Van Hamme, le grand scénariste des années 90 et Rosinski, le petit génie du dessin de la même époque, sont déjà les heureux papas de la célébrissime série Thorgal, sans compter leur ample production à tous les deux, chacun de leur côté.
Alors forcément, cet unitaire d'une centaine de pages -initialement en noir et blanc- est devenu un collector pour les fans. Dans un univers qui rappelle Thorgal se déploient leurs sens de l'histoire et de l'image.
Sur le champ d'une terrible bataille, au milieu d'une mer de cadavres, un petit Chninkel a survécu... Une voix descendue du ciel lui annonce qu'il est le Choisi : celui qui mettra fin à l'éternelle guerre entre les trois impitoyables seigneurs de ce monde. Notre Jésus nain entamera sa quête bon gré mal gré et ne cessera plus de se demander, comme son biblique alter ego, s'il a simplement rêvé ou réellement reçu une mission divine.
La qualité du récit et du dessin sauve l'album de cette allégorie mystique à bon marché. Eviter simplement les deux dernières pages, qui rajoutent un coup de théâtre un peu forcé et inutile.
J'ai vraiment apprécié cette BD. Bon déjà le titre est alléchant. Certes, sans doute plus que le contenu lui-même, mais malgré tout j'ai accroché au postulat récurrent de chaque historiette. Parfois, le scénario est un peu simple mais au final, la petite morale tombe toujours très bien.
En conclusion, j'attends le prochain tome.
C'est du Andréas... un peu différent dans les cadrages des planches (plus libérés, fantaisistes ??, moins calculateur peut être). Il sait toujours aussi bien mener ses histoires (ici fantastico-bretonnes) et ses atmosphères.
Pour les enfants (primaire)
C'est une bonne série, elle est pleine de bons sentiments : amitié, environnement, respect, bref que du bon ;
Les couleurs sont attrayantes, les personnages aussi ; ce sont des histoires d'enfants et d'animaux, tout pour plaire pour les plus jeunes ;
Même un enfant qui n'aime pas trop lire va en redemander car cette série se lit facilement ;
Il y a comme ça des bijoux qui sortent de nulle part...
"Voies off" s'inscrit dans une telle catégorie. Celle des recueils de nouvelles qui vous scotchent du début à la fin, parce que justement, la fin est un délice de retournement, à l'instar des oeuvres d'Edgar Allan Poe ou de Fredric Brown.
La comparaison n'est pas pour moi galvaudée, car j'ai vraiment pris un plaisir comparable en lisant ces histoires écrites par Nicolas Pothier, prince du bon mot et amateur inconditionnel de Goscinny, un scénariste qui mérite de développer son univers. Ici il est question de petites histoires un peu noires, mais un noir teinté d'humour, comme on en redemande.
Oh bien sûr, il y a deux-trois histoires que j'ai moins appréciées, et dont j'ai vu venir la chute un peu avant son avènement, mais cela ne réduit pas vraiment le plaisir ressenti.
Pothier a trouvé en Yannick Corboz un excellent illustrateur, dans la même veine graphique que Luc Jacamon, l'auteur du "Tueur"... Nervosité, dynamisme, et tout ça avec de très belles couleurs.
A quand une nouvelle collaboration de ces deux-là ?
De la SF avec des personnages, enfin !
On s'attache très vite à Kim, Mark et les autres... D'autant que l'univers créé par Léo est très complet et très cohérent.
Seul (léger) bémol : à trop ajouter de mystères, on est obligé de finir par sortir un deus ex machina de son chapeau. Bien pratique, mais un peu facile.
Bravo quand même, j'ai lu et relu Aldébaran et sa suite, Bételgeuse. Le rythme ne faiblit pas, l'histoire se renouvelle sans cesse. Le récit pose de vraies questions sur ce qui fonde une organisation sociale. Un vrai moment de plaisir et de réflexion à chaque fois.
Et puis, bon, OK, je crois que je suis un peu tombé amoureux de Kim... Mais vous verrez !
