Les derniers avis (7654 avis)

Par Bruno :)
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Top 10
Top 10

Mais comme c'était chouette ! En fait, le Alan Moore, faut le laisser se lâcher complètement pour qu'il soit réellement efficace. Bon, il n'est pas tout seul aux commandes, mais tout le côté parodique et référentiel vient de lui, je suis sûr : il y en a plein les pages et c'est très rigolo -surtout que ça parasite pas du tout le déroulement des histoires, hein ! C'est jamais que le quotidien d'un commissariat de quartier, après tout. ... Mais quel quartier ! C'est Néopolis ! La ville où tout le monde a des super-pouvoirs... Celui-là de concept gaguesque ! Mais ça marche : le ton sans emphase et les sujets abordés -toujours sous l'angle humain, très MCG de la grande époque- font qu'on accepte le postulat de départ comme allant de soi car, simple décor aux personnages, il met en valeur -et en perspectives acceptables car très intelligemment renouvelées !- des scénarios somme toute très classiques, les mêmes que ceux de n'importe quelle autre série policière de télévision. Bon, il y a quand même un sérieux boulot de création -et parfois de recréation- au niveau des personnages, et les auteurs nous régalent d'un noyau dur de plus d'une douzaine de "super-héros" aux capacités paranormales très originalement mises en valeur (ou en berne ! Pauvre agent McCambridge !) et habilement exploitées dans chaque épisode. Et Gene Ha est juste parfait dans l'équilibre qu'il arrive a créer entre l'incroyable "réalisme" plein de détail de sa ville monstrueusement inhumaine et le rendu très fouillé de ses personnages, qui parviennent à se détacher -et de manière dynamique, encore !- sur le fond miraculeusement pas trop étouffant de toute cette richesse architecturale. L'impression "pâlie" de l'encrage de certains décors aide aussi pas mal. On a le sentiment assez surprenant d'un cadre futuriste pourtant déjà ancien -bien installé, quoi !-, graphiquement parlant ; et ça fonctionne en renforçant encore d'avantage la singularité de l'idée de départ. On s'amuse beaucoup à la lecture des aventures des Top 10 ! Il y a de l'humour -bien sûr !-, une vraie profondeur dans les rapports qu'entretiennent les héros entre eux -et donc de vraies tensions !- et les enquêtes, transfigurées par le contexte, n'en sont que plus passionnantes. Je le mets en coup de coeur car, le trouvant en référence sur le site, c'est exactement ce que j'ai ressenti, à nouveau. Une grande réussite du genre.

29/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Batman - Année Un (Year One)
Batman - Année Un (Year One)

