Depuis le début de cette série, étant assez fan de Loisel, je me disais qu'il fallait que je lise Magasin général. Mais jusqu'à maintenant je n'en avais jamais eu l'occasion malgré de très bons échos que j'entendais de tous côtés. D'ailleurs, lorsqu'un ami à moi, me l'a enfin prêté, je ne connaissais même pas le thème de l'histoire.
Et j'avoue qu'en quelques pages, j'entrais avec grand plaisir dans cette œuvre, cette tranche de vie d'un village québécois du siècle dernier. J'ai alors avalé les tomes un par un lors d'un dimanche d'hiver.
Tout est génial dans cette bd : les dessins magnifiques, que ce soit les personnages ou bien les paysages, rappellent bien les vieux feuilletons, on s'imprègne de cette époque pas si lointaine avec nostalgie. Les dialogues avec cet accent québécois (enfin juste ce qu'il faut pour que le public français comprenne) est au début un peu déroutant, troublant, mais on s'y habitue très vite et ça renforce l'effet rétro de la bd.
Le scénario en lui-même est très bien réalisé, il n'y a pas réellement un personnage principal, tous les villageois ont leur personnalité développé et chacun agit. On pourrait avoir peur d'un certain ennui sachant que le thème est la vie d'un village, alors que pas de tout ! Bien au contraire, on ne s'ennuie pas un instant.
C'est bien un chef d'œuvre incontournable à lire et relire, en tout cas, moi j'attends la suite avec impatience.
Waoh, quel bonheur, la lecture de cette série. Je l'ai découverte grâce à l'opération "intégrale, haute densité de casterman". Au départ, après l'avoir ouvert sommairement, je n'étais pourtant pas emballé par un graphisme que je jugeais trop basique. Je m'y suis repris, juste parce que Baru est un auteur que j'aime bien et qui ne m'a jamais déçu. Très vite, dès les premières pages, le ton, les personnages, les rivalités des gamins m'ont scotché à l'affaire. J'y ai retrouvé une verve et un climat participant du même esprit que ceux de mise dans la fameuse "Guerre des boutons". J'ai particulièrement adoré l'antagonisme opposant à la fois ceux d'en haut à ceux d'en bas et celui du Goret au Gros. La description de ces guerres d'enfants et pleine de malice et d'humour. C'est dynamique et rafraichissant.
Mais la grande force de Baru, c'est de ne s'être pas limité à ces jeux de gamins, aussi attachant soient-ils. Il parvient de manière subtile et parfaitement maîtrisée, à retranscrire un climat d'époque (la description des communistes est un fameux moment et il faudrait être de marbre pour ne pas rire et sourire au fil des pages qui abordent le truc) et une réflexion sur le melting pot que constituaient les cités ouvrières des années 50.
On se rend compte alors que Baru est un auteur plein de nuance, de tolérance et de tendresse pour ses semblables. Il nous donne là, une vraie leçon d'humanisme (il suffit de s'arrêter sur le regard qu'il pose sur l'allemand qui aide les gamins à faire leur fusée ou sur celui de la mère du Goret qui contredit le discours tranché de son mari à propos des arabes, pour en être convaincu).
Enfin, la scène finale, celle de l'attaque des C.R.S est tout simplement drôle et poignante. Drôle, parce que voir des enfants bousculer l'ordre établi à coups de flèches n'est pas commun, et poignant parce que Baru réussit parfaitement à montrer la rudesse de l'époque et la conscience sociale des gens qui la vivait. Voir le jeune René porté en triomphe par un adulte est en effet, hautement symbolique et touchant. Le gamin quitte le monde des gosses pour arriver dans celui des adultes. Et ceux ci, en le félicitant de son courage, face aux soldats du système, semble lui transmettre un flambeau annonçant d'autres batailles ; celle de 1968 sans doute.
Bref, voila une oeuvre dense et rudement rafraichissante que je conseille avec ardeur à tous.
Eh bien j'ai beaucoup aimé !
Premier ouvrage de Julie Doucet que j'ai lu et cela a été une révélation (merci la médiathèque de Nancy !).
J'apprécie énormément le style de dessin et les rêves sont narrés de manière extrêmement drôle.
Et non, je ne pense pas que se soit la preuve d'un esprit dérangé, ce sont des pensées bien banales de la gente féminine, et il est agréable de les voir présentées de manière décomplexée.
