Coup de coeur pour cette oeuvre. Ouvrage conseillé par le bibliothécaire, j'ai été très agréablement surpris par ce récit qui traite de nombreux thèmes sociétaux (émigration, banditisme, loyauté etc) avec une touche cynique qui fait mouche. Gros plus pour le dessin très atypique, qui permet d"arrondir" les angles de certains passages.
Note réelle 4,5/5.
Adaptation magistrale. Xavier Coste parvient, à l'instar du roman, à créer une ambiance unique et à embarquer le lecteur dans l'innommable durant la seconde partie du récit. Pour ma part une adaptation et une lecture choc !
J'ai trouvé le dessin splendide, un trait acéré et une colorisation qui s'adaptent à merveille à l'histoire.
Une BD culte. Tellement palpitant que j'ai eu du mal à me sortir de l'histoire les heures qui ont suivi ma lecture... Une impression d'être comme dans un autre monde. C'est pour le moment l'unique ouvrage qui m'a emmené autant ailleurs... Peu fan des comics habituellement, "Monstres" est vraiment à part selon moi !
Une BD que je ne peux que conseiller très vivement. Intrigué tout d'abord par un graphisme atypique (qui colle a merveille à l'ambiance ) je considère cette oeuvre comme parmi les trois plus marquantes que j'ai lues. Néanmoins récit très rude qui ne ménage pas la lectrice/ le lecteur. On y suit le parcours d'un jeune migrant qui affronte toute la brutalité de la vie. Certaines scènes sont réellement terribles, a glacer le sang, quand on ne peut qu'imaginer la véracité et la crédibilité du récit. Âmes sensibles s'abstenir.
Un témoignage de vie(s) hélas si réel et actuel...
Pour mon premier avis posté sur le site :) grand fan du roman je commence par mon coup de coeur magistral pour cette adaptation BD réalisée par Jeik Dion. J'ai retrouvé l'ambiance poisseuse et suffocante à tous moments. Le dessin de Jeik se prête simplement à merveille pour entrainer le lecteur au plus près des découvertes intrigantes et macabres d'Aliss...
Pour public mature et averti.
Parmi mon top 3 BD (même si je pense que la lecture au préalable du roman y est pour beaucoup).
Lorenzo de Felici que j'avais découvert avec la série de SF Oblivion song (scénarisée par Robert Kirkman !) m'avait déjà fait une très bonne impression. Son imagination débordante pour dessiner une faune et une flore extravagante m'avait déjà marqué, là, il réitère la performance en se la jouant en solo, puisqu'il signe avec "Kroma" aussi bien le dessin, le scénario et la COULEUR.
Car avec "Kroma", tout est ramené à cette dernière. Le monde que nous connaissons a sombré depuis belle lurette, et les rares survivants humains se sont rassemblés dans la Cité Pâle. Comme son nom l'indique, dans cette dernière, point de couleurs, tout n'y est que noir, blanc ou nuances de gris, et ce du moindre mur, bâtiment, ruelle, objet et même habitant. La couleur est source maléfique, et c'est en la faisant "disparaitre" que ces survivants éloignent les terribles lézards géants qui parcourent le monde maintenant... La petite cité vit au rythme de nouvelles croyances et de rituels ; Kroma est au centre de l'un d'eux. Depuis des années, elle est retenue prisonnière dans une tour dans l'obscurité la plus totale ; elle incarne le mal absolu, responsable de la situation actuelle. Toutes les 10 lunes, elle est livrée à la populace qui se sert d'elle comme exutoire. Mais le jeune Zet, va finir par voir en elle un être humain tout comme lui, malgré la coloration singulière de ses yeux. C'est tout les deux qu'il vont tenter de s'enfuir et se retrouver confrontés au monde extérieur, ses couleurs et ses terribles créatures...
