C’est en lisant l’autre soir et pour la première fois avec mon fils de 7 ans un volume de Calvin et Hobbes (le numéro 17 parce qu’il y a un peu de couleur) que je me suis demandé si je n’avais pas omis d’écrire quelques mots sur ce que je considère comme étant une immense série dont nombres de volumes m’accompagnent depuis au moins une vingtaine d’années. Après vérification c’est avec un peu de honte que je me suis rendu compte que oui ! Quel oubli !
Ce qui est merveilleux avec Calvin et Hobbes et je m’en suis aperçu à côté de mon fils, c’est que c’est vraiment une BD intergénérationnelle et intemporelle (enfin c’est mon avis) qui s’apprécie toutefois de manière différente en fonction de l’âge du lecteur. Cela je ne l’avais pas vraiment perçu moi-même car j’ai découvert Calvin et Hobbes alors que j’étais déjà presque adulte. Un soir donc, alors que je cherchais une petite histoire sympa à lire avec mon petit garçon, je suis tombé sur un exemplaire de Calvin et Hobbes et je me suis tout de suite dit que c’était encore trop tôt pour lui car il n’allait pas en comprendre les subtilités et puis finalement je me suis dit essayons ! Et là, surprise ! La lecture était ponctuée des nombreux éclats de rire de mon fils qui vivait les situations à sa manière avec son regard d’enfant et bien sûr sans la compréhension des réflexions proposées par l’auteur mais juste avec le plaisir de lire un BD humoristique dans laquelle un petit garçon et son doudou, qu’il imagine vivant à ses côtés, vivent des aventures extraordinaires que ce soit au milieu des dangereux dinosaures, aux commandes d’engins spatiaux (Ah ! Spiff le spationaute !) ou tout simplement dans le jardin enneigé de ses parents. Et s’il ne rêve pas, que dire sur les situations que Calvin vit à l’école, avec la baby-sitter Rosalyne, sa voisine et camarade de classe Susie, sa maitresse Madame Wormwood, lorsqu’il doit faire ses devoirs ou lorsqu’il rend chèvre ses parent ! Il faut dire que Calvin n’a pas son pareil pour générer des catastrophes mais c’est aussi cela qui le rend attachant.
Je dois dire que je ne m’attendais pas à une telle effusion car je ne me souviens pas, à son âge, avoir autant ri aux éclats en lisant un Boule et Bill, un Snoopy, un Léonard, un Robin Dubois ou d’autres BD comiques que j’affectionnais alors. C’est dans ces moments que l’on mesure vraiment la créativité et finalement le génie de certains auteurs.
Avec un regard d’adulte, si l’on s’amuse toujours, on réfléchit aussi et l’on ne peut que saluer la manière avec laquelle Bill Watterson décrit cette douce période qu’est l’enfance avec son imaginaire, ses petites manies, ses « petits tracas ». Le contenu est très riche, l’auteur aborde de nombreux thèmes et utilise ses personnages pour faire de l’esprit par des réflexions que je trouve souvent savoureuses mais surtout, il porte une « critique » sur les adultes que nous sommes tous devenus et qui avons délaissé voire oublié le petit garçon ou la petite fille que nous étions jadis et le « Hobbes » qui nous accompagnait et à qui nous avions donné vie et avec qui, sans nul doute, nous vivions aussi des aventures extraordinaires.
Pour ma part, je ne vais jamais d’une traite au bout d’un ouvrage, j’aime bien lire quelques strips gags par-ci par-là, à l’image d’un recueil de poèmes, je l’ouvre, j’en lis deux ou trois, je le referme et j’y revient dès que l’envie survient avec la certitude de découvrir à chaque passage quelque chose de nouveau qui m’avais échappé. C’est de toute manière toujours l’occasion de se nourrir de quelques bons-mots, de se rappeler qu’un jour nous aussi avons été des enfants et ainsi garder un pied dans l’imaginaire et parfois de se remémorer avec une certaine nostalgie quelques situations que nous avons vécu (ou que nous avons rêvé) jadis. Il y a plein de chose dans la vie dont on pourrait aisément se passer, toutefois on gagne vraiment à en connaitre certaines et pour moi « Calvin et Hobbes » fait partie de celles-ci.
En ce qui concerne les dessins, je les trouve particulièrement adaptés à l’exercice, le trait est simple et sans surcharges, l’expression des personnages est suffisamment adaptée aux situations et c’est efficace comme cela. Si le noir et blanc ne me dérange pas, je conseille de se procurer les strips en couleur si vous souhaitez faire découvrir la BD à de jeunes enfants, c’est je pense pour eux visuellement plus accessible.
Alors évidemment, en ce qui concerne la série complète avec ses 24 volumes, il faut bien avouer que la production est assez inégale mais quoi de plus normal finalement au vu de la difficulté de l’exercice il y a forcément des répétitions ou des situations qui prêtent moins à rire. Malgré une certaine irrégularité je place cette série dans mes immanquables car d’une part, il est rare et difficile d’arriver à réunir l’intérêt de plusieurs générations et d’autre part parce que la qualité et la finesse de certaines réflexions le méritent amplement. En bref, dans le genre, il n’y a pour moi et à ma connaissance rien de comparable.
Une série à mettre dans toutes les mains donc et si l’achat de la série complète n’est pas indispensable, il faut au moins avoir lu quelques gags et alors peut-être que ceux-ci inciteront à en découvrir d’autres ! Tiens, c’est bientôt les fêtes de noël, un cadeau tout trouvé ?
Allez, pour finir, une petite pensée bien d’actualité pour la période : « Je me demande s'il est sage de bien se conduire avant Noel juste pour avoir plus de cadeaux ? En réalité, ça prouve juste qu'on peut m'acheter »
Du très bon dans les genres: survival + post-apocalypse
Ces BD sont très complémentaires au cinéma et séries, Nous avons en BD ce que nous n'avons ni dans les séries telles que The Walking Dead ou Z Nation ni dans les films du même genre...
Une vraie réussite qui tient le lecteur en haleine !
Ce serait bien de classer cette superbe série dans les genres suivants: "survival" et "post-apocalyptique" merci
Quelque fois, il faut passer par des échecs pour mieux renaître. C’est ce qui est arrivé à notre auteur qui avait réalisé la Guilde dans les années 2006-2008 qui avait été abandonnée par l’éditeur faute de succès. En 2014, voici Solo dont le titre est déjà occupé par moins de 4 séries dont le fameux Solo (Dargaud) que j’avais moi-même avisé. Là encore, il aurait fallu sans doute trouver un autre titre pour ne pas appeler à la confusion chez les lecteurs. On me répondra que c’est un pur hasard et qu’on ne savait pas pour les séries déjà existantes. Cela n’empêche pas de faire des recherches auparavant afin d’éviter des erreurs de marketing. Mais bon, on ne va pas leur apprendre leur métier !
Je lis toujours dans la préface les remerciements que font généralement les auteurs à des gens qui comptent pour eux. On n’oublie pas de remercier ceux qui ont collaboré à la réalisation de la bd, au patron de la maison d’édition si on est un bon fayot et aux lecteurs acheteurs. C’est la première fois que je vois une bd réalisée pour un animal de compagnie à savoir une chienne dont on verra la photo. Ce qui m’a ému, c’est le fait qu’elle soit disparue depuis plusieurs années et que le souvenir demeure. Je vis actuellement pour la première fois de ma vie une véritable passion pour un chien que j’ai acquis il y a un an et que j’aime profondément. Je suis arrivé à comprendre parfaitement l’auteur. Il y a des animaux qu’on préfère nettement aux êtres humains. Oui, j’ai approuvé ce genre de démarche et cela m’a même touché.
Après, il est question d’animaux mutants dans un monde qui a été ravagé par les armes nucléaires et chimiques. Il est dommage que le héros soit un rat. Mais bon, je m’en contenterai. Après tout, Ratatouille est mon dessin animé préféré. On va vite s’attacher à ce personnage qui est obligé de quitter sa famille pour survivre. Là encore, je trouve que le choix de partir n’est pas judicieux. Dans un tel monde, il faut se regrouper pour pouvoir lutter contre les hordes sauvages. C’est la division qui peut entraîner la mort.
Le dessin est plutôt agréable car il fourmille de détails et installe un véritable univers. Il y a également une dynamique de cases assez impressionnante au départ avec ce combat acharné. J’avais peur d’une narration pesante mais il n’en n’est rien. Les mots pour une fois ne sont pas dénués de sens. On sent une véritable montée en puissance avec une histoire assez prenante. C’est une série zoomorphique qui a beaucoup de potentiel. On espère qu’il y aura une suite de même acabit. Bref, comme je le disais au départ, c’est un auteur à découvrir.
