Je ne dois pas être un patient très intéressant pour vous.
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa parution initiale date de 2023. le scénario a été écrit par Jessica Holc, psychologue-psychothérapeute, analyste psycho-organique, superviseuse, et par Ghislain de Rincquesen, analyste psycho-organique. Les dessins et la couleur ont été réalisés par Emiliano Tanzillo, avec l'assistance d'Angela Piacentini pour la couleur. Cet ouvrage compte soixante-dix pages de bande dessinée. Il se termine avec une postface de cinq pages, rédigée par Éric Champ, psychologue clinicien, psychothérapeute, superviseur et formateur d'analystes psycho-organiques, une méthode de psychothérapie qui associe le travail psychique et le vécu corporel. Viennent ensuite deux courts témoignages de patients d'une colonne chacun.
Gaby décrit son cauchemar : il est en jean, baskets et teeshirt, au milieu d'un champ de bataille médiéval où les combattants s'affrontent brutalement à l'épée. Il court éperdument jusqu'à atteindre un rivage en orée de forêt, où l'attend un petit radeau plat avec une voile. Il monte dessus et manie la pagaie. Mais bientôt un crocodile lui barre la navigation et ouvre grand sa gueule. C'est alors qu'il se réveille en nage, apeuré. Il indique à sa psychothérapeute qu'il s'agit de son cauchemar de cette nuit, que c'est pour cette raison qu'il s'est décidé à venir la voir. Il est épuisé, c'est insupportable, il est tout le temps fatigué et ses amis lui disent qu'il est déprimé. Son analyste lui demande si ça fait longtemps qu'il a ces cauchemars. Il répond : aussi loin qu'il se souvienne, il fait d'horribles cauchemars et il se réveille en hurlant. Ça fait longtemps qu'il y pensait, mais il lui a été difficile de venir consulter. Il continue : il est barman à Paris et il a trente-et-un ans. Il ne sait pas par où commencer. Elle lui propose : par les événements les plus marquants de sa vie.
Paula est allongée sur le divan de son psychothérapeute. Elle a la larme à l'œil en expliquant ce qui l'amène : elle tourne en rond. Ça fait plus d'un an qu'elle vient et elle a toujours ces images d'Élise morte, son amie qui est décédée lors des attentats de Nice, le 14 juillet 2016. La boule au ventre revient, elle n'en sort pas, elle est découragée. En fait, c'est vrai qu'elle a toujours ces images, mais ça ne fait plus mal comme avant. Elle a pu reprendre son travail, conduire des TGV. Elle adore, et elle a beaucoup bossé pour y arriver. Elle continue : elle a fait un voyage en Italie avec son mec. Ça l'a sauvée de parler à son thérapeute. La vie a repris. Mais elle ne comprend pas. Elle a toujours comme un gouffre en elle, et des crises de larmes ; ça ne passe pas. de son côté, Gaby accomplit sa journée de travail, et en fin d'après-midi, il revient pour la séance suivante. Sa thérapeute lui demande comment il s'est senti après leur rencontre. Il explique : bousculé, il a même pris le métro dans le mauvais sens. Mais il s'est senti allégé d'avoir parlé. Il continue : il n'a pas trop l'habitude de ce genre de trucs. Il s'est senti accueilli ici, ce qu'elle lui a dit. Comment mettre des mots, mettre de l'ordre dans ses pensées peut libérer et l'aider à retrouver son élan vital.
En débutant ce récit, le lecteur a conscience qu'il a été écrit par deux psychothérapeutes : il sait donc qu'ils vont évoquer leur pratique d'analyste psycho-organique au travers de deux personnages fictifs venant consulter. Il ne s'attend donc pas à un regard critique, plutôt à une exposition au travers de ces deux patients. La construction du récit s'avère très agréable et très douce, exprimant la bienveillance des deux thérapeutes. Les auteurs alternent les scènes consacrées à Paula et à Gaby. Chaque scène fait le plus souvent une ou deux pages, avec deux séquences qui montent à six pages, toutes les deux consacrées à Gaby. Chaque séance chez le psy est donc condensée en une, deux ou trois pages, avec des échanges brefs, sans explication technique, sans utilisation du langage d'analyste, juste la parole de l'une ou de l'autre patient, et les questions brèves du thérapeute, avec rarement une remarque ou une suggestion. La narration visuelle s'inscrit dans un registre réaliste et descriptif, avec un bon niveau de détails, et une mise en couleurs qui joue sur les nuances de brun voire sépia pour les pages consacrées à Gaby, et sur les nuances de bleu gris pour celles consacrées à Paula.
La mise en couleurs s'avère douce, apaisante, reflétant le havre de calme du cabinet, de l'attitude bienveillante du thérapeute, de l'absence de jugement. le jeu de nuances d'une même teinte permet d'évoquer l'ambiance plus ou moins lumineuse ou tamisée, de rehausser les reliefs de chaque surface, d'adoucir la noirceur des traits encrés, d'habiller les rares fonds de case vides. L'artiste donne l'impression de représenter les personnages avec gentillesse, comme s'il faisait preuve d'empathie pour eux, à la fois pour leur état de mal-être qui les amène à consulter, à la fois pour ne pas gêner leur parole, et pour prendre en compte que chaque séance remue des choses profondes nécessitant une période de repos entre chaque pour que le patient dispose du temps nécessaire pour se remettre de ses émotions. le lecteur fait donc connaissance avec les deux principaux personnages, jeunes trentenaires, bien de leur personne, sans exagération de leur physique. Les deux thérapeutes restent en retrait bien calé dans leur fauteuil, avec un physique banal également, dans une attitude d'écoute évidemment. Une ou deux fois, le lecteur peut éprouver la sensation qu'il lit l'ébauche d'une émotion sur leur visage, mais sans certitude.
L'artiste met en œuvre la même approche pour les décors : naturaliste, sans se montrer ostentatoire, la mise en couleur sur le principe de nuances d'une couleur venant même atténuer l'impression première du lecteur en ce qui concerne la densité d'informations visuelles. Pour autant, il se rend compte, inconsciemment ou consciemment s'il y prête une attention particulière, de l'attention portée aux lieux, à la décoration intérieure, aux accessoires. Il commence par sourire en voyant les épées, les heaumes et les cottes de maile, ou encore le radeau basique et la gueule de crocodile. Il constate que le dessinateur ne s'est pas contenté de meubler à la va-vite le cabinet de la thérapeute de Gaby : il a choisi des meubles spécifiques, a déployé un tapis, a retenu un luminaire sur pied, et n'a pas oublié la bibliothèque ou le divan, même si Gaby préfère la position assise. Il effectue bien évidemment la comparaison avec le cabinet du thérapeute de Paula : c'est un autre modèle de fauteuil et de divan, une préférence pour un grand tableau et de petits rayonnages pour les livres, avec toutefois presque la même plante verte. Chacun des deux thérapeutes se rend une fois chez son superviseur, et là encore les meubles et la décoration intérieure sont différents.