J'ai vraiment adoré cet album ! La narration et le rythme sont prenants, on se fait happer par cette histoire construite autour de la couleur ; c'est beau, fort, captivant, pas de temps morts ni de fausse note ! Voilà un one shot qui vaut vraiment le détour et qui sait saisir son lecteur dès les premières pages pour ne pas le lâcher avant la fin.
ps : Mention spéciale à la couverture que je trouve magnifique !
Il s'agit d'un tout petit livre un peu gadget, mais franchement, comment ne pas craquer pour ces dessins d'une finesse incroyable ?
La collection de monstres illustrés par Mortensen révèle un imaginaire empreint du folklore nordique. Sur ces petits post-its s'animent des trolls aux facies damnés, aux rictus infernaux, bien plus terrifiants encore que les Alien, Predator et compagnie ; des esprits tantôt maléfiques, tantôt féériques. Il y a là de quoi filer des cauchemars aux plus petits. Les humains, des enfants la plupart du temps, côtoient ces créatures proprement effrayantes que l'on sent parfois animées de très mauvaises intentions. Elles sont fourbes, certaines fois dociles, plus rarement peureuses. Malgré tout, ces œuvres très abouties expriment un humour noir subtil. Les mises en situation sont également habiles, concentrant tout un univers sur ces tout-petits bouts de papier. Les scènes sont saisies juste avant l'instant fatal ! L'imagination prend le relais, ce qui rend la scène plus sadique encore.
Bref ! C'est dispensable, mais c'est diablement génial.
Le trait de Bonneau m'avait déjà enthousiasmé dans l'excellent roman graphique L'Étreinte, dans le beau mais moins abouti Regard d'un père. J'étais donc réceptif à ce style particulier et prêt à accueillir la tornade émotionnelle en marche, si tant est que l'on puisse être prêt à cela.
"Ceux qui me touchent" vibre d'une force brute et viscérale. Damien Marie offre un puzzle parfait à Laurent Bonneau : on suit la trajectoire d'un homme désenchanté mais non résigné, son couple certes heureux mais surtout fatigué par le travail quotidien, une fille adorée offrant une échappatoire dans l'imaginaire, et puis la nostalgie d'une jeunesse où des envies d'Art et d'absolu conviaient encore tous les possibles. Nous sommes en présence de perdants magnifiques : des femmes et des hommes broyés par un système imposant ses cadences, ses horaires infernaux, sa froideur capitaliste, sa négation du sens et de l'éthique. Ici, nulle révolte sociale et collective (grèves, manifs traditionnelles, mouvement des gilets jaunes...) comme nous le présentait Tristan Egolf dans le roman "Le Seigneur des porcheries", immanquablement à l'esprit lorsqu'il est question d'abattoirs porcins. Non, ici on épouse une trajectoire individuelle, une fuite irréfléchie capable de tout envoyer en l'air (travail, couple et niveau social) pour s'offrir une respiration désespérée, profondément humaine, artistique. S'invitent alors nos souvenirs d'un des beaux romans graphiques de l'année passée, La Dernière Reine de Rochette : les thématiques dialoguent, se répondent (rapport au monde, à la nature, à l'Art brut, dichotomie Paris/Province, quête d'absolu, l'amour magnifié).
Les illustrations de Bonneau acceptent de se présenter comme quasi-inachevées ; nul repassage à l'encre ici pour en gommer les traits de construction, elles s'offrent par touches à la manière des peintres impressionnistes, non pour en dévoiler la lumière et les couleurs mais pour ne pas en effacer le geste artistique, l'hésitation devant la feuille. Elles demeurent une perpétuelle esquisse, des fragments de vie. Cela leur confère une puissance magnifique renfermant de l'ellipse et une polysémie de sens, susceptibles d'abriter nos souvenirs de lecture et plus encore notre intime dont les thématiques aisément partagées facilitent l'identification (ici nos rêves d'enfant, nos actes manqués, les difficultés au sein de nos couples, la quête de sens au travail, la (ma)paternité, nos colères...)
On touche parfois au sublime !
Une anthologie qui ne fera pas l'unanimité !
Edward Gorey est un auteur majeur de la BD étasunienne.