Je ne suis pas de ceux qui vont laisser un 4 étoiles et qui ne poursuivront pas la lecture pour voir si la note tient toujours. Quand une œuvre mérite mon attention, j’y retourne volontiers. En effet, il y a seulement une œuvre sur 5 qui obtient une bonne note. La proportion est tout de même assez basse dans la masse de production actuelle qui n’est pas forcément synonyme de qualité. Du coup, l’effort peut être allègrement réalisé.
Quand j’aime, cela me déçoit assez rarement par la suite. Certes, cela peut arriver mais cela ne sera pas le cas pour ce second tome de Solo qui arrive à nous propulser dans un stade supérieur. J’ai rarement vu une narration aussi maîtrisé et un dessin à tomber par terre. Ce rat éprouve des sentiments d’amour qu’on peut humainement comprendre. Et puis, pour une fois, on a réellement peur pour notre héros des menaces qui rodent dans ce monde hostile. Il y a de réelles questions de société qui sont posées comme l’extermination d’une race pour en sauver une autre.
Oui, la qualité est toujours là et l’excellent niveau est bien au rendez-vous. Solo est un rat à la Mad Max qu’on n’oubliera pas aussitôt !
A chacune de ses publications, Marc-Antoine Mathieu réussit à surprendre. Cet ouvrage ne déroge pas à la règle et nous interroge encore une fois, de façon ludique et magistrale, sur le sens de la vie. Une pierre de plus à l’édifice admirable, tout en cohérence, d’un auteur unique dans le paysage du neuvième art. Et comme pierre, celle-ci est de taille… voire très précieuse…
Avec « Otto, l’homme réécrit », Marc-Antoine Mathieu nous entraîne dans de drôles de vertiges métaphysiques, sans doute plus encore qu’à l’accoutumée. Et comme on sait que le maître de la BD expérimentale ne laisse rien au hasard, et que pour lui le dessin est un langage au même titre que l’écriture, chaque détail aura son importance. Tout d’abord l’objet, dont la couverture représente un arbre (symbole fort) dont les branches représentent une silhouette humaine, le tout livré dans un fourreau censé attiser l’impatience, le désir, procurant la sensation d’avoir affaire à quelque chose d’extraordinaire. Ne serait-ce que par la composition symétrique de l’histoire - parfaitement adaptée au format à l’italienne -, à l’instar du titre-palindrome, car le miroir y joue le rôle de gimmick, miroir dont la symbolique est exploitée ici à l’infini. Cet infini, autre thématique dominante du livre, dont le symbole est lui-même un huit couché, graphiquement symétrique et renvoyant au prénom « Otto » qui en italien veut dire huit…
Otto Spiegel (le terme allemand « Spiegel » signifiant « miroir »), l’artiste qui à partir de sa performance consistant à fracasser un miroir sur le sol, va lui-même se décomposer en milliers d’éclats et ainsi introduire en son âme un vide psychique, un acte fort qui sera le point de départ d’une « réécriture » de lui-même, une introspection très particulière basée sur une expérience scientifique voulue par ses parents : enregistrer et consigner chaque instant des sept premières années de la vie de leur fils à son insu. Otto va ainsi (re-)découvrir que de petits instants en apparence anodins auront eu une répercussion décisive sur sa vie, et comment lui-même s’est construit sur l’oubli… Vertige identitaire d’un moi qui échappe à son « propriétaire ».
Cette œuvre fascinante, qu’on peut légitimement qualifier d’ « œuvre-miroir », est si puissante qu’inévitablement elle projette son infinité de reflets sur le lecteur tel un appel à une quête intérieure. A l’exception peut-être de ceux qui se fuient eux-mêmes, qui n’a jamais eu envie de savoir comment il s’est construit ? Pourquoi sommes-nous tels que nous sommes et pas autrement, qu’est-ce qui constitue notre être intime, et pourquoi nous échappe-t-il la plupart du temps ? Comment s’expliquent nos phobies, nos angoisses, nos obsessions et nos émotions ? Pourquoi certains adorent une couleur que d’autres vont détester ? Pourquoi d’autres préféreront la montagne à la mer ? Dans quelle mesure enfin sommes-nous conscients des principes qui président notre destinée ? Avec en filigrane ces questions qui taraudent l’humanité depuis toujours, « qui sommes-nous, d’où venons-nous, où allons-nous ? », que l’arbre de la couverture illustre parfaitement. L’auteur interroge plus qu’il ne fournit de réponses toutes faites, mais il nous donne des pistes tout en rappelant que notre machinerie interne extrêmement complexe restera sans doute toujours hors du scope de la compréhension humaine.
D’une portée métaphysique très puissante, ce récit synthétise admirablement toute l’œuvre de Marc-Antoine Mathieu en alliant réflexion philosophico-scientifique et jeu de pistes singulier, aussi captivant qu’étourdissant dans ses allers et retours entre l’infiniment petit et l’infiniment grand, avec quelques détours par la physique quantique, nous ramenant à notre propre insignifiance. Avec toujours cette ligne claire au noir et blanc ying yanguesque, pour mieux viser à l’essentiel tout en traitant d’un sujet à tiroirs, où les formes dialoguent avec les dimensions dans un long travelling ininterrompu. Simplicité et complexité réunie dans un ouvrage fluide et d’une rare richesse, tant par le stimulus intellectuel qu’il procure que par ses innombrables éléments graphiques, toujours signifiants. « « Otto, l’homme réécrit» est le « jeu du je », un jeu comme la vie peut l’être, rejouable « à l’infini », doublé d’une invitation à l’éveil de soi-même (Otto est aussi l’homonyme d’ « auto »), et peut-être vers les autres. Un chef d’œuvre dont le seul défaut est d’être trop court, car forcément on en redemande…
1970, sur un scénario de Troy Kennedy-Martin, Brian G. Hutton réalise De l’or pour les braves qui raconte la traversée d’un peloton de G.I. américains au-delà des lignes ennemies nazies afin de s’emparer d’un magot de 16 millions de dollars.
1984, d’après un roman de Pierre Siniac qui déjà à l’époque représente un excellent filon pour les cinéastes, Henri Verneuil adapte Les Morfalous : seconde guerre mondiale, Tunisie, 6 milliards en lingots d’or…
2015, inspirés par tous ces polars sortis dans les 60’s et 70’s, le tandem à succès Xavier Dorison – Fabien Nury sort Comment faire fortune en juin 40, adaptation libre du roman noir de Pierre Siniac, Sous l’aile noire des rapaces. Le projet était à l’origine pensé comme un film, Omaha Beach, mais nous sommes en France, pays où les producteurs ne disposent pas de moyens s’il ne s’agit d’une comédie franchouillarde, d’un film social, ou d’une tragédie avec un homme quarantenaire célibataire assis seul la nuit sur le banc d’une gare. Les auteurs pourront toujours se consoler avec cette bande-dessinée à la hauteur des Kelly’s Heroes, Les rois du désert, Cent mille dollars au soleil et tous ces films de la même veine crapuleuse.
Comment faire fortune... est un braquo qui se révèle riche en références et clins d’œil cinématographiques, porté par un contexte historique inédit et authentique, des dialogues savoureux interprétés par des personnages dignes de la gouaille des Georges Lautner, Michel Audiard, et autres Sergio Leone.
Le contexte historique est à mes yeux le meilleur argument pour convaincre les plus sceptiques qui y verraient, avec un zeste de mauvaise foi, une resucée classique donc finalement inutile. Car il y a d’un côté l’histoire du trio Siniac-Dorison-Nury très romancée, dramatique, faisant la part belle à l’action. Et de l’autre il y a l’Histoire, la vraie : oui la Banque de France, qui était en ce temps-là une institution privée appartenant à de riches familles, a discrètement exfiltré l’or de ses succursales dès 1932. En seconde lecture on révèle le comportement lâche ou calculateur (biffez la mention qui vous arrange) des ploutocrates soutenant financièrement la guerre mais qui dans le feutrer ont fait sortir leur pognon du pays en prévoyant l’arrivée d’Hitler, et de la guerre… pour qu’en juin 1940 le processus s’accélère et l’évacuation de l’or s’achève dans la panique.
Au total 2500 tonnes d’or réparties entre les USA (1235t), la Martinique (255t), l'Afrique (740t), entre-temps une partie a dû être sacrifié à Berlin. Les dirigeants de la Banque de France ont dû serrer les fesses entre les américains qui voulaient faire main basse sur l’or de la Martinique, Churchill, de Gaulle se réclamant de la vraie France, « libre », et qu’il était le plus légitime à en prendre possession, la France de Vichy-Pétain à la solde de l’Allemagne et d’Hitler ; pas moins de cinq belligérants se disputant un magot ne leur appartenant pas ! Les rapaces se neutraliseront mutuellement en fin de compte et le plus surprenant est qu’à la fin de la guerre on ne constatera qu’une perte de 300 kilos d’or. Cet argent servira à la reconstruction de la France en attendant le plan Marshall de 1948.
