En refermant chacun des deux tomes, une vague d'émotion silencieuse vous déséquilibre, comme quand l'eau se retire du sable sous vos pieds.
Vous n'avez d'autre choix que de mettre un pied devant l'autre en regardant l'horizon, sans savoir si le vent du large vous mouille ou vous sèche les yeux...
Dans ce dyptique, il y a quelque chose qui rappelle les films italiens des années 50 qui racontent la pauvreté de l'après-guerre. Je me souviens que j'avais un peu poussé mon tout jeune ado à regarder "La strada" avec nous et à la fin il m'avait dit : mais pourquoi vous aimez les films tristes ?
En réalité ce n'est pas tant la tristesse que la douleur, l'injustice qui paraît, lorsqu'on est jeune, inutile, contre-productive, inacceptable... et en aucun cas belle.
Pourquoi lorsqu'on est adulte, on peut trouver beau un roman, un film, une pièce de théâtre qui ne raconte que des échecs ? Je repense souvent à la question de mon fils lorsque je suis émue par une oeuvre d'art.
Cette BD raconte la fin d'un art, décidée par un dictateur grec. Ce chant triste et autodérisoire, accompagné d'instruments à cordes, raconte le destin des immigrés turcs dans les années 30. Comme souvent , les tyrans agissent comme des enfants, la pauvreté revendiquée, le recit des échecs les embarrasse autant que les habitudes étrangères.
Contrairement à Grogro, je n'arrive pas vraiment à comprendre le mécanisme qui aboutit à cette émotion, ce sentiment d'appartenance qui nait à la lecture de cette histoire, si lointaine à tout point de vue : les année 20, la Grèce, des musiciens fauchés et immigrés, qu'ont-ils de commun avec moi, finalement ? Eh bien c'est là le miracle : leur situation sans issue ressemble à la nôtre.
Nous nous reconnaissons dans ce sentiment à la fois d'impasse et de la nécessité toujours recommencée, de génération en génération, de perséverer.
Le dessin est bien-sûr très réussi : La lumière méditerranéenne, le modelé des paupières de tous ces regards fatigués, les ravages de la coco sur des jeunes visages, les silhouettes dansantes dans l'ivresse, l'ombre des oliviers ou celle des canisses abritant un repas dans la douceur de l'air...
Mais j'ai du mal à croire que le dessin puisse faire le travail à lui seul. Les personnages, leur humour et leur rage, et la musique absente, (qui reste imaginaire pour le lecteur qui est trop pris par l'histoire pour chercher sur internet les traces de ce fado grec... ) s'enchevêtrent dans un scénario complexe, difficile à se remémorer, comme si notre tête avait cogné sur des rochers en suivant les remous du fleuve triste...
Si vous êtes assez vieux, vous aimerez cette histoire.
J'aime bien le qualificatif de série Pop corn que lui a attribué un aviseur. Perso je le prend du bon côté, une bonne série commerciale qui fait passer un agréable moment de lecture dépaysante. Evidemment la thématique complotiste autour d'un labo pharmaceutique et d'une agence de sureté américaine n'est pas de première jeunesse. Toutefois la construction originale autour de ces six personnages dynamise l'intérêt de chaque opus en apportant un élément nouveau à chaque lecture. Je dois reconnaitre que la construction des croisements entre les histoires est quasi parfaite. La limite de cette méthode est que l'on se trouve sur un temps court puisque chaque opus se focalise sur un passage commun. Cela impose de nombreux flash back, un récit coup de poing qui peut laisser certains personnages sur le bord du chemin et créer une petite frustration. Ces petites remarques ne doivent pas cacher le vrai travail de coordination intelligente pour finaliser une série avec cette cohérence.
Quant à lire la série dans n'importe quel ordre j'ai un petit doute. Perso je trouve la série bien plus fluide avec un ordre Camille- Darius ou Jonas- Park ou Noah et Fouad.
La faiblesse est surtout graphique à mes yeux. Certains personnages sont à la limite de la caricature avec des visages pas trop soignés. Par contre j'ai bien aimé le travail sur les décors et les extérieurs qui donnent un fort goût façon James Bond à la série.
Le tome 7 possède une double vocation en réunissant l'ensemble des protagonistes dans un final moral tout en laissant une ouverture pour une suite potentielle. Là encore c'est réalisé avec une belle maitrise car il y a du matériel pour aller plus loin sur ce thème de la liberté individuelle qui pilote la série. A suivre. en saison 2 sans être un achat prioritaire.
