La rancune des morts
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Ce tome contient une adaptation complète du film The Evil Dead (1981) de Sam Raimi, avec Bruce Campbell. Il regroupe les quatre épisodes de la minisérie, initialement parus en 2008, écrits par Mark Verheiden, peints par John Bolton, avec un lettrage réalisé par Steve Dutro. L'édition du quarantième anniversaire du film comprend une postface de deux pages écrites par le scénariste en mars 2021, sa précédente postface écrite en juillet 2008, 14 pages d'études graphiques dont celles des couvertures, et celles correspondant aux esquisses de huit pages.
Ash a du mal à croire que les faits se soient déroulés il y a si longtemps. Dans une forêt du Tennessee, une voiture est en train de rouiller à demi enfoncée dans l'eau, avec un squelette sur le siège du conducteur. Scotty avait promis à Ash un endroit reculé, un beau paysage, un endroit parfait pour passer du bon temps avec sa copine. Ça aurait pu être le cas si la copine en question était sourde, idiote et aveugle. Et si ça ne dérangeait pas son amoureux de la voir transformée en une harpie hurlante, tout droit sortie des enfers. Mais Ash anticipe. Par un beau jour d'été, Scotty vient chercher son copain Ash Williams pour qu'ils aillent prendre Linda chez elle. Ash se dit qu'il doit y avoir une loi coutumière qui veut que qu'un copain doive rester avec son pote adolescent attardé, bien après sa date d'expiration. Mais, pour être honnête, c'est Scotty qui lui avait présenté Linda. Arrivée devant chez elle, Ash sort de la voiture et l'étreint, tout en l'embrassant. Les deux copines de Linda sont déjà prêtes avec leur bagage : Cheryl & Shelly. Tout le monde embarque dans la voiture, avec Ash au volant.
En faisant le trajet, Scotty explique qu'il a obtenu la baraque à un bon prix, car tout le monde en a peur du fait de la légende. Linda mord à l'hameçon et demande de quelle légende il s'agit. Un vieil homme vivant isolé qui a perdu les pédales dans les bois, une sorte de folie générée par une vie de solitaire dans une cabane isolée. Il s'en est pris à un promeneur, l'a agressé et mis à terre, puis s'est mis à l'énucléer avec les pouces. Personne n'a jamais su ce qui était vraiment arrivé. Il éclate de rire en se moquant des filles car c'est une histoire qu'il vient d'inventer. Il demande à Ash où ils en sont de la route. Son pote consulte la carte et lui répond qu'ils viennent de franchir la frontière entre le Michigan et le Tennessee. Scotty indique que le volant ne répond plus : ils manquent d'emboutir une voiture venant en sens inverse, puis la direction refonctionne. Ash assure qu'il a fait réviser sa voiture la veille. Ils franchissent un pont qui accuse le poids des ans, limité aux véhicules de moins de trois tonnes. Ils arrivent enfin devant la maison dans les bois. Avec le recul des années, Ash a du mal à croire qu'il était pressé d'arriver, et il sait maintenant que la cabane était également pressée qu'ils arrivent, et que les deadites étaient présents tout autour, dans les arbres, dans la forêt.
Soit le lecteur a déjà vu le film et il sait à quoi s'attendre. Dans la postface initiale, le scénariste explique qu'il s'était fixé trois objectifs en réalisant cette adaptation : en raconter un peu plus que le film en extrapolant sur des détails comme des scènes bonus pour le fan avide, ne pas trahir l'esprit du film et conserver sa sensibilité de folie et de maniaque, enfin capturer l'atmosphère visuelle. Il se félicite que son script ait été confié à John Bolton, artiste remarquable. En fonction de ce qu'il est venu chercher, le lecteur ayant vu le film sera plus ou moins satisfait de la fidélité à l'œuvre, des ajouts mineurs, et des rares écarts par rapport aux scènes qu'il connaît. Il se dit que Verheiden connaît le film et l'a apprécié. Il reconnaît que John Bolton sait dessiner Ash de manière fidèle, et que ses deadites n'ont vraiment pas l'air frais. Il retrouve l'ambiance de claustrophobie et d'angoisse qui monte, l'horreur corporelle très charnelle, la succession d'agression, la prise de confiance progressive d'Ash pour faire face aux agresseurs. Il apprécie la tonalité de la voix intérieure d'Ash qui commente les faits a posteriori avec une forme de sarcasme bien adaptée aux agressions monstrueuses, une forme de dérision qui ne diminue en rien l'impact horrifique, qui la renforce en faisant ressortir le manque de compréhension des protagonistes, et l'inéluctabilité de leur destin. Éventuellement, il peut trouver discutable l'ajout d'une scène inédite sur la dernière page.
S'il n'a pas vu le film, le lecteur découvre une histoire d'horreur dont l'intrigue lui semble assez mince. Il se dit que l'expérience dans une salle de cinéma doit être plus prenante en ce qui concerne les sensations et l'ambiance, constituant l'intérêt principal plutôt que l'histoire. Il suit donc ces pauvres jeunes gens promis à une nuit inoubliable, mais pas pour les raisons qu'ils souhaitaient. Il sourit en voyant la trappe se soulever d'un coup, et Scotty descendre au sous-sol avec une lampe à huile. Il sourit encore en voyant les objets qu'il a découvert : des accessoires dignes d'un film de série Z, ou d'un comics tellement dérivatif qu'il en devient insipide et inoffensif. Il relève la référence au Necronomicon, et ressent l'invention de ces Kardariens à nouveau comme une civilisation antique prête à l'emploi, sans aucune substance. Il a bien compris que la déclaration du scénariste reflète sa réelle intention : retranscrire l'ambiance malsaine du film dans une bande dessinée.
