Les derniers avis (32245 avis)

Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série La Maison des impies
La Maison des impies

Le résumé de l’éditeur et la couverture (assez ratée) m’avaient fait penser que Brubaker et Phillips avaient complètement changé de registre, mais non, il s’agit bien d’un polar noir, dans la lignée de leurs productions habituelles. L’histoire est une fiction ancrée dans le scandale des « abus sexuels ritualisés satanistes » des années 80, que Wikipédia décrit comme une « théorie du complot produite par la panique morale ». Un épisode assez fascinant de notre histoire récente, notamment aux USA, où se déroule cette histoire. L’intrigue est prenante, la narration alterne habilement entre le présent (l’action du récit) et les années 80 (la jeunesse des personnages), avec quelques révélations plutôt bien amenées. La fin est logique et satisfaisante, mais plutôt convenue. Pas de surprise ou de dépaysement niveau mise en image, Sean et Jacob Phillips nous proposent leur style habituel, maîtrisé et efficace. Un bon polar teinté d’horreur, que je recommande aux fans des auteurs.

18/10/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série La Déflagration des buissons
La Déflagration des buissons

Mais comment profiter du moment présent sans rien partager à personne ? - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre, racontée sous la forme d’un roman-photo. Sa première édition date de 2022. Il a été réalisé par Julie Chapallaz. Les principaux personnages sont interprétés par Xavier d’Almeida, Marie Nora, Ya, Coralie Léguevaque, Yvan Schwab, et les ours Georg, Kupa, King et Zoé du parc animalier Juraparc. Les bûcheronnes sont interprétées par Sylvia Faleni, Kyoko Murayama, Jeanne Macaigne, Élodie Hurée, Dorota Kleszcz, Coralie Léguevaque, Lucia Clavino. Neuf autres personnes font de la figuration. Le récit compte deux-cent dix-neuf pages de roman-photo. Edgar, un jeune homme, est allongé sur son canapé, les yeux clos, portant ses lunettes à monture ronde et rouge. Il rêve d’une comète qui s’abat sur Terre. Le choc de l’impact le réveille en sursaut. La lumière de l’ampoule nue brille. L’écran du téléviseur est empli de neige. Il s’assit sur son séant et se demande où il est. Il ne se souvient de rien, si ce n’est de son prénom. Il se lève et ouvre la porte devant lui : elle donne sur une chambre avec deux lits jumeaux, sur la table de nuit un guide de l’astronomie, un exemplaire de L’île au trésor, une fusée en plastique et un morceau de roche, froid comme du métal. Edgar le prend et le sert dans sa main. Il passe dans la pièce d’à côté : la chambre des parents. Il y a des photographies punaisées au mur : des jumeaux en trottinette, un bord de mer, autant d’images qui lui procurent une sensation de déjà-vu. À certains endroits, le mur présente une tâche plus claire : il manque des photographies. Edgar se place devant la fenêtre et il se dit qu’il y a peut-être d’autres personnes qui collectent des objets comme lui. Il aimerait bien pouvoir les rencontrer. Le sommeil le reprend, comme pour les nombreux habitants de cette ville. Chapitre un : le réveil d’Edgar. Edgar est assis sur un banc face à la mer, une vieille dame assise à côté de lui en train de tricoter. Ils échangent quelques paroles. Il ne se sent pas bien ; elle compatit car on s’ennuie à mourir ici. Il ne sait pas où ils sont, il ne sait pas qui il est. Elle lui conseille de profiter du moment présent, ce qu’il ne sait pas comment faire sans personne avec qui le partager. Elle-même se retrouve avec son tricot qu’elle fait et qu’elle défait. Ce n’est pas parce qu’elle est une mémé qu’elle doit tricoter d’ailleurs. Elle