Les derniers avis (9568 avis)

Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Last American
Last American

Le spectacle doit continuer. - Ce tome constitue un récit complet et indépendant de tout autre. Il comprend les 4 épisodes, initialement parus en 1990/1991, coécrits par Alan Grant & John Wagner, dessinés, encrés et mis en couleurs par Mick Mahon. Cette histoire est parue à l'origine dans le label Epic Comics de Marvel, une branche adulte créée sur le modèle de Heavy Metal, l'homologue du magazine Métal Hurlant français. Ce recueil commence par une introduction en texte d'une page, écrite par Mick McMahon, sur l'impact psychologique de la crainte d'une guerre nucléaire quand il était jeune. Dans une chambre souterraine, un appareillage technologique arrive au terme de sa mission : réveiller un soldat américain cryogénisé 20 ans plutôt. En 2019, le 4 juillet (date symbolique), le caisson se vide de ses fluides. 3 robots, dotés de parole et d'intelligence, arrivent dans la salle du caisson pour assister au réveil et aider le soldat. Able et Baker sont les 2 robots chargés des tâches militaires, allant de la logistique à la bataille, en passant par la conduite de véhicule. Charlie est chargé de l'assistance personnelle à Ulysses Pilgrim et de maintenir son moral. Il s'exprime de manière joyeuse, avec un discours émaillé de références à la culture populaire américaine, surtout télévisuelle. Pilgrim ne regagne pas connaissance tout de suite. du coup Able et Baker le secouent un peu pour le stimuler. Ayant repris ses esprits, Ulysses Pilgrim se plaint de continuer à ressentir le froid jusque dans ses os. Néanmoins, il est bientôt prêt à sortir à l'extérieur après avoir eu la confirmation qu'une guerre nucléaire a eu lieu. Il demande aux robots qui en est sorti vainqueur, et comprend vite que les circonstances de son réveil indiquent que ce n'est pas les États-Unis. C'est donc forcément l'ennemi. Après avoir été armé de pied en cape par Able & Baker, le Commandant de l'Apocalypse (c'est son grade officiel) sort à l'extérieur, flanqué des 3 robots. Il découvre un paysage désolé, et un ciel cramoisi comme s'il avait absorbé le sang des victimes de la guerre. Ils montent tous les 4 à bord d'un énorme tank sur chenilles et commencent à se diriger vers la ville la plus porche. Ils ne croisent pas âme qui vive. Pilgrim observe les cadavres dans les voitures qui jonchent l'autoroute. Il remarque que les occupants portaient des vêtements très chauds, comme s'ils devaient se protéger de l'hiver nucléaire. Pilgrim se demande ce que sont devenus Barbara et Tony, sa femme et son fils. En 1982, Jim Shooter décide de créer une branche plus adulte au sein de l'éditeur Marvel. Avec l'aide d'Archie Goodwin et Al Milgrom, ils lancent d'abord un magazine appelé Epic Illustrated, puis quelques histoires complètes dans la ligne Graphic Novel de Marvel, et enfin des miniséries et des séries comme Moonshadow, Blood: A tale, ou encore Dreadstar, The Bozz Chronicles, et même des projets de superhéros trop particuliers comme Elektra: Assassin, ainsi que des partenariats avec des créateurs comme Moebius ou Clive Barker. Lorsqu'arrive cette histoire post-apocalyptique, le lecteur commence par se dire que l'éditeur profite de l'engouement du lectorat américain pour les auteurs anglais (la British Invasion initiée par Alan Moore, Neil Gaiman, ou encore Grant Morrison), et qu'il a juste débauché Alan Grant & John Wagner (le duo qui écrit les aventures de Judge Dredd dans 2000 AD à l'époque) et Mike McMahon, dessinateur à la forte personnalité graphique, connu pour avoir illustré Judge Dredd et Sláine: Warrior's dawn également dans les pages de 2000 AD. La couverture est assez étrange avec ce soldat à l'uniforme composite (avec des guêtres ?), une main énorme, tirant sur un ennemi invisible. Cette réédition est de très bonne qualité réussissant à rendre les tonalités des couleurs, sans impression boueuse. L'introduction de Mick McMahon permet de bien saisir l'intention des auteurs : évoquer l'angoisse d'une apocalypse nucléaire, catastrophe jugée très probable pendant la Guerre Froide (1947-1991), ayant traumatisé des générations entières par l'idée hallucinante que le genre humain a créé lui-même des armes assez puissantes pour se détruire (et même plusieurs fois), et par des spots télévisés expliquant que faire en cas d'alerte de guerre nucléaire. le label Epic Comics indiquait qu'il ne s'agirait pas d'un simple récit de survie après la guerre, et la nationalité des auteurs indiquait (et indique encore) que la nation des États-Unis n'en ressortirait pas forcément grandie. Il vaut mieux avoir conscience de ce contexte éditorial pour pouvoir apprécier le récit. En effet Ulysses Pilgrim sort du bunker flanqué des 3 robots et il parcourt du terrain à bord de son tank en constatant la dévastation et l'absence de tout être vivant. Et c'est à peu près tout pour l'intrigue. Il faut également un temps d'adaptation pour les dessins. Mick McMahon aime bien les traits droits et les oreilles décollées. Mick McMahon réalise lui-même sa mise en couleurs dans des teintes assez sombres, rendant compte de l'impression crépusculaire des environnements post-apocalyptiques. Il semble travailler à la peinture directe, avec des couleurs plutôt unies, sans dégradés tels que l'aquarelle peut le permettre. Il porte les variations de luminosité en détourant des zones sur les surfaces concernées, et en y appliquant une nuance plus claire ou plus foncée. L'effet est parfois surprenant car sur les visages, ces surfaces sont détourées à angle droit, formant souvent des rectangles, ce qui se marie mal avec le relief d'une figure par exemple. Néanmoins, il ne s'agit pas non plus d'aplats d'une couleur uniforme. le lecteur distingue de de petites variations qui produisent un effet de texture sur les surfaces. L'artiste accentue cette impression de texture avec des traits souvent très fins, parfois un peu gras pour marquer les plis des étoffes ou de la peau. le résultat est à nouveau parfois étrange, surtout sur la peau, avec de nombreux petits traits secs, pas forcément bien jointifs, dont l'extrémité peut déborder un tout petit peu de l'autre trait sur lequel elle vient mourir, comme si