Batman était ce super-héros, gothique avant l'heure sous les coups de crayon inspirés de Irv Novick, ou quasi cinématographique grâce à la maitrise graphique de Marshall Rogers, et dont je lisais les aventures dans ces si surprenants albums des publications Artima/Arédit, avec leurs curieuses pages alternativement imprimées couleurs et noir et blanc. J'aimais bien le personnage, et bien sûr sa galerie d'ennemis si visuellement réussis -surtout le Jocker par Walt Simonson ! Mais l'approche DC, complètement partiale aux exploits du justicier en costume au détriment des détails de sa vie personnelle, m'empêchait (déjà !) de m'attacher véritablement et, bien que séduit par telle ou telle péripétie, la chauve-souris et ses comparses costumés ne m'ont jamais fidélisé comme ont pu le faire les héros aux âmes autrement tourmentées de la maison d'édition concurrente. Le drame originel de Batman (et encore plus de Superman !), si éloigné de ma réalité, ne pouvait m'apparaitre comme véritablement émouvant. Le grand Len Wein, ayant débarqué avec son habituel savoir-faire, a failli faire pencher la balance tant son travail sur l'entourage de Bruce Wayne a rapidement pris de l'ampleur et de la profondeur : Lucius Fox et ses problèmes familiaux, par exemple... Mais je ne tenais pas les cordons de la bourse, en ce temps-là ! Seul le hasard approvisionnait mes lectures... Il aura fallu des refontes balaises pour m'amener à m'intéresser de nouveau à ce super-héros ; et Year One a, de ce côté-là, été une expérience plus que satisfaisante. D'abord les prises de positions scénaristiques de Frank Miller : l'époque est floue, l'ambiance en demi-teinte. Les personnages sont caractérisés plus par leurs interactions que par leurs choix ; et l'action, classique et illustrant son habituelle obsession -salutaire- de la dénonciation des abus des nantis, s'installe très confortablement, tissant autour des principaux héros une toile de causes et effets au travers desquels ils se définissent magnifiquement une fois la trame définitivement achevée. La relecture est magique de sobriété, pour une fois -et en complète opposition de son travail précédent (néanmoins prodigieusement jouissif !) sur le " Dark Knight ". Bruce Wayne, à peine esquissé -et pour cause-, reflète parfaitement ce qu'il est sensé être : le simple alter-ego civil -et même social- du justicier, dont le véritable visage est ce grotesque masque aux oreilles pointues. Par opposition, l'humanité bouleversante de faiblesses et d'imperfections du Commissaire Gordon et de Selina Kyle -entre autres- est magnifiée et contribue énormément à nourrir le récit sans nuire à l'intrigue ; et le sort des individus ne cesse tout du long de nous importer bien d'avantage que la résolution politique des problèmes de corruption de la ville de Gotham. ... Et puis il y a le dessin ! David Mazzucchelli, avec ce style si personnel et en même temps si "classique", et qui nous apparait si facile (ha ! ha !) tant ses cases, désertées des hachures et autres petits détails habituels sensés enrichir l'image, décrivent l'action en cours avec simplicité (!) et efficacité, laissant la part belle à une colorisation audacieuse, floue et en transparence (Richmond Lewis, très bon choix !). Les deux nous offrent une œuvre véritablement aboutie dont les planches semblent des instantanés d'une autre époque, clichés saisis par l'oeil d'un témoin anonyme et qu'on aurait miraculeusement imprimés. C'est que le dessinateur s'y entend pour suggérer, à peu de frais graphiques -encore une fois en apparence...!- la moindre attitude subtile du visage, le moindre élan dans le mouvement. Et je ne parle même pas de la justesse académique de son art, qualité encore rare à l'époque de la parution. L'encrage volontairement dense souligne sa maitrise et renforce la représentation des sentiments des personnages : l'idylle adultère de Gordon a droit à quelques cases magistrales, dont celle du baiser avec l'inspecteur Essen est un exemple-type, parfaite d'équilibre et de beauté. J'ai beaucoup aimé, donc, ma redécouverte du personnage ; et si les jeunes générations s'intéressent encore au concept complètement fou et fun et riche de possibilités d'exploration de l'âme humaine que constitue le genre des super-héros en collants, Batman : Year One est une des lectures les plus complètes qu'il est possible de trouver sur le détective chauve-souris. Et certainement aussi une des plus belle.

29/10/2023 (modifier)
Par Hervé
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Blake et Mortimer - L'Art de la guerre
Blake et Mortimer - L'Art de la guerre

Avant tout, je dois dire que je suis, depuis mon enfance, un fan absolu des aventures de Blake et Mortimer. J'ai apprécié certains albums de la période post Jacobs, d'autres beaucoup moins. Étonnamment, j'avais adoré Le Dernier Pharaon, qui explosait les codes de Blake et Mortimer, aussi bien sur le fond que sur la forme (d'ailleurs, je possède trois versions différentes de cet album, l'édition bibliophile, le format à l'italienne, et l'édition noir et blanc, tant cette adaptation m'avait enthousiasmé) Avec ce nouvel album signé Fromental et Bocquet, auteurs du très réussi "Huit heures à Berlin", je ne pouvais que m'attendre à un scénario de qualité, et je n'ai pas été déçu, loin de là. Pourtant, lorsque j'ai ouvert cette bande dessinée, j'ai été très surpris par le dessin de Floc'h, au style très épuré, très simple, voire grossier par rapport à celui de Jacobs ou de ses repreneurs. Son style pique les yeux, à première vue. Nous sommes très loin du souci du détail de Jacobs ou encore des décors fouillés et précis auxquels nous étions habitués, pourtant, la magie Blake et Mortimer opère toujours. Déstabilisant de prime abord, on finit par s'habituer au dessin et aux couleurs de Floc'h au grès de la lecture. Car, c'est avec un plaisir sans limite que j'ai retrouvé nos deux héros british dans un New York où ils pourraient tomber nez à nez avec Mister Kaplan, de "La Mort aux trousses". Avec une mise en page basée sur des grandes cases, les auteurs explosent le canon Jacobien, mais avec une intrigue sur 138 pages, l'un compense l'autre. Le scénario repose sur une enquête sur quelques jours , menée tambour battant et qui ne ménage pas son lot de surprises. Les auteurs renouent ici avec un classicisme qui fait du bien, sur fond d'un New York, que j'ai bien connu. Cette aventure, qui se situe après "La Marque Jaune", est, à l'aulne des événements actuels, d'une cruciale actualité avec le discours du Capitaine Blake à la tribune de l'ONU. Les gardiens du Temple crieront sans doute au scandale avec cette aventure de "Blake et Mortimer à New York", mais pour ma part, j'en recommande vivement la lecture. Je dois préciser que j'ai opté pour l'édition bibliophile, à 6500 exemplaires, pour découvrir cette bande dessinée.