S'il n'est pas entièrement convaincu par la couverture, le lecteur change d'avis dès la première page du premier épisode : John Bolton est l'homme de la situation. Cet artiste est arrivé à un moment de sa carrière où il maîtrise la combinaison de deux approches graphiques : le photoréalisme et des rendus oscillant entre impressionnisme et expressionnisme, avec une sensibilité pénétrante pour l'horreur corporelle. En voix off, Ash annonce qu'il aurait fallu être sourd, idiot et aveugle pour apprécier cette villégiature. En images, le lecteur voit une étrange tête avec la peau tendue sur le crâne, des yeux rougeoyants, comme intégrée dans un arbre, avec un arrière-plan délavé, puis cette voiture à demi engloutie, gorgée d''une humidité insalubre. La deuxième page est occupée par une peinture en pleine page, une jeune femme hurlant au visage du lecteur, du sang sur les dents, le corps tendu, le teeshirt taché à l'encolure. Il n'y a pas à dire : cet artiste prend l'horreur au sérieux.
La scène suivante se déroule sous un soleil radieux : dans cette large avenue, la représentation oscille entre un rendu photographique et des formes plus simples. Il est difficile de savoir si Bolton travaille à l'infographie, ou peint d'abord et retouche après avec un logiciel, s'il utilise des photographies pour certains décors qu'il retouche et intègre ensuite à ses compositions. Par rapport à sa phase précédente, il est ici arrivé à un amalgame harmonieux entre ces différentes approches de représentation et le résultat est saisissant. Dès la fausse histoire vraie racontée par Scotty, le lecteur voit le sang gicler, un sang épais et visqueux, un sang qui tache. Par la suite, l'artiste s'amuse avec la convention des films d'horreur qui veut que le sang, ça gicle fort. Vient ensuite l'agression du professeur par sa compagne : le lecteur accuse le coup de la sauvagerie sans retenue de l'attaque, le teint cadavérique de la peau, le regard possédé par la folie. À nouveau Bolton ne fait pas semblant. Lorsque Cheryl est attaquée par des vrilles, le lecteur a l'impression de pouvoir toucher la viscosité des vrilles, d'entendre le tissu du teeshirt se déchirer, de voir apparaître les marques sur la peau de la jeune femme. le chapitre deux s'ouvre avec le constat qu'il est temps de cacher le reste des crayons (une remarque pince-sans-rire très drôle dans son contexte), et un dessin en pleine page de Cheryl en train de flotter au-dessus du sol, avec la chair ayant déjà pris une teinte cadavérique : un spectacle vraiment pas ragoûtant. Lorsqu'elle s'empare d'un crayon qu'elle plante dans l'arrière de la cheville de Linda, le lecteur grimace en voyant la chair ainsi déchirée, et le sang s'écouler. Dans la case adjacente, la jeune femme hurle la bouche grande ouverte, et ses dents sont représentées avec une telle justesse qu'un instant le lecteur croit voir une photographie. Un peu plus tard, c'est au tour de Shelly d'être contaminée, et d'avoir sa tête projetée dans l'âtre de la cheminée, un feu y étant allumé. Bolton passe dans un autre registre que celui photographique, avec des taches de couleur pour évoquer une chair putréfiée et brûlée : le résultat est immonde à souhait, totalement convaincant. le lecteur doit avoir le cœur bien accroché pour affronter les visions d'horreur suivantes.
Adapter un film à l'intrigue aussi mince, à l'intérêt résidant dans l'expérience visuelle, l'ambiance et les prises de vue, constitue une entreprise peu raisonnable. Le scénariste doit faire en sorte de compenser la vacuité de l'histoire sans la trahir en rajoutant des ingrédients hétéroclites. L'artiste doit parvenir à retranscrire les sensations provoquées par le film, avec des images statiques, sans oublier que la vitesse de lecture est entièrement contrôlée par le lecteur. Pour un lecteur n'ayant pas fait l'expérience du film, le résultat est saisissant : une histoire prétexte s'appuyant sur des références horrifiques clairement affichées, et une narration visuelle très charnelle, avec un regard personnel porté sur ce qu'il y a à montrer, et une maîtrise impressionnante de différentes techniques pour créer des effets horrifiques impressionnants.
C’est la seconde BD sur l’autisme que je lis et celle-ci fut bien plus agréable à lire que la précédente qui n’est même pas sur le site.
Contrairement à l’autrice, j’ai été diagnostiquée tôt, soit à 10 ans, ce qui est apparement assez rare dans l’autisme féminin.
J’ai beaucoup apprécié le graphisme, noir et blanc avec quelques teintes de rouges et d’autres couleurs.
Le thème de l’autisme est bien abordé, bien entendu c’est un spectre donc je me reconnais pas dans tout mais dans la majorité quand même.
Une bonne BD pour parler d’autisme, au point de vue d’une concernée.
Exit les formidables aventures (que je tiens en très très haute estime) place aux nouvelles.
Changement d’éditeur au passage (ça me plaît bien d’ailleurs que ce soit à l’association, une série qui doit bien leur renflouer les caisses) mais le lecteur ne sera pas perdu, autour de notre héros gravite toujours le même microcosme, dont l’indispensable Richard.
Honnêtement rien de vraiment neuf, on n’atteint pas les sommets de la version 1.0 avec des albums comme Slaloms ou La vie comme elle vient. Cependant j’ai toujours plaisir à me plonger dans cette série.
C’est léger et divertissant. A travers son héros, Trondheim s’amuse à pointer quelques travers de notre société.
Pas franchement indispensable, je mets limite un 4* de connivence mais je ne peux pas mettre moins.
Les tomes 4 à 6 sont vraiment très bons, le 2 plus que dispensable (sans doute comme le 8 mais j’ai réussi à faire l’impasse ;), les autres sont sympas même si celui en clin d’œil à Astérix me laisse vraiment sur ma faim.
Lapinot 2.0 reste quand même cool (à lire) et attachant.
Une oeuvre moins connue de Briggs (Ethel & Ernest, Le Bonhomme de neige), particulièrement en France où elle ne fut publiée qu’une fois en 1983 par les éditions Garnier, avant d’être récemment (2024) rééditée aux éditions Tanibis.
