Cet album est-il réellement une bande dessinée ? En effet, la question peut se poser, étant donné que les dessins n’occupent qu’une part minoritaire de l’album, au milieu de photographies et de textes en pleine page.
Mais ce serait vraiment chipoter. Car cet album est de toute façon une œuvre de salubrité publique. Une œuvre qui met des noms sur des termes génériques, qui nous montre l’envers d’un décor que les actualités évitent de mettre en avant faute de temps. La faute aussi à un certain nombre de préjugés, largement entretenus par un battage médiatique délétère et à de petits calculs électoralistes où le mesquin le dispute à la bêtise, sur fond de racisme.
Mais le racisme naît de l’ignorance, c’est bien connu. C’est pourquoi cet album est nécessaire pour en combattre les certitudes.
Les textes sont emplis d’humanisme et, par leur calme évidence, alliée aux rappels historiques et bibliographiques, tentent de mener un combat dépassionné au profit de ces éternels parias que sont les Roms (dont le génocide perpétré par les Nazis pendant la Seconde guerre mondiale n’a entraîné que peu de compassion – y compris en France).
Sur des images quelque peu désespérantes, le travail d’Alain Keler permet finalement de ne pas désespérer de certains hommes, même s’il remet en question la notion d’humanisme.
A lire !
Ouvrir Sin Titulo engage à oublier ses repères, à en perdre la notion et à l’appréhender comme une œuvre de Charles Burns.
On compare souvent cet élégant ouvrage à l’italienne aux œuvres de Lynch période Blue Velvet, Lost Highway ou Mulholland Drive mais c’est surtout à Donnie Darko dont la conclusion comme les voyages interdimensionnels me font écho, ça y est vous y êtes ? ;)
Si vous continuez à lire mon humble point de vue, c’est que vous êtes réceptifs à ce style de récit, les autres peuvent facilement tourner la page ou cliquer ailleurs voir la Scarlett du jour. :)
Cameron Steward, second couteau talentueux, a eu l’idée de prépublier cette œuvre « sans titre » sous forme d’épisodes sur internet. Le lire dans sa continuité aujourd’hui permet de se rendre compte sur papier de la beauté de son trait limpide et clair dans un ton sépia bichromique de toute beauté.
Il a beau utiliser la méthode du gaufrier à 8 cases, la mise en scène inventive et l’incongruité des situations tient le lecteur en haleine du début à la fin sans connaître une baisse de rythme.
En effet le lecteur est placé dans la peau de cet Américain moyen qui va tout mettre en œuvre pour découvrir quelle est cette séduisante jeune femme blonde en photo à côté de son grand-père récemment décédé.
C’est le départ pour une histoire qui va mélanger rêves et réalité, personnages intrigants, violents et décalés et permettre un voyage en introspective au plus profond des souvenirs de Jake Mc Kay.
Ce dernier va perdre la raison, ses attaches, son métier et sa propre identité au fil d’une histoire en apparence sans queue ni tête mais qui ira jusqu’aux extrêmes limites de la curiosité de Jake ainsi que de celle du lecteur.
Il y a de l’étrange, de la violence mais également de la nostalgie et de la poésie tout au long d’une lecture limpide et réellement agréable. Qu’il est bon parfois de se laisser porter dans un monde sans repères mais pas sans intérêt.
La conclusion peut décevoir au premier abord car elle repose plus de questions qu’elle n’apporte de véritables réponses mais le tour de force c’est qu’elle donne envie de relire toute l’histoire en boucle, armé de nouvelles questions ou indices et que la déception laisse rapidement place à la satisfaction.
Le livre comme souvent chez Ankama (pour ne pas dire toujours) fait l’objet d’une très jolie réalisation éditoriale à ranger directement entre les livres Cornélius de Charles Burns. Je raffole aussi de ce genre de récits troublants qui donnent l’impression de malmener le lecteur pour mieux le séduire. Mission réussie !
J'ajoute mon avis simplement pour qu'il soit affiché dans la rubrique "derniers avis", et ce dans le but que cette BD soit vue par le plus grand nombre car elle est en tous points excellente. Je ne reviendrais donc pas sur la qualités scénaristique, (il faudrait que les petits jeunes qui bouffent de la téléréalité à haute dose puissent lire ça afin qu'ils sachent ce qu'ils verront plus tard. (Mon avis est qu'ils en redemanderont !)), ni sur celles du dessin et l'emploi des couleurs juste très bien.
C'est pas mal les one-shot de cet acabit, hein Soleil ?
Je diverge de la majorité des avis précédents. J'ai relu cette BD récemment et je lui trouve de nombreux points positifs. Tout d'abord le dessin d'Adamov qui est juste parfait avec des trouvailles assez sympas: la base des sous marins nucléaires, les profondeurs du "Kremlin", etc..
Concernant l'histoire, elle n'est pas si mal que cela. Certes elle transpose de manière très romancée l'accession au trône de Russie de la grande Catherine et qui plus est dans un univers futuriste et un brin post apocalyptique et je peux comprendre que cela en déstabilise plus d'un. Mais justement c'est là toute la force de cette histoire qui permets aux auteurs de se lâcher tout en conservant le fil de leur sujet. Je ne trouve pas que l'on parte dans tous les sens, au contraire, les différents protagonistes ont leurs mots à dire et l'univers dans lequel ils évoluent est bien retranscrit. J'aurais pour ma part souhaité approfondir quelques thèmes abordés: cette fameuse base de sous marins, les tractations entres tribus rebelles; mais bon là encore pas mal joué, à moi de me faire ma petite histoire. Il est tout de même bien qu'une Bd vous permette de faire travailler votre imaginaire ou tout du moins de ne pas être oubliée dans les instants qui suivent.
Dans la production pléthorique actuelle cette série déjà ancienne est surement à redécouvrir. (J'espère que Vladimir ne vends pas de vieilles ogives!!)
L’armée de l’ombre est ni plus ni moins (et à égalité avec « Amours fragiles ») ma série de référence en matière de récit centré sur la seconde guerre mondiale.
Elle a pour elle de multiples atouts :
- Tout d’abord, un cadre relativement original puisque nous nous retrouvons sur le front russe, front moins souvent utilisé et au vu de ces deux premiers albums, je dirais même sous-exploité tant il offre un champ d’investigation accrocheur ;
- Ensuite une inversion du point de vue puisque l’auteur place le lecteur dans les traces d’un jeune soldat allemand. Nous nous trouvons ainsi dans le camp des perdants, empreints aux doutes ;
- La qualité de la documentation est elle aussi un des points forts de cette série. L’auteur s’informe tant et plus et cela se ressent au final tant cette histoire semble crédible et propose de multiples détails très instructif pour celui que cette période intéresse ;
- Le dessin, enfin, est vraiment excellent. Réaliste dans ses décors mais n’hésitant pas à être un poil caricatural dans ses personnages (les nez, notamment) pour nous permettre d’ainsi très facilement les différencier, il est, de plus, dynamique et expressif. Que demander de plus ?
Le premier tome m’a fait ressentir le froid de l’hiver russe. Le deuxième tome a bien développé le processus du doute qui lentement s’insinue au cœur de l’armée allemande, et de la perte d’illusion qui l’accompagne.
J’attends avec impatience le prochain tome !!!
Si vous êtes fans de récits historiques traitant de la seconde guerre mondiale, cette série est un indispensable.
Il y a dans les productions modernes quelque chose qui m'attire incontestablement et qui confirme le renouveau de la bd française réaliste. Le talent est quelque chose qui ne se commande pas. On peut dire que les auteurs qui nous avaient déjà impressionnés dans l'Envolée sauvage frappe encore une fois très fort. La maîtrise est aussi parfaite scénaristiquement que graphiquement. Il n'y a qu'à contempler la couverture pour percevoir le regard apeuré et triste de cet enfant maudit. On a tout de suite envie d'en savoir plus.
L'action se passe en mai 1968 au milieu d'une France qui se réveille et qui gronde entre barricades et manifestations. C'est dans ce tumulte qu'un jeune homme va se tourner vers son passé d'enfant adopté afin de connaître ses véritables origines. Cependant, il faudra se plonger dans les heures tristes de notre Histoire où l'on avait tondu à la Libération ces pauvres femmes qui avaient eu le malheur de s'amouracher de l'occupant nazi.
Un cadrage efficace, un trait précis, un scénario bien huilé: tout y est pour passer un agréable moment de lecture au rythme d'une aventure personnelle dans un contexte historique intéressant. Oui, ce récit émouvant et captivant est encore un coup de coeur !
Ajout à l'avis initial
Je viens enfin de terminer la lecture du second tome qui clos ce diptyque dont le premier tome m’avait passionné. Tous les ingrédients étaient présents pour passer un bon moment de lecture. A noter que le récit se concentre sur l’histoire des origines familiales de notre enfant maudit. Il n'y a pas de place à l’Histoire malgré le contexte de Mai 68.
J’avais deviné dans le premier volume qui était en réalité les parents de Gabriel. La réponse m’a été confirmée. Il est dommage d’avoir été privé de retrouvailles. Les chasseurs de nazi d’origine juive ne sont pas montrés sous leurs meilleurs aspects ce qui pourra faire grincer quelques mâchoires.
Sur le fond, les rebondissements sont bien orchestrés par le scénariste qui a maîtrisé son sujet. Certes, le second tome surprend par la direction prise mais cela ne déçoit pas. Le dessin m’est apparu comme très agréable. On va beaucoup voyager au travers de l’enquête menée et il n’y aura pas de temps mort.
Les enfants de mère française et père allemand ou autrichien ont été estimés à 200 000 pour l’hexagone. On parle peu souvent de leur souffrance. Avec cette bd, on est sensibilisé sur ce phénomène des enfants maudits.
Note Dessin : 4/5 – Note scénario : 4/5 – Note Globale : 4/5
Les planches de dessins sont absolument magnifiques. Les décors et les personnages sont bien dessinés. Il y a une grande richesse dans les traits et les couleurs ocre et bleutés. Chaque planche est digne d’un vrai tableau de maître tourmenté et coloré.
L’ambiance dégagée est très singulière. On est très vite captivé malgré la complexité du scénario et du héros central de cette histoire, médecin de profession. L’histoire est pleine d’intelligence, de fantastique et de mystère. C’est au lecteur de reconstituer le puzzle. Parfois, c’est déroutant.
Cependant, le plaisir de cette BD reste intact telle une ballade instructive et argumentée dans les méandres de l'inspiration et de l'imaginaire. Il y a un véritable style de narration directement inspiré par la littérature et notamment par les œuvres d’Edgar Poe entre folie et magie.
Huit albums sont prévus pour raconter la vie d'Algernon Woodcock, un drôle de petit bonhomme avec un énorme chapeau qui abandonne progressivement son éducation cartésienne pour se plonger dans le monde de l’étrange. Nous le suivrons avec plaisir !
Néanmoins, arrivé au 6ème album, cela semble bloquer alors que la qualité était irréprochable. Le 7ème album ne verra probablement pas le jour ce qui est handicapant pour terminer l'intrigue commencée dans le volet précédent. Il s'agirait cette fois-ci d'une mésentente entre les auteurs. Il m'arrive de plus en plus de penser qu'il faudrait acheter les séries totalement terminées pour éviter ce type de désagrément. Entre les affres de la création, le niveau des ventes et les rapports avec les maisons d'édition, cela devient un parcours du combattant. On ne peut que regretter car c'est bien le lecteur acheteur qui en payera le prix.
Note Dessin : 4/5 – Note Scénario : 4/5 – Note Globale : 4/5
J'ai beaucoup aimé cet album assez atypique. Un étrange mariage entre un scénario qui s'est déjà vu et un graphisme très personnel. Sans compter un bon zeste d'érotisme, une touche de questionnement et une tournure proche du conte. Détonnant comme mélange.
Ce qui est bien, c'est qu'a force de faire des achats de BD sans me rappeler pourquoi, je lis un peu de tout et n'importe quoi, ce qui n'est pas pour me déplaire. Encore une fois, je retombe sur un roman graphique pur jus. Et encore une fois en noir et blanc.
Le dessin est le gros point fort de l'album, que ce soit dans la représentation, les cadrages, la mise en page, les contrastes et la construction noir/blanc. Une excellente mise en scène de l'ensemble de la BD. Et bien souvent suggestif d'ailleurs (voir plus que suggestif).
Il supporte une histoire qui est connue, avec des questions sur ce qu'on a fait de sa vie, une sorte de nouveau départ, la question de l'artiste ... Ce sont des sujets déjà usés, mais qui marchent encore une fois à merveille. On sent l'auteur qui parle parfois derrière, mais ça ne m'a pas dérangé. C'est très bon, bien traité et certains dialogues valent le détour.
En somme une bande-dessinée très correcte niveau scénario qui nous propose en plus un dessin franchement sympathique et une mise en page audacieuse mais efficace. J'ai bien aimé, c'est une BD sympathique qui m'a interpelée et que je relirais avec plaisir dans quelque temps. Je ne vous la déconseille pas du tout.
J’avoue pour cette fois avoir beaucoup de mal à parler d’une œuvre que j’ai déjà terminé depuis quelques semaines mais dont il m’est difficile d’exprimer un véritable coup de cœur comme je l’aurais souhaité initialement et vais tacher de m’en expliquer.
Scalped est une des dernières série Vertigo éditées, un label US que j’affectionne tout particulièrement car leur ligne éditoriale est toujours de grande qualité. Il ne s’agit ni plus ni moins d’une peinture sans concessions d’une civilisation laissée pour compte dans une Amérique contemporaine pourrissante : le peuple indien parqué dans un bled ironiquement nommée « Prairie Rose ».
Car il ne faudra guère plus d’un épisode sur les 60 constituants l’intégralité de ce polar pour comprendre que l’espoir n’est pas de mise et que le retour de Dash Bad Horse, agent du FBI infiltré dans la police tribale manipulée du parrain local Red Crow et accessoirement enfant du pays fâché avec ses origines, va entrainer un sacré chaos dans ce petit monde bien tranquille en apparence mais il ne faut pas se fier aux apparences…
Le début de l’histoire se veut assez laborieux en présentant de façon continue un nombre conséquent de personnages. Le trait gras du Serbe Guéra a beau servir les propos, l’encrage n’aide pas vraiment à la reconnaissance des lieux comme des protagonistes.
Le clou est véritablement enfoncé avec un second tome se permettant quelques arrêts sur images, allers et retours apportant autant de confusion que de détails sur la trame principale.
Le héros n’en est pas réellement un et ne possède pas le charisme nécessaire à l’identification en bien comme en mal…
Et pourtant, on se rend compte sur le long terme que Jason Aaron sait parfaitement où il veut en venir. Ce scénariste n’avait peut-être pas encore acquis la reconnaissance mondiale dans son domaine mais Scalped va surement l’aider en ce sens que toutes les pièces du puzzle s’enchevêtrent parfaitement et que ce qui paraissait si imbuvable en premier lieu devient un atout narratif pour les courageux lecteurs malmenés entre violence crue, immoralité ambiante, drogue et sexe scabreux.
Aaron se paye même le luxe de ralentir son histoire par un procédé que j’adore et déjà mis en place entre autres par Ennis sur le cultissime Preacher qui consiste à arrêter l’histoire pour plonger dans le passé d’un personnage secondaire, voire même de développer un arc à l’intérieur d’un autre ce qui enrichit considérablement les points de vue. J’ai ainsi véritablement adoré le traitement du personnage de Shunka, homme de main sans pitié de Red Crow qui cache une terrible souffrance personnelle. C’est simplement somptueux et de grands moments de lecture en perspective.
Le trait de Guéra que je ne plébiscite pas s’améliore également et s’accommode par celui d’autres dessinateurs de qualité qui prennent parfois la relève le temps d’un épisode. L’ensemble graphique reste homogène contrairement à l’horrible adaptation de Django Unchained.
Sans être un coup de cœur véritable ni surpasser tout le bien que je pense de séries « plus courtes » comme Sin City et Criminal, Scalped reste après cout une lecture que je ne peux que recommander et sur laquelle je reviendrais surement. Mon rêve absolu serait de la voir adaptée en série télévisée tant les propos se prêtent à une narration sur le long terme quelque part entre Breaking Bad et The Shield.
J’ai toujours aimé les histoires de mafia et de vengeance et celle-ci ne m’a pas déçu à défaut d’être exceptionnelle mais son ambiance reste envoutante pour peu qu’on se donne la peine d’aller au bout du cauchemar de Dash.
Au cours d’une interview accordée à Bernard Pivot dans un numéro d’Apostrophes daté de 1974, on avait demandé à Hergé quel était son album de Tintin préféré. Il a répondu : « Tintin au Tibet, simplement, c’est une histoire d’amou… d’amitié ». Voilà un lapsus bien révélateur qui a conduit notre auteur Laurent Colonnier à raconter la relation particulière entre Hergé et Tchang. C’est la thèse développée dans cette œuvre polémique.
Quand j’ai commencé ma lecture, je ne savais pas où je mettais les pieds. Je voyais un personnage qui ressemblait à la Castafiore dans le Bruxelles de 1934, puis un grand professeur à la tête de Tournesol. J’ai compris au fil de ma lecture que le fameux Georges était le célèbre Hergé. Tintin a été la grande bande dessinée qui a marqué toute mon enfance. Je la préférais aux Astérix, c’est dire ! Bon, avec cette biographie, inutile de dire que je tombe un peu de haut. Pourtant, plus rien ne devrait m'étonner.
On ne sait pas si c’est vrai ou si c’est faux mais qu’importe ! Pour autant, on découvre chaque jour que des gens célèbres ont vécu toutes sortes d’expériences. Je pense à Alexandre le Grand, James Dean ou encore récemment J. Edgar Hoover. Plus près de nous : le chanteur Mika. Bref, j’ai l’impression que c’est un phénomène de mode. Il n’y a plus de honte à le cacher.
Finalement, j’ai bien aimé ce biopic avec ce parfum un peu scandaleux car on connaissait tous la droiture d’Hergé. Comme quoi. Bon, il ne faut pas exagérer car il n’y aura aucune scène osée. C’est une œuvre bien singulière qui semble crédible à tout égard. J’ai surtout retenu l’inspiration qu’a eue Hergé au fil des gens croisés. Plus encore, c’est le but de cette rencontre organisée par un abbé qui s’inquiétait de voir Hergé truffer sa prochaine aventure, déjà annoncée, de clichés rétrogrades et colonialistes sur la Chine. Pour souligner l'importance de cette rencontre, Hergé crée dans Le Lotus Bleu un nouveau personnage, Tchang, auquel il donne le nom de son ami, ce qu'il n'avait jamais fait et ne refera jamais.
On verra Tintin pleurer au départ de Tchang tout comme à la fin de cette BD comme pour souligner la correspondance entre les deux œuvres. Dans la vraie vie, les retrouvailles n’eurent lieu qu’en 1981 peu de temps avant la mort d’Hergé. Ce dernier est cependant déçu car il retrouve un septuagénaire fatigué et bougon ne parlant plus très bien le français en lieu et place d’un jeune étudiant chinois de talent qui l’avait fortement influencé pour la suite de son œuvre.
A noter que presque tous les éditeurs ont refusé de publier cet album. Certains se sont offusqués de s’attaquer aussi impunément à un mythe commercialement vendeur. Je trouve la démarche de l’auteur assez courageuse quand d’autres n'y verront que de la calomnie. Tintin est-il asexué ? Les femmes n’ont pas leur place dans l’œuvre disait Hergé. Certes. Cependant, on comprend mieux pourquoi. Ce n’est nullement un jugement de valeur mais juste une manière de comprendre certaines choses qui paraissaient bizarres car non dites.
Au final, une BD qui contrairement à ce qu’on pourrait penser rend un bel hommage à Hergé.
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Des Nouvelles d'Alain
Cet album est-il réellement une bande dessinée ? En effet, la question peut se poser, étant donné que les dessins n’occupent qu’une part minoritaire de l’album, au milieu de photographies et de textes en pleine page. Mais ce serait vraiment chipoter. Car cet album est de toute façon une œuvre de salubrité publique. Une œuvre qui met des noms sur des termes génériques, qui nous montre l’envers d’un décor que les actualités évitent de mettre en avant faute de temps. La faute aussi à un certain nombre de préjugés, largement entretenus par un battage médiatique délétère et à de petits calculs électoralistes où le mesquin le dispute à la bêtise, sur fond de racisme. Mais le racisme naît de l’ignorance, c’est bien connu. C’est pourquoi cet album est nécessaire pour en combattre les certitudes. Les textes sont emplis d’humanisme et, par leur calme évidence, alliée aux rappels historiques et bibliographiques, tentent de mener un combat dépassionné au profit de ces éternels parias que sont les Roms (dont le génocide perpétré par les Nazis pendant la Seconde guerre mondiale n’a entraîné que peu de compassion – y compris en France). Sur des images quelque peu désespérantes, le travail d’Alain Keler permet finalement de ne pas désespérer de certains hommes, même s’il remet en question la notion d’humanisme. A lire !
Sin Titulo
Ouvrir Sin Titulo engage à oublier ses repères, à en perdre la notion et à l’appréhender comme une œuvre de Charles Burns. On compare souvent cet élégant ouvrage à l’italienne aux œuvres de Lynch période Blue Velvet, Lost Highway ou Mulholland Drive mais c’est surtout à Donnie Darko dont la conclusion comme les voyages interdimensionnels me font écho, ça y est vous y êtes ? ;) Si vous continuez à lire mon humble point de vue, c’est que vous êtes réceptifs à ce style de récit, les autres peuvent facilement tourner la page ou cliquer ailleurs voir la Scarlett du jour. :) Cameron Steward, second couteau talentueux, a eu l’idée de prépublier cette œuvre « sans titre » sous forme d’épisodes sur internet. Le lire dans sa continuité aujourd’hui permet de se rendre compte sur papier de la beauté de son trait limpide et clair dans un ton sépia bichromique de toute beauté. Il a beau utiliser la méthode du gaufrier à 8 cases, la mise en scène inventive et l’incongruité des situations tient le lecteur en haleine du début à la fin sans connaître une baisse de rythme. En effet le lecteur est placé dans la peau de cet Américain moyen qui va tout mettre en œuvre pour découvrir quelle est cette séduisante jeune femme blonde en photo à côté de son grand-père récemment décédé. C’est le départ pour une histoire qui va mélanger rêves et réalité, personnages intrigants, violents et décalés et permettre un voyage en introspective au plus profond des souvenirs de Jake Mc Kay. Ce dernier va perdre la raison, ses attaches, son métier et sa propre identité au fil d’une histoire en apparence sans queue ni tête mais qui ira jusqu’aux extrêmes limites de la curiosité de Jake ainsi que de celle du lecteur. Il y a de l’étrange, de la violence mais également de la nostalgie et de la poésie tout au long d’une lecture limpide et réellement agréable. Qu’il est bon parfois de se laisser porter dans un monde sans repères mais pas sans intérêt. La conclusion peut décevoir au premier abord car elle repose plus de questions qu’elle n’apporte de véritables réponses mais le tour de force c’est qu’elle donne envie de relire toute l’histoire en boucle, armé de nouvelles questions ou indices et que la déception laisse rapidement place à la satisfaction. Le livre comme souvent chez Ankama (pour ne pas dire toujours) fait l’objet d’une très jolie réalisation éditoriale à ranger directement entre les livres Cornélius de Charles Burns. Je raffole aussi de ce genre de récits troublants qui donnent l’impression de malmener le lecteur pour mieux le séduire. Mission réussie !
Live war heroes
J'ajoute mon avis simplement pour qu'il soit affiché dans la rubrique "derniers avis", et ce dans le but que cette BD soit vue par le plus grand nombre car elle est en tous points excellente. Je ne reviendrais donc pas sur la qualités scénaristique, (il faudrait que les petits jeunes qui bouffent de la téléréalité à haute dose puissent lire ça afin qu'ils sachent ce qu'ils verront plus tard. (Mon avis est qu'ils en redemanderont !)), ni sur celles du dessin et l'emploi des couleurs juste très bien. C'est pas mal les one-shot de cet acabit, hein Soleil ?
L'Impératrice rouge
Je diverge de la majorité des avis précédents. J'ai relu cette BD récemment et je lui trouve de nombreux points positifs. Tout d'abord le dessin d'Adamov qui est juste parfait avec des trouvailles assez sympas: la base des sous marins nucléaires, les profondeurs du "Kremlin", etc.. Concernant l'histoire, elle n'est pas si mal que cela. Certes elle transpose de manière très romancée l'accession au trône de Russie de la grande Catherine et qui plus est dans un univers futuriste et un brin post apocalyptique et je peux comprendre que cela en déstabilise plus d'un. Mais justement c'est là toute la force de cette histoire qui permets aux auteurs de se lâcher tout en conservant le fil de leur sujet. Je ne trouve pas que l'on parte dans tous les sens, au contraire, les différents protagonistes ont leurs mots à dire et l'univers dans lequel ils évoluent est bien retranscrit. J'aurais pour ma part souhaité approfondir quelques thèmes abordés: cette fameuse base de sous marins, les tractations entres tribus rebelles; mais bon là encore pas mal joué, à moi de me faire ma petite histoire. Il est tout de même bien qu'une Bd vous permette de faire travailler votre imaginaire ou tout du moins de ne pas être oubliée dans les instants qui suivent. Dans la production pléthorique actuelle cette série déjà ancienne est surement à redécouvrir. (J'espère que Vladimir ne vends pas de vieilles ogives!!)
L'Armée de l'ombre
L’armée de l’ombre est ni plus ni moins (et à égalité avec « Amours fragiles ») ma série de référence en matière de récit centré sur la seconde guerre mondiale. Elle a pour elle de multiples atouts : - Tout d’abord, un cadre relativement original puisque nous nous retrouvons sur le front russe, front moins souvent utilisé et au vu de ces deux premiers albums, je dirais même sous-exploité tant il offre un champ d’investigation accrocheur ; - Ensuite une inversion du point de vue puisque l’auteur place le lecteur dans les traces d’un jeune soldat allemand. Nous nous trouvons ainsi dans le camp des perdants, empreints aux doutes ; - La qualité de la documentation est elle aussi un des points