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Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Rebels
Rebels

La première milice historique des États-Unis, pendant la guerre d'indépendance - Il s'agit d'une histoire indépendante de toute autre, et complète en l'état. Ce tome comprend les 10 épisodes, initialement parus en 2015/2016, tous écrits par Brian Wood. Les magnifiques couvertures ont été réalisées par Tula Lotay. La mise en couleurs des 10 numéros a été réalisée par Jordie Bellaire. - - A well regulated militia (épisodes 1 à 6, dessins et encrage d'Andrea Mutti) - En 1775, dans le futur état du Vermont, la présence anglaise se fait sentir avec les soldats imposant la loi et l'impôt de la couronne, au nom du roi George. Seth Abbott vit avec ses parents dans une demeure de chasseur et d'éleveur située à l'écart de la petite ville dans les bois. À 17 ans, il est orphelin et il s'établit sur un terrain qu'il loue en exécutant des tâches pour le propriétaire, avec sa femme Mercy Tucker. Il est recruté par Ethan Allen pour faire partie d'une milice, au service du colonel Benedict Arnold. Avec l'accord de sa femme, il quitte la maison et s'intègre à la milice des Green Mountain Boys pour aider les indépendantistes qui veulent s'emparer de New York. Comme l'indique Brian Wood dans son introduction d'une page, il est toujours le même auteur, celui qui fustigeait les dérives de la politique américaine et en particulier de sa politique sociale dans la série DMZ. Malgré tout il a souhaité écrire une série de nature patriotique sur la guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1783), mais bien sûr avec une approche particulière. Il a choisi de débuter son récit dans le Vermont, dans la région où il a grandi, et il a préféré à s'intéresser à ses prémices et à la première milice du pays. le lecteur suit donc un jeune homme (17 ans au début du récit) qui accepte de se battre aux côtés d'autres volontaires pour libérer le pays du joug de l'armée anglaise. Sa motivation découle de l'exécution de deux hommes dans la salle d'audience de Westminster dans le Vermont (un fait historique authentique). En outre, cette approche a l'avantage de légitimer les actions du personnage, puisque la guerre d'indépendance était une bonne chose pour un lecteur américain. Il n'y a donc pas de question morale à libérer un pays, pas d'intention polémique. Le point de vue adopté par le scénariste capte tout de suite l'attention du lecteur, même s'il n'est pas féru d'Histoire en général et de la guerre d'indépendance en particulier. le scénariste adopte une approche naturaliste, sans aller jusqu'au journal intime. le lecteur américain retrouve quelques hauts faits de la guerre d'indépendance, mais sous un angle secondaire, à savoir quelques faits d'armes qui ont apporté un avantage tactique réel pour les grandes batailles. Aux côtés de Seth Abbott, le lecteur voit la milice progresser et accomplir des besognes peu glorieuses, mais indispensables. Brian Wood prend le temps d'étoffer son personnage principal par un retour dans le passé avec son père blessé. Il n'oublie pas non plus Mercy Tucker, en évoquant régulièrement (même si brièvement) le fait qu'elle se retrouve une jeune femme seule au milieu des bois à accomplir toutes les besognes. Il sous-entend qu'une tribu indienne se trouve non loin, et qu'il arrive que passent des soldats désœuvrés dans les parages. Brian Wood ne raconte pas les affrontements armés à la manière d'un Garth Ennis. Il y a du sang, des blessures et des morts. Il y a quelques réflexions sur la lutte des classes, et sur la chaîne de commandement, sans que cela ne devienne le coeur du récit. L'auteur s'est fixé pour objectif de montrer l'ordinaire de la vie de Seth Abbott au sein de cette milice, sans se livrer à une thèse historique, ou à un réquisitoire social ou politique. Abbott est légitime dans son action, puisque que c'est les bons qui ont gagné. Plusieurs des hauts faits de cette première milice sont passés en revue jusqu'au retour d'Abbott chez lui en 1783. Andrea Mutti avait déjà travaillé avec Brian Wood sur quelques épisodes de la série DMZ. Les couleurs de Jordie Bellaire rendent les pages attractives, avec une bonne unité chromatique, et des différences marquées pour chaque séquence. Mais en s'attardant un peu plus sur les dessins, le lecteur n'est pas entièrement convaincu par leur apparence. le trait d'encrage est vaguement charbonneux, sans qu'on puisse parler de parti pris artistique. Les ombrages ne correspondent pas exactement à l'éclairage, épousant des formes un peu vagues. Les visages ne sont pas très amènes, et leurs expressions manquent de nuance. Cette apparence un peu âpre ne nuit pourtant pas au plaisir de la lecture. Andrea Mutti a la tâche peu enviable de donner corps à cette reconstitution historique, ce qui passe par un travail de référence conséquent. Il doit rechercher chaque tenue militaire, chaque construction, chaque outil pour être sûr de réaliser une reconstitution authentique. Or cette dimension importante de son travail est réalisée avec soin. Le lecteur ressent donc l'impression de voir une époque révolue, avec un degré de précision satisfaisant. La narration visuelle se révèle être de qualité, racontant l'histoire sans problème de compréhension, y compris dans les pages muettes. En effet à plusieurs reprises, Brian Wood s'en remet aux compétences de l'artiste pour raconter l'histoire sans l'aide de mots, et la compréhension est immédiate, sans difficulté. le lecteur peut alors apprécier la justesse des postures des protagonistes, adaptées à leur occupation, évoquant leur concentration (les soldats rechargeant leur fusil sur le champ de bataille) ou leurs émotions (Seth revenant chez lui, Mercy peinant à la tâche). L'aspect parfois un peu mal dégrossi des dessins se trouve également en phase avec la tonalité du récit, et les conditions de vie un peu rudes de Seth Abbott au sein de la milice, ou de Mercy Tucker aux abords de sa cabane forestière. Cette première histoire évoque une forme d'engagement politique inscrit dans son époque, en suivant un jeune homme convaincu de son bon droit, courageux et compétent. Andrea Mutti réalise des cases à l'allure un peu fruste sur les bords, mais portant la narration avec une grande conviction. Brian Wood évoque un pan de l'Histoire des États-Unis, de son émancipation de la tutelle anglaise, au travers d'une milice. Effectivement il s'agit d'un récit patriotique dans le sens où il ne remet pas en cause l'action de ses pères fondateurs, mais sans être prosélyte ou réactionnaire. 