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Couverture de la série Mamma mia !
Mamma mia !

J’ai beaucoup aimé, mais pas vraiment pour les raisons auxquelles j’aurais pu penser. Le nom de Trondheim, le résumé et un rapide feuilletage m’avaient vendu une série d’humour qui m’aurait fait rire aux éclats (ou tout du moins un peu sourire) et… Bah, ça a été le cas, mais pas tant que je l’aurais voulu. Tous les gags ne m’ont pas fait rire. C’est malheureusement le défaut que l’on retrouve bien souvent dans ces recueils de gags en une page. Les séries bien faites arrivent tout de même à nous faire sourire lors des gags qui ne font pas mouches. Ici ce fut le cas, j’ai souris tout du long. J’ai même plus souris que ris. Certains gags étaient très drôles, hein, et j’ai facilement ris à plus de la moitié d’entre eux, mais j’ai surtout apprécier ma lecture car je me suis rapidement attachée aux personnages et que certaines de leurs interactions étaient étonnement très touchantes. Voilà, c’est ça le truc : c’était drôle mais j’ai plus été attendrie qu’hilare. Mais bonne surprise, hein, n’allons pas croire ! Ça m’a fait énormément plaisir ! J’ai sincèrement hâte de lire la suite des aventures de cette famille ! Comme série de gags à l’intention de la jeunesse (et lisible à tout âge), je l’ajoute illico à mes recommandations. Un bon 4 étoiles (note réelle 3,5), ça me ferait mal de faire baisser sa note.

23/10/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Adastra in Africa
Adastra in Africa

