C'est un récit franchement gore, violent, brutal, mais objectivement il faut reconnaître que pour un trip sous acide, c'est quand même très maîtrisé. :)
La colorisation, le dessin pourraient être à première vue repoussants, mais à l'arrivée, ils expriment très bien la saleté, la puanteur, la misère, le fourmillement des cités.
Les cadrages sont spectaculaires et le trait vif et dynamique est adapté à ce récit de dark fantasy dont le côté sombre est là aussi bien maîtrisé. C'est brutal, mais très efficace et l'aventure est bien présente. Avis aux amateurs du genre.
Un bon 3,5 pour moi, je ne me suis pas du tout ennuyé, un 4/5 si vous êtes un adepte de cet univers, voire plus si affinités.
Je surnote à l’évidence ce petit album. Mais je suis le cœur de cible de ce type d’humour, et le développer sur une histoire complète – en proposant très régulièrement des gags – est un exercice assez casse-gueule, rarement réussi. Malgré l’inégalité de l’ensemble, je me suis bien amusé à suivre ces aventures ridicules, Ami Inintéressant (alias Pascal Galibourg) nous propose là quelque chose de très réussi dans son genre.
Son style très minimaliste (il a depuis publié plusieurs albums toujours avec ces bonhommes bâtons) se révèle efficace et n’empêche nullement le lecteur de comprendre histoires et dialogues. Une histoire qui baigne dans l’absurde le plus loufoque, dans la lignée de Fabcaro. Et d’ailleurs ce dernier participe à l’album en intervenant plusieurs fois, dans son propre rôle (voir extrait dans la galerie) pour menacer Ami Inintéressant d’ennuis judiciaires et autres tortures si celui-ci continue de la plagier. Mais en fait Ami Inintéressant développe son propre style – dans les limites imparties par le genre absurde – et s’il y a parfois parenté au niveau de l’humour, ça s’en éloigne aussi rapidement. Un autre spécialiste actuel de l’absurde réussi – Tienstiens – fournit lui une postface en forme de making-of.
Résumer l’histoire est difficile et finalement pas très important. Mais elle part donc dans un humour crétin, comme ses protagonistes (surtout un contrôleur de la RATP et une policière), de nombreux gags étant poilants. Ami Inintéressant s’acharne aussi sur Guillaume Musso (en nous livrant en particulier la recette de son succès…) de façon assez jubilatoire.
A réserver aux amateurs d’humour con et absurde, avec dessins minimalistes. Mais dans le genre, c’est assez drôle.
Note réelle 3,5/5.
Acheté sur le stand de l'éditeur à Angoulême en début d'année, ce n'est que pendant mes vacances de cet été que j'ai enfin trouvé le temps de lire cet album.
Pour commencer on remarquera et on appréciera la qualité portée à l'objet. Les éditions 404 nous gâtent et nous régalent ! Ajoutez à cela le graphisme fantasmagorique de Jakub Rebelka qui se prête si bien à l'univers halluciné de H. P. Lovecraft et nous voilà parti pour suivre cette dernière journée que lui prête Romuald Giulivo.
Alors oui, les fans de l'auteur se sentiront moins perdus ; avoir des références en littérature fantastique donne d'avantage d'éclairages également. Car les références et auteurs du genre sont nombreux dans cette dernière journée fantasmée, mais sans tomber dans le pompeux ni le catalogue. C'est finement amené et souvent peu amène envers Lovecraft. On ne peut pas dire que ses travers soient cachés sous le tapis, bien au contraire ; c'est d'ailleurs l'une des forces de cet album de tendre ce miroir sans complaisance à l'auteur, l'autre résidant dans cette démonstration d'une certaine forme d’immortalité qu'acquièrent certains auteurs à travers leur œuvre. Et c'est là toute la singularité et le jeu que construit le scénariste, car Lovecraft n'aspirait plus qu'au néant et à l'oubli !
Un album envoutant qui ravira les amateurs de Lovecraft et saura certainement séduire les néophytes curieux.