4 étoiles si le lecteur est venu chercher une leçon d'Histoire avec une mise en perspective, 5 étoiles s'il s'agit d'une première découverte de cette facette de la guerre d'indépendance. - - Goodwife, Follower, Patriot, Republican (épisode 7, dessins et encrage de Matt Woodson) - Sarah Fraser était une femme au caractère indépendant, que l'on pourrait qualifier d'indomptable au regard des critères de l'époque. Pourtant elle s'est mariée avec Samuel Hull. Lorsque ce dernier partit à la guerre en 1777, elle le suivit pour assurer des tâches logistiques pour son bataillon, non pas comme cuisinière ou infirmière, mais comme chasseuse de gibier, et chef des autres femmes. Ses capacités d'organisation et de commandement étaient telles que lorsque son mari fut blessé au combat, les autres soldats qui demandèrent d'assurer le commandement de leur unité au pied levé. Avec cet épisode, Brian Wood décide de rendre hommage aux femmes ayant pris part à la guerre d'indépendance. Comme le lecteur l'attend de sa part, il le fait à sa manière, avec des faits historiques sur la manière dont l'armée a pu prendre en compte ces femmes, à cette époque. Il réalise un épisode prenant et intelligent, évitant la tentation de tenir un discours féministe primaire qui appliquerait des critères modernes. Les dessins de Matt Woodson sont moins chargés en encrage, et donne une impression plus descriptive et plus légère. Ses personnages apparaissent mieux dégrossis, sans que le récit ne soit peuplé de mannequins et de modèles. La reconstitution historique semble exacte, et l'ambiance du champ de bataille est bien rendue, sans que les dessins plus propres sur eux ne donnent l'impression d'une reconstitution factice. Brian Wood prouve qu'il n'a rien perdu de sa sensibilité sociale, pour une histoire consistante et pertinente, avec des dessins professionnels. 5 étoiles. - - Beware the bookish Woman (épisode 8 partie 1, dessins et encrage d'Ariela Kristantina) - À Boston, quelques individus placardent des affiches tournant les anglais en dérision. Silence Bright possède sa propre presse pour imprimer et elle se fait arrêter par les soldats qui sont remontés jusqu'à elle. En prison, elle fait la connaissance de Jane Franklin, la soeur de Benjamin. En 16 pages, Brian Wood expose la situation de cette jeune rebelle, refusant de se soumettre à l'autorité anglaise et devant assumer ses choix. Les dessins d'Ariela Kristantina bénéficient d'un trait d'encrage plus lourd et élégant. L'histoire est prenante du début jusqu'à la fin, mais elle ne semble déboucher nulle part, et appeler une suite. 4 étoiles pour une mise en bouche enlevée, mais trop courte. - - Occupation (épisode 8 partie 2, dessins et encrage d'Andrea Mutti) - En plein affrontement urbain à New York, Seth Abbott se retrouve dans une pièce avec Clayton Freeman, un soldat noir ayant accepté d'intégrer l'armée anglaise. En 6 pages, Brian Wood et Andrea Mutti évoquent la position délicate d'un esclave noir ayant accepté de rejoindre le camp anglais pour accéder à la liberté. le lecteur retrouve les dessins râpeux d'Andrea Mutti, toujours à l'aise pour évoquer l'époque. Il grimace un peu en voyant que Brian Wood a écrit ce bref intermède à la truelle, exposant le statut de l'esclave, mais sans réussir à faire exister ses personnages. 3 étoiles - - Stone Hoof (épisode 9, dessins et encrage d'Andrea Mutti) - La guerre d'indépendance oblige tout le monde à choisir son camp, y compris les amérindiens. Stone Hoof a aidé les américains à construire le fort Stalwart proche de la rivière Ohio en 1750. Mais lorsque les intérêts de sa tribu le réclament, il se retrouve à se battre du côté des anglais en 1757, contre ceux qu'il a côtoyés quelques années auparavant. Le lecteur apprécie la volonté de Brian Wood d'évoquer une autre facette de la guerre d'indépendance, et le fait qu'elle ait eu pour conséquence d'impliquer toutes les populations, y compris indigène. Mais comme pour la courte histoire précédente, celle-ci est construite sur un antagonisme manichéen, avec 2 personnages principaux dont les dialogues relèvent plus du discours ou de la déclaration de credo, que d'échanges crédibles. Les dessins d'Andrea Mutti regagnent en capacité de conviction, avec cet environnement naturel (le fort est implanté au milieu des bois), mais cela ne suffit pas à changer la face du récit. 3 étoiles. - - Bloody backs (épisode 10, dessins et encrage de Tristan Jones) - En 1770, un soldat anglais se trouve pris à partie par la foule, dans les rues de Boston. Il se souvient de son enrôlement dans l'armée, de sa formation de soldat et de son voyage pour arriver jusque-là. Toujours dans un objectif de donner à voir le conflit depuis plusieurs points de vue Brian Wood montre aussi la guerre vue par un soldat anglais. Cette fois-ci, le lecteur apprécie à sa juste valeur que les troufions de l'ennemi soient humanisés et que la nature de leurs motivations soit exposée comme étant entièrement dictée par leur histoire personnelle et les contraintes sociales. Tristan Jones réalise des dessins descriptifs et réalistes, avec des lignes de contour faisant apparaître l'usure des batailles, donnant plus de force au récit. 5 étoiles.