voudrait vivre à fond et brûler la chandelle par les deux bouts. Vivre brièvement mais furieusement, lancée à trois cents kilomètres à l’heure, sur la route de la corniche. Au lieu d’attendre dans cette éternité qui se rétrécit. Heureusement la mer efface ses mauvaises pensées. Edgar s’est rendormi et il se réveille dans un appartement qu’il ne connaît pas. Une femme tenant un sac plastique sonne à la porte et il va ouvrir. Il ouvre, elle s’excuse d’être en retard, par pure convention car elle ne sait ni où elle est, ni avec qui. Il l’invite à rentrer et lui offre un verre d’eau. Elle déverse le contenu de son sac plastique sur la table : c’est toute sa vie. N’est-elle qu’une suite d’objets énigmatiques qui lui rappellent vaguement quelque chose ? L’éditeur FLBLB publie régulièrement des romans-photos qui ont tous comme particularité de sortir de l’ordinaire, et de n’entretenir qu’un rapport de forme avec ceux qui firent les beaux jours du magazine Nous Deux. Celui-ci défie également les attentes du lecteur. Ça commence dès le titre énigmatique et l’illustration de couverture tout aussi cryptique. Une autre caractéristique déroutante apparaît dès la première page : le parti pris de la colorisation artificielle. L’artiste n’a conservé aucune couleur naturelle. La première page a été repassée dans des teintes bleu-gris, avec une nuance violette prenant de l’importance dans les pages suivantes de cette introduction. La silhouette d’Edgar devient d’un bleu un peu plus clair dans le premier chapitre, ce qui fait qu’il ressort un peu plus par rapport à ce qui l’entoure comme s’il était plus vivant. Le deuxième chapitre, intitulé Edgar et la forêt, vire vers des teintes vert sombre pour attester de l’environnement forestier. Quant à lui, Edgar vire à une teinte rose un peu sale après avoir rencontré le groupe de bûcheronne. Le lecteur est pris par surprise par la page cent-onze qui baigne dans un rouge foncé, en rapport direct avec l’activité décrite. L’intérieur de la cabane du Doc présente une palette plus importante de couleurs différentes. La teinte rouge revient pour les pages deux-cent-huit et deux-cent-neuf, l’activité étant de même nature que page cent-onze. Le lecteur peut avoir besoin d’un peu de temps pour s’adapter à ce choix esthétique de mise en couleur. En revanche, il constate que l’autrice utilise les caractéristiques de la bande dessinée pour la narration visuelle. Les photographies sont disposées comme des cases de BD, le plus souvent rectangulaires et disposées en bande. L’artiste varie le découpage de la planche en fonction de la séquence, elle joue également sur le nombre de cases par planche. Elle utilise des cases de taille variée, parfois de la largeur de la page, parfois de la hauteur de la page. Il y a quelques photographies qui occupent toute une page, et le nombre de cases peut monter jusqu’à douze sur une seule page. Lors de quelques séquences particulières, elle joue sur la forme des cases : des trapèzes pour les pages soixante-six à soixante-dix, avec une très belle composition sur deux pages à la fin pour accompagner la chute d’un arbre. Le lecteur retient également la composition des pages quatre-vingt-seize et quatre-vingt-dix-sept : une case circulaire au milieu, et des cases radiales tout autour. Elle arrondit les angles des bordures de case pour indiquer qu’une séquence se déroule dans le passé ou est de nature onirique. Les personnages s’expriment dans des phylactères. Le lecteur se rend compte de temps à autre que l’artiste utilise des collages pour des effets spéciaux, et qu’elle ajoute parfois un élément bricolé avec des outils numériques sur une photographie. Il en