26/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Akira
Akira

Mon premier manga en intégralité : ça faisait de la lecture ! Le battage fait autour m'avait mis la puce à l'oreille : mutants ressuscités, pouvoirs mentaux et apocalypse... Je voulais savoir ! Hé ben, on en a eu pour son argent. Katsuhiro Otomo nous offre une saga à l'ambiance bien excitante, illustrée quasi réaliste mais toujours avec ce parti-pris d'exagération dans les expressions des personnages, qui apparait d'autant plus efficace justement à cause de la juxtaposition des deux styles. Personnages d'ailleurs plutôt bien campés, que ce soit dans leurs travers d'adolescents mal barrés et/ou leur rapide maturation quand un but motivant (chacun recherche sa vérité propre) s'impose à leur ennui. Toute la partie pré-apocalypse se lit d'une traite, tant on rebondit de scènes d'actions spectaculaires et haletantes en révélations, à mesure que se définissent les rapports de solidarité et/ou rivalité entre anciens et nouveaux camarades/adversaires. Et l'énormité de ce qui se prépare est suffisamment bien amenée pour que ces (nombreux !) chapitres se justifient, ne serait-ce que par le plaisir véritable qu'on prend à les parcourir. Je ne suis pas du genre à m'extasier sur la maitrise de la représentation de la réalité, en matière de Bande Dessinée ; au contraire, à priori. Mais force est de constater que ces décors aux perspectives géométriques écrasantes de justesse offrent à la moindre manifestation de pouvoirs paranormaux un contraste parfait ; et on anticipe chacune des apparitions de Kiyoko, Takashi, Masaru et, bien évidemment du héros de la tragédie, Tetsuo, avec une excitation qu'il est rare d'éprouver à la lecture de ce genre d'aventure tant le sujet a été essoré. Quel suspense jusqu'à la scène grandiose qui voit le bouleversement total de l'univers des héros, et la redistribution des rôles pour un redémarrage de l'histoire sur les chapeaux de roues ! Bon, la laideur de la survie dans les décombres me séduit moins, même si c'est largement justifié par le contexte et pas trop complaisant -au contraire même : très réaliste, encore une fois. Le développement du caractère de Tetsuo est logique et très bien amené, comme ses relations avec les autres personnages. Et l'intrusion du monde extérieur dans la réalité de ce Nouveau Tokyo ravagé est prétexte à des scènes dessinées d’anthologie : mon traumatisme "Skylab" est définitivement exorcisé ! La conclusion, un poil frustrante mais en même temps très logique, s'envole vers des sphères beaucoup plus éthérées que ne l'avait laissé pressentir l'ensemble du récit, très concret dans son écriture ET scénaristique ET graphique ! Il était en même temps difficile de surenchérir dans le domaine et cette fin "par le biais", plutôt ouverte et positive, apparait comme une bonne option -tout aurait peut-être paru trop lourd sinon ?! J'avoue n'y être pas retourné depuis longtemps, uniquement à cause des représentations de la ville post-Akira ainsi que des souffrances de Tetsuo -berk !- qui me laissent un poil déprimé, à chaque fois. Mais ce manga est décidément une grande œuvre très complète de divertissement qui, si elle se contente de brasser ensemble une multitude de clichés de Science-Fiction -et même dans le domaine du super-héros !-, le fait avec une maitrise et un jusqu'au boutisme bluffant d'efficacité qui justifient l'entreprise. Presque écrasant d'aboutissements.

