Voilà un très grand cru de Davodeau que j'ai pris beaucoup de plaisir à relire. C'est une histoire singulière qui, sous des dehors modestes, explore avec une grande finesse deux univers que rien ne rapproche a priori : celui de la bande dessinée et celui du vin. À travers cette rencontre entre un auteur de BD, Étienne Davodeau, et un vigneron, Richard Leroy, l’album réussit le pari audacieux de mêler initiation, découverte et réflexion sur le travail artisanal.
Le concept de l’album est simple : Davodeau, qui ne connaît rien au vin, va passer un an aux côtés de Richard Leroy pour apprendre les secrets de la viticulture, tandis que ce dernier découvre l’univers de la bande dessinée. Ce dialogue entre deux ignorants, chacun expert dans son domaine mais néophyte dans celui de l’autre, donne naissance à une œuvre riche. Au fil des pages, on partage leurs découvertes, leurs doutes, et leurs émerveillements.
Le dessin de Davodeau, tout en nuances de gris, accompagne parfaitement le propos.
Mais c'est bien plus qu’une chronique de deux univers parallèles. C’est aussi une réflexion sur le temps, la passion, et l’artisanat. Que ce soit dans la création d’un vin ou d’une bande dessinée, Davodeau montre que l’artisan est avant tout un passionné, un être en quête de perfection, pour qui chaque détail a son importance. Les échanges entre Davodeau et Leroy, souvent empreints d’humour et de complicité, dévoilent des réflexions profondes sur le sens du travail bien fait, sur la transmission du savoir et sur la valeur du temps consacré à une œuvre.
Loin de se contenter de juxtaposer deux mondes, Davodeau réussit à les entremêler, à créer des ponts entre eux, montrant que la passion, qu’elle s’exprime dans la vigne ou dans l’atelier de dessin, est universelle. "Les Ignorants" est une ode à la curiosité, à l’apprentissage, et à la découverte de l’autre. C’est un album qui, tout en douceur, nous invite à sortir de notre zone de confort, à aller à la rencontre de ce que nous ne connaissons pas, et à en tirer de précieuses leçons.
En conclusion, voici une oeuvre qui m'a touché par sa sincérité et son humanité, et que j'ai pris beaucoup de plaisir à relire. Une lecture à savourer, comme un grand cru, à la fois légère et profonde.
Voilà un album qui est resté trainer assez longtemps dans ma pile à lire. Je l’ai acheté par pure curiosité. Je suis rarement un grand fan des prix d’Angoulême, mais là l’audace créative faisait que je devais me faire mon propre avis.
Et j’ai pris beaucoup de plaisir dans ma lecture. Je trouve que Martin Panchaud réussit le pari audacieux de transformer des cercles colorés et une vue aérienne en une véritable expérience narrative. Difficile de croire qu’un tel minimalisme graphique puisse captiver, mais dès les premières pages, la magie opère. En tous cas, ça a très bien marché pour moi.
On pourrait penser que ce style, à la limite de l’abstraction, nuirait à l’immersion. Pourtant, il n’en est rien, cette représentation géométrique parvient étrangement à transmettre une profonde humanité.
Le récit suit Simon, un adolescent malmené par la vie, qui voit sa chance tourner après avoir gagné une grosse somme d’argent. Ce scénario, qui pourrait sembler convenu à première vue, prend une autre dimension sous la plume de Panchaud. Chaque rebondissement est minutieusement orchestré, avec une narration fluide et des surprises bien dosées. On se retrouve plongé dans une sorte de polar social, teinté d’humour noir, où la naïveté et la cruauté s’entremêlent avec brio. Ce qui pourrait n’être qu’un simple road movie se transforme en une aventure humaine, où chaque péripétie est une nouvelle épreuve pour ce jeune héros attachant. (oui je me suis attaché à un cercle !)
Là où Panchaud excelle, c’est dans l’alliance entre cette narration atypique et un scénario solide. Le graphisme, bien que déconcertant au premier abord, finit par devenir invisible, tant il sert le récit. On oublie que l’on suit des cercles colorés et on s’immerge totalement dans cette histoire qui mêle drame, suspense et critique sociale. Le style minimaliste pourrait en rebuter certains, mais il faut admettre que c’est précisément cette originalité qui donne toute sa force à l’ouvrage.
En définitive, “La Couleur des choses” n’est pas simplement une expérience graphique ; c’est une BD qui réussit à allier forme et fond de manière exemplaire. Panchaud nous prouve que l’art de la bande dessinée est loin d’être figé, et que même les choix les plus risqués peuvent aboutir à des œuvres marquantes. À la fois ludique et profond, ce livre est une véritable pépite, un OVNI dans le paysage du neuvième art, qui mérite largement les éloges qu’il a reçus. Un pari graphique audacieux, mais totalement réussi.
La leçon de pêche ou comment apprendre à vos enfants ce qu'est la nature profonde du capitalisme (et comment on doit/peut lui résister). Tout comme l'album Obélix et compagnie, les choses sont distillées légèrement mais efficacement. En outre, Emile Bravo propose d'opposer à cette idéologie prédatrice la lenteur et l'autosuffisance. C'est fort quand même, non ? Et tout ça sans être une leçon d'économie indigeste.