Mine de rien, l'artiste est amené à représenter d'autres environnements : le bar où travaille Gaby, une soirée où il se rend, la chambre à coucher de Paula qu'elle partage avec Jean, la bouche de métro de la station Barbès-Rochechouart, la maison des grands-parents maternels de Gaby au Maroc, un restaurant où dîne un couple, une couveuse dans une maternité, une palissade sur laquelle un parachutiste manque de s'embrocher. La narration visuelle sait accommoder une douceur avec des éléments pragmatiques et concrets ancrant chaque séquence dans un monde réel, plausible et palpable. le lecteur est donc amené à considérer Paula, Gaby et leur thérapeute comme des êtres humains ordinaires, avec une vie quotidienne banale et normale. Dans le même temps, il sait bien qu'il ne s'agit pas d'une biographie, que ce que racontent les deux patients est inventé de toutes pièces et que les deux scénaristes prêchent pour leur paroisse… Ce qui ne l'empêche pas d'éprouver de l'empathie pour Gaby et pour Paula, même si une ou deux prises de conscience sur leur histoire personnelle semble surtout servir le scénario.
Le lecteur peut avoir un peu de réticence à penser à cette histoire en termes de scénario : il suit bel et bien le travail sur soi-même que fournit Gaby de son côté, et Paula du sien. Après tout, les traumatismes qu'ils finissent par exprimer et par identifier comme tels, grâce au travail de leur thérapeute respectif, ne sont pas extravagants ou impossible au point d'en devenir romanesques, et il y a bien une raison pour laquelle ils ont pris la décision de consulter ; parce qu'ils ne s'en sortaient pas par eux-mêmes, parce qu'ils répétaient les mêmes schémas, avec des symptômes qui leur pourrissent la vie, entre les cauchemars à répétition de Gaby, et le mal-être profond éprouvé par Paula. L'enjeu de la bande dessinée réside bien sûr dans la mise en scène de l'accompagnement thérapeutique, dans la mise en scène du travail d'analyse, dans ce qu'apporte ce processus. le lecteur apprécie cette forme pour parler de la psychothérapie, sans terme technique, en douceur, sans prétendre arriver à une guérison miracle. Il n'éprouve pas de sensation de vente forcée, mais une présentation de la démarche, évidemment en faveur de ce type de thérapie, sans jamais réduire le champ des possibles à cette unique forme de soin. En outre les thérapeutes mis en scène agissent de sorte à provoquer des prises de conscience, essentiellement par le biais de la verbalisation, sans désigner de victime ou de coupable, juste révéler au patient qu'il est un être humain modelé par son histoire personnelle et, par voie de conséquence, par celle de ses parents. Les séances se suivent, brèves, et le lecteur sent de temps à autre une boule dans sa gorge, les larmes se former au bord de ses yeux, attestant de l'honnêteté de la sensibilité des auteurs.
Suivre la thérapie de deux personnages créés de toute pièce, avec la crainte a priori de subir le prosélytisme de deux praticiens ? Ces réserves font sens, et dans le même temps le lecteur sait où il met les pieds car les auteurs ne font pas mystère de leur métier d'analyste psycho-organique. L'un des personnages indique à sa thérapeute qu'il pense qu'elle doit estimer qu'il n'est pas un patient très intéressant pour elles, car il est un peu nul avec ses petits problèmes et ses petits raisonnements. C'est la normalité, ou au moins la banalité des deux patients, la narration visuelle pragmatique et douce qui rendent ces personnages très proches, plausibles et réels au point de générer un bon niveau d'empathie chez le lecteur. Ce dernier éprouve une forte commisération pour eux, voire il n'est pas loin de verser une larme en voyant comment la thérapie les amène progressivement à se découvrir eux-mêmes, à se révéler, à pouvoir regarder en face leurs traumatismes. Une belle évolution.
La différence
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Il s'agit d'une histoire complète initialement parue en 1982, de 62 pages, avec un scénario de Chris Claremont, des dessins de Brent Anderson et mise en couleurs de Steve Oliff.
Deux jeunes noirs sont poursuivis au milieu d'un parc public et abattu froidement par une équipe qui vient d'exécuter leurs parents, menée par une femme appelée Anne. Leur crime : avoir été des mutants. Un homme de Dieu, le révérend William Stryker, mène une croisade médiatique anti-mutants en prenant comme thèse que ce sont des abominations qui n'ont pas leur place dans la création divine. Face à lui, Charles Xavier défend la position de la cohabitation entre les mutants et les homos sapiens et Magneto a mis un peu d'eau dans son vin en prêchant moins pour la domination du monde par les mutants et plus pour la cohabitation pacifique. Mais Stryker est également à la tête d'une organisation paramilitaire qui enlève Xavier, Cyclops et Storm pour préparer le grand soir.
Ce récit des x-Men est chargé d'histoire. Tout d'abord il s'agit d'un projet avorté entre Chris Claremont et Neal Adams que ce dernier abandonna pour manifester son désaccord sur la nature des contrats d'emploi des dessinateurs et scénaristes. Il avait cependant déjà dessiné 6 pages dont les crayonnés sont inclus dans la présente édition.
Ensuite ce récit a servi de trame au film X-Men 2 ce qui a renouvelé l'intérêt qui lui a été porté. Mais avant tout, ce récit a conquis le cœur de générations de lecteurs par ses qualités. En 1982, cela fait déjà sept ans que Claremont imagine les aventures des X-Men. Marvel Comics et lui souhaitent profiter d'un nouveau format ("graphic novel", l'équivalent de nos albums de bande dessinée en couverture souple) pour publier une histoire exceptionnelle des X-Men.