Storm de retour en Afrique, ou une fable sur la lutte pour l'indépendance et l'autonomie - Il s'agit d'une histoire complète parue en 1999, écrite et illustrée par Barry Windsor Smith (en abrégé BWS). Adastra (un compromis entre la déesse apparaissant dans Young Gods and Friends et Storm des X-Men) revient dans un village africain frappé par la famine. Elle y a déjà séjourné une fois, il y a plusieurs années et elle n'avait pu qu'assister impuissante au sacrifice d'un ancien (Mjnari) pour qu'un nouveau né puisse survivre sur les maigres quantités de nourriture disponibles. Malgré les progrès accomplis lors de sa précédente visite, elle retrouve le village dans une famine similaire. Ses habitants l'accueillent à bras ouvert, comme la déesse qu'elle est, en attendant d'elle un miracle. Elle constate que les villageois ont abandonné la coutume conduisant au sacrifice du plus vieux lors d'une nouvelle naissance pour garder le nombre d'habitants constant. La population a augmenté mais les gens meurent de malnutrition et de famine. Est-ce qu'un nouveau miracle sera suffisant pour redonner espoir à cette tribu ? Pour bien comprendre cette histoire, il faut savoir qu'à l'origine son héroïne devait s'appeler Ororo Munroe, c'est-à-dire Storm des X-Men. Il devait s'agir de la troisième histoire intitulée Lifedeath, les deux premières correspondant aux épisodes 186 et 198 de la série Uncanny X-Men, respectivement parus en 1984 & 1985, coscénarisé par Chris Claremont. Pour cette proposition, Barry Windsor Smith avait travaillé tout seul, y compris pour le scénario. Quand il a été présenter son projet à l'éditeur responsable des comics des X-Men, ce dernier l'a refusé en jugeant les idées contenues incompatibles avec les valeurs des superhéros. Du coup BWS a repris ses planches, il les a retravaillées pour qu'elles puissent être publiées en noir & blanc. Enfin, il a changé le nom de l'héroïne pour Adastra, le personnage le plus piquant des Young Gods. Ces circonstances expliquent pourquoi Adastra fait référence à un précédent séjour dans ce village, alors qu'en fait il s'agissait de Storm. Cet historique permet aussi de comprendre que cette histoire est à aborder comme un conte (et non par à prendre de manière littérale) comme c'était déjà le cas pour Lifedeath II. Avec cette précaution en tête, le lecteur comprend que BWS n'adopte pas un ton condescendant vis-à-vis des populations indigènes d'Afrique noire. Après ces éclaircissements, il est possible de commencer à apprécier l'histoire. BWS reprend donc le point de départ du village africain dont les habitants survivent tout juste. L'homme blanc est passé par là et il a laissé des tas de machines agricoles qui ne fonctionnent plus faute de carburant, et de pièces détachées pour l'entretien. Les habitants souffrent à la fois de malnutrition aggravée, de perte de repères culturels suite au décès de leur doyen, et de perte d'espoir du fait du caractère précaire de la vie et du caractère arbitraire de la mort. À nouveau la déesse est de retour et elle va pouvoir faire un miracle pour sauver le village, ou tout du moins pour pouvoir subvenir à ses besoins de nourriture. Mais, pour le coup, la question la plus pressante est celle de l'avenir. Est-il possible de pérenniser les effets du miracle ? Est-il possible de croire en cette déesse et de reprendre le dessus sur la fatalité ? Adastra commence par se retrouver face à la mort injuste de ceux qui n'ont pas assez à manger. Comment a-t-elle pu rester si longtemps si loin de village ? N'a-t-elle par une part de responsabilité dans toutes ces morts. Et si elle accomplit un miracle, les indigènes sauront-ils retrouver la voie de l'autonomie ? Accepteront-ils ce nouveau cadeau venu des dieux ? BWS se sert donc du récit pour porter un regard curieux sur l'effet de la foi et sur les valeurs des autochtones. Malheureusement ces débats philosophiques souffrent un peu de la transposition de l'histoire de l'univers des X-Men vers celui des Young Gods. Autant il est facile d'imaginer Storm dans ce rôle de femme un peu encline à un sentiment de supériorité, en train de materner ces individus ; autant Adastra aurait une attitude plus rentre dedans, moins fleur bleue, moins illusionnée. Or tout ce conte repose sur les échanges verbaux entre Adastra/Storm et les indigènes. Et BWS perd parfois la voix de son héroïne entre ses deux facettes. Du coup certains dialogues tombent dans l'artificiel et le guindé avec un effet pesant. Cette dichotomie est abordée par BWS dans la postface qui est présentée sous forme d'une interview entre Adastra et un journaliste, comme si elle avait joué le rôle de Storm pour à l'occasion de cette histoire. Il y a même des scènes coupées au montage, comme si Adastra n'avait pas su interpréter le personnage tout du long; À l'évidence aussi, la transposition d'un projet en couleurs, à un projet en noir & blanc a occasionné quelques difficultés à BWS. Certaines cases sont vraiment chargées en nombre d'éléments, et donc de traits. Le lecteur sent bien que dans ces occasions, les couleurs auraient permis de rendre lisible ce qui fait parfois un peu fouillis surchargé. Il n'y a pas de hiérarchisation dans les différentes formes ce qui oblige le lecteur à effectuer un déchiffrage plus attentionné. Pour le reste; BWS a vraiment passé beaucoup de temps pour des illustrations très travaillées. Le lecteur retrouve avec plaisir la science du langage corporel au service des personnages. BWS se sert de la végétation comme d'un élément de décor qui sert à rehausser les sentiments de personnages et leur trouble intérieur. Comme à son accoutumé, il prête attention à des éléments qui passent pour superflu auprès des autres dessinateurs, mais qui confèrent une épaisseur et une identité spécifique à ce récit. Il y a la place de la musique tribale, les parures et les bijoux de fête, le rendu de la pluie, la présence des crânes des défunts, etc. Adastra in Africa souffre à plusieurs reprises de sa transposition d'une histoire en couleurs mettant en scène Storm des X-Men, à une histoire en noir & blanc avec une héroïne au caractère bien différent. Malgré l'implication et l'application évidentes de BWS, le récit peine à prendre son plein essor. Il n'en reste pas moins une fable étrange sur des questions existentielles complexes mettant aussi bien en jeu l'individu, que la société au sein de laquelle il évolue, un questionnement sur l'ordre établi et l'ordre naturel des choses.