le dessinateur avait tracé ça vite fait et n'avait pas voulu souhaiter peaufiner après coup. le résultat est également assez étrange pour les visages, dont la peau semble ne pas être élastique de la même manière partout, subissant des plis sur des lignes droites. le lecteur observe que McMahon exagère aussi discrètement quelques détails anatomiques comme la pliure au niveau du poignet (à angle droit bien marqué) ou la taille des cuisses, et les oreilles systématiquement décollées. D'un autre côté ces caractéristiques graphiques permettent de bien rendre compte de la nature mécanique des robots, sans que jamais le lecteur ne puisse y voir des simulacres ou des ersatz d'êtres humains. le tank est incroyablement massif et les dessins montrent qu'il peut effectivement passer partout, écraser tous les obstacles présents sur son chemin, à commencer par les carcasses de voitures. Ainsi dessinée, la végétation devient bizarre, transcrivant son évolution malsaine sous l'influence des radiations et de l'hiver nucléaire. À plusieurs reprises, Mick McMahon s'éloigne d'une représentation trop littérale, ce qui permet à certains éléments de prendre une dimension plus conceptuelle, comme les squelettes présents dans le paysage, ou les pierres sur le sol ou dans l'air. En fait, l'artiste représente des boules irrégulières semblant de nature rocheuse, présentes aussi bien sur le sol que tombant dans l'air. le lecteur suppute que pour ces dernières il s'agit de flocons imbibés de cendre, ce qui leur donne cette étrange apparence. En liant les 2 (pierres & flocons) de manière visuelle, le dessinateur donne à voir un environnement en déliquescence dont des parties se désagrègent et tombent sous les yeux du lecteur. Il est possible qu'il faille un petit temps d'adaptation au lecteur pour se faire à l'esthétique particulière des dessins de Mick McMahon, mais la narration visuelle reste claire et facile à suivre. Alan Grant & John Wagner n'ont pas facilité la tâche de l'artiste car eux aussi ont recours à des métaphores visuelles plus ou moins subtiles pour raconter leur histoire. Parmi les moins subtiles, il y a la vision de cet aigle ayant subi des mutations et s'acharnant sur une charogne pour se nourrir, soit une métaphore appuyée des États-Unis (dont l'aigle est le symbole) se nourrissant de ce qu'il a détruit. Dans le deuxième épisode, il y a également une scène hallucinante dans laquelle les cadavres semblent revenir à la vie pour se lancer dans une comédie musicale sur les bienfaits de la mort par irradiation atomique. le lecteur se rend compte que la dimension un peu abstraite des dessins permet de faire passer cette scène, sans qu'elle ne soit ridicule ou outrée, juste grotesque et particulièrement sarcastique et macabre. Les coscénaristes mettent en scène un homme finalement très normal. Ils ont pris soin d'en faire un soldat, ce qui semble logique pour qu'il puisse survivre dans un tel environnement, et d'expliquer comment il a été choisi et ce qui l'a convaincu d'accepter. Ils montrent que ce n'est pas un surhomme et que ses talents de guerrier ne lui permettent pas de faire face à la désolation de ces États-Unis après la bombe. Ulysses Pilgrim a été contraint et forcé d'accepter d'être le survivant en subissant cette cryogénisation et il n'est pas devenu un surhomme pour autant, ou capable de gérer l'ampleur du désastre et l'absence de survivants. Ils introduisent un contrepoint comique par le biais de Charlie, le robot qui cite des accroches de séries télévisuelles. Pour le reste, Ulysses Pilgrim découvre la réalité de ce monde après la guerre. Grant & Wagner évoquent les horreurs attendues, les cadavres laissés sur place, les autoroutes encombrées par les voitures des habitants essayant de fuir, les fourmis comme seule espèce ayant survécu aux radiations, les zones encore irradiées, la statue de la Liberté décapitée, les phases de dépression d'Ulysses Pilgrim en tant que seul survivant. Les coscénaristes manient également l'allusion et la métaphore avec plus ou moins de légèreté. le lecteur sourira plus aux références de Charlie s'il dispose d'une culture des années 1970/1980, sinon il ne pourra que subodorer l'existence de ces références, en en découvrant une qu'il saisit (comme celle au Magical mystery tour, des Beatles) et des artefacts technologiques d'une autre époque (comme un lecteur de cassette audio). Ils mettent en scène les particularités culturelles des États-Unis soit de manière directe (la première action d'Ulysses Pilgrim est de s'armer jusqu'aux dents avant de sortir), soit de manière métaphorique avec l'aigle malformé, soit de manière plus imagée (comme le tank qui écrase tout sur son passage, comme l'armée), soit encore sous forme de visions (comme cette comédie musicale interprétée par des cadavres). Parfois ils y vont lourdement : la naissance d'Ulysses Pilgrim le jour de la mort de John Fitzgerald Kennedy, l'exécution des détenus dans une prison, les présidents des États-Unis au Paradis, Pilgrim en train de s'en prendre à Dieu, etc. En découvrant l'action principale de chaque épisode, le lecteur se demande même s'ils savaient bien où ils allaient dès le début, ou s'ils ont improvisé une ou deux péripéties au fur et à mesure. Le tome se clôt avec les paroles de l'hymen américain dans un contexte qui leur donne un autre sens, et le lecteur éprouve la sensation de sortir d'un mauvais rêve. Bien qu'il se demande encore si les expérimentations dans un autre bunker étaient bien nécessaires au récit, il a vécu un songe étrange, un cauchemar rendant bien compte de l'angoisse générée par l'éventualité d'une guerre nucléaire, de l'environnement ravagé et impropre à la vie. Il a également eu droit à une tragédie pour un individu incapable d'appréhender l'énormité de la situation, et à une critique pénétrante d'un pays qui se positionne comme le plus grand de la planète, même si certains propos sont plus appuyés que d'autres. Il a découvert un récit très personnel, tant pour la narration visuelle que pour la suite des péripéties, mettant en scène un individu ayant les caractéristiques d'un héros d'action, se retrouvant complètement inadapté et inefficace dans des circonstances que la seule raison ne permet pas d'appréhender.

