En milieu hostile
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Ce tome contient un récit complet, mettant en scène des Aliens, tels que créés par Hans Ruedi Giger, et filmé par Ridley Scott en 1979. Cette histoire de 47 pages de bande dessinée, est initialement parue en 1993, avec un scénario de Dave Gibbons, des dessins de Mike Mignola, un encrage de Kevin Nowlan, et une mise en couleurs de Matt Hollingsworth.
Sur une planète éloignée, avec une proportion d'eau, une capsule de secours du vaisseau spatial Nova Maru a atterri dans une eau peu profonde, en bordure de plage. À son bord se trouvent deux rescapés : le capitaine Foss, et l'enseigne Selkirk. Ce dernier est un homme pieu qui se morigène pour avoir péché. le capitaine Foss est sérieusement blessé à l'œil droit, et au bras droit. Il dispose d'une arme et de munition, ainsi que d'un kit médical, avec des antidouleurs.
Le Nova Maru était affrété par la Compagnie, et transportait un cargo de nature inconnue pour l'équipage, mais bien connu du capitaine (et des lecteurs). le séjour sur cette planète ne s'annonce pas de tout repos. L'eau n'est pas tout à fait potable. Les oiseaux ne sont pas vraiment comestibles. En plus le capitaine Foss est un peu paranoïaque sur les bords (et un peu au milieu aussi).
À l'évidence, Dave Gibbons est plutôt connu pour être le dessinateur de Watchmen d'Alan Moore, que pour être un grand scénariste. Néanmoins, il a réussi quelques récits sympathiques comme l'excellent Superman et Batman : L'Etoffe des Héros (dessiné par Steve Rude), ou encore le sympathique premier crossover entre Batman et Predator. Il se livre à un exercice un peu piégé : raconter une histoire dont le lecteur devine aisément le déroulement, à un ou deux détails près. Les pauvres survivants vont être confrontés à des Aliens bien baveux et acides, et tout à leur obsession d'assurer leur reproduction, sans beaucoup d'espoir de s'en sortir ou alors de justesse, et pas forcément en bon état. À partir de là, comment intéresser le lecteur ?
Le suspense se trouve réduit à se demander quand les survivants vont affronter les horribles bestioles, et comment ils vont finir dans d'atroces souffrances. le scénariste doit donc soit se montrer très imaginatif dans la construction de sa course-poursuite, soit créer des personnages attachants, soit donner une dimension métaphorique à l'extermination. le plus simple est bien sûr de mettre en scène les Aliens comme l'ultime manifestation de l'élan vital, une espèce toute entière dévouée à sa perpétuation, sans notion d'individualité, sans autre occupation qui pourrait divertir leur énergie vitale. Et en plus ils sont coriaces.
Dave Gibbons opte pour la mise en scène d'un individu à la personnalité particulière. Selkirk est un croyant, dans une foi qui n'est pas nommée, mais qui reprend à gros trait l'idée d'un Dieu unique ayant défini un code moral assorti de péchés. le lecteur a accès aux pensées de Selkirk par le biais de petites cellules de texte. Il constate rapidement que la foi de Selkirk est basique : une déité omnisciente, un Dieu de colère proche de celui de l'Ancien Testament. Selkirk doit respecter les commandements sous peine de se retrouver en Enfer.
Le scénariste a le bon goût de ne pas transformer Selkirk en un fanatique, mais il force un peu sur l'autocritique, et sur la propension à assimiler tout comportement à un péché. Il a aussi le bon goût d'éviter le rapprochement simpliste entre Aliens et Diable. le lecteur assiste donc aux bévues commises par Selkirk cherchant à survivre, et transgressant les interdits. Au départ, le lecteur se dit que Gibbons se montrera plus subtil avec la question de la survie sur une planète non adaptée à la vie humaine. Selkirk et Foss ne sont pas bien sûr de la composition de l'air qu'ils respirent, l'eau contient des trucs nocifs, et les animaux ont une chair incompatibles avec les estomacs humains. Mais cet aspect-là de la narration est vite oublié au profit de la course-poursuite.
À l'évidence, le lecteur intéressé par cette histoire l'est surtout parce qu'elle a été dessinée par Mike Mignola. C'est l'un des derniers récits qu'il a réalisé avant de lancer sa série Hellboy en 1994. Juste avant il avait collaboré avec Howard Chaykin sur le Cycle des épées (1991, encré par Al Williamson), puis Ironwolf (1992, encré par P. Craig Russell). Ici il bénéficie de l'encrage très respectueux de Kevin Nowlan qui ne cherche pas à arrondir ses aplats de noir, qui ne cherche pas à rajouter des détails, là où Mignola a opté pour une simplification. Il n'y a que quelques traits parfois un peu plus fins que ceux qu'auraient utilisés Mignola qui peuvent trahir le fait qu'il ne s'est pas encré lui-même.
Tout au long de ce récit, le lecteur constate que la transition entre des dessins descriptifs de Mignola, et une approche plus expressionnistes est déjà proche d'aboutir au stade final. Les visages sont soient mangés par des gros traits figurant une ombre portée exagérée, soit plus esquissés que finalisés quand ils se retrouvent en pleine lumière, en particulier pour ce qui est des lèvres (deux gros boudins) ou des yeux représentés avec des gros traits, sans pupille visible. Les silhouettes sont assez massives, et taillées à grands coups de serpe. Tous les personnages n'ont pas encore les épaules tombantes, comme ça sera le cas par la suite chez cet artiste. Par contre, les ombres portées conduisent à des morphologies bizarres, à commencer par Selkirk qui semble avoir une poitrine un peu surdéveloppée, une fois sa chemise déchirée. Les petits traits qui marquent la peau de Dean neutralisent tout voyeurisme ou forme de séduction. Elle ne peut pas être réduite à un objet du désir, dans la mesure où Mignola la représente sans grâce (même la case où elle apparaît avec un marcel mouillé).
Par rapport à la série Hellboy, le lecteur constate que la densité d'informations visuelles reste élevée. Mike Mignola n'a pas encore pris le parti d'une épuration graphique systématique. Il représente les arrière-plans, soit avec des détails concrets, soit avec des formes tirant vers l'abstraction. Ce compromis dans les images assure un bon niveau d'immersion pour le lecteur, ce qui est plutôt agréable dans le cadre d'un récit de science-fiction.
Et les vraies vedettes de l'histoire ? Mike Mignola fait des merveilles pour leur rendre toute leur étrangeté, et leur dangerosité. Dans le cadre des comics, l'une des difficultés auxquelles se heurtent les dessinateurs, est de trouver comment conserver leur part d'horreur aux Aliens. Avec une bande dessinée, il n'est pas possible de jouer sur la fugacité de leur apparition, ou sur la soudaineté de leur attaque. Le dessin reste sous les yeux du lecteur qui peut le regarder aussi longtemps qu'il le souhaite. C'est lui qui maîtrise le rythme de la lecture, par opposition au cinéma. La deuxième difficulté à laquelle le dessinateur est confronté, c'est l'apparence qu'il donne à l'Alien. Au vu du nombre d'images, il n'est pas possible d'aboutir à un niveau de détails similaire à celui d'Hans Rudolf Giger (l'artiste qui les a créés), et même si l'artiste disposait du temps nécessaire le résultat serait trop figé. Il reste la possibilité de jouer sur les textures comme le fit Richard Corben (voir Aliens: Alchemy), mais là encore trop de détails finit par banaliser ces créatures.
L'approche graphique de Mike Mignola constitue le juste milieu. Il peut représenter des Aliens à découvert, tout en leur conservant leur part de mystère, par l'usage d'aplats de noir mangeant une partie de leur silhouette ou le détail exact de leur morphologie. Il peut choisir de ne faire ressortir que quelques traits saillants évoquant leur silhouette. Il sait aussi tirer les surfaces noires de leur peau, vers l'abstraction pour leur donner une apparence conceptuelle. Avec cette histoire, Mike Mignola se révèle être un des artistes parfaits pour mettre en scène les Aliens sans rien perdre de leur horreur et de leur fugacité.
Dans ce court récit (47 pages), Dave Gibbons fait l'effort d'inclure des éléments particuliers pour éviter l'effet d'une histoire générique avec des Aliens. Il ne développe leur rôle comme incarnation pure de la perpétuation d'une espèce, les cantonnant au rôle de monstres horrifiques. Il choisit un personnage principal aux convictions religieuses bien ancrées, obligé de transgresser plusieurs interdits pour assurer sa survie. Son récit correct mais pas inoubliable bénéficie de la mise en images très personnelle de Mike Mignola. Cet artiste n'a pas complètement achevé sa mutation vers l'abstraction à base d'aplats de noir rocailleux, mais ses choix graphiques permettent de conserver tout le mystère des Aliens, et toute leur horreur souvent suggérée.