Une note légèrement supérieure à ce que je pense réellement de ces deux tomes, mais l'évolution se fait dans le bon sens, donc j'arrondis la note au supérieur.
Encore loin de la finesse de son merveilleux Le Baron, Masbou montre toutefois qu'il est capable d'écrire une histoire débordant de personnages. Peut-être un peu trop d'ailleurs, car certains manquent légèrement de développement, mais il parvient à orchestrer toute une intrigue et des scènes d'action de manière fort cohérente pour un nombre de personnages particulièrement élevé.
Il est alors dommage que la qualité des dessinateurs ne suivent pas tout à fait celle des scénarios. Leprévost et Faw ne déméritent pas, mais leur dessin manquent de la finesse qui aurait conféré au récit l'ampleur nécessaire.
Cela gâte un peu la dimension épique, mais on goûte quand même avec beaucoup de plaisir la dimension Jules Verne/Conan Doyle de ces deux tomes savoureux.
Le récit et l'humour étant mieux rodés dans le deuxième tome, on regrette d'ailleurs que cette saga n'ait pas continué après Décapodes et veilles lanternes (surtout quand on commence à mieux connaître les personnages), mais en l'état, ça se lit et relit agréablement, tout en étant conscient qu'on n'est pas là dans le genre de BD qui va marquer l'histoire du genre.
Quelle belle trouvaille de la part des auteurs d’avoir conçu une enquête policière se déroulant sur l’île de Pâques, une petite île au bout du monde connue d’abord pour ses célèbres statues monumentales, les moaï ! Mais ici, ces vestiges de la civilisation autochtone n’apparaîtront qu’en toile de fond, spectateurs silencieux d’un crime sordide d’une violence inouïe.
La victime, un notable anglais résident sur l’île à la tête d'un élevage de chevaux, n’avait pourtant aucune raison d’avoir des ennemis. Selon les informations recueillies par l’inspecteur Valverde, Anthony Wilcox semblait être le gendre idéal, bien sous tous rapports et apprécié par l’ensemble des habitants, qu’ils soient pascuans ou chiliens. Alors qui pourrait être à l’origine du meurtre ?
Valverde va vite comprendre que l’accusé, d’origine autochtone, est innocent, même si son apparente folie et une certaine agressivité comportementale ne jouent guère en sa faveur… L’inspecteur va d’abord se heurter à l’hostilité du gouverneur, qui accepte mal cet « intrus » ami du président chilien missionné pour résoudre cette affaire…
Captivant et très bien ficelé, le scénario, dans sa tonalité hitchcockienne, joue sur la lenteur tout en maintenant le mystère jusqu’au dénouement, avec une galerie de personnages qui va défiler sous le regard patient et acéré de l’inspecteur Valverde… Des personnages pour la plupart très bien campés, à commencer par Valverde lui-même, un homme qui malgré sa morgue apparente de départ, va révéler ensuite des qualités contradictoires avec son statut, celui d’agent gouvernemental de la police précédé par une réputation d’enquêteur impitoyable avant qu’il ne débarque sur l’île…
Mais au-delà de l’intrigue policière, c’est une autre grille de lecture que nous proposent les auteurs : un condensé de l’histoire coloniale d’un pays, le Chili, héritage des conquistadors qui s’emparèrent d’un continent de la manière la plus brutale, tout comme l’île de Pâques — même si elle se trouve à 3500 km de la côte —, et consécutivement une dénonciation du traitement indigne infligés aux populations natives qui perdura jusqu’au XXe siècle.