Bon, de l'érotisme hétérosexuel, sur le papier ça ne devrait pas m'attirer. Pourtant l'album possède quand-même quelques atouts qui m'avait donné envie de le lire : une mise en avant du désir féminin, une narration jouant sur un flou entre rêve et réalité, une utilisation de la figure de la sorcière pour parler de l'ostracisation et de la diabolisation des femmes, et deux graphismes magnifiques s'alternant pour illustrer les changements de perception de la protagoniste
Ouais, l'album a de bonnes qualités.
Et, grande surprise, même si je lui trouve un petit défaut (parfaitement personnel et sur lequel je reviendrai après), j'ai trouvé l'album très bon. Ce petit défaut n'est pas vraiment l'érotisme hétérosexuel, bien que la figure fantasmée masculine ne me fasse pas vibrer le cœur (ni frémir le pantalon d'ailleurs) je trouve tout de même les sujets du désir féminin, des désirs refoulés et des fantasmes assez joliment traités. En fait, le seul défaut que je trouve à cet album est qu'il m'apparaît dommage de ne pas avoir profité davantage du sujet de la figure de la sorcière. Oui, je suis sans doute un peu vache dans cet avis, le sujet reste central à l'album, mais la figure de la sorcière, ses symboliques et ses réappropriations me tiennent énormément à cœur. Ici, cette figure est bien utilisée pour illustrer la peur de l'inconnu, la personnification de ce que nous jugeons de mal dans une société, un outil de contrôle pour éliminer les gens que nous n'apprécions pas. C'est juste que je n'aurais pas boudé voir tout cela un peu plus... un peu plus présent, un peu plus développé. Tout cela fait trop sage, trop convenu.
Oui, ce n'est sans doute pas très clair, mais j'ai tout de même un petit sentiment d'occasion manquée à la fin de cet album.
Après, quand je dis défaut, je le trouve moi-même minime. Honnêtement, l'album reste bon, ne serait-ce que pour les très beaux graphismes et le jeu très intéressant sur leur alternance de plus en plus chaotique pour illustrer le sentiment de perdition de la protagoniste.
Je déplore simplement le fait que l'album aurait pu davantage étoffer son propos sur la figure de la sorcière.
(Note réelle 3,5)
Très similaire à un autre album de la collection "Patte de mouche", à savoir Imbroglio, en ça que tous deux parodient les fins de whodunit en enchaînant et en sur-exagérant les révélations.
Ici, on est même plus précisément sur une fin à la Scooby-Doo. Oui, les deux enquêteurs ressemblent à s'y méprendre à Sherlock Holmes et au docteur Watson, mais il n'empêche que la scène très connue et ultra-codifiée du retirage de masque avec l'explication abracadabrantesque qui justifie pourquoi quelqu'un se serait déguisé en monstre ça tient quand-même plus du Scooby-Doo.
Ici, donc, préparez-vous à enchaîner les masques, les mobiles et les révélations (toujours accompagnées du tonnerre dramatique, pour faire plus vrai).
C'est con, c'est court, c'est efficace.
En tout cas, l'album m'est resté en tête plusieurs années après lecture et parvient encore à me faire sourire.
(Note réelle 3,5)
Si certains ne doutaient encore de l'antimilitarisme de Tardi cette série aura vite fait de l'éclairer. Tardi positionne son récit à hauteur d'un simple fantassin parigot du XXème transbahuté sans logique d'un point à un autre du conflit. C'est une excellente mise en image de la synthèse très fine de l'historien Verney et grand spécialiste qui accompagne et guide cet ouvrage. Pour moi les deux récits se répondent pour apporter une intelligence globale sur les événements. Les explications de Verney prennent de la hauteur pour donner une vue d'ensemble politique, militaire, industrielle ou sociale du conflit. Le détails des opérations militaires est survolé mais donne du sens aux différents ordres donnés par les belligérants en fonctions d'informations inaccessibles à la troupe. Tardi lui colle son soldat à la boue ou la poussière des tranchées dans un maelstrom d'hommes et de bêtes en mouvements et de contre mouvements qui confinent à une absurdité mortelle. Pas ou peu de dialogue puisque l'on a pas le temps d'établir une relation que le camarade se retrouve les tripes à l'air. Il ne reste alors que cette voix off obsédante par sa lucidité muette.
Les deux récits se rejoignent sur le nombre de morts, cette saignée de toute une génération que les pays mettront des décennies à panser. Un "massacre des innocents" de tous les pays que les auteurs attribuent avec lucidité à des vieillards peu avare du sang de leurs jeunes compatriotes/sujets. Force sénile bien nommée chez Verney, invisible chez Tardi dont l'empreinte s'est fait sentir une bonne partie du XXème siècle.