Claremont propose un projet qui met en avant la principale thématique de la série depuis sa création en 1963 par Stan Lee et Jack Kirby : la tolérance, l'acceptation de l'autre. du coup, il brise le moule de ce qui se faisait à l'époque en racontant une histoire sans supercriminel (Magneto se joint aux X-Men) et complète, sans suite à suivre. Il met en scène les X-Men de l'époque : Charles Xavier, Cyclops, Kitty Pride, Storm, Colossus (et sa petite sœur), Wolverine et Nightcrawler. Et Claremont se lâche dans la dialectique relative à l'altérité. Près de 30 ans plus tard, il est surprenant de voir comment il a écrit une ode à la diversité et un pamphlet contre le fanatisme religieux (ici catholique). En outre, il ose mettre en scène des personnages ayant des convictions religieuses (Kitty Pride, Kurt Wagner) sans les ridiculiser, ni les caricaturer (une vraie preuve de tolérance et d'ouverture).
À l'époque, c'était révolutionnaire, aujourd'hui cette histoire se lit agréablement avec des thématiques qui restent toujours d'actualité (il est possible qu'un auteur plus récent ait dissocié Stryker de la milice pour donner encore plus d'impact à son discours, sans l'incriminer dans les exactions criminelles). Par le biais de superhéros, Chris Claremont évoque sa conception de la société, la nécessité d'accepter la différence du voisin.
La lecture du tome souffre un peu du format comics traditionnel, plus petit que celui initial (les textes des bulles deviennent massifs et en tout petit caractère). Les illustrations souffrent aussi de cette réduction d'échelle. À l'époque, Brent Anderson est encore un dessinateur débutant qui hésite entre ses aînés Neal Adams et John Buscema, et un style plus européen dans les poses des personnages. Il n'a pas encore acquis l'équilibre dont il fait preuve dans la série Astro City (Life in the Big City). La mise en page est assez élaborée avec des découpages de séquences qui guident l'oeil du lecteur de case en case avec une fluidité remarquable. Plusieurs séquences présentent déjà un agencement très cinématographique dans la structuration des prises de vue (plan large, champ & contrechamp, plan fixe, etc.). Il fera encore plus fort visuellement dans Somerset Holmes. Il dispose déjà d'un savoir faire remarquable pour mettre en évidence l'humanité des individus qu'il représente.
Les scènes d'interaction entre les personnages et de dialogues utilisent un langage corporel approprié et varié. L'influence de Neal Adams est palpable dans les scènes d'action. Malgré tout, certaines pages souffrent de l'absence totale de décors, et certaines silhouettes semblent plus esquissées que pleinement dessinées.
S'il s'agit pour vous d'une première lecture, il est possible que la structure du récit laisse paraître son âge. Si vous voulez enfin savoir pourquoi cette histoire est restée dans les annales des X-Men, vous aurez le plaisir d'une lecture agréable avec un discours bien structuré et développé sur la tolérance et les valeurs d'une société (vivre en commun).
Perso j'ai pris, du plaisir à lire cette série. J'aime beaucoup Morvan et surtout Savoia et je ne sors pas déçu de ma lecture.
J'entends les réserves de crédibilité sur certains aspects des scénarios mais dans un genre polar très semi réaliste distrayant j'ai trouvé cela bien construit.
Par exemple j'ai bien accroché au T1 avec une psychologie du père qui s'enfonce dans un déni morbide bien rendu. Le personnage d' "Albertus" est un poil trop tendre pour les situations rencontrées mais il dégage une telle empathie que cela ne m'a pas gêné.
Le graphisme de Sylvain Savoia était déjà bien plaisant même si ses dernières séries sont plus abouties. C'est encore un peu raide et pointu pour les personnages mais la tonicité humoristique est déjà très présente dans sa façon.
Les extérieurs des différents pays visités sont bien travaillés. J'ai apprécié le renouvellement au fil des tomes des ambiances proposées ; routes, gares, campagne, plage ...
Une série qui ne se prend pas la tête pour un moment de lecture tonique de détente très agréable.
Approche très sympa et originale de l'histoire de l'humanité. Beaucoup de plaisir à lire chaque tome en souriant par rapport à la période historique choisie. J’aime vraiment beaucoup.
Nb: les séries sœurs Arcanes et "arcanes majeur " sont dans la même lignée
Que 2 volumes à cette BD, c'est le principal reproche que j'ai à formuler pour cette série. L'univers décrit est cohérent mais les indices, les explications viennent ici et là. Mais déjà dès les premières pages, tout est en place. Les scénaristes ont peut-être bien pensé leur monde, mais le lecteur s'y perd parfois.
Oui, il y a des femmes nues partout, des hommes masqués, un fort parfum de SM, mais ça passe bien, malgré parfois des concepts pas toujours très "soft". C'est un monde précolombien avec ses clans, ses institutions assez sanglantes.
L'histoire est plus banale, un peu comme un policier des années 50, avec une très grosse louche exotique par dessus.
Le dessin est très (trop ?) proche de celui de Moebius, ce qui n'est quand même pas rien. Parfois, le dessinateur se fait plaisir avec des corps féminins ou des images de décor. Et des grandes images plus proches du poster que de la BD. On ne peut néanmoins pas lui jeter la pierre de dessiner avec ses pieds.
J'ai failli mettre culte, mais cette BD est difficile d'accès et concerne un public plutôt averti. Beaucoup n'y verront que des culs et des fesses, passant à côté de l'univers décrit et d'une histoire construite, mais pas très retorse.
Le 1er volume est dur à trouver, le 2ème existe sous différents noms... ce qui complique un peu la tâche, surtout quand on commande par internet.
---Édit août 2024---
Il n'existe que 2 volumes à ce jour et je ne pense pas qu'il y en aura d'autres, le plus récent étant de mars 2002 (ce que je lis en page intérieure).
Je viens de relire les 2 albums, l'univers est reste original, bien qu'il y ait des choses qu'on ne découvre que quelques pages plus tard, ce qui oblige parfois à revenir en arrière pour mieux comprendre certaines cases ou dialogues.
C'est gentiment sexy, sans doute sulfureux outre-Atlantique dans les années 90 (le volume 1 date de 1996). C'est assez fortement inspiré de Moebius, mais quitte à faire hurler les puristes, je préfère Dave Taylor.
J'aurais été preneur d'un tome 3, mais celui-ci ne sortira jamais, sauf si je décide de prendre le crayon et la plume :)
Je suis, moi aussi tombé sous le charme de cette charmante série jeunesse (autour des 6 ans). Joris Chamblain aux éditions de la Gouttière, c'est la quasi-certitude de ne pas se tromper dans le choix d'une lecture pour jeunes enfants.
Après un premier tome qui transgresse gentiment les codes de Peter Pan, Chamblain fait preuve d'originalité et de créativité pour fournir des histoires très rythmées drôles et accessibles aux plus jeunes avec un vocabulaire tonique et de bon niveau sans mièvrerie.