Pour concevoir son scénario, Thomas Lavachery s’est inspiré du témoignage de son grand-père, qui avait séjourné sur l’île en 1934 lors d’une mission archéologique, comme il l’évoque en post-face. Celui-ci s’était dit hanté à jamais par le fait divers évoqué dans le livre (dont je ne peux rien dire au risque de gâcher la surprise du dénouement). C’est ainsi que l’on découvre une communauté autochtone sous la domination des colonisateurs. Les Pascuans (gentilé des habitants) sont exploités pour les tâches subalternes, relégués dans des habitations de fortune. Et lorsqu’ils sont contaminés par la lèpre qui à cette époque faisait des ravages dans les pays tropicaux, ils sont confinés et entassés dans une léproserie qui n’est rien d’autre qu’un taudis humide, tandis que les colons blancs jouissent du plus grand confort.
Les dialogues possèdent une belle qualité littéraire pour des personnages très incarnés. Il y a évidemment l’inspecteur, impressionnant par sa stature mais aussi par son extravagance et son érudition, mais tous celles et ceux qui vont graviter autour de lui durant son séjour sur l’île, les plus marquants étant la jeune et jolie archéologue Miss Burnett, au fort tempérament, et le docteur Giraldo, dandy un brin sarcastique et désabusé.
Thomas Gilbert a su leur donner un visage en phase avec leur personnalité, d’une expressivité éloquente. Son trait semi-réaliste et maîtrisé s’accorde bien avec la mise en page dynamique et un cadrage bien étudié. Les couleurs oscillent entre une certaine sombreur et une clarté désaturée pour les scènes extérieures, imprimant une ambiance en phase avec le propos doux-amer de ce polar sociologique. Du beau travail !
Le duo Lavachery-Gilbert semble avoir bénéficié d’une bonne alchimie, ce qui se ressent à la lecture de « Caballero Bueno ». Les deux auteurs ont d’ailleurs déjà collaboré pendant plusieurs années sur la série jeunesse « Bjorn le Morphir », dans le registre de l’heroic fantasy. L’univers de Thomas Gilbert est quant à lui assez unique, et chacune de ses publications ne manque jamais de susciter la curiosité. Indéniablement, ce dernier opus est une totale réussite.
Une série de fantasy issue de la vague des années 90, que j'avais jusque-là laissée de côté, en partie à cause du dessin de Ciro Tota, dont le style ne m'a jamais vraiment séduit. Son trait me paraît trop froid, sans que je puisse dire exactement pourquoi, et ses visages me rebutent un peu. En revanche, j'ai été agréablement surpris par la qualité des décors dans cette série : ils sont soignés, détaillés, et contribuent bien à l'atmosphère.
Comme l'annonce le titre de l'intégrale, il ne s'agit pas d'une véritable trilogie au sens narratif du terme, mais plutôt de trois aventures distinctes se succédant, chacune tenant en un album. Ce découpage fonctionne bien, car il correspond parfaitement au ton léger et dynamique de l'ensemble. On est ici dans une fantasy assez typique de son époque : un univers médiéval fantastique mâtiné d'humour, de jeux de mots (particulièrement dans les incantations), sans pour autant tomber dans la parodie ni l'excès de fan-service sexy qu'on retrouvait souvent à la même époque. Cela s'adresse visiblement à un public plutôt adolescent, avec des intrigues simples, des obstacles rapidement surmontés et une narration fluide.
Et malgré tout, ça fonctionne. Les personnages sont attachants, l'humour est bien dosé, et même moi qui suis d'ordinaire assez réticent face aux jeux de mots à répétition, j'ai trouvé le ton plutôt plaisant. Ce n'est pas une série marquante, ni bouleversante, mais elle accomplit exactement ce qu'elle promet : un bon moment de lecture, divertissant, sans prétention mais avec sérieux et application. Une petite surprise, honnête et réussie, qui fait mieux que la moyenne de son genre.
Etrange et édifiant, ce récit se base sur un simple fait divers très révélateur de l’individualisme de nos sociétés occidentales. Autant polar que chronique sociale, cette bande dessinée m’a très agréablement surpris : le sujet est original et peu traité, le dessin est efficace et expressif, la lecture est très fluide. Le résultat ? J’ai dévoré l’album et en suis sorti quelque peu estomaqué (d’autant plus que je n’ai vu qu’a posteriori qu’il s’agit d’une histoire vraie).