Quelle belle surprise que ces "Notes pour une histoire de guerre" ! Moi qui m'attendais raisonnablement à un récit historique, me voilà en face d'une fiction futuriste passionnante. C'est la guerre, quelque part en Europe - apparemment en Italie du fait de l'évocation de quelques noms italiens. Trois jeunes gens errent dans la campagne.
C'est en suivant leurs déambulations, à travers le témoignage de l'un d'eux, que l'on suivra le quotidien poignant de ces pauvres hères, et que l'on se fera les témoins des chamboulements de leurs existences.
En donnant à chacun de ces trois adolescents des personnalités différentes, voire même opposées, Gipi peut effectuer un remarquable travail de psychologie.
Il y a Stéphane, alias P'tit Kalibre, le plus méchant du groupe, un dur. Puis viennent Christian, un orphelin lui aussi, un peu simplet, et Julien, un gentil garçon, peut-être trop gentil et trop faible, qui a fait des études et fui sa famille pour suivre ses amis.
L'environnement est hostile, la campagne est dangereuse. Au contact de Félix, chef d'un groupe de miliciens sans scrupules, P'tit Kalibre va s'épanouir en trouvant le père qu'il lui manque et rapidement s'imposer comme le leader de son groupe d'amis.
Pour moi cette réflexion sur l'adaptation à un environnement donné, suivant les acquis venant de l'éducation, est le principal intérêt de cette oeuvre. La montée en puissance de P'tit Kalibre qui va s'endurcir, son emprise totale sur un Christian entièrement sous sa coupe morale, et la faiblesse de Julien, malgré tout assez lucide pour comprendre ce qui se passe, tout cela est montré, et même disséqué, de façon vraiment magistrale.
Un autre point intéressant de cette BD est le traitement que l'auteur fait de la guerre. Aucune scène de guerre à proprement parler, Gipi dépeint surtout son impact sur la société, le pourrissement des valeurs morales qu'elle induit, le retour à une certaine loi du plus fort (la prise de pouvoir des miliciens et de P'tit Kalibre en est l'aspect le plus criant).
De la construction du récit ressort une grande maîtrise. En outre, Gipi s'entend pour donner aux personnages qu'il met en scène une réelle épaisseur, pour les faire évoluer de façon explicite, pour mettre en évidence chaque point crucial de façon à rendre son propos clair et compréhensible pour le lecteur. A vrai dire, seule la toute fin -qui est loin d'être ratée- m'a laissé perplexe, mais c'est cette chute inattendue, loin d'embrouiller le propos, donne un relief particulier au récit.
Cette couleur grise qui passe par toutes les nuances possibles, sert très bien le récit en instaurant une ambiance triste, voire lugubre, parfois inquiétante. En tout cas, j'ai rarement vu une ambiance de guerre, un climat de chacun-pour-soi et de désespérance sociale, aussi bien rendu par l'ambiance que cette oeuvre dégage. Il faut payer une attention toute particulière aux expressions du visage, qui atteignent un haut degré d'expressivité et qui en disent parfois bien plus qu'un long discours, ce qui paraître étonnant pour un dessin qui paraît brouillon au premier abord.
"Notes pour une histoire de guerre", en adoptant ce ton neutre, en faisant vivre l'histoire de l'intérieur grâce à l'habile procédé du témoignage, atteint son but: peindre la guerre -et non la dénoncer de front. Cette BD a amplement mérité ce titre à Angoulême. Gipi est un auteur à suivre, et qui je l'espère nous sortira d'autres oeuvres aussi poignantes.
Pour moi, c'est un vrai coup de cœur : j'ai flashé pour le titre puis pour le dessin (rondouillard et tendre) et enfin pour les histoires.
Les personnages sont attachants, les histoires simples, poétiques, avec quelques bagarres d'enfants comme dans la vie des écoles de notre enfance (sans violence gratuite) ;
enfin c'est l'effet que ça m'a fait !
Cette BD ramène un peu de fraîcheur dans le genre, tout en abordant les soucis que peuvent rencontrer les enfants en grandissant ; pas de vulgaire, pas de sang, rien de bétifiant : un vrai bonheur que ce Jojo !