C'est l'originalité de la lecture qui propose une synthèse historique globale qui va marquer le futur et une analyse pertinente du ressenti des hommes qui va influencer leurs comportements ultérieurs.
Une approche différente sur le conflit très intéressante si on connait déjà le déroulement des opérations.
J'avais des a priori avant d'entamer la lecture, a priori à l'endroit du parti pris graphique. Mais très vite, tout s'est envolé devant l'originalité du récit. En outre, Prévert y est présenté comme quelqu'un d'espiègle et atypique, ne supportant ni la mise en case (au sens de "mettre quelqu'un dans une case"), et la somme d'informations fournie apporte la densité qui plait au bonhomme, offrant une vue assez exhaustive de son "travail". L'homme était bien poète, mais il l'était dans tout ce qu'il entreprenait.
Finalement, le dessin finit par apprivoiser l'oeil, au point qu'on le trouve en adéquation parfaite à la fois avec le propos mais également avec l'artiste. On songe parfois au dadaïsme, au surréalisme, à Picasso... En somme à tout ce qui faisait la vie culturelle d'avant-guerre jusqu'aux années 60. Tout cela est très congruent. Même le titre en forme d'antiphrase fait écho à la personnalité foisonnante de Prévert.
En prime, voilà-t'y pas qu'une fois ma lecture terminée, je réalise que le scénario était signé Hervé Bourhis. Comme quoi purée, y a pas de mystère...
Décidément la Fantasy a le vent en poupe en ce début d'année. Après les excellents L'Île aux orcs et Fantasy - Yourcenar / Alma, ce "Le Roi des fauves" pourrait bien, lui aussi, sortir du lot dans le genre sus nommé. Ce premier tome a d'indéniables qualités, mais je vais quand même attendre le second volume (prévu pour fin d'année), il doit clôturer la série, avant de le crier sur les toits.
Une adaptation du roman du même nom d'Aurélie Wellenstein, roman avec de très bonnes critiques (non lu). C'est un trio d'auteurs qui a déjà collaboré sur Robilar ou le Maistre Chat qui s'y attelle.
Un récit au rythme bien dosé, des personnages attachants, à défaut d'être innovants et un scénario avec une touche d'originalité.
Dans un royaume où règne l'inégalité, trois adolescents, Ivar, Oswald et Kaya, vont braver l'interdiction de chasser pour ne pas mourir de faim. Ils seront rattrapés par les soldats et jugés coupables. La sentence sera pire que la mort, ils vont être transformé en berserkirs (monstres à ressemblance animal). Pour cela on va leur faire avaler une larve (façon Alien) qui va s'occuper de la mutation sur plusieurs jours.
David Chauvel maîtrise son sujet, c'est captivant et il distribue avec justesse les informations sur ce monde fantastique teinté de magie.
J'aime beaucoup le dessin de Sylvain Guinebaud, je l'avais découvert avec le tome 3 de La Geste des Chevaliers Dragons. Un style qui se reconnaît au premier coup d'œil, avec cette particularité dans l'expression des visages, des mimiques poussées à l'extrême. Perso, j'adore.
Les couleurs de Lou sont superbes et changent suivant les différents espaces temps.
Du très bon boulot.
Impatient de rencontrer ce roi des fauves.
Et bien perso, j'ai vraiment aimé cet album. Je ne m'étendrai pas sur la qualité du dessin de Frantz Duchazeau qui n'est plus à démontrer. Le trait est enlevé et dynamique en apportant une fraicheur bienvenue.
Le scénario est original. Disons plutôt que le point de vue adopté offre une vision nuancée voire surprenante du petit prodige autrichien. J'aime beaucoup la vision de Milos Forman pour son film Amadeus, mais ici, Duchazeau nous présente un artiste qui est encore un enfant. Il est déjà très doué et sa réputation commence à s'étendre à toutes les cours d'Europe. Le jeune Mozart est exploité par une noblesse sans vergogne. Tout le monde se l'arrange, minaude, flatte, supplie le phénomène de dispenser des leçons qui ne seront jamais payées, bien évidemment. L'image donnée de la noblesse de cours est terrible, mais sans doute proche de la réalité (ça correspond à des choses lues précédemment dans divers ouvrages). On a affaire à un ramassis de vils personnes fardant leur individualisme derrière une obséquiosité de façade. Wolfgang travaille d'arrache-pied, frisant le burn-out, s'il est permis d'employer un terme contemporain. C'est finalement devant l'insistance de son père (présenté au départ comme quelqu'un de froid et d'autoritaire) qu'il finira par fuir la France pour retourner en Autriche.