L’histoire est pourtant intéressante, et nous ramène à la menace nucléaire de la guerre froide (année de publication oblige).
Dans la première partie le lecteur suit les préparatifs d’un vieux couple en vue d’un bombardement nucléaire prochain… Le ton est hilarant. Les personnages ne sont clairement pas très malins, et tentent tant bien que mal d’appliquer les conseils officiels, sans vraiment comprendre ou réaliser les enjeux (construit un abri, certes, mais il ne faudrait pas rayer la peinture ou salir les coussins). La VO (que j’ai lue) retranscrit ce manque d’éducation dans le texte, avec des fautes d’orthographes volontaires.
La deuxième partie prend place après le bombardement, et le ton devient beaucoup plus sombre… les protagonistes continuent de faire preuve d’une bêtise consternante, mais la tournure que prend le récit ne fait plus rire du tout… une œuvre beaucoup plus adulte que ce que fait généralement cet auteur.
J’ai eu un peu de mal à rentrer dans cette histoire, la faute notamment à ce choix narratif qui consiste à « caser » 20-25 petites cases par planche, ce qui je trouve rend la lecture pénible (à moins que cela soit volontaire pour retranscrire le sentiment d’enfermement ?). Mais j’ai fini par me laisser emporter par l’histoire, et j’en suis ressorti assez marqué. J’ai lu l’album hier, et j’y repense toujours beaucoup.
La nouvelle éditions chez Tanibis est l’occasion rêvée de (re)découvrir cet album (même si je trouve la nouvelle couverture assez moche).
Mon premier 4* dans la collection, je m’emporte un peu mais c’est clairement mon tome préféré.
Je l’ai lu à la suite de celui sur Œdipe et ça tombe bien puisque ce mythe en est plus ou moins le prolongement.
Pas dans le fond mais chronologiquement, Antigone étant la fille d’Œdipe.
Avant mon entame, je dois avouer ma grande méconnaissance de son histoire. De ce fait, ma lecture n’a pas été qu’une révision et je me suis pris de passion pour ce mythe. Je le trouve universel, intemporel et d’une complexité insoluble (?).
Bref une thématique que je trouve très forte avec l’âge, alors qu’ado j’avais du trop rapidement passer dessus (plus passionné par les 12 travaux et consort).
D’un point de vue technique, il n’y a que la couverture qui m’a accroché, le reste est conforme à la collection. Lisible et fluide mais dommage que ça manque de panache.
Ma note reflète surtout ma découverte du mythe. Dans la collection, le tome qui m’aura fait le plus cogiter et que j’ai lu avec le plus de plaisir.
Amateur de récit classique usant du cadre des grandes villes américaines des années 1950 et des petites gens qui y vivent, j’ai directement été attiré par la couverture de l’album. La Poursuite du bonheur est de fait un drame romantique dans toute sa splendeur, porté par des personnages à la fois froids et passionnés, car l’un n’empêche pas l’autre.
Il me faut aussi admettre que le trait de Cyril Bonin a très régulièrement accroché mon œil, doté qu’il est d’une élégance racée qui correspond parfaitement à l’ambiance du récit.
L’histoire est prenante, portée par des personnages forts, à commencer par Sara dont la destinée et les choix me marqueront encore longtemps. Les épreuves auxquelles les différents personnages vont être confrontés sont cependant classiques et on ne peut pas vraiment parler de surprises dans le déroulement du récit. Mais c’est tellement bien construit, tellement minutieusement inéluctable que c’est un plaisir à lire.
La mise en page est exemplaire, tant au niveau du trait fin et élégant que du choix des couleurs. Le rendu visuel est un vrai hommage au cinéma américain de l’époque et il est très tentant d’imaginer Audrey Hepburn ou Rock Hudson dans les rôles principaux.
Sans doute certains lecteurs seront-ils déçus par le caractère prévisible de certains rebondissements mais à titre personnel j’ai vraiment eu l’histoire escomptée. Par conséquent, je recommande chaudement aux amateurs du genre.
J’ai rencontré Lucas Vallerie dans le bar associatif de mon bled. C’est ma voisine qu’il m’a informé qu’un auteur BD talentueux venait dédicacer son dernier album. Sur le coup, pas trop emballé, les romans graphiques ce ne sont pas trop ma tasse de thé. Mais bon, quand un auteur BD vient dans mon village je me dois d’aller à sa rencontre et mon Dieu qu’est-ce que j’ai bien fait ! J’ai pris une énormissime claque les amis !
Tout d’abord Lucas est très abordable et fort sympathique. Il prend du temps pour expliquer sa démarche. Son album raconte les histoires poignantes de migrants qui ont tenté de traverser la Méditerranée à la recherche d’une vie meilleure.
Lucas a embarqué à bord du navire de sauvetage Geo Barents de Médecins Sans Frontières, a passé 28 jours à documenter les expériences des migrants et des sauveteurs. Son récit est à la fois touchant et réaliste, mettant en lumière les défis et les espoirs de ceux qui entreprennent ce périlleux voyage.
Lucas a capturé l’humanité et la résilience des différents personnages, tout en rendant hommage au travail des sauveteurs. C’est magnifique et extrêmement poignant. Les dessins sont puissants et évocateurs, différenciant habilement les histoires des migrants et les jours passés sur le bateau. Juste bravo pour cette dextérité graphique.
Vous ne sortirez pas indemne de cette lecture prenante ô combien d’actualité, qui met en exergue la solidarité humaine. Je recommande vivement.
J'ai enfin lu les trois tomes de cette série. Du coup, je complète mon avis, le fais remonter et lui colle le coup de cœur qui va bien :
Encore une BD sur la deuxième guerre mondiale et sur la Résistance ! Pffff ! Sujet inépuisable s'il en est, largement surexploité au risque parfois de paraître rébarbatif.