J'ai découvert cet auteur par hasard en 2019 (même si j'avais déjà entendu son nom), j'avais loué un Airbnb à Strasbourg pour le marché de Noël et sur une étagère trônait un exemplaire de "L'enfant Guigne".
Edward Gorey est un homme singulier, je vous laisse le découvrir sur le net. Mais sachez qu'il avait deux passions : le cinéma muet et le ballet. Sachez aussi qu'il n'étudia que 6 mois au Chicago Art Institute, préférant suivre des études de littérature française à l'université d'Harvard. Et sachez enfin qu'il disait de sa vie sexuelle qu'elle était si végétative, si calme, qu'il ne pouvait même pas en définir l'orientation. Voilà, pour cerner le personnage, si tant est qu'il puisse être possible de le faire.
Cette anthologie commence par une présentation de l'auteur et sera suivie par cinq récits, ils sont proposés par ordre chronologique de parution.
Une narration sans phylactères et une image par planche avec juste une ou deux lignes en bas de page.
Ce qui saute aux yeux dès qu'on ouvre le livre, c'est la partie graphique. Un dessin minutieux, austère fait de hachures, qui apporte cette ambiance surréaliste et glauque aux cinq recueils. J'adore.
- L'enfant guigne (1961)
L'adaptation du roman jeunesse 'Princesse Sara' de Frances H. Burnett. L'histoire d'une jeune et riche écolière qui va voir sa vie basculer à la mort de son père. A la différence du roman, le récit ne se termine pas en happy end, bien au contraire, elle a vraiment la guigne. Émouvant et d'une noirceur extrême.
4,5 étoiles.
- Les enfants fichus (1963)
Un abécédaire glauque de morts d'enfants, un par page. Dérangeant.
4 étoiles.
- L'aile ouest (1963)
30 planches muettes. On entre dans un manoir et le jeu de piste commence. Les indices sont dissimulés, on voit défiler les suspects et on devient enquêteur, mais sera-t-on trouver le coupable ?
4 étoiles.
- Total Zoo (1967)
Une galerie humoristique de 26 animaux fantastiques, le tout en faisant rimer les deux vers.
Un dessin plus épuré, les décors sont absents.
3 étoiles.
- Le couple détestable (1977)
Un récit tiré d'une histoire vraie (meurtres de la lande), celle d'un couple, à Manchester en Angleterre, qui kidnappe des enfants (viol, torture et meurtre) entre 1963 et 1965. Une réécriture sordide et glaçante de ce fait divers, de la naissance à la mort de ces deux monstres.
Un dessin plus travaillé, il faut bien prendre son temps pour en apprécier tous les détails.
4,5 étoiles.
En conclusion, une anthologie macabre où les enfants ne sont pas épargnés (ils sont 31 à mourir), teinté de surréalisme, satirique et d'un humour noir qui oscille entre horreur et rêverie tout en pointant l'incongruité de la vie, l'absurdité de la mort et la beauté du bizarre.
Une note globale généreuse, mais pour les choix narratifs, l'inventivité et le plaisir procuré, je ne pouvais pas faire entrer Edward Gorey sur bdtheque par une plus petite porte.
Culte et coup de cœur !
C'est vrai que cette histoire est un peu longue à démarrer. C'est vrai aussi qu'il y a quelque chose d'assez monotone, qu'il ne s'y passe pas grand chose finalement. C'est vrai enfin que sans vouloir spoiler, il s'agit d'une métaphore sur le passage vers l'au-delà, et qu'une fois l'action lancée, on le sent un peu venir quand même.