Mes enfants, quand ils étaient petits, ont adoré cette histoire.
Un livre à offrir à tous ceux qui pensent que l'accumulation de richesses est le sens de la vie, que la vie est une compétition, et la planète un supermarché...
Comme d’habitude j’aime beaucoup le travail de Karabulut; il s’agit ici de 15 petites histoires, toutes empreintes de mystères, de noirceur mais aussi de poésie ! certaines sont politiques, d’autres sont romantiques, de manière globale c’est un plaisir de couvrir autant de sujets et d’idées différentes en un peu moins de cent pages; le style de dessin change au fil des histoires, mais les personnages sont toujours autant charismatiques, et je trouve l’absurdité de certains visages vraiment hilarante; une lecture rafraîchissante.
L’attentat contre Charlie Hebdo a maintenant plus de 9 ans. Cette expérience a été traumatisante à l’échelle du pays mais aussi et surtout pour ceux qui l’ont vécu au plus près. De cet évènement est né différentes oeuvres que je trouve toutes plus belles et inspirantes les unes que les autres, je parle dans mon post précédent de Catharsis de Luz, mais je ne pouvais pas ne pas dédier un post entier à La Légèreté. Cette oeuvre se déroule un an après les attentats et parle de la lente reconstruction de Catherine Meurisse. Je trouve les oeuvres de Catherine Meurisse, Luz et Coco très complémentaires dans le sens où leurs expériences sont similaires mais que chacun l’a raconté avec un délai différent suite à l’évènement ce qui a pour conséquence de proposer des étapes différentes du traumatisme. À travers de sublimes dessins faits à l’encre de Chine et à l’aquarelle, la dessinatrice raconte sa quête pour retrouver la légèreté qu’elle a perdu le 7 janvier. Une quête vers la beauté, la recherche d’un syndrome de Stendhal auto-infligée qui nous fait voyager dans des paysages de beauté naturelle, humaine et artistique. En faisant cela, Catherine Meurisse produit une oeuvre qui pourrait être elle-même la définition de la beauté.
Cette bd est un enchaînement de 10 zines’ publiés par Luz au moment de l’entre deux tours de Chirac et Le Pen en 2002, ainsi que l’entre-deux élections entre les présidentielles et les législatives et enfin un dernier (hilarant) sur la tentative d’assassinat sur Chirac; à lire, c’est assez fou de constater à quelle points les choses n’ont pas changé au cours des dernières années, cela est valable sur plein de points : le vote utile, le barrage républicain, la montée de l’extrême droite, les questions d’insécurité et le rôle des médias, la gauche cafouillis, etc.; aussi il est assez fou de voir que le style de Luz en noir et blanc n’a pas changé en 20 ans (et tant mieux), avec des dessins parfois sublimes, et parfois simplement absurdes telle une caricature dans Charlie; une bd pas forcément facile à trouver mais qui vaut le détour !
Upgrade
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Le personnage d'Iron Man apparaît pour la première fois en mars 1963 et Anthony Stark est blessé lors de la guerre du Vietnam (un éclat d'obus se fiche près de son cœur). En 2005, Marvel confie à Warren Ellis le soin de mettre à jour l'origine de ce héros qui ne fait pas son âge dans cette minisérie en 6 épisodes.
L'histoire commence avec un groupe de terroristes américains qui a subtilisé un sérum bourré de nanotechnologies et qui l'injecte dans l'un de ses membres. Pendant ce temps, le directeur de ce projet se suicide. Et Tony Stark cherche désespérément comment améliorer son armure. Il se heurte à des manifestants qui protestent contre la fabrication d'armes par son entreprise. Il se heurte à un journaliste qui ne prend pas de gants pour lui faire dire que ses produits tuent des innocents dans le tiers monde. Et le terroriste a survécu à son injection, a acquis des pouvoirs hors du commun et s'en prend à la population innocente. Tony Stark est appelé par la responsable du projet pour lui venir en aide, et Iron man ne tarde pas à s'opposer au terroriste.
Ce tome est un excellent point d'entrée pour commencer à lire Iron Man (avant de passer à Dans la ligne de mire). Dans Extremis, vous avez droit à un rappel de l'origine d'Iron Man (cette fois-ci Tony Stark est victime d'une mine antipersonnel en Afghanistan). Warren Ellis ramène le personnage au plus près du concept créé par Stan Lee : Tony Stark est un capitaliste pur et dur, un fabricant d'armes sans trop de remords, un tombeur de ces dames, et Iron Man a l'apparence d'un robot dépourvu de toute émotion.
Mais Ellis ne se contente pas d'un simple rafraîchissement du personnage. Il lui confère plus d'épaisseur en faisant de cette histoire une quête du sens pour Tony Stark. Il ne s'agit pas d'une quête de sens pour faire genre, mais bien de la question de la pertinence du personnage dans un monde où la technologie a déjà révolutionné plusieurs fois notre quotidien. Heureusement le scénario a été confié à Warren Ellis : cet auteur dispose d'un bagage suffisant pour introduire des éléments de science fiction assez solides et travaillés pour ne pas être dépassés et ridicules 12 mois après. De la même manière, l'expérience d'Ellis et son savoir faire lui donnent assez de confiance pour laisser une large place aux illustrations et aux scènes d'action.