24/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Scary Godmother
Scary Godmother

De gentils monstres - Ce tome regroupe 5 histoires, écrites, dessinées et peintes par Jill Thompson, parues entre 1997 et 2000. Scary godmother (42 pages) - Pour la première fois, Hannah Marie a le droit d'accompagner les autres enfants pour aller quémander des bonbons le soir d'Halloween. Ses parents la confie à son cousin Jimmy qui est plus grand et qui est accompagné de 3 de ses copains Bert, Daryl et Katie. Bien vite, Jimmy se dit qu'Hannah est un boulet et il décide de lui faire peur en l'emmenant dans une maison abandonnée à l'écart. Avant de partir, la mère d'Hannah Marie l'a rassurée en lui disant que si elle avait trop peur, sa marraine effrayante (scary godmother) viendrait la rassurer. La revanche de Jimmy (42 pages) - Pour ce nouvel Halloween, Jimmy a décidé de tout faire pour saboter les festivités, ayant trop peur de se retrouver face à des monstres ou des fantômes. Le rendez-vous mystérieux (42 pages) - La mère d'Hannah Marie organise un fête de quartier à l'occasion d'Halloween. Hannah Marie invite tous les monstres de sa connaissance. Scary Godmother a reçu une invitation d'un mystérieux amoureux. La fièvre bouh (42 pages) - Malheur ! Scary Godmother a attrapé la grippe Boo. Hannah Marie s'engage à réaliser tous les préparatifs d'Halloween à sa place, le temps qu'elle se remette. Le thé d'Orson (13 pages) - Scary Godmother et Hannah Marie ont organisé une collation autour d'un thé chez elle, et seules les femmes sont invitées. Harry et Orson meurent d'envie de pouvoir y participer. Bonus (20 pages) - Il s'agit d'une collection d'études finalisées (au même stade que les pages des histoires) pour les personnages et les décors, ainsi que quelques feuilles de modèles de visage pour l'animation. Ce recueil d'histoires s'adresse avant tout aux enfants ayant une attirance pour Halloween. Jill Thompson met en scène une jeune fille (5-6 ans) absolument adorable, pleine d'allant et de gentillesse, un peu craintive des fantômes (dans la première histoire). Les autres enfants sont dépourvus de personnalité, à l'exception de Jimmy qui assure le rôle de méchant dans les 2 premières histoires, et encore son comportement est d'abord dicté par la simple exaspération d'avoir la charge d'Hannah, puis par une appréhension bien réelle des monstres se manifestant à l'occasion d'Halloween. En ceci, le lecteur apprécie de pouvoir laisser derrière lui un clivage basique et moralisateur après la deuxième histoire. D'un point de vue livre pour enfant, Jill Thompson réalise des dessins complexes à déchiffrer avec des formes un peu alambiquées et une mise en couleurs sophistiquée apportant beaucoup d'informations visuelles supplémentaires. Cela destine cet ouvrage à des enfants déjà capables de se concentrer sur les images pour pouvoir prendre le temps de les analyser et de les assimiler. Une fois passée la première histoire dont la morale reste de se venger ou au moins de punir soi même, la suite des histoires n'est plus culpabilisante et propose de découvrir un monde très original du point de vue graphique, sur la base d'un mystère ou d'une mission, d'un enjeu dépourvu d'angoisse. du coup, ce livre s'adresse plus à des enfants de 6-7 ans capables de se concentrer sur les dessins, ayant envie de suivre une petite sœur dans son monde merveilleux, peuplé de monstres très étranges, pour des histoires mettant du baume au cœur, sans être trop sirupeuses ou trop mignonnes. Du point de vue d'un lecteur adulte, il s'agit d'histoires gentillettes, invitant à suivre une jeune enfant se familiarisant avec des monstres qui ne font pas peur. Durant la première histoire, il découvre un récit des plus classiques et basiques, en appréciant des images dépeignant un univers original et plein de personnalité. Il prend son mal en patience avec l'aspect gentillet et inoffensif des personnages et de l'intrigue, profitant du dépaysement. Petit à petit, le charme des images produit son effet, et c'est totalement envouté qu'il termine la lecture de l'histoire s'étonnant qu'elle s'achève aussi rapidement. le même phénomène de condescendance bienveillante se reproduit au début du deuxième récit. Puis les images suscitent une telle immersion qu'à nouveau le lecteur oublie le caractère enfantin du récit pour prendre plaisir à ce monde onirique et chaleureux. Il est alors conquis et se laisse emporter par la suite des aventures inoffensives d'Hannah. Mais, c'est quoi le truc ? Tout commence vraiment quand Hannah pousse la porte de la maison abandonnée (page 20) dans un dessin pleine page. Sous des dehors simpliste (Hannah dans l'embrasure de la porte grande ouverte, éclairée par derrière), cette image laisse le lecteur promener son regard pour découvrir une perspective légèrement faussée vers les côtés gauche et droit, l'ombre portée ridicule d'Hannah sur le sol (une forme de parodie d'un film d'épouvante). Puis le regard découvre les araignées assez schématiques et inoffensives, les jolis motifs du tapis au premier plan, les meubles recouverts de drap pour qu'ils ne prennent pas la poussière. Loin de se contenter de dessins simplistes, Thompson transcrit une réalité substantielle, avec des formes sympathiques et inoffensives. Elle applique également cette approche pour les monstres. Scary Godmother est magnifique dès sa première apparition avec ce vert joyeux, ces petites ailes de chauve-souris tellement discrètes qu'il faut scruter le dessin pour les voir (oui, le lecteur adulte a envie de chercher pour les apercevoir), son chapeau cabossé mais stylé, son tutu gris. Cette pointe de loufoquerie gentille se retrouve pour chaque monstre tout au long des pages, et s'insinue jusqu'aux pieds de Scary Godmother (le difficile choix de chaussures pour le mystérieux rendez-vous galant, plutôt chauve-souris ou plutôt chat ?). C'est bien cette loufoquerie guillerette qui évite aux récits de tomber dans la niaiserie à la guimauve. En outre Thompson sait donner de la place à chaque dessin, puisqu'il y a de nombreux dessins pleine page, et plusieurs pages ne comprenant que 2 images. Une fois conquis par cet univers visuel enchanteur, inoffensif et décalé, le lecteur prend petit à petit conscience que ces historiettes ne sont pas si mièvres que ça. Certes, il n'y a pas de méchant, pas de combat homérique, pas d'éléments effrayants. Mais Jill Thompson concocte des tâches à effectuer pour Hannah Marie (quand elle remplace Scary Godmother qui a la grippe) qui sont inventives et espiègles. Thompson réussit à capter l'attention du lecteur et à le divertir sans user de violence ou de culpabilisation, sans se reposer sur des grosses ficelles, en réalisant une ode à la différence et à la tolérance, avec un peu d'entraide. Les histoires de Scary Godmother ont donné lieu à une adaptation en dessin animé : Une sacrée sorcière. Il existe un deuxième recueil d'histoires de Scary Godmother en noir & blanc : Scary Godmother - Comic book stories (en anglais). Il est possible de retrouver les magnifiques aquarelles de Jill Thompson dans Bêtes de somme avec un scénario d'Eva Dorkin. Thompson a également réalisé trois histoires sur la base du personnage de Sandman de Neil Gaiman : At Death's door, The little Endless storybook, et Delirium's party (ces 3 derniers ouvrages en anglais).