Belle et épaisse BD au grand format, c'est sa couverture sobre et élégante qui m'a attiré. Et je n'ai vraiment pas été déçu !
L'ensemble du récit de Là où vont nos pères est muet. Cela permet d'autant plus de profiter du graphisme de toute beauté et de son message universel.
Le dessin, alternant petites vignettes et plus grandes images toutes en teintes sépia ou grises, est semblable à ces vieilles photos délavées. Réaliste, très soigné, il est beau sur chaque case. Et surtout il y a ces grandes images en une planche, voire en une double page... A chacune de ces planches, j'ai eu le même sentiment percutant : "Wouaaah !"
Wouah ! C'est beau ! Comme de beaux tableaux, comme des belles gravures du début du siècle, comme de superbes photos d'un monde imaginaire !
Cette BD est un recueil d'oeuvres d'art et ne serait-ce que pour cela, elle vaut déjà son achat.
Mais le scénario n'est pas en reste car il est simple mais également de toute beauté.
Il raconte le départ d'un père de famille, obligé de quitter son pays natal et d'émigrer pour chercher fortune et tenter d'apporter un jour une vie meilleure à sa femme et sa fille. Abandonnant une cité prolétaire assombrie de noires fumées reptiliennes, il traverse l'océan pour arriver... non pas en Amérique mais dans une Amérique Imaginaire, un monde presque féerique tant il est différent, un monde étrange et surtout étranger, où tout est différent pour notre héros. La nourriture, les animaux, les transports, la langue, l'écriture, tout est aussi nouveau pour le héros que pour le lecteur qui découvre avec lui ce monde bizarre et neuf.
Ce pays surprenant est bien sûr une métaphore des Etats-Unis, mais présentée avec brio de manière à montrer à quel point un immigré peut se retrouver perdu dans un tel environnement étranger à tout ce qu'il connaît. Comme il est dur de s'y intégrer, de trouver où loger, de trouver un travail...
Et pourtant dans ce pays, il va trouver des gens comme lui, d'autres immigrés qui ont tous leurs histoires à raconter, leurs vies à partager.
La narration totalement muette fonctionne très bien. Seul petit reproche, certains moments sont un peu moins faciles à suivre, rendus ardus par la même incompréhension du Nouveau Monde que le héros doit affronter.
Là où vont nos pères est à mes yeux l'antithèse de la BD La Jungle de Kuper. Cette dernière présentait l'immigration et le travail aux USA comme un lente déchéance vers un destin de plus en plus sordide. Ici, c'est tout l'inverse, l'effarement du début menant à une fascination pour ce nouveau monde aussi étrange que fabuleux et lumineux.
Et pour me plaire encore davantage, c'est une histoire qui finit bien, comme je les aime.
Un beau coup de coeur pour cette superbe BD !
Un nouveau BD-blog publié en album et celui-ci est l'un des tous meilleurs.
Monsieur Le Chien, c'est un dessin tout à fait réussi et expressif mettant en scène un humour acide, légèrement subversif et plein d'auto-dérision.
Les éditions Theloma nous offre un album grand et dense qui se lit en prenant son temps car chaque gag de Monsieur Le Chien est complexe et bavard mais tellement jouissif. De vrais éclats de rire, voire un plaisir sadique à se moquer avec Le Chien de ce qui l'entoure et de lui-même. Tout est en digressions, en réflexions délirantes et en joyeux auto-apitoiement.
Le dessin ressort bien même si je trouve qu'il passe légèrement moins bien imprimé que sur écran. Cela tient peut-être à la mise en page éclatée (sans contours de cases) qui donnent une impression très légèrement brouillonne à l'ensemble.
Je suis aussi légèrement déçu de la couverture un peu trop molle de cette édition qui donne une impression de manque de solidité à l'objet.