Sillonner les routes à bord d’un gros camion, voilà une profession qui peut faire rêver, mais les camionneurs ont aujourd’hui une image bien moins romanesque que celle qu’ils ont pu avoir il y a quelques décennies. Nous, conducteurs hypocrites que nous sommes, maudissons ces transports encombrants, lents et polluants en oubliant bien trop facilement que sans eux, bien des produits nous seraient inaccessibles.
Marzena Sowa (au scénario) et Geoffrey Delinte (dessins et couleurs) leur rendent un très bel hommage au travers de ce récit ‘tout public’ qui narre la cohabitation le temps d’un été d’un père routier et de son fils. Aucun des deux n’avait vraiment envie de partager cette promiscuité (c’est la mère qui est à l’origine de cette décision) mais ce voyage va leur permettre de se découvrir mutuellement.
J’ai beaucoup aimé l’apparente simplicité de cette histoire. Tout y est fluide et semble naturel, jusqu’à cette nuit passée en compagnie de deux jeunes prostituées. Car, et c’est là une des forces du récit, les auteurs proposent quelque chose d’assez réaliste même si rempli de bons sentiments. Nous sommes confrontés au machisme du milieu, aux dangers de la nuit, aux rencontres que l’on peut faire sur ces autoroutes (auto-stoppeurs, prostitué.e.s, voyageurs clandestins, etc...)
Le dessin très épuré de Geoffrey Delinte apporte de la candeur à cette histoire et permet au lecteur d’adopter le regard de l’enfant. L’évolution de celui-ci qui, de jeune adolescent, va de plus en plus s’affirmer au fil des jours et des rencontres est vraiment remarquable. Ce personnage est très attachant même si je l’ai parfois trouvé trop mature pour son âge. Son père nous est également décrit avec beaucoup d’humanité. Souvent maladroit, à l’humour assez douteux, sans doute trop secret, trop timide, et pourtant avec un cœur grand comme le monde, c’est là aussi un beau portrait et un personnage auquel il est facile de s’attacher.
Cet album va me pousser à être plus compréhensif vis-à-vis des routiers, du moins durant quelques temps… Vraiment une très belle surprise.
En proposant une revisite d’un des personnages les plus célèbres de la bande dessinée franco-belge par un duo d’auteurs aussi chevronnés qu’adeptes de ce type d’univers, les éditions Dupuis ne pouvaient douter de la réussite de l’entreprise. La seule question était de savoir à quel point ce diptyque allait être séduisant.
Au niveau du dessin, Frank Pé délivre, comme de coutume, un travail de très haut vol. Le scénario imaginé par Zidrou lui offre un beau panel d’animaux à croquer. Son découpage est comme d’ordinaire un exemple de lisibilité. Ses décors sont soignés, ses personnages ont de bonnes trognes. Enfin, son marsupilami, plus sauvage que celui de Franquin, m’a lui aussi beaucoup plu. Ajoutez à cela que la colorisation signée Frank Pé pour le premier tome et Elvire De Cock pour le deuxième est elle aussi à mon goût et vous comprendrez que de ce point de vue, je trouve qu’on est proche du sans faute. Proche seulement car, pour chicaner (j’aime bien chicaner), certaines planches du deuxième tome m’ont semblé moins abouties avec des personnages d’arrière-plan souvent imprécis voire juste ébauchés.
Au niveau du scénario, on a droit à une histoire assez prévisible. L’hommage à l’univers de Franquin est bien réel. On retrouve de l’humour, des bons sentiments, de la débrouillardise, de l’esprit de camaraderie et même quelques allusions via les noms de famille employés. L’histoire d’amitié qui va lier un enfant devenu souffre-douleur de sa classe car né d’une brève histoire d’amour entre sa mère et un soldat allemand durant la seconde guerre mondiale et un marsupilami rescapé et échappé d’un bateau cargo est celle à laquelle on pouvait s’attendre. Elle permet de développer des thèmes comme la tolérance, l’amitié, le pardon tout en offrant un beau terrain de jeu pour une aventure pleine de rebondissements. A ce titre, le premier tome est vraiment excellent. Le deuxième tome souffre un peu plus de longueurs, de passages peu passionnants.
Zidrou étoffe également son récit en formant quelques couples dont il est plaisant de suivre l’évolution. Mention spéciale à l’instituteur, poétique amoureux dont la tendresse aura su me toucher. Par contre, j’ai trouvé que certains personnages évoluaient de manière peu naturelle dans le deuxième tome. Zidrou me semble alors forcer le trait pour rester dans une bienveillance que je trouve peu crédible.
Au final, j’attendais un chef-d’œuvre, je craignais dans un coin de ma tête d’être déçu. Je me retrouve un peu entre les deux. Plus qu’un bête pas mal mais pas aussi franchement bien qu’espéré. 4/5 quand même parce que la promesse est quand même tenue, dans l’ensemble.
J'ai adoré ! J'espère vraiment qu'un nouveau tome sortira, ne serait-ce que pour conclure l'histoire en beauté, car je trouve que la fin du tome 9 nous laisse un peu sur notre faim..
L'idée de l'immortalité pour ce personnage est géniale, et j'ai trouvé très bon que l'auteur ne se soit pas limité à l'époque des cow-boys dans ses histoires. À part le tome 6, que j'ai trouvé moins bon, j'ai passé un très bon moment. Lincoln reste fidèle à lui-même au fil des années, et les personnages de Dieu et du Diable m'ont beaucoup plu. J'ai trouvé leur représentation humaine excellente : petits, simples, rigolos avec leurs chapeaux, et ce côté espiègle et attachant qui rend chacune de leurs apparitions très plaisante.
Je regrette un peu que l'immortalité de Lincoln n'ait pas été davantage exploitée, du moins pas seulement de manière bourrine. J'avais trouvé génial qu'il devienne lieutenant : c'était drôle et très bien trouvé pour renouveler un peu la série. Mais malheureusement, on n'a plus retrouvé ce type d'évolution.. Lincoln reste fidèle à lui-même, nonchalant et sans réel but, attiré malgré lui dans les plans de Dieu et du Diable. Heureusement, chaque aventure reste assez originale et captivante pour apprécier cette stagnation sans s'en lasser.
On s'attache à tous les personnages, même aux nombreux personnages secondaires. Un autre point que j'ai apprécié : il y a de vraies morts. C'est un détail, mais un détail qui ajoute du réalisme au récit et qui fait que j'accroche bien plus à ce genre d'histoire, surtout quand je sais d'emblée que je ne vais pas lire une BD dans l'univers tout gentil de Lucky Luke, par exemple.
J'ai adoré le style de dessin, pourtant pas très soigné, mais que je place dans mon top 5 des styles que je préfère. La colorisation était parfaite jusqu'au tome 8, mais celle du tome 9 m'a moins plu : elle m'a semblé étrange par moments, d'un ton différent des autres tomes.
En bref, une très bonne BD. Chaque tome se lit rapidement, on ne s'ennuie pas. Même si chaque tome apporte une histoire complète, il y a tout de même une continuité au fil des tomes, qui reprend parfois même la dernière scène du tome précédent, petit détail appréciable. Belle découverte.
Les futurs s'annoncent apocalyptiques.
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Ce tome comprend une histoire complète Futur imperfect, avec un scénario de Peter David, et des illustrations de George Perez, initialement parue en 1992 & 1993 (96 pages).
Dans une ville qui a connu les ravages de la guerre, des gens en bonne santé troquent et vendent dans un gigantesque marché à ciel ouvert. Au sein de cette foule, trois individus se retrouvent pour évoquer la dernière étape mise en œuvre dans leur plan pour lutter contre le dictateur en place. Ils ont réussi à ramener dans le temps le Hulk du présent (version vert & intelligent) pour lutter contre le dictateur. Le lecteur est amené à découvrir progressivement les liens qui unissent Hulk au dictateur, ainsi que la personne qui a conçu le plan qui implique Hulk.
Cette histoire se place au milieu des 12 ans pendant lesquels Peter David a été le scénariste de la série Incredible Hulk, de l'épisode 331 paru en mai 1987 à l'épisode 467 paru en août 1998. Est-ce que cette histoire ressort parmi la quantité industrielle de futurs post-apocalyptiques dystopiques ? Oui, Peter David a créé un adversaire terrifiant à la fois en raison de sa puissance, et aussi en raison de ses liens avec Hulk. David manie les particularités des lignes temporelles divergentes avec habilité et la logique interne du scénario est solide. Ensuite les références à la continuité de Hulk restent assez génériques pour que le lecteur occasionnel ne soit pas perdu dans des sous entendus obscurs. Enfin David manie avec assez de légèreté les éléments de l'univers partagé Marvel et il explique la chute des autres héros de manière satisfaisante avec une salle des trophées qui rappelle au lecteur l'existence de certains personnages qui n'ont pas forcément bien survécus aux ravages du temps (Shatterstar et Sunfire, par exemple).