24/08/2024 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5
Couverture de la série Algues vertes - L'Histoire interdite
Algues vertes - L'Histoire interdite

Ça fait un bon moment que je voulais lire cette bd, je me suis dit que j'irai voir le film, évidemment je n'y suis pas allé... J'ai finalement acheté la chose, l'ai lue et, comme je m'y attendais, l'ai beaucoup appréciée. Non que les choses qui sont décrites soient très étonnantes, m'en apprennent plus sur les priorités des pouvoirs publics et les ponts qui peuvent se faire entre danger sanitaire et intérêts économiques. Mais, même si on se doute, même si ça ne surprend pas, c'est toujours bien de savoir et de comprendre en détail. L'enquête d'Ines Leraud est ultra fouillée, approfondie et complète, elle met en lumière les acteurs qui, depuis des années, gravitent autour de cette question de la prolifération des algues vertes en Bretagne. Le sujet est passionnant, les conséquences économiques et en terme de santé sont super bien expliquées. On sent que l'autrice y a passé du temps et mis de l'investissement, par la qualité des explications, leur quantité aussi, et le nombre de personnes interviewées. La situation est catastrophique sur un plan écologique et c'est, a mon avis, un livre essentiel a lire ( ou on peut voir le film, mais perso rien ne vaut la bd ^^) Le dessin est plus illustratif qu'autre chose,: efficace pour la caricature quand les personnages sont représentés avec de grosses têtes, ou comme Le Drian tout vert ; moins pour les paysages et la représentation des algues. Le dessin n'est pas très joli, mais l'essentiel n'est pas la. Et le sujet de la bd n'est pas spécialement la contemplation de la nature bretonne