découle une sensation étrange, en décalage avec l’effet classique d’une photographie reproduisant le réel sous un angle donné : un effet onirique légèrement éloigné du réel. L’intrigue apparaît rapidement : une sorte d’épidémie de sommeil qui fait que toute la population dort en continu ou presque, avec quelques individus qui parviennent à regagner conscience pour des périodes limitées. Edgar, le personnage principal, ne se souvient plus de sa vie, mais il éprouve la conviction d’avoir eu un frère jumeau et il essaye de le retrouver. Trouvant un moyen très artisanal de rester conscient, il fait la rencontre de la femme au sac plastique, puis de Max et de ses fourmis, ce dernier lui conseillant de sortir de la ville. Dans la forêt, il fait la connaissance d’un groupe de sept bûcheronnes, puis de celui qu’elles appellent Doc, un individu lui aussi très singulier pratiquant l’art de la Dendrochronologie. Le lecteur se laisse emporter par la balade d’Edgar, sans bien savoir où cela peut le mener. Il comprend que le récit présente une forme d’anticipation avec cette maladie généralisée du sommeil, sur laquelle l’autrice ne dit rien. Il comprend également des éléments de type fantastique comme un ours doté de conscience et parlant, ou des fourmis et des sangsues aux vertus psychotropes, avec deux collages en pleine page, page cent et cent-un. Le lecteur se laisse porter par cette situation extraordinaire, l’impression de s’immerger dans une histoire entre rêve et réalité. Il cale son comportement à celui d’Edgar en acceptant les choses comme elles viennent, sans s’interroger sur le pourquoi ou le comment. Il aborde chaque rencontre avec l’esprit ouvert, sans idée préconçue, ce qui le rend également réceptif aux images à la poésie inattendue : un homme endormi dans une laverie automatique avec son slip sur la tête, la présence d’une K7 audio, des livres dans une librairie, avec une liste d’auteurs hétéroclites Alain Aslan (1930-2014, Alain Gourdon), Charles Bukowski (1920-1994), Michel Tournier (1924-2016), Ernst Zurcher (1951-), Michel Pastoureau (19487-), une fourmilière géante entourée de cierges dans une église, une bûcheronne se vantant de la taille de sa chatte avec un geste obscène, un ghettoblaster, un usage peu orthodoxe de la dendrochronologie, une femme avec des lanières de cuir en guise de sous-vêtements, etc. Dans le même temps, ces éléments hétéroclites et insolites sont propices à des remarques générant d’étranges résonnances. Ces êtres humains endormis, font-ils des personnages conscients des êtres éveillés ? Edgar est à la recherche d’Arthur, son frère jumeau disparu, peut-être un autre lui-même, peut-être son avatar éveillé ? Max semble n’être qu’un doux dingue avec sa fourmilière millénaire, et dans le même temps il est également parvenu à rester réveillé, la fin justifie-t-elle les moyens ? Les bûcheronnes estiment que l’avenir de l’humanité passe par l’abattage de tous les arbres présents sur Terre, en opposition totale avec les angoisses environnementales du temps présent. Un ours doté de conscience veut retrouver sa place de roi du règne animal en éliminant les hommes ou en prenant leur place. Le roman-photo constitue un moyen d’expression, fortement connoté par son succès dans le genre très particulier de la romance. Il peut également permettre de raconter d’autres types d’histoire, d’autres fictions de genre. Ici, le lecteur plonge dans un récit d’anticipation mâtiné de fantastique. L’autrice travaille les images leur donnant un caractère artificiel par la colorisation, l’emploi de collage, pour une balade dans un monde endormi où les gens éveillés sont pour le moins singuliers. Étrange.