Le parti-pris de Comment faire fortune… est d’introduire une erreur de comptabilité. Des nigauds de la Banque de France ont oublié 2 tonnes d’or. Stresse, panique chez les dirigeants ! L’or doit partir, mais les murs ont des oreilles et une équipe de bras-cassés se monte pour intercepter le convoi blindé.
On est dans le même état d’esprit que Le Bon, la Brute et le Truand avec des personnages caractériels forcés de faire équipe temporairement avant le « chacun pour sa gueule », de la même façon qu’ont Blondin, Tuco et Santanza de se tirer la bourre pour être le dernier à s’emparer du butin. Sans le cacher Laurent Astier s’est inspiré de ces gueules célèbres du cinéma pour donner vie à ces personnages et emporter l’adhésion des lecteurs passionnés par ce cinéma d’époque. On l’imagine bien prendre comme modèle l’ancien catcheur Lino Ventura ou Robert De Niro époque Ragging Bull pour dessiner Frank Propp le boxeur raté. Alain Delon ne défaillirait pas s’il devait incarner le mafieux corse Sambionetti, le rôle de Kurtz le méchano ancien de la Werhmacht semble être taillé sur mesure pour Horst Frank. Quant à Ninon la serrurier femme émancipée as de la dynamite, Sabine Sinjen ou Dany Carrel seraient au poil. Et pourtant le dessin de Laurent Astier n’est pas ce vers quoi je me dirige d’habitude mais il offre des plans très dynamiques qui donnent du rythme à ce récit de 116 pages, une composition sublime de Paris sur une page, et la mise en couleur pleine d'énergie de Laurence Croix est un véritable plus à mes yeux.
Dommage qu’il s’agisse d’un one-shot car avec l’épilogue façon Le Jour le plus long, il y avait peut être moyen d’imaginer une série chorale comme l’avait fait le grand Sergio sur sa trilogie du dollar…
L'idée ne m'avait guère séduite au premier abord...
Voir ce nouveau projet de Winshluss dans un registre à priori enfantin ne m'enchantait guère.
De la couverture bien propre sur elle au titre poétique et sans ambiguité à l'éditeur estampillé jeunesse, je m'attendais véritablement à une reconversion du maestro du trash inspiré tourner la page ou tout du moins une parenthèse pour délivrer un véritable conte pour enfants.
Il ne m'a pas fallu pourtant plus de 30 secondes après l'avoir feuilleté en librairie pour avoir envie de repartir avec, avec cet infime risque d'être déçu...
Mettons vite fin à ce suspens d'opérette, le dernier Winshluss est un petit chef d'oeuvre.
Car non content de se réapproprier Alice au pays des Merveilles ou encore plus Mon voisin Totoro des studios Ghibli (pour son rapprochement évident entre la nature et la perception d'un éventuel deuil), Winshluss parvient à réussir un tour de force : courber la mécanique des contes vers son univers personnel peuplé de personnages aberrants et hilarants.
Fourmis suicidaires, Ecureuil se prenant pour Icare ou ogre banquier, l'univers de Winshluss est parsemé de surprises et de fous rires en flirtant avec le bon goût sans jamais en dépasser les lignes comme autrefois.
Les aventures du petit Angelo perdue dans une grande forêt aux animaux dingues et aux rebondissements variés prennent le ton d'un rythme endiablé dont le découpage en chapitres bien distincts et tout simplement parfait.
Si le dessin surprend moins, il n'en est pas moins dynamique et chatoyant, l'auteur use et abuse de flashbacks, de courses dans le néant et de rencontres improbables sans jamais pour autant parodier les vrais contes en créant des personnages inédits et hauts en couleur.
Un seul point négatif ? Les 160 pages défilent à la vitesse de la lumière et on arrive bien trop vite à la fin de ce pavé politiquement correct mais carburant au super sous ecstasy. Winshluss n'a décidément pas fini de nous étonner...
Totalement innovant, déstructuration complète et géniale des formats classiques de la bande dessinée... Dessins superbes nous immergeant dans l'imaginaire novateur et merveilleux de Druillet. Album culte s'il en est...
Je n’avais même pas commencé ma lecture que j’étais déjà totalement conquis par le dessin en feuilletant l’album. Ce second cycle est de la même veine que la première guerre universelle, j’ai même l’impression que le dessin de Bajram s’est encore amélioré, il maîtrise parfaitement l’outil informatique et sa palette de couleurs. On pouvait reprocher aux premiers albums d’UW1 d’être un peu trop sombres du fait que l’intrigue se déroulait pour l’essentiel dans l’espace. Les deux premiers tomes d’UW2 se déroulent aussi sur Canaan et Mars, des planètes chaudes, ce qui permet une plus grande diversité dans le choix des couleurs. Les traits des visages paraissent aussi plus lisses et nets, c’est à peine perceptible et ce n’est peut être qu’une impression. Ajoutez un découpage dynamique et de superbes dessins en double planche. Vous l’avez compris je trouve le résultat stupéfiant.
Les fans d’Universal War One ne seront pas déçus par cette suite qui reprend les mêmes recettes qui ont fait le succès de la série : space opera, hard science, batailles spatiales, voyages dans le temps, personnages rebelles et torturés, destruction de monde, drame, physique quantique, les formes géométriques très épurées… le tout toujours accompagné de références à la bible hébraïque ; le cocktail explosif est de nouveau au rendez-vous et désormais on peut aussi rajouter à la liste une invasion alien, et j’ai également bien aimé le combat type super héros de comics avec des pouvoirs entre Théa et son cousin Vidon qui fait office de « vilain ». La dégaine de Théa avec sa cape et sa tenue noire m’a fait penser à Luke Skywalker dans le Retour du Jedi. J’ai dans l’espoir qu’il s’agissait d’un amuse-gueule et qu’on assistera à d’autres duels épiques de ce genre par la suite.
Comme dans UW1, on a droit à une apparition amusante de Bajram et Valérie Mangin dans le tome 2. Je vous laisse chercher dans quelle planche.
Bajram abordait des thèmes d’actualité pour ensuite les critiquer de façon virulente dans UW1 comme les dérives totalitaires, les méfaits du capitalisme poussé à l’excès, l’écologie, les petits cercles d’intellectuels qui font la loi, des questionnements profonds sur la nature humaine et sa prédisposition à tuer les membres de sa propre espèce, etc.
L’auteur reprend ainsi cette façon que j’adore, de construire son intrigue sur plusieurs niveaux de lecture avec en premier plan l’aspect science-fiction et tous les éléments cools que j’ai cités plus haut, les références à la religion hébraïque peuvent être lues au second plan. Puis en troisième lecture Bajram aborde en allégorie les nouvelles problématiques et maux de notre époque : l’occupation cananéenne sur Mars fait évidemment penser à celle des états-uniens en Irak (mais on peut également la transposer à d’autres conflits). Le lecteur recoupe ses impressions avec le scénario de fin d’UW1 où Kalish et ses amis partaient s’établir 200 années dans le passé pour fonder la civilisation qui vaincra les CIC, une civilisation « la plus intelligente et la plus sage » qui ait jamais existé, happy end.
« Bien sûr qu’elle est foireuse votre civilisation ! » dixit Théa l’héroïne d’UW2 au patriarche Kalish. En cherchant à bâtir un monde utopique, Kalish et ses descendants ont créé un nouvel impérialisme plein d’interdits (pas d’alcool, pas d’accouplement cananeo-martien…). Les cananéens pensent apporter la liberté aux habitants « inférieurs » de Mars, et en plus ces derniers osent se plaindre… mais ils ne sont en fait qu’une nouvelle force d’occupation. Ils ont viré une dictature pour la remplacer par une autre.
Comme autre thématique qui en prend pour son grade, les nouveaux outils de communication (Facebook je te vois !) où dans ce monde « utopique » chacun possède un implant dans la tête pour permettre d’échanger avec les autres, mais c’est en réalité un instrument d’appauvrissement puisqu’ils ne sont plus capables d’écrire une phrase sans correcteur d’orthographe et cette connexion ne les rend pas plus compréhensifs les uns des autres mais au contraire, les déshumanise. Les habitants de Canaan se prennent pour une sorte de peuple élu. C’est un triste revers pour Kalish qui espérait bâtir la première civilisation fondée sur le voyage dans le passé, celle de « l’homo memor », l’homme qui se souvient et apprends de ses erreurs, mais en définitif les cananéens n’ont rien appris des erreurs du passé. Pire, ils sont aussi cons et manipulables que leurs ancêtres terriens.