Cette double page qui présente les restes de costumes et d'équipements met également en valeur le talent de George Perez. Il a encré lui-même ses dessins pour cette histoire ; il n'y a donc aucune perte de finesse ou de précisions. Chaque casque ou costume est immédiatement identifiable et il glisse même un ou deux gags visuels discrets (telle la mention Dead again ? sur le poster de Phoenix, ou la tête de Sentinel qui sert de poubelle à gravats). le lecteur retrouve donc la minutie maniaque de ce dessinateur pour une vision du futur très détaillée.
Future imperfect est un moment clef dans l'histoire de Hulk avec l'introduction d'un ennemi terrible. Ce récit présente un voyage dans le temps bien pensé, avec de nombreux rebondissements et des références sympathiques à l'univers Marvel. Un excellent divertissement.
Au contraire de certains autres aviseurs, je suis plutôt friands de ce genre de séries "concept" à la manière des séries Quintett, Alter Ego ou encore "Sept". Je me suis donc procuré récemment la série complète, cette dernière étant vendue d'occasion à un prix très attractif sur un site de vente en ligne.
Au vu des nombreux avis déjà déposés, je ne m'étendrai pas sur le scénario retraçant l'évasion du militaire Ange Lucciani d'un camp disciplinaire de Biribi, basé en Afrique du Nord. Ici, l'histoire se concentre essentiellement sur les conditions de vie effroyables et sur l'enfer vécu par les soldats condamnés aux travaux forcés.
Bien que je rejoigne certains avis précédents quant au côté très classique de la trame de l'histoire et aux personnages très stéréotypés (le méchant chaouch, les bagnards complices, etc.), force est de constater que le scénario est plutôt efficace et l'univers des bagnes de Biribi bien documenté (uniformes, organisation, sanctions disciplinaires tels que le silo ou la crapaudine, etc.). Une fois ce one-shot ouvert, le lecteur a ainsi du mal à le refermer sans savoir si oui ou non, Ange Lucciani arrivera à s'extraire de cet enfer à ciel ouvert.
Côté dessin et colorisation, cela reste classique mais plutôt agréable à l’œil.
Une bonne entrée en matière que cette BD dans la série concept "La grande évasion" et Un bon 3,5 que je relève à 4.
Originalité, Scénario : 6,5/10
Dessin, Mise en couleur : 7,5/10
NOTE GLOBALE : 14/20
J'ai beaucoup aimé le trait et la colorisation très personnels d'Antoine Carrion avec une mention spéciale à cette magnifique couverture qui m'a fait acheter ce diptyque. La représentation des esprits, dont les contours blancs se détachent en transparence du décor, m'a fait penser à un jeu vidéo que j'avais bien apprécié, Concrete Génie, dans lequel des génies dessinés par le héros prenaient vie.
Côté histoire, même s'il est vrai que la trame est lente, le premier tome se contentant d'installer les personnages et le voyage initiatique de notre jeune héros au chamanisme, cela a plutôt bien fonctionné avec moi. Il se dégage ainsi une poésie de cette allégorie de la vie de Gengis Khan, plus grand chef de l'empire Mongol, qu'il est difficile de décrire dans cet avis. Mais je peux comprendre certains commentaires précédents regrettant une absence d'action évidente voire une certaine langueur. Pour ma part, vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé, tout comme la fin, très ouverte. La facilité aurait en effet été de finir sur la victoire de Témudjin sur le Général actuel des tribus mongoles.
Une œuvre qui ne fera certes pas l'unanimité mais qui se démarque des productions classiques habituelles.
Originalité, Scénario : 7/10
Dessin, Mise en couleur : 8/10
NOTE GLOBALE : 15/20
Je ne vais sûrement pas contredire l'avis du fils d'Alix. Les éditions de la Gouttière une fois encore, nous proposent une très attachante série jeunesse.
Au fil des quatre saisons Dav construit des récits poétiques avec de belles valeurs : altruisme, amour, bien vivre ensemble. Il y a même une jolie touche d'humour comme quand les dindes conseillent au renard d'inviter sa belle au restaurant. Oups !
Dav revendique ouvertement l'influence Disney mais je trouve que sa façon donne un dessin bien personnalisé. Le trait est dynamique et la brièveté de l'histoire correspond bien à des primo-lecteurs souvent avides de répétitions. Je conclurais sur la très belle mise en couleur qui procure une ambiance chaleureuse très agréable.
A offrir sans retenue.
Rencontré à Angoulême en début d'année sur le micro stand des éditions Vite (partagé avec d'autres tout petits éditeurs), David Wautier m'a immédiatement interpelé grâce à ses carnets de voyages. Deux grands formats où sont simplement reproduites les planches de ses carnets, illustrés pleine page. Deux volumes (carnets de Méditerranée et carnets de montagne) donnant à admirer un travail absolument magnifique dans lequel je me replonge régulièrement, presque à chaque fois que je range une nouvelle BD dans mes rayonnages. On pourra se faire une idée de la chose en allant vers ce lien qui contient les seules images que j'ai pu trouver de ce boulot : https://davidwautier.blogspot.com/
Sur la pile de mon libraire, j'ai repéré hier cette couverture superbe. En la feuilletant, j'ai immédiatement reconnu la patte de l'auteur, et malgré le bandeau rédigé par le libraire indiquant "à partir de 5 ans", je suis reparti avec cette BD sous le bras. Après tout, j'ai plus de 5 ans moi-aussi...
Le charme de cette histoire sans parole est saisissant. La tempête ne raconte pas grand chose : juste une tempête qui arrive et s'abat sur une famille de pionniers, quelque part dans Monument Valley. Mais il s'agit d'un pur plaisir esthétique. On éprouve des sensations, on ressent les émotions traverser les personnages. Le vent renverse la charrette, le toit prend l'eau, les enfants s'inquiètent et se bouchent les oreilles quand le tonnerre éclate dans le ciel bas et lourd, les parents rassurent...
Non, ça ne raconte pas grand chose, mais moi, j'aurais aimé raconter cette histoire à mes enfants aujourd'hui adultes. Il y a tellement à dire, à montrer. Tout y est suggéré. Narrativement, tout passe par ce coup de crayon aux p'tits oignons frais. Et c'est presque un modèle de BD muette avec laquelle il est permis de faire comprendre aux enfants l'implicite et les codes du genre.
Je le redis : le dessin de Wautier est pour moi ce qui se fait de mieux. Son charme est indéniable. Il est certain que La Tempête laissera sur le carreau les amatrices et teurs de scénarios ciselés, ce qui s'entend tout à fait. Mais pour ma part, ce fut un petit plaisir fugace et un beau coup de cœur.
Je ne dois pas être un patient très intéressant pour vous.
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa parution initiale date de 2023. le scénario a été écrit par Jessica Holc, psychologue-psychothérapeute, analyste psycho-organique, superviseuse, et par Ghislain de Rincquesen, analyste psycho-organique. Les dessins et la couleur ont été réalisés par Emiliano Tanzillo, avec l'assistance d'Angela Piacentini pour la couleur. Cet ouvrage compte soixante-dix pages de bande dessinée. Il se termine avec une postface de cinq pages, rédigée par Éric Champ, psychologue clinicien, psychothérapeute, superviseur et formateur d'analystes psycho-organiques, une méthode de psychothérapie qui associe le travail psychique et le vécu corporel. Viennent ensuite deux courts témoignages de patients d'une colonne chacun.
Gaby décrit son cauchemar : il est en jean, baskets et teeshirt, au milieu d'un champ de bataille médiéval où les combattants s'affrontent brutalement à l'épée. Il court éperdument jusqu'à atteindre un rivage en orée de forêt, où l'attend un petit radeau plat avec une voile. Il monte dessus et manie la pagaie. Mais bientôt un crocodile lui barre la navigation et ouvre grand sa gueule. C'est alors qu'il se réveille en nage, apeuré. Il indique à sa psychothérapeute qu'il s'agit de son cauchemar de cette nuit, que c'est pour cette raison qu'il s'est décidé à venir la voir. Il est épuisé, c'est insupportable, il est tout le temps fatigué et ses amis lui disent qu'il est déprimé. Son analyste lui demande si ça fait longtemps qu'il a ces cauchemars. Il répond : aussi loin qu'il se souvienne, il fait d'horribles cauchemars et il se réveille en hurlant. Ça fait longtemps qu'il y pensait, mais il lui a été difficile de venir consulter. Il continue : il est barman à Paris et il a trente-et-un ans. Il ne sait pas par où commencer. Elle lui propose : par les événements les plus marquants de sa vie.