26/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Les Frustrés
Les Frustrés

Claire Bretécher, le "rayon X" du Neuvième Art. ;) Quelle jouissance, ces portraits sans concession de toute une génération de la population Française, pleine d'auto-suffisance pour certains mais, surtout, complètement dépassée par la mutation des rythmes du quotidien, bouleversés par cet afflux d'informations culturelles incessant et impossible à assimiler ainsi que par le vertige de nouveautés de cette époque hallucinée de la fin des années soixante-dix. Pour en avoir été témoin via le quotidien de mes parents et de mes sœurs ainées -toutes deux ont eu un mal fou à s'adapter aux années quatre-vingt, beaucoup moins pailletées !- je ne peux que constater la précision de l'analyse -très spontanée et incroyablement talentueuse- de l'artiste, qui pointe les difficultés réelles que peut éprouver toute une société quand elle subit, sans y être préparée, un conditionnement sociologique qui la pousse à adopter des comportements pas du tout raccords avec ses aspirations naturelles, profondes et légitimes. Le consumérisme à tout va, la nécessité d'être au courant de tout et n'importe quoi, tout en étant dans l'incapacité de pouvoir réagir, la remise en question de tant de valeurs mais sans aucun recul quant à la validité des révolutions vendues par les médias... C'est très Parisien et plutôt axé "Bobos", cette catégorie sociale dont je ne savais rien avant la lecture de ces Frustrés, si bien nommés -je suis issu d'un milieu économique plutôt pépère (pour qui sait travailler !) au moment des faits : mon père était artisan maçon dans le Sud-Est- mais il m'était pourtant impossible de ne pas faire le parallèle entre ces intellectuels de gauche de la capitale, incroyablement psychorigides dans leurs points de vue volontairement -et très lâchement !- limités, et ma parenté beaucoup moins "up to date", mais pareillement influencée et détournée de ce qui aurait dû être ses préoccupations les plus basiques/logiques. Un témoignage éclatant et hilarant -si on apprécie le mix super-personnel de Claire !- d'une époque qui a vu l'adoubement des médias comme seule référence de la réalité, et l'étape la plus décisive dans le formatage d'une grosse frange de la nation, persuadée -enfin, qui continue à se le faire croire...- d'avoir raison sur tout. Un état de fait toujours et plus que jamais d'actualité. Culte.

26/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série L'Incal
L'Incal

Une époque. Je ne donne mon avis que pour ce qui concerne la création originelle des 80's, que j'ai donc eu la chance de découvrir "in situ". Moebius au service de Jodorowsky... La froideur cristalline des sphères célestes alliée à la chaleureuse dinguerie humaniste du Sud, ça ne pouvait être que détonnant. Histoire classique de S.F. (humanité en déliquescence et futur en berne), les héros improbables réunis autour du plus nul d'entre les nuls s'embarquent pour une quête mystico-transcendantale grâce -à cause !- d'une entité/concept omniscient : l'Incal. Ils vont d'attentats extra-terrestres en guérillas urbaines, de manipulations politiques en révélations technologiques terrifiantes avant de se retrouver aux commandes du pouvoir suprême, prêts à affronter la Ténèbre, incarnation finale du Mal. Ça commence comme un Comic super-bien détaillé, avec rebondissements et trouvailles à foison et plein de personnages pittoresques habitant un décor vertigineux de béton et de verre, plus vrai que nature dans sa démesure. Rapidement les apparences éclatent et cet univers de dissimulation, tout en couches superposées, révèle des horizons toujours plus surprenants (le palais présidentiel, tellement Versailles ! La cité Techno et son idéal d'efficacité libérale ou le Centre-Terre et ses contrées de cristaux, superbes !) jusqu'à s'ouvrir sur les étoiles ! On est en pleine aventure enfantine et les deux artistes s'éclatent à mettre en scène un maximum de ce qui les interpelle dans le genre. Les poncifs s'accumulent : Gorgo Le Sale et les Psychorats, les sages à barbiche et même un Goldorak absolument jouissif dans son hystérie destructrice ! La maestria du talent de Moebius tire souvent vers le haut ce délire somme toute très amusant. Les décors, bien sûr ; mais aussi la beauté des visages : Solune et Animah bénéficient d'un traitement de faveur dans pas mal de cases ! Quant à Tête De Chien, il est extrêmement bien dessiné dans ses expressions ! Il y a un pic de créativité au milieu de l'intrigue avant une accélération/simplification vers la fin, avec l'arrivée (un peu tardive et assez incompréhensible sur le moment) d'une autre équipe de "justiciers". Mais le tout est toujours très distrayant et, même si l'affrontement final est un peu frustrant, quoique traité logiquement, on est content que ça s'arrête... Enfin, pas pour tout le monde, à priori : pauvre John ! Mais bien sûr, le pauvre John, c'est nous ! Ah ! Ce Jodo ! Bel exemple -très positif !- de ce que des artistes libérés de toute censure peuvent produire. Les bons, évidemment.