Ce récit nous parle de la vieillesse, de la solitude, de la culpabilité des enfants vis-à-vis de leurs parents, dont ils ont le sentiment de ne pas assez s’occuper, de l’isolement qui accompagne la crainte de déranger. Il soulève pas mal de questions dont, dans le cas présent, plusieurs restent sans réponses (et cela fait clairement partie du charme de cet album à mes yeux). Il est donc autant prenant que matière à réflexion.
A titre personnel, je recommande (même s’il y a quelques rares longueurs et pertes de rythme).
3.5
Un manga bien divertissant sur Spider-Man et surtout sur ce qu'est Spider-Man.
En effet, on suit un jeune étudiant, Yu, l'adolescent typique mal dans sa peau et fan de Spider-Man qui un jour va tomber sur le costume de son idole et va devenir un nouveau Spider-Man pendant que Peter Parker a un problème. Le récit n'est pas exceptionnel, mais il est très bien fait. Contrairement à plein de comics de super-héros modernes, le scénario n'a pas peur d'être amusant à lire et ne se prend pas trop au sérieux. Il y a un bon mélange de comique et de drame, le dessin est dynamique et les scènes de combats sont réussies. Il y a quelques surprises dans le scénario qui parfois n'est pas aussi cliché qu'il parait au premier coup d'œil.
Un bon divertissement pour les fans de l'homme araignée !
Patrick Dewaere est un acteur que j'apprécie beaucoup et dont j'ai vu une bonne douzaine de ses films de sa trop courte filmographie.
Les bonnes notes avaient attiré mon attention sur cette biographie. À force de lire des biographies médiocres en BD, je me méfie un peu, mais les auteurs évitent tous les défauts habituels de ce type de production. Déjà, il y a la bonne idée que la narration soit narrée par Dewaere lui-même ce qui donne un ton plus personnel qu'une bête narration qui ne ferait que montrer de manière chronologique les moments importants de la vie de l'acteur.
Le scénario est vraiment bien fait, j'ai vraiment eu l'impression que c'était le vrai Dewaere qui racontait sa vie. Ce n'est pas raconté de manière chronologique et on saute souvent d'un sujet à l'autre, mais on ne se perd jamais et cela rend le tout encore plus authentique vu qu'il parle comme quelqu'un qui raconterait sa vie en parlant de ce qui lui passe par la tête.
Je n'ai pas appris grand chose vu que j'avais déjà lu au sujet de cet acteur et aussi vu le documentaire de sa vie, mais j'ai tout de même trouvé la lecture de cette BD passionnante. On a un bon résumé de la vie compliqué de Dewaere et ses nombreux problèmes. Le dessin est très classe. Je recommande l'album à tous les fans de l'acteur.
Visuellement, le rendu de cette BD est vraiment intéressant : des peintures sombres, très stylisées, traversées par de régulières hachures, multipliant les effets de lumière. Après, j'ai davantage de réserves quant au procédé informatique permettant d'y aboutir : aucun travail tortueux de la matière, juste sa reproduction, c'est moins romantique !
Ces belles illustrations servent un polar poisseux et noir à souhait : une sordide enquête autour de meurtres d'enfants, menée par le charismatique et désabusé inspecteur Flavio. Certes, l'on regrette la manière peu habile de faire avancer l'enquête : tout y est accéléré, fort peu vraisemblable. Mais c'est conduit avec un esprit sacrément joueur, les rebondissements y sont ludiques et assez cinématographiques.
De manière surprenante, ce polar très noir dégage finalement beaucoup de légèreté dans sa narration, tant via la dynamique de son rythme que par la roublardise de ses péripéties. Un spectacle fort agréable, stylisé en diable !