Les illustrations sont réalisées par Adi Granov qui a tout fait (dessins + encrages + couleurs) à l'infographie. Dans ce parti pris technologique, il y a des bonnes et des moins bonnes choses. Le bon côté, c'est le rendu d'Iron Man. Adi Granov a su trouver les bons outils et les bonnes textures pour donner un impact visuel phénoménal à l'armure d'Iron Man. La gestion par ordinateur de l'armure lui assure de ne perdre aucun détail d'une case à l'autre. Il maîtrise parfaitement l'outil de textures : l'armure a une patine plutôt mate avec des reflets discrets et une texture métallique parfaite. C'est vraiment la grande réussite de ces pages : une armure crédible. Sa mise en page est également très claire et très aérée. Il profite pleinement du script d'Ellis pour réaliser de très belles séquences de vol aérien et des combats titanesques. Oui, l'enfant qui sommeille en moins est vraiment jaloux du très beau jouet de Tony Stark. Par contre Adi Granov a les mêmes difficultés que le premier dessinateur venu avec des outils traditionnels : il est fâché avec les décors. Il use et il abuse de fonds colorés avec des dégradés subtils dans des tons plutôt neutres, au lieu de dessiner de vrais décors (ou même à la rigueur d'utiliser des références photographiques travaillées avec photoshop ou autre). C'est d'autant plus rageant qu'il réussit à dessiner des individus qui sortent de l'ordinaire, sans être pour autant caricaturaux.
De la même manière que Granov est limité côté décors, les dialogues d'Ellis deviennent vite ridicules quand les personnages débattent de doctrines politiques ou de positions morales. J'ai eu l'impression qu'il avait fait le minimum syndical pour remplir ces points de passage obligés, mais qu'il n'y croyait pas un seul instant. le gourou new age et son discours sur le futur est un grand moment à condition de le prendre au second degré.
Extremis est une histoire qui permet de prendre pied dans la continuité actualisée d'Iron Man, donc destinée aux nouveaux lecteurs et intéressantes pour les anciens. C'est une histoire très divertissante, pleine de bruits et de fureur et de concepts high-tech. Mais ce n'est pas la plus grande réussite de Warren Ellis du fait de passages idéologiques bâclés et de dessins manquant de profondeur.
James Bond & Damian Wayne
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Mike W. Barr a écrit de nombreuses aventures de Batman que ce soit en solo dans Detective Comics ou avec les Outsiders (la série Batman and the Outsiders). Pendant les années 1980, Marvel avait expérimenté avec succès le format de la graphic novel (grand format, histoire original de 60 à 100 pages). Inspiré par cette réussite, DC Comics a tenté à plusieurs reprises de faire aussi bien mais sans succès. Et d'ailleurs Le fils du démon paru en 1987 dans ce format n'avait pas affolé les foules.
À plusieurs reprises, Mike W. Barr a tiré le personnage de Batman vers des aventures à la James Bond ; cette histoire s'inscrit dans cette tendance. Tout commence avec une prise d'otages par des terroristes qui cherchent à s'emparer de produits chimiques. Batman intervient sous l'œil admiratif de James Gordon. Il est blessé et se réveille dans la batcave où il est soigné par Talia al Ghul sous la surveillance d'Alfred. En remontant la source des commanditaires des terroristes, Batman croise le chemin de Ra's al Ghul, ainsi que d'un nouvel ennemi Qayin. Ce dernier est le fils d'un des lieutenants ayant assisté Ra's al Ghul pendant la seconde guerre mondiale et il l'a adopté suite à la mort de son père pendant le bombardement d'Hiroshima.
Mike W. Barr s'affranchit gaiement des contraintes du personnage de Batman pour mener l'histoire où bon lui semble. Il ne faut donc pas s'étonner du fait que Batman délaisse Gotham pendant toute l'aventure. Il s'allie avec Ra's al Ghul alors qu'il s'est toujours juré de ne jamais collaborer avec un individu qui pratique le terrorisme. Il tombe amoureux de Talia et honore le simulacre de mariage qui avait lieu dans un précédent épisode. Il développe une obsession de paternité qui ne s'éteint qu'avec la mise en scène de fausse couche de Talia. Pour être clair, Mike W. Barr se sert de l'image de Batman pour dérouler une aventure avec des éléments de terrorisme, de science mal employée, d'organisation secrète, etc.
Les illustrations (dessins, encrages et mise en couleurs) sont assurées par Jerry Bingham, un monsieur fortement influencé par Neal Adams, la force du mouvement en moins. Les dessins n'ont pas trop mal vieilli et sont très regardables. Bingham s'affranchit régulièrement des tracés de bordures de cases ce qui a pour effet d'aérer ses planches. Les dessins sont minutieux et clairs. Les proportions sont bien respectées sauf en ce qui concerne les jambes qui semblent toutes un peu trop longues. Contre toute attente, sa mise en couleur est assez subtile (absence de couleurs criardes) et même assez originale par son utilisation judicieuse des teintes rosées.