Voilà pourquoi j'ai aimé cette BD : ça cause de musique tout en bénéficiant d'une narration fluide au service d'un dessin stylé, ainsi que d'un point de vue fort peu commun.
J'ai trouvé cette biographie de Jacques Prévert très bien construite derrière ce titre provocateur. Un titre qui interroge un peu comme le faisait le peintre Magritte à la même époque. Ainsi Hervé Bourhis et Christian Cailleaux prennent le parti pris audacieux de s'écarter d'une biographie chronologique exhaustive et pas à pas pour se rapprocher des particularités du personnage. Prévert qui ne dédaignait pas l'Agit-prop aurait probablement apprécié la construction de cet ouvrage pas toujours hagiographique mais qui sonne particulièrement juste.
J'ai lu l'intégrale qui s'arrête dans les années 50 après son grave accident laissant une bonne partie de la vie de l'artiste aux bons soins de la curiosité du lectorat. Personnellement j'ai lu son recueil "Paroles" comme lycéen sans être transporté par l'émotion. L'ouvrage reste d'ailleurs assez discret sur la poésie préférant mettre l'accent sur le Prévert politique et le Prévert scénariste de cinéma. C'est sa collaboration avec Marcel Carné qui a produit plusieurs chef d'œuvres du cinéma français qui me touche le plus.
Devant une telle diversité, Cailleaux ne pouvait pas se contenter s'aligner des cases où il aurait enfermer l'artiste. L'auteur propose donc un graphisme pluriel où des pages de type illustrations, affiches alternent avec des pages plus BD pour revenir à une présentation de type collage. Le trait est classique et c'est dans cette construction que se trouve l'originalité de la narration visuelle.
Un ouvrage intéressant juste et bien documenté qui fait l'effort de faire vivre le personnage plus que de le raconter.
volume 1
Très belle découverte avec cet auteur que je ne connaissais pas du tout.
Avec cette histoire d'échangisme, Andrew Tarusov nous offre un scénario solide basé sur un superbe dessin. En effet, les dessins de Tarusov sont tout simplement lumineux, à l'image de la couverture.
Certes, l'auteur nous présente des scènes de sexe explicites sur un temps très court, celui d'une rencontre à la plage.
J'ai littéralement été séduit par le style de Tarusov, qui illustre des corps parfaits de pin-up, des visages souriants, respirant la joie de vivre, bref l'auteur met en scène une partie de jambe en l'air joyeuse entre 4 adultes consentants. Un véritable hymne à l'amour libre sous le soleil.
Une bande dessinée pour adulte rafraichissante qui mérite de s'y attarder.
Une suite serait bienvenue, bien que l'histoire pourrait se conclure ici, mais le "à suivre" laisse présager de bonnes nouvelles.
Un auteur à suivre, un dessin de très bonne qualité...bref, je recommande ce bouquin des éditions "dynamite".
volume 2: Pleasure Land
C'est avec surprise que je suis tombé sur le deuxième tome de cette série érotique chez mon libraire.
J'avais adoré le premier volume qui respirait la liberté, le soleil et la bonne humeur.
Nous retrouvons Grant et Betty, notre jeune couple toujours en quête de plus de sensations sexuelles .
Là où leur première aventure se cantonnait à un décor unique, la plage, nous voyons nos deux héros s'ébattre en bonne et belle compagnie dans un véritable baisodrome avec sauna, piscine, chambre d'hôtel,boite échangiste. Certes Grant, ici, se montre moins entreprenant que dans le premier volume mais c'est un plaisir de découvrir Betty , sa compagne, dans des situations et positions très équivoques.
Car ce qui fait la force de cet album c'est le dessin lumineux d'Andrew Tarusov, qui respire la joie, la bonne humeur.
Les scènes de sexe sont toujours consentantes et les femmes y sont magnifiquement représentées.
Un ouvrage de porno chic, sur un scénario assez simple mais de très bonne qualité.
Andrew Tarusov confirme avec ce deuxième volume tout le bien que je pensais avec le tome 1.
Cerise sur le gâteau, un tome 3 est annoncé.
Un nouvel auteur est né dans le monde de la bande dessinée pour adulte, en renouvelant le genre avec prenant le parti du plaisir et de la joie de vivre.
Je recommande aux amateurs.