17/10/2024 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série Walter Appleduck
Walter Appleduck

Un nouveau coup des 2 Fabrice ! Alors si vous aimez l'humour absurde de Fabcaro et le dessin en rondeur d'Erre semblable à celui de Jacovitti, vous serez là comme dans des charentaises tièdes. Dans le thème Western pour de rire, on est donc plus proche de Coccobill que de Al Crane. Grâce à la publication de seulement 2 tomes, les délires loufoques s'enchaînent mais ne se ressemblent pas. Un page turner oui mais qui se relit avec autant de plaisir.

17/10/2024 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Dementia 21
Dementia 21

4.5 Shintarô Kago est un auteur talentueux touche-à-tout que l'on malheureusement trop rapidement dans l'ero-guro. Il tente continuellement de tordre le coup à l'ordre établi et aux conventions du manga, tout en offrant un univers riche et une maîtrise parfaite de ses personnages. Ces 2 tomes racontent des choses de tout ordre, ayant pour fil conducteur les vieux. Oui on ne prend pas de pincettes avec le terme, ici les seniors sont aussi vantards, filous, mignons, crasseux, charmants que les plus jeunes. L'auteur fait preuve d'un humanisme tout en se foutant de la gueule des travers et problèmes de nos aînés. Le sujet est assez sensible au Japon où le 3ème âge est un électorat à bichonner et un parent à respecter. C'est ainsi que sont abordés tous les thèmes et faits divers liés aux vieux de cet archipel: des marionniers sur le nombre s'étant étouffé en mangeant du mochi gluant au réveillon, le problème de la surpopulation carcérale gabrataire... Il y a un tout un inventaire à la Prévert qui étonnera les lecteurs à chaque chapitre. Cette courte série de Kago peut se voir comme un pendant délirant façon Monthy Python des receuils de nouvelles de Junji Ito. En rajoutant la qualité des livres eux-même, je ne peux que vous encouragez à découvrir l'oeuvre de Kago-Sensei.

17/10/2024 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série Psycho-Investigateur (Simon Radius)
Psycho-Investigateur (Simon Radius)

Il y a 2 catégories de lecteurs: ceux qui ont lu cette BD avant Dans la tête de Sherlock Holmes et les autres. Et les autres dont je fais partie vont évidemment être plus sévères vu la qualité de la série suivante de ces auteurs. Je ne donnerai donc "que" 4/5 pour laisser une note plus haute à l'aventure de Sherlock. Pourtant, tout est déjà là: un système de lecture original mais qui ne prête pas à confusion, des mises en couleurs inhabituelles, le déroulé d'une histoire revu au niveau de la psyché des individus. Quelque soit l'ordre d'achat, le plaisir de lire cette aventure est garanti. On parle du prochain tome de Sherlock Holmes, cela me redonne également l'envie de relire cette série.

17/10/2024 (modifier)
Par Linette
Note: 4/5
Couverture de la série How I live Now
How I live Now

Magnifique histoire. J'ai été prise par l'héroïne. Jeune femme touchante qui n'a connu que la tristesse et l'accusation d'être la meurtrière de sa mère à son premier souffle de vie. Elle mérite une famille aimante, elle mérite d'être aimée et désiré, elle mérite encore plus de tomber amoureuse et tout ça lui arrivera enfin, il faudra qu'elle apprivoise ces nouvelles émotions comme si elle avait attendu son tour pendant 15 ans dans une file d'attente interminable. Mais la vie lui rappelle qu'il faudra une fois de plus prendre patience car tout lui sera retiré une fois de plus. Mais cette fois ci, elle saura trouver la vraie force de se battre pour les gens qu'elle aime et qui l'attendent.

16/10/2024 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série L'Héritage fossile
L'Héritage fossile