20/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Mad présente Sergio Aragonès
Mad présente Sergio Aragonès

L’inénarrable Sergio Aragones et son humour chaleureux - Ce recueil regroupe des gags humoristiques (essentiellement sous forme de strips de 3 ou 4 cases) réalisés par Sergio Aragonés (scénario et dessins) en noir & blanc (une dizaine de pages en couleurs en fin de volume) pour le magazine humoristique MAD. Une page sur deux, le lecteur retrouve également de nouveaux "marginals" (des petits dessins apposés dans les marges de l'ouvrage). Comme le titre l'indique, le lecteur aura le plaisir de lire des blagues de Sergio Aragonés regroupées par décennie : 1960, 1970, 1980, 1990, 2000. Au fil des années, Aragonés se spécialise dans une rubrique intitulée "The MAD look at..." étant thématique et tournant en dérision tout ce qui passe par la tête d'Aragonés à commencer par la course à l'espace (pour sa toute première participation à MAD) jusqu'à la réalité de la récession économique pour la dernière de ce tome. C'est ainsi que le lecteur verra défiler des thèmes variés tels que le football américain, les éboueurs, Batman (dans les années 1960), les monstres de cinéma, le mariage, les requins, King Kong, Star Wars (dans les années 1970), les parcs d'attraction Disney, un camp d'entraînement de terroristes (toujours dans les années 1970), un centre commercial à l'approche de Noël, l'obésité, le baseball, les dinosaures, les tatouages, les OVNI, le harcèlement sexuel, les piercings, le racisme, Las Vegas, Harry Potter, la chirurgie esthétique, les mères, l'infidélité conjugale, la sécurité dans les aéroports, et bien d'autres encore. Le magazine de MAD est créé en 1952 par Harvey Kurtzman, il incarne une tradition humoristique aux États-Unis depuis cette époque, avec des valeurs politiques et sociales à ses débuts, perdues en cours de route au profit d'un humour plus potache destiné essentiellement aux adolescents et aux jeunes adultes. Mais à son arrivée, Aragonés apporte un humour 100% visuel et essentiellement apolitique, sans aucun texte, si ce n'est un panneau ou une enseigne de temps à autre. Dès la première double page consacrée à la conquête spatiale, les particularités du style d'Aragonés apparaissent. En termes de forme des personnages, il est adepte des silhouettes exagérées, avec un gros nez et une partie médiane assez arrondie. Au fil des décennies il est possible d'assister à une lente évolution vers des formes plus agréable à regarder (ajustement des proportions et trait plus délié) et à une amélioration des expressions des visages. En fonction de l'objet du strip, Aragonés peut également avoir recours à des silhouettes filiformes, ou à la musculature exagérée (pour un regard sur les clubs de gym par exemple). Même dans ces cas là, le visage reste exagéré, avec des traits simplifiés pour ne garder que le plus signifiant. Les illustrations d'Aragonés appellent naturellement un examen plus détaillé. D'un coté, il dessine avec ce qui pourrait être un stylo bille : toujours la même épaisseur de trait, aucune variation, de très rares aplats de noir (vraiment une exception). Ce parti pris donne des dessins vite lus, très faciles à assimiler, avec une sorte de légèreté due à l'absence de surfaces noires compactes. En lecture rapide, on a l'impression de voir plutôt des personnages rapidement esquissés, des croquis vite faits. Mais très rapidement il apparaît que la densité d'information visuelle est plus élevée que ne le laisse croire l'apparence. Quels que soient le contexte et les personnages, le lecteur a la surprise de constater qu'il n'est jamais en présence d'un individu générique, ou d'un décor passepartout. En prenant au hasard, à chaque fois, le personnage présente des singularités qui le rendent unique. Même lorsqu'il dessine un groupe de 4 militaires en uniforme, chacun a une silhouette spécifique, une posture différente, un visage de forme différente. Derrière l'apparence expéditive des dessins se trouve une capacité exceptionnelle à créer toute sorte d'individus, tous particuliers et tous familiers. Il en va de même pour les tenues vestimentaires, les accessoires et pour les décors. Ce qui frappe également, c'est qu'Aragonés croque avec la même habilité et la même justesse chaque objet, chaque élément de décor. Sous des