23/10/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série The Good Asian
The Good Asian

Un excellent polar. C'est le deuxième comics de Pornsak Pichetshote que je lis après Infidel. Et ils ont un point commun, celui de mettre au centre de l'intrigue des discriminations. Ici, le racisme envers les asiatiques, ils n'ont pas la vie facile, en particulier ceux venant de Chine avec la loi d'exclusion des chinois adoptée par le Congrès en 1882, elle devait stopper cette immigration. En effet, Ils étaient perçus comme faisant baisser les salaires des travailleurs. Un sujet qui tient à cœur à Pornsak, étant lui-même d'origine thaïlandaise. Un sujet qui sera le fil conducteur de ce polar dense, complexe, violent et à l'intrigue intelligemment construite, elle se situe en 1936 dans le chinatown de San Francisco. Une lecture qui se mérite, les personnages sont nombreux et il faut rester concentré pour ne pas perdre le fil de l'histoire. Mais un récit passionnant qui prend le temps de se développer avec les nombreux retours dans le passé des protagonistes, sans nous en laisser deviner le dénouement final. Des personnages très bien travaillés, ils sont incontestablement un des points forts de cet ouvrage. Je découvre Alexandre Tefenkgi, un dessinateur français expatrié aux États-Unis après quelques publications chez Bamboo dans la collection Grand Angle. J'ai aimé sa composition graphique dans un style vintage, elle retranscrit merveilleusement cette période historique. Le stratagème des petits quadrilatères rouges qui apparaissent ci et là au milieu des vignettes fonctionne à merveille, il a guidé mon regard pour ne louper aucun détail. Une ambiance réussie qui doit beaucoup aux somptueuses couleurs de Lee Loughridge, elles seront dans des tons distincts pour différencier les époques, ce qui permet de ne pas se perdre pendant la lecture. Du très bon boulot. Je serai du voyage si une suite voyait le jour. Coup de cœur

22/10/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série The Evil Dead - Le Scénario réanimé
The Evil Dead - Le Scénario réanimé