Paula est allongée sur le divan de son psychothérapeute. Elle a la larme à l'œil en expliquant ce qui l'amène : elle tourne en rond. Ça fait plus d'un an qu'elle vient et elle a toujours ces images d'Élise morte, son amie qui est décédée lors des attentats de Nice, le 14 juillet 2016. La boule au ventre revient, elle n'en sort pas, elle est découragée. En fait, c'est vrai qu'elle a toujours ces images, mais ça ne fait plus mal comme avant. Elle a pu reprendre son travail, conduire des TGV. Elle adore, et elle a beaucoup bossé pour y arriver. Elle continue : elle a fait un voyage en Italie avec son mec. Ça l'a sauvée de parler à son thérapeute. La vie a repris. Mais elle ne comprend pas. Elle a toujours comme un gouffre en elle, et des crises de larmes ; ça ne passe pas. de son côté, Gaby accomplit sa journée de travail, et en fin d'après-midi, il revient pour la séance suivante. Sa thérapeute lui demande comment il s'est senti après leur rencontre. Il explique : bousculé, il a même pris le métro dans le mauvais sens. Mais il s'est senti allégé d'avoir parlé. Il continue : il n'a pas trop l'habitude de ce genre de trucs. Il s'est senti accueilli ici, ce qu'elle lui a dit. Comment mettre des mots, mettre de l'ordre dans ses pensées peut libérer et l'aider à retrouver son élan vital.
En débutant ce récit, le lecteur a conscience qu'il a été écrit par deux psychothérapeutes : il sait donc qu'ils vont évoquer leur pratique d'analyste psycho-organique au travers de deux personnages fictifs venant consulter. Il ne s'attend donc pas à un regard critique, plutôt à une exposition au travers de ces deux patients. La construction du récit s'avère très agréable et très douce, exprimant la bienveillance des deux thérapeutes. Les auteurs alternent les scènes consacrées à Paula et à Gaby. Chaque scène fait le plus souvent une ou deux pages, avec deux séquences qui montent à six pages, toutes les deux consacrées à Gaby. Chaque séance chez le psy est donc condensée en une, deux ou trois pages, avec des échanges brefs, sans explication technique, sans utilisation du langage d'analyste, juste la parole de l'une ou de l'autre patient, et les questions brèves du thérapeute, avec rarement une remarque ou une suggestion. La narration visuelle s'inscrit dans un registre réaliste et descriptif, avec un bon niveau de détails, et une mise en couleurs qui joue sur les nuances de brun voire sépia pour les pages consacrées à Gaby, et sur les nuances de bleu gris pour celles consacrées à Paula.
La mise en couleurs s'avère douce, apaisante, reflétant le havre de calme du cabinet, de l'attitude bienveillante du thérapeute, de l'absence de jugement. le jeu de nuances d'une même teinte permet d'évoquer l'ambiance plus ou moins lumineuse ou tamisée, de rehausser les reliefs de chaque surface, d'adoucir la noirceur des traits encrés, d'habiller les rares fonds de case vides. L'artiste donne l'impression de représenter les personnages avec gentillesse, comme s'il faisait preuve d'empathie pour eux, à la fois pour leur état de mal-être qui les amène à consulter, à la fois pour ne pas gêner leur parole, et pour prendre en compte que chaque séance remue des choses profondes nécessitant une période de repos entre chaque pour que le patient dispose du temps nécessaire pour se remettre de ses émotions. le lecteur fait donc connaissance avec les deux principaux personnages, jeunes trentenaires, bien de leur personne, sans exagération de leur physique. Les deux thérapeutes restent en retrait bien calé dans leur fauteuil, avec un physique banal également, dans une attitude d'écoute évidemment. Une ou deux fois, le lecteur peut éprouver la sensation qu'il lit l'ébauche d'une émotion sur leur visage, mais sans certitude.
L'artiste met en œuvre la même approche pour les décors : naturaliste, sans se montrer ostentatoire, la mise en couleur sur le principe de nuances d'une couleur venant même atténuer l'impression première du lecteur en ce qui concerne la densité d'informations visuelles. Pour autant, il se rend compte, inconsciemment ou consciemment s'il y prête une attention particulière, de l'attention portée aux lieux, à la décoration intérieure, aux accessoires. Il commence par sourire en voyant les épées, les heaumes et les cottes de maile, ou encore le radeau basique et la gueule de crocodile. Il constate que le dessinateur ne s'est pas contenté de meubler à la va-vite le cabinet de la thérapeute de Gaby : il a choisi des meubles spécifiques, a déployé un tapis, a retenu un luminaire sur pied, et n'a pas oublié la bibliothèque ou le divan, même si Gaby préfère la position assise. Il effectue bien évidemment la comparaison avec le cabinet du thérapeute de Paula : c'est un autre modèle de fauteuil et de divan, une préférence pour un grand tableau et de petits rayonnages pour les livres, avec toutefois presque la même plante verte. Chacun des deux thérapeutes se rend une fois chez son superviseur, et là encore les meubles et la décoration intérieure sont différents.
Mine de rien, l'artiste est amené à représenter d'autres environnements : le bar où travaille Gaby, une soirée où il se rend, la chambre à coucher de Paula qu'elle partage avec Jean, la bouche de métro de la station Barbès-Rochechouart, la maison des grands-parents maternels de Gaby au Maroc, un restaurant où dîne un couple, une couveuse dans une maternité, une palissade sur laquelle un parachutiste manque de s'embrocher. La narration visuelle sait accommoder une douceur avec des éléments pragmatiques et concrets ancrant chaque séquence dans un monde réel, plausible et palpable. le lecteur est donc amené à considérer Paula, Gaby et leur thérapeute comme des êtres humains ordinaires, avec une vie quotidienne banale et normale. Dans le même temps, il sait bien qu'il ne s'agit pas d'une biographie, que ce que racontent les deux patients est inventé de toutes pièces et que les deux scénaristes prêchent pour leur paroisse… Ce qui ne l'empêche pas d'éprouver de l'empathie pour Gaby et pour Paula, même si une ou deux prises de conscience sur leur histoire personnelle semble surtout servir le scénario.
Le lecteur peut avoir un peu de réticence à penser à cette histoire en termes de scénario : il suit bel et bien le travail sur soi-même que fournit Gaby de son côté, et Paula du sien. Après tout, les traumatismes qu'ils finissent par exprimer et par identifier comme tels, grâce au travail de leur thérapeute respectif, ne sont pas extravagants ou impossible au point d'en devenir romanesques, et il y a bien une raison pour laquelle ils ont pris la décision de consulter ; parce qu'ils ne s'en sortaient pas par eux-mêmes, parce qu'ils répétaient les mêmes schémas, avec des symptômes qui leur pourrissent la vie, entre les cauchemars à répétition de Gaby, et le mal-être profond éprouvé par Paula. L'enjeu de la bande dessinée réside bien sûr dans la mise en scène de l'accompagnement thérapeutique, dans la mise en scène du travail d'analyse, dans ce qu'apporte ce processus. le lecteur apprécie cette forme pour parler de la psychothérapie, sans terme technique, en douceur, sans prétendre arriver à une guérison miracle. Il n'éprouve pas de sensation de vente forcée, mais une présentation de la démarche, évidemment en faveur de ce type de thérapie, sans jamais réduire le champ des possibles à cette unique forme de soin. En outre les thérapeutes mis en scène agissent de sorte à provoquer des prises de conscience, essentiellement par le biais de la verbalisation, sans désigner de victime ou de coupable, juste révéler au patient qu'il est un être humain modelé par son histoire personnelle et, par voie de conséquence, par celle de ses parents. Les séances se suivent, brèves, et le lecteur sent de temps à autre une boule dans sa gorge, les larmes se former au bord de ses yeux, attestant de l'honnêteté de la sensibilité des auteurs.
Suivre la thérapie de deux personnages créés de toute pièce, avec la crainte a priori de subir le prosélytisme de deux praticiens ? Ces réserves font sens, et dans le même temps le lecteur sait où il met les pieds car les auteurs ne font pas mystère de leur métier d'analyste psycho-organique. L'un des personnages indique à sa thérapeute qu'il pense qu'elle doit estimer qu'il n'est pas un patient très intéressant pour elles, car il est un peu nul avec ses petits problèmes et ses petits raisonnements. C'est la normalité, ou au moins la banalité des deux patients, la narration visuelle pragmatique et douce qui rendent ces personnages très proches, plausibles et réels au point de générer un bon niveau d'empathie chez le lecteur. Ce dernier éprouve une forte commisération pour eux, voire il n'est pas loin de verser une larme en voyant comment la thérapie les amène progressivement à se découvrir eux-mêmes, à se révéler, à pouvoir regarder en face leurs traumatismes. Une belle évolution.