dehors de croquis rapide, il retranscrit avec pertinence et intelligence chaque élément qu'il s'agisse d'un rideau de douche (à la fixation fonctionnelle), un cockpit d'avion avec les bonnes commandes à leur place, une pompe à essence avec son pistolet en état d'utilisation, une cave à vins dans un restaurant, l'agencement de l'arrière boutique d'un fast-food, une table d'opération dans un hôpital, etc. Mine de rien ces petits détails contribuent à ce que le lecteur puisse s'immerger instantanément dans chaque lieu, aux cotés de chaque personnage. Il s'avère qu'il est tout aussi habile à reproduire l'apparence de personnages de fiction connus telle cette troupe de gugusses qui ne sont autre que les Ghostbusters. D'un point de vue graphique, Sergio Aragonés estomaque le lecteur lorsqu'il se lance dans une double page bourrée à craquer de détails. C'est donc le cas de ce camp d'entraînement pour terroriste, mais aussi de ce centre commercial à la veille de Noël. Il est possible de passer un quart d'heure à explorer chaque centimètre carré de cette illustration pour découvrir détail après détail, ainsi que les activités d'environ 200 personnages différents. Cela dénote un sens exceptionnel de l'organisation spatiale pour que tout reste lisible malgré la densité hallucinante d'informations. le lecteur se lance alors dans une lecture qui peut rappeler ces livres où il faut retrouver un personnage perdu dans une illustration d'envergure (par exemple Où est Charlie ?). Petite cerise sur le gâteau : Aragonés est capable de glisser Groo ou Rufferto (son chien) au détour d'une case, comme ça discrètement. Et l'humour dans tout ça ? Sergio Aragonés pratique un humour débordant d'humanisme, évitant la moquerie ou la méchanceté. D'un certain coté, cette compilation d'une énorme quantité de gags peut finir par devenir fade. Voilà un monsieur qui refuse l'humour qui tâche, les attaques sous la ceinture, le pointage du doigt d'un individu ou d'une catégorie d'individu et qui débite du gag à raison de 4 à 6 par page pendant 250 pages. C'est sûr que lu d'une traite ou même en 4 ou 5 fois, il s'installe un sentiment d'engourdissement qui fait perdre le goût de chaque blague. Il est vrai aussi que certains gags sont très basiques. Un marginal parmi tant d'autres : un monsieur s'enfuit d'une boutique de tatouage quand il découvre que le tatoueur est une armoire à glace. Seule l'exagération de la pantomime transforme la situation en gag. Mais pris un par un chaque gag recèle un trésor d'inventivité et d'expressivité. Il y a par exemple ce vendeur d'automobiles qui voit arriver des parents avec leur grand fils. Chaque personne dispose d'un phylactère dans lequel le lecteur découvre le modèle de voiture auquel il pense ; ils sont tous différents. Ils repartent bien sûr avec le modèle que le vendeur avait décidé de leur fourguer. En 2 cases, Aragonés a raconté une petite histoire sur les envies de chacun et la réalité économique. Dans les 2 premières décennies, il utilise également un dispositif irrésistible : dépeindre une scène avec des personnages et représenter leurs ombres en train de se conduire comme ils souhaiteraient vraiment se conduire ("The shadow knows", jeu de mot sur le slogan d'un personnage de pulp). Au fil des pages, le lecteur aura également la surprise de voir apparaître en creux l'évolution de la société américaine. Dans les années 1960, l'image de la femme dans la société était essentiellement celle de la mère au foyer, ce qui va évoluer au fil des gags et des décennies. Il y aura également le passage en revue de plusieurs phénomènes de mode ou d'événement de nature culturelle : Woodstock, la conservation du patrimoine architectural, les rejets de polluants en rivière, Jaws de Steven Spielberg, Star Wars, la génération hippie convertie au capitalisme, le service militaire, les jeux olympiques, le harcèlement sexuel, la libre détention d'armes à feu, les accros aux jeux vidéo, etc. Ce recueil bénéfice également d'un grand format (identique à celui du magazine MAD) et un beau papier épais. Il s'agit donc d'un plaisir de lecture d'une forme différente susceptible de plaire pour plusieurs raisons, en fonction des lecteurs. C'est une occasion exceptionnelle de découvrir le talent d'un monsieur modeste à l'expressivité exceptionnelle : Sergio Aragonés.