La rancune des morts - Ce tome contient une adaptation complète du film The Evil Dead (1981) de Sam Raimi, avec Bruce Campbell. Il regroupe les quatre épisodes de la minisérie, initialement parus en 2008, écrits par Mark Verheiden, peints par John Bolton, avec un lettrage réalisé par Steve Dutro. L'édition du quarantième anniversaire du film comprend une postface de deux pages écrites par le scénariste en mars 2021, sa précédente postface écrite en juillet 2008, 14 pages d'études graphiques dont celles des couvertures, et celles correspondant aux esquisses de huit pages. Ash a du mal à croire que les faits se soient déroulés il y a si longtemps. Dans une forêt du Tennessee, une voiture est en train de rouiller à demi enfoncée dans l'eau, avec un squelette sur le siège du conducteur. Scotty avait promis à Ash un endroit reculé, un beau paysage, un endroit parfait pour passer du bon temps avec sa copine. Ça aurait pu être le cas si la copine en question était sourde, idiote et aveugle. Et si ça ne dérangeait pas son amoureux de la voir transformée en une harpie hurlante, tout droit sortie des enfers. Mais Ash anticipe. Par un beau jour d'été, Scotty vient chercher son copain Ash Williams pour qu'ils aillent prendre Linda chez elle. Ash se dit qu'il doit y avoir une loi coutumière qui veut que qu'un copain doive rester avec son pote adolescent attardé, bien après sa date d'expiration. Mais, pour être honnête, c'est Scotty qui lui avait présenté Linda. Arrivée devant chez elle, Ash sort de la voiture et l'étreint, tout en l'embrassant. Les deux copines de Linda sont déjà prêtes avec leur bagage : Cheryl & Shelly. Tout le monde embarque dans la voiture, avec Ash au volant. En faisant le trajet, Scotty explique qu'il a obtenu la baraque à un bon prix, car tout le monde en a peur du fait de la légende. Linda mord à l'hameçon et demande de quelle légende il s'agit. Un vieil homme vivant isolé qui a perdu les pédales dans les bois, une sorte de folie générée par une vie de solitaire dans une cabane isolée. Il s'en est pris à un promeneur, l'a agressé et mis à terre, puis s'est mis à l'énucléer avec les pouces. Personne n'a jamais su ce qui était vraiment arrivé. Il éclate de rire en se moquant des filles car c'est une histoire qu'il vient d'inventer. Il demande à Ash où ils en sont de la route. Son pote consulte la carte et lui répond qu'ils viennent de franchir la frontière entre le Michigan et le Tennessee. Scotty indique que le volant ne répond plus : ils manquent d'emboutir une voiture venant en sens inverse, puis la direction refonctionne. Ash assure qu'il a fait réviser sa voiture la veille. Ils franchissent un pont qui accuse le poids des ans, limité aux véhicules de moins de trois tonnes. Ils arrivent enfin devant la maison dans les bois. Avec le recul des années, Ash a du mal à croire qu'il était pressé d'arriver, et il sait maintenant que la cabane était également pressée qu'ils arrivent, et que les deadites étaient présents tout autour, dans les arbres, dans la forêt. Soit le lecteur a déjà vu le film et il sait à quoi s'attendre. Dans la postface initiale, le scénariste explique qu'il s'était fixé trois objectifs en réalisant cette adaptation : en raconter un peu plus que le film en extrapolant sur des détails comme des scènes bonus pour le fan avide, ne pas trahir l'esprit du film et conserver sa sensibilité de folie et de maniaque, enfin capturer l'atmosphère visuelle. Il se félicite que son script ait été confié à John Bolton, artiste remarquable. En fonction de ce qu'il est venu chercher, le lecteur ayant vu le film sera plus ou moins satisfait de la fidélité à l'œuvre, des ajouts mineurs, et des rares écarts par rapport aux scènes qu'il connaît. Il se dit que Verheiden connaît le film et l'a apprécié. Il reconnaît que John Bolton sait dessiner Ash de manière fidèle, et que ses deadites n'ont vraiment pas l'air frais. Il retrouve l'ambiance de claustrophobie et d'angoisse qui monte, l'horreur corporelle très charnelle, la succession d'agression, la prise de confiance progressive d'Ash pour faire face aux agresseurs. Il apprécie la tonalité de la voix intérieure d'Ash qui commente les faits a posteriori avec une forme de sarcasme bien adaptée aux agressions monstrueuses, une forme de dérision qui ne diminue en rien l'impact horrifique, qui la renforce en faisant ressortir le manque de compréhension des protagonistes, et l'inéluctabilité de leur destin. Éventuellement, il peut trouver discutable l'ajout d'une scène inédite sur la dernière page. S'il n'a pas vu le film, le lecteur découvre une histoire d'horreur dont l'intrigue lui semble assez mince. Il se dit que l'expérience dans une salle de cinéma doit être plus prenante en ce qui concerne les sensations et l'ambiance, constituant l'intérêt principal plutôt que l'histoire. Il suit donc ces pauvres jeunes gens