24/08/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Aldébaran
Aldébaran

J'avais demandé à Calimeranne de me prêter cette série après avoir entendu beaucoup de choses (en bien et en mal) de Léo et de son œuvre au global. Aldébaran me paraissait la valeur sûre, celle par laquelle tout a commencé, et qui restait relativement bien notée sur le site. Alors je me suis plongé dedans ! Et je ne regrette pas du tout, la lecture du cycle complet a été un vrai plaisir, celui où je vais chercher tous les volumes restant pour les lire en un bloc plutôt que de laisser trainer le plaisir. Il faut dire que le début commence assez vite fort, avec la disparition du village, la fuite en avant de Marc et Kim, la découverte progressive de l'univers d'Aldébaran ... Si de très nombreux avis font l'éloge du bestiaire inventif mais pas délirant de la planète (concert de louange auquel je me joins), je trouve que Léo s'en sort bien dans la gestion de la société humaine présentée. Il part d'un village de pêcheur si isolé que tout parait nouveau à leur yeux, justifiant la découverte progressive en même temps que le lecteur des différents aspects politiques et sociétaux. Au cours de ma lecture, ça ne m'a paru jamais forcé ou expédié, ce qui est un excellent point ! Maintenant la question épineuse reste celle du dessin ... Alors oui, il y a bien une certaine raideur dans les attitudes, notamment les expressions faciles qui paraissent parfois très figées (notamment chez Marc ou chez Kim lorsqu'elle sourit) mais je dois bien l'avouer : alors que pas mal de gens m'en avaient parlé, je n'ai jamais été rebuté par celui-ci. Il s'améliore même légèrement d'un album à l'autre. Niveau critique, je dirais qu'il n'y a que vers la fin où j'ai tiqué dans le scénario. Je voyais assez clairement le déroulement du dernier tome venir, l'auteur ayant utilisé un procédé sur la fin auquel je m'attendais. Ça n'entrave en rien le plaisir de la lecture du cycle, mais je dois dire que la fin est plus plate que le reste du récit. Reste des personnages sympathiques (l'auteur a très bien réussi son fameux Monsieur Pad) et un dépaysement assez bienvenu. J'entends parfaitement les critiques sur le manque de diversité dans la colonisation de la nouvelle planète (on a un taux d'Européens bien supérieur à la moyenne terrestre ici, surtout pour des habitants d'un bord de mer chaude !), et surtout les notes de conclusion. J'ai tiqué sur le développement industriel et l'accroissement du trafic aérien. Ça sent les BD d'avant la prise de conscience du changement climatique, ça ! Mais ces deux trois petits défauts ne changent pas vraiment ma note, la BD datant de 1994 et me semblant encore assez pertinente en terme de science-fiction aujourd'hui. C'est une très bonne série, sans doute pas la meilleure du genre, mais qui vaut le coup d’œil !

24/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Scènes de la vie hormonale
Scènes de la vie hormonale