J'ai noté un lettrage très agréable pour des primo lecteurs-trices.
Je ne connaissais pas le travail d'Olivier Supiot au graphisme et j'ai adoré la vivacité de sa petite Elisabeth/Lili qui donne beaucoup de punch à la série.
Mais surtout j'ai vraiment aimé cette mise en couleur avec cette prédominance de fonds jaunes, orangés ou bleus qui produisent des contrastes très lumineux et mettent en valeur la dynamique des personnages. Cela nous change tellement des mises en couleur standardisées façon animation.
Une belle série à découvrir pour les enfants et ceux qui le sont restés.
Un bête truc pour me tenir hors d’un récit à cause d’un détail visuel, c’est de dessiner des oreilles sans aspérités, sans cavité. Je sais, c’est stupide mais immanquablement, je me focalise là-dessus et ça me perturbe durant toute ma lecture. Et du coup, il faut vraiment que le scénario me prenne pour que je passe outre ce détail.
On l’appellait Bebeto m’a fait oublier ce détail…
Le récit nous plonge dans une cité de la grande banlieue de Barcelone. Le personnage central arrive à cet âge où l’on n’est plus vraiment un enfant mais pas encore pleinement adolescent. Les parties de football ne sont pas encore supplantées par l’attrait des jeunes filles et l’amitié entre gamins demeure indestructible. Mais Carlos a une fêlure en lui, un deuil qui a du mal à cicatriser, et ce passage n’en est que plus délicat. Sa rencontre avec Bebeto, dont le surnom évoque bien plus l’apparente ‘simplicité’ de cet étrange adolescent que le nom du célèbre joueur de football brésilien, va lui ouvrir les portes de la maturité et de l’acceptation.
Ce récit a réussi à me toucher. J’ai réellement été ému par le parcours de Carlos, qui quitte progressivement son regard d’enfant pour gagner en maturité. En allant vers l’autre, il se trouve lui-même et parvient à faire face à ses démons. J’ai aimé le fait que tout ne se passe pas bien sans que tout ne soit noir pour autant. L’auteur nous offre une belle tranche de vie, emplie d’une nostalgie amère, qui m’a parfois mis mal à l’aise tant ça sonne juste. C’est beau, parfois drôle, souvent triste… c’est la vie qui passe et qui ne reviendra pas.
Au niveau du dessin, s’il n’y avait cette histoire d’oreilles, j’aurai été séduit. Le découpage est bon, le trait est facile à lire, la colorisation apporte la lumière en accord avec le contexte.
Parce que ce récit a réussi à faire naître en moi un sentiment de nostalgie amère alors même que dès la couverture je me suis dit « mais c’est quoi, ces oreilles à la con !?! », j’accorde à l’album la note de 4/5 rehaussée d’un coup de cœur. Vraiment une très belle surprise sur une double thématique pourtant déjà souvent explorée (le deuil et la nostalgie de l’enfance).
Occasionnellement, je me laisse séduire par un récit adaptant un mythe ou une légende de la Grèce antique mais je demeure très éloigné des spécialistes en la matière. Et plutôt qu’une simple retranscription de l’histoire telle que déjà racontée, je préfère me pencher sur des adaptations plus libres, plus modernes. J’avais adoré le Médée de Blandine Le Callet et Nancy Peña par exemple, mais aussi le Pygmalion de Serge Le Tendre et Frédéric Peynet.
Sisyphe est un personnage que je ne connais pour ainsi dire pas. Tout ce que j’en savais se résumait au fait qu’il devait sans cesse remonter une pierre au sommet d’une colline suite à une punition divine. Son histoire vient justement d’être adaptée par le duo formé par Le Tendre et Peynet, et l’opportunité était trop belle pour ne pas découvrir le mythe derrière l’image d’Epinal.
J’ai bien aimé. L’histoire est certes classique mais aussi prenante. Ce père qui va se damner par amour pour son fils, s’enfonçant toujours plus dans l’horreur, jouet malheureux de la perversité des Dieux, a un destin marquant. Les auteurs en donnent une version plaisante. L’aspect dramatique est ainsi atténué par quelques notes d’humour alors que le dessin magnifie vraiment le récit tout en restant dans une veine très classique. La pagination est idéale, ni trop courte (on n’a pas le sentiment de lire un résumé) ni inutilement tirée en longueur (on n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer).
Une chouette manière de découvrir un peu plus en profondeur un des grands mythes de la Grèce antique tout en s’amusant. Vraiment pas mal du tout ! je dirais même plus : franchement bien !
Madagascar est un vrai vivier d'artistes dans la musique ou le graphisme. Evidemment dans un pays où 90 ? la population est sous le seuil de pauvreté cela peut sembler dérisoire. Pourtant cette persévérance culturelle dans un île autrefois durement frappée par l'esclavage et aujourd'hui par l'instabilité politique et la violence est une lueur d'espoir. A travers leurs différentes séries Pov et Dwa participent à cette résistance humaniste.
Lundi noir sur l'île rouge nous plonge dans une histoire d'amour universelle gâtée par le conflit des ambitions de pouvoir. Janvier 2009 est le début d'une lutte entre Andry Rajoelina et le président Marc Ravalomanana qui sert d'ambiance à la rencontre de Nina et Looms, avides de construire leur vie avec leurs propres capacités.
Les auteurs montrent dans un scénario qui renvoie les politiques dos à dos le gâchis pour une grande partie des habitants de l'île.
Si l'histoire est classique, l'environnement politique choisi est très intéressant et le profil psy des personnages bien construit.
Le graphisme est simple mais apporte un bon dynamisme à la narration visuelle qui complète parfaitement un texte précis et pas trop lourd pour comprendre la situation du pays.
Le rythme est bon et la narration propose quelques rebondissements soutenus par les événements de la lutte de pouvoir.
Une bonne lecture découverte à encourager.
J'ai découvert cette oeuvre dans l'exposition BD à Paris (2024) sur le thème horrifique. Lors de mon entrée dans celle-ci, j'ai été scotché par les planches en encre de chine; et une forte émotion m'a enveloppé en comprenant l'histoire par le seul dessin.
Manga des années 80 avec un charme fou, les traits des personnages ne sont pas du tout les mêmes que le manga moderne, c'est beaucoup plus artistique. Les décors y sont sublimés par la main de l'auteur, ce qui nous plonge dans une ambiance lugubre qui correspond parfaitement à notre pauvre protagoniste...
Une vrai révélation, rien à redire !
