Les derniers avis (32429 avis)

Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Faut faire le million
Faut faire le million

Gilles Rochier est un auteur un peu à part dans la BD actuelle. Poète urbain, conteur insatiable de la banlieue qu'il vit au quotidien, il traîne également ses états d'âme dans une série d'histoires où il se met en scène. C'est le cas de ce quatrième volet, après TMLP (Ta mère la pute), Temps mort et La Petite Couronne. Mais cette fois-ci, il passe à une autre dimension. Parce qu'il se rend compte de la vacuité, de la misère (matérielle et intellectuelle) qui l'entoure. Et de la fragilité de la vie. Tout l'album nous montre Gilles, l'alter ego de Rochier, qui s'énerve envers ses copains de toujours, se révolte contre l'absurdité de leur discours, qui se demande s'il va bien, pleure en silence son ami disparu presque dans l'indifférence. Gilles a le spleen, et on l'a avec lui. La banlieue est grise (enfin, en dégradés de bleu dans la BD), l'homme, même entouré de ses copains, est seul. Il ne peut partager ses sentiments avec personne, ni ses amis, ni ses parents... Quand on se pose deux minutes, on se dit qu'il n'y a aucune issue, aucun espoir... Pourtant, il suffirait de pas grand chose... C'est un album plutôt fort, qui brasse de manière aussi simple que subtile plusieurs thèmes de société : la solitude, la vacuité, la précarité matérielle, mais aussi la gestion du deuil. L'album a même besoin de plusieurs lectures pour qu'on en saisisse toutes les subtilités. Avec "Faut faire le million", Rochier se pose une fois de plus comme témoin de son époque.

08/03/2022 (modifier)
Par Odin
Note: 4/5
Couverture de la série Les Filles de Salem
Les Filles de Salem

Tout le monde connait (ou pense connaitre) l'histoire qui sert de base à ce récit: une ville rongée par le puritanisme et soumise à une pression incroyable, des malentendus menant à la haine ordinaire, celle qui nous fait perdre ce que l'être humain a de plus cher: son libre-arbitre. Sur base de cet événement historique avéré, l'auteur propose une version un peu personnelle mais très efficace. C'est qu'il sait faire de la bande dessinée le bougre: un graphisme absolument magnifique, une mise en scène virtuose et un art de la narration parfaitement maîtrisé: on tourne les pages, comme envoûté, de plus en plus vite. L’ambiguïté de ce livre important se situe au niveau de sa représentation. Car à la fermeture de l'ouvrage, deux sentiments s'opposent. Le premier, le sentiment de dégoût et de honte face aux faiblesses de l'homme et à son indécrottable manie de céder à la superstition et à la haine dès qu'il perd sa capacité à raisonner. De l'autre, un optimisme et un respect énorme face à sa capacité à créer du beau. Car c'est ce que Thomas Gilbert est parvenu à faire: créer de la pure beauté à partir d'un matériau sale et écœurant. Une merveille.

08/03/2022 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Maudite baleine
Maudite baleine

J’adore cette passion qu’ont les éditions Mosquito (et son fondateur Michel Jans en particulier) pour la BD italienne. Ils traduisent le catalogue de tous les grands maîtres (Serpieri, Toppi, Micheluzzi) mais aussi des auteurs moins célèbres, voire carrément inconnu au bataillon. Il existe peu d’informations en français sur Walter Chendi (y compris sur le site de Mosquito), qui semble avoir été joueur de foot professionnel puis travailleur de bureau, avant de découvrir la BD sur le tard. Sa première BD « La porta di Sion » semble avoir connu un certain succès, et « Maudite baleine » est sa première œuvre traduite en français… et une chouette découverte ! L’histoire, sur fond de traumatisme de guerre, suit le personnage de Giovani, et alterne entre un lit d’hôpital et une bien étrange aventure sur un mystérieux paquebot… mais impossible de savoir où se situe le présent. Le patient sur son lit se rappelle-t-il des évènements sur le bateau ? Ou est-ce l’inverse ? On nage en plein mystère, et si j’ai trouvé le début un peu poussif, le récit décolle assez rapidement et m’en vraiment emballé. La dernière page révèle un détail inattendu qui change tout… sans toutefois fournir une réponse claire et définitive. La mise en image est réussie, avec des touches informatiques qui ne seront sans doute pas du goût de tout le monde, mais j’ai personnellement trouvé les planches magnifiques. Un récit original, une intrigue stimulante, et un excellent moment de lecture en ce qui me concerne.