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L'Île aux orcs
C'est un récit franchement gore, violent, brutal, mais objectivement il faut reconnaître que pour un trip sous acide, c'est quand même très maîtrisé. :) La colorisation, le dessin pourraient être à première vue repoussants, mais à l'arrivée, ils expriment très bien la saleté, la puanteur, la misère, le fourmillement des cités. Les cadrages sont spectaculaires et le trait vif et dynamique est adapté à ce récit de dark fantasy dont le côté sombre est là aussi bien maîtrisé. C'est brutal, mais très efficace et l'aventure est bien présente. Avis aux amateurs du genre. Un bon 3,5 pour moi, je ne me suis pas du tout ennuyé, un 4/5 si vous êtes un adepte de cet univers, voire plus si affinités.
Plein feu sur l'escalope milanaise
Je surnote à l’évidence ce petit album. Mais je suis le cœur de cible de ce type d’humour, et le développer sur une histoire complète – en proposant très régulièrement des gags – est un exercice assez casse-gueule, rarement réussi. Malgré l’inégalité de l’ensemble, je me suis bien amusé à suivre ces aventures ridicules, Ami Inintéressant (alias Pascal Galibourg) nous propose là quelque chose de très réussi dans son genre. Son style très minimaliste (il a depuis publié plusieurs albums toujours avec ces bonhommes bâtons) se révèle efficace et n’empêche nullement le lecteur de comprendre histoires et dialogues. Une histoire qui baigne dans l’absurde le plus loufoque, dans la lignée de Fabcaro. Et d’ailleurs ce dernier participe à l’album en intervenant plusieurs fois, dans son propre rôle (voir extrait dans la galerie) pour menacer Ami Inintéressant d’ennuis judiciaires et autres tortures si celui-ci continue de la plagier. Mais en fait Ami Inintéressant développe son propre style – dans les limites imparties par le genre absurde – et s’il y a parfois parenté au niveau de l’humour, ça s’en éloigne aussi rapidement. Un autre spécialiste actuel de l’absurde réussi – Tienstiens – fournit lui une postface en forme de making-of. Résumer l’histoire est difficile et finalement pas très important. Mais elle part donc dans un humour crétin, comme ses protagonistes (surtout un contrôleur de la RATP et une policière), de nombreux gags étant poilants. Ami Inintéressant s’acharne aussi sur Guillaume Musso (en nous livrant en particulier la recette de son succès…) de façon assez jubilatoire. A réserver aux amateurs d’humour con et absurde, avec dessins minimalistes. Mais dans le genre, c’est assez drôle. Note réelle 3,5/5.
Le Dernier Jour de Howard Phillips Lovecraft
Acheté sur le stand de l'éditeur à Angoulême en début d'année, ce n'est que pendant mes vacances de cet été que j'ai enfin trouvé le temps de lire cet album. Pour commencer on remarquera et on appréciera la qualité portée à l'objet. Les éditions 404 nous gâtent et nous régalent ! Ajoutez à cela le graphisme fantasmagorique de Jakub Rebelka qui se prête si bien à l'univers halluciné de H. P. Lovecraft et nous voilà parti pour suivre cette dernière journée que lui prête Romuald Giulivo. Alors oui, les fans de l'auteur se sentiront moins perdus ; avoir des références en littérature fantastique donne d'avantage d'éclairages également. Car les références et auteurs du genre sont nombreux dans cette dernière journée fantasmée, mais sans tomber dans le pompeux ni le catalogue. C'est finement amené et souvent peu amène envers Lovecraft. On ne peut pas dire que ses travers soient cachés sous le tapis, bien au contraire ; c'est d'ailleurs l'une des forces de cet album de tendre ce miroir sans complaisance à l'auteur, l'autre résidant dans cette démonstration d'une certaine forme d’immortalité qu'acquièrent certains auteurs à travers leur œuvre. Et c'est là toute la singularité et le jeu que construit le scénariste, car Lovecraft n'aspirait plus qu'au néant et à l'oubli ! Un album envoutant qui ravira les amateurs de Lovecraft et saura certainement séduire les néophytes curieux.