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Psychothérapies
Je ne dois pas être un patient très intéressant pour vous. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa parution initiale date de 2023. le scénario a été écrit par Jessica Holc, psychologue-psychothérapeute, analyste psycho-organique, superviseuse, et par Ghislain de Rincquesen, analyste psycho-organique. Les dessins et la couleur ont été réalisés par Emiliano Tanzillo, avec l'assistance d'Angela Piacentini pour la couleur. Cet ouvrage compte soixante-dix pages de bande dessinée. Il se termine avec une postface de cinq pages, rédigée par Éric Champ, psychologue clinicien, psychothérapeute, superviseur et formateur d'analystes psycho-organiques, une méthode de psychothérapie qui associe le travail psychique et le vécu corporel. Viennent ensuite deux courts témoignages de patients d'une colonne chacun. Gaby décrit son cauchemar : il est en jean, baskets et teeshirt, au milieu d'un champ de bataille médiéval où les combattants s'affrontent brutalement à l'épée. Il court éperdument jusqu'à atteindre un rivage en orée de forêt, où l'attend un petit radeau plat avec une voile. Il monte dessus et manie la pagaie. Mais bientôt un crocodile lui barre la navigation et ouvre grand sa gueule. C'est alors qu'il se réveille en nage, apeuré. Il indique à sa psychothérapeute qu'il s'agit de son cauchemar de cette nuit, que c'est pour cette raison qu'il s'est décidé à venir la voir. Il est épuisé, c'est insupportable, il est tout le temps fatigué et ses amis lui disent qu'il est déprimé. Son analyste lui demande si ça fait longtemps qu'il a ces cauchemars. Il répond : aussi loin qu'il se souvienne, il fait d'horribles cauchemars et il se réveille en hurlant. Ça fait longtemps qu'il y pensait, mais il lui a été difficile de venir consulter. Il continue : il est barman à Paris et il a trente-et-un ans. Il ne sait pas par où commencer. Elle lui propose : par les événements les plus marquants de sa vie. Paula est allongée sur le divan de son psychothérapeute. Elle a la larme à l'œil en expliquant ce qui l'amène : elle tourne en rond. Ça fait plus d'un an qu'elle vient et elle a toujours ces images d'Élise morte, son amie qui est décédée lors des attentats de Nice, le 14 juillet 2016. La boule au ventre revient, elle n'en sort pas, elle est découragée. En fait, c'est vrai qu'elle a toujours ces images, mais ça ne fait plus mal comme avant. Elle a pu reprendre son travail, conduire des TGV. Elle adore, et elle a beaucoup bossé pour y arriver. Elle continue : elle a fait un voyage en Italie avec son mec. Ça l'a sauvée de parler à son thérapeute. La vie a repris. Mais elle ne comprend pas. Elle a toujours comme un gouffre en elle, et des crises de larmes ; ça ne passe pas. de son côté, Gaby accomplit sa journée de travail, et en fin d'après-midi, il revient pour la séance suivante. Sa thérapeute lui demande comment il s'est senti après leur rencontre. Il explique : bousculé, il a même pris le métro dans le mauvais sens. Mais il s'est senti allégé d'avoir parlé. Il continue : il n'a pas trop l'habitude de ce genre de trucs. Il s'est senti accueilli ici, ce qu'elle lui a dit. Comment mettre des mots, mettre de l'ordre dans ses pensées peut libérer et l'aider à retrouver son élan vital. En débutant ce récit, le lecteur a conscience qu'il a été écrit par deux psychothérapeutes : il sait donc qu'ils vont évoquer leur pratique d'analyste psycho-organique au travers de deux personnages fictifs venant consulter. Il ne s'attend donc pas à un regard critique, plutôt à une exposition au travers de ces deux patients. La construction du récit s'avère très agréable et très douce, exprimant la bienveillance des deux thérapeutes. Les auteurs alternent les scènes consacrées à Paula et à Gaby. Chaque scène fait le plus souvent une ou deux pages, avec deux séquences qui montent à six pages, toutes les deux consacrées à Gaby. Chaque séance chez le psy est donc condensée en une, deux ou trois pages, avec des échanges brefs, sans explication technique, sans utilisation du langage d'analyste, juste la parole de l'une ou de l'autre patient, et les questions brèves du thérapeute, avec rarement une remarque ou une suggestion. La narration visuelle s'inscrit dans un registre réaliste et descriptif, avec un bon niveau de détails, et une mise en couleurs qui joue sur les nuances de brun voire sépia pour les pages consacrées à Gaby, et sur les nuances de bleu gris pour celles consacrées à Paula. La mise en couleurs s'avère douce, apaisante, reflétant le havre de calme du cabinet, de l'attitude bienveillante du thérapeute, de l'absence de jugement. le jeu de nuances d'une même teinte permet d'évoquer l'ambiance plus ou moins lumineuse ou tamisée, de rehausser les reliefs de chaque surface, d'adoucir la noirceur des traits encrés, d'habiller les rares fonds de case vides. L'artiste donne l'impression de représenter les personnages avec gentillesse, comme s'il faisait preuve d'empathie pour eux, à la fois pour leur état de mal-être qui les amène à consulter, à la fois pour ne pas gêner leur parole, et pour prendre en compte que chaque séance remue des choses profondes nécessitant une période de repos entre chaque pour que le patient dispose du temps nécessaire pour se remettre de ses émotions. le lecteur fait donc connaissance avec les deux principaux personnages, jeunes trentenaires, bien de leur personne, sans exagération de leur physique. Les deux thérapeutes restent en retrait bien calé dans leur fauteuil, avec un physique banal également, dans une attitude d'écoute évidemment. Une ou deux fois, le lecteur peut éprouver la sensation qu'il lit l'ébauche d'une émotion sur leur visage, mais sans certitude. L'artiste met en œuvre la même approche pour les décors : naturaliste, sans se montrer ostentatoire, la mise en couleur sur le principe de nuances d'une couleur venant même atténuer l'impression première du lecteur en ce qui concerne la densité d'informations visuelles. Pour autant, il se rend compte, inconsciemment ou consciemment s'il y prête une attention particulière, de l'attention portée aux lieux, à la décoration intérieure, aux accessoires. Il commence par sourire en voyant les épées, les heaumes et les cottes de maile, ou encore le radeau basique et la gueule de crocodile. Il constate que le dessinateur ne s'est pas contenté de meubler à la va-vite le cabinet de la thérapeute de Gaby : il a choisi des meubles spécifiques, a déployé un tapis, a retenu un luminaire sur pied, et n'a pas oublié la bibliothèque ou le divan, même si Gaby préfère la position assise. Il effectue bien évidemment la comparaison avec le cabinet du thérapeute de Paula : c'est un autre modèle de fauteuil et de divan, une