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Aliens - Absolution (Salvation)
En milieu hostile - Ce tome contient un récit complet, mettant en scène des Aliens, tels que créés par Hans Ruedi Giger, et filmé par Ridley Scott en 1979. Cette histoire de 47 pages de bande dessinée, est initialement parue en 1993, avec un scénario de Dave Gibbons, des dessins de Mike Mignola, un encrage de Kevin Nowlan, et une mise en couleurs de Matt Hollingsworth. Sur une planète éloignée, avec une proportion d'eau, une capsule de secours du vaisseau spatial Nova Maru a atterri dans une eau peu profonde, en bordure de plage. À son bord se trouvent deux rescapés : le capitaine Foss, et l'enseigne Selkirk. Ce dernier est un homme pieu qui se morigène pour avoir péché. le capitaine Foss est sérieusement blessé à l'œil droit, et au bras droit. Il dispose d'une arme et de munition, ainsi que d'un kit médical, avec des antidouleurs. Le Nova Maru était affrété par la Compagnie, et transportait un cargo de nature inconnue pour l'équipage, mais bien connu du capitaine (et des lecteurs). le séjour sur cette planète ne s'annonce pas de tout repos. L'eau n'est pas tout à fait potable. Les oiseaux ne sont pas vraiment comestibles. En plus le capitaine Foss est un peu paranoïaque sur les bords (et un peu au milieu aussi). À l'évidence, Dave Gibbons est plutôt connu pour être le dessinateur de Watchmen d'Alan Moore, que pour être un grand scénariste. Néanmoins, il a réussi quelques récits sympathiques comme l'excellent Superman et Batman : L'Etoffe des Héros (dessiné par Steve Rude), ou encore le sympathique premier crossover entre Batman et Predator. Il se livre à un exercice un peu piégé : raconter une histoire dont le lecteur devine aisément le déroulement, à un ou deux détails près. Les pauvres survivants vont être confrontés à des Aliens bien baveux et acides, et tout à leur obsession d'assurer leur reproduction, sans beaucoup d'espoir de s'en sortir ou alors de justesse, et pas forcément en bon état. À partir de là, comment intéresser le lecteur ? Le suspense se trouve réduit à se demander quand les survivants vont affronter les horribles bestioles, et comment ils vont finir dans d'atroces souffrances. le scénariste doit donc soit se montrer très imaginatif dans la construction de sa course-poursuite, soit créer des personnages attachants, soit donner une dimension métaphorique à l'extermination. le plus simple est bien sûr de mettre en scène les Aliens comme l'ultime manifestation de l'élan vital, une espèce toute entière dévouée à sa perpétuation, sans notion d'individualité, sans autre occupation qui pourrait divertir leur énergie vitale. Et en plus ils sont coriaces. Dave Gibbons opte pour la mise en scène d'un individu à la personnalité particulière. Selkirk est un croyant, dans une foi qui n'est pas nommée, mais qui reprend à gros trait l'idée d'un Dieu unique ayant défini un code moral assorti de péchés. le lecteur a accès aux pensées de Selkirk par le biais de petites cellules de texte. Il constate rapidement que la foi de Selkirk est basique : une déité omnisciente, un Dieu de colère proche de celui de l'Ancien Testament. Selkirk doit respecter les commandements sous peine de se retrouver en Enfer. Le scénariste a le bon goût de ne pas transformer Selkirk en un fanatique, mais il force un peu sur l'autocritique, et sur la propension à assimiler tout comportement à un péché. Il a aussi le bon goût d'éviter le rapprochement simpliste entre Aliens et Diable. le lecteur assiste donc aux bévues commises par Selkirk cherchant à survivre, et transgressant les interdits. Au départ, le lecteur se dit que Gibbons se montrera plus subtil avec la question de la survie sur une planète non adaptée à la vie humaine. Selkirk et Foss ne sont pas bien sûr de la composition de l'air qu'ils respirent, l'eau contient des trucs nocifs, et les animaux ont une chair incompatibles avec les estomacs humains. Mais cet aspect-là de la narration est vite oublié au profit de la course-poursuite. À l'évidence, le lecteur intéressé par cette histoire l'est surtout parce qu'elle a été dessinée par Mike Mignola. C'est l'un des derniers récits qu'il a réalisé avant de lancer sa série Hellboy en 1994. Juste avant il avait collaboré avec Howard Chaykin sur le Cycle des épées (1991, encré par Al Williamson), puis Ironwolf (1992, encré par P. Craig Russell). Ici il bénéficie de l'encrage très respectueux de Kevin Nowlan qui ne cherche pas à arrondir ses aplats de noir, qui ne cherche pas à rajouter des détails, là où Mignola a opté pour une simplification. Il n'y a que quelques traits parfois un peu plus fins que ceux qu'auraient utilisés Mignola qui peuvent trahir le fait qu'il ne s'est pas encré lui-même. Tout au long de ce récit, le lecteur constate que la transition entre des dessins descriptifs de Mignola, et une approche plus expressionnistes est déjà proche d'aboutir au stade final. Les visages sont soient mangés par des gros traits figurant une ombre portée exagérée, soit plus esquissés que finalisés quand ils se retrouvent en pleine lumière, en particulier pour ce qui est des lèvres (deux gros boudins) ou des yeux représentés avec des gros traits, sans pupille visible. Les silhouettes sont assez massives, et taillées à grands coups de serpe. Tous les personnages n'ont pas encore les épaules tombantes, comme ça sera le cas par la suite chez cet artiste. Par contre, les ombres portées conduisent à des morphologies bizarres, à commencer par Selkirk qui semble avoir une poitrine un peu surdéveloppée, une fois sa chemise déchirée. Les petits traits qui marquent la peau de Dean neutralisent tout voyeurisme ou forme de séduction. Elle ne peut pas être réduite à un objet du désir, dans la mesure où Mignola la représente sans grâce (même la case où elle apparaît avec un marcel mouillé). Par rapport à la série Hellboy, le lecteur constate que la densité d'informations visuelles reste élevée. Mike Mignola n'a pas encore pris le parti d'une épuration graphique systématique. Il représente les arrière-plans, soit avec des détails concrets, soit avec des formes tirant vers l'abstraction. Ce compromis dans les images assure un bon niveau d'immersion pour le lecteur, ce qui est plutôt agréable dans le cadre d'un récit de science-fiction. Et les vraies vedettes de l'histoire ? Mike Mignola fait des merveilles pour leur rendre toute leur étrangeté, et leur dangerosité. Dans le cadre des comics, l'une des difficultés auxquelles se heurtent les dessinateurs, est de trouver comment conserver leur part d'horreur aux Aliens. Avec une bande dessinée, il n'est pas possible de jouer sur la fugacité de leur apparition, ou sur la soudaineté de leur attaque. Le dessin reste sous les yeux du lecteur qui peut le regarder aussi longtemps qu'il le souhaite. C'est lui qui maîtrise le rythme de la lecture, par opposition au cinéma. La deuxième difficulté à laquelle le dessinateur est confronté, c'est l'apparence qu'il donne à l'Alien. Au vu du nombre d'images, il n'est pas possible d'aboutir à un niveau de détails similaire à celui d'Hans Rudolf Giger (l'artiste qui les a créés), et même si l'artiste disposait du temps nécessaire le résultat serait trop figé. Il reste la possibilité de jouer sur les textures comme le fit Richard Corben (voir Aliens: Alchemy), mais là encore trop de détails finit par banaliser ces créatures. L'approche graphique de Mike Mignola constitue le juste milieu. Il peut représenter des Aliens à découvert, tout en leur conservant leur part de mystère, par l'usage d'aplats de noir mangeant une partie de leur silhouette ou le détail exact de leur morphologie. Il peut choisir de ne faire ressortir que quelques traits saillants évoquant leur silhouette. Il sait aussi tirer les surfaces noires de leur peau, vers l'abstraction pour leur donner une apparence conceptuelle. Avec cette histoire, Mike Mignola se révèle être un des artistes parfaits pour mettre en scène les Aliens sans rien perdre de leur horreur et de leur fugacité. Dans ce court récit (47 pages), Dave Gibbons fait l'effort d'inclure des éléments particuliers pour éviter l'effet d'une histoire générique avec des Aliens. Il ne développe leur rôle comme incarnation pure de la perpétuation d'une espèce, les cantonnant au rôle de monstres horrifiques. Il choisit un personnage principal aux convictions religieuses bien ancrées, obligé de transgresser plusieurs interdits pour assurer sa survie. Son récit correct mais pas inoubliable bénéficie de la mise en images très personnelle de Mike Mignola. Cet artiste n'a pas complètement achevé sa mutation vers l'abstraction à base d'aplats de noir rocailleux, mais ses choix graphiques permettent de conserver tout le mystère des Aliens, et toute leur horreur souvent suggérée.
Hey Djo !