Mais il faut avouer que ce premier volume m'a conquis. Son dessin monochrome très élégant (et très très magnifique, purée !) lui confère une ambiance surannée extrêmement prégnante. Tout est rendu très vivant, par la grâce de ces visages expressifs et d'un découpage alerte. Le texte, délivré sur le ton de l'entretien direct, contribue aussi grandement à l'intemporalité du récit. Madeleine s'adresse directement à nous en usant du tutoiement. En filigrane est donc dressé le portrait d'une femme au caractère trempé, libérée de pas mal de pressions normatives, et dont la fraîcheur d'esprit semble échapper aux affres de l'âge. La lecture est par conséquent très fluide. On navigue entre les souvenirs de Madeleine qui, dès son plus jeune âge, se trouve confrontée tragiquement aux conséquences de la guerre, celle de 14-18.
Au final, au-delà du récit historique, cette BD dresse un portrait tissé de ces souvenirs qui enrichissent toute une vie, et maintiennent les choses bien vivaces. Il y a dans ce premier tome quelque chose de plus que dans beaucoup de récits de ce genre. En ne limitant pas la mémoire au cadre strict de la Résistance et des affaires de la guerre, les auteurs lui donnent une portée universelle, et cette histoire dans l'Histoire conserve en outre toute son actualité. J'attends la suite de pied ferme !
Dans les tomes 2 et 3, on réalise que le lecteur pénètre profondément et intimement dans la Résistance. On y est complètement immergé, essentiellement parce qu'on apprend les codes, les pratiques, les combines, mais également parce qu'on est proche des personnages. Cette proximité atteint bien entendu son paroxysme avec Madeleine Riffaud elle-même dont les auteurs dressent un édifiant portrait. On mesure tout le courage qu'a nécessité un tel engagement, et Madeleine en avait à revendre. Le dessin est décidément excellent. Une série splendide sur un thème pourtant rebattu.
Cela faisait un moment que ce projet d’adaptation titillait Aimée de Jongh. Onze ans très exactement, mais à l’époque, l’éditeur originel lui avait opposé une fin de non-recevoir « pour des raisons de droits ». Puis, en 2021, c’est le même éditeur qui l’a sollicitée en lui donnant le feu vert. La même année, l’autrice néerlandaise pouvait se targuer d’un joli succès éditorial (Jours de sable). Alors forte d’une plus grande maturité stylistique, avec sept albums à son actif, les planètes semblaient cette fois alignées pour démarrer l’aventure. Il en résulte aujourd’hui un impressionnant pavé de plus de 300 pages, lequel nous fait littéralement entrer en immersion dans cette île paradisiaque transformée en enfer par une tribu de gosses « innocents »…
Incontestablement, Aimée de Jongh a su parfaitement s’approprier ce récit très sombre de Golding. Ici, la partie narrative s’accorde parfaitement avec la partie graphique, toutes deux totalement maîtrisées, et on y retrouve la tension inhérente au récit d’origine, faisant que ces 300 pages se dévorent d’une seule traite. L’autrice est restée très fidèle au déroulé du livre ainsi qu’à la personnalité des protagonistes, tout en élaguant les dialogues les plus denses et en privilégiant l’aspect visuel.
A ce titre, certains passages sont tout à fait saisissants (notamment la séquence où le jeune Simon tombe sur la tête de sanglier sanguinolente en pleine forêt), et apportent la valeur ajoutée que se devrait de charrier toute adaptation digne de ce nom en matière de bande dessinée. Le rendu est très fort et assez terrifiant par sa vision suggérant la mort ricanante, totalement dénuée d’empathie.
Et si les premières pages aux couleurs avenantes peuvent évoquer une naïve aventure à la Robinson Crusoë, il ne faut pas s’y fier. Progressivement, celles-ci vont prendre des tonalités plus sombres, plus rouges pour retranscrire le cauchemar résultant de la scission en deux clans du petit peuple de gamins. D’un côté, ceux qui tentent de maintenir les valeurs du monde civilisé, de l’autre, ceux qui jubilent à l’idée de laisser libre cours à leurs pulsions primales. Jusqu’à la tragédie prévisible et pourtant impensable, glaçante, débouchant sur ce constat assez sombre : l’innocence est amorale.
Avec « Sa Majesté des mouches », Aimée de Jongh prouve avec brio qu’elle fait désormais partie des autrices qui compte dans le neuvième art contemporain. Totalement en phase avec le propos très pessimiste de ce roman, elle y a trouvé de nombreux points communs avec notre monde actuel. « L’humanisme, l’empathie et la civilisation ne sont pas dans notre nature profonde », dit-elle. Et on ne peut malheureusement guère lui donner tort si l’on se base sur l’actualité internationale…
Je ne poste jamais d'avis en général, mais là, une seule étoile c'était un peu triste et non mérité.
L'auteur nous offre une BD/Manga très frais et à l'écoute de son époque. De la tranche de vie, comme on en retrouve énormément ces temps-ci, parsemée de fantaisie contemporaine autour de l'univers de la sorcellerie.
Je trouve les héroïnes attachantes, avec toutes deux des problématiques contradictoires mais auxquelles beaucoup peuvent facilement s'identifier.
L'exposition des enjeux et du lore est très bien maitrisé et on repère vite les goûts de l'auteur et ses inspirations.
Concernant le message, il est clairement engagé et bien distillé dans la narration.
Gens de droite, passez-votre chemin, car oui, on parle de sorcières qui utilisent les allocations du RSA pour s'adonner à plein temps à l'équilibre fragile de la nature (Le travail invisible, la sociologie, toussa toussa,...). Visiblement ça en choque certains, qui feraient mieux de se renseigner sur le milieu fragile de la culture, dont bon nombre d'auteurs utilisent ces mêmes aides de l’État pour nous donner les oeuvres que nous apprécions tant.