On attend impatiemment de le voir reprendre du service dans la suite pour maraver la tronche de tous ces fachos de cananéens et ces aliens adorateurs d’une divinité triangulaire.
La note peut sembler élevée compte tenu que nous n’en sommes qu’au début de la série mais j’ai confiance en Bajram, je ne vois pas comment cela pourrait s’appauvrir.
Mise à jour tome 3 17/11/2016
OMG ! L’attente fut longue, on aurait bien aimé faire un saut dans le temps pour en profiter plus tôt car cela en valait vraiment la peine.
Les graphismes de Denis Bajram sont toujours aussi époustouflants (on n’ira pas jusqu’à lui dresser une statue comme Kalish, qu’il se rassure), il n’a pas son pareil pour concevoir des engins spatiaux. Un très beau changement de décor, ça c’est du grand post-apo futuriste ! Visuellement ce retour de nos rescapés de fortune sur la planète Mars puise ses inspirations côté Star Wars épisode III sur la planète volcanique de Mustafar.
Entre les moments d’actions façon guérilla urbaine et les moments de réflexions, on a cette fausse impression que le récit fait du surplace mais en fait on commence à en apprendre davantage sur les réelles intentions de cette race alien belliqueuse (ou pacifiste, question de point de vue). Et encore une fois c’est pour moi hyper kiffant puisque de façon involontaire j’imagine, Bajram se rapproche du romancier hard science Alastair Reynolds dans son bouquin Janus où des humains dans leur vaisseau spatial minier se retrouvent piégés à l’intérieur d’une « bulle » aux dimensions d'un système solaire où le temps n’a plus d’emprise, cependant qu’au fil du récit ils découvrent qu’il sont cloîtrés dans une sorte de « zoo » galactique ayant pour but de rassembler, collecter, répertorier, les espèces ayant accédées à l’intelligence depuis la nuit des temps. C’est assez vite résumé mais j’ai trouvé des accointances entre les deux histoires.
C’est juste génial ! Que de suspens pour la suite… En plus on se marre bien avec Kalish, le grand penseur qui cite Cartman de South Park. :)
La beauté de ces femmes de harem dans la Turquie du début du 20ème siècle; Constantinople, ville magnifique, ayant pour cadre cette histoire. On est très vite happé par une histoire dans une ambiance magique et captivante. Cela nous permet également de découvrir une Istanbul ensorcelante au coeur d'une sensualité orientale.
J’aime bien le scénariste Dufaux que je considère comme l’un des meilleurs car très bien documenté. Il y a le souci du réalisme. Les personnages sont sans concession avec certes un bon brin de libertinage. Un bémol cependant: Dufaux signe à chaque fois la préface de son album et en révèle parfois un peu trop sur l'histoire.
La lecture demeure un peu délicate car il y a l'histoire de deux femmes à des époques différentes qui se superpose. Kim Nelson part sur les traces de sa grand-mère Jade qu'elle n'a pas connue. Le destin de ces deux femmes d'exception va nous tenir en haleine. Un lien spécial semble les lier.
Du très beau dessin également qui suscite l’admiration tant les corps sont parfaitement maîtrisés. Rien de racoleur sauf pour âme charitable préférant baigner dans le manga féminin avec ses petites minettes pré-pubaires! Ici, que de la grâce et du charme pour peu qu'on aime l'exotisme! Bref, on ne tombe jamais dans la vulgarité.
Le second cycle se déroule dans une Afrique dangereuse et torride. C’est tout un autre univers qui est exploré pour la plus grande joie des lecteurs même si cela paraissait déroutant au premier abord. Cette Afrique est inquiétante avec ses sorciers et cette magie noire. Cependant, cette Afrique est également magnifique avec sa beauté sauvage.
Le troisième cycle va nous emmener dans les Indes totalement envoutantes et sensuelles où notre Djinn devra faire l'éducation sexuelle de la future épouse d'un Maharadjah afin de le contrôler à des fins purement politiques sur fond de colonisation anglicane. Chronologiquement, l'action se passe après le premier cycle mais avant le second. Cela m'a un peu perturbé car nous retrouvons des personnages dont on connaît par avance leur sort funeste. Le dessin est toujours aussi soigné avec une mise en couleur tout à fait délicieuse pour les yeux.
Djinn s'est enfin terminé avec le tome 13 près de 15 ans après le début de l'aventure. On fait un retour sur Kim Nelson. C'est le dernier tome du cycle indien mais qui fait le lien avec le cycle africain. On va avoir droit à un final assez digne de cette saga. On est surtout marqué par une certaine nostalgie de quitter cet univers et ces personnages féminins hors normes. On entendra encore sonner longtemps les fameuses clochettes du désir !
Une collection véritablement envoûtante avec un superbe graphisme fin et élégant et un scénario relevant du grand art !
Note Dessin : 4.5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.5/5
Nous vivons une époque bien puritaine. Je ne trouve pas choquant qu'il y ait une bd plus B.N. et les sept petits adultes qui nous montre les moeurs d'une autre époque. Si je pouvais vivre à l'époque romaine, je ne dirai pas non. Mais bon, les combats de gladiateurs avec toute cette sauvagerie, cela donne quand même à réfléchir! Que les dialogues soient triviaux, cela fait partie de toute façon du langage militaire toute époque confondue. Le latin devait 'il être de rigueur?
Je classe Marini parmi mes meilleurs dessinateurs sinon le meilleur. Le fait qu'il réalise intégralement une bd ne me déplaît pas, au contraire! Je trouve qu'il ne s'en sort pas si mal comme scénariste car c'est parfaitement soigné et documenté même si cela n'égale pas le niveau atteint par Murena. On sait déjà que son trait de crayon est précis et vigoureux tout en sachant se montrer subtile si nécessaire. Certaines planches sont vraiment très belles. Les couleurs procurent une belle sensation qui participe pleinement à une réalisation somptueuse. Une brillante narration sans rupture qui procure le bonheur d'une lecture confortable.
C'est vrai que la thématique des frères ennemis dont les rapports deviennent amicaux à mesure que les épreuves se multiplient n'est pas nouvelle. Mais c'est si savamment orchestré ! On s'attache véritablement aux personnages dès le premier livre. Par ailleurs, pourquoi bouder le plaisir des yeux devant toutes ces très jolies courbes féminines. C'est de toute façon pour un public averti. :8
Le livre II ne fait confirmer que mon impression première. Il y a là tout ce que j'aime dans la bd et on ne peut renier sa nature par snobisme ou par suivisme. La qualité est au rendez-vous et on est véritablement immergé dans l'Histoire de Rome.
Le livre III se passe entièrement en Germanie et il nous fait découvrir une perspective assez intéressante des différentes tribus soumis à l'envahisseur romain. C'est également le tome où les deux frères vont emprunter des chemins différents et se combattre à nouveau pour notre plus grand plaisir.
Le livre IV confirme la trahison d'Arminius qui se révèle être un grand stratège. Le pauvre Marcus sera malmené. Pourtant, on arrive à comprendre les faits et geste de son rival. Ce tome sera particulièrement violent. Le sexe a pratiquement disparu. L'heure du combat a sonné. Marini maîtrise à merveille le cheminement au coeur de la bataille ainsi que la palette graphique. Bref, c'est encore un sans faute ! C'est incontestablement sa meilleure série !
Le livre V nous réserve encore une fois le meilleur au terme d'une grande bataille dans les forêts et les marécages de Germanie. Les légions romaines vont avoir fort à faire face aux tribus barbares. Il y a également un grand tournant dans le récit. Au début de la saga, il y avait deux héros bien distinct. Désormais, il n'y en a plus qu'un qui démarque nettement dans l'héroïsme et ce n'est pas forcément sur lui qu'on aurait misé au départ. Je profite également de ce cinquième tome pour faire passer cette série dans la catégorie culte. Il est clair que j'ai tout de suite aimé le récit. D'un point de vue subjectif, c'est le genre de bd que j'adore et qui me fait réconcilier avec cet art. C'est culte pour moi mais cela ne le sera pas forcément pour les autres lecteurs. Jusqu'à présent, je ne décernais cette note qu'avec également l'assentiment de la majorité comme on peut dire qu'Astérix est une série culte. J'ai envie de différencier cette série car je n'ai absolument rien à lui reprocher et elle me procure un plaisir de lecture maximale comme rarement atteint.
En résumé, une série qui frise la perfection aussi bien sur le plan scénaristique que graphique.
Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5
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Calvin et Hobbes
C’est en lisant l’autre soir et pour la première fois avec mon fils de 7 ans un volume de Calvin et Hobbes (le numéro 17 parce qu’il y a un peu de couleur) que je me suis demandé si je n’avais pas omis d’écrire quelques mots sur ce que je considère comme étant une immense série dont nombres de volumes m’accompagnent depuis au moins une vingtaine d’années. Après vérification c’est avec un peu de honte que je me suis rendu compte que oui ! Quel oubli ! Ce qui est merveilleux avec Calvin et Hobbes et je m’en suis aperçu à côté de mon fils, c’est que c’est vraiment une BD intergénérationnelle et intemporelle (enfin c’est mon avis) qui s’apprécie toutefois de manière différente en fonction de l’âge du lecteur. Cela je ne l’avais pas vraiment perçu moi-même car j’ai découvert Calvin et Hobbes alors que j’étais déjà presque adulte. Un soir donc, alors que je cherchais une petite histoire sympa à lire avec mon petit garçon, je suis tombé sur un exemplaire de Calvin et Hobbes et je me suis tout de suite dit que c’était encore trop tôt pour lui car il n’allait pas en comprendre les subtilités et puis finalement je me suis dit essayons ! Et là, surprise ! La lecture était ponctuée des nombreux éclats de rire de mon fils qui vivait les situations à sa manière avec son regard d’enfant et bien sûr sans la compréhension des réflexions proposées par l’auteur mais juste avec le plaisir de lire un BD humoristique dans laquelle un petit garçon et son doudou, qu’il imagine vivant à ses côtés, vivent des aventures extraordinaires que ce soit au milieu des dangereux dinosaures, aux commandes d’engins spatiaux (Ah ! Spiff le spationaute !) ou tout simplement dans le jardin enneigé de ses parents. Et s’il ne rêve pas, que dire sur les situations que Calvin vit à l’école, avec la baby-sitter Rosalyne, sa voisine et camarade de classe Susie, sa maitresse Madame Wormwood, lorsqu’il doit faire ses devoirs ou lorsqu’il rend chèvre ses parent ! Il faut dire que Calvin n’a pas son pareil pour générer des catastrophes mais c’est aussi cela qui le rend attachant. Je dois dire que je ne m’attendais pas à une telle effusion car je ne me souviens pas, à son âge, avoir autant ri aux éclats en lisant un Boule et Bill, un Snoopy, un Léonard, un Robin Dubois ou d’autres BD comiques que j’affectionnais alors. C’est dans ces moments que l’on mesure vraiment la créativité et finalement le génie de certains auteurs. Avec un regard d’adulte, si l’on s’amuse toujours, on réfléchit aussi et l’on ne peut que saluer la manière avec laquelle Bill Watterson décrit cette douce période qu’est l’enfance avec son imaginaire, ses petites manies, ses « petits tracas ». Le contenu est très riche, l’auteur aborde de nombreux thèmes et utilise ses personnages pour faire de l’esprit par des réflexions que je trouve souvent savoureuses mais surtout, il porte une « critique » sur les adultes que nous sommes tous devenus et qui avons délaissé voire oublié le petit garçon ou la petite fille que nous étions jadis et le « Hobbes » qui nous accompagnait et à qui nous avions donné vie et avec qui, sans nul doute, nous vivions aussi des aventures extraordinaires. Pour ma part, je ne vais jamais d’une traite au bout d’un ouvrage, j’aime bien lire quelques strips gags par-ci par-là, à l’image d’un recueil de poèmes, je l’ouvre, j’en lis deux ou trois, je le referme et j’y revient dès que l’envie survient avec la certitude de découvrir à chaque passage quelque chose de nouveau qui m’avais échappé. C’est de toute manière toujours l’occasion de se nourrir de quelques bons-mots, de se rappeler qu’un jour nous aussi avons été des enfants et ainsi garder un pied dans l’imaginaire et parfois de se remémorer avec une certaine nostalgie quelques situations que nous avons vécu (ou que nous avons rêvé) jadis. Il y a plein de chose dans la vie dont on pourrait aisément se passer, toutefois on gagne vraiment à en connaitre certaines et pour moi « Calvin et Hobbes » fait partie de celles-ci. En ce qui concerne les dessins, je les trouve particulièrement adaptés à l’exercice, le trait est simple et sans surcharges, l’expression des personnages est suffisamment adaptée aux situations et c’est efficace comme cela. Si le noir et blanc ne me dérange pas, je conseille de se procurer les strips en couleur si vous souhaitez faire découvrir la BD à de jeunes enfants, c’est je pense pour eux visuellement plus accessible. Alors évidemment, en ce qui concerne la série complète avec ses 24 volumes, il faut bien avouer que la production est assez inégale mais quoi de plus normal finalement au vu de la difficulté de l’exercice il y a forcément des répétitions ou des situations qui prêtent moins à rire. Malgré une certaine irrégularité je place cette série dans mes immanquables car d’une part, il est rare et difficile d’arriver à réunir l’intérêt de plusieurs générations et d’autre part parce que la qualité et la finesse de certaines réflexions le méritent amplement. En bref, dans le genre, il n’y a pour moi et à ma connaissance rien de comparable. Une série à mettre dans toutes les mains donc et si l’achat de la série complète n’est pas indispensable, il faut au moins avoir lu quelques gags et alors peut-être que ceux-ci inciteront à en découvrir d’autres ! Tiens, c’est bientôt les fêtes de noël, un cadeau tout trouvé ? Allez, pour finir, une petite pensée bien d’actualité pour la période : « Je me demande s'il est sage de bien se conduire avant Noel juste pour avoir plus de cadeaux ? En réalité, ça prouve juste qu'on peut m'acheter »
Zombies (Soleil)
Du très bon dans les genres: survival + post-apocalypse Ces BD sont très complémentaires au cinéma et séries, Nous avons en BD ce que nous n'avons ni dans les séries telles que The Walking Dead ou Z Nation ni dans les films du même genre... Une vraie réussite qui tient le lecteur en haleine ! Ce serait bien de classer cette superbe série dans les genres suivants: "survival" et "post-apocalyptique" merci
Solo (Martin)
Quelque fois, il faut passer par des échecs pour mieux renaître. C’est ce qui est arrivé à notre auteur qui avait réalisé la Guilde dans les années 2006-2008 qui avait été abandonnée par l’éditeur faute de succès. En 2014, voici Solo dont le titre est déjà occupé par moins de 4 séries dont le fameux Solo (Dargaud) que j’avais moi-même avisé. Là encore, il aurait fallu sans doute trouver un autre titre pour ne pas appeler à la confusion chez les lecteurs. On me répondra que c’est un pur hasard et qu’on ne savait pas pour les séries déjà existantes. Cela n’empêche pas de faire des recherches auparavant afin d’éviter des erreurs de marketing. Mais bon, on ne va pas leur apprendre leur métier ! Je lis toujours dans la préface les remerciements que font généralement les auteurs à des gens qui comptent pour eux. On n’oublie pas de remercier ceux qui ont collaboré à la réalisation de la bd, au patron de la maison d’édition si on est un bon fayot et aux lecteurs acheteurs. C’est la première fois que je vois une bd réalisée pour un animal de compagnie à savoir une chienne dont on verra la photo. Ce qui m’a ému, c’est le fait qu’elle soit disparue depuis plusieurs années et que le souvenir demeure. Je vis actuellement pour la première fois de ma vie une véritable passion pour un chien que j’ai acquis il y a un an et que j’aime profondément. Je suis arrivé à comprendre parfaitement l’auteur. Il y a des animaux qu’on préfère nettement aux êtres humains. Oui, j’ai approuvé ce genre de démarche et cela m’a même touché. Après, il est question d’animaux mutants dans un monde qui a été ravagé par les armes nucléaires et chimiques. Il est dommage que le héros soit un rat. Mais bon, je m’en contenterai. Après tout, Ratatouille est mon dessin animé préféré. On va vite s’attacher à ce personnage qui est obligé de quitter sa famille pour survivre. Là encore, je trouve que le choix de partir n’est pas judicieux. Dans un tel monde, il faut se regrouper pour pouvoir lutter contre les hordes sauvages. C’est la division qui peut entraîner la mort. Le dessin est plutôt agréable car il fourmille de détails et installe un véritable univers. Il y a également une dynamique de cases assez impressionnante au départ avec ce combat acharné. J’avais peur d’une narration pesante mais il n’en n’est rien. Les mots pour une fois ne sont pas dénués de sens. On sent une véritable montée en puissance avec une histoire assez prenante. C’est une série zoomorphique qui a beaucoup de potentiel. On espère qu’il y aura une suite de même acabit. Bref, comme je le disais au départ, c’est un auteur à découvrir. Je ne suis pas de ceux qui vont laisser un 4 étoiles et qui ne poursuivront pas la lecture pour voir si la note tient toujours. Quand une œuvre mérite mon attention, j’y retourne volontiers. En effet, il y a seulement une œuvre sur 5 qui obtient une bonne note. La proportion est tout de même assez basse dans la masse de production actuelle qui n’est pas forcément synonyme de qualité. Du coup, l’effort peut être allègrement réalisé. Quand j’aime, cela me déçoit assez rarement par la suite. Certes, cela peut arriver mais cela ne sera pas le cas pour ce second tome de Solo qui arrive à nous propulser dans un stade supérieur. J’ai rarement vu une narration aussi maîtrisé et un dessin à tomber par terre. Ce rat éprouve des sentiments d’amour qu’on peut humainement comprendre. Et puis, pour une fois, on a réellement peur pour notre héros des menaces qui rodent dans ce monde hostile. Il y a de réelles questions de société qui sont posées comme l’extermination d’une race pour en sauver une autre. Oui, la qualité est toujours là et l’excellent niveau est bien au rendez-vous. Solo est un rat à la Mad Max qu’on n’oubliera pas aussitôt !