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Rébétissa (L'Antidote)
En refermant chacun des deux tomes, une vague d'émotion silencieuse vous déséquilibre, comme quand l'eau se retire du sable sous vos pieds. Vous n'avez d'autre choix que de mettre un pied devant l'autre en regardant l'horizon, sans savoir si le vent du large vous mouille ou vous sèche les yeux... Dans ce dyptique, il y a quelque chose qui rappelle les films italiens des années 50 qui racontent la pauvreté de l'après-guerre. Je me souviens que j'avais un peu poussé mon tout jeune ado à regarder "La strada" avec nous et à la fin il m'avait dit : mais pourquoi vous aimez les films tristes ? En réalité ce n'est pas tant la tristesse que la douleur, l'injustice qui paraît, lorsqu'on est jeune, inutile, contre-productive, inacceptable... et en aucun cas belle. Pourquoi lorsqu'on est adulte, on peut trouver beau un roman, un film, une pièce de théâtre qui ne raconte que des échecs ? Je repense souvent à la question de mon fils lorsque je suis émue par une oeuvre d'art. Cette BD raconte la fin d'un art, décidée par un dictateur grec. Ce chant triste et autodérisoire, accompagné d'instruments à cordes, raconte le destin des immigrés turcs dans les années 30. Comme souvent , les tyrans agissent comme des enfants, la pauvreté revendiquée, le recit des échecs les embarrasse autant que les habitudes étrangères. Contrairement à Grogro, je n'arrive pas vraiment à comprendre le mécanisme qui aboutit à cette émotion, ce sentiment d'appartenance qui nait à la lecture de cette histoire, si lointaine à tout point de vue : les année 20, la Grèce, des musiciens fauchés et immigrés, qu'ont-ils de commun avec moi, finalement ? Eh bien c'est là le miracle : leur situation sans issue ressemble à la nôtre. Nous nous reconnaissons dans ce sentiment à la fois d'impasse et de la nécessité toujours recommencée, de génération en génération, de perséverer. Le dessin est bien-sûr très réussi : La lumière méditerranéenne, le modelé des paupières de tous ces regards fatigués, les ravages de la coco sur des jeunes visages, les silhouettes dansantes dans l'ivresse, l'ombre des oliviers ou celle des canisses abritant un repas dans la douceur de l'air... Mais j'ai du mal à croire que le dessin puisse faire le travail à lui seul. Les personnages, leur humour et leur rage, et la musique absente, (qui reste imaginaire pour le lecteur qui est trop pris par l'histoire pour chercher sur internet les traces de ce fado grec... ) s'enchevêtrent dans un scénario complexe, difficile à se remémorer, comme si notre tête avait cogné sur des rochers en suivant les remous du fleuve triste... Si vous êtes assez vieux, vous aimerez cette histoire.
Alter Ego
J'aime bien le qualificatif de série Pop corn que lui a attribué un aviseur. Perso je le prend du bon côté, une bonne série commerciale qui fait passer un agréable moment de lecture dépaysante. Evidemment la thématique complotiste autour d'un labo pharmaceutique et d'une agence de sureté américaine n'est pas de première jeunesse. Toutefois la construction originale autour de ces six personnages dynamise l'intérêt de chaque opus en apportant un élément nouveau à chaque lecture. Je dois reconnaitre que la construction des croisements entre les histoires est quasi parfaite. La limite de cette méthode est que l'on se trouve sur un temps court puisque chaque opus se focalise sur un passage commun. Cela impose de nombreux flash back, un récit coup de poing qui peut laisser certains personnages sur le bord du chemin et créer une petite frustration. Ces petites remarques ne doivent pas cacher le vrai travail de coordination intelligente pour finaliser une série avec cette cohérence. Quant à lire la série dans n'importe quel ordre j'ai un petit doute. Perso je trouve la série bien plus fluide avec un ordre Camille- Darius ou Jonas- Park ou Noah et Fouad. La faiblesse est surtout graphique à mes yeux. Certains personnages sont à la limite de la caricature avec des visages pas trop soignés. Par contre j'ai bien aimé le travail sur les décors et les extérieurs qui donnent un fort goût façon James Bond à la série. Le tome 7 possède une double vocation en réunissant l'ensemble des protagonistes dans un final moral tout en laissant une ouverture pour une suite potentielle. Là encore c'est réalisé avec une belle maitrise car il y a du matériel pour aller plus loin sur ce thème de la liberté individuelle qui pilote la série. A suivre. en saison 2 sans être un achat prioritaire.