Michi no Majo est une proposition super intéressante sur la sorcellerie moderne, et j'ai hâte de lire le deuxième tome. Merci <3
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The Evil Dead - Le Scénario réanimé
La rancune des morts - Ce tome contient une adaptation complète du film The Evil Dead (1981) de Sam Raimi, avec Bruce Campbell. Il regroupe les quatre épisodes de la minisérie, initialement parus en 2008, écrits par Mark Verheiden, peints par John Bolton, avec un lettrage réalisé par Steve Dutro. L'édition du quarantième anniversaire du film comprend une postface de deux pages écrites par le scénariste en mars 2021, sa précédente postface écrite en juillet 2008, 14 pages d'études graphiques dont celles des couvertures, et celles correspondant aux esquisses de huit pages. Ash a du mal à croire que les faits se soient déroulés il y a si longtemps. Dans une forêt du Tennessee, une voiture est en train de rouiller à demi enfoncée dans l'eau, avec un squelette sur le siège du conducteur. Scotty avait promis à Ash un endroit reculé, un beau paysage, un endroit parfait pour passer du bon temps avec sa copine. Ça aurait pu être le cas si la copine en question était sourde, idiote et aveugle. Et si ça ne dérangeait pas son amoureux de la voir transformée en une harpie hurlante, tout droit sortie des enfers. Mais Ash anticipe. Par un beau jour d'été, Scotty vient chercher son copain Ash Williams pour qu'ils aillent prendre Linda chez elle. Ash se dit qu'il doit y avoir une loi coutumière qui veut que qu'un copain doive rester avec son pote adolescent attardé, bien après sa date d'expiration. Mais, pour être honnête, c'est Scotty qui lui avait présenté Linda. Arrivée devant chez elle, Ash sort de la voiture et l'étreint, tout en l'embrassant. Les deux copines de Linda sont déjà prêtes avec leur bagage : Cheryl & Shelly. Tout le monde embarque dans la voiture, avec Ash au volant. En faisant le trajet, Scotty explique qu'il a obtenu la baraque à un bon prix, car tout le monde en a peur du fait de la légende. Linda mord à l'hameçon et demande de quelle légende il s'agit. Un vieil homme vivant isolé qui a perdu les pédales dans les bois, une sorte de folie générée par une vie de solitaire dans une cabane isolée. Il s'en est pris à un promeneur, l'a agressé et mis à terre, puis s'est mis à l'énucléer avec les pouces. Personne n'a jamais su ce qui était vraiment arrivé. Il éclate de rire en se moquant des filles car c'est une histoire qu'il vient d'inventer. Il demande à Ash où ils en sont de la route. Son pote consulte la carte et lui répond qu'ils viennent de franchir la frontière entre le Michigan et le Tennessee. Scotty indique que le volant ne répond plus : ils manquent d'emboutir une voiture venant en sens inverse, puis la direction refonctionne. Ash assure qu'il a fait réviser sa voiture la veille. Ils franchissent un pont qui accuse le poids des ans, limité aux véhicules de moins de trois tonnes. Ils arrivent enfin devant la maison dans les bois. Avec le recul des années, Ash a du mal à croire qu'il était pressé d'arriver, et il sait maintenant que la cabane était également pressée qu'ils arrivent, et que les deadites étaient présents tout autour, dans les arbres, dans la forêt. Soit le lecteur a déjà vu le film et il sait à quoi s'attendre. Dans la postface initiale, le scénariste explique qu'il s'était fixé trois objectifs en réalisant cette adaptation : en raconter un peu plus que le film en extrapolant sur des détails comme des scènes bonus pour le fan avide, ne pas trahir l'esprit du film et conserver sa sensibilité de folie et de maniaque, enfin capturer l'atmosphère visuelle. Il se félicite que son script ait été confié à John Bolton, artiste remarquable. En fonction de ce qu'il est venu chercher, le lecteur ayant vu le film sera plus ou moins satisfait de la fidélité à l'œuvre, des ajouts mineurs, et des rares écarts par rapport aux scènes qu'il connaît. Il se dit que Verheiden connaît le film et l'a apprécié. Il reconnaît que John Bolton sait dessiner Ash de manière fidèle, et que ses deadites n'ont vraiment pas l'air frais. Il retrouve l'ambiance de claustrophobie et d'angoisse qui monte, l'horreur corporelle très charnelle, la succession d'agression, la prise de confiance progressive d'Ash pour faire face aux agresseurs. Il apprécie la tonalité de la voix intérieure d'Ash qui commente les faits a posteriori avec une forme de sarcasme bien adaptée aux agressions monstrueuses, une forme de dérision qui ne diminue en rien l'impact horrifique, qui la renforce en faisant ressortir le manque de compréhension des protagonistes, et l'inéluctabilité de leur destin. Éventuellement, il peut trouver discutable l'ajout d'une scène inédite sur la dernière page. S'il n'a pas vu le film, le lecteur découvre une histoire d'horreur dont l'intrigue lui semble assez mince. Il se dit que l'expérience dans une salle de cinéma doit être plus prenante en ce qui concerne les sensations et l'ambiance, constituant l'intérêt principal plutôt que l'histoire. Il suit donc ces pauvres jeunes gens promis à une nuit inoubliable, mais pas pour les raisons qu'ils souhaitaient. Il sourit en voyant la trappe se soulever d'un coup, et Scotty descendre au sous-sol avec une lampe à huile. Il sourit encore en voyant les objets qu'il a découvert : des accessoires dignes d'un film de série Z, ou d'un comics tellement dérivatif qu'il en devient insipide et inoffensif. Il relève la référence au Necronomicon, et ressent l'invention de ces Kardariens à nouveau comme une civilisation antique prête à l'emploi, sans aucune substance. Il a bien compris que la déclaration du scénariste reflète sa réelle intention : retranscrire l'ambiance malsaine du film dans une bande dessinée. S'il n'est pas entièrement convaincu par la couverture, le