Je suis très déçue des avis mitigés postés, et me suis enfin décidée à faire un commentaire (chose très rare de ma part :) ).
Il faudra que vous m'expliquiez pourquoi des auteurs trashs tels que Reiser ou Wolinski sont plus communément admis.
Peut-être du sexisme ?
Jeremiah est publié en 1979. On peut donc raisonnablement penser que l'idée a commencé à germer dans l'esprit fertile d'Hermann au cours des quelques années précédant la parution.
Rappelons aux plus jeunes d'entre nous le contexte de l'époque.
Les Black Panthers sont encore très actifs au début des années 70.
MLK est assassiné en 1968.
En 1964, le Ku Klux Klan assassine des militants des droits civiques et appelle ouvertement au meurtre.
Au cours des années 60, on continue à lyncher gaiement en Géorgie, au Mississipi, en Alabama etc. en toute impunité.
Rappelons également qu'en 1992 des émeutes raciales à Los Angeles et un peu partout aux US ont fait près de 40 morts. Et que de fait, toutes les prisons américaines ont des quartiers pour les noirs, pour les blancs et pour les hispanos.
Alors, c'est sûr, vu depuis 2009, la critique est facile. Mais c’est un peu comme dire que 1984 est has been parce qu'en 1984 ça ne s'est pas du tout passé comme ça.
Quant aux références à Mad Max :
Sortie US de Mad Max : 9 mai 1980
Sortie France : 13 mai 1982
No further comment
Jeremiah est à mon sens une œuvre majeure de cet art mineur, au même titre que Corto Maltese, Spirou, Tintin, Gaston Lagaffe, ou Thorgal.
Alors, évidemment, comme pour ces monuments tous les tomes ne se valent pas, loin de là.
Mais la série est d’autant plus intéressante qu’elle courre sur 30 ans et que le dessin et surtout la couleur évoluent avec son auteur.
Et comme un bon Pomerol, Hermann se bonifie avec l’âge. Avec la couleur directe, on est proche de la perfection.
Cette BD est une anomalie dans l'univers de Franquin, et pourtant l'une de ses plus belle réussite. L'auteur hilarant et inventif de Gaston se laisse ici porter par la noirceur pour nous pondre une merveille d'inventivité morbide. C'est noir, noir charbon, à l'image de la couverture. Un exutoire certain pour l'auteur, et en même temps une dénonciation d'un monde qui devient plus sombre chaque jour. De l'écologie à la politique, du mensonge à l'industrialisation en passant par les vampires, les dépressifs et les villes déshumanisés, on a le droit à une pléiade de gags tous aussi bien sentis les uns que les autres.
C'est trash, violent, cynique, désabusé, mais en même temps drôle. Parfois à hurler de rire (je repense notamment au gag sur le gars qui fume), mais en même temps tragiquement humain. Pour un peu on se demande si Franquin n'avait pas mis trop dans le mille pour qu'on rigole ...
Le trait noir est une merveille. Un régal pour les yeux, incroyable de précision et de détails alors même qu'il est d'un noir et blanc strict. C'est une plume merveilleuse que celle de cet auteur, qui arrive décidément aussi bien à faire rire qu'a faire questionner sur cette humanité. Quelques gags rappellent quelques piques qu'on sentait déjà dans Gaston Lagaffe, mais le reste est surtout un étalage bien noir de gags qui font rire et réfléchir à la fois.
Si je met culte, c'est à la fois pour toutes ses qualités mais également pour l'impact que cette BD aura eu dans le monde du neuvième art. Marquante, à la fois dans l'Histoire de la BD mais également dans sa lecture. Et conserver une telle force après autant d'années, ce n'est pas forcément donné à tout le monde. Chapeau monsieur Franquin !
Il était une fois, dans un pays lointain un vieux monsieur qui se sentait bien seul. Il rêvait d’avoir un fils. Il créa alors une marionnette qui miraculeusement vint à la vie. Cet évènement fabuleux rendit sa vie merveilleuse et le marionnettiste et sa marionnette vécurent heureux ensemble comme père et fils jusqu’à la fin de leurs jours...
Comme c’est beau ! Comme c’est mignon ! Oui sauf que là, Pinocchio est un robot sans âme, Gepetto un inventeur avide qui souhaite vendre ses marionnettes à l’armée comme arme absolue, Monstro un poisson radioactif, et Jiminy un cafard loser vivant dans la tête de Pinocchio ! Non vous ne rêvez pas, Winschluss nous livre ici une bande dessinée trash à souhait en revisitant le récit que bon nombre d’entre nous on découvert grâce à Walt Disney.
