elle parlait, ayant juste l'impression d'un road-trip entre deux vieux, mais la BD est finalement bien plus que ça. J'ai lu avec grand plaisir ce petit voyage d'un papy notaire, concerné par la mort de son ami qui lui racontait quantité de voyages autour du monde. L'histoire est excellente, le récit prend à cœur de nous montrer le mélange entre les récits et la réalité, bien plus terre-à-terre que le fantasme qu'il s'en faisait, avec une excellente idée visuelle qui mélange animaux exotiques et ambiance de villes françaises. En posant ainsi des ambiances exotiques, on ressent le fait de vivre dans ces récits, tout comme ce petit vieux. J'ai aussi aimé le déroulé de l'histoire et la quête presque inutile d'un éventuel héritier, prétexte à enfin bouger de chez soi et faire ce qu'il n'a jamais osé avant : partir à l'aventure. Une toute petite aventure, de rien du tout, mais qui s'achèvera sur une très belle image, triste mais chargée en émotion. C'est le genre de BD tout con mais qui marque parce qu'elle est bien faite, plaisante à lire et envoutante. Au sortir de ma lecture, j'ai eu ce petit moment de flottement où j'étais encore dans la BD, plutôt que dans la réalité, goutant à l'histoire et aux ambiances, avant de revenir sur terre. C'est parfait, je n'en demandais pas plus et je recommande la lecture.
A quoi pensent les russes
Quel plaisir de retrouver la verve de Nicolas Wild dans ce nouvel album dont le titre annonce clairement la couleur : l’auteur s’est rendu en Russie (pourtant fermée aux journalistes) en 2022 pour découvrir « A quoi pensent les russes ». Lors de sa visite, il a rencontré des politiciens, des artistes, des journalistes, des activistes, mais aussi des simples citoyens, et il est fascinant de découvrir les avis variés et divisés sur la question épineuse de « l’opération militaire spéciale » en Ukraine. L’auteur se contente de poser ses questions, il ne juge pas, il n’influence pas. On retrouve son humour décalé, parfois incongru (comme si rajouté après coup) mais qui rend cette lecture agréable et fluide. Il en profite également pour faire du tourisme, on visite donc la Russie avec lui… il a d’ailleurs eu la bonne idée d’intégrer des photos dans ses planches (à la manière du superbe « Le Photographe »). Un album fascinant et instructif, qui donne la parole aux gens et nous montre la propagande Russe de l’intérieur.
Sweet Tooth
J’ai beaucoup aimé cette réinterprétation du récit post-apo par Jeff Lemire. On retrouve les poncifs du genre (les factions de tarés qui se font la guerre, la recherche de nourriture, la survie) mais aussi quelques éléments originaux, dont la nature de la maladie et cette nouvelle espèce mi-homme mi-animale, qui semble être liée à la pandémie. Les réponses finissent par arriver, et sont logiques et satisfaisantes, voire presque réalistes. Les personnages sont bien développés et attachants (comme souvent avec cet auteur), et la fin est juste parfaite. Un seul reproche : quelques longueurs, surtout sur la deuxième moitié du récit, avec quelques chapitres un peu « remplissage » selon moi, et une pagination totale de 1000 pages. J’ai néanmoins passé un excellent moment de lecture. Je lirai sans doute le deuxième cycle pour revisiter cet univers attachant.