20/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Nippon Yokai - Le jeu des dix histoires
Nippon Yokai - Le jeu des dix histoires

Deuxième album que je lis de cette autrice, toujours une tuerie !! J’ai retrouvé avec délectation son univers de mythes japonais déjà aperçu avec Nippon Folklore. Je sors même de ma lecture avec un ressenti encore supérieur. C’est toujours aussi bon, voir plus, on retrouve un peu la même formule (ici des courts récits mettant en scène des esprits) mais j’ai trouvé la forme de l’album ici bien plus structuré. Déjà nous passons de 7 à 11 histoires (toujours appréciable) mais surtout l’idée du jeu des dix histoires donnent énormément de liant à l’ensemble. En fait ça fait l(es)’histoire(s) dans l’histoire et j’adore ça !! Surtout quand c’est fait avec autant de talent. La partie graphique est toujours aussi somptueuse, trait et couleur sont en totale harmonie avec le(s) sujet(s). J’adore la patte de l’auteure et la manière qu’elle a de donner une identité propre à chaque histoire. Au début, j’étais un peu déçu de son style dans la partie noir & blanc mais purée que ses doubles pages sont superbes. Les différentes histoires racontées sont versatiles dans le fond et en nombre de pages mais je les ai toutes apprécié, on en tire toujours quelque chose. La fin de l’album, sans être une énorme surprise, entérine ce voyage magique et dépaysant, je suis comblé niveau attentes. Un petit mot sur l’ouvrage qui bénéficie d’une magnifique édition (dos toilé, papier épais …), un plaisir de l’avoir dans les mains et à parcourir. Un beau livre, pas donné au demeurant, mais que je vous encourage à lire. Un beau coup de cœur pour ma part.