C’est une bouillie d’humour, un schmilblick de situations cocasses, un cocktail de blagues grasses, un concentré de violence gratuite, un patchouli d’hilarité... c’est tout simplement grandiose !!
Winschluss a réussi un pari fou en adaptant de cette façon un conte si connu. Pas une seule fois le scénario ne tombe dans le prévisible et ce même quand vous connaissez l’histoire originale... c’est fort, très fort !
Le début peut paraître déroutant. Certains évènements nous sont présentés sans guère d’explication. Mais ce n’est que partie remise ! Winschluss a construit son one shot en différentes histoires qui se coupent et s’entrecoupent pour livrer au final un scénario d’une parfaite homogénéité malgré une complexité apparente. Du tout grand art ! Peut être même le point fort de l’œuvre.
Graphiquement, c’est impressionnant. Winschluss varie les couleurs, les tons, le trait et le style à chaque nouvelle ambiance. Ainsi quand l’histoire est centrée sur Pinocchio, le dessin sera différent des passages nous montrant Jiminy ! C’est original et parfaitement amené. Le dessin est toujours en accord avec le scénario. Même si le style n’entre pas toujours dans mes canons de beauté, au fond, ça n’a pas tellement d’importance. Tel Picasso, Winschluss adapte son trait à l’ambiance qu’il a besoin de décrire.
S’ajoute à cela une édition splendide à la couverture cartonnée solide et au papier bien épais. Trop cher me direz-vous ? Et bien non... La qualité a un prix, le talent n’en a pas.
Jamais je n’avais vu un auteur exploiter aussi bien le support qu’offre le neuvième art. Un prix du meilleur album 2009 à Angoulême totalement mérité.
Un 5/5 parfaitement justifié.
Ayant acheté cette bd dès sa sortie, c’est seulement maintenant que je la lis. Sans pouvoir situer l’auteur, je reconnais dans ses dessins un petit air familier. Un rapide coup d’œil sur BDT et je me rends compte qu’il a réalisé Chemins de Fer que j’ai lu récemment (et que j’ai bien apprécié). Comme quoi, quand un style plait . . .
Avec cet album, Cyrille Pomès matérialise une idée qui m’a longtemps travaillé. Et si, pour une fois, le récit débutait par sa fin et se terminait par son commencement ? Idée à la fois saugrenue, loufoque et séduisante mais pas facile à mettre en œuvre. Cyrille l’a concrétisé avec brio ! J’apprécie beaucoup sa narration sous forme de courts chapitres et ses dialogues acidulés. Il arrive à insuffler une atmosphère très particulière qui se retrouve un peu d’ailleurs dans Chemins de Fer. Cet album retrace le parcours d’un homme qui a couché sur papier ses idéaux étant ado. Cette lettre refait surface 23 ans après. C’est l’occasion pour lui de faire le bilan de sa vie, tant sentimentale que professionnelle. Un récit réfléchit et superbement mis en images. Une réussite.
Alors oui, pour ces raisons, cet album est culte à mes yeux. Un auteur à suivre de près . . .
Bonjour, j'étais loin d'avoir le permis quand j'ai lu cette bd. Maintenant, je recherche sérieusement cet album. En fait, je voudrais revoir comment les monospaces de 1974 était dessiné, et surtout relire cet album qui m'a franchement marqué. Surtout quand j'ai vu apparaitre les premiers Renault "espace" en 1984, je me suis dis "incroyable".
Cet album vaut pas mal d'études sociologiques à lui tout seul. J'ai trouvé fabuleux le coup de faire ces courses alimentaires sans sortir de la voiture, il n'est pas encore apparu à notre époque, mais ça ne devrait pas tarder, déjà que les gens essayent de garer leur voiture dans le magasin pour marcher le moins possible et qu'il faut faire des kilomètres à pied dans les grands supermarchés pour acheter sa boîte de petit pois.
Pour moi, c'est un classique à donner à lire au plus de monde possible. S’il était réédité aujourd'hui, il ne serait pas du tout démodé, au contraire. Cette BD et "Brazil" sont pour moi des références à ne pas ignorer.