Mais ce serait laisser de côté les qualités indéniables de cette BD magnifique d'une densité de plomb. J'énumère :
D'abord il y a le dessin de Peggy Adam qui prend ici un relief et une expressivité que je ne lui prêtais pas jusqu'alors, en tout cas pas avec cette efficacité. Cette énergie, cette force incroyable qui s'incruste dans votre rétine dès le premier survol, est due en grande partie au choix de la palette de couleurs. En effet, du début à la fin, le récit est nimbé de nuances ocres, jaunes et bleues du plus bel effet. Il y a une pâte, une ambiance incroyable. La manière dont elle représente les scènes de nature sont particulièrement réussies. En particulier, je pense à la pleine page de l'incendie qui m'a littéralement scotché. Les ciels d'hiver également, les scènes de nuit, les paysages enneigés. C'est sublissime !
Ensuite, il y a ce huis clos extrêmement lourd et angoissant qui occupe une bonne partie du récit. Il s'en dégage quelque chose de terrifiant. La menace rode autour de ce fragile refuge. La faim taraude les estomacs, tabous et convictions religieuses s'effacent petit à petit pour laisser place à un état de survie. A ce niveau, cette BD est une pure réussite. L'autrice flirte avec le fantastique d'entrée de jeu. Il est là qui rode pour finalement accaparer totalement l'histoire de son empreinte macabre et funeste. Très fort !
Enfin, il y a les thèmes évoqués, tels que l'écologie, les croyances aveugles qui conduisent les Hommes dans l'impasse et l'autodestruction. Et puis la mort bien sûr, ainsi que le lien que l'humain entretien avec la nature à laquelle il est intrinsèquement lié. Tout cela est bien construit en un écheveau touffu qui trouve sa pleine cohérence au fil de l'histoire.
J'ai retrouvé des ingrédients qui figuraient dans La saga de Grimr de l'ami Jérémie Moreau avec laquelle Emkla pourrait composer un formidable et légendaire diptyque.
Il y a comme ça des BD qui, bien qu'affublées de quelques défauts, n'en demeurent pas moins marquantes. Emkla est de celles-là, assurément. C'est ça le charme, or le charme n'est-il pas plus important que la perfection plastique ? N'est-ce pas ce qui confère, après tout, toute sa singularité à une œuvre comme à un visage ?
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Al Capone
Coup de coeur pour cette oeuvre. Ouvrage conseillé par le bibliothécaire, j'ai été très agréablement surpris par ce récit qui traite de nombreux thèmes sociétaux (émigration, banditisme, loyauté etc) avec une touche cynique qui fait mouche. Gros plus pour le dessin très atypique, qui permet d"arrondir" les angles de certains passages. Note réelle 4,5/5.
1984 (Coste)
Adaptation magistrale. Xavier Coste parvient, à l'instar du roman, à créer une ambiance unique et à embarquer le lecteur dans l'innommable durant la seconde partie du récit. Pour ma part une adaptation et une lecture choc ! J'ai trouvé le dessin splendide, un trait acéré et une colorisation qui s'adaptent à merveille à l'histoire.
Monstres
Une BD culte. Tellement palpitant que j'ai eu du mal à me sortir de l'histoire les heures qui ont suivi ma lecture... Une impression d'être comme dans un autre monde. C'est pour le moment l'unique ouvrage qui m'a emmené autant ailleurs... Peu fan des comics habituellement, "Monstres" est vraiment à part selon moi !
Le Ciel dans la tête
Une BD que je ne peux que conseiller très vivement. Intrigué tout d'abord par un graphisme atypique (qui colle a merveille à l'ambiance ) je considère cette oeuvre comme parmi les trois plus marquantes que j'ai lues. Néanmoins récit très rude qui ne ménage pas la lectrice/ le lecteur. On y suit le parcours d'un jeune migrant qui affronte toute la brutalité de la vie. Certaines scènes sont réellement terribles, a glacer le sang, quand on ne peut qu'imaginer la véracité et la crédibilité du récit. Âmes sensibles s'abstenir. Un témoignage de vie(s) hélas si réel et actuel...