préférence pour un grand tableau et de petits rayonnages pour les livres, avec toutefois presque la même plante verte. Chacun des deux thérapeutes se rend une fois chez son superviseur, et là encore les meubles et la décoration intérieure sont différents. Mine de rien, l'artiste est amené à représenter d'autres environnements : le bar où travaille Gaby, une soirée où il se rend, la chambre à coucher de Paula qu'elle partage avec Jean, la bouche de métro de la station Barbès-Rochechouart, la maison des grands-parents maternels de Gaby au Maroc, un restaurant où dîne un couple, une couveuse dans une maternité, une palissade sur laquelle un parachutiste manque de s'embrocher. La narration visuelle sait accommoder une douceur avec des éléments pragmatiques et concrets ancrant chaque séquence dans un monde réel, plausible et palpable. le lecteur est donc amené à considérer Paula, Gaby et leur thérapeute comme des êtres humains ordinaires, avec une vie quotidienne banale et normale. Dans le même temps, il sait bien qu'il ne s'agit pas d'une biographie, que ce que racontent les deux patients est inventé de toutes pièces et que les deux scénaristes prêchent pour leur paroisse… Ce qui ne l'empêche pas d'éprouver de l'empathie pour Gaby et pour Paula, même si une ou deux prises de conscience sur leur histoire personnelle semble surtout servir le scénario. Le lecteur peut avoir un peu de réticence à penser à cette histoire en termes de scénario : il suit bel et bien le travail sur soi-même que fournit Gaby de son côté, et Paula du sien. Après tout, les traumatismes qu'ils finissent par exprimer et par identifier comme tels, grâce au travail de leur thérapeute respectif, ne sont pas extravagants ou impossible au point d'en devenir romanesques, et il y a bien une raison pour laquelle ils ont pris la décision de consulter ; parce qu'ils ne s'en sortaient pas par eux-mêmes, parce qu'ils répétaient les mêmes schémas, avec des symptômes qui leur pourrissent la vie, entre les cauchemars à répétition de Gaby, et le mal-être profond éprouvé par Paula. L'enjeu de la bande dessinée réside bien sûr dans la mise en scène de l'accompagnement thérapeutique, dans la mise en scène du travail d'analyse, dans ce qu'apporte ce processus. le lecteur apprécie cette forme pour parler de la psychothérapie, sans terme technique, en douceur, sans prétendre arriver à une guérison miracle. Il n'éprouve pas de sensation de vente forcée, mais une présentation de la démarche, évidemment en faveur de ce type de thérapie, sans jamais réduire le champ des possibles à cette unique forme de soin. En outre les thérapeutes mis en scène agissent de sorte à provoquer des prises de conscience, essentiellement par le biais de la verbalisation, sans désigner de victime ou de coupable, juste révéler au patient qu'il est un être humain modelé par son histoire personnelle et, par voie de conséquence, par celle de ses parents. Les séances se suivent, brèves, et le lecteur sent de temps à autre une boule dans sa gorge, les larmes se former au bord de ses yeux, attestant de l'honnêteté de la sensibilité des auteurs. Suivre la thérapie de deux personnages créés de toute pièce, avec la crainte a priori de subir le prosélytisme de deux praticiens ? Ces réserves font sens, et dans le même temps le lecteur sait où il met les pieds car les auteurs ne font pas mystère de leur métier d'analyste psycho-organique. L'un des personnages indique à sa thérapeute qu'il pense qu'elle doit estimer qu'il n'est pas un patient très intéressant pour elles, car il est un peu nul avec ses petits problèmes et ses petits raisonnements. C'est la normalité, ou au moins la banalité des deux patients, la narration visuelle pragmatique et douce qui rendent ces personnages très proches, plausibles et réels au point de générer un bon niveau d'empathie chez le lecteur. Ce dernier éprouve une forte commisération pour eux, voire il n'est pas loin de verser une larme en voyant comment la thérapie les amène progressivement à se découvrir eux-mêmes, à se révéler, à pouvoir regarder en face leurs traumatismes. Une belle évolution.
X-Men - Dieu crée, l'Homme détruit
La différence - Il s'agit d'une histoire complète initialement parue en 1982, de 62 pages, avec un scénario de Chris Claremont, des dessins de Brent Anderson et mise en couleurs de Steve Oliff. Deux jeunes noirs sont poursuivis au milieu d'un parc public et abattu froidement par une équipe qui vient d'exécuter leurs parents, menée par une femme appelée Anne. Leur crime : avoir été des mutants. Un homme de Dieu, le révérend William Stryker, mène une croisade médiatique anti-mutants en prenant comme thèse que ce sont des abominations qui n'ont pas leur place dans la création divine. Face à lui, Charles Xavier défend la position de la cohabitation entre les mutants et les homos sapiens et Magneto a mis un peu d'eau dans son vin en prêchant moins pour la domination du monde par les mutants et plus pour la cohabitation pacifique. Mais Stryker est également à la tête d'une organisation paramilitaire qui enlève Xavier, Cyclops et Storm pour préparer le grand soir. Ce récit des x-Men est chargé d'histoire. Tout d'abord il s'agit d'un projet avorté entre Chris Claremont et Neal Adams que ce dernier abandonna pour manifester son désaccord sur la nature des contrats d'emploi des dessinateurs et scénaristes. Il avait cependant déjà dessiné 6 pages dont les crayonnés sont inclus dans la présente édition. Ensuite ce récit a servi de trame au film X-Men 2 ce qui a renouvelé l'intérêt qui lui a été porté. Mais avant tout, ce récit a conquis le cœur de générations de lecteurs par ses qualités. En 1982, cela fait déjà sept ans que Claremont imagine les aventures des X-Men. Marvel Comics et lui souhaitent profiter d'un nouveau format ("graphic novel", l'équivalent de nos albums de bande dessinée en couverture souple) pour publier une histoire exceptionnelle des X-Men. Claremont propose un projet qui met en avant la principale thématique de la série depuis sa création en 1963 par Stan Lee et Jack Kirby : la tolérance, l'acceptation de l'autre. du coup, il brise le moule de ce qui se faisait à l'époque en racontant une histoire sans supercriminel (Magneto se joint aux X-Men) et complète, sans suite à suivre. Il met en scène les X-Men de l'époque : Charles Xavier, Cyclops, Kitty Pride, Storm, Colossus (et sa petite sœur), Wolverine et Nightcrawler. Et Claremont se lâche dans la dialectique relative à l'altérité. Près de 30 ans plus tard, il est surprenant de voir comment il a écrit une ode à la diversité et un pamphlet contre le fanatisme religieux (ici catholique). En outre, il ose mettre en scène des personnages ayant des convictions religieuses (Kitty Pride, Kurt Wagner) sans les