Monster Club
Une note légèrement supérieure à ce que je pense réellement de ces deux tomes, mais l'évolution se fait dans le bon sens, donc j'arrondis la note au supérieur. Encore loin de la finesse de son merveilleux Le Baron, Masbou montre toutefois qu'il est capable d'écrire une histoire débordant de personnages. Peut-être un peu trop d'ailleurs, car certains manquent légèrement de développement, mais il parvient à orchestrer toute une intrigue et des scènes d'action de manière fort cohérente pour un nombre de personnages particulièrement élevé. Il est alors dommage que la qualité des dessinateurs ne suivent pas tout à fait celle des scénarios. Leprévost et Faw ne déméritent pas, mais leur dessin manquent de la finesse qui aurait conféré au récit l'ampleur nécessaire. Cela gâte un peu la dimension épique, mais on goûte quand même avec beaucoup de plaisir la dimension Jules Verne/Conan Doyle de ces deux tomes savoureux. Le récit et l'humour étant mieux rodés dans le deuxième tome, on regrette d'ailleurs que cette saga n'ait pas continué après Décapodes et veilles lanternes (surtout quand on commence à mieux connaître les personnages), mais en l'état, ça se lit et relit agréablement, tout en étant conscient qu'on n'est pas là dans le genre de BD qui va marquer l'histoire du genre.
Caballero Bueno - Une enquête de l'inspecteur Valverde
Quelle belle trouvaille de la part des auteurs d’avoir conçu une enquête policière se déroulant sur l’île de Pâques, une petite île au bout du monde connue d’abord pour ses célèbres statues monumentales, les moaï ! Mais ici, ces vestiges de la civilisation autochtone n’apparaîtront qu’en toile de fond, spectateurs silencieux d’un crime sordide d’une violence inouïe. La victime, un notable anglais résident sur l’île à la tête d'un élevage de chevaux, n’avait pourtant aucune raison d’avoir des ennemis. Selon les informations recueillies par l’inspecteur Valverde, Anthony Wilcox semblait être le gendre idéal, bien sous tous rapports et apprécié par l’ensemble des habitants, qu’ils soient pascuans ou chiliens. Alors qui pourrait être à l’origine du meurtre ? Valverde va vite comprendre que l’accusé, d’origine autochtone, est innocent, même si son apparente folie et une certaine agressivité comportementale ne jouent guère en sa faveur… L’inspecteur va d’abord se heurter à l’hostilité du gouverneur, qui accepte mal cet « intrus » ami du président chilien missionné pour résoudre cette affaire… Captivant et très bien ficelé, le scénario, dans sa tonalité hitchcockienne, joue sur la lenteur tout en maintenant le mystère jusqu’au dénouement, avec une galerie de personnages qui va défiler sous le regard patient et acéré de l’inspecteur Valverde… Des personnages pour la plupart très bien campés, à commencer par Valverde lui-même, un homme qui malgré sa morgue apparente de départ, va révéler ensuite des qualités contradictoires avec son statut, celui d’agent gouvernemental de la police précédé par une réputation d’enquêteur impitoyable avant qu’il ne débarque sur l’île… Mais au-delà de l’intrigue policière, c’est une autre grille de lecture que nous proposent les auteurs : un condensé de l’histoire coloniale d’un pays, le Chili, héritage des conquistadors qui s’emparèrent d’un continent de la manière la plus brutale, tout comme l’île de Pâques — même si elle se trouve à 3500 km de la côte —, et consécutivement une dénonciation du traitement indigne infligés aux populations natives qui perdura jusqu’au XXe siècle. Pour concevoir son scénario, Thomas Lavachery s’est inspiré du témoignage de son grand-père, qui avait séjourné sur l’île en 1934 lors d’une mission archéologique, comme il