Incontestablement, l’ouvrage intrigue par son aspect. Par son volume tout d’abord (près de 300 pages) mais surtout par sa couverture au format carré, de belle facture, à la fois sombre et mystérieuse, qui représente une fillette dans la paume d’un géant sans visage, avec en arrière plan l’espace infini. Philippe Valette, qui nous avait déjà étonnés avec Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle, fait preuve encore une fois d’une grande créativité doublée d’un perfectionnisme accompli. Mais la comparaison s’arrête là. Car si « Jean Doux » tenait de la comédie décalée et désopilante sur la vie en entreprise dans les années 90, « L’Héritage fossile » s’inscrit dans un tout autre registre, celui du space opera claustrophobique et désespéré. Qu’on se le dise, on est plus proche du récit d’anticipation où affleurent les questionnements de notre monde terrestre actuel (et donc pas toujours très gais) que de « Star Wars ». Au-delà du thème toujours attrayant de la conquête spatiale, c’est l’immortalité et la survie de l’humanité qui sont au centre de l’intrigue. Comme on va le deviner assez vite, la Terre est en proie à un chaos dont on ne connaît pas la raison mais qui menace la vie à sa surface. Le vaisseau Heritage a donc pour mission de perpétuer la race humaine en allant coloniser une planète viable, selon les scientifiques. Celle-ci étant située à des années lumières, bien plus loin que Mars dont la colonisation s’est révélée être un échec cuisant (coucou Elon !), il faudra donc faire de trèèèèès longues siestes en « biostase » pour ne vieillir que de dix ans. Hélas, l’imprévu s’est invité à bord du vaisseau, lorsque ses passagers réalisent que leur peau prend un aspect minéral, tandis qu’il leur reste 19 000 années de voyage à travers l’espace pour atteindre leur « terre promise » baptisée Geminae ! Graphiquement parlant, Philippe Valette a fait une sorte de mix entre dessin et numérique. Son trait aux accents manga s’attache aux personnages, tandis que le vaisseau ou les décors ont été conçus par ordinateur. Le rendu est assez bluffant, sans les défauts propres à cette technique dont certains abusent parfois. Les vues du vaisseau géant ont un aspect très réaliste, mais Valette n’en fait pas non plus des tonnes pour épater la galerie, le recours au procédé restant plutôt discret. Le dit procédé a été utilisé également pour représenter la planète Geminae, dont on ne fait d’ailleurs que distinguer les reliefs à travers l’obscurité omniprésente, renforçant l’ambiance hautement anxiogène du récit. Tout cela fait de « L’Héritage fossile » une belle réussite, malgré son propos pour le moins pessimiste où la lumière semble être restée prisonnière de l’énigmatique et ténébreuse Geminae. Au même titre que le graphisme, la narration est très bien structurée, jusqu’à l’incroyable révélation finale. On pourra (peut-être) regretter la partition visuelle un peu froide, ainsi que la conclusion, qui, si elle est au demeurant tout à fait inattendue, aurait gagné à être un peu plus resserrée, plus concise. Mais ces quelques bémols n’empêcheront en rien ce one-shot de s’imposer comme l’un des musts de cette année.

16/10/2024 (modifier)
Couverture de la série La Bibliomule de Cordoue
La Bibliomule de Cordoue

Bon, la période dépeinte dans cet album m’était jusqu’alors quasiment inconnue (tout juste quelques bribes glanées par ci par là) mais in fine, ce n’est pas très grave. Ce n’est pas très grave parce que, d’une part, la situation nous est parfaitement expliquée au début et à la fin de l’album (le document de fin est d’ailleurs très instructif) et d’autre part parce que cette histoire pourrait se passer n’importe où et n’importe quand. Car cette histoire, c’est celle de celles, ceux et celleux qui cherchent à tout prix à défendre le savoir face à la destruction de l’obscurantisme. Cette histoire s’est passée à de nombreux moments de l’histoire de l’humanité, se passe encore de nos jours et reste une menace potentielle pour toute civilisation existante ou à venir. Mais ici, plus précisément, elle se passe en l’an 976, dans le califat d’Al Andalus, à la fin d’un âge d’or culturel. A la suite d’une prise de pouvoir par le vizir Amir, s’étant fait l’allié de religieux radicaux et fanatiques, la grande bibliothèque de Cordoue fait face à une purge monstrueuse de presque tous ses écrits. La science, la poésie, l’histoire, les mémoires de différents peuples, bref, tout ce qui n’a rien à voir avec les dogmes du Coran doit finir brûlé. Ne pouvant laisser faire cela, Tarid et Lubna, deux esclaves copistes, décident de tenter le tout pour le tout, de prendre autant d’ouvrages que possible et d’essayer de quitter le pays au plus tôt. Mais voilà, pour transporter autant de poids sur toute cette distance, il faut une monture, et pas facile d'en trouver une au dernier moment. Fort heureusement, Marwan, ancien apprenti de Tarid (devenu voleur depuis) leur apportera malgré lui la mule qui les aidera. Bon, il s’est surtout fait voler sa mule dans l’histoire, mais comme il l’avait lui-même volée, on va dire que tout le monde est quitte. Voilà donc nos quatre protagonistes pour cette histoire. Tous les quatre sont bien campés, leurs histoires sont intéressantes et développées, leurs personnalités pas manichéennes du tout et leurs dialogues, où différentes visions du monde se croisent, sont intéressants. Sur le plan technique, c’est du très bon aussi. Le dessin de Chemineau est beau, simple mais expressif, et les décors sont bien fournis et agréables à regarder. Le texte est, là encore, très bon, avec quelques pointes d’humour bienvenues. Je note néanmoins une légère baisse de rythme sur la dernière moitié du récit, mais honnêtement l’histoire reste engageante. Un solide 4 étoiles pour moi.