Somna
Bon, de l'érotisme hétérosexuel, sur le papier ça ne devrait pas m'attirer. Pourtant l'album possède quand-même quelques atouts qui m'avait donné envie de le lire : une mise en avant du désir féminin, une narration jouant sur un flou entre rêve et réalité, une utilisation de la figure de la sorcière pour parler de l'ostracisation et de la diabolisation des femmes, et deux graphismes magnifiques s'alternant pour illustrer les changements de perception de la protagoniste Ouais, l'album a de bonnes qualités. Et, grande surprise, même si je lui trouve un petit défaut (parfaitement personnel et sur lequel je reviendrai après), j'ai trouvé l'album très bon. Ce petit défaut n'est pas vraiment l'érotisme hétérosexuel, bien que la figure fantasmée masculine ne me fasse pas vibrer le cœur (ni frémir le pantalon d'ailleurs) je trouve tout de même les sujets du désir féminin, des désirs refoulés et des fantasmes assez joliment traités. En fait, le seul défaut que je trouve à cet album est qu'il m'apparaît dommage de ne pas avoir profité davantage du sujet de la figure de la sorcière. Oui, je suis sans doute un peu vache dans cet avis, le sujet reste central à l'album, mais la figure de la sorcière, ses symboliques et ses réappropriations me tiennent énormément à cœur. Ici, cette figure est bien utilisée pour illustrer la peur de l'inconnu, la personnification de ce que nous jugeons de mal dans une société, un outil de contrôle pour éliminer les gens que nous n'apprécions pas. C'est juste que je n'aurais pas boudé voir tout cela un peu plus... un peu plus présent, un peu plus développé. Tout cela fait trop sage, trop convenu. Oui, ce n'est sans doute pas très clair, mais j'ai tout de même un petit sentiment d'occasion manquée à la fin de cet album. Après, quand je dis défaut, je le trouve moi-même minime. Honnêtement, l'album reste bon, ne serait-ce que pour les très beaux graphismes et le jeu très intéressant sur leur alternance de plus en plus chaotique pour illustrer le sentiment de perdition de la protagoniste. Je déplore simplement le fait que l'album aurait pu davantage étoffer son propos sur la figure de la sorcière. (Note réelle 3,5)
Les Aventures de la Fin de l'épisode
Très similaire à un autre album de la collection "Patte de mouche", à savoir Imbroglio, en ça que tous deux parodient les fins de whodunit en enchaînant et en sur-exagérant les révélations. Ici, on est même plus précisément sur une fin à la Scooby-Doo. Oui, les deux enquêteurs ressemblent à s'y méprendre à Sherlock Holmes et au docteur Watson, mais il n'empêche que la scène très connue et ultra-codifiée du retirage de masque avec l'explication abracadabrantesque qui justifie pourquoi quelqu'un se serait déguisé en monstre ça tient quand-même plus du Scooby-Doo. Ici, donc, préparez-vous à enchaîner les masques, les mobiles et les révélations (toujours accompagnées du tonnerre dramatique, pour faire plus vrai). C'est con, c'est court, c'est efficace. En tout cas, l'album m'est resté en tête plusieurs années après lecture et parvient encore à me faire sourire. (Note réelle 3,5)
Putain de guerre !
Si certains ne doutaient encore de l'antimilitarisme de Tardi cette série aura vite fait de l'éclairer. Tardi positionne son récit à hauteur d'un simple fantassin parigot du XXème transbahuté sans logique d'un point à un autre du conflit. C'est une excellente mise en image de la synthèse très fine de l'historien Verney et grand spécialiste qui accompagne et guide cet ouvrage. Pour moi les deux récits se répondent pour apporter une intelligence globale sur les événements. Les explications de Verney prennent de la hauteur pour donner une vue d'ensemble politique, militaire, industrielle ou sociale du conflit. Le détails des opérations militaires est survolé mais donne du sens aux différents ordres donnés par les belligérants en fonctions d'informations inaccessibles à la troupe. Tardi lui colle son soldat à la boue ou la poussière des tranchées dans un maelstrom d'hommes et de bêtes en mouvements et de contre mouvements qui confinent à une absurdité mortelle. Pas ou peu de dialogue puisque l'on a pas le temps d'établir une relation que le camarade se retrouve les tripes à l'air. Il ne reste alors que cette voix off obsédante par sa lucidité muette. Les deux récits se rejoignent sur le nombre de morts, cette saignée de toute une génération que les pays mettront des décennies à panser. Un "massacre des innocents" de tous les pays que les auteurs attribuent avec lucidité à des vieillards peu avare du sang de leurs jeunes compatriotes/sujets. Force sénile bien nommée chez Verney, invisible chez Tardi dont l'empreinte s'est fait sentir une bonne partie du XXème siècle. C'est l'originalité de la lecture qui propose une synthèse historique globale qui va marquer le futur et une analyse pertinente du ressenti des hommes qui va influencer leurs comportements ultérieurs. Une approche différente sur le conflit très intéressante si on connait déjà le déroulement des opérations.