Au final, cette histoire se laisse relire sans faire grincer des dents, sauf si le lecteur est crispé sur le Batman urbain et obsessionnel. Sinon il accepte que la cagoule aux oreilles pointues n'est qu'un élément de décoration sans importance et alors l'aventure est au coin de la page.
Dernière hypothèse, je suis un accro à la continuité et je veux absolument savoir d'où sort le Damian Wayne remis au goût du jour par Grant Morrison dans L'héritage maudit et ayant revêtu l'habit de Robin par la suite. Et, dans ce cas, Fils du démon viendra remplir la fonction de première apparition du fils de Batman.
Voyage guidé au Japon, le pays des ninjas, des rônins et des yakusas
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Le personnage de Wolverine apparaît pour la première fois dans le numéro 180 de Incredible Hulk en octobre 1974 (et dans le numéro d'après). En février 1975, il intègre les nouveaux X-Men. En 1982, il a droit à sa minisérie écrite par Chris Claremont et dessinée par Frank Miller. Ce tome comprend les 4 épisodes de cette minisérie.
L'histoire commence par une scène introductive dans laquelle Wolverine chasse l'ours au Canada, puis il chasse le viandard qui a blessé l'animal sans s'assurer qu'il l'avait achevé. Logan prend alors l'avion pour se rendre au Japon pour aller chercher lui-même des nouvelles de Mariko Yashida, une belle japonaise dont il est tombé amoureux dans Uncanny X-Men 118. À peine débarqué, un agent des renseignements japonais apprend à Logan que la belle s'est mariée pour respecter une dette d'honneur de son père. Ni une, ni deux, Logan va trouver Mariko et leur entretien lui permet de comprendre que son époux la bat et qu'elle ne le quittera pas, pour préserver son honneur et celui de son père. Pour couronner une journée déjà bien pourrie, Logan se retrouve entraîné dans un combat contre le papa qui se révèle être un seigneur local de la pègre. Logan subit une cuisante défaite devant les yeux de sa belle, bien qu'il ait déchaîné la fureur animale qui couve en lui. Il a perdu son honneur.
À l'époque, les éditeurs de Marvel et Chris Claremont avaient décidé que Logan constituait un personnage d'autant plus intéressant que son passé restait secret. L'objectif de cette minisérie (l'une des premières de l'histoire de Marvel) n'est donc pas de dévoiler l'origine secrète du mutant ; il s'agit plutôt d'approfondir son profil psychologique et ses traits de caractère.
Chris Claremont a concocté un scénario qui projette Wolverine au Japon dans une guerre des gangs, de ce coté là l'action est assurée. Coté sentiments, Logan se trouve entre 2 femmes que tout oppose. L'une appartient à la haute bourgeoisie (même si la source de sa fortune réside dans le crime) et elle incarne les aspirations de Logan à accéder à une forme de vie plus civilisée. de l'autre coté Yukio est une criminelle qui vit au jour le jour en assumant pleinement ses pulsions ; elle incarne le coté animal de Logan.
Cette histoire a un peu vieilli. Claremont écrit ses épisodes comme s'il s'agissait d'une série continue dans laquelle il faut sans cesse rappeler au début ce qui s'est passé précédemment. Il utilise un style de présentation très écrit avec des scènes où les personnages exposent leurs impressions et leur point de vue au travers de longues bulles de pensées. Cet artifice évoque les monologues de théâtre ou d'opéras. Leur défaut réside dans l'importance accordée aux textes au détriment des illustrations. Frank Miller était en petit forme et ses illustrations sentent le travail rapidement exécuté. La mise en page est très inventive tout en restant lisible. Mais pour le reste, j'ai du mal à accepter la longueur des griffes de Wolverine qui sont plus longues que ses avant bras (comment peuvent-elles rentrer à l'intérieur ?). L'encrage de Josef Rubinstein est très professionnel, mais aussi adapté au graphisme de Miller qu'une paire de talons hauts pour faire du trekking. Et Claremont & Miller se complaisent à utiliser une ribambelle de ninjas aussi anonymes qu'inefficaces, ce qui tire l'histoire vers des affrontements bas de gamme dépourvus de sens et d'émotions.
Au final, cette histoire est agréable à lire, elle a un caractère historique, mais elle souffre de la comparaison avec les meilleures histoires modernes, ou avec d'autres histoires de l'époque qui ont mieux vieilli comme l'incroyable Arme X.
Le Désespoir du Singe est une BD qui plonge le lecteur dans un univers sombre et captivant, rappelant les régimes totalitaires de l’ex-URSS. L’histoire, sur fond de répression politique et de catastrophe écologique, est un drame romantique bien ficelé. Le scénario n’est pas révolutionnaire, mais il est porté par une ambiance lourde et des personnages bien développés. Alfred, au dessin, livre des planches superbes, avec un trait à la fois précis et expressif qui colle parfaitement à l’atmosphère du récit. L’évolution du style au fil des tomes, plus épuré et onirique, renforce l’intensité dramatique de l’intrigue. Une lecture marquante, mêlant amour, politique et désespoir avec brio. Une découverte qui vaut le détour.