On est loin, enfin, d’une histoire destinée aux moins de douze ans… Le fantastique, ces dernières années, nous montrait les vampires comme des super héros, et non comme des créatures surnaturelles. Les séries HBO ont pour habitude de considérer qu’elles s’adressent à des personnes intelligentes et cultivées. C’est l’impression que l’on a quand on se plonge dans la lecture de « Lord Faureston ». Et c’est foutrement agréable…
Le rythme est dû à un savant découpage, et pas à des scènes d’action éparpillées en nombre susceptible de donner le change. Le rythme est associé -très faussement- à la vitesse. Ici, l’affaire est admirablement démontrée: le dialogue, le peaufinage des personnalités, les rapports de séduction (peut-être le centre absolu de ce qu‘est une histoire réellement vampirique), créent le rythme, sans artifice. Et c’est, encore une fois, une vraie histoire vampirique.
Le surnaturel est par essence difficile à admettre, et rare, pour le moins, ce qui est ici mis en place avec une justesse étonnante, car c’est par le truchement du personnage principal -le colérique Drake- que l’on est confronté à l’étrange. En cela, nous avons une œuvre totalement « stokerienne ».
Etonnant. Et parfait. Aucune inquiétude quant à la suite. Juste une terrible impatience…
Plusieurs œuvres littéraires, dessinées ou non, m'ont beaucoup marqué. Clandestine en fait clairement partie, du moins son premier tome. On y découvre les rêveries et l'apprentissage de la vie d'une petite fille (la scénariste apparemment), abandonnée par sa mère et "élevée" par sa grand-mère et son arrière-grand-mère.
Le dessin plutôt épuré, très expressif, est aussi très beau. Je ne connais pas le dessinateur, et son style a l'air différent de ce qu'il fait d'habitude d'après ce que j'ai pu lire, mais j'avoue avoir adoré son trait de crayon sur Clandestine.
Clandestine est une œuvre poétique comme j'en ai rarement vu, plein de sensibilité et de tendresse, sonnant particulièrement juste dans la vision du monde de cette enfant. J'ai souvent eu les tripes nouées, parfois la larme à l'œil, et toujours pour pas grand chose : une simple attitude, ou une pensée tendre, le tout appuyé par ce dessin extrêmement fort.
Une BD qui ne parlera peut-être pas à tout le monde, mais une merveille à mes yeux.
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Magasin général
Depuis le début de cette série, étant assez fan de Loisel, je me disais qu'il fallait que je lise Magasin général. Mais jusqu'à maintenant je n'en avais jamais eu l'occasion malgré de très bons échos que j'entendais de tous côtés. D'ailleurs, lorsqu'un ami à moi, me l'a enfin prêté, je ne connaissais même pas le thème de l'histoire. Et j'avoue qu'en quelques pages, j'entrais avec grand plaisir dans cette œuvre, cette tranche de vie d'un village québécois du siècle dernier. J'ai alors avalé les tomes un par un lors d'un dimanche d'hiver. Tout est génial dans cette bd : les dessins magnifiques, que ce soit les personnages ou bien les paysages, rappellent bien les vieux feuilletons, on s'imprègne de cette époque pas si lointaine avec nostalgie. Les dialogues avec cet accent québécois (enfin juste ce qu'il faut pour que le public français comprenne) est au début un peu déroutant, troublant, mais on s'y habitue très vite et ça renforce l'effet rétro de la bd. Le scénario en lui-même est très bien réalisé, il n'y a pas réellement un personnage principal, tous les villageois ont leur personnalité développé et chacun agit. On pourrait avoir peur d'un certain ennui sachant que le thème est la vie d'un village, alors que pas de tout ! Bien au contraire, on ne s'ennuie pas un instant. C'est bien un chef d'œuvre incontournable à lire et relire, en tout cas, moi j'attends la suite avec impatience.