Sillonner les routes à bord d’un gros camion, voilà une profession qui peut faire rêver, mais les camionneurs ont aujourd’hui une image bien moins romanesque que celle qu’ils ont pu avoir il y a quelques décennies. Nous, conducteurs hypocrites que nous sommes, maudissons ces transports encombrants, lents et polluants en oubliant bien trop facilement que sans eux, bien des produits nous seraient inaccessibles. Marzena Sowa (au scénario) et Geoffrey Delinte (dessins et couleurs) leur rendent un très bel hommage au travers de ce récit ‘tout public’ qui narre la cohabitation le temps d’un été d’un père routier et de son fils. Aucun des deux n’avait vraiment envie de partager cette promiscuité (c’est la mère qui est à l’origine de cette décision) mais ce voyage va leur permettre de se découvrir mutuellement. J’ai beaucoup aimé l’apparente simplicité de cette histoire. Tout y est fluide et semble naturel, jusqu’à cette nuit passée en compagnie de deux jeunes prostituées. Car, et c’est là une des forces du récit, les auteurs proposent quelque chose d’assez réaliste même si rempli de bons sentiments. Nous sommes confrontés au machisme du milieu, aux dangers de la nuit, aux rencontres que l’on peut faire sur ces autoroutes (auto-stoppeurs, prostitué.e.s, voyageurs clandestins, etc...) Le dessin très épuré de Geoffrey Delinte apporte de la candeur à cette histoire et permet au lecteur d’adopter le regard de l’enfant. L’évolution de celui-ci qui, de jeune adolescent, va de plus en plus s’affirmer au fil des jours et des rencontres est vraiment remarquable. Ce personnage est très attachant même si je l’ai parfois trouvé trop mature pour son âge. Son père nous est également décrit avec beaucoup d’humanité. Souvent maladroit, à l’humour assez douteux, sans doute trop secret, trop timide, et pourtant avec un cœur grand comme le monde, c’est là aussi un beau portrait et un personnage auquel il est facile de s’attacher. Cet album va me pousser à être plus compréhensif vis-à-vis des routiers, du moins durant quelques temps… Vraiment une très belle surprise.
Le Marsupilami de Frank Pé et Zidrou - La Bête
En proposant une revisite d’un des personnages les plus célèbres de la bande dessinée franco-belge par un duo d’auteurs aussi chevronnés qu’adeptes de ce type d’univers, les éditions Dupuis ne pouvaient douter de la réussite de l’entreprise. La seule question était de savoir à quel point ce diptyque allait être séduisant. Au niveau du dessin, Frank Pé délivre, comme de coutume, un travail de très haut vol. Le scénario imaginé par Zidrou lui offre un beau panel d’animaux à croquer. Son découpage est comme d’ordinaire un exemple de lisibilité. Ses décors sont soignés, ses personnages ont de bonnes trognes. Enfin, son marsupilami, plus sauvage que celui de Franquin, m’a lui aussi beaucoup plu. Ajoutez à cela que la colorisation signée Frank Pé pour le premier tome et Elvire De Cock pour le deuxième est elle aussi à mon goût et vous comprendrez que de ce point de vue, je trouve qu’on est proche du sans faute. Proche seulement car, pour chicaner (j’aime bien chicaner), certaines planches du deuxième tome m’ont semblé moins abouties avec des personnages d’arrière-plan souvent imprécis voire juste ébauchés. Au niveau du scénario, on a droit à une histoire assez prévisible. L’hommage à l’univers de Franquin est bien réel. On retrouve de l’humour, des bons sentiments, de la débrouillardise, de l’esprit de camaraderie et même quelques allusions via les noms de famille employés. L’histoire d’amitié qui va lier un enfant devenu souffre-douleur de sa classe car né d’une brève histoire d’amour entre sa mère et un soldat allemand durant la seconde guerre mondiale et un marsupilami rescapé et échappé d’un bateau cargo est celle à laquelle on pouvait s’attendre. Elle permet de développer des thèmes comme la tolérance, l’amitié, le pardon tout en offrant un beau terrain de jeu pour une aventure pleine de rebondissements. A ce titre, le premier tome est vraiment excellent. Le deuxième tome souffre un peu plus de longueurs, de passages peu passionnants. Zidrou étoffe également son récit en formant quelques couples dont il est plaisant de suivre l’évolution. Mention spéciale à l’instituteur, poétique amoureux dont la tendresse aura su me toucher. Par contre, j’ai trouvé que certains personnages évoluaient de manière peu naturelle dans le deuxième tome. Zidrou me semble alors forcer le trait pour rester dans une bienveillance que je trouve peu crédible. Au final, j’attendais un chef-d’œuvre, je craignais dans un coin de ma tête d’être déçu. Je me retrouve un peu entre les deux. Plus qu’un bête pas mal mais pas aussi franchement bien qu’espéré. 4/5 quand même parce que la promesse est quand même tenue, dans l’ensemble.
Lincoln
J'ai adoré ! J'espère vraiment qu'un nouveau tome sortira, ne serait-ce que pour conclure l'histoire en beauté, car je trouve que la fin du tome 9 nous laisse un peu sur notre faim.. L'idée de l'immortalité pour ce personnage est géniale, et j'ai trouvé très bon que l'auteur ne se soit pas limité à l'époque des cow-boys dans ses histoires. À part le tome 6, que j'ai trouvé moins bon, j'ai passé un très bon moment. Lincoln reste fidèle à lui-même au fil des années, et les personnages de Dieu et du Diable m'ont beaucoup plu. J'ai trouvé leur représentation humaine excellente : petits, simples, rigolos avec leurs chapeaux, et ce côté espiègle et attachant qui rend chacune de leurs apparitions très plaisante. Je regrette un peu que l'immortalité de Lincoln n'ait pas été davantage exploitée, du moins pas seulement de manière bourrine. J'avais trouvé génial qu'il devienne lieutenant : c'était drôle et très bien trouvé pour renouveler un peu la série. Mais malheureusement, on n'a plus retrouvé ce type d'évolution.. Lincoln reste fidèle à lui-même, nonchalant et sans réel but, attiré malgré lui dans les plans de Dieu et du Diable. Heureusement, chaque aventure reste assez originale et captivante pour apprécier cette stagnation sans s'en lasser. On s'attache à tous les personnages, même aux nombreux personnages secondaires. Un autre point que j'ai apprécié : il y a de vraies morts. C'est un détail, mais un détail qui ajoute du réalisme au récit et qui fait que j'accroche bien plus à ce genre d'histoire, surtout quand je sais d'emblée que je ne vais pas lire une BD dans l'univers tout gentil de Lucky Luke, par exemple. J'ai adoré le style de dessin, pourtant pas très soigné, mais que je place dans mon top 5 des styles que je préfère. La colorisation était parfaite jusqu'au tome 8, mais celle du tome 9 m'a moins plu : elle m'a semblé étrange par moments, d'un ton différent des autres tomes. En bref, une très bonne BD. Chaque tome se lit rapidement, on ne s'ennuie pas. Même si chaque tome apporte une histoire complète, il y a tout de même une continuité au fil des tomes, qui reprend parfois même la dernière scène du tome précédent, petit détail appréciable. Belle découverte.
Hulk - Futur imparfait
Les futurs s'annoncent apocalyptiques. - Ce tome comprend une histoire complète Futur imperfect, avec un scénario de Peter David, et des illustrations de George Perez, initialement parue en 1992 & 1993 (96 pages). Dans une ville qui a connu les ravages de la guerre, des gens en bonne santé troquent et vendent dans un gigantesque marché à ciel ouvert. Au sein de cette foule, trois individus se retrouvent pour évoquer la dernière étape mise en œuvre dans leur plan pour lutter contre le dictateur en place. Ils ont réussi à ramener dans le temps le Hulk du présent (version vert & intelligent) pour lutter contre le dictateur. Le lecteur est amené à découvrir progressivement les liens qui unissent Hulk au dictateur, ainsi que la personne qui a conçu le plan qui implique Hulk. Cette histoire se place au milieu des 12 ans pendant lesquels Peter David a été le scénariste de la série Incredible Hulk, de l'épisode 331 paru en mai 1987 à l'épisode 467 paru en août 1998. Est-ce que cette histoire ressort parmi la quantité industrielle de futurs post-apocalyptiques dystopiques ? Oui, Peter David a créé un adversaire terrifiant à la fois en raison de sa puissance, et aussi en raison de ses liens avec Hulk. David manie les particularités des lignes temporelles divergentes avec habilité et la logique interne du scénario est solide. Ensuite les références à la continuité de Hulk restent assez génériques pour que le lecteur occasionnel ne soit pas perdu dans des sous entendus obscurs. Enfin David manie avec assez de légèreté les éléments de l'univers partagé Marvel et il explique la chute des autres héros de manière satisfaisante avec une salle des trophées qui rappelle au lecteur l'existence de certains personnages qui n'ont pas forcément bien survécus aux ravages du temps (Shatterstar et Sunfire, par exemple). Cette double page qui présente les restes de costumes et d'équipements met également en valeur le talent de George Perez. Il a encré lui-même ses dessins pour cette histoire ; il n'y a donc aucune perte de finesse ou de précisions. Chaque casque ou costume est immédiatement identifiable et il glisse même un ou deux gags visuels discrets (telle la mention Dead again ? sur le poster de Phoenix, ou la tête de Sentinel qui sert de poubelle à gravats). le lecteur retrouve donc la minutie maniaque de ce dessinateur pour une vision du futur très détaillée. Future imperfect est un moment clef dans l'histoire de Hulk avec l'introduction d'un ennemi terrible. Ce récit présente un voyage dans le temps bien pensé, avec de nombreux rebondissements et des références sympathiques à l'univers Marvel. Un excellent divertissement.