Il faudrait se taper que des mecs déjà analysés. - Ce tome constitue une anthologie de soixante-quatorze scènes en une page, initialement parues dans le magazine Charlie Hebdo d'octobre 2014 à juillet 2016. Chaque scène a été réalisée par Catherine Meurisse, pour le scénario et le dessin, en noir & blanc avec des touches de couleur rouge allant de de l'orange pâle au rouge soutenu. Elle et lui sont nus au lit. Elle se redresse sur son séant en le poussant sur le côté, sans ménagement. Elle se sent libre, libre, libre. Libérée de toute contrainte, de toute entrave de toute famille, libérée ! Elle déclare soudain qu'elle veut un gosse. Pour se libérer de la culpabilité de ne pas en avoir. - Elle se jette au cou d'un amant près l'autre, mais ils la comparent tous à leur mère : elle a un caractère plus souple que celui de sa mère, il ne peut pas quitter sa femme parce qu'elle est comme une mère pour lui, sa mère lui a toujours dit de se méfier des femmes comme elle, elle a les yeux de la mère de son amant ce qui est gênant. Une seule solution : aller chercher un amant issu de la DASS. - Une jeune cadre dynamique se rend dans une clinique spécialisée pour faire congeler ses ovocytes. Elle en ressort soulagée. Quelques années plus tard, elle vient les rechercher pour pouvoir se lancer dans son projet de maternité. - Elle se trouve à l'aéroport et elle doit passer par le portique de détection de métaux. Elle le déclenche et les questions commencent : a-t-elle des objets métalliques elle ? Des clés ? Un pacemaker ? Des hanches de métal ? Des lames de rasoir ? Elle finit par être obligé de dire ce qui est métallique en elle. C'est la semaine de garde alternée pour le père qui n'arrive pas bosser en présence de son nourrisson. Il s'en plaint à sa nouvelle compagne : quand son enfant n'est pas là, il lui manque. Au bout de trois semaines de vacances avec lui il est soulagé de le refiler à sa mère. Quand la rentrée scolaire approche, il angoisse à l'idée d'avoir moins de week-ends avec lui que l'an passé. Il aimerait avoir une vie plus équilibrée. Elle lui fait une suggestion – Une mère accompagne sa fille dans un hôpital pour une GPA, et elle n'arrête pas de lui expliquer en quoi c'est une mauvaise idée, et en quoi elle va finir par la priver de son petit-enfant. – Une femme se met en couple avec un homme tout en se disant qu'elle ne peut pas tomber amoureuse d'un mec qui a le même prénom que son père à elle, qu'elle ne peut pas faire un gosse avec un type qui a le même prénom que son père à elle, qu'elle ne peut pas donner à son fils le prénom de son père et du sien de père. C'est la malédiction d'Œdipe ! – Elle et lui sont au lit : il se débrouille comme un chef, et elle a un orgasme. Elle se dépêche de sortir du lit pour aller le vendre sur eBay. - Deux copines discutent à la terrasse d'un café. La première se confie : elle a rencontré son mec sur internet, ça a été immédiat, un flash. Il s'est ouvert à elle au passage de sa souris. Justement le voilà qui arrive, en incitant à faire des économies : trente millions de titres, quinze jours offerts. Une femme et un homme au lit, une réflexion sur la difficulté, ou plutôt l'impossibilité de se soustraire à l'injonction sociale d'avoir un enfant pour la femme, et l'homme réduit à être un accessoire dans ce projet, peut-être un moyen. Les dessins s'inscrivent dans un registre caricaturiste : silhouettes des personnages détourés à la va-vite, deux gros ronds pour les yeux avec un point au centre, un trait rapide pour chaque sourcil, les draps vaguement esquissés. L'objectif est d'être vif et spontané, dans le moment présent, dans l'intensité de l'émotion, avec des personnages expressifs. le lecteur ressent pleinement la satisfaction de cette dame, contentée au lit, son ascendant sur son partenaire, et en même temps sa détresse en prenant la mesure de l'emprise qu'exerce sur elle la norme d'avoir un enfant. À quatre exceptions près, le personnage principal de ces gags est une jeune femme souvent rousse, mais aussi blonde ou brune. À chaque fois, le lecteur peut ressentir son état d'esprit, ses émotions grâce à des expressions de visage très parlantes et un langage corporel qui les renforce. Ainsi le lecteur éprouve l'accablement d'une femme confrontée à une succession de partenaires qui ramènent tout d'une manière ou d'une autre à leur mère, à la déconfiture du ratage d'une congélation d'ovocytes, à l'humiliation de devoir indiquer à haute voix qu'elle porte un stérilet en cuivre, au chagrin qu'amène la force du complexe d'Œdipe, au plaisir incomparable de la vengeance comme plat qui se mange froid, à la lassitude du constat répété que les hommes ne sont jamais à la hauteur, au contentement paradoxal d'être parvenu à un état 100% sans perturbateurs endocriniens, à la furie déchaînée de la colère contre un harceleur de rue, à la résignation face à la lâcheté des mecs, à la surprise total face à la déclaration d'un ex, à l'angoisse de l'absence de désir, au pragmatisme dépassionné dans le choix d'un partenaire. Quelle que soit la situation ou ce qu'elle révèle sur le caractère ou les choix de la femme mise en scène, le lecteur se sent en pleine empathie avec elle, même s'il n'approuve pas ce comportement ou si son caractère personnel diffère. Il apprécie également l'absence d'hypocrisie visuelle de l'artiste qui ne cherche pas à parer ces personnages d'une aura romantique ou à les rendre plus beaux. Il sourit en voyant un amant amorphe dans les bras de sa partenaire, une PDG les jambes écartées dans son fauteuil, deux jeunes enfants en train de bouder dos à dos, une jeune femme hurler d'exaspération sur son compagnon, une autre se lever toute fripée après une nuit d'amour pour enfiler sans grâce sa culotte, une avachie dans son fauteuil, une autre vomir dans la rue sous l'effet de la grossesse, une en train de se faire secouer en levrette, ou encore une en train de se masturber en vain allongée dans son lit. Il n'y a pas de tabou dans ces gags, il n'y a pas de sujet interdit, il n'y a pas de voile pudique ou de filtre Bold Glamour. Les hommes ne sont pas à leur avantage : homme objet, moyen pour arriver à une fin, vivant dans l'ombre de leur relation à leur mère, vivant dans l'ombre de leur partenaire femme ; perdu dans leur ego pathétique, pas de taille face à une femme. Mais ces dames ne sont pas à leur avantage non plus : en proie à leurs émotions, à leurs contradictions, à leur difficulté à assumer les exigences de la société ou au contraire à assumer qu'elles les défient, faisant l'expérience de la différence entre la liberté et le bonheur. Le lecteur pense régulièrement à Claire Bretécher (1940-2020), et à sa série Les frustrés (1973-1981). Des individus terriblement humains subissant la modernité contemporaine, plutôt qu'ils ne s'y adaptent. Tout le champ des possibles s'offre à ces femmes : choisir d'avoir un enfant, être écoutée par un psychothérapeute, prendre l'ascendant dans les relations sexuelles, papillonner d'un amant à l'autre, tester la marchandise à leur gré, se montrer d'une franchise sans tabou avec leur partenaire, devenir mère porteuse, assumer d'avoir couché avec un mauvais coup, évoquer son cycle menstruel, se montrer plus entreprenante que l'homme en matière de séduction, etc. Le lecteur n'éprouve aucune difficulté à se reconnaître dans ses situations. Il retrouve des questionnements qui ont été les siens, ou bien identifie ses propres convictions par rapport à des comportements dans lesquels il se reconnaît, ou au contraire qu'il ne supporte pas. de situation en situation, l'autrice joue avec des aspirations et des réalités inconciliables : on ne peut pas être tout et son contraire. le principe de réalité finit toujours par avoir raison des convictions. Vivre c'est choisir et accepter que le chemin qu'on emprunte en exclut d'autres. À chaque situation, le lecteur ressent pleinement la frustration de la femme concernée, soit sa prise de conscience de la réalité, soit de ses propres sentiments qui ne sont pas ceux qu'elle imaginait. Il reconnaît ses propres hésitations dans son cheminement : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation, face à une compréhension par nature limitée à ses cinq sens, à ses connaissances, à sa capacité à prendre du recul, à son implication ou son aveuglement émotionnel. En fonction du gag, l'autrice peut se montrer très basique dans son idée (un homme qui pilonne une femme en levrette au point que la tête de sa compagne traverse la fine cloison), ou plus sophistiquée (des répliques à la manière de Racine, Ronsard, Corneille, Shakespeare). Elle peut jouer uniquement sur les dialogues dans un plan fixe, comme sur un gag avec une chute visuelle. le lecteur n'éprouve jamais de sensation de redite. Pas facile de capturer l'air du temps, les affres de la condition féminine circonscrites à la condition hormonale, sans risquer de tomber dans les clichés misogynes ou féministes. Catherine Meurisse semble croquer des scènes prises sur le vif, légèrement théâtralisées pour être en prise directe sur les tracas existentiels générés par les possibilités infinies d'une vie à construire et les contingences matérielles et sociales, avec des femmes qui le ressentent dans leur chair.