Les Années Spoutnik
Waoh, quel bonheur, la lecture de cette série. Je l'ai découverte grâce à l'opération "intégrale, haute densité de casterman". Au départ, après l'avoir ouvert sommairement, je n'étais pourtant pas emballé par un graphisme que je jugeais trop basique. Je m'y suis repris, juste parce que Baru est un auteur que j'aime bien et qui ne m'a jamais déçu. Très vite, dès les premières pages, le ton, les personnages, les rivalités des gamins m'ont scotché à l'affaire. J'y ai retrouvé une verve et un climat participant du même esprit que ceux de mise dans la fameuse "Guerre des boutons". J'ai particulièrement adoré l'antagonisme opposant à la fois ceux d'en haut à ceux d'en bas et celui du Goret au Gros. La description de ces guerres d'enfants et pleine de malice et d'humour. C'est dynamique et rafraichissant. Mais la grande force de Baru, c'est de ne s'être pas limité à ces jeux de gamins, aussi attachant soient-ils. Il parvient de manière subtile et parfaitement maîtrisée, à retranscrire un climat d'époque (la description des communistes est un fameux moment et il faudrait être de marbre pour ne pas rire et sourire au fil des pages qui abordent le truc) et une réflexion sur le melting pot que constituaient les cités ouvrières des années 50. On se rend compte alors que Baru est un auteur plein de nuance, de tolérance et de tendresse pour ses semblables. Il nous donne là, une vraie leçon d'humanisme (il suffit de s'arrêter sur le regard qu'il pose sur l'allemand qui aide les gamins à faire leur fusée ou sur celui de la mère du Goret qui contredit le discours tranché de son mari à propos des arabes, pour en être convaincu). Enfin, la scène finale, celle de l'attaque des C.R.S est tout simplement drôle et poignante. Drôle, parce que voir des enfants bousculer l'ordre établi à coups de flèches n'est pas commun, et poignant parce que Baru réussit parfaitement à montrer la rudesse de l'époque et la conscience sociale des gens qui la vivait. Voir le jeune René porté en triomphe par un adulte est en effet, hautement symbolique et touchant. Le gamin quitte le monde des gosses pour arriver dans celui des adultes. Et ceux ci, en le félicitant de son courage, face aux soldats du système, semble lui transmettre un flambeau annonçant d'autres batailles ; celle de 1968 sans doute. Bref, voila une oeuvre dense et rudement rafraichissante que je conseille avec ardeur à tous.
Ciboire de criss !
Eh bien j'ai beaucoup aimé ! Premier ouvrage de Julie Doucet que j'ai lu et cela a été une révélation (merci la médiathèque de Nancy !). J'apprécie énormément le style de dessin et les rêves sont narrés de manière extrêmement drôle. Et non, je ne pense pas que se soit la preuve d'un esprit dérangé, ce sont des pensées bien banales de la gente féminine, et il est agréable de les voir présentées de manière décomplexée. Je suis très déçue des avis mitigés postés, et me suis enfin décidée à faire un commentaire (chose très rare de ma part :) ). Il faudra que vous m'expliquiez pourquoi des auteurs trashs tels que Reiser ou Wolinski sont plus communément admis. Peut-être du sexisme ?
Jeremiah
Jeremiah est publié en 1979. On peut donc raisonnablement penser que l'idée a commencé à germer dans l'esprit fertile d'Hermann au cours des quelques années précédant la parution. Rappelons aux plus jeunes d'entre nous le contexte de l'époque. Les Black Panthers sont encore très actifs au début des années 70. MLK est assassiné en 1968. En 1964, le Ku Klux Klan assassine des militants des droits civiques et appelle ouvertement au meurtre. Au cours des années 60, on continue à lyncher gaiement en Géorgie, au Mississipi, en Alabama etc. en toute impunité. Rappelons également qu'en 1992 des émeutes raciales à Los Angeles et un peu partout aux US ont fait près de 40 morts. Et que de fait, toutes les prisons américaines ont des quartiers pour les noirs, pour les blancs et pour les hispanos. Alors, c'est sûr, vu depuis 2009, la critique est facile. Mais c’est un peu comme dire que 1984 est has been parce qu'en 1984 ça ne s'est pas du tout passé comme ça. Quant aux références à Mad Max : Sortie US de Mad Max : 9 mai 1980 Sortie France : 13 mai 1982 No further comment Jeremiah est à mon sens une œuvre majeure de cet art mineur, au même titre que Corto Maltese, Spirou, Tintin, Gaston Lagaffe, ou Thorgal. Alors, évidemment, comme pour ces monuments tous les tomes ne se valent pas, loin de là. Mais la série est d’autant plus intéressante qu’elle courre sur 30 ans et que le dessin et surtout la couleur évoluent avec son auteur. Et comme un bon Pomerol, Hermann se bonifie avec l’âge. Avec la couleur directe, on est proche de la perfection.