24/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Les Aventures de Tintin
Les Aventures de Tintin

Je note surtout pour les albums que j'ai lu enfant et adolescent -et se situant tous après "L'Île Noire" (très déçu !) et avant (ouf !) "Vol 714 Pour Sydney"- un Tintin assez dénaturé par (peut-être ?) le sujet choisi et, surtout, son traitement outré, tant dans la mise en scène que le dessin. Et je n'ai toujours pas lu "Tintin Au Pays Des Soviets" et "Tintin Et Les Picaros"... ! "Au Pays De L'Or Noir" ne m'avait pas plu, mais je ne me rappelle plus vraiment pourquoi (je ne le possède pas) : peut-être une impression d'artificialité... ?! Je rejoins l'avis de Benoît Peeters quant à la difficulté d'assimiler les histoires une fois devenu adulte ; même si je pense aussi que le côté désuet du style -tant graphique que scénaristique- bloque aussi un peu pour les Tintin des débuts. J'avais apprécié le côté critique "gentillet" du Wild West dans "Tintin En Amérique", cependant. Mais tout le reste... ! Les contraintes Historiques (la guerre, les changements de format, de rythmes de parution, etc...) ayant obligé Hergé à se dépasser dans la difficulté -comme tout grand artiste qui se respecte- la bande représente toujours ce qui s'est fait de mieux au service de l'Aventure -d'ailleurs, je mets la majuscule ! C'est toujours du non-stop, pour le reporter et son ombre canine -si humaine, dans ses réactions émotives ! Bien sûr Tintin est notre double idéalisé, si transparent au premier abord qu'il n'est pas très difficile de s'approprier son perpétuel enthousiasme adolescent et son inflexible idéalisme moral, bien établi dès le début de la période dont je parle ici. Et c'est bien là la principale clé du succès : l'action ! Pour notre plus grande joie, on se lance avec eux à la découverte pédestre -mais au pas de course !- de la Syldavie ; on traverse le Sahara avec le plus casse-bonbons, le plus handicapant des comparses -l'amour BDessiné de ma vie ! On traverse les océans pour aller à la découverte d'aérolithes cataclysmiques, de trésors bien cachés, avant un détour par les Andes et, les plus hauts sommets gravis, on ira même jusque sur la Lune ! Ne reste plus qu'à lutter contre l'espionnage, l'esclavagisme moderne puis filer sauver un ami des neiges éternelles et de l'affection trop exclusive de son nounours mythologique (!) avant de revenir se détendre (grand moment !) au château de Moulinsart. L'efficacité est ici le maitre-mot : clarté des images, pleines d'allant malgré leur froide ligne claire, et lisibilité de l'action, toujours soutenue par des dialogues riches d'informations -et d'humour. Résolument moderne, encore aujourd'hui, et assez étonnamment dynamique. ...Et combien de chouettes personnages ! Les comiques, bien sûr, comme ces deux policiers jumeaux, si réalistes (!), et ce professeur sourdingue illuminé - et les autres exemples de scientifiques fous, Calixte en tête ! Super lucide, le Hergé ! Et encore cette cantatrice égocentrée, cet émir en adoration devant son rejeton infect, et cet insupportable représentant ! Et les adversaires, le traitre calculateur, le(s) couple(s) d'impitoyables gangsters sadiques (le coup de la barbe au-dessus ou au-dessous !) ou ces criminels de guerre, affreux à la démesure... Les running gags avant l'heure : "... Non, ce n'est pas la boucherie Sanzot, ici..." ! Et les plus attachants seconds couteaux du genre : majordome loyal, ami(s) juré(s) du bout du monde, commerçant opiniâtre, Capitaine fidèle, Mitrailleur à bavette converti et ex-Colonel bourru... Et Wolf ! Mais surtout Haddock. Le Capitaine Haddock qui, avec ses failles si humaines, ses indignations viscérales et ses colères explosives a apporté tout ce qui manquait au jeune homme/miroir de ces pages et sans qui, j'en suis persuadé, l'Aventure n'aurait jamais pu être aussi réussie. Puisqu'ils nous ont fait rire et pleurer, c'est qu'ils étaient pour de vrai, non ?!