Aliss
Pour mon premier avis posté sur le site :) grand fan du roman je commence par mon coup de coeur magistral pour cette adaptation BD réalisée par Jeik Dion. J'ai retrouvé l'ambiance poisseuse et suffocante à tous moments. Le dessin de Jeik se prête simplement à merveille pour entrainer le lecteur au plus près des découvertes intrigantes et macabres d'Aliss... Pour public mature et averti. Parmi mon top 3 BD (même si je pense que la lecture au préalable du roman y est pour beaucoup).
Kroma
Lorenzo de Felici que j'avais découvert avec la série de SF Oblivion song (scénarisée par Robert Kirkman !) m'avait déjà fait une très bonne impression. Son imagination débordante pour dessiner une faune et une flore extravagante m'avait déjà marqué, là, il réitère la performance en se la jouant en solo, puisqu'il signe avec "Kroma" aussi bien le dessin, le scénario et la COULEUR. Car avec "Kroma", tout est ramené à cette dernière. Le monde que nous connaissons a sombré depuis belle lurette, et les rares survivants humains se sont rassemblés dans la Cité Pâle. Comme son nom l'indique, dans cette dernière, point de couleurs, tout n'y est que noir, blanc ou nuances de gris, et ce du moindre mur, bâtiment, ruelle, objet et même habitant. La couleur est source maléfique, et c'est en la faisant "disparaitre" que ces survivants éloignent les terribles lézards géants qui parcourent le monde maintenant... La petite cité vit au rythme de nouvelles croyances et de rituels ; Kroma est au centre de l'un d'eux. Depuis des années, elle est retenue prisonnière dans une tour dans l'obscurité la plus totale ; elle incarne le mal absolu, responsable de la situation actuelle. Toutes les 10 lunes, elle est livrée à la populace qui se sert d'elle comme exutoire. Mais le jeune Zet, va finir par voir en elle un être humain tout comme lui, malgré la coloration singulière de ses yeux. C'est tout les deux qu'il vont tenter de s'enfuir et se retrouver confrontés au monde extérieur, ses couleurs et ses terribles créatures... J'ai vraiment adoré cet album ! La narration et le rythme sont prenants, on se fait happer par cette histoire construite autour de la couleur ; c'est beau, fort, captivant, pas de temps morts ni de fausse note ! Voilà un one shot qui vaut vraiment le détour et qui sait saisir son lecteur dès les premières pages pour ne pas le lâcher avant la fin. ps : Mention spéciale à la couverture que je trouve magnifique !
Monstres pense-bête
Il s'agit d'un tout petit livre un peu gadget, mais franchement, comment ne pas craquer pour ces dessins d'une finesse incroyable ? La collection de monstres illustrés par Mortensen révèle un imaginaire empreint du folklore nordique. Sur ces petits post-its s'animent des trolls aux facies damnés, aux rictus infernaux, bien plus terrifiants encore que les Alien, Predator et compagnie ; des esprits tantôt maléfiques, tantôt féériques. Il y a là de quoi filer des cauchemars aux plus petits. Les humains, des enfants la plupart du temps, côtoient ces créatures proprement effrayantes que l'on sent parfois animées de très mauvaises intentions. Elles sont fourbes, certaines fois dociles, plus rarement peureuses. Malgré tout, ces œuvres très abouties expriment un humour noir subtil. Les mises en situation sont également habiles, concentrant tout un univers sur ces tout-petits bouts de papier. Les scènes sont saisies juste avant l'instant fatal ! L'imagination prend le relais, ce qui rend la scène plus sadique encore. Bref ! C'est dispensable, mais c'est diablement génial.
Ceux qui me touchent
Le trait de Bonneau m'avait déjà enthousiasmé dans l'excellent roman graphique L'Étreinte, dans le beau mais moins abouti Regard d'un père. J'étais donc réceptif à ce style particulier et prêt à accueillir la tornade émotionnelle en marche, si tant est que l'on puisse être prêt à cela. "Ceux qui me touchent" vibre d'une force brute et viscérale. Damien Marie offre un puzzle parfait à Laurent Bonneau : on suit la trajectoire d'un homme désenchanté mais non résigné, son couple certes heureux mais surtout fatigué par le travail quotidien, une fille adorée offrant une échappatoire dans l'imaginaire, et puis la nostalgie d'une jeunesse où des envies d'Art et d'absolu conviaient encore tous les possibles. Nous sommes en présence de perdants magnifiques : des femmes et des hommes broyés par un système imposant ses cadences, ses horaires infernaux, sa froideur capitaliste, sa négation du sens et de l'éthique. Ici, nulle révolte sociale et collective (grèves, manifs traditionnelles, mouvement des gilets jaunes...) comme nous le présentait Tristan Egolf dans le roman "Le Seigneur des porcheries", immanquablement à l'esprit lorsqu'il est question d'abattoirs porcins. Non, ici on épouse une trajectoire individuelle, une fuite irréfléchie capable de tout envoyer en l'air (travail, couple et niveau social) pour s'offrir une respiration désespérée, profondément humaine, artistique. S'invitent alors nos souvenirs d'un des beaux romans graphiques de l'année passée, La Dernière Reine de Rochette : les thématiques dialoguent, se répondent (rapport au monde, à la nature, à l'Art brut, dichotomie Paris/Province, quête d'absolu, l'amour magnifié). Les illustrations de Bonneau acceptent de se présenter comme quasi-inachevées ; nul repassage à l'encre ici pour en gommer les traits de construction, elles s'offrent par touches à la manière des peintres impressionnistes, non pour en dévoiler la lumière et les couleurs mais pour ne pas en effacer le geste artistique, l'hésitation devant la feuille. Elles demeurent une perpétuelle esquisse, des fragments de vie. Cela leur confère une puissance magnifique renfermant de l'ellipse et une polysémie de sens, susceptibles d'abriter nos souvenirs de lecture et plus encore notre intime dont les thématiques aisément partagées facilitent l'identification (ici nos rêves d'enfant, nos actes manqués, les difficultés au sein de nos couples, la quête de sens au travail, la (ma)paternité, nos colères...) On touche parfois au sublime !
Edward Gorey - Une anthologie
Une anthologie qui ne fera pas l'unanimité ! Edward Gorey est un auteur majeur de la BD étasunienne. J'ai découvert cet auteur par hasard en 2019 (même si j'avais déjà entendu son nom), j'avais loué un Airbnb à Strasbourg pour le marché de Noël et sur une étagère trônait un exemplaire de "L'enfant Guigne". Edward Gorey est un homme singulier, je vous laisse le découvrir sur le net. Mais sachez qu'il avait deux passions : le cinéma muet et le ballet. Sachez aussi qu'il n'étudia que 6 mois au Chicago Art Institute, préférant suivre des études de littérature française à l'université d'Harvard. Et sachez enfin qu'il disait de sa vie sexuelle qu'elle était si végétative, si calme, qu'il ne pouvait même pas en définir l'orientation. Voilà, pour cerner le personnage, si tant est qu'il puisse être possible de le faire. Cette anthologie commence par une présentation de l'auteur et sera suivie par cinq récits, ils sont proposés par ordre chronologique de parution. Une narration sans phylactères et une image par planche avec juste une ou deux lignes en bas de page. Ce qui saute aux yeux dès qu'on ouvre le livre, c'est la partie graphique. Un dessin minutieux, austère fait de hachures, qui apporte cette ambiance surréaliste et glauque aux cinq recueils. J'adore. - L'enfant guigne (1961) L'adaptation du roman jeunesse 'Princesse Sara' de Frances H. Burnett. L'histoire d'une jeune et riche écolière qui va voir sa vie basculer à la mort de son père. A la différence du roman, le récit ne se termine pas en happy end, bien au contraire, elle a vraiment la guigne. Émouvant et d'une noirceur extrême. 4,5 étoiles. - Les enfants fichus (1963) Un abécédaire glauque de morts d'enfants, un par page. Dérangeant. 4 étoiles. - L'aile ouest (1963) 30 planches muettes. On entre dans un manoir et le jeu de piste commence. Les indices sont dissimulés, on voit défiler les suspects et on devient enquêteur, mais sera-t-on trouver le coupable ? 4 étoiles. - Total Zoo (1967) Une galerie humoristique de 26 animaux fantastiques, le tout en faisant rimer les deux vers. Un dessin plus épuré, les décors sont absents. 3 étoiles. - Le couple détestable (1977) Un récit tiré d'une histoire vraie (meurtres de la lande), celle d'un couple, à Manchester en Angleterre, qui kidnappe des enfants (viol, torture et meurtre) entre 1963 et 1965. Une réécriture sordide et glaçante de ce fait divers, de la naissance à la mort de ces deux monstres. Un dessin plus travaillé, il faut bien prendre son temps pour en apprécier tous les détails. 4,5 étoiles. En conclusion, une anthologie macabre où les enfants ne sont pas épargnés (ils sont 31 à mourir), teinté de surréalisme, satirique et d'un humour noir qui oscille entre horreur et rêverie tout en pointant l'incongruité de la vie, l'absurdité de la mort et la beauté du bizarre. Une note globale généreuse, mais pour les choix narratifs, l'inventivité et le plaisir procuré, je ne pouvais pas faire entrer Edward Gorey sur bdtheque par une plus petite porte. Culte et coup de cœur !
Emkla
C'est vrai que cette histoire est un peu longue à démarrer. C'est vrai aussi qu'il y a quelque chose d'assez monotone, qu'il ne s'y passe pas grand chose finalement. C'est vrai enfin que sans vouloir spoiler, il s'agit d'une métaphore sur le passage vers l'au-delà, et qu'une fois l'action lancée, on le sent un peu venir quand même. Mais ce serait laisser de côté les qualités indéniables de cette BD magnifique d'une densité de plomb. J'énumère : D'abord il y a le dessin de Peggy Adam qui prend ici un relief et une expressivité que je ne lui prêtais pas jusqu'alors, en tout cas pas avec cette efficacité. Cette énergie, cette force incroyable qui s'incruste dans votre rétine dès le premier survol, est due en grande partie au choix de la palette de couleurs. En effet, du début à la fin, le récit est nimbé de nuances ocres, jaunes et bleues du plus bel effet. Il y a une pâte, une ambiance incroyable. La manière dont elle représente les scènes de nature sont particulièrement réussies. En particulier, je pense à la pleine page de l'incendie qui m'a littéralement scotché. Les ciels d'hiver également, les scènes de nuit, les paysages enneigés. C'est sublissime ! Ensuite, il y a ce huis clos extrêmement lourd et angoissant qui occupe une bonne partie du récit. Il s'en dégage quelque chose de terrifiant. La menace rode autour de ce fragile refuge. La faim taraude les estomacs, tabous et convictions religieuses s'effacent petit à petit pour laisser place à un état de survie. A ce niveau, cette BD est une pure réussite. L'autrice flirte avec le fantastique d'entrée de jeu. Il est là qui rode pour finalement accaparer totalement l'histoire de son empreinte macabre et funeste. Très fort ! Enfin, il y a les thèmes évoqués, tels que l'écologie, les croyances aveugles qui conduisent les Hommes dans l'impasse et l'autodestruction. Et puis la mort bien sûr, ainsi que le lien que l'humain entretien avec la nature à laquelle il est intrinsèquement lié. Tout cela est bien construit en un écheveau touffu qui trouve sa pleine cohérence au fil de l'histoire. J'ai retrouvé des ingrédients qui figuraient dans La saga de Grimr de l'ami Jérémie Moreau avec laquelle Emkla pourrait composer un formidable et légendaire diptyque. Il y a comme ça des BD qui, bien qu'affublées de quelques défauts, n'en demeurent pas moins marquantes. Emkla est de celles-là, assurément. C'est ça le charme, or le charme n'est-il pas plus important que la perfection plastique ? N'est-ce pas ce qui confère, après tout, toute sa singularité à une œuvre comme à un visage ?