lecteur change d'avis dès la première page du premier épisode : John Bolton est l'homme de la situation. Cet artiste est arrivé à un moment de sa carrière où il maîtrise la combinaison de deux approches graphiques : le photoréalisme et des rendus oscillant entre impressionnisme et expressionnisme, avec une sensibilité pénétrante pour l'horreur corporelle. En voix off, Ash annonce qu'il aurait fallu être sourd, idiot et aveugle pour apprécier cette villégiature. En images, le lecteur voit une étrange tête avec la peau tendue sur le crâne, des yeux rougeoyants, comme intégrée dans un arbre, avec un arrière-plan délavé, puis cette voiture à demi engloutie, gorgée d''une humidité insalubre. La deuxième page est occupée par une peinture en pleine page, une jeune femme hurlant au visage du lecteur, du sang sur les dents, le corps tendu, le teeshirt taché à l'encolure. Il n'y a pas à dire : cet artiste prend l'horreur au sérieux. La scène suivante se déroule sous un soleil radieux : dans cette large avenue, la représentation oscille entre un rendu photographique et des formes plus simples. Il est difficile de savoir si Bolton travaille à l'infographie, ou peint d'abord et retouche après avec un logiciel, s'il utilise des photographies pour certains décors qu'il retouche et intègre ensuite à ses compositions. Par rapport à sa phase précédente, il est ici arrivé à un amalgame harmonieux entre ces différentes approches de représentation et le résultat est saisissant. Dès la fausse histoire vraie racontée par Scotty, le lecteur voit le sang gicler, un sang épais et visqueux, un sang qui tache. Par la suite, l'artiste s'amuse avec la convention des films d'horreur qui veut que le sang, ça gicle fort. Vient ensuite l'agression du professeur par sa compagne : le lecteur accuse le coup de la sauvagerie sans retenue de l'attaque, le teint cadavérique de la peau, le regard possédé par la folie. À nouveau Bolton ne fait pas semblant. Lorsque Cheryl est attaquée par des vrilles, le lecteur a l'impression de pouvoir toucher la viscosité des vrilles, d'entendre le tissu du teeshirt se déchirer, de voir apparaître les marques sur la peau de la jeune femme. le chapitre deux s'ouvre avec le constat qu'il est temps de cacher le reste des crayons (une remarque pince-sans-rire très drôle dans son contexte), et un dessin en pleine page de Cheryl en train de flotter au-dessus du sol, avec la chair ayant déjà pris une teinte cadavérique : un spectacle vraiment pas ragoûtant. Lorsqu'elle s'empare d'un crayon qu'elle plante dans l'arrière de la cheville de Linda, le lecteur grimace en voyant la chair ainsi déchirée, et le sang s'écouler. Dans la case adjacente, la jeune femme hurle la bouche grande ouverte, et ses dents sont représentées avec une telle justesse qu'un instant le lecteur croit voir une photographie. Un peu plus tard, c'est au tour de Shelly d'être contaminée, et d'avoir sa tête projetée dans l'âtre de la cheminée, un feu y étant allumé. Bolton passe dans un autre registre que celui photographique, avec des taches de couleur pour évoquer une chair putréfiée et brûlée : le résultat est immonde à souhait, totalement convaincant. le lecteur doit avoir le cœur bien accroché pour affronter les visions d'horreur suivantes. Adapter un film à l'intrigue aussi mince, à l'intérêt résidant dans l'expérience visuelle, l'ambiance et les prises de vue, constitue une entreprise peu raisonnable. Le scénariste doit faire en sorte de compenser la vacuité de l'histoire sans la trahir en rajoutant des ingrédients hétéroclites. L'artiste doit parvenir à retranscrire les sensations provoquées par le film, avec des images statiques, sans oublier que la vitesse de lecture est entièrement contrôlée par le lecteur. Pour un lecteur n'ayant pas fait l'expérience du film, le résultat est saisissant : une histoire prétexte s'appuyant sur des références horrifiques clairement affichées, et une narration visuelle très charnelle, avec un regard personnel porté sur ce qu'il y a à montrer, et une maîtrise impressionnante de différentes techniques pour créer des effets horrifiques impressionnants.
La Différence invisible
C’est la seconde BD sur l’autisme que je lis et celle-ci fut bien plus agréable à lire que la précédente qui n’est même pas sur le site. Contrairement à l’autrice, j’ai été diagnostiquée tôt, soit à 10 ans, ce qui est apparement assez rare dans l’autisme féminin. J’ai beaucoup apprécié le graphisme, noir et blanc avec quelques teintes de rouges et d’autres couleurs. Le thème de l’autisme est bien abordé, bien entendu c’est un spectre donc je me reconnais pas dans tout mais dans la majorité quand même. Une bonne BD pour parler d’autisme, au point de vue d’une concernée.
Les Nouvelles Aventures de Lapinot
Exit les formidables aventures (que je tiens en très très haute estime) place aux nouvelles. Changement d’éditeur au passage (ça me plaît bien d’ailleurs que ce soit à l’association, une série qui doit bien leur renflouer les caisses) mais le lecteur ne sera pas perdu, autour de notre héros gravite toujours le même microcosme, dont l’indispensable Richard. Honnêtement rien de vraiment neuf, on n’atteint pas les sommets de la version 1.0 avec des albums comme Slaloms ou La vie comme elle vient. Cependant j’ai toujours plaisir à me plonger dans cette série. C’est léger et divertissant. A travers son héros, Trondheim s’amuse à pointer quelques travers de notre société. Pas franchement indispensable, je mets limite un 4* de connivence mais je ne peux pas mettre moins. Les tomes 4 à 6 sont vraiment très bons, le 2 plus que dispensable (sans doute comme le 8 mais j’ai réussi à faire l’impasse ;), les autres sont sympas même si celui en clin d’œil à Astérix me laisse vraiment sur ma faim. Lapinot 2.0 reste quand même cool (à lire) et attachant.