Mais si l'on prend en compte la densité de cet album, la somme d'humour qu'il contient et de rire qu'il entraîne, je trouve qu'il vaut tout à fait son prix.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Le Grand Pouvoir du Chninkel
Van Hamme, le grand scénariste des années 90 et Rosinski, le petit génie du dessin de la même époque, sont déjà les heureux papas de la célébrissime série Thorgal, sans compter leur ample production à tous les deux, chacun de leur côté. Alors forcément, cet unitaire d'une centaine de pages -initialement en noir et blanc- est devenu un collector pour les fans. Dans un univers qui rappelle Thorgal se déploient leurs sens de l'histoire et de l'image. Sur le champ d'une terrible bataille, au milieu d'une mer de cadavres, un petit Chninkel a survécu... Une voix descendue du ciel lui annonce qu'il est le Choisi : celui qui mettra fin à l'éternelle guerre entre les trois impitoyables seigneurs de ce monde. Notre Jésus nain entamera sa quête bon gré mal gré et ne cessera plus de se demander, comme son biblique alter ego, s'il a simplement rêvé ou réellement reçu une mission divine. La qualité du récit et du dessin sauve l'album de cette allégorie mystique à bon marché. Eviter simplement les deux dernières pages, qui rajoutent un coup de théâtre un peu forcé et inutile.
Dieu n'a pas réponse à tout
J'ai vraiment apprécié cette BD. Bon déjà le titre est alléchant. Certes, sans doute plus que le contenu lui-même, mais malgré tout j'ai accroché au postulat récurrent de chaque historiette. Parfois, le scénario est un peu simple mais au final, la petite morale tombe toujours très bien. En conclusion, j'attends le prochain tome.
La Caverne du souvenir
C'est du Andréas... un peu différent dans les cadrages des planches (plus libérés, fantaisistes ??, moins calculateur peut être). Il sait toujours aussi bien mener ses histoires (ici fantastico-bretonnes) et ses atmosphères.
Yakari
Pour les enfants (primaire) C'est une bonne série, elle est pleine de bons sentiments : amitié, environnement, respect, bref que du bon ; Les couleurs sont attrayantes, les personnages aussi ; ce sont des histoires d'enfants et d'animaux, tout pour plaire pour les plus jeunes ; Même un enfant qui n'aime pas trop lire va en redemander car cette série se lit facilement ;
Voies off
Il y a comme ça des bijoux qui sortent de nulle part... "Voies off" s'inscrit dans une telle catégorie. Celle des recueils de nouvelles qui vous scotchent du début à la fin, parce que justement, la fin est un délice de retournement, à l'instar des oeuvres d'Edgar Allan Poe ou de Fredric Brown. La comparaison n'est pas pour moi galvaudée, car j'ai vraiment pris un plaisir comparable en lisant ces histoires écrites par Nicolas Pothier, prince du bon mot et amateur inconditionnel de Goscinny, un scénariste qui mérite de développer son univers. Ici il est question de petites histoires un peu noires, mais un noir teinté d'humour, comme on en redemande. Oh bien sûr, il y a deux-trois histoires que j'ai moins appréciées, et dont j'ai vu venir la chute un peu avant son avènement, mais cela ne réduit pas vraiment le plaisir ressenti. Pothier a trouvé en Yannick Corboz un excellent illustrateur, dans la même veine graphique que Luc Jacamon, l'auteur du "Tueur"... Nervosité, dynamisme, et tout ça avec de très belles couleurs. A quand une nouvelle collaboration de ces deux-là ?
Aldébaran
De la SF avec des personnages, enfin ! On s'attache très vite à Kim, Mark et les autres... D'autant que l'univers créé par Léo est très complet et très cohérent. Seul (léger) bémol : à trop ajouter de mystères, on est obligé de finir par sortir un deus ex machina de son chapeau. Bien pratique, mais un peu facile. Bravo quand même, j'ai lu et relu Aldébaran et sa suite, Bételgeuse. Le rythme ne faiblit pas, l'histoire se renouvelle sans cesse. Le récit pose de vraies questions sur ce qui fonde une organisation sociale. Un vrai moment de plaisir et de réflexion à chaque fois. Et puis, bon, OK, je crois que je suis un peu tombé amoureux de Kim... Mais vous verrez !