Idées Noires
Cette BD est une anomalie dans l'univers de Franquin, et pourtant l'une de ses plus belle réussite. L'auteur hilarant et inventif de Gaston se laisse ici porter par la noirceur pour nous pondre une merveille d'inventivité morbide. C'est noir, noir charbon, à l'image de la couverture. Un exutoire certain pour l'auteur, et en même temps une dénonciation d'un monde qui devient plus sombre chaque jour. De l'écologie à la politique, du mensonge à l'industrialisation en passant par les vampires, les dépressifs et les villes déshumanisés, on a le droit à une pléiade de gags tous aussi bien sentis les uns que les autres. C'est trash, violent, cynique, désabusé, mais en même temps drôle. Parfois à hurler de rire (je repense notamment au gag sur le gars qui fume), mais en même temps tragiquement humain. Pour un peu on se demande si Franquin n'avait pas mis trop dans le mille pour qu'on rigole ... Le trait noir est une merveille. Un régal pour les yeux, incroyable de précision et de détails alors même qu'il est d'un noir et blanc strict. C'est une plume merveilleuse que celle de cet auteur, qui arrive décidément aussi bien à faire rire qu'a faire questionner sur cette humanité. Quelques gags rappellent quelques piques qu'on sentait déjà dans Gaston Lagaffe, mais le reste est surtout un étalage bien noir de gags qui font rire et réfléchir à la fois. Si je met culte, c'est à la fois pour toutes ses qualités mais également pour l'impact que cette BD aura eu dans le monde du neuvième art. Marquante, à la fois dans l'Histoire de la BD mais également dans sa lecture. Et conserver une telle force après autant d'années, ce n'est pas forcément donné à tout le monde. Chapeau monsieur Franquin !
Pinocchio (Winshluss)
Il était une fois, dans un pays lointain un vieux monsieur qui se sentait bien seul. Il rêvait d’avoir un fils. Il créa alors une marionnette qui miraculeusement vint à la vie. Cet évènement fabuleux rendit sa vie merveilleuse et le marionnettiste et sa marionnette vécurent heureux ensemble comme père et fils jusqu’à la fin de leurs jours... Comme c’est beau ! Comme c’est mignon ! Oui sauf que là, Pinocchio est un robot sans âme, Gepetto un inventeur avide qui souhaite vendre ses marionnettes à l’armée comme arme absolue, Monstro un poisson radioactif, et Jiminy un cafard loser vivant dans la tête de Pinocchio ! Non vous ne rêvez pas, Winschluss nous livre ici une bande dessinée trash à souhait en revisitant le récit que bon nombre d’entre nous on découvert grâce à Walt Disney. C’est une bouillie d’humour, un schmilblick de situations cocasses, un cocktail de blagues grasses, un concentré de violence gratuite, un patchouli d’hilarité... c’est tout simplement grandiose !! Winschluss a réussi un pari fou en adaptant de cette façon un conte si connu. Pas une seule fois le scénario ne tombe dans le prévisible et ce même quand vous connaissez l’histoire originale... c’est fort, très fort ! Le début peut paraître déroutant. Certains évènements nous sont présentés sans guère d’explication. Mais ce n’est que partie remise ! Winschluss a construit son one shot en différentes histoires qui se coupent et s’entrecoupent pour livrer au final un scénario d’une parfaite homogénéité malgré une complexité apparente. Du tout grand art ! Peut être même le point fort de l’œuvre. Graphiquement, c’est impressionnant. Winschluss varie les couleurs, les tons, le trait et le style à chaque nouvelle ambiance. Ainsi quand l’histoire est centrée sur Pinocchio, le dessin sera différent des passages nous montrant Jiminy ! C’est original et parfaitement amené. Le dessin est toujours en accord avec le scénario. Même si le style n’entre pas toujours dans mes canons de beauté, au fond, ça n’a pas tellement d’importance. Tel Picasso, Winschluss adapte son trait à l’ambiance qu’il a besoin de décrire. S’ajoute à cela une édition splendide à la couverture cartonnée solide et au papier bien épais. Trop cher me direz-vous ? Et bien non... La qualité a un prix, le talent n’en a pas. Jamais je n’avais vu un auteur exploiter aussi bien le support qu’offre le neuvième art. Un prix du meilleur album 2009 à Angoulême totalement mérité. Un 5/5 parfaitement justifié.