08/03/2022 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Demon Slave
Demon Slave

3.5 Je réécris mon avis parce qu'au fil du temps mon avis face à cette série est devenue plus positif. Cela reste du manga de pur divertissement pour garçons avec plein de combats et du fanservice, mais dans le genre je trouve que c'est dans le haut du panier. Il faut dire que le dessin est excellent et du coup les scènes de combats sont bien faites, les filles sont belles et j'adore les expressions rigolotes que les personnages ont par moment. C'est un dessin très expressif et dynamique. Le point fort du scénario est lorsqu'il exploite les relations entre les personnages même si c'est cliché par moment (ah les deux sœurs qui sont rivales, mais dans le fond elles s'adorent...c'est trop original, j'ai jamais vu ça de ma vie). Quant au fanservice, comme c'est souvent le cas avec les mangas, votre appréciation de l'œuvre va surtout dépendre si vous aimez les scènes sexys ou non. En gros, on est dans un monde dominé par des femmes fortes et lorsque le héros devient un esclave, il va les aider à combattre des monstres et à chaque fois il a droit à une récompense qui tourne la majorité du temps à de la perversion alors le rapport dominant-dominé change selon les scènes. On a aussi droit à des trucs qui risquent de dégouter certains lecteurs comme le coté incestueux de la grande sœur du héros ou le fait que certaines filles ne savent pas ce que non veut dire. Bon un point positif c'est qu'au moins la gamine de 10 ans ne fait rien de sexy, fait uniquement des trucs 'mignons' avec le gars (des câlins, des bisous sur la joue) et ne se retrouve pas à poil tout le temps comme les autres filles. Donc voilà le genre de manga de pur divertissement pour lecteur masculin hétéro (ou bisexuel et j'imagine que certaines lesbiennes ou bi doivent lire ça aussi).

16/03/2021 (MAJ le 08/03/2022) (modifier)
Couverture de la série Venezia
Venezia

Une belle réussite cette série. Je prends toujours autant de plaisir à la relire bien des années après sa parution. J’ai d’abord eu du mal avec le graphisme de Parme mais force et de constater qu’il sert superbement bien le récit, rendant le tout très dynamique et expressif. Trondheim apporte le scénario parfait pour le trait de son acolyte. Une histoire remplie de faux semblants dans une Venise alors aux proies des puissances du 16ème siècle, c’est drôle, dense et ça va à 100 à l’heure, le tout ponctué de dialogues savoureux. 2 tomes absolument jubilatoires. On retrouve un peu de cette magie dans le Spirou des mêmes auteurs.

07/03/2022 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Bibliomule de Cordoue
La Bibliomule de Cordoue

J’ai moi aussi passé un excellent moment de lecture en compagnie de Tarid, Lubna et Marwan. Le contexte historique est passionnant (et approfondi dans une postface un peu lourde mais essentielle), et les thèmes abordés sont universels et intemporels : les méandres de la coexistence entre le pouvoir religieux et la connaissance scientifiques. Mais surtout, l’histoire reste divertissante malgré le sérieux historique. La narration est fluide et légère, le dessin est aéré, les dialogues se font discrets et sont emplis d’humour, et les personnages sont drôles et attachants au possible. J’ai avalé les 250 pages sans effort, sans me rendre compte que l’histoire m’instruisait tout en me divertissant. Un grand bravo aux auteurs, quelle maîtrise ! La conclusion nous rappelle que le combat est toujours d’actualité, et que si Internet rend le savoir plus accessible que jamais, son accès devrait être un droit humain, que certains pays ou groupes bafouent déjà. Un album essentiel en ce qui me concerne.