Jacques Prévert n'est pas un poète (Prévert, inventeur)
J'avais des a priori avant d'entamer la lecture, a priori à l'endroit du parti pris graphique. Mais très vite, tout s'est envolé devant l'originalité du récit. En outre, Prévert y est présenté comme quelqu'un d'espiègle et atypique, ne supportant ni la mise en case (au sens de "mettre quelqu'un dans une case"), et la somme d'informations fournie apporte la densité qui plait au bonhomme, offrant une vue assez exhaustive de son "travail". L'homme était bien poète, mais il l'était dans tout ce qu'il entreprenait. Finalement, le dessin finit par apprivoiser l'oeil, au point qu'on le trouve en adéquation parfaite à la fois avec le propos mais également avec l'artiste. On songe parfois au dadaïsme, au surréalisme, à Picasso... En somme à tout ce qui faisait la vie culturelle d'avant-guerre jusqu'aux années 60. Tout cela est très congruent. Même le titre en forme d'antiphrase fait écho à la personnalité foisonnante de Prévert. En prime, voilà-t'y pas qu'une fois ma lecture terminée, je réalise que le scénario était signé Hervé Bourhis. Comme quoi purée, y a pas de mystère...
Le Roi des fauves
Décidément la Fantasy a le vent en poupe en ce début d'année. Après les excellents L'Île aux orcs et Fantasy - Yourcenar / Alma, ce "Le Roi des fauves" pourrait bien, lui aussi, sortir du lot dans le genre sus nommé. Ce premier tome a d'indéniables qualités, mais je vais quand même attendre le second volume (prévu pour fin d'année), il doit clôturer la série, avant de le crier sur les toits. Une adaptation du roman du même nom d'Aurélie Wellenstein, roman avec de très bonnes critiques (non lu). C'est un trio d'auteurs qui a déjà collaboré sur Robilar ou le Maistre Chat qui s'y attelle. Un récit au rythme bien dosé, des personnages attachants, à défaut d'être innovants et un scénario avec une touche d'originalité. Dans un royaume où règne l'inégalité, trois adolescents, Ivar, Oswald et Kaya, vont braver l'interdiction de chasser pour ne pas mourir de faim. Ils seront rattrapés par les soldats et jugés coupables. La sentence sera pire que la mort, ils vont être transformé en berserkirs (monstres à ressemblance animal). Pour cela on va leur faire avaler une larve (façon Alien) qui va s'occuper de la mutation sur plusieurs jours. David Chauvel maîtrise son sujet, c'est captivant et il distribue avec justesse les informations sur ce monde fantastique teinté de magie. J'aime beaucoup le dessin de Sylvain Guinebaud, je l'avais découvert avec le tome 3 de La Geste des Chevaliers Dragons. Un style qui se reconnaît au premier coup d'œil, avec cette particularité dans l'expression des visages, des mimiques poussées à l'extrême. Perso, j'adore. Les couleurs de Lou sont superbes et changent suivant les différents espaces temps. Du très bon boulot. Impatient de rencontrer ce roi des fauves.
Mozart à Paris
Et bien perso, j'ai vraiment aimé cet album. Je ne m'étendrai pas sur la qualité du dessin de Frantz Duchazeau qui n'est plus à démontrer. Le trait est enlevé et dynamique en apportant une fraicheur bienvenue. Le scénario est original. Disons plutôt que le point de vue adopté offre une vision nuancée voire surprenante du petit prodige autrichien. J'aime beaucoup la vision de Milos Forman pour son film Amadeus, mais ici, Duchazeau nous présente un artiste qui est encore un enfant. Il est déjà très doué et sa réputation commence à s'étendre à toutes les cours d'Europe. Le jeune Mozart est exploité par une noblesse sans vergogne. Tout le monde se l'arrange, minaude, flatte, supplie le phénomène de dispenser des leçons qui ne seront jamais payées, bien évidemment. L'image donnée de la noblesse de cours est terrible, mais sans doute proche de la réalité (ça correspond à des choses lues précédemment dans divers ouvrages). On a affaire à un ramassis de vils personnes fardant leur individualisme derrière une obséquiosité de façade. Wolfgang travaille d'arrache-pied, frisant le burn-out, s'il est permis d'employer un terme contemporain. C'est finalement devant l'insistance de son père (présenté au départ comme quelqu'un de froid et d'autoritaire) qu'il finira par fuir la France pour retourner en Autriche. Voilà pourquoi j'ai aimé cette BD : ça cause de musique tout en bénéficiant d'une narration fluide au service d'un dessin stylé, ainsi que d'un point de vue fort peu commun.