A la lettre près
Ayant acheté cette bd dès sa sortie, c’est seulement maintenant que je la lis. Sans pouvoir situer l’auteur, je reconnais dans ses dessins un petit air familier. Un rapide coup d’œil sur BDT et je me rends compte qu’il a réalisé Chemins de Fer que j’ai lu récemment (et que j’ai bien apprécié). Comme quoi, quand un style plait . . . Avec cet album, Cyrille Pomès matérialise une idée qui m’a longtemps travaillé. Et si, pour une fois, le récit débutait par sa fin et se terminait par son commencement ? Idée à la fois saugrenue, loufoque et séduisante mais pas facile à mettre en œuvre. Cyrille l’a concrétisé avec brio ! J’apprécie beaucoup sa narration sous forme de courts chapitres et ses dialogues acidulés. Il arrive à insuffler une atmosphère très particulière qui se retrouve un peu d’ailleurs dans Chemins de Fer. Cet album retrace le parcours d’un homme qui a couché sur papier ses idéaux étant ado. Cette lettre refait surface 23 ans après. C’est l’occasion pour lui de faire le bilan de sa vie, tant sentimentale que professionnelle. Un récit réfléchit et superbement mis en images. Une réussite. Alors oui, pour ces raisons, cet album est culte à mes yeux. Un auteur à suivre de près . . .
Les Mange-bitume
Bonjour, j'étais loin d'avoir le permis quand j'ai lu cette bd. Maintenant, je recherche sérieusement cet album. En fait, je voudrais revoir comment les monospaces de 1974 était dessiné, et surtout relire cet album qui m'a franchement marqué. Surtout quand j'ai vu apparaitre les premiers Renault "espace" en 1984, je me suis dis "incroyable". Cet album vaut pas mal d'études sociologiques à lui tout seul. J'ai trouvé fabuleux le coup de faire ces courses alimentaires sans sortir de la voiture, il n'est pas encore apparu à notre époque, mais ça ne devrait pas tarder, déjà que les gens essayent de garer leur voiture dans le magasin pour marcher le moins possible et qu'il faut faire des kilomètres à pied dans les grands supermarchés pour acheter sa boîte de petit pois. Pour moi, c'est un classique à donner à lire au plus de monde possible. S’il était réédité aujourd'hui, il ne serait pas du tout démodé, au contraire. Cette BD et "Brazil" sont pour moi des références à ne pas ignorer.
D
On est loin, enfin, d’une histoire destinée aux moins de douze ans… Le fantastique, ces dernières années, nous montrait les vampires comme des super héros, et non comme des créatures surnaturelles. Les séries HBO ont pour habitude de considérer qu’elles s’adressent à des personnes intelligentes et cultivées. C’est l’impression que l’on a quand on se plonge dans la lecture de « Lord Faureston ». Et c’est foutrement agréable… Le rythme est dû à un savant découpage, et pas à des scènes d’action éparpillées en nombre susceptible de donner le change. Le rythme est associé -très faussement- à la vitesse. Ici, l’affaire est admirablement démontrée: le dialogue, le peaufinage des personnalités, les rapports de séduction (peut-être le centre absolu de ce qu‘est une histoire réellement vampirique), créent le rythme, sans artifice. Et c’est, encore une fois, une vraie histoire vampirique. Le surnaturel est par essence difficile à admettre, et rare, pour le moins, ce qui est ici mis en place avec une justesse étonnante, car c’est par le truchement du personnage principal -le colérique Drake- que l’on est confronté à l’étrange. En cela, nous avons une œuvre totalement « stokerienne ». Etonnant. Et parfait. Aucune inquiétude quant à la suite. Juste une terrible impatience…
Clandestine
Plusieurs œuvres littéraires, dessinées ou non, m'ont beaucoup marqué. Clandestine en fait clairement partie, du moins son premier tome. On y découvre les rêveries et l'apprentissage de la vie d'une petite fille (la scénariste apparemment), abandonnée par sa mère et "élevée" par sa grand-mère et son arrière-grand-mère. Le dessin plutôt épuré, très expressif, est aussi très beau. Je ne connais pas le dessinateur, et son style a l'air différent de ce qu'il fait d'habitude d'après ce que j'ai pu lire, mais j'avoue avoir adoré son trait de crayon sur Clandestine. Clandestine est une œuvre poétique comme j'en ai rarement vu, plein de sensibilité et de tendresse, sonnant particulièrement juste dans la vision du monde de cette enfant. J'ai souvent eu les tripes nouées, parfois la larme à l'œil, et toujours pour pas grand chose : une simple attitude, ou une pensée tendre, le tout appuyé par ce dessin extrêmement fort. Une BD qui ne parlera peut-être pas à tout le monde, mais une merveille à mes yeux.