Quand souffle le vent (Briggs)
Une oeuvre moins connue de Briggs (Ethel & Ernest, Le Bonhomme de neige), particulièrement en France où elle ne fut publiée qu’une fois en 1983 par les éditions Garnier, avant d’être récemment (2024) rééditée aux éditions Tanibis. L’histoire est pourtant intéressante, et nous ramène à la menace nucléaire de la guerre froide (année de publication oblige). Dans la première partie le lecteur suit les préparatifs d’un vieux couple en vue d’un bombardement nucléaire prochain… Le ton est hilarant. Les personnages ne sont clairement pas très malins, et tentent tant bien que mal d’appliquer les conseils officiels, sans vraiment comprendre ou réaliser les enjeux (construit un abri, certes, mais il ne faudrait pas rayer la peinture ou salir les coussins). La VO (que j’ai lue) retranscrit ce manque d’éducation dans le texte, avec des fautes d’orthographes volontaires. La deuxième partie prend place après le bombardement, et le ton devient beaucoup plus sombre… les protagonistes continuent de faire preuve d’une bêtise consternante, mais la tournure que prend le récit ne fait plus rire du tout… une œuvre beaucoup plus adulte que ce que fait généralement cet auteur. J’ai eu un peu de mal à rentrer dans cette histoire, la faute notamment à ce choix narratif qui consiste à « caser » 20-25 petites cases par planche, ce qui je trouve rend la lecture pénible (à moins que cela soit volontaire pour retranscrire le sentiment d’enfermement ?). Mais j’ai fini par me laisser emporter par l’histoire, et j’en suis ressorti assez marqué. J’ai lu l’album hier, et j’y repense toujours beaucoup. La nouvelle éditions chez Tanibis est l’occasion rêvée de (re)découvrir cet album (même si je trouve la nouvelle couverture assez moche).
Antigone (La Sagesse des Mythes)
Mon premier 4* dans la collection, je m’emporte un peu mais c’est clairement mon tome préféré. Je l’ai lu à la suite de celui sur Œdipe et ça tombe bien puisque ce mythe en est plus ou moins le prolongement. Pas dans le fond mais chronologiquement, Antigone étant la fille d’Œdipe. Avant mon entame, je dois avouer ma grande méconnaissance de son histoire. De ce fait, ma lecture n’a pas été qu’une révision et je me suis pris de passion pour ce mythe. Je le trouve universel, intemporel et d’une complexité insoluble (?). Bref une thématique que je trouve très forte avec l’âge, alors qu’ado j’avais du trop rapidement passer dessus (plus passionné par les 12 travaux et consort). D’un point de vue technique, il n’y a que la couverture qui m’a accroché, le reste est conforme à la collection. Lisible et fluide mais dommage que ça manque de panache. Ma note reflète surtout ma découverte du mythe. Dans la collection, le tome qui m’aura fait le plus cogiter et que j’ai lu avec le plus de plaisir.
La Poursuite du bonheur
Amateur de récit classique usant du cadre des grandes villes américaines des années 1950 et des petites gens qui y vivent, j’ai directement été attiré par la couverture de l’album. La Poursuite du bonheur est de fait un drame romantique dans toute sa splendeur, porté par des personnages à la fois froids et passionnés, car l’un n’empêche pas l’autre. Il me faut aussi admettre que le trait de Cyril Bonin a très régulièrement accroché mon œil, doté qu’il est d’une élégance racée qui correspond parfaitement à l’ambiance du récit. L’histoire est prenante, portée par des personnages forts, à commencer par Sara dont la destinée et les choix me marqueront encore longtemps. Les épreuves auxquelles les différents personnages vont être confrontés sont cependant classiques et on ne peut pas vraiment parler de surprises dans le déroulement du récit. Mais c’est tellement bien construit, tellement minutieusement inéluctable que c’est un plaisir à lire. La mise en page est exemplaire, tant au niveau du trait fin et élégant que du choix des couleurs. Le rendu visuel est un vrai hommage au cinéma américain de l’époque et il est très tentant d’imaginer Audrey Hepburn ou Rock Hudson dans les rôles principaux. Sans doute certains lecteurs seront-ils déçus par le caractère prévisible de certains rebondissements mais à titre personnel j’ai vraiment eu l’histoire escomptée. Par conséquent, je recommande chaudement aux amateurs du genre.
Traversées - La Route de l'aventure
J’ai rencontré Lucas Vallerie dans le bar associatif de mon bled. C’est ma voisine qu’il m’a informé qu’un auteur BD talentueux venait dédicacer son dernier album. Sur le coup, pas trop emballé, les romans graphiques ce ne sont pas trop ma tasse de thé. Mais bon, quand un auteur BD vient dans mon village je me dois d’aller à sa rencontre et mon Dieu qu’est-ce que j’ai bien fait ! J’ai pris une énormissime claque les amis ! Tout d’abord Lucas est très abordable et fort sympathique. Il prend du temps pour expliquer sa démarche. Son album raconte les histoires poignantes de migrants qui ont tenté de traverser la Méditerranée à la recherche d’une vie meilleure. Lucas a embarqué à bord du navire de sauvetage Geo Barents de Médecins Sans Frontières, a passé 28 jours à documenter les expériences des migrants et des sauveteurs. Son récit est à la fois touchant et réaliste, mettant en lumière les défis et les espoirs de ceux qui entreprennent ce périlleux voyage. Lucas a capturé l’humanité et la résilience des différents personnages, tout en rendant hommage au travail des sauveteurs. C’est magnifique et extrêmement poignant. Les dessins sont puissants et évocateurs, différenciant habilement les histoires des migrants et les jours passés sur le bateau. Juste bravo pour cette dextérité graphique. Vous ne sortirez pas indemne de cette lecture prenante ô combien d’actualité, qui met en exergue la solidarité humaine. Je recommande vivement.