l’évoque en post-face. Celui-ci s’était dit hanté à jamais par le fait divers évoqué dans le livre (dont je ne peux rien dire au risque de gâcher la surprise du dénouement). C’est ainsi que l’on découvre une communauté autochtone sous la domination des colonisateurs. Les Pascuans (gentilé des habitants) sont exploités pour les tâches subalternes, relégués dans des habitations de fortune. Et lorsqu’ils sont contaminés par la lèpre qui à cette époque faisait des ravages dans les pays tropicaux, ils sont confinés et entassés dans une léproserie qui n’est rien d’autre qu’un taudis humide, tandis que les colons blancs jouissent du plus grand confort. Les dialogues possèdent une belle qualité littéraire pour des personnages très incarnés. Il y a évidemment l’inspecteur, impressionnant par sa stature mais aussi par son extravagance et son érudition, mais tous celles et ceux qui vont graviter autour de lui durant son séjour sur l’île, les plus marquants étant la jeune et jolie archéologue Miss Burnett, au fort tempérament, et le docteur Giraldo, dandy un brin sarcastique et désabusé. Thomas Gilbert a su leur donner un visage en phase avec leur personnalité, d’une expressivité éloquente. Son trait semi-réaliste et maîtrisé s’accorde bien avec la mise en page dynamique et un cadrage bien étudié. Les couleurs oscillent entre une certaine sombreur et une clarté désaturée pour les scènes extérieures, imprimant une ambiance en phase avec le propos doux-amer de ce polar sociologique. Du beau travail ! Le duo Lavachery-Gilbert semble avoir bénéficié d’une bonne alchimie, ce qui se ressent à la lecture de « Caballero Bueno ». Les deux auteurs ont d’ailleurs déjà collaboré pendant plusieurs années sur la série jeunesse « Bjorn le Morphir », dans le registre de l’heroic fantasy. L’univers de Thomas Gilbert est quant à lui assez unique, et chacune de ses publications ne manque jamais de susciter la curiosité. Indéniablement, ce dernier opus est une totale réussite.
Les 3 Quêtes d'Hypercondrie (Fuzz et Fizzbi)
Une série de fantasy issue de la vague des années 90, que j'avais jusque-là laissée de côté, en partie à cause du dessin de Ciro Tota, dont le style ne m'a jamais vraiment séduit. Son trait me paraît trop froid, sans que je puisse dire exactement pourquoi, et ses visages me rebutent un peu. En revanche, j'ai été agréablement surpris par la qualité des décors dans cette série : ils sont soignés, détaillés, et contribuent bien à l'atmosphère. Comme l'annonce le titre de l'intégrale, il ne s'agit pas d'une véritable trilogie au sens narratif du terme, mais plutôt de trois aventures distinctes se succédant, chacune tenant en un album. Ce découpage fonctionne bien, car il correspond parfaitement au ton léger et dynamique de l'ensemble. On est ici dans une fantasy assez typique de son époque : un univers médiéval fantastique mâtiné d'humour, de jeux de mots (particulièrement dans les incantations), sans pour autant tomber dans la parodie ni l'excès de fan-service sexy qu'on retrouvait souvent à la même époque. Cela s'adresse visiblement à un public plutôt adolescent, avec des intrigues simples, des obstacles rapidement surmontés et une narration fluide. Et malgré tout, ça fonctionne. Les personnages sont attachants, l'humour est bien dosé, et même moi qui suis d'ordinaire assez réticent face aux jeux de mots à répétition, j'ai trouvé le ton plutôt plaisant. Ce n'est pas une série marquante, ni bouleversante, mais elle accomplit exactement ce qu'elle promet : un bon moment de lecture, divertissant, sans prétention mais avec sérieux et application. Une petite surprise, honnête et réussie, qui fait mieux que la moyenne de son genre.