19/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Rosigny Zoo
Rosigny Zoo

J'ai parfois une réticence sur les récits de banlieues que je trouve souvent victimaires et injustes. Ce n'est pas le cas dans le bon récit de Chloé Wary. J'ai trouvé son approche vraiment originale avec cette introduction du Break aux JO 2024. Cela permet une réflexion assez approfondie sur la politique de la ville souvent en panne ou mal valorisée dans beaucoup de communes de banlieue. Pour avoir participé à de nombreuses réunions municipales de CCAS je connais les arbitrages difficiles des élus en temps de réductions budgétaires. Wary évoque avec un certain brio beaucoup de ces situations. Contraintes de logements imposées par la loi, souci de la cohésion et vitalité du tissu social, mais aussi respect du droit et de la paix civile, le quotidien n'est pas toujours simple pour les élus municipaux. Wary propose toute une galerie de personnages plus vrais que nature. Rien n'est simple pour personne ainsi Gaby doctorante en socio, genre activiste gauchiste est confrontée à ses propres contradictions en face de Will, métis guyanais, grand frère attentionné et avide de s'en sortir vers le haut (des grues). Mais le plus de la série est le très beau personnage d'Okmé, éducateur spécialisé et star de Break. L'auteure réussit la gageure de placer beaucoup de scènes de Break d'une façon fluide et non didactique. La danse est comprise comme un personnage essentiel de la revendication existentielle de ces personnages très attachants. Or si le Hip hop et le Break sont par essence une manifestation contestataire et revendicative, son introduction aux JO et tout ce que cela implique ne tient-il pas lieu de récupération normative voire castratrice ? Okmé porte cette problématique à laquelle il apporte sa réponse. Il y a beaucoup d'autres richesses à découvrir dans la série sur la description d'un melting-pot revendicatif mais paisible et qui aime son bout de banlieue souvent natal. J'ai aussi aimé l'image que donne l'auteure des forces de police sans angélisme mais sans caricature excessive. Je ne peux pas conclure sans parler du langage. Ici pas de tricherie, Clhoé nous immerge dans un vocabulaire banlieue rythmé et chantant sans vulgarité qui tient lieu de musique du récit. C'est un délice. Le graphisme est très particulier et original. Cela me rappelle certain animé psychédélique façon Beatles (Sergent Pepper) ou Pink Floyd. D'ailleurs le rappel aux années 70 est assez présent dans l'album. La ligne claire semble assez naïve mais j'aime les expressions et l'ambiance que cela produit. Cela me renvoie à certaines productions africaines que j'apprécie particulièrement. La mise en couleur est très psy et "fait du bruit". Une lecture très originale et que j'ai beaucoup appréciée à travers des situations très bien exposées avec beaucoup de tendresse.

19/05/2024 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Racines (Lou Lubie)
Racines (Lou Lubie)

Premier album de Lou Lubie que je lis (oui je sais j'arrive un peu après la bataille :P ) et c'est une très bonne surprise pour moi ! Tout d'abord, félicitation au maquettiste, la couverture est de toute beauté, tant visuellement qu'au toucher. En effet, un petit effet de volume sensible au doigt sur le volume des cheveux est du plus bel effet ! Dans cet album, Lou Lubie nous propose de découvrir le parcours du combattant des jeunes filles métisses lié à la nature de leur cheveux. Dit comme ça, on se dit que c'est vraiment un sujet de niche qui ne doit pas concerner grand monde... Erreur ! Et j'en sais quelque chose pour avoir une jeune ado métisse de 12 ans à la maison : la gestion des cheveux, t'as intérêt à lui laisser la part belle dans le planning quotidien si tu veux tout caser dans ta journée ! Et mine de rien, ça concerne un paquet de monde et c'est même devenu un business très lucratif. C'est la force de cet album qui en partant d'une chose apparemment anecdotique, lie le pratique, l'informatif, le sensible et l'intelligent. Car au delà de ces complications capillaires, c'est toute ces perspectives sur le colonialisme, le métissage, le racisme, le féminisme, l'acceptation de soi qui découlent de ce récit de façon pertinente. Le titre Racines prend ici tout son sens. Notre jeune protagoniste réunionnaise, Rose, va en effet nous embarquer dans son quotidien, digne d'un véritable parcours du combattant. De son enfance, en passant par l'adolescence jusqu'à son âge de jeune adulte. Être une fille métisse, c'est découvrir un autre monde, ou plutôt une autre façon de vivre où ces cheveux impliquent soins, argent et temps, comme nulle autre pareil. Rose aborde les sujets frontalement, sans concession, mais toujours avec une petite touche d'humour bien sentie et une bonne dose d'autodérision. Voilà donc un très bel album, fin, intelligent, avec la dose d'humour nécessaire pour partager un point de vue et un quotidien qu'on n'imagine pas forcément. Clairement, je ne regarde plus mon ados et le temps qu'elle passe à gérer ses cheveux de la même manière !

18/05/2024 (modifier)
Par Yannis
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Berserk
Berserk

Berserk est sans doute l'une des œuvres les plus prenantes et les plus "choquantes" du 9eme art. Après lecture des 16 premiers tomes il est difficile de ressortir Indemne de cette lecture. Trois premiers tomes d'exposition avant de partir sur les traces de Guts et la troupe du faucon. Et petit à petit on s'attache aux différents personnages le héros bien entendu mais aussi ses compagnons notamment Casca mais aussi Pippin ou Rickert. Et puis c'est le choc du tome 13 et du sabbat. Toutes ces péripéties sont portées par le dessin de l'auteur incroyablement détaillé même si sur certaines scènes d'actions il peut être à mon goût un peu confus ou chargé. Berserk est une oeuvre extrême qui ne plaira pas à tout le monde mais qui mérite d'être découverte. Je lirai la suite et espère que le tome 41 le dernier de l'auteur décédé depuis conclura la série malgré tout à moins que l'éditeur poursuive avec un autre scénariste. MAJ 18/05/2024 J'ai lu les 41 tomes et je trouve que ce dernier constitue une fin acceptable et pour moi réussie de la série. On peut chipoter et trouver que cela mérite de continuer afin d'aller plus loin dans l'histoire et d'amener une autre fin qui conclurait de manière ferme et définitive la série mais je trouve celle-ci acceptable. On sait désormais que la série se poursuivra à voir quelle qualité aura la reprise