24/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Docteur Ventouse Bobologue
Docteur Ventouse Bobologue

Moi, ça m'éclate ! De la secrétaire tour à tour insupportable de suffisance et de snobisme et, en même temps, imparable de bon sens, à la concierge Portugaise à l'accent irrésistiblement bien rendu lors de sa diatribe contre "la Sécou'" (!), je m'amuse follement à lire cette charge extra-lucide (encore une fois !) contre les institutions en place ; elles-mêmes tellement blasées sur la question de leur utilité toute relative qu'elles ne jouent plus qu'à peine leur comédie de l'assurance à leurs veules et crédules patientèles nourricières. Quand on voit avec quelle insolence et honnêteté Claire Bretécher dénonce l'hypocrisie des milieux médicaux sur les questions de santé publique (le gag avec la représentante des laboratoires !), on en vient à rêver un album entier rempli de ses impressions quant à la crise d'autorité sanitaire qui s'est emparée de nos dirigeants, récemment : elle aurait eu de quoi phosphorer ! L'humour continue à être le seul moyen de dénoncer, décidément. Alors vivement la relève. Claire ! Où que tu sois : je t'embrasse !

24/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série X-Men - L'intégrale
X-Men - L'intégrale

... Ah. Difficile de résumer mon avis sur cette intégrale-là ! La genèse et les aventures de ce qui est devenu -rapport à l'énorme popularité de la refonte 70's- les "anciens" X-Men, ne représentent fatalement pour moi qu'une source de références (très roboratives) ayant peuplé l'Historique culturel du nouveau groupe tant que je n'ai pas eu accès aux rééditions (en tant qu'adulte). Leur impact de séduction a donc été moindre, même si j'ai apprécié la mise en avant du thème originel et original de Stan Lee -l'exclusion- ainsi que les dessins très lisibles du Kirby très raisonnable des débuts. Le passage d'Adams est spectaculaire et je regrette de ne pas l'avoir découvert "en live". Havoc est une très grande réussite graphique, à la fois sobre et spectaculairement nouvelle : l'absence totale de relief de son costume noir, le faisant apparaitre comme un être en deux dimensions, et les " cerceaux " concentriques de lumière qui émanent de son cœur, avec leur symbolique stylisée sur son masque... Inégalé. Ceci étant posé, je suis encore enfant quand je découvre le nouveau groupe et, au delà du choc graphique initial (les visages aux expressions marquées de Dave Cockrum ainsi que son goût prononcé pour le costume symbolico-flashy !), j'ai tout de suite accroché au concept mutant made in Marvel (ils n'ont pas choisi leur sort, ça me parle !) ainsi qu'à la dynamique inter-équipiers : on comprenait tout de suite qui était qui et faisait quoi... La froideur professionnelle de Scott, la distante dignité d'Ororo, la nature sauvage de Logan, la bonhomie mature de Sean, la candeur juvénile de Piotr, la vivacité d'esprit -l'humour- de Kurt et, déjà, l'ambivalence de la personnalité de Jean : "...Oui, non... Peut-être. Pas ce soir, Scott..." ;) L'arrivée de John Byrne, immédiatement après ce premier contact, enfonce le clou et, sous mon regard fasciné -et dans un désordre complet d'achats et/ou d'héritages de proches moins accrocs que moi, et ce jusqu'à ce que ma mère se décide à me les acheter régulièrement une éternité plus tard (!)-, cette famille recomposée -aux très nombreux parents !- s'achemine lentement (trimestriellement ! C'était une torture !) vers des sommets de tension dramatique qui voient leurs identités évoluer, pour certains, de façons tout à fait inattendues -quoique... Alors je vais passer vite sur la période très créative Cockrum/Byrne : tout a été dit sur la mort de John Proudstar, la "prise de poids" de Logan au sein de l'équipe, ou bien la déshumanisation progressive de Jean -je me refuse à considérer la problématique Strange-Girl/Phénix comme une histoire de double identité : ce n'est pas ce que j'ai lu alors. Et tout le délire "cosmique" justifiant sa résurrection commerciale n'est que ça : un prétexte. Au départ de Byrne, un retour en arrière (scénarios simplistes et un Dave Cockrum très mal encré !) très frustrant nous est imposé, avant un certain renouveau avec John Romita junior (la ré- invention de Malicia ; et la mise en abîme de sa double personnalité -Carol Danvers- est particulièrement bien exploitée), et quelques transcendances véritablement artistiques signées Barry Windsor-Smith. À croire que, en fait, la qualité de l'écriture de Chris Claremont dépend de l'artiste avec lequel il partage la réalisation du Comic Book car, avec Paul Smith, on repart vers du plus inventif et plus fun, et Marc Silvestri donnera un punch bienvenu aux scènes d'action du très inégal cycle Inferno. Sans compter une réelle beauté plastique aux héroïnes, Madelyne en tête. Mais l'accession des X-Men à un statut presque divin (dans leur bouquin comme dans la presse spécialisée) achève de les dénaturer : ils deviennent complètement intouchables (indétectables, omniprésents et omniscients...) et, pour le coup, beaucoup moins intéressants. ...Ensuite, eh bien... On a droit à quelques redondances (Magneto gentil, puis méchant, puis gentil...) et des trucs carrément grotesques, comme une Jean Grey qui, non seulement se porte comme un charme après son suicide, mais se voit pour un épisode transformée en "Poulpe-Girl" ! Ororo nous fera le coup de Peter Pan, de son côté... Et je ne dirai rien des refontes successives infligées à cette pauvre Betsy ! Enfin BREF... ! Les meilleures choses ayant une fin, j'ai jeté l'éponge en même temps que Chris Claremont, le scénariste quasi unique de la seconde mouture du concept (car c'est le Grand Len Wein qui a véritablement créé les Nouveaux X-Men, internationaux et caractériels !); Jim Lee a, malgré tout son talent, transformé le canard en press-book indigeste : tout le monde pose ! Mais la genèse bis du titre vaut vraiment le coup : outre des personnages vraiment bien définis et intéressants -on sent bien qu'ils échappent aux visées initiales des auteurs !- la temporalité de l'action (étirée) donne une densité au récit (comme pour Spiderman, en son temps), et la justesse avec laquelle Chris Claremont et ses potes déplacent leurs joujoux sur les cases de leurs aventures -souvent humaines autant que super-héroïques- renforce l'affection qu'on a pour cette création particulière, en confirmant la validité de notre coup de cœur initial. On n'a pas uniquement été séduit : on a eu raison de les aimer.