Madeleine, résistante
J'ai enfin lu les trois tomes de cette série. Du coup, je complète mon avis, le fais remonter et lui colle le coup de cœur qui va bien : Encore une BD sur la deuxième guerre mondiale et sur la Résistance ! Pffff ! Sujet inépuisable s'il en est, largement surexploité au risque parfois de paraître rébarbatif. Mais il faut avouer que ce premier volume m'a conquis. Son dessin monochrome très élégant (et très très magnifique, purée !) lui confère une ambiance surannée extrêmement prégnante. Tout est rendu très vivant, par la grâce de ces visages expressifs et d'un découpage alerte. Le texte, délivré sur le ton de l'entretien direct, contribue aussi grandement à l'intemporalité du récit. Madeleine s'adresse directement à nous en usant du tutoiement. En filigrane est donc dressé le portrait d'une femme au caractère trempé, libérée de pas mal de pressions normatives, et dont la fraîcheur d'esprit semble échapper aux affres de l'âge. La lecture est par conséquent très fluide. On navigue entre les souvenirs de Madeleine qui, dès son plus jeune âge, se trouve confrontée tragiquement aux conséquences de la guerre, celle de 14-18. Au final, au-delà du récit historique, cette BD dresse un portrait tissé de ces souvenirs qui enrichissent toute une vie, et maintiennent les choses bien vivaces. Il y a dans ce premier tome quelque chose de plus que dans beaucoup de récits de ce genre. En ne limitant pas la mémoire au cadre strict de la Résistance et des affaires de la guerre, les auteurs lui donnent une portée universelle, et cette histoire dans l'Histoire conserve en outre toute son actualité. J'attends la suite de pied ferme ! Dans les tomes 2 et 3, on réalise que le lecteur pénètre profondément et intimement dans la Résistance. On y est complètement immergé, essentiellement parce qu'on apprend les codes, les pratiques, les combines, mais également parce qu'on est proche des personnages. Cette proximité atteint bien entendu son paroxysme avec Madeleine Riffaud elle-même dont les auteurs dressent un édifiant portrait. On mesure tout le courage qu'a nécessité un tel engagement, et Madeleine en avait à revendre. Le dessin est décidément excellent. Une série splendide sur un thème pourtant rebattu.
Sa Majesté des Mouches
Cela faisait un moment que ce projet d’adaptation titillait Aimée de Jongh. Onze ans très exactement, mais à l’époque, l’éditeur originel lui avait opposé une fin de non-recevoir « pour des raisons de droits ». Puis, en 2021, c’est le même éditeur qui l’a sollicitée en lui donnant le feu vert. La même année, l’autrice néerlandaise pouvait se targuer d’un joli succès éditorial (Jours de sable). Alors forte d’une plus grande maturité stylistique, avec sept albums à son actif, les planètes semblaient cette fois alignées pour démarrer l’aventure. Il en résulte aujourd’hui un impressionnant pavé de plus de 300 pages, lequel nous fait littéralement entrer en immersion dans cette île paradisiaque transformée en enfer par une tribu de gosses « innocents »… Incontestablement, Aimée de Jongh a su parfaitement s’approprier ce récit très sombre de Golding. Ici, la partie narrative s’accorde parfaitement avec la partie graphique, toutes deux totalement maîtrisées, et on y retrouve la tension inhérente au récit d’origine, faisant que ces 300 pages se dévorent d’une seule traite. L’autrice est restée très fidèle au déroulé du livre ainsi qu’à la personnalité des protagonistes, tout en élaguant les dialogues les plus denses et en privilégiant l’aspect visuel. A ce titre, certains passages sont tout à fait saisissants (notamment la séquence où le jeune Simon tombe sur la tête de sanglier sanguinolente en pleine forêt), et apportent la valeur ajoutée que se devrait de charrier toute adaptation digne de ce nom en matière de bande dessinée. Le rendu est très fort et assez terrifiant par sa vision suggérant la mort ricanante, totalement dénuée d’empathie. Et si les premières pages aux couleurs avenantes peuvent évoquer une naïve aventure à la Robinson Crusoë, il ne faut pas s’y fier. Progressivement, celles-ci vont prendre des tonalités plus sombres, plus rouges pour retranscrire le cauchemar résultant de la scission en deux clans du petit peuple de gamins. D’un côté, ceux qui tentent de maintenir les valeurs du monde civilisé, de l’autre, ceux qui jubilent à l’idée de laisser libre cours à leurs pulsions primales. Jusqu’à la tragédie prévisible et pourtant impensable, glaçante, débouchant sur ce constat assez sombre : l’innocence est amorale. Avec « Sa Majesté des mouches », Aimée de Jongh prouve avec brio qu’elle fait désormais partie des autrices qui compte dans le neuvième art contemporain. Totalement en phase avec le propos très pessimiste de ce roman, elle y a trouvé de nombreux points communs avec notre monde actuel. « L’humanisme, l’empathie et la civilisation ne sont pas dans notre nature profonde », dit-elle. Et on ne peut malheureusement guère lui donner tort si l’on se base sur l’actualité internationale…
Majo No Michi
Je ne poste jamais d'avis en général, mais là, une seule étoile c'était un peu triste et non mérité. L'auteur nous offre une BD/Manga très frais et à l'écoute de son époque. De la tranche de vie, comme on en retrouve énormément ces temps-ci, parsemée de fantaisie contemporaine autour de l'univers de la sorcellerie. Je trouve les héroïnes attachantes, avec toutes deux des problématiques contradictoires mais auxquelles beaucoup peuvent facilement s'identifier. L'exposition des enjeux et du lore est très bien maitrisé et on repère vite les goûts de l'auteur et ses inspirations. Concernant le message, il est clairement engagé et bien distillé dans la narration. Gens de droite, passez-votre chemin, car oui, on parle de sorcières qui utilisent les allocations du RSA pour s'adonner à plein temps à l'équilibre fragile de la nature (Le travail invisible, la sociologie, toussa toussa,...). Visiblement ça en choque certains, qui feraient mieux de se renseigner sur le milieu fragile de la culture, dont bon nombre d'auteurs utilisent ces mêmes aides de l’État pour nous donner les oeuvres que nous apprécions tant. Michi no Majo est une proposition super intéressante sur la sorcellerie moderne, et j'ai hâte de lire le deuxième tome. Merci <3