25/12/2021 (MAJ le 18/05/2024) (modifier)
Par mamande
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série TERRE
TERRE

Ah la saga [JUPI]TER[RE] Déjà le dessin est incroyablement beau: personnages, couleurs, arrière-plans, angles. Tout est bien travaillé et c'est un bonheur pour les yeux. L'histoire de SF est relativement simple au départ. Une communauté perdue qui découvre un univers bien plus vaste et cherche à survivre (premier cycle TER). Le premier cycle se passe totalement dans l'espace comme une sorte de survival en mode space opera où deux communautés s'affrontent: les scientifiques et les religieux. Un thème récurrent mais cela passe bien ici. Nous vivons au rythme des personnages et de la course poursuite. L'absurdité des pertes humaines et le fait que les survivants n'ont pas le temps de faire le deuil et sont hébétés mais continuent de se battre pour survivre est très marquant. Le deuxième cyle TERRE se passe sur une bonne vieille planète respirable. La nôtre ? vous le découvrivrez à la lecture. Le talent de l'auteur est de réussir à sortir une histoire riche en actions et poursuites tout en étant extrêmement onirique. Partis à la découverte de la planète, nos personnages devront encore affronter bien des épreuves. Les tomes 1 et 2 consistuent de l'excellente science-fiction (entre Léo et Bourgeon), le tome 3 est plus explicatif et onirique. Il y a bien quelques questions qui se posent quant au choix des failles temporelles et je dois dire que cela m'a donné le même ressenti qu'avec le cycle de Cyan de Bourgeon (j'adore mais je n'ai tjs pas tout saisi). Au final, c'est le côté onirique qui laissera un souvenir marquant de cette série. Ah vivre et mourir, aimer et haïr. Au final il faut savoir être heureux. Bonne lecture !

17/05/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Terrible - L'Enfant, la jeune fille et la sorcière
Terrible - L'Enfant, la jeune fille et la sorcière

Alors qu'ils se baladent en forêt, Ana perd son petit frère dans une grotte et tous deux se retrouvent de l'autre côté, dans une forêt de conte de fées où venir en aide aux gens n'apportent rien de bon et où rôde la terrible sorcière Baba Yaga. En évitant les dangers et les absurdités de ce monde, Ana va devoir retrouver son petit frère si elle veut pouvoir retourner chez elle un jour. C'est un bel album cartonné, épais et à dos rond. La couverture, légèrement granuleuse, est belle et attirante, présageant de planches dans un style similaire, s'apparentant un peu à celui des Kerascoët ou de Blain. Directement peint à l'encre et à l'aquarelle, il dégage des touches de naïveté autant que d'esthétisme tout en se rendant parfaitement fluide à la lecture. L'intrigue commence de manière bateau. Combien de fois a-t-on déjà vu cette histoire d'une jeune fille transportée dans un royaume magique et dangereux où elle va devoir triompher des périls pour retrouver un proche ? Cet univers là est inspiré des contes slaves, avec des éléments aussi connus que Baba Yaga et d'autres moins célèbres, dont certains que je venais d'ailleurs tout juste de rencontrer dans les contes roumains de Au cœur des terres ensorcelées. Et la pauvre Ana est brinquebalée de l'un à l'autre sans rien maîtriser, ignorant tout des lois de cet endroit si différent de son monde moderne... ...jusqu'à sa rencontre avec Loup Gris. Et là tout bascule. La jeune fille reprend la main, grâce à l'aide combinée de son ami Poupée et du terrible loup. Ce dernier se révèle d'ailleurs fort charismatique, notamment grâce à son phrasé soutenu et délicat qui contraste avec humour avec sa dangerosité. Et alors qu'on a l'impression qu'après bien des péripéties, le conte va trouver une fin heureuse tellement convenue, l'histoire prend une tournure surprenante, à la fois cruelle et adulte, qui l'amène à une conclusion aussi bienvenue qu'inattendue. Plus ma lecture de cet album progressait, plus je me suis vu convaincu, intéressé et finalement complètement charmé. Un beau conte moderne sur base de légendes slaves qui amène le lecteur là où il ne l'attend pas.