Notes pour une histoire de guerre
Quelle belle surprise que ces "Notes pour une histoire de guerre" ! Moi qui m'attendais raisonnablement à un récit historique, me voilà en face d'une fiction futuriste passionnante. C'est la guerre, quelque part en Europe - apparemment en Italie du fait de l'évocation de quelques noms italiens. Trois jeunes gens errent dans la campagne. C'est en suivant leurs déambulations, à travers le témoignage de l'un d'eux, que l'on suivra le quotidien poignant de ces pauvres hères, et que l'on se fera les témoins des chamboulements de leurs existences. En donnant à chacun de ces trois adolescents des personnalités différentes, voire même opposées, Gipi peut effectuer un remarquable travail de psychologie. Il y a Stéphane, alias P'tit Kalibre, le plus méchant du groupe, un dur. Puis viennent Christian, un orphelin lui aussi, un peu simplet, et Julien, un gentil garçon, peut-être trop gentil et trop faible, qui a fait des études et fui sa famille pour suivre ses amis. L'environnement est hostile, la campagne est dangereuse. Au contact de Félix, chef d'un groupe de miliciens sans scrupules, P'tit Kalibre va s'épanouir en trouvant le père qu'il lui manque et rapidement s'imposer comme le leader de son groupe d'amis. Pour moi cette réflexion sur l'adaptation à un environnement donné, suivant les acquis venant de l'éducation, est le principal intérêt de cette oeuvre. La montée en puissance de P'tit Kalibre qui va s'endurcir, son emprise totale sur un Christian entièrement sous sa coupe morale, et la faiblesse de Julien, malgré tout assez lucide pour comprendre ce qui se passe, tout cela est montré, et même disséqué, de façon vraiment magistrale. Un autre point intéressant de cette BD est le traitement que l'auteur fait de la guerre. Aucune scène de guerre à proprement parler, Gipi dépeint surtout son impact sur la société, le pourrissement des valeurs morales qu'elle induit, le retour à une certaine loi du plus fort (la prise de pouvoir des miliciens et de P'tit Kalibre en est l'aspect le plus criant). De la construction du récit ressort une grande maîtrise. En outre, Gipi s'entend pour donner aux personnages qu'il met en scène une réelle épaisseur, pour les faire évoluer de façon explicite, pour mettre en évidence chaque point crucial de façon à rendre son propos clair et compréhensible pour le lecteur. A vrai dire, seule la toute fin -qui est loin d'être ratée- m'a laissé perplexe, mais c'est cette chute inattendue, loin d'embrouiller le propos, donne un relief particulier au récit. Cette couleur grise qui passe par toutes les nuances possibles, sert très bien le récit en instaurant une ambiance triste, voire lugubre, parfois inquiétante. En tout cas, j'ai rarement vu une ambiance de guerre, un climat de chacun-pour-soi et de désespérance sociale, aussi bien rendu par l'ambiance que cette oeuvre dégage. Il faut payer une attention toute particulière aux expressions du visage, qui atteignent un haut degré d'expressivité et qui en disent parfois bien plus qu'un long discours, ce qui paraître étonnant pour un dessin qui paraît brouillon au premier abord. "Notes pour une histoire de guerre", en adoptant ce ton neutre, en faisant vivre l'histoire de l'intérieur grâce à l'habile procédé du témoignage, atteint son but: peindre la guerre -et non la dénoncer de front. Cette BD a amplement mérité ce titre à Angoulême. Gipi est un auteur à suivre, et qui je l'espère nous sortira d'autres oeuvres aussi poignantes.
Jojo
Pour moi, c'est un vrai coup de cœur : j'ai flashé pour le titre puis pour le dessin (rondouillard et tendre) et enfin pour les histoires. Les personnages sont attachants, les histoires simples, poétiques, avec quelques bagarres d'enfants comme dans la vie des écoles de notre enfance (sans violence gratuite) ; enfin c'est l'effet que ça m'a fait ! Cette BD ramène un peu de fraîcheur dans le genre, tout en abordant les soucis que peuvent rencontrer les enfants en grandissant ; pas de vulgaire, pas de sang, rien de bétifiant : un vrai bonheur que ce Jojo !