ridiculiser, ni les caricaturer (une vraie preuve de tolérance et d'ouverture). À l'époque, c'était révolutionnaire, aujourd'hui cette histoire se lit agréablement avec des thématiques qui restent toujours d'actualité (il est possible qu'un auteur plus récent ait dissocié Stryker de la milice pour donner encore plus d'impact à son discours, sans l'incriminer dans les exactions criminelles). Par le biais de superhéros, Chris Claremont évoque sa conception de la société, la nécessité d'accepter la différence du voisin. La lecture du tome souffre un peu du format comics traditionnel, plus petit que celui initial (les textes des bulles deviennent massifs et en tout petit caractère). Les illustrations souffrent aussi de cette réduction d'échelle. À l'époque, Brent Anderson est encore un dessinateur débutant qui hésite entre ses aînés Neal Adams et John Buscema, et un style plus européen dans les poses des personnages. Il n'a pas encore acquis l'équilibre dont il fait preuve dans la série Astro City (Life in the Big City). La mise en page est assez élaborée avec des découpages de séquences qui guident l'oeil du lecteur de case en case avec une fluidité remarquable. Plusieurs séquences présentent déjà un agencement très cinématographique dans la structuration des prises de vue (plan large, champ & contrechamp, plan fixe, etc.). Il fera encore plus fort visuellement dans Somerset Holmes. Il dispose déjà d'un savoir faire remarquable pour mettre en évidence l'humanité des individus qu'il représente. Les scènes d'interaction entre les personnages et de dialogues utilisent un langage corporel approprié et varié. L'influence de Neal Adams est palpable dans les scènes d'action. Malgré tout, certaines pages souffrent de l'absence totale de décors, et certaines silhouettes semblent plus esquissées que pleinement dessinées. S'il s'agit pour vous d'une première lecture, il est possible que la structure du récit laisse paraître son âge. Si vous voulez enfin savoir pourquoi cette histoire est restée dans les annales des X-Men, vous aurez le plaisir d'une lecture agréable avec un discours bien structuré et développé sur la tolérance et les valeurs d'une société (vivre en commun).
Al'Togo
Perso j'ai pris, du plaisir à lire cette série. J'aime beaucoup Morvan et surtout Savoia et je ne sors pas déçu de ma lecture. J'entends les réserves de crédibilité sur certains aspects des scénarios mais dans un genre polar très semi réaliste distrayant j'ai trouvé cela bien construit. Par exemple j'ai bien accroché au T1 avec une psychologie du père qui s'enfonce dans un déni morbide bien rendu. Le personnage d' "Albertus" est un poil trop tendre pour les situations rencontrées mais il dégage une telle empathie que cela ne m'a pas gêné. Le graphisme de Sylvain Savoia était déjà bien plaisant même si ses dernières séries sont plus abouties. C'est encore un peu raide et pointu pour les personnages mais la tonicité humoristique est déjà très présente dans sa façon. Les extérieurs des différents pays visités sont bien travaillés. J'ai apprécié le renouvellement au fil des tomes des ambiances proposées ; routes, gares, campagne, plage ... Une série qui ne se prend pas la tête pour un moment de lecture tonique de détente très agréable.
L'Histoire Secrète
Approche très sympa et originale de l'histoire de l'humanité. Beaucoup de plaisir à lire chaque tome en souriant par rapport à la période historique choisie. J’aime vraiment beaucoup. Nb: les séries sœurs Arcanes et "arcanes majeur " sont dans la même lignée
Tongue Lash
Que 2 volumes à cette BD, c'est le principal reproche que j'ai à formuler pour cette série. L'univers décrit est cohérent mais les indices, les explications viennent ici et là. Mais déjà dès les premières pages, tout est en place. Les scénaristes ont peut-être bien pensé leur monde, mais le lecteur s'y perd parfois. Oui, il y a des femmes nues partout, des hommes masqués, un fort parfum de SM, mais ça passe bien, malgré parfois des concepts pas toujours très "soft". C'est un monde précolombien avec ses clans, ses institutions assez sanglantes. L'histoire est plus banale, un peu comme un policier des années 50, avec une très grosse louche exotique par dessus. Le dessin est très (trop ?) proche de celui de Moebius, ce qui n'est quand même pas rien. Parfois, le dessinateur se fait plaisir avec des corps féminins ou des images de décor. Et des grandes images plus proches du poster que de la BD. On ne peut néanmoins pas lui jeter la pierre de dessiner avec ses pieds. J'ai failli mettre culte, mais cette BD est difficile d'accès et concerne un public plutôt averti. Beaucoup n'y verront que des culs et des fesses, passant à côté de l'univers décrit et d'une histoire construite, mais pas très retorse. Le 1er volume est dur à trouver, le 2ème existe sous différents noms... ce qui complique un peu la tâche, surtout quand on commande par internet. ---Édit août 2024--- Il n'existe que 2 volumes à ce jour et je ne pense pas qu'il y en aura d'autres, le plus récent étant de mars 2002 (ce que je lis en page intérieure). Je viens de relire les 2 albums, l'univers est reste original, bien qu'il y ait des choses qu'on ne découvre que quelques pages plus tard, ce qui oblige parfois à revenir en arrière pour mieux comprendre certaines cases ou dialogues. C'est gentiment sexy, sans doute sulfureux outre-Atlantique dans les années 90 (le volume 1 date de 1996). C'est assez fortement inspiré de Moebius, mais quitte à faire hurler les puristes, je préfère Dave Taylor. J'aurais été preneur d'un tome 3, mais celui-ci ne sortira jamais, sauf si je décide de prendre le crayon et la plume :)
Lili Crochette et Monsieur Mouche
Je suis, moi aussi tombé sous le charme de cette charmante série jeunesse (autour des 6 ans). Joris Chamblain aux éditions de la Gouttière, c'est la quasi-certitude de ne pas se tromper dans le choix d'une lecture pour jeunes enfants. Après un premier tome qui transgresse gentiment les codes de Peter Pan, Chamblain fait preuve d'originalité et de créativité pour fournir des histoires très rythmées drôles et accessibles aux plus jeunes avec un vocabulaire tonique et de bon niveau sans mièvrerie. J'ai noté un lettrage très agréable pour des primo lecteurs-trices. Je ne connaissais pas le travail d'Olivier Supiot au graphisme et j'ai adoré la vivacité de sa petite Elisabeth/Lili qui donne beaucoup de punch à la série. Mais surtout j'ai vraiment aimé cette mise en couleur avec cette prédominance de fonds jaunes, orangés ou bleus qui produisent des contrastes très lumineux et mettent en valeur la dynamique des personnages. Cela nous change tellement des mises en couleur standardisées façon animation. Une belle série à découvrir pour les enfants et ceux qui le sont restés.