07/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Et toi, quand est-ce que tu t'y mets ?
Et toi, quand est-ce que tu t'y mets ?

L’ambition des autrices lors de la réalisation de ces deux recueils est claire : parler du désir pour une femme de ne pas avoir d’enfants pour le premier tome, parler de l’importance du droit à pouvoir choisir de se faire avorter dans le deuxième tome. Et dans un cas comme dans l’autre, en parler de manière décomplexée, avec légèreté et en s’adressant en priorité aux personnes concernées (soit, en voyant large, les femmes entre 15 et 50 ans). L’objectif est à mes yeux pleinement atteint. Pourtant, je ne pense pas avoir ri franchement une seule fois, les gags n’ayant rien d’hilarant la plupart du temps. Mais voilà, j’ai adoré le ton général et l’art de déculpabiliser les lectrices (et lecteurs) qui partageraient le même sentiment que les deux personnages centraux de ces récits. Le fait que je partage totalement leur état d’esprit, leurs questionnements, leur effarement devant l’hypocrisie de certains arguments pro-natalité, leur colère face aux obstacles mis sur le chemin d’une femme désirant se faire avorter en respectant totalement la loi, oui cela a certainement joué un rôle dans mon appréciation ! Comme certains passages de l’intégrale qui développent cet aspect, j’ai eu le sentiment de retrouver dans ce récit des gens proches de moi (« comme si je retrouvais en vacances quelqu’un de mon village » comme le font dire très justement les autrices à l’une de leurs personnages). Oui, cette intégrale fait du bien. C’est un vrai album feelgood pourvu que l’on partage l’état d’esprit de ses autrices. Maintenant, que vient-il faire dans le catalogue de Fluide glacial, plus habitué à l’humour scatologique, sexiste et provocateur ? Ça, je ne sais pas dire. Mais pour ma part, je ne peux que répéter : j’ai vraiment bien aimé et je remercie les autrices d’avoir abordé ces sujets sur ce ton. Un intégrale à ranger près de certaines productions d’Aude Mermilliod (« Il fallait que je vous le dise », « Le Choeur des femmes ») car son approche plus légère le rend plus abordable à un large public. Et à partir du moment où un album a à mes yeux le potentiel pour pleinement atteindre son objectif, je ne peux dire que franchement bien !

07/03/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Sursis
Le Sursis

La Seconde Guerre mondiale est une source inépuisable d’inspiration pour des histories à hauteur d’homme. Jean-Pierre Gibrat nous propose ici un diptyque qui se déroule à Campeyrac, un village de l’Aveyron. Un jeune planqué qui a échappé au STO se cache, et depuis sa cachette, il observe ce qui se passe sur la place du village, juste sous sa fenêtre. Et le temps s’écoule lentement. Les saisons se succèdent et notre héros est toujours là, derrière ses persiennes. La guerre semble tellement loin de la vie paisible du village, du pastis et des parties de cartes à la Pagnol. Derrière cette apparente sérénité, les collabos surveillent et la résistance se prépare. Comme en opposition au drame de la guerre, Julien, notre héros, a pour seule préoccupation son amour pour la belle Cécile et sa jalousie envers d’éventuels prétendants. A travers ses différents personnages principaux ou secondaires, Gibrat dresse le portrait d’une micro-société avec ses courageux, ses couards, ses ambitieux, ses généreux, ses idéalistes… Chaque personnage est intéressant et dépeint avec subtilité et humour. On se croirait dans une pièce de théâtre. J’ai vraiment aimé le rythme paisible de ce diptyque, jusqu’à ce que la guerre fasse brutalement irruption dans la vie du village. Le dessin de Gibrat est magnifique, la finesse des traits, les couleurs douces et le jeu d’ombres et de lumière restituent parfaitement l’ambiance. Et pourtant, la guerre n’est pas si loin Gibrat sait nous rappeler sa présence par petites touches (le marché noir, la radio clandestine, le casque Adrian du mannequin, les jours sans alcool…). Tout à coup, l’armée allemande fait irruption sur la scène et l’histoire change de ton. Le scénario est bien construit et bien écrit, mais l’histoire d’amour (à faibles rebondissements) est quelque peu gentille. Le focus sur la jolie Cécile (qui ressemble tellement aux autres personnages féminins de Gibrat) fait disparaître toutes les autres jolies filles du village alors qu’il y a de nombreux personnages masculins. C’est assez étrange. Bref, c’est une très belle histoire, agréable à lire et aux dessins sublimes. Un régal pour les yeux.