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Les Ignorants
Voilà un très grand cru de Davodeau que j'ai pris beaucoup de plaisir à relire. C'est une histoire singulière qui, sous des dehors modestes, explore avec une grande finesse deux univers que rien ne rapproche a priori : celui de la bande dessinée et celui du vin. À travers cette rencontre entre un auteur de BD, Étienne Davodeau, et un vigneron, Richard Leroy, l’album réussit le pari audacieux de mêler initiation, découverte et réflexion sur le travail artisanal. Le concept de l’album est simple : Davodeau, qui ne connaît rien au vin, va passer un an aux côtés de Richard Leroy pour apprendre les secrets de la viticulture, tandis que ce dernier découvre l’univers de la bande dessinée. Ce dialogue entre deux ignorants, chacun expert dans son domaine mais néophyte dans celui de l’autre, donne naissance à une œuvre riche. Au fil des pages, on partage leurs découvertes, leurs doutes, et leurs émerveillements. Le dessin de Davodeau, tout en nuances de gris, accompagne parfaitement le propos. Mais c'est bien plus qu’une chronique de deux univers parallèles. C’est aussi une réflexion sur le temps, la passion, et l’artisanat. Que ce soit dans la création d’un vin ou d’une bande dessinée, Davodeau montre que l’artisan est avant tout un passionné, un être en quête de perfection, pour qui chaque détail a son importance. Les échanges entre Davodeau et Leroy, souvent empreints d’humour et de complicité, dévoilent des réflexions profondes sur le sens du travail bien fait, sur la transmission du savoir et sur la valeur du temps consacré à une œuvre. Loin de se contenter de juxtaposer deux mondes, Davodeau réussit à les entremêler, à créer des ponts entre eux, montrant que la passion, qu’elle s’exprime dans la vigne ou dans l’atelier de dessin, est universelle. "Les Ignorants" est une ode à la curiosité, à l’apprentissage, et à la découverte de l’autre. C’est un album qui, tout en douceur, nous invite à sortir de notre zone de confort, à aller à la rencontre de ce que nous ne connaissons pas, et à en tirer de précieuses leçons. En conclusion, voici une oeuvre qui m'a touché par sa sincérité et son humanité, et que j'ai pris beaucoup de plaisir à relire. Une lecture à savourer, comme un grand cru, à la fois légère et profonde.
La Couleur des choses
Voilà un album qui est resté trainer assez longtemps dans ma pile à lire. Je l’ai acheté par pure curiosité. Je suis rarement un grand fan des prix d’Angoulême, mais là l’audace créative faisait que je devais me faire mon propre avis. Et j’ai pris beaucoup de plaisir dans ma lecture. Je trouve que Martin Panchaud réussit le pari audacieux de transformer des cercles colorés et une vue aérienne en une véritable expérience narrative. Difficile de croire qu’un tel minimalisme graphique puisse captiver, mais dès les premières pages, la magie opère. En tous cas, ça a très bien marché pour moi. On pourrait penser que ce style, à la limite de l’abstraction, nuirait à l’immersion. Pourtant, il n’en est rien, cette représentation géométrique parvient étrangement à transmettre une profonde humanité. Le récit suit Simon, un adolescent malmené par la vie, qui voit sa chance tourner après avoir gagné une grosse somme d’argent. Ce scénario, qui pourrait sembler convenu à première vue, prend une autre dimension sous la plume de Panchaud. Chaque rebondissement est minutieusement orchestré, avec une narration fluide et des surprises bien dosées. On se retrouve plongé dans une sorte de polar social, teinté d’humour noir, où la naïveté et la cruauté s’entremêlent avec brio. Ce qui pourrait n’être qu’un simple road movie se transforme en une aventure humaine, où chaque péripétie est une nouvelle épreuve pour ce jeune héros attachant. (oui je me suis attaché à un cercle !) Là où Panchaud excelle, c’est dans l’alliance entre cette narration atypique et un scénario solide. Le graphisme, bien que déconcertant au premier abord, finit par devenir invisible, tant il sert le récit. On oublie que l’on suit des cercles colorés et on s’immerge totalement dans cette histoire qui mêle drame, suspense et critique sociale. Le style minimaliste pourrait en rebuter certains, mais il faut admettre que c’est précisément cette originalité qui donne toute sa force à l’ouvrage. En définitive, “La Couleur des choses” n’est pas simplement une expérience graphique ; c’est une BD qui réussit à allier forme et fond de manière exemplaire. Panchaud nous prouve que l’art de la bande dessinée est loin d’être figé, et que même les choix les plus risqués peuvent aboutir à des œuvres marquantes. À la fois ludique et profond, ce livre est une véritable pépite, un OVNI dans le paysage du neuvième art, qui mérite largement les éloges qu’il a reçus. Un pari graphique audacieux, mais totalement réussi.
La Leçon de Pêche
La leçon de pêche ou comment apprendre à vos enfants ce qu'est la nature profonde du capitalisme (et comment on doit/peut lui résister). Tout comme l'album Obélix et compagnie, les choses sont distillées légèrement mais efficacement. En outre, Emile Bravo propose d'opposer à cette idéologie prédatrice la lenteur et l'autosuffisance. C'est fort quand même, non ? Et tout ça sans être une leçon d'économie indigeste. Mes enfants, quand ils étaient petits, ont adoré cette histoire. Un livre à offrir à tous ceux qui pensent que l'accumulation de richesses est le sens de la vie, que la vie est une compétition, et la planète un supermarché...