Rwanda - À la poursuite des génocidaires
Le génocide rwandais est l'un des pires massacres de l'Histoire récente, et il a fait l'objet de pas mal de films, livres et même BD de qualité. Celle-ci s'attache au combat d'Alain et Dafroza Gauthier, un couple franco-rwandais qui n'a de cesse, depuis près de 30 ans, d'enquêter et documenter cette abominable boucherie qui a fait un million de morts en 100 jours, en 1994. C'est ce combat inlassable, qui ne s'arrêtera jamais, qui nous est retracé par le journaliste et scénariste Thomas Zribi. Le récit est émaillé de certains des témoignages de rescapés de différents massacres perpétrés dans le pays aux 1000 collines. Des histoires glaçantes. J'ai plus d'une fois ressenti une colère, une tristesse immenses en lisant tout ça. Quand on réfléchit deux secondes, c'est le conflit le plus idiot qui soit : ce n'est pas une guerre entre deux couleurs de peau, deux religions, deux... Les Hutus et les Tutsis partagent depuis toujours la même langue, la même religion, la même couleur de peau, la même culture. Leurs noms désignaient à l'origine simplement deux classes sociales : cultivateurs pour les uns, éleveurs pour les autres. C'est l'ancien colonisateur belge qui, pour contrer les envies d'indépendance et de rébellion des Tutsis, a monté les voisins Hutus vers des attaques armées. La France, plus tard, a profité du départ des Belges pour accroître son influence dans la région. Pendant le génocide, elle a d'ailleurs fait preuve d'une inaction criminelle, pour ne pas dire de complicité, même si l'armée française n'a pas participé aux massacres. Lors de ces évènements de 1994, les tueurs étaient très organisés. Après avoir probablement commandité la destruction de l'avion du président du pays lors d'un voyage de retour de Tanzanie (et ainsi empêché la mise en oeuvre d'un accord de paix), les dignitaires hutus ont soigneusement préparé ce génocide, désignant des responsables dans chaque préfecture, chaque commune, chaque quartier, avec chacun un groupe de tueurs sous ses ordres. Ainsi ce qui avait sauvé les Tutsis dans les années 50, 60 et 70, les églises, n'a pas arrêté les génocidaires. Ainsi des dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées dans des pièges mortels. Ainsi des latrines creusées par les captifs sous la menace sont devenues des fosses communes. Ainsi de suite, je ne peux en dire plus. L'horreur absolue, la barbarie totale. L'album est donc un hommage à ce couple qui a fondé un collectif, et qui espère qu'au moins une partie des commanditaires et dignitaires se verra finir sa vie en prison. Après 20 ans, les premières condamnations arrivent, mais elles ne sont encore qu'une poignée. Damien Roudeau, connu pour ses BD sur les laissés-pour-compte et les opprimés, apporte une fois de plus son trait plein d'humanité et de sensibilité à ce récit essentiel.
Wanted - Portrait de sang
J’ai passé un très bon moment de lecture avec cet album que j’ai découvert grâce à bdtheque (merci !!). J’ai mis quelques pages à m’y retrouver parmi tous les personnages mais après quelques petits retours en arrière pour vérifier qui est qui je me suis laissé entraîner par ce beau récit, original et humain. Scénario complexe mais pas trop, un zeste de magie mais pas trop et un très beau dessin aux couleurs chaudes, à l’ambiance poussiéreuse et aux personnages qui ont de vraies belles trognes de méchants, bref ! Pari tenu, c’est un album à lire !
Freebooters
Après avoir lu et apprécié Young gods, je n'ai pas résisté longtemps pour me procurer Freebooters. Tout d'abord, je tiens à remercier Komics Initiative d'avoir eu l'heureuse idée (merci Ulule) de publier ces histoires dans un grand format et pour la qualité de l'édition. La genèse de ce comics est compliquée. Au début des années 90, BWS quitte Marvel, il ne se reconnaît plus dans ce qu'on lui propose de réaliser, il veut faire autre chose (Marvel lui a refusé la réalisation d'un projet sur Hulk, tant mieux pour nous, il peaufinera ce projet qui donnera des années plus tard Monstres, son chef-d’œuvre). Il va passer deux ans chez Valiant, puis arriver chez Dark Horse Comics où il va publier la revue Storytellers avec des titres originaux : Paradoxman, Young Gods et ce Freebooters. Après neuf numéros la revue s’arrête faute de succès. BWS quitte fâché Dark Horse, il reproche à son éditeur de ne pas avoir fait la promotion nécessaire au lancement de la revue. Heureusement, Fantagraphics sort en 2003 une intégrale reprenant les neuf premiers chapitres de Freebooters complétés par des chapitres inédits. De la Fantasy avec un trame classique mais qui se démarque par le ton employé, un ton décalé où l'humour (pas toujours très fin) est très présent avec un soupçon d'ironie. Barry Windsor-Smith se concentre sur les personnages et met l'action au second plan. Le choix des protagonistes principaux sort des standards des comics de l'époque (1996). D'abord Axus, il a été le plus grand guerrier du royaume mais après quelques années, il se retrouve ventripotent, à vivre sur sa gloire passée en racontant ses aventures dans sa taverne. Ensuite Aran, un beau blondinet un peu niais, poète et qui a des visions. Les seconds rôles ne sont pas en reste, particulièrement la jolie Alita qui n'a d'yeux que pour Aran. Une narration atypique et maîtrisée qui propose son lot de surprises. Information importante, BWS ayant abandonné la série, vous ne connaîtrez jamais la conclusion de Freebooters, mais ce n'est pas grave, l'essentiel est ailleurs. Il est dans les nombreux bonus que propose cet album, dans les interviews de BWS qui explique les raisons qui l'ont poussé à créer la revue Storytellers et sa vision du monde des comics, les témoignages de personnes baignant dans ce monde de rapaces et enfin dans le courrier des lecteurs. Une mine d'informations très instructives. L'album se termine sur quelques planches de "La fête". Visuellement c'est très beau, un trait puissant, une mise en page soignée et des couleurs rétros. Je suis fan. BWS est une mine d'or et ce comics une de ses plus belles pépites. Il ne me reste plus qu'à attendre la publication de "Paradoxman".