16/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Silence d'amour
Silence d'amour

Tout en explorant un domaine déjà souvent utilisé (celui du deuil), ce récit présente suffisamment de qualités pour que j'en recommande la lecture. Le seul gros reproche que je ferai est le choix du format du livre. Trop grand à mes yeux, il dilue un peu le dessin alors que, comme l'auteur fait la part belle aux grandes illustrations, un format plus réduit aurait permis d'au contraire le concentrer. Ceci dit, ce choix permet d'admirer la colorisation de Matthieu Parciboula et donne un certain 'prestige' à l'objet (et très certainement une plus grande visibilité dans les librairies). Ceci dit, et comme déjà annoncé, j'ai bien apprécié cette lecture. Rien de bien neuf, un homme endeuillé par la perte de son amour retourne sur les terres qui l'ont vue naitre. Mais : - je trouve que c'est très bien écrit et cette qualité littéraire est en plus justifiée par la profession du personnage principal, lui-même écrivain ; - je trouve la colorisation vraiment très belle, qui met bien en valeur les paysages méditerranéens ; - j'ai aimé ce fantôme qui accompagne le personnage central, nous faisant au mieux ressentir la douleur de l'absence ; - j'ai aimé la relation adulte-enfant et ce partage de la douleur ressentie à la perte d'un être cher ; - même si ce n'est pas essentiel, j'aime bien le fait que l'on ne découvre les causes de la mort de sa compagne qu'à la toute fin du récit ; - j'aime bien cette fin ouverte qui laisse place à l'interprétation alors même que l'on comprend que le personnage central est enfin apaisé. Pourquoi 'seulement' 3/5 du coup ? Sans doute parce qu'il n'y a pas cette petite originalité qui aurait permis à ce récit de sortir des sentiers battus... mais c'est raconté avec tellement de naturel et de simplicité que j'accorde un coup de cœur à cet album. Vraiment pas mal du tout et un auteur à suivre !

16/05/2024 (modifier)
Couverture de la série La Fantaisie des Dieux (Rwanda 1994)
La Fantaisie des Dieux (Rwanda 1994)

J'ai profité du triste anniversaire des 30 ans du génocide des Tutsi au Rwanda pour me replonger dans cette page horrible de l'histoire contemporaine. J'ai lu de nombreux documents sur ce génocide depuis 2004 après ma lecture du roman de Patrick de Saint Exupéry. Je ne cherchais donc pas une relecture de faits ou de témoignages que je connaissais déjà en entamant ma lecture. C'est pourquoi j'ai été séduit par ce retour du journaliste en compagnie d'Hippolyte dans un ouvrage qui fait la part belle au silence et à l'indicible. Indicible beauté du lac Kivu et indicible horreur des massacres de Bisesero. Un peu à la manière de Simon Hureau dans Palaces les auteurs nous proposent une sorte de carnet de voyage 20 ans après l'insondable folie meurtrière des Hutus envers leurs compatriotes Tutsi. La différence est que de Saint-Exupéry est devenu un acteur premier du dévoilement de la vérité. En effet c'est son action journalistique qui a conduit la formation de la Mission parlementaire sur le Rwanda qui a conclu à "des dysfonctionnements institutionnels" (français) quant à l'action de la politique française. C'est le sens que je donne aux deux premières planches du livre qui suivent la terrible citation de Mitterrand. Comme le souligne les auteurs les millions de français ne peuvent être tenus pour responsables puisque les prises de décisions ont été prises en tout petit comité hors du contrôle parlementaire loin du peuple. Ensuite les auteurs reviennent sur les lieux que le journaliste a couverts, à savoir la zone de Bisesero dans la ZHS (zone humanitaire sûre). Le récit est sobre et ne se veut pas polémique car tout a été déjà dit des centaines de fois sur les actions des uns et les réponses des autres. Les témoignages sont peu nombreux car les survivants furent très rares, méfiants et souvent en position de faiblesse. Ce n'est pas le moindre des paradoxes que le témoignage le plus choquant soit celui de l'instit qui a tué les 2/3 de ses élèves. Témoignage rare sur le vif d'un homme qui croyait parler à des oreilles amies. A ce propos je me permets une anecdote. Au TPIR les grands juristes ont fait témoigner une JF qui avait été violée et contaminée par le SIDA par des autorités de sa province. Puis elle fut renvoyée au village stigmatisée et abandonnée sans soin alors que ses tortionnaires étaient soignés dans les confortables cellules du tribunal. Alors oui, percer ce silence fut une gageure. C'est bien le principal intervenant de la série, celui qui envahit les souvenirs et la faiblesse de notre aveuglement. Hippolyte prête son trait avec une grande humilité sans voyeurisme ni sensationnalisme. Ses peintures tentent l'impossible d'exprimer l'inavouable. 20/30 ans après la beauté du lac Kivu se rit de la folie des hommes et place la série dans l'émotion de bout en bout. Une lecture pour la mémoire des victimes du silence qui m'a profondément touché.

16/05/2024 (modifier)