La Grande évasion - Biribi
Au contraire de certains autres aviseurs, je suis plutôt friands de ce genre de séries "concept" à la manière des séries Quintett, Alter Ego ou encore "Sept". Je me suis donc procuré récemment la série complète, cette dernière étant vendue d'occasion à un prix très attractif sur un site de vente en ligne. Au vu des nombreux avis déjà déposés, je ne m'étendrai pas sur le scénario retraçant l'évasion du militaire Ange Lucciani d'un camp disciplinaire de Biribi, basé en Afrique du Nord. Ici, l'histoire se concentre essentiellement sur les conditions de vie effroyables et sur l'enfer vécu par les soldats condamnés aux travaux forcés. Bien que je rejoigne certains avis précédents quant au côté très classique de la trame de l'histoire et aux personnages très stéréotypés (le méchant chaouch, les bagnards complices, etc.), force est de constater que le scénario est plutôt efficace et l'univers des bagnes de Biribi bien documenté (uniformes, organisation, sanctions disciplinaires tels que le silo ou la crapaudine, etc.). Une fois ce one-shot ouvert, le lecteur a ainsi du mal à le refermer sans savoir si oui ou non, Ange Lucciani arrivera à s'extraire de cet enfer à ciel ouvert. Côté dessin et colorisation, cela reste classique mais plutôt agréable à l’œil. Une bonne entrée en matière que cette BD dans la série concept "La grande évasion" et Un bon 3,5 que je relève à 4. Originalité, Scénario : 6,5/10 Dessin, Mise en couleur : 7,5/10 NOTE GLOBALE : 14/20
Temudjin
J'ai beaucoup aimé le trait et la colorisation très personnels d'Antoine Carrion avec une mention spéciale à cette magnifique couverture qui m'a fait acheter ce diptyque. La représentation des esprits, dont les contours blancs se détachent en transparence du décor, m'a fait penser à un jeu vidéo que j'avais bien apprécié, Concrete Génie, dans lequel des génies dessinés par le héros prenaient vie. Côté histoire, même s'il est vrai que la trame est lente, le premier tome se contentant d'installer les personnages et le voyage initiatique de notre jeune héros au chamanisme, cela a plutôt bien fonctionné avec moi. Il se dégage ainsi une poésie de cette allégorie de la vie de Gengis Khan, plus grand chef de l'empire Mongol, qu'il est difficile de décrire dans cet avis. Mais je peux comprendre certains commentaires précédents regrettant une absence d'action évidente voire une certaine langueur. Pour ma part, vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé, tout comme la fin, très ouverte. La facilité aurait en effet été de finir sur la victoire de Témudjin sur le Général actuel des tribus mongoles. Une œuvre qui ne fera certes pas l'unanimité mais qui se démarque des productions classiques habituelles. Originalité, Scénario : 7/10 Dessin, Mise en couleur : 8/10 NOTE GLOBALE : 15/20
Sous les arbres
Je ne vais sûrement pas contredire l'avis du fils d'Alix. Les éditions de la Gouttière une fois encore, nous proposent une très attachante série jeunesse. Au fil des quatre saisons Dav construit des récits poétiques avec de belles valeurs : altruisme, amour, bien vivre ensemble. Il y a même une jolie touche d'humour comme quand les dindes conseillent au renard d'inviter sa belle au restaurant. Oups ! Dav revendique ouvertement l'influence Disney mais je trouve que sa façon donne un dessin bien personnalisé. Le trait est dynamique et la brièveté de l'histoire correspond bien à des primo-lecteurs souvent avides de répétitions. Je conclurais sur la très belle mise en couleur qui procure une ambiance chaleureuse très agréable. A offrir sans retenue.
La Tempête (David Wautier)
Rencontré à Angoulême en début d'année sur le micro stand des éditions Vite (partagé avec d'autres tout petits éditeurs), David Wautier m'a immédiatement interpelé grâce à ses carnets de voyages. Deux grands formats où sont simplement reproduites les planches de ses carnets, illustrés pleine page. Deux volumes (carnets de Méditerranée et carnets de montagne) donnant à admirer un travail absolument magnifique dans lequel je me replonge régulièrement, presque à chaque fois que je range une nouvelle BD dans mes rayonnages. On pourra se faire une idée de la chose en allant vers ce lien qui contient les seules images que j'ai pu trouver de ce boulot : https://davidwautier.blogspot.com/ Sur la pile de mon libraire, j'ai repéré hier cette couverture superbe. En la feuilletant, j'ai immédiatement reconnu la patte de l'auteur, et malgré le bandeau rédigé par le libraire indiquant "à partir de 5 ans", je suis reparti avec cette BD sous le bras. Après tout, j'ai plus de 5 ans moi-aussi... Le charme de cette histoire sans parole est saisissant. La tempête ne raconte pas grand chose : juste une tempête qui arrive et s'abat sur une famille de pionniers, quelque part dans Monument Valley. Mais il s'agit d'un pur plaisir esthétique. On éprouve des sensations, on ressent les émotions traverser les personnages. Le vent renverse la charrette, le toit prend l'eau, les enfants s'inquiètent et se bouchent les oreilles quand le tonnerre éclate dans le ciel bas et lourd, les parents rassurent... Non, ça ne raconte pas grand chose, mais moi, j'aurais aimé raconter cette histoire à mes enfants aujourd'hui adultes. Il y a tellement à dire, à montrer. Tout y est suggéré. Narrativement, tout passe par ce coup de crayon aux p'tits oignons frais. Et c'est presque un modèle de BD muette avec laquelle il est permis de faire comprendre aux enfants l'implicite et les codes du genre. Je le redis : le dessin de Wautier est pour moi ce qui se fait de mieux. Son charme est indéniable. Il est certain que La Tempête laissera sur le carreau les amatrices et teurs de scénarios ciselés, ce qui s'entend tout à fait. Mais pour ma part, ce fut un petit plaisir fugace et un beau coup de cœur.