On l'appelait Bebeto
Un bête truc pour me tenir hors d’un récit à cause d’un détail visuel, c’est de dessiner des oreilles sans aspérités, sans cavité. Je sais, c’est stupide mais immanquablement, je me focalise là-dessus et ça me perturbe durant toute ma lecture. Et du coup, il faut vraiment que le scénario me prenne pour que je passe outre ce détail. On l’appellait Bebeto m’a fait oublier ce détail… Le récit nous plonge dans une cité de la grande banlieue de Barcelone. Le personnage central arrive à cet âge où l’on n’est plus vraiment un enfant mais pas encore pleinement adolescent. Les parties de football ne sont pas encore supplantées par l’attrait des jeunes filles et l’amitié entre gamins demeure indestructible. Mais Carlos a une fêlure en lui, un deuil qui a du mal à cicatriser, et ce passage n’en est que plus délicat. Sa rencontre avec Bebeto, dont le surnom évoque bien plus l’apparente ‘simplicité’ de cet étrange adolescent que le nom du célèbre joueur de football brésilien, va lui ouvrir les portes de la maturité et de l’acceptation. Ce récit a réussi à me toucher. J’ai réellement été ému par le parcours de Carlos, qui quitte progressivement son regard d’enfant pour gagner en maturité. En allant vers l’autre, il se trouve lui-même et parvient à faire face à ses démons. J’ai aimé le fait que tout ne se passe pas bien sans que tout ne soit noir pour autant. L’auteur nous offre une belle tranche de vie, emplie d’une nostalgie amère, qui m’a parfois mis mal à l’aise tant ça sonne juste. C’est beau, parfois drôle, souvent triste… c’est la vie qui passe et qui ne reviendra pas. Au niveau du dessin, s’il n’y avait cette histoire d’oreilles, j’aurai été séduit. Le découpage est bon, le trait est facile à lire, la colorisation apporte la lumière en accord avec le contexte. Parce que ce récit a réussi à faire naître en moi un sentiment de nostalgie amère alors même que dès la couverture je me suis dit « mais c’est quoi, ces oreilles à la con !?! », j’accorde à l’album la note de 4/5 rehaussée d’un coup de cœur. Vraiment une très belle surprise sur une double thématique pourtant déjà souvent explorée (le deuil et la nostalgie de l’enfance).
Sisyphe - Le Châtiment des Dieux
Occasionnellement, je me laisse séduire par un récit adaptant un mythe ou une légende de la Grèce antique mais je demeure très éloigné des spécialistes en la matière. Et plutôt qu’une simple retranscription de l’histoire telle que déjà racontée, je préfère me pencher sur des adaptations plus libres, plus modernes. J’avais adoré le Médée de Blandine Le Callet et Nancy Peña par exemple, mais aussi le Pygmalion de Serge Le Tendre et Frédéric Peynet. Sisyphe est un personnage que je ne connais pour ainsi dire pas. Tout ce que j’en savais se résumait au fait qu’il devait sans cesse remonter une pierre au sommet d’une colline suite à une punition divine. Son histoire vient justement d’être adaptée par le duo formé par Le Tendre et Peynet, et l’opportunité était trop belle pour ne pas découvrir le mythe derrière l’image d’Epinal. J’ai bien aimé. L’histoire est certes classique mais aussi prenante. Ce père qui va se damner par amour pour son fils, s’enfonçant toujours plus dans l’horreur, jouet malheureux de la perversité des Dieux, a un destin marquant. Les auteurs en donnent une version plaisante. L’aspect dramatique est ainsi atténué par quelques notes d’humour alors que le dessin magnifie vraiment le récit tout en restant dans une veine très classique. La pagination est idéale, ni trop courte (on n’a pas le sentiment de lire un résumé) ni inutilement tirée en longueur (on n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer). Une chouette manière de découvrir un peu plus en profondeur un des grands mythes de la Grèce antique tout en s’amusant. Vraiment pas mal du tout ! je dirais même plus : franchement bien !
Lundi noir sur l'île rouge
Madagascar est un vrai vivier d'artistes dans la musique ou le graphisme. Evidemment dans un pays où 90 ? la population est sous le seuil de pauvreté cela peut sembler dérisoire. Pourtant cette persévérance culturelle dans un île autrefois durement frappée par l'esclavage et aujourd'hui par l'instabilité politique et la violence est une lueur d'espoir. A travers leurs différentes séries Pov et Dwa participent à cette résistance humaniste. Lundi noir sur l'île rouge nous plonge dans une histoire d'amour universelle gâtée par le conflit des ambitions de pouvoir. Janvier 2009 est le début d'une lutte entre Andry Rajoelina et le président Marc Ravalomanana qui sert d'ambiance à la rencontre de Nina et Looms, avides de construire leur vie avec leurs propres capacités. Les auteurs montrent dans un scénario qui renvoie les politiques dos à dos le gâchis pour une grande partie des habitants de l'île. Si l'histoire est classique, l'environnement politique choisi est très intéressant et le profil psy des personnages bien construit. Le graphisme est simple mais apporte un bon dynamisme à la narration visuelle qui complète parfaitement un texte précis et pas trop lourd pour comprendre la situation du pays. Le rythme est bon et la narration propose quelques rebondissements soutenus par les événements de la lutte de pouvoir. Une bonne lecture découverte à encourager.
La Fillette de l'enfer
J'ai découvert cette oeuvre dans l'exposition BD à Paris (2024) sur le thème horrifique. Lors de mon entrée dans celle-ci, j'ai été scotché par les planches en encre de chine; et une forte émotion m'a enveloppé en comprenant l'histoire par le seul dessin. Manga des années 80 avec un charme fou, les traits des personnages ne sont pas du tout les mêmes que le manga moderne, c'est beaucoup plus artistique. Les décors y sont sublimés par la main de l'auteur, ce qui nous plonge dans une ambiance lugubre qui correspond parfaitement à notre pauvre protagoniste... Une vrai révélation, rien à redire !