Otto, l'homme réécrit
A chacune de ses publications, Marc-Antoine Mathieu réussit à surprendre. Cet ouvrage ne déroge pas à la règle et nous interroge encore une fois, de façon ludique et magistrale, sur le sens de la vie. Une pierre de plus à l’édifice admirable, tout en cohérence, d’un auteur unique dans le paysage du neuvième art. Et comme pierre, celle-ci est de taille… voire très précieuse… Avec « Otto, l’homme réécrit », Marc-Antoine Mathieu nous entraîne dans de drôles de vertiges métaphysiques, sans doute plus encore qu’à l’accoutumée. Et comme on sait que le maître de la BD expérimentale ne laisse rien au hasard, et que pour lui le dessin est un langage au même titre que l’écriture, chaque détail aura son importance. Tout d’abord l’objet, dont la couverture représente un arbre (symbole fort) dont les branches représentent une silhouette humaine, le tout livré dans un fourreau censé attiser l’impatience, le désir, procurant la sensation d’avoir affaire à quelque chose d’extraordinaire. Ne serait-ce que par la composition symétrique de l’histoire - parfaitement adaptée au format à l’italienne -, à l’instar du titre-palindrome, car le miroir y joue le rôle de gimmick, miroir dont la symbolique est exploitée ici à l’infini. Cet infini, autre thématique dominante du livre, dont le symbole est lui-même un huit couché, graphiquement symétrique et renvoyant au prénom « Otto » qui en italien veut dire huit… Otto Spiegel (le terme allemand « Spiegel » signifiant « miroir »), l’artiste qui à partir de sa performance consistant à fracasser un miroir sur le sol, va lui-même se décomposer en milliers d’éclats et ainsi introduire en son âme un vide psychique, un acte fort qui sera le point de départ d’une « réécriture » de lui-même, une introspection très particulière basée sur une expérience scientifique voulue par ses parents : enregistrer et consigner chaque instant des sept premières années de la vie de leur fils à son insu. Otto va ainsi (re-)découvrir que de petits instants en apparence anodins auront eu une répercussion décisive sur sa vie, et comment lui-même s’est construit sur l’oubli… Vertige identitaire d’un moi qui échappe à son « propriétaire ». Cette œuvre fascinante, qu’on peut légitimement qualifier d’ « œuvre-miroir », est si puissante qu’inévitablement elle projette son infinité de reflets sur le lecteur tel un appel à une quête intérieure. A l’exception peut-être de ceux qui se fuient eux-mêmes, qui n’a jamais eu envie de savoir comment il s’est construit ? Pourquoi sommes-nous tels que nous sommes et pas autrement, qu’est-ce qui constitue notre être intime, et pourquoi nous échappe-t-il la plupart du temps ? Comment s’expliquent nos phobies, nos angoisses, nos obsessions et nos émotions ? Pourquoi certains adorent une couleur que d’autres vont détester ? Pourquoi d’autres préféreront la montagne à la mer ? Dans quelle mesure enfin sommes-nous conscients des principes qui président notre destinée ? Avec en filigrane ces questions qui taraudent l’humanité depuis toujours, « qui sommes-nous, d’où venons-nous, où allons-nous ? », que l’arbre de la couverture illustre parfaitement. L’auteur interroge plus qu’il ne fournit de réponses toutes faites, mais il nous donne des pistes tout en rappelant que notre machinerie interne extrêmement complexe restera sans doute toujours hors du scope de la compréhension humaine. D’une portée métaphysique très puissante, ce récit synthétise admirablement toute l’œuvre de Marc-Antoine Mathieu en alliant réflexion philosophico-scientifique et jeu de pistes singulier, aussi captivant qu’étourdissant dans ses allers et retours entre l’infiniment petit et l’infiniment grand, avec quelques détours par la physique quantique, nous ramenant à notre propre insignifiance. Avec toujours cette ligne claire au noir et blanc ying yanguesque, pour mieux viser à l’essentiel tout en traitant d’un sujet à tiroirs, où les formes dialoguent avec les dimensions dans un long travelling ininterrompu. Simplicité et complexité réunie dans un ouvrage fluide et d’une rare richesse, tant par le stimulus intellectuel qu’il procure que par ses innombrables éléments graphiques, toujours signifiants. « « Otto, l’homme réécrit» est le « jeu du je », un jeu comme la vie peut l’être, rejouable « à l’infini », doublé d’une invitation à l’éveil de soi-même (Otto est aussi l’homonyme d’ « auto »), et peut-être vers les autres. Un chef d’œuvre dont le seul défaut est d’être trop court, car forcément on en redemande…
Comment faire fortune en juin 40
1970, sur un scénario de Troy Kennedy-Martin, Brian G. Hutton réalise De l’or pour les braves qui raconte la traversée d’un peloton de G.I. américains au-delà des lignes ennemies nazies afin de s’emparer d’un magot de 16 millions de dollars. 1984, d’après un roman de Pierre Siniac qui déjà à l’époque représente un excellent filon pour les cinéastes, Henri Verneuil adapte Les Morfalous : seconde guerre mondiale, Tunisie, 6 milliards en lingots d’or… 2015, inspirés par tous ces polars sortis dans les 60’s et 70’s, le tandem à succès Xavier Dorison – Fabien Nury sort Comment faire fortune en juin 40, adaptation libre du roman noir de Pierre Siniac, Sous l’aile noire des rapaces. Le projet était à l’origine pensé comme un film, Omaha Beach, mais nous sommes en France, pays où les producteurs ne disposent pas de moyens s’il ne s’agit d’une comédie franchouillarde, d’un film social, ou d’une tragédie avec un homme quarantenaire célibataire assis seul la nuit sur le banc d’une gare. Les auteurs pourront toujours se consoler avec cette bande-dessinée à la hauteur des Kelly’s Heroes, Les rois du désert, Cent mille dollars au soleil et tous ces films de la même veine crapuleuse. Comment faire fortune... est un braquo qui se révèle riche en références et clins d’œil cinématographiques, porté par un contexte historique inédit et authentique, des dialogues savoureux interprétés par des personnages dignes de la gouaille des Georges Lautner, Michel Audiard, et autres Sergio Leone. Le contexte historique est à mes yeux le meilleur argument pour convaincre les plus sceptiques qui y verraient, avec un zeste de mauvaise foi, une resucée classique donc finalement inutile. Car il y a d’un côté l’histoire du trio Siniac-Dorison-Nury très romancée, dramatique, faisant la part belle à l’action. Et de l’autre il y a l’Histoire, la vraie : oui la Banque de France, qui était en ce temps-là une institution privée appartenant à de riches familles, a discrètement exfiltré l’or de ses succursales dès 1932. En seconde lecture on révèle le comportement lâche ou calculateur (biffez la mention qui vous arrange) des ploutocrates soutenant financièrement la guerre mais qui dans le feutrer ont fait sortir leur pognon du pays en prévoyant l’arrivée d’Hitler, et de la guerre… pour qu’en juin 1940 le processus s’accélère et l’évacuation de l’or s’achève dans la panique. Au total 2500 tonnes d’or réparties entre les USA (1235t), la Martinique (255t), l'Afrique (740t), entre-temps une partie a dû être sacrifié à Berlin. Les dirigeants de la Banque de France ont dû serrer les fesses entre les américains qui voulaient faire main basse sur l’or de la Martinique, Churchill, de Gaulle se réclamant de la vraie France, « libre », et qu’il était le plus légitime à en prendre possession, la France de Vichy-Pétain à la solde de l’Allemagne et d’Hitler ; pas moins de cinq belligérants se disputant un magot ne leur appartenant pas ! Les rapaces se neutraliseront mutuellement en fin de compte et le plus surprenant est qu’à la fin de la guerre on ne constatera qu’une perte de 300 kilos d’or. Cet argent servira à la reconstruction de la France en attendant le plan Marshall de 1948. Le parti-pris de Comment faire fortune… est d’introduire une erreur de comptabilité. Des nigauds de la Banque de France ont oublié 2 tonnes d’or. Stresse, panique chez les dirigeants ! L’or doit partir, mais les murs ont des oreilles et une équipe de bras-cassés se monte pour intercepter le convoi blindé. On est dans le même état d’esprit que Le Bon, la Brute et le Truand avec des personnages caractériels forcés de faire équipe temporairement avant le « chacun pour sa gueule », de la même façon qu’ont Blondin, Tuco et Santanza de se tirer la bourre pour être le dernier à s’emparer du butin. Sans le cacher Laurent Astier s’est inspiré de ces gueules célèbres du cinéma pour donner vie à ces personnages et emporter l’adhésion des lecteurs passionnés par ce cinéma d’époque. On l’imagine bien prendre comme modèle l’ancien catcheur Lino Ventura ou Robert De Niro époque Ragging Bull pour dessiner Frank Propp le boxeur raté. Alain Delon ne défaillirait pas s’il devait incarner le mafieux corse Sambionetti, le rôle de Kurtz le méchano ancien de la Werhmacht semble être taillé sur mesure pour Horst Frank. Quant à Ninon la serrurier femme émancipée as de la dynamite, Sabine Sinjen ou Dany Carrel seraient au poil. Et pourtant le dessin de Laurent Astier n’est pas ce vers quoi je me dirige d’habitude mais il offre des plans très dynamiques qui donnent du rythme à ce récit de 116 pages, une composition sublime de Paris sur une page, et la mise en couleur pleine d'énergie de Laurence Croix est un véritable plus à mes yeux. Dommage qu’il s’agisse d’un one-shot car avec l’épilogue façon Le Jour le plus long, il y avait peut être moyen d’imaginer une série chorale comme l’avait fait le grand Sergio sur sa trilogie du dollar…