07/03/2022 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Black Jake
Black Jake

Voilà un album admirable ! je vous le dis tout de go, tout est réuni pour passer un bon moment de lecture. Jack Brennan est un flic de Los Angeles. Un putain de flic ripoux et raciste qui se voit confier l’enquête sur le meurtre et le viol d’une religieuse. Il mène une vie de débauche le garçon entre les putes et la coke. Son coéquipier le couvre même quand il y a une bavure terrible. Il est divorcé - quelle surprise - et il ne prête pas trop d’attention à sa fille qu’il voit 1 fois tous les quinze jours. Sa dope il faut bien la payer alors il fait des paris hasardeux sur les matchs de baseball. Son bookmaker – un membre d’un gang latino des bas-fonds de la cité des anges n’est pas enclin a effacer son ardoise car vous l’avez compris , il a la poisse, il a perdu ! C’est le moment de vérité ! Le moment de payer l’addition de cette vie dissolue ! Je me suis régalé comme jamais à suivre les pérégrinations de ce flic peu recommandable mais au final attachant. Il s’engouffre dans un tourbillon infernal violent pour notre plus grand plaisir. C’est poisseux bien évidemment et bien noir. Le scénario tient en haleine tout au long des 152 planches de cet album avec de nombreux rebondissements. Côté graphisme le trait est rugueux mais ô combien sublime. C’est une vraie bonne pioche ce récit bien sombre. Vous ne pourrez pas refermer le bouquin avant d’avoir lu la fin. Je recommande vivement.

06/03/2022 (modifier)
Par Sam Cragg
Note: 4/5
Couverture de la série La Voie de Calliopée
La Voie de Calliopée

Quel drôle d'album que cette voie de Calliopée... Tout y est déroutant, étrange, décalé. Et pourtant en dépit de toutes ses "étrangetés", l'album se lit avec une grande fluidité. Le scénariste suit la logique du monde distordu qu'il a imaginé avec une telle rigueur qu'il ne perd jamais son lecteur, le guidant à travers le chaos des idées baroques qu'il jette en pâture à notre regard tout à tour curieux et stupéfait. Ici le décalage est partout. Ce qui a l'allure de la normalité se révèle bizarre ou absurde, incongru ou grotesque. A l'inverse, lorsqu'on est sûr qu'une situation va glisser dans la fantaisie, les auteurs nous ramènent à un réalisme inattendu. Le récit évolue donc tout du long sur un fil tendu entre l'absurde et le réalisme, développant une musique envoutante et entêtante qui nous fait perpétuellement osciller entre le premier et le second degré sans jamais savoir vraiment où l'on va poser le prochain pied. Le dessin de Paul Burckel est remarquable, suivant lui-même à son tour la dualité scénaristique évoquée précédemment. Les styles s'entrechoquent et se mêlent avec beaucoup de talent et d'à-propos. L'utilisation d'une élégante bichromie pour la mise en couleur donne à l'ensemble de la partie graphique un précieux cachet qui séduit durablement le regard. La voie de Calliopée est un très bel album qui nous conduit sur des chemins qu'on n'est pas habitué à fréquenter et c'est tant mieux car à la fin du voyage, on aimerait bien qu'il se poursuive, désolé de devoir quitter si tôt cette antiquité revisitée.

06/03/2022 (modifier)