23/10/2023 (MAJ le 24/10/2023) (modifier)
Couverture de la série Seuls
Seuls

Je suis assez enthousiaste après la lecture des trois premiers cycles de cette série (13 numéros). Cette série s'adresse à un large public avec des thématiques assez compliquées dans un scénario de Vehlman très recherché. Son récit fourmille de créativité et de rebondissements ce qui a maintenu ma curiosité tout au long des trois cycles. Il y a bien un ralentissement au sein du cycle deux mais c'est vite oublié avec les surprises et l'ambiance du cycle 3. La prouesse de Vehlmann est de faire vivre des personnages puissants bien au delà du groupe des 5 de Fortville. Même dans le groupe, les auteurs peuvent se permettre de mettre Dodgi sur la touche assez longtemps sans que la tension dramatique du récit n'en souffre. Velhman a construit un scénario qui nous emmène au confins de la science quantique et de la spiritualité sans que les explications d'Anton ne sonnent creuses. J'ai trouvé la qualité du texte remarquable mêlant le pointu via le duo Ivan-Anton, le comique avec Terry, l'aventure avec Dodgi et Léïla et le mystérieux avec Camille. De plus l'apparition de personnages ambigus à la personnalité complexe (Saul, Alexandre, Achille, ...) rend le récit vivant et toujours en renouvellement. Je suis un grand fan du graphisme de Gazzotti. Sa maîtrise rend possible l'expression des différentes ambiances qui traversent la série. C'est toujours précis et juste et les expressions fortes des personnages accompagnent très bien la narration. Les plans sont rapides et ingénieux produisant une dynamique de l'action vraiment prenante. Pour finir j'aime beaucoup la mise en couleur moderne et jeune de Usagi qui rend la lecture extrêmement plaisante. Une série d'une grande originalité qui avance avec un scénario et un graphisme de haut niveau. Un vrai régal pour un public très large. J'attends le cycle 4

22/10/2023 (modifier)