16/10/2024 (modifier)
Couverture de la série Roi Ours
Roi Ours

Je découvre l’auteure à reculons. J’avais déjà bien accroché à son Le Culte de Mars mais j’ai trouvé le présent tome un cran au-dessus. Son dessin et sa narration sont toujours aussi agréables à suivre. Je vous renvoie à mon commentaire sur l’album précité. C’est l’histoire qui m’a plus parlé et touché. J’ai succombé de suite à l’univers mis en place, une sorte de conte avec des dieux animaux. Un récit à la fois doux et dur, que j’ai trouvé très réussi, universel et pas niais. Bref ça m’a bien parlé, un très bon album et une auteure à suivre.

16/10/2024 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Le Vivant à vif
Le Vivant à vif

J’adore le travail de Simon Hureau, et j’ai des goûts similaires à Mac Arthur. Son avis a donc forcément attiré mon attention, et je ressors satisfait de ma lecture. J’applaudis la quantité incroyable de connaissances transmises dans cet album : changement climatique, biodiversité, impact de l’être humain (et notamment de ses déplacements) sur l’environnement, et évolution du climat depuis l’apparition de la vie sur Terre. C’est ce dernier point qui m’a le plus fasciné, car mes connaissances en la matière étaient limitées, et les explications sont claires et instructives. Le chapitre sur les solutions que nous pouvons envisager à titre personnel est excellent. D’abord, parce qu’il propose une vision un peu plus positive de la crise. Ensuite, parce que si certains gestes sont bien connus (recycler, éteindre les appareils en veille etc.), d’autres le sont beaucoup moins. Enfin, la narration de cette partie est judicieuse, avec ces grandes planches remplies de petits phylactères proposant une solution précise. Ces doubles planches mériteraient d’être imprimées en grand format et affichées dans les écoles, les bibliothèques et autres lieux publics. Maintenant, le professeur universitaire un peu académique que je suis a un gros reproche à faire : l’absence totale de bibliographie, de références pour vérifier et valider les chiffres « choc » mentionnés (par exemple « un apport de 10% de produits ultra-transformés dans notre régime se traduit par une hausse de 12% de risque de cancer », page 46), et les déclarations souvent acerbes, voire parfois surprenantes (la disparitions des dinosaures ne serait pas due à la chute d'une météorite). Je ne dis pas que tout ceci est faux, mais pourquoi ne pas avoir inclus les références vers les articles universitaires, les études scientifiques ? Ce manque est souvent la marque de fabrique des conspirationnistes et autres climatosceptiques déversant leurs « propres recherches » sur les réseaux sociaux. Cet album étant destiné aux jeunes, je trouve dommage de ne pas avoir montré l’exemple, et rappelé qu’il faut toujours questionner et vérifier la validité d’une information. Ces références auraient pu être listées en fin d’album afin de ne pas alourdir la narration. Bon, à part ce gros coup de gueule, j’ai beaucoup aimé, je recommande la lecture de cette chouette BD… aux jeunes, mais aussi aux moins jeunes !

16/10/2024 (modifier)