Dans la forêt sombre et mystérieuse
L'idée ne m'avait guère séduite au premier abord... Voir ce nouveau projet de Winshluss dans un registre à priori enfantin ne m'enchantait guère. De la couverture bien propre sur elle au titre poétique et sans ambiguité à l'éditeur estampillé jeunesse, je m'attendais véritablement à une reconversion du maestro du trash inspiré tourner la page ou tout du moins une parenthèse pour délivrer un véritable conte pour enfants. Il ne m'a pas fallu pourtant plus de 30 secondes après l'avoir feuilleté en librairie pour avoir envie de repartir avec, avec cet infime risque d'être déçu... Mettons vite fin à ce suspens d'opérette, le dernier Winshluss est un petit chef d'oeuvre. Car non content de se réapproprier Alice au pays des Merveilles ou encore plus Mon voisin Totoro des studios Ghibli (pour son rapprochement évident entre la nature et la perception d'un éventuel deuil), Winshluss parvient à réussir un tour de force : courber la mécanique des contes vers son univers personnel peuplé de personnages aberrants et hilarants. Fourmis suicidaires, Ecureuil se prenant pour Icare ou ogre banquier, l'univers de Winshluss est parsemé de surprises et de fous rires en flirtant avec le bon goût sans jamais en dépasser les lignes comme autrefois. Les aventures du petit Angelo perdue dans une grande forêt aux animaux dingues et aux rebondissements variés prennent le ton d'un rythme endiablé dont le découpage en chapitres bien distincts et tout simplement parfait. Si le dessin surprend moins, il n'en est pas moins dynamique et chatoyant, l'auteur use et abuse de flashbacks, de courses dans le néant et de rencontres improbables sans jamais pour autant parodier les vrais contes en créant des personnages inédits et hauts en couleur. Un seul point négatif ? Les 160 pages défilent à la vitesse de la lumière et on arrive bien trop vite à la fin de ce pavé politiquement correct mais carburant au super sous ecstasy. Winshluss n'a décidément pas fini de nous étonner...
Lone Sloane
Totalement innovant, déstructuration complète et géniale des formats classiques de la bande dessinée... Dessins superbes nous immergeant dans l'imaginaire novateur et merveilleux de Druillet. Album culte s'il en est...
Universal War Two
Je n’avais même pas commencé ma lecture que j’étais déjà totalement conquis par le dessin en feuilletant l’album. Ce second cycle est de la même veine que la première guerre universelle, j’ai même l’impression que le dessin de Bajram s’est encore amélioré, il maîtrise parfaitement l’outil informatique et sa palette de couleurs. On pouvait reprocher aux premiers albums d’UW1 d’être un peu trop sombres du fait que l’intrigue se déroulait pour l’essentiel dans l’espace. Les deux premiers tomes d’UW2 se déroulent aussi sur Canaan et Mars, des planètes chaudes, ce qui permet une plus grande diversité dans le choix des couleurs. Les traits des visages paraissent aussi plus lisses et nets, c’est à peine perceptible et ce n’est peut être qu’une impression. Ajoutez un découpage dynamique et de superbes dessins en double planche. Vous l’avez compris je trouve le résultat stupéfiant. Les fans d’Universal War One ne seront pas déçus par cette suite qui reprend les mêmes recettes qui ont fait le succès de la série : space opera, hard science, batailles spatiales, voyages dans le temps, personnages rebelles et torturés, destruction de monde, drame, physique quantique, les formes géométriques très épurées… le tout toujours accompagné de références à la bible hébraïque ; le cocktail explosif est de nouveau au rendez-vous et désormais on peut aussi rajouter à la liste une invasion alien, et j’ai également bien aimé le combat type super héros de comics avec des pouvoirs entre Théa et son cousin Vidon qui fait office de « vilain ». La dégaine de Théa avec sa cape et sa tenue noire m’a fait penser à Luke Skywalker dans le Retour du Jedi. J’ai dans l’espoir qu’il s’agissait d’un amuse-gueule et qu’on assistera à d’autres duels épiques de ce genre par la suite. Comme dans UW1, on a droit à une apparition amusante de Bajram et Valérie Mangin dans le tome 2. Je vous laisse chercher dans quelle planche. Bajram abordait des thèmes d’actualité pour ensuite les critiquer de façon virulente dans UW1 comme les dérives totalitaires, les méfaits du capitalisme poussé à l’excès, l’écologie, les petits cercles d’intellectuels qui font la loi, des questionnements profonds sur la nature humaine et sa prédisposition à tuer les membres de sa propre espèce, etc. L’auteur reprend ainsi cette façon que j’adore, de construire son intrigue sur plusieurs niveaux de lecture avec en premier plan l’aspect science-fiction et tous les éléments cools que j’ai cités plus haut, les références à la religion hébraïque peuvent être lues au second plan. Puis en troisième lecture Bajram aborde en allégorie les nouvelles problématiques et maux de notre époque : l’occupation cananéenne sur Mars fait évidemment penser à celle des états-uniens en Irak (mais on peut également la transposer à d’autres conflits). Le lecteur recoupe ses impressions avec le scénario de fin d’UW1 où Kalish et ses amis partaient s’établir 200 années dans le passé pour fonder la civilisation qui vaincra les CIC, une civilisation « la plus intelligente et la plus sage » qui ait jamais existé, happy end. « Bien sûr qu’elle est foireuse votre civilisation ! » dixit Théa l’héroïne d’UW2 au patriarche Kalish. En cherchant à bâtir un monde utopique, Kalish et ses descendants ont créé un nouvel impérialisme plein d’interdits (pas d’alcool, pas d’accouplement cananeo-martien…). Les cananéens pensent apporter la liberté aux habitants « inférieurs » de Mars, et en plus ces derniers osent se plaindre… mais ils ne sont en fait qu’une nouvelle force d’occupation. Ils ont viré une dictature pour la remplacer par une autre. Comme autre thématique qui en prend pour son grade, les nouveaux outils de communication (Facebook je te vois !) où dans ce monde « utopique » chacun possède un implant dans la tête pour permettre d’échanger avec les autres, mais c’est en réalité un instrument d’appauvrissement puisqu’ils ne sont plus capables d’écrire une phrase sans correcteur d’orthographe et cette connexion ne les rend pas plus compréhensifs les uns des autres mais au contraire, les déshumanise. Les habitants de Canaan se prennent pour une sorte de peuple élu. C’est un triste revers pour Kalish qui espérait bâtir la première civilisation fondée sur le voyage dans le passé, celle de « l’homo memor », l’homme qui se souvient et apprends de ses erreurs, mais en définitif les cananéens n’ont rien appris des erreurs du passé. Pire, ils sont aussi cons et manipulables que leurs ancêtres terriens. On attend impatiemment de le voir reprendre du service dans la suite pour maraver la tronche de tous ces fachos de cananéens et ces aliens adorateurs d’une divinité triangulaire. La note peut sembler élevée compte tenu que nous n’en sommes qu’au début de la série mais j’ai confiance en Bajram, je ne vois pas comment cela pourrait s’appauvrir. Mise