promis à une nuit inoubliable, mais pas pour les raisons qu'ils souhaitaient. Il sourit en voyant la trappe se soulever d'un coup, et Scotty descendre au sous-sol avec une lampe à huile. Il sourit encore en voyant les objets qu'il a découvert : des accessoires dignes d'un film de série Z, ou d'un comics tellement dérivatif qu'il en devient insipide et inoffensif. Il relève la référence au Necronomicon, et ressent l'invention de ces Kardariens à nouveau comme une civilisation antique prête à l'emploi, sans aucune substance. Il a bien compris que la déclaration du scénariste reflète sa réelle intention : retranscrire l'ambiance malsaine du film dans une bande dessinée. S'il n'est pas entièrement convaincu par la couverture, le lecteur change d'avis dès la première page du premier épisode : John Bolton est l'homme de la situation. Cet artiste est arrivé à un moment de sa carrière où il maîtrise la combinaison de deux approches graphiques : le photoréalisme et des rendus oscillant entre impressionnisme et expressionnisme, avec une sensibilité pénétrante pour l'horreur corporelle. En voix off, Ash annonce qu'il aurait fallu être sourd, idiot et aveugle pour apprécier cette villégiature. En images, le lecteur voit une étrange tête avec la peau tendue sur le crâne, des yeux rougeoyants, comme intégrée dans un arbre, avec un arrière-plan délavé, puis cette voiture à demi engloutie, gorgée d''une humidité insalubre. La deuxième page est occupée par une peinture en pleine page, une jeune femme hurlant au visage du lecteur, du sang sur les dents, le corps tendu, le teeshirt taché à l'encolure. Il n'y a pas à dire : cet artiste prend l'horreur au sérieux. La scène suivante se déroule sous un soleil radieux : dans cette large avenue, la représentation oscille entre un rendu photographique et des formes plus simples. Il est difficile de savoir si Bolton travaille à l'infographie, ou peint d'abord et retouche après avec un logiciel, s'il utilise des photographies pour certains décors qu'il retouche et intègre ensuite à ses compositions. Par rapport à sa phase précédente, il est ici arrivé à un amalgame harmonieux entre ces différentes approches de représentation et le résultat est saisissant. Dès la fausse histoire vraie racontée par Scotty, le lecteur voit le sang gicler, un sang épais et visqueux, un sang qui tache. Par la suite, l'artiste s'amuse avec la convention des films d'horreur qui veut que le sang, ça gicle fort. Vient ensuite l'agression du professeur par sa compagne : le lecteur accuse le coup de la sauvagerie sans retenue de l'attaque, le teint cadavérique de la peau, le regard possédé par la folie. À nouveau Bolton ne fait pas semblant. Lorsque Cheryl est attaquée par des vrilles, le lecteur a l'impression de pouvoir toucher la viscosité des vrilles, d'entendre le tissu du teeshirt se déchirer, de voir apparaître les marques sur la peau de la jeune femme. le chapitre deux s'ouvre avec le constat qu'il est temps de cacher le reste des crayons (une remarque pince-sans-rire très drôle dans son contexte), et un dessin en pleine page de Cheryl en train de flotter au-dessus du sol, avec la chair ayant déjà pris une teinte cadavérique : un spectacle vraiment pas ragoûtant. Lorsqu'elle s'empare d'un crayon qu'elle plante dans l'arrière de la cheville de Linda, le lecteur grimace en voyant la chair ainsi déchirée, et le sang s'écouler. Dans la case adjacente, la jeune femme hurle la bouche grande ouverte, et ses dents sont représentées avec une telle justesse qu'un instant le lecteur croit voir une photographie. Un peu plus tard, c'est au tour de Shelly d'être contaminée, et d'avoir sa tête projetée dans l'âtre de la cheminée, un feu y étant allumé. Bolton passe dans un autre registre que celui photographique, avec des taches de couleur pour évoquer une chair putréfiée et brûlée : le résultat est immonde à souhait, totalement convaincant. le lecteur doit avoir le cœur bien accroché pour affronter les visions d'horreur suivantes. Adapter un film à l'intrigue aussi mince, à l'intérêt résidant dans l'expérience visuelle, l'ambiance et les prises de vue, constitue une entreprise peu raisonnable. Le scénariste doit faire en sorte de compenser la vacuité de l'histoire sans la trahir en rajoutant des ingrédients hétéroclites. L'artiste doit parvenir à retranscrire les sensations provoquées par le film, avec des images statiques, sans oublier que la vitesse de lecture est entièrement contrôlée par le lecteur. Pour un lecteur n'ayant pas fait l'expérience du film, le résultat est saisissant : une histoire prétexte s'appuyant sur des références horrifiques clairement affichées, et une narration visuelle très charnelle, avec un regard personnel porté sur ce qu'il y a à montrer, et une maîtrise impressionnante de différentes techniques pour créer des effets horrifiques impressionnants.