Les Contes ordinaires d'Ersin Karabulut
Comme d’habitude j’aime beaucoup le travail de Karabulut; il s’agit ici de 15 petites histoires, toutes empreintes de mystères, de noirceur mais aussi de poésie ! certaines sont politiques, d’autres sont romantiques, de manière globale c’est un plaisir de couvrir autant de sujets et d’idées différentes en un peu moins de cent pages; le style de dessin change au fil des histoires, mais les personnages sont toujours autant charismatiques, et je trouve l’absurdité de certains visages vraiment hilarante; une lecture rafraîchissante.
La Légèreté
L’attentat contre Charlie Hebdo a maintenant plus de 9 ans. Cette expérience a été traumatisante à l’échelle du pays mais aussi et surtout pour ceux qui l’ont vécu au plus près. De cet évènement est né différentes oeuvres que je trouve toutes plus belles et inspirantes les unes que les autres, je parle dans mon post précédent de Catharsis de Luz, mais je ne pouvais pas ne pas dédier un post entier à La Légèreté. Cette oeuvre se déroule un an après les attentats et parle de la lente reconstruction de Catherine Meurisse. Je trouve les oeuvres de Catherine Meurisse, Luz et Coco très complémentaires dans le sens où leurs expériences sont similaires mais que chacun l’a raconté avec un délai différent suite à l’évènement ce qui a pour conséquence de proposer des étapes différentes du traumatisme. À travers de sublimes dessins faits à l’encre de Chine et à l’aquarelle, la dessinatrice raconte sa quête pour retrouver la légèreté qu’elle a perdu le 7 janvier. Une quête vers la beauté, la recherche d’un syndrome de Stendhal auto-infligée qui nous fait voyager dans des paysages de beauté naturelle, humaine et artistique. En faisant cela, Catherine Meurisse produit une oeuvre qui pourrait être elle-même la définition de la beauté.
Cambouis
Cette bd est un enchaînement de 10 zines’ publiés par Luz au moment de l’entre deux tours de Chirac et Le Pen en 2002, ainsi que l’entre-deux élections entre les présidentielles et les législatives et enfin un dernier (hilarant) sur la tentative d’assassinat sur Chirac; à lire, c’est assez fou de constater à quelle points les choses n’ont pas changé au cours des dernières années, cela est valable sur plein de points : le vote utile, le barrage républicain, la montée de l’extrême droite, les questions d’insécurité et le rôle des médias, la gauche cafouillis, etc.; aussi il est assez fou de voir que le style de Luz en noir et blanc n’a pas changé en 20 ans (et tant mieux), avec des dessins parfois sublimes, et parfois simplement absurdes telle une caricature dans Charlie; une bd pas forcément facile à trouver mais qui vaut le détour !
Iron Man - Extremis
Upgrade - Le personnage d'Iron Man apparaît pour la première fois en mars 1963 et Anthony Stark est blessé lors de la guerre du Vietnam (un éclat d'obus se fiche près de son cœur). En 2005, Marvel confie à Warren Ellis le soin de mettre à jour l'origine de ce héros qui ne fait pas son âge dans cette minisérie en 6 épisodes. L'histoire commence avec un groupe de terroristes américains qui a subtilisé un sérum bourré de nanotechnologies et qui l'injecte dans l'un de ses membres. Pendant ce temps, le directeur de ce projet se suicide. Et Tony Stark cherche désespérément comment améliorer son armure. Il se heurte à des manifestants qui protestent contre la fabrication d'armes par son entreprise. Il se heurte à un journaliste qui ne prend pas de gants pour lui faire dire que ses produits tuent des innocents dans le tiers monde. Et le terroriste a survécu à son injection, a acquis des pouvoirs hors du commun et s'en prend à la population innocente. Tony Stark est appelé par la responsable du projet pour lui venir en aide, et Iron man ne tarde pas à s'opposer au terroriste. Ce tome est un excellent point d'entrée pour commencer à lire Iron Man (avant de passer à Dans la ligne de mire). Dans Extremis, vous avez droit à un rappel de l'origine d'Iron Man (cette fois-ci Tony Stark est victime d'une mine antipersonnel en Afghanistan). Warren Ellis ramène le personnage au plus près du concept créé par Stan Lee : Tony Stark est un capitaliste pur et dur, un fabricant d'armes sans trop de remords, un tombeur de ces dames, et Iron Man a l'apparence d'un robot dépourvu de toute émotion. Mais Ellis ne se contente pas d'un simple rafraîchissement du personnage. Il lui confère plus d'épaisseur en faisant de cette histoire une quête du sens pour Tony Stark. Il ne s'agit pas d'une quête de sens pour faire genre, mais bien de la question de la pertinence du personnage dans un monde où la technologie a déjà révolutionné plusieurs fois notre quotidien. Heureusement le scénario a été confié à Warren Ellis : cet auteur dispose d'un bagage suffisant pour introduire des éléments de science fiction assez solides et travaillés pour ne pas être dépassés et ridicules 12 mois après. De la même manière, l'expérience d'Ellis et son savoir faire lui donnent assez de confiance pour laisser une large place aux illustrations et aux scènes d'action. Les illustrations sont réalisées par Adi Granov qui a tout fait (dessins + encrages + couleurs) à l'infographie. Dans ce parti pris technologique, il y a des bonnes et des moins bonnes choses. Le bon côté, c'est le rendu d'Iron Man. Adi Granov a su trouver