Albertine a disparu
Etrange et édifiant, ce récit se base sur un simple fait divers très révélateur de l’individualisme de nos sociétés occidentales. Autant polar que chronique sociale, cette bande dessinée m’a très agréablement surpris : le sujet est original et peu traité, le dessin est efficace et expressif, la lecture est très fluide. Le résultat ? J’ai dévoré l’album et en suis sorti quelque peu estomaqué (d’autant plus que je n’ai vu qu’a posteriori qu’il s’agit d’une histoire vraie). Ce récit nous parle de la vieillesse, de la solitude, de la culpabilité des enfants vis-à-vis de leurs parents, dont ils ont le sentiment de ne pas assez s’occuper, de l’isolement qui accompagne la crainte de déranger. Il soulève pas mal de questions dont, dans le cas présent, plusieurs restent sans réponses (et cela fait clairement partie du charme de cet album à mes yeux). Il est donc autant prenant que matière à réflexion. A titre personnel, je recommande (même s’il y a quelques rares longueurs et pertes de rythme).
Spider-Man - Fake Red
3.5 Un manga bien divertissant sur Spider-Man et surtout sur ce qu'est Spider-Man. En effet, on suit un jeune étudiant, Yu, l'adolescent typique mal dans sa peau et fan de Spider-Man qui un jour va tomber sur le costume de son idole et va devenir un nouveau Spider-Man pendant que Peter Parker a un problème. Le récit n'est pas exceptionnel, mais il est très bien fait. Contrairement à plein de comics de super-héros modernes, le scénario n'a pas peur d'être amusant à lire et ne se prend pas trop au sérieux. Il y a un bon mélange de comique et de drame, le dessin est dynamique et les scènes de combats sont réussies. Il y a quelques surprises dans le scénario qui parfois n'est pas aussi cliché qu'il parait au premier coup d'œil. Un bon divertissement pour les fans de l'homme araignée !
Patrick Dewaere - A part ça la vie est belle
Patrick Dewaere est un acteur que j'apprécie beaucoup et dont j'ai vu une bonne douzaine de ses films de sa trop courte filmographie. Les bonnes notes avaient attiré mon attention sur cette biographie. À force de lire des biographies médiocres en BD, je me méfie un peu, mais les auteurs évitent tous les défauts habituels de ce type de production. Déjà, il y a la bonne idée que la narration soit narrée par Dewaere lui-même ce qui donne un ton plus personnel qu'une bête narration qui ne ferait que montrer de manière chronologique les moments importants de la vie de l'acteur. Le scénario est vraiment bien fait, j'ai vraiment eu l'impression que c'était le vrai Dewaere qui racontait sa vie. Ce n'est pas raconté de manière chronologique et on saute souvent d'un sujet à l'autre, mais on ne se perd jamais et cela rend le tout encore plus authentique vu qu'il parle comme quelqu'un qui raconterait sa vie en parlant de ce qui lui passe par la tête. Je n'ai pas appris grand chose vu que j'avais déjà lu au sujet de cet acteur et aussi vu le documentaire de sa vie, mais j'ai tout de même trouvé la lecture de cette BD passionnante. On a un bon résumé de la vie compliqué de Dewaere et ses nombreux problèmes. Le dessin est très classe. Je recommande l'album à tous les fans de l'acteur.
Nuits romaines
Visuellement, le rendu de cette BD est vraiment intéressant : des peintures sombres, très stylisées, traversées par de régulières hachures, multipliant les effets de lumière. Après, j'ai davantage de réserves quant au procédé informatique permettant d'y aboutir : aucun travail tortueux de la matière, juste sa reproduction, c'est moins romantique ! Ces belles illustrations servent un polar poisseux et noir à souhait : une sordide enquête autour de meurtres d'enfants, menée par le charismatique et désabusé inspecteur Flavio. Certes, l'on regrette la manière peu habile de faire avancer l'enquête : tout y est accéléré, fort peu vraisemblable. Mais c'est conduit avec un esprit sacrément joueur, les rebondissements y sont ludiques et assez cinématographiques. De manière surprenante, ce polar très noir dégage finalement beaucoup de légèreté dans sa narration, tant via la dynamique de son rythme que par la roublardise de ses péripéties. Un spectacle fort agréable, stylisé en diable !