Là où vont nos pères
Belle et épaisse BD au grand format, c'est sa couverture sobre et élégante qui m'a attiré. Et je n'ai vraiment pas été déçu ! L'ensemble du récit de Là où vont nos pères est muet. Cela permet d'autant plus de profiter du graphisme de toute beauté et de son message universel. Le dessin, alternant petites vignettes et plus grandes images toutes en teintes sépia ou grises, est semblable à ces vieilles photos délavées. Réaliste, très soigné, il est beau sur chaque case. Et surtout il y a ces grandes images en une planche, voire en une double page... A chacune de ces planches, j'ai eu le même sentiment percutant : "Wouaaah !" Wouah ! C'est beau ! Comme de beaux tableaux, comme des belles gravures du début du siècle, comme de superbes photos d'un monde imaginaire ! Cette BD est un recueil d'oeuvres d'art et ne serait-ce que pour cela, elle vaut déjà son achat. Mais le scénario n'est pas en reste car il est simple mais également de toute beauté. Il raconte le départ d'un père de famille, obligé de quitter son pays natal et d'émigrer pour chercher fortune et tenter d'apporter un jour une vie meilleure à sa femme et sa fille. Abandonnant une cité prolétaire assombrie de noires fumées reptiliennes, il traverse l'océan pour arriver... non pas en Amérique mais dans une Amérique Imaginaire, un monde presque féerique tant il est différent, un monde étrange et surtout étranger, où tout est différent pour notre héros. La nourriture, les animaux, les transports, la langue, l'écriture, tout est aussi nouveau pour le héros que pour le lecteur qui découvre avec lui ce monde bizarre et neuf. Ce pays surprenant est bien sûr une métaphore des Etats-Unis, mais présentée avec brio de manière à montrer à quel point un immigré peut se retrouver perdu dans un tel environnement étranger à tout ce qu'il connaît. Comme il est dur de s'y intégrer, de trouver où loger, de trouver un travail... Et pourtant dans ce pays, il va trouver des gens comme lui, d'autres immigrés qui ont tous leurs histoires à raconter, leurs vies à partager. La narration totalement muette fonctionne très bien. Seul petit reproche, certains moments sont un peu moins faciles à suivre, rendus ardus par la même incompréhension du Nouveau Monde que le héros doit affronter. Là où vont nos pères est à mes yeux l'antithèse de la BD La Jungle de Kuper. Cette dernière présentait l'immigration et le travail aux USA comme un lente déchéance vers un destin de plus en plus sordide. Ici, c'est tout l'inverse, l'effarement du début menant à une fascination pour ce nouveau monde aussi étrange que fabuleux et lumineux. Et pour me plaire encore davantage, c'est une histoire qui finit bien, comme je les aime. Un beau coup de coeur pour cette superbe BD !
Monsieur le Chien
Un nouveau BD-blog publié en album et celui-ci est l'un des tous meilleurs. Monsieur Le Chien, c'est un dessin tout à fait réussi et expressif mettant en scène un humour acide, légèrement subversif et plein d'auto-dérision. Les éditions Theloma nous offre un album grand et dense qui se lit en prenant son temps car chaque gag de Monsieur Le Chien est complexe et bavard mais tellement jouissif. De vrais éclats de rire, voire un plaisir sadique à se moquer avec Le Chien de ce qui l'entoure et de lui-même. Tout est en digressions, en réflexions délirantes et en joyeux auto-apitoiement. Le dessin ressort bien même si je trouve qu'il passe légèrement moins bien imprimé que sur écran. Cela tient peut-être à la mise en page éclatée (sans contours de cases) qui donnent une impression très légèrement brouillonne à l'ensemble. Je suis aussi légèrement déçu de la couverture un peu trop molle de cette édition qui donne une impression de manque de solidité à l'objet. Mais si l'on prend en compte la densité de cet album, la somme d'humour qu'il contient et de rire qu'il entraîne, je trouve qu'il vaut tout à fait son prix.