les bons outils et les bonnes textures pour donner un impact visuel phénoménal à l'armure d'Iron Man. La gestion par ordinateur de l'armure lui assure de ne perdre aucun détail d'une case à l'autre. Il maîtrise parfaitement l'outil de textures : l'armure a une patine plutôt mate avec des reflets discrets et une texture métallique parfaite. C'est vraiment la grande réussite de ces pages : une armure crédible. Sa mise en page est également très claire et très aérée. Il profite pleinement du script d'Ellis pour réaliser de très belles séquences de vol aérien et des combats titanesques. Oui, l'enfant qui sommeille en moins est vraiment jaloux du très beau jouet de Tony Stark. Par contre Adi Granov a les mêmes difficultés que le premier dessinateur venu avec des outils traditionnels : il est fâché avec les décors. Il use et il abuse de fonds colorés avec des dégradés subtils dans des tons plutôt neutres, au lieu de dessiner de vrais décors (ou même à la rigueur d'utiliser des références photographiques travaillées avec photoshop ou autre). C'est d'autant plus rageant qu'il réussit à dessiner des individus qui sortent de l'ordinaire, sans être pour autant caricaturaux. De la même manière que Granov est limité côté décors, les dialogues d'Ellis deviennent vite ridicules quand les personnages débattent de doctrines politiques ou de positions morales. J'ai eu l'impression qu'il avait fait le minimum syndical pour remplir ces points de passage obligés, mais qu'il n'y croyait pas un seul instant. le gourou new age et son discours sur le futur est un grand moment à condition de le prendre au second degré. Extremis est une histoire qui permet de prendre pied dans la continuité actualisée d'Iron Man, donc destinée aux nouveaux lecteurs et intéressantes pour les anciens. C'est une histoire très divertissante, pleine de bruits et de fureur et de concepts high-tech. Mais ce n'est pas la plus grande réussite de Warren Ellis du fait de passages idéologiques bâclés et de dessins manquant de profondeur.
Batman - Le Fils du demon
James Bond & Damian Wayne - Mike W. Barr a écrit de nombreuses aventures de Batman que ce soit en solo dans Detective Comics ou avec les Outsiders (la série Batman and the Outsiders). Pendant les années 1980, Marvel avait expérimenté avec succès le format de la graphic novel (grand format, histoire original de 60 à 100 pages). Inspiré par cette réussite, DC Comics a tenté à plusieurs reprises de faire aussi bien mais sans succès. Et d'ailleurs Le fils du démon paru en 1987 dans ce format n'avait pas affolé les foules. À plusieurs reprises, Mike W. Barr a tiré le personnage de Batman vers des aventures à la James Bond ; cette histoire s'inscrit dans cette tendance. Tout commence avec une prise d'otages par des terroristes qui cherchent à s'emparer de produits chimiques. Batman intervient sous l'œil admiratif de James Gordon. Il est blessé et se réveille dans la batcave où il est soigné par Talia al Ghul sous la surveillance d'Alfred. En remontant la source des commanditaires des terroristes, Batman croise le chemin de Ra's al Ghul, ainsi que d'un nouvel ennemi Qayin. Ce dernier est le fils d'un des lieutenants ayant assisté Ra's al Ghul pendant la seconde guerre mondiale et il l'a adopté suite à la mort de son père pendant le bombardement d'Hiroshima. Mike W. Barr s'affranchit gaiement des contraintes du personnage de Batman pour mener l'histoire où bon lui semble. Il ne faut donc pas s'étonner du fait que Batman délaisse Gotham pendant toute l'aventure. Il s'allie avec Ra's al Ghul alors qu'il s'est toujours juré de ne jamais collaborer avec un individu qui pratique le terrorisme. Il tombe amoureux de Talia et honore le simulacre de mariage qui avait lieu dans un précédent épisode. Il développe une obsession de paternité qui ne s'éteint qu'avec la mise en scène de fausse couche de Talia. Pour être clair, Mike W. Barr se sert de l'image de Batman pour dérouler une aventure avec des éléments de terrorisme, de science mal employée, d'organisation secrète, etc. Les illustrations (dessins, encrages et mise en couleurs) sont assurées par Jerry Bingham, un monsieur fortement influencé par Neal Adams, la force du mouvement en moins. Les dessins n'ont pas trop mal vieilli et sont très regardables. Bingham s'affranchit régulièrement des tracés de bordures de cases ce qui a pour effet d'aérer ses planches. Les dessins sont minutieux et clairs. Les proportions sont bien respectées sauf en ce qui concerne les jambes qui semblent toutes un peu trop longues. Contre toute attente, sa mise en couleur est assez subtile (absence de couleurs criardes) et même assez originale par son utilisation judicieuse des teintes rosées. Au final, cette histoire se laisse relire sans faire grincer des dents, sauf si le lecteur est crispé sur le Batman urbain et obsessionnel. Sinon il accepte que la cagoule aux oreilles pointues n'est qu'un élément de décoration sans importance et alors l'aventure est au coin de la page. Dernière hypothèse, je suis un accro à la continuité et je veux absolument savoir d'où sort le Damian Wayne remis au goût du jour par Grant Morrison dans L'héritage maudit et ayant revêtu l'habit de Robin par la suite. Et, dans ce cas, Fils du démon viendra remplir la fonction de première apparition du fils de Batman.