Jacques Prévert n'est pas un poète (Prévert, inventeur)
J'ai trouvé cette biographie de Jacques Prévert très bien construite derrière ce titre provocateur. Un titre qui interroge un peu comme le faisait le peintre Magritte à la même époque. Ainsi Hervé Bourhis et Christian Cailleaux prennent le parti pris audacieux de s'écarter d'une biographie chronologique exhaustive et pas à pas pour se rapprocher des particularités du personnage. Prévert qui ne dédaignait pas l'Agit-prop aurait probablement apprécié la construction de cet ouvrage pas toujours hagiographique mais qui sonne particulièrement juste. J'ai lu l'intégrale qui s'arrête dans les années 50 après son grave accident laissant une bonne partie de la vie de l'artiste aux bons soins de la curiosité du lectorat. Personnellement j'ai lu son recueil "Paroles" comme lycéen sans être transporté par l'émotion. L'ouvrage reste d'ailleurs assez discret sur la poésie préférant mettre l'accent sur le Prévert politique et le Prévert scénariste de cinéma. C'est sa collaboration avec Marcel Carné qui a produit plusieurs chef d'œuvres du cinéma français qui me touche le plus. Devant une telle diversité, Cailleaux ne pouvait pas se contenter s'aligner des cases où il aurait enfermer l'artiste. L'auteur propose donc un graphisme pluriel où des pages de type illustrations, affiches alternent avec des pages plus BD pour revenir à une présentation de type collage. Le trait est classique et c'est dans cette construction que se trouve l'originalité de la narration visuelle. Un ouvrage intéressant juste et bien documenté qui fait l'effort de faire vivre le personnage plus que de le raconter.
Swinging Island
volume 1 Très belle découverte avec cet auteur que je ne connaissais pas du tout. Avec cette histoire d'échangisme, Andrew Tarusov nous offre un scénario solide basé sur un superbe dessin. En effet, les dessins de Tarusov sont tout simplement lumineux, à l'image de la couverture. Certes, l'auteur nous présente des scènes de sexe explicites sur un temps très court, celui d'une rencontre à la plage. J'ai littéralement été séduit par le style de Tarusov, qui illustre des corps parfaits de pin-up, des visages souriants, respirant la joie de vivre, bref l'auteur met en scène une partie de jambe en l'air joyeuse entre 4 adultes consentants. Un véritable hymne à l'amour libre sous le soleil. Une bande dessinée pour adulte rafraichissante qui mérite de s'y attarder. Une suite serait bienvenue, bien que l'histoire pourrait se conclure ici, mais le "à suivre" laisse présager de bonnes nouvelles. Un auteur à suivre, un dessin de très bonne qualité...bref, je recommande ce bouquin des éditions "dynamite". volume 2: Pleasure Land C'est avec surprise que je suis tombé sur le deuxième tome de cette série érotique chez mon libraire. J'avais adoré le premier volume qui respirait la liberté, le soleil et la bonne humeur. Nous retrouvons Grant et Betty, notre jeune couple toujours en quête de plus de sensations sexuelles . Là où leur première aventure se cantonnait à un décor unique, la plage, nous voyons nos deux héros s'ébattre en bonne et belle compagnie dans un véritable baisodrome avec sauna, piscine, chambre d'hôtel,boite échangiste. Certes Grant, ici, se montre moins entreprenant que dans le premier volume mais c'est un plaisir de découvrir Betty , sa compagne, dans des situations et positions très équivoques. Car ce qui fait la force de cet album c'est le dessin lumineux d'Andrew Tarusov, qui respire la joie, la bonne humeur. Les scènes de sexe sont toujours consentantes et les femmes y sont magnifiquement représentées. Un ouvrage de porno chic, sur un scénario assez simple mais de très bonne qualité. Andrew Tarusov confirme avec ce deuxième volume tout le bien que je pensais avec le tome 1. Cerise sur le gâteau, un tome 3 est annoncé. Un nouvel auteur est né dans le monde de la bande dessinée pour adulte, en renouvelant le genre avec prenant le parti du plaisir et de la joie de vivre. Je recommande aux amateurs.