Pays kaki 92/08
Je tiens cette BD pour une réussite totale. Le dessin N&B est une merveille de nervosité et de précision. Les plans et les découpages servent parfaitement le comique, le tragique, la longueur, la fébrilité, l'ennui selon le besoin de chaque situation. J'ai retrouvé l'esprit et l'ambiance de la vie qu'on menait à l'époque du service militaire obligatoire dans les bases militaires. Ce mélange étonnant de camaraderie toxique, de hiérarchie ubuesque, de jeunesse shootée à la testostérone, de désirs d'aventure... Bref, un récit très dense et instructif qui s'adresse à tous, homme ou femme, mais avec une grosse réserve pour les plus jeunes.
Sirocco
J'ai été très séduit par ce roman de Giulio Macaione. L'auteur traite avec beaucoup de sensibilité de la thématique fondamentale de la liberté de choisir sa vie à trois moments clés. Mia rentre dans la vie adulte, Gianni ronronne dans un quotidien de la quarantaine très cadrée et Elsa vit l'effondrement d'une sexagénaire jusque-là très libre et dynamique. Macaione peint la psychologie des trois personnages principaux avec une si grande justesse que l'on sent un grand vécu dans les situations qu'il décrit. L'auteur déplace de façon très intelligente le centre de gravité du récit de Mia à Elsa. Un déplacement pas si naturel que ça puisque si Mia, comme tous les jeunes adultes, se posent la question de leurs lendemains, ce questionnement implique du tragique quand il est fait à l'âge d'Elsa qui a dépassé la soixantaine. Dans notre société très médicalisée qui a évacuée l'idée de la mort, les réponses d'Elsa sont bien plus courageuses qu'elles n'y paraissent. Perso j'ai connu des situations similaires. Le choix est toujours de la plus grande difficulté et devrait toujours appartenir à la personne concernée sans pressions extérieures. La narration n'est jamais pesante malgré la lourdeur des enjeux. La présence de personnages très attachants comme Enrico ou Lorenzo permet d'introduire une touche de légèreté qui dynamise le récit. "La chose la plus pénible dans la mort de quelqu'un que l'on aime, c'est que le monde ne s'arrête pas." dit Elsa en visitant la tombe de son mari. C'est l'expérience que fait Mia à son examen et c'est la morale que je comprends du travail de Macaione. J'ai apprécié le graphisme de Macaione. Son trait très fin, souple et fluide est souvent dans l'économie épurée comme les gestes de danse de Mia ou les sculptures d'Elsa. Les gestuelles sont grâcieuses. Choisir la morte saison de Venise est un choix original et décrire la ville comme un trou ennuyeux presque une provocation amusante pour les visiteurs. La mise en couleur participe au déroulé de l'histoire avec trois bichromies successives en fonction des étapes du scénario. J'ai trouvé le procédé ajoutant à l'intelligence et l'élégance du récit. Une très belle lecture qui invite à une réflexion bienveillante sur ses choix de vie.