22/10/2024 (modifier)
Couverture de la série La Différence invisible
La Différence invisible

C’est la seconde BD sur l’autisme que je lis et celle-ci fut bien plus agréable à lire que la précédente qui n’est même pas sur le site. Contrairement à l’autrice, j’ai été diagnostiquée tôt, soit à 10 ans, ce qui est apparement assez rare dans l’autisme féminin. J’ai beaucoup apprécié le graphisme, noir et blanc avec quelques teintes de rouges et d’autres couleurs. Le thème de l’autisme est bien abordé, bien entendu c’est un spectre donc je me reconnais pas dans tout mais dans la majorité quand même. Une bonne BD pour parler d’autisme, au point de vue d’une concernée.

22/10/2024 (modifier)
Couverture de la série Les Nouvelles Aventures de Lapinot
Les Nouvelles Aventures de Lapinot

Exit les formidables aventures (que je tiens en très très haute estime) place aux nouvelles. Changement d’éditeur au passage (ça me plaît bien d’ailleurs que ce soit à l’association, une série qui doit bien leur renflouer les caisses) mais le lecteur ne sera pas perdu, autour de notre héros gravite toujours le même microcosme, dont l’indispensable Richard. Honnêtement rien de vraiment neuf, on n’atteint pas les sommets de la version 1.0 avec des albums comme Slaloms ou La vie comme elle vient. Cependant j’ai toujours plaisir à me plonger dans cette série. C’est léger et divertissant. A travers son héros, Trondheim s’amuse à pointer quelques travers de notre société. Pas franchement indispensable, je mets limite un 4* de connivence mais je ne peux pas mettre moins. Les tomes 4 à 6 sont vraiment très bons, le 2 plus que dispensable (sans doute comme le 8 mais j’ai réussi à faire l’impasse ;), les autres sont sympas même si celui en clin d’œil à Astérix me laisse vraiment sur ma faim. Lapinot 2.0 reste quand même cool (à lire) et attachant.

22/10/2024 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Quand souffle le vent (Briggs)
Quand souffle le vent (Briggs)

Une oeuvre moins connue de Briggs (Ethel & Ernest, Le Bonhomme de neige), particulièrement en France où elle ne fut publiée qu’une fois en 1983 par les éditions Garnier, avant d’être récemment (2024) rééditée aux éditions Tanibis. L’histoire est pourtant intéressante, et nous ramène à la menace nucléaire de la guerre froide (année de publication oblige). Dans la première partie le lecteur suit les préparatifs d’un vieux couple en vue d’un bombardement nucléaire prochain… Le ton est hilarant. Les personnages ne sont clairement pas très malins, et tentent tant bien que mal d’appliquer les conseils officiels, sans vraiment comprendre ou réaliser les enjeux (construit un abri, certes, mais il ne faudrait pas rayer la peinture ou salir les coussins). La VO (que j’ai lue) retranscrit ce manque d’éducation dans le texte, avec des fautes d’orthographes volontaires. La deuxième partie prend place après le bombardement, et le ton devient beaucoup plus sombre… les protagonistes continuent de faire preuve d’une bêtise consternante, mais la tournure que prend le récit ne fait plus rire du tout… une œuvre beaucoup plus adulte que ce que fait généralement cet auteur. J’ai eu un peu de mal à rentrer dans cette histoire, la faute notamment à ce choix narratif qui consiste à « caser » 20-25 petites cases par planche, ce qui je trouve rend la lecture pénible (à moins que cela soit volontaire pour retranscrire le sentiment d’enfermement ?). Mais j’ai fini par me laisser emporter par l’histoire, et j’en suis ressorti assez marqué. J’ai lu l’album hier, et j’y repense toujours beaucoup. La nouvelle éditions chez Tanibis est l’occasion rêvée de (re)découvrir cet album (même si je trouve la nouvelle couverture assez moche).

22/01/2020 (MAJ le 22/10/2024) (modifier)
Couverture de la série Antigone (La Sagesse des Mythes)
Antigone (La Sagesse des Mythes)

Mon premier 4* dans la collection, je m’emporte un peu mais c’est clairement mon tome préféré. Je l’ai lu à la suite de celui sur Œdipe et ça tombe bien puisque ce mythe en est plus ou moins le prolongement. Pas dans le fond mais chronologiquement, Antigone étant la fille d’Œdipe. Avant mon entame, je dois avouer ma grande méconnaissance de son histoire. De ce fait, ma lecture n’a pas été qu’une révision et je me suis pris de passion pour ce mythe. Je le trouve universel, intemporel et d’une complexité insoluble (?). Bref une thématique que je trouve très forte avec l’âge, alors qu’ado j’avais du trop rapidement passer dessus (plus passionné par les 12 travaux et consort). D’un point de vue technique, il n’y a que la couverture qui m’a accroché, le reste est conforme à la collection. Lisible et fluide mais dommage que ça manque de panache. Ma note reflète surtout ma découverte du mythe. Dans la collection, le tome qui m’aura fait le plus cogiter et que j’ai lu avec le plus de plaisir.

21/10/2024 (modifier)
Couverture de la série La Poursuite du bonheur
La Poursuite du bonheur

Amateur de récit classique usant du cadre des grandes villes américaines des années 1950 et des petites gens qui y vivent, j’ai directement été attiré par la couverture de l’album. La Poursuite du bonheur est de fait un drame romantique dans toute sa splendeur, porté par des personnages à la fois froids et passionnés, car l’un n’empêche pas l’autre. Il me faut aussi admettre que le trait de Cyril Bonin a très régulièrement accroché mon œil, doté qu’il est d’une élégance racée qui correspond parfaitement à l’ambiance du récit. L’histoire est prenante, portée par des personnages forts, à commencer par Sara dont la destinée et les choix me marqueront encore longtemps. Les épreuves auxquelles les différents personnages vont être confrontés sont cependant classiques et on ne peut pas vraiment parler de surprises dans le déroulement du récit. Mais c’est tellement bien construit, tellement minutieusement inéluctable que c’est un plaisir à lire. La mise en page est exemplaire, tant au niveau du trait fin et élégant que du choix des couleurs. Le rendu visuel est un vrai hommage au cinéma américain de l’époque et il est très tentant d’imaginer Audrey Hepburn ou Rock Hudson dans les rôles principaux. Sans doute certains lecteurs seront-ils déçus par le caractère prévisible de certains rebondissements mais à titre personnel j’ai vraiment eu l’histoire escomptée. Par conséquent, je recommande chaudement aux amateurs du genre.

21/10/2024 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Traversées - La Route de l'aventure
Traversées - La Route de l'aventure

J’ai rencontré Lucas Vallerie dans le bar associatif de mon bled. C’est ma voisine qu’il m’a informé qu’un auteur BD talentueux venait dédicacer son dernier album. Sur le coup, pas trop emballé, les romans graphiques ce ne sont pas trop ma tasse de thé. Mais bon, quand un auteur BD vient dans mon village je me dois d’aller à sa rencontre et mon Dieu qu’est-ce que j’ai bien fait ! J’ai pris une énormissime claque les amis ! Tout d’abord Lucas est très abordable et fort sympathique. Il prend du temps pour expliquer sa démarche. Son album raconte les histoires poignantes de migrants qui ont tenté de traverser la Méditerranée à la recherche d’une vie meilleure. Lucas a embarqué à bord du navire de sauvetage Geo Barents de Médecins Sans Frontières, a passé 28 jours à documenter les expériences des migrants et des sauveteurs. Son récit est à la fois touchant et réaliste, mettant en lumière les défis et les espoirs de ceux qui entreprennent ce périlleux voyage. Lucas a capturé l’humanité et la résilience des différents personnages, tout en rendant hommage au travail des sauveteurs. C’est magnifique et extrêmement poignant. Les dessins sont puissants et évocateurs, différenciant habilement les histoires des migrants et les jours passés sur le bateau. Juste bravo pour cette dextérité graphique. Vous ne sortirez pas indemne de cette lecture prenante ô combien d’actualité, qui met en exergue la solidarité humaine. Je recommande vivement.

21/10/2024 (modifier)