24/08/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Les Petits Ruisseaux
Les Petits Ruisseaux

Un lecture vraiment sympathique, qui m'a rappelé la BD Plutôt jouir !. C'est le genre de BD qui respire la fraîcheur, abordant avec originalité, humour et une touche de poésie les thèmes de l'amour et de la sexualité chez les personnes âgées. Le quotidien d'Émile, rythmé par une douce routine, est bouleversé par le décès soudain de son meilleur ami. Un triste départ qui va être le déclencheur d'un nouveau départ, l'invitant à se libérer du poids du passé et à oser rêver à nouveau. Certaines situations peuvent sembler improbables, voire dérangeantes pour certains, mais je trouve que justement ça apporte une puissance au récit. En brisant quelques préjugés, l'auteur offre à son personnage une sorte de nouvelle jeunesse. Certes, le destin semble parfois satisfaire avec facilité les désirs les plus intimes d'Émile, plutôt que de suivre une succession d'événements plus "réalistes". Mais on peut le voir comme un ticket de loterie gagnant, une chance sur des millions.. et pourquoi pas lui? Bref, c’était une lecture très agréable qui m'a séduite par ces moments insolites et pour son dessin un peu "brouillon", que j'ai beaucoup aimé.

24/08/2024 (modifier)
Couverture de la série Another
Another

Super Manga ! J'ai adoré comme l'histoire mettait en place le suspens et la tension ! Avec parfois des passages sanglants, mais sans verser dans le gore pour autant. Je recommande franchement si vous appréciez les thèmes horreur, mais qui restent soft.

23/08/2024 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série Les Affamés du crépuscule
Les Affamés du crépuscule

Je me joins à Paco pour mettre en avant ce bon début de série. C'est d'ailleurs après avoir lu sa critique que je me suis décidé à en faire l'acquisition. Pourtant, j'hésitais. J'avais eu le malheur de lire un avis très critique sur un autre site (mais nettement moins bien que BDtheque, hein ?) où l'auteur de l'avis pointait notamment le fait que dans Les affamés du crépuscule, les Orcs n'étaient pas ces créatures répugnantes et cruelles que l'on dépeint généralement dans d'autres univers, du Seigneur des anneaux à Donjons et Dragons. Certes ! Et alors ? On n'a pas le droit de s'approprier le truc et d'apporter sa touche perso ? Qu'est-ce que c'est que ce conservatisme ? Moi perso, j'aime plutôt bien, d'autant plus qu'il y a quelques années, j'ai lu un truc de fantasy assez plaisant (et étonnant) s'inscrivant tout à fait dans cette démarche : le Dernier anneau du biologiste russe Kirill Eskov, qui proposait de revisiter le Seigneur des anneaux en racontant l'histoire du point de vue des vaincus, à savoir le Mordor. Lecture étonnante donc où l'on découvrait un peuple Orc cultivé et raffiné poussé à quitter sa terre d'origine sous la pression de changements climatiques brutaux. Mais bref ! Là n'est pas le sujet, même s'il est permis de penser que les auteurs de cette BD plus que recommandable ont sans doute lu le livre d'Eskov puisque dans ce premier volume (j'ignore combien il y en aura en tout), il est également question de changement climatique, mais aussi d'une menace extérieure commune incarnée par des envahisseurs on-ne-peut-plus inquiétants et méconnus, en l'occurrence les Vangols, sortes de géants décharnés ultra flippants. C'est sous cette double contrainte qu'Humains et Orcs vont devoir conclure une alliance que tous ne voient pas d'un très bon œil. J'ai bien marché dans cette histoire dont il me tarde de connaitre la suite. Habituellement, le comics made in USA n'est vraiment pas ma tasse de thé, mais là, il faut croire qu'il y avait un petit truc différent. Le dessin de couverture y est certainement pour quelque chose qui ne respecte pas tellement, sinon pas du tout, le code du genre. A l'intérieur, le trait est peut-être moins surprenant, mais néanmoins tout à fait plaisant, en particulier la mise en couleur qui réhausse très élégamment le tout. Ajoutons à cela que les dialogues sont plutôt corrects et l'action bien menée, sans temps mort, navigant entre intrigue et action. Par moment, c'est un peu expédié, comme cet échange entre Cal et Conwy, juste avant une bataille : - Comment peut-on le récupérer en étant autant à découvert ? - Tara et moi allons nous faufiler pour le libérer sans être vus. Vous, vous restez cachés. Ha ben oui, quel plan d'enfer ! Il suffisait d'y penser... Personnellement, je regrette surtout qu'il n'y ait pas davantage de frottements entre les deux peuples alliés. Dans ce tome, hormis les scènes de conseils où le lecteur comprend que les choses ne font pas l'unanimité, les protagonistes principaux acceptent l'alliance un peu facilement, comme si elle coulait de source. Il me semble que les personnages auraient gagné en épaisseur en étant un poil plus rugueux. A part ça, c'est du tout bon qui déroule et laisse entrevoir une suite tout aussi attractive. A suivre, donc...