Psychothérapies
Je ne dois pas être un patient très intéressant pour vous. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa parution initiale date de 2023. le scénario a été écrit par Jessica Holc, psychologue-psychothérapeute, analyste psycho-organique, superviseuse, et par Ghislain de Rincquesen, analyste psycho-organique. Les dessins et la couleur ont été réalisés par Emiliano Tanzillo, avec l'assistance d'Angela Piacentini pour la couleur. Cet ouvrage compte soixante-dix pages de bande dessinée. Il se termine avec une postface de cinq pages, rédigée par Éric Champ, psychologue clinicien, psychothérapeute, superviseur et formateur d'analystes psycho-organiques, une méthode de psychothérapie qui associe le travail psychique et le vécu corporel. Viennent ensuite deux courts témoignages de patients d'une colonne chacun. Gaby décrit son cauchemar : il est en jean, baskets et teeshirt, au milieu d'un champ de bataille médiéval où les combattants s'affrontent brutalement à l'épée. Il court éperdument jusqu'à atteindre un rivage en orée de forêt, où l'attend un petit radeau plat avec une voile. Il monte dessus et manie la pagaie. Mais bientôt un crocodile lui barre la navigation et ouvre grand sa gueule. C'est alors qu'il se réveille en nage, apeuré. Il indique à sa psychothérapeute qu'il s'agit de son cauchemar de cette nuit, que c'est pour cette raison qu'il s'est décidé à venir la voir. Il est épuisé, c'est insupportable, il est tout le temps fatigué et ses amis lui disent qu'il est déprimé. Son analyste lui demande si ça fait longtemps qu'il a ces cauchemars. Il répond : aussi loin qu'il se souvienne, il fait d'horribles cauchemars et il se réveille en hurlant. Ça fait longtemps qu'il y pensait, mais il lui a été difficile de venir consulter. Il continue : il est barman à Paris et il a trente-et-un ans. Il ne sait pas par où commencer. Elle lui propose : par les événements les plus marquants de sa vie. Paula est allongée sur le divan de son psychothérapeute. Elle a la larme à l'œil en expliquant ce qui l'amène : elle tourne en rond. Ça fait plus d'un an qu'elle vient et elle a toujours ces images d'Élise morte, son amie qui est décédée lors des attentats de Nice, le 14 juillet 2016. La boule au ventre revient, elle n'en sort pas, elle est découragée. En fait, c'est vrai qu'elle a toujours ces images, mais ça ne fait plus mal comme avant. Elle a pu reprendre son travail, conduire des TGV. Elle adore, et elle a beaucoup bossé pour y arriver. Elle continue : elle a fait un voyage en Italie avec son mec. Ça l'a sauvée de parler à son thérapeute. La vie a repris. Mais elle ne comprend pas. Elle a toujours comme un gouffre en elle, et des crises de larmes ; ça ne passe pas. de son côté, Gaby accomplit sa journée de travail, et en fin d'après-midi, il revient pour la séance suivante. Sa thérapeute lui demande comment il s'est senti après leur rencontre. Il explique : bousculé, il a même pris le métro dans le mauvais sens. Mais il s'est senti allégé d'avoir parlé. Il continue : il n'a pas trop l'habitude de ce genre de trucs. Il s'est senti accueilli ici, ce qu'elle lui a dit. Comment mettre des mots, mettre de l'ordre dans ses pensées peut libérer et l'aider à retrouver son élan vital. En débutant ce récit, le lecteur a conscience qu'il a été écrit par deux psychothérapeutes : il sait donc qu'ils vont évoquer leur pratique d'analyste psycho-organique au travers de deux personnages fictifs venant consulter. Il ne s'attend donc pas à un regard critique, plutôt à une exposition au travers de ces deux patients. La construction du récit s'avère très agréable et très douce, exprimant la bienveillance des deux thérapeutes. Les auteurs alternent les scènes consacrées à Paula et à Gaby. Chaque scène fait le plus souvent une ou deux pages, avec deux séquences qui montent à six pages, toutes les deux consacrées à Gaby. Chaque séance chez le psy est donc condensée en une, deux ou trois pages, avec des échanges brefs, sans explication technique, sans utilisation du langage d'analyste, juste la parole de l'une ou de l'autre patient, et les questions brèves du thérapeute, avec rarement une remarque ou une suggestion. La narration visuelle s'inscrit dans un registre réaliste et descriptif, avec un bon niveau de détails, et une mise en couleurs qui joue sur les nuances de brun voire sépia pour les pages consacrées à Gaby, et sur les nuances de bleu gris pour celles consacrées à Paula. La mise en couleurs s'avère douce, apaisante, reflétant le havre de calme du cabinet, de l'attitude bienveillante du thérapeute, de l'absence de jugement. le jeu de nuances d'une même teinte permet d'évoquer l'ambiance plus ou moins lumineuse ou tamisée, de rehausser les reliefs de chaque surface, d'adoucir la noirceur des traits encrés, d'habiller les rares fonds de case vides. L'artiste donne l'impression de représenter les personnages avec gentillesse, comme s'il faisait preuve d'empathie pour eux, à la fois pour leur état de mal-être qui les amène à consulter, à la fois pour ne pas gêner leur parole, et pour prendre en compte que chaque séance remue des choses profondes nécessitant une période de repos entre chaque pour que le patient dispose du temps nécessaire pour se remettre de ses émotions. le lecteur fait donc connaissance avec les deux principaux personnages, jeunes trentenaires, bien de leur personne, sans exagération de leur physique. Les deux thérapeutes restent en retrait bien calé dans leur fauteuil, avec un physique banal également, dans une attitude d'écoute évidemment. Une ou deux fois, le lecteur peut éprouver la sensation qu'il lit l'ébauche d'une émotion sur leur visage, mais sans certitude. L'artiste met en œuvre la même approche pour les décors : naturaliste, sans se montrer ostentatoire, la mise en couleur sur le principe de nuances d'une couleur venant même atténuer l'impression première du lecteur en ce qui concerne la densité d'informations visuelles. Pour autant, il se rend compte, inconsciemment ou consciemment s'il y prête une attention particulière, de l'attention portée aux lieux, à la décoration intérieure, aux accessoires. Il commence par sourire en voyant les épées, les heaumes et les cottes de maile, ou encore le radeau basique et la gueule de crocodile. Il constate que le dessinateur ne s'est pas contenté de meubler à la va-vite le cabinet de la thérapeute de Gaby : il a choisi des meubles spécifiques, a déployé un tapis, a retenu un luminaire sur pied, et n'a pas oublié la bibliothèque ou le divan, même si Gaby préfère la position assise. Il effectue bien évidemment la comparaison avec le cabinet du thérapeute de Paula : c'est un autre modèle de fauteuil et de divan, une préférence pour un grand tableau et de petits rayonnages pour les livres, avec toutefois presque la même plante verte. Chacun des deux thérapeutes se rend une fois chez son superviseur, et là encore les meubles et la décoration intérieure sont différents. Mine de rien, l'artiste est amené à représenter d'autres environnements : le bar où travaille Gaby, une soirée où il se rend, la chambre à coucher de Paula qu'elle partage avec Jean, la bouche de métro de la station Barbès-Rochechouart, la maison des grands-parents maternels de Gaby au Maroc, un restaurant où dîne un couple, une couveuse dans une maternité, une palissade sur laquelle un parachutiste manque de s'embrocher. La narration visuelle sait accommoder une douceur avec des éléments pragmatiques et concrets ancrant chaque séquence dans un monde réel, plausible et palpable. le lecteur est donc amené à considérer Paula, Gaby et leur thérapeute comme des êtres humains ordinaires, avec une vie quotidienne banale et normale. Dans le même temps, il sait bien qu'il ne s'agit pas d'une biographie, que ce que racontent les deux patients est inventé de toutes pièces et que les deux scénaristes prêchent pour leur paroisse… Ce qui ne l'empêche pas d'éprouver de l'empathie pour Gaby et pour Paula, même si une ou deux prises de conscience sur leur histoire personnelle semble surtout servir le scénario. Le lecteur peut avoir un peu de réticence à penser à cette histoire en termes de scénario : il suit bel et bien le travail sur soi-même que fournit Gaby de son côté, et Paula du sien. Après tout, les traumatismes qu'ils finissent par exprimer et par identifier comme tels, grâce au travail de leur thérapeute respectif, ne sont pas extravagants ou impossible au point d'en devenir romanesques, et il y a bien une raison pour laquelle ils ont pris la décision de consulter ; parce qu'ils ne s'en sortaient pas par eux-mêmes, parce qu'ils répétaient les mêmes schémas, avec des symptômes qui leur pourrissent la vie, entre les cauchemars à répétition de Gaby, et le mal-être profond éprouvé par Paula. L'enjeu de la bande dessinée réside bien sûr dans la mise en scène de l'accompagnement thérapeutique, dans la mise en scène du travail d'analyse, dans ce qu'apporte ce processus. le lecteur apprécie cette forme pour parler de la psychothérapie, sans terme technique, en douceur, sans prétendre arriver à une guérison miracle. Il n'éprouve pas de sensation de vente forcée, mais une présentation de la démarche, évidemment en faveur de ce type de thérapie, sans jamais réduire le champ des possibles à cette unique forme de soin. En outre les thérapeutes mis en scène agissent de sorte à provoquer des prises de conscience, essentiellement par le biais de la verbalisation, sans désigner de victime ou de coupable, juste révéler au patient qu'il est un être humain modelé par son histoire personnelle et, par voie de conséquence, par celle de ses parents. Les séances se suivent, brèves, et le lecteur sent de temps à autre une boule dans sa gorge, les larmes se former au bord de ses yeux, attestant de l'honnêteté de la sensibilité des auteurs. Suivre la thérapie de deux personnages créés de toute pièce, avec la crainte a priori de subir le prosélytisme de deux praticiens ? Ces réserves font sens, et dans le même temps le lecteur sait où il met les pieds car les auteurs ne font pas mystère de leur métier d'analyste psycho-organique. L'un des personnages indique à sa thérapeute qu'il pense qu'elle doit estimer qu'il n'est pas un patient très intéressant pour elles, car il est un peu nul avec ses petits problèmes et ses petits raisonnements. C'est la normalité, ou au moins la banalité des deux patients, la narration visuelle pragmatique et douce qui rendent ces personnages très proches, plausibles et réels au point de générer un bon niveau d'empathie chez le lecteur. Ce dernier éprouve une forte commisération pour eux, voire il n'est pas loin de verser une larme en voyant comment la thérapie les amène progressivement à se découvrir eux-mêmes, à se révéler, à pouvoir regarder en face leurs traumatismes. Une belle évolution.