à jour tome 3 17/11/2016 OMG ! L’attente fut longue, on aurait bien aimé faire un saut dans le temps pour en profiter plus tôt car cela en valait vraiment la peine. Les graphismes de Denis Bajram sont toujours aussi époustouflants (on n’ira pas jusqu’à lui dresser une statue comme Kalish, qu’il se rassure), il n’a pas son pareil pour concevoir des engins spatiaux. Un très beau changement de décor, ça c’est du grand post-apo futuriste ! Visuellement ce retour de nos rescapés de fortune sur la planète Mars puise ses inspirations côté Star Wars épisode III sur la planète volcanique de Mustafar. Entre les moments d’actions façon guérilla urbaine et les moments de réflexions, on a cette fausse impression que le récit fait du surplace mais en fait on commence à en apprendre davantage sur les réelles intentions de cette race alien belliqueuse (ou pacifiste, question de point de vue). Et encore une fois c’est pour moi hyper kiffant puisque de façon involontaire j’imagine, Bajram se rapproche du romancier hard science Alastair Reynolds dans son bouquin Janus où des humains dans leur vaisseau spatial minier se retrouvent piégés à l’intérieur d’une « bulle » aux dimensions d'un système solaire où le temps n’a plus d’emprise, cependant qu’au fil du récit ils découvrent qu’il sont cloîtrés dans une sorte de « zoo » galactique ayant pour but de rassembler, collecter, répertorier, les espèces ayant accédées à l’intelligence depuis la nuit des temps. C’est assez vite résumé mais j’ai trouvé des accointances entre les deux histoires. C’est juste génial ! Que de suspens pour la suite… En plus on se marre bien avec Kalish, le grand penseur qui cite Cartman de South Park. :)
Djinn
La beauté de ces femmes de harem dans la Turquie du début du 20ème siècle; Constantinople, ville magnifique, ayant pour cadre cette histoire. On est très vite happé par une histoire dans une ambiance magique et captivante. Cela nous permet également de découvrir une Istanbul ensorcelante au coeur d'une sensualité orientale. J’aime bien le scénariste Dufaux que je considère comme l’un des meilleurs car très bien documenté. Il y a le souci du réalisme. Les personnages sont sans concession avec certes un bon brin de libertinage. Un bémol cependant: Dufaux signe à chaque fois la préface de son album et en révèle parfois un peu trop sur l'histoire. La lecture demeure un peu délicate car il y a l'histoire de deux femmes à des époques différentes qui se superpose. Kim Nelson part sur les traces de sa grand-mère Jade qu'elle n'a pas connue. Le destin de ces deux femmes d'exception va nous tenir en haleine. Un lien spécial semble les lier. Du très beau dessin également qui suscite l’admiration tant les corps sont parfaitement maîtrisés. Rien de racoleur sauf pour âme charitable préférant baigner dans le manga féminin avec ses petites minettes pré-pubaires! Ici, que de la grâce et du charme pour peu qu'on aime l'exotisme! Bref, on ne tombe jamais dans la vulgarité. Le second cycle se déroule dans une Afrique dangereuse et torride. C’est tout un autre univers qui est exploré pour la plus grande joie des lecteurs même si cela paraissait déroutant au premier abord. Cette Afrique est inquiétante avec ses sorciers et cette magie noire. Cependant, cette Afrique est également magnifique avec sa beauté sauvage. Le troisième cycle va nous emmener dans les Indes totalement envoutantes et sensuelles où notre Djinn devra faire l'éducation sexuelle de la future épouse d'un Maharadjah afin de le contrôler à des fins purement politiques sur fond de colonisation anglicane. Chronologiquement, l'action se passe après le premier cycle mais avant le second. Cela m'a un peu perturbé car nous retrouvons des personnages dont on connaît par avance leur sort funeste. Le dessin est toujours aussi soigné avec une mise en couleur tout à fait délicieuse pour les yeux. Djinn s'est enfin terminé avec le tome 13 près de 15 ans après le début de l'aventure. On fait un retour sur Kim Nelson. C'est le dernier tome du cycle indien mais qui fait le lien avec le cycle africain. On va avoir droit à un final assez digne de cette saga. On est surtout marqué par une certaine nostalgie de quitter cet univers et ces personnages féminins hors normes. On entendra encore sonner longtemps les fameuses clochettes du désir ! Une collection véritablement envoûtante avec un superbe graphisme fin et élégant et un scénario relevant du grand art ! Note Dessin : 4.5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.5/5
Les Aigles de Rome
Nous vivons une époque bien puritaine. Je ne trouve pas choquant qu'il y ait une bd plus B.N. et les sept petits adultes qui nous montre les moeurs d'une autre époque. Si je pouvais vivre à l'époque romaine, je ne dirai pas non. Mais bon, les combats de gladiateurs avec toute cette sauvagerie, cela donne quand même à réfléchir! Que les dialogues soient triviaux, cela fait partie de toute façon du langage militaire toute époque confondue. Le latin devait 'il être de rigueur? Je classe Marini parmi mes meilleurs dessinateurs sinon le meilleur. Le fait qu'il réalise intégralement une bd ne me déplaît pas, au contraire! Je trouve qu'il ne s'en sort pas si mal comme scénariste car c'est parfaitement soigné et documenté même si cela n'égale pas le niveau atteint par Murena. On sait déjà que son trait de crayon est précis et vigoureux tout en sachant se montrer subtile si nécessaire. Certaines planches sont vraiment très belles. Les couleurs procurent une belle sensation qui participe pleinement à une réalisation somptueuse. Une brillante narration sans rupture qui procure le bonheur d'une lecture confortable. C'est vrai que la thématique des frères ennemis dont les rapports deviennent amicaux à mesure que les épreuves se multiplient n'est pas nouvelle. Mais c'est si savamment orchestré ! On s'attache véritablement aux personnages dès le premier livre. Par ailleurs, pourquoi bouder le plaisir des yeux devant toutes ces très jolies courbes féminines. C'est de toute façon pour un public averti. :8 Le livre II ne fait confirmer que mon impression première. Il y a là tout ce que j'aime dans la bd et on ne peut renier sa nature par snobisme ou par suivisme. La qualité est au rendez-vous et on est véritablement immergé dans l'Histoire de Rome. Le livre III se passe entièrement en Germanie et il nous fait découvrir une perspective assez intéressante des différentes tribus soumis à l'envahisseur romain. C'est également le tome où les deux frères vont emprunter des chemins différents et se combattre à nouveau pour notre plus grand plaisir. Le livre IV confirme la trahison d'Arminius qui se révèle être un grand stratège. Le pauvre Marcus sera malmené. Pourtant, on arrive à comprendre les faits et geste de son rival. Ce tome sera particulièrement violent. Le sexe a pratiquement disparu. L'heure du combat a sonné. Marini maîtrise à merveille le cheminement au coeur de la bataille ainsi que la palette graphique. Bref, c'est encore un sans faute ! C'est incontestablement sa meilleure série ! Le livre V nous réserve encore une fois le meilleur au terme d'une grande bataille dans les forêts et les marécages de Germanie. Les légions romaines vont avoir fort à faire face aux tribus barbares. Il y a également un grand tournant dans le récit. Au début de la saga, il y avait deux héros bien distinct. Désormais, il n'y en a plus qu'un qui démarque nettement dans l'héroïsme et ce n'est pas forcément sur lui qu'on aurait misé au départ. Je profite également de ce cinquième tome pour faire passer cette série dans la catégorie culte. Il est clair que j'ai tout de suite aimé le récit. D'un point de vue subjectif, c'est le genre de bd que j'adore et qui me fait réconcilier avec cet art. C'est culte pour moi mais cela ne le sera pas forcément pour les autres lecteurs. Jusqu'à présent, je ne décernais cette note qu'avec également l'assentiment de la majorité comme on peut dire qu'Astérix est une série culte. J'ai envie de différencier cette série car je n'ai absolument rien à lui reprocher et elle me procure un plaisir de lecture maximale comme rarement atteint. En résumé, une série qui frise la perfection aussi bien sur le plan scénaristique que graphique. Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5