23/08/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série Le Juif arabe
Le Juif arabe

"Les événements de ce livre sont basés sur des histoires vraies, des mémoires fragmentées et un peu d'imagination." C'est pour moi aussi ma première incursion en territoire Hanuka, merci à grogro et à son avis de la semaine. On va suivre en parallèle deux histoires. Celle du présent où Asaf Hanuka essaye de réaliser une BD avec pour point de départ la mort de son arrière grand-père dans les années 30, le fameux juif-arabe. Mais aussi sa vie personnelle qui ne vas pas fort avec ce retour en Israël après ses études en France pour trouver du travail. Et celle du passé où on va découvrir la vie de cet arrière grand-père et de ses proches. Une narration sur un tempo allegro, même si le rythme est lent, puisque à chaque page on change d'époque, on passe ainsi du présent au passé pour un incessant va-et-vient qui donne ce ton si singulier au récit. Chaque page commence par un titre, un lieu et une date en haut à gauche pour ne pas perdre le lecteur. J'ai beaucoup aimé la partie sur la quête personnelle et familiale de Hanuka, alors même si la partie historique du récit, sans prise de position, est très instructive, je trouve que ça reste un poil superficiel (mais rien de gênant). Un bon moment de lecture qui doit beaucoup aussi à la partie graphique. Un dessin minimaliste, de nombreuses vignettes sans décor, avec un coup de crayon expressif et lisible. Un noir et blanc pour le présent et de la couleur pour le passé. Rien d'innovant, mais ça fonctionne très bien. De l'excellent travail. Asaf Hanuka a réalisé un travail formidable avec ce témoignage sensible, grave et d'actualité. Un album que je ne peux que recommander.

23/08/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Ignorants
Les Ignorants

Voilà un très grand cru de Davodeau que j'ai pris beaucoup de plaisir à relire. C'est une histoire singulière qui, sous des dehors modestes, explore avec une grande finesse deux univers que rien ne rapproche a priori : celui de la bande dessinée et celui du vin. À travers cette rencontre entre un auteur de BD, Étienne Davodeau, et un vigneron, Richard Leroy, l’album réussit le pari audacieux de mêler initiation, découverte et réflexion sur le travail artisanal. Le concept de l’album est simple : Davodeau, qui ne connaît rien au vin, va passer un an aux côtés de Richard Leroy pour apprendre les secrets de la viticulture, tandis que ce dernier découvre l’univers de la bande dessinée. Ce dialogue entre deux ignorants, chacun expert dans son domaine mais néophyte dans celui de l’autre, donne naissance à une œuvre riche. Au fil des pages, on partage leurs découvertes, leurs doutes, et leurs émerveillements. Le dessin de Davodeau, tout en nuances de gris, accompagne parfaitement le propos. Mais c'est bien plus qu’une chronique de deux univers parallèles. C’est aussi une réflexion sur le temps, la passion, et l’artisanat. Que ce soit dans la création d’un vin ou d’une bande dessinée, Davodeau montre que l’artisan est avant tout un passionné, un être en quête de perfection, pour qui chaque détail a son importance. Les échanges entre Davodeau et Leroy, souvent empreints d’humour et de complicité, dévoilent des réflexions profondes sur le sens du travail bien fait, sur la transmission du savoir et sur la valeur du temps consacré à une œuvre. Loin de se contenter de juxtaposer deux mondes, Davodeau réussit à les entremêler, à créer des ponts entre eux, montrant que la passion, qu’elle s’exprime dans la vigne ou dans l’atelier de dessin, est universelle. "Les Ignorants" est une ode à la curiosité, à l’apprentissage, et à la découverte de l’autre. C’est un album qui, tout en douceur, nous invite à sortir de notre zone de confort, à aller à la rencontre de ce que nous ne connaissons pas, et à en tirer de précieuses leçons. En conclusion, voici une oeuvre qui m'a touché par sa sincérité et son humanité, et que j'ai pris beaucoup de plaisir à relire. Une lecture à savourer, comme un grand cru, à la fois légère et profonde.

23/08/2024 (modifier)