Wolverine - Je suis Wolverine
Voyage guidé au Japon, le pays des ninjas, des rônins et des yakusas - Le personnage de Wolverine apparaît pour la première fois dans le numéro 180 de Incredible Hulk en octobre 1974 (et dans le numéro d'après). En février 1975, il intègre les nouveaux X-Men. En 1982, il a droit à sa minisérie écrite par Chris Claremont et dessinée par Frank Miller. Ce tome comprend les 4 épisodes de cette minisérie. L'histoire commence par une scène introductive dans laquelle Wolverine chasse l'ours au Canada, puis il chasse le viandard qui a blessé l'animal sans s'assurer qu'il l'avait achevé. Logan prend alors l'avion pour se rendre au Japon pour aller chercher lui-même des nouvelles de Mariko Yashida, une belle japonaise dont il est tombé amoureux dans Uncanny X-Men 118. À peine débarqué, un agent des renseignements japonais apprend à Logan que la belle s'est mariée pour respecter une dette d'honneur de son père. Ni une, ni deux, Logan va trouver Mariko et leur entretien lui permet de comprendre que son époux la bat et qu'elle ne le quittera pas, pour préserver son honneur et celui de son père. Pour couronner une journée déjà bien pourrie, Logan se retrouve entraîné dans un combat contre le papa qui se révèle être un seigneur local de la pègre. Logan subit une cuisante défaite devant les yeux de sa belle, bien qu'il ait déchaîné la fureur animale qui couve en lui. Il a perdu son honneur. À l'époque, les éditeurs de Marvel et Chris Claremont avaient décidé que Logan constituait un personnage d'autant plus intéressant que son passé restait secret. L'objectif de cette minisérie (l'une des premières de l'histoire de Marvel) n'est donc pas de dévoiler l'origine secrète du mutant ; il s'agit plutôt d'approfondir son profil psychologique et ses traits de caractère. Chris Claremont a concocté un scénario qui projette Wolverine au Japon dans une guerre des gangs, de ce coté là l'action est assurée. Coté sentiments, Logan se trouve entre 2 femmes que tout oppose. L'une appartient à la haute bourgeoisie (même si la source de sa fortune réside dans le crime) et elle incarne les aspirations de Logan à accéder à une forme de vie plus civilisée. de l'autre coté Yukio est une criminelle qui vit au jour le jour en assumant pleinement ses pulsions ; elle incarne le coté animal de Logan. Cette histoire a un peu vieilli. Claremont écrit ses épisodes comme s'il s'agissait d'une série continue dans laquelle il faut sans cesse rappeler au début ce qui s'est passé précédemment. Il utilise un style de présentation très écrit avec des scènes où les personnages exposent leurs impressions et leur point de vue au travers de longues bulles de pensées. Cet artifice évoque les monologues de théâtre ou d'opéras. Leur défaut réside dans l'importance accordée aux textes au détriment des illustrations. Frank Miller était en petit forme et ses illustrations sentent le travail rapidement exécuté. La mise en page est très inventive tout en restant lisible. Mais pour le reste, j'ai du mal à accepter la longueur des griffes de Wolverine qui sont plus longues que ses avant bras (comment peuvent-elles rentrer à l'intérieur ?). L'encrage de Josef Rubinstein est très professionnel, mais aussi adapté au graphisme de Miller qu'une paire de talons hauts pour faire du trekking. Et Claremont & Miller se complaisent à utiliser une ribambelle de ninjas aussi anonymes qu'inefficaces, ce qui tire l'histoire vers des affrontements bas de gamme dépourvus de sens et d'émotions. Au final, cette histoire est agréable à lire, elle a un caractère historique, mais elle souffre de la comparaison avec les meilleures histoires modernes, ou avec d'autres histoires de l'époque qui ont mieux vieilli comme l'incroyable Arme X.
Le Désespoir du Singe
Le Désespoir du Singe est une BD qui plonge le lecteur dans un univers sombre et captivant, rappelant les régimes totalitaires de l’ex-URSS. L’histoire, sur fond de répression politique et de catastrophe écologique, est un drame romantique bien ficelé. Le scénario n’est pas révolutionnaire, mais il est porté par une ambiance lourde et des personnages bien développés. Alfred, au dessin, livre des planches superbes, avec un trait à la fois précis et expressif qui colle parfaitement à l’atmosphère du récit. L’évolution du style au fil des tomes, plus épuré et onirique, renforce l’intensité dramatique de l’intrigue. Une lecture marquante, mêlant amour, politique et désespoir avec brio. Une découverte qui vaut le détour.