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Black Project

Note: 4/5
(4/5 pour 3 avis)

Bizarre, dérangeant, à la fois drôle et grotesque, Black Project frôle l’objet d’Art Contemporain, tant au niveau graphique que scénaristique.


Auteurs britanniques La Boite à Bulles Les petits éditeurs indépendants

Laura, Charlotte, Mélissa, Jessica... Autant de petites amies que Richard, le jeune héros de cette étrange histoire, n’a pas eu le temps de connaître en profondeur. Il faut dire que l’une se retrouva brûlée telle un « Monsieur Carnaval », tandis qu’une autre fut dévorée par les souris... Car Laura, Charlotte, Mélissa et Jessica étaient toutes plus ou moins faites de papier mâché, de ballons, de laine et de ficelles. Car pour Richard, se construire une petite amie est facile. Un peu d’imagination et une bonne paire de ciseaux suffisent ! La garder secrète, en revanche, c’est une autre histoire. Chaque fois, ses amours clandestines et son obssessionnel artisanat se retrouvent à deux doigts d’être découverts par les adultes. Tout est alors à recommencer et si possible, à améliorer. Texte : Editeur.

Scénariste
Dessinateur
Traducteur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 10 Mai 2017
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Black Project
Les notes (3)
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17/05/2017 | Alix
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L'avatar du posteur Mac Arthur

Le gros point faible de cet album vient de sa couverture. Elle incarne pourtant magnifiquement l’essence du récit mais, très sombre voire glauque, elle ne permet pas au lecteur de saisir toute la dimension humoristique de celui-ci, ni sa poésie. Pourtant, il ne m’a fallu que deux pages pour être écroulé de rire car ce récit est très drôle, même s’il a de quoi effrayer aussi. En fait, ce que j’ai adoré, c’est ce jeu d’équilibriste auquel se livre avec un brio incroyable Gareth Brookes. A un tel point que l’on s’en retrouve à décrire cet album avec des qualificatifs que tout semble pourtant opposer. Glauque, hilarant, touchant, poétique, dérangeant, magnifique, pitoyable, étonnant, subtil, rafraichissant, angoissant. La grande force du bouquin vient de l’association d’une écriture à la première personne, tellement naturelle et spontanée (alors que ce qui nous est raconté est tout sauf commun… du moins je l’espère) que je me suis longtemps cru devant une petite autobiographie (coup de chapeau au passage à Corinne Julve pour la traduction), et d’illustrations au premier regard maladroites associant des techniques incongrues. D’ailleurs, nous sommes bien plus face à un récit illustré que devant une bande dessinée. Les illustrations, assemblages de plusieurs techniques allant de la pyrogravure au crochet, ne plairont pas à tout le monde (et très clairement, ce n’est pas le genre d’album que je conseillerais aux amateurs de bd classique). Il n’y a pas à proprement parler d’art séquentiel. Le dessin est tordu, maladroit. Mais c’est justement parce que ce dessin est tordu, maladroit, parce que différentes techniques sont utilisées, parce qu’il n’y a pas d’art séquentiel mais juste une illustration des propos tenus dans ce qui ressemble à un carnet intime, que ce dessin est parfait pour illustrer le récit. Et puis que dire sur la justesse avec laquelle Gareth Brookes dresse le portrait de son ‘héros’, à cheval entre l’enfance naïve et inventive et l’adolescence angoissée et asociale. Ce gars est touchant et effrayant à la fois et on ne saurait dire s’il est juste un peu (beaucoup) décalé mais sympathique ou s’il devrait être enfermé d’extrême urgence. Bon, pour pinailler, je trouve la fin moins réussie, avec un retournement de situation peu conforme avec les psychologies développées tout le long de l’album. Mais ce n’est vraiment pas grave car l’intérêt du récit est ailleurs. A titre personnel, j’ai tout simplement adoré. Un tout grand merci à Alix qui m'a permis de découvrir cette perle.

04/05/2020 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

On est ici à la limite de la bande dessinée et du livre d’art, mais au fond on s’en fout pas mal je pense. En tout cas, c’est un album on ne peut plus étrange, qui développe une ambiance parfois « malsaine », noire et poétique, attendrissante. Tous ces adjectifs semblent incompatibles, mais ici ils font sens. En partie autobiographique (l’auteur s’en explique dans une postface), l’album nous présente une période de la vie d’un jeune homme, d’un adolescent très curieux – dans tous les sens du terme. Un adolescent quelque peu solitaire, qui « s’invente » des petites amies, qui les construit (il ne nous épargne aucun détail de la fabrication, de la collecte des matériaux en passant par leur assemblage, puis leur « mise en vie »), cela se finissant à chaque fois mal pour les « poupées ». Dans sa postface, Gareth Brooks cite Hans Bellmer comme source d’inspiration. C’est une évidence ! Qui m’avait sauté aux yeux dès les premières pages. Il y a en effet une certaine parenté entre le récit élaboré par Brooks et les recherches pleines de fraicheur, d’érotisme et de poésie noire du grand artiste surréaliste allemand. Le fétichisme, une certaine forme de maniaquerie, de maladresse, la voie originale empruntée par cet adolescent pour s’ouvrir à l’autre, à l’autre sexe, tout ceci forme un cadre intriguant. J’ai bien aimé cet album, même si j’ai trouvé la fin un peu abrupte.

17/01/2020 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
L'avatar du posteur Alix

Gareth Brookes est avant tout un artiste, dans le sens large du terme, qui a choisi dans ce cas précis de s’exprimer au travers d'un album BD. Le processus créatif s’éloigne donc des codes habituels de la bande dessinée, et les techniques employées sont originales et inattendues : broderie, linogravure… l’auteur explique même s’être inspiré de vitraux d’églises pour son découpage, et ça se ressent sur certaines pages. Le résultat est excellent, les planches sont belles, l’agencement des cases et des textes est astucieux, et la narration fonctionne parfaitement (même si certains textes un peu tordus nécessitent la rotation de l’album). Et que dire de la thématique centrale : l’adolescence et la découverte du désir, mais traité de façon assez glauque, avec ce jeune garçon qui se construit des copines / poupées sexuelles en utilisant toutes sorte d’objets ramassés çà et là (polystyrène, ballons, pompe d’aquarium, papier mâché, fruits). Il leur donne des noms, leur parle, se couche sur elles, et oui, s’introduit dans les parties intimes, qu’il passe d’ailleurs un certain temps à peaufiner, en se documentant dans des livres et magazines. Bref, vous voyez le genre. L’auteur explique dans une mini-interview en postface que l’histoire n’est que partiellement autobiographique, et que non, il ne se construisait pas de copine étant ado… par contre, il en dessinait beaucoup. Un OVNI, tout simplement : drôle, grotesque, lugubre, et original graphiquement. Moi, j’ai été fasciné, et j’ai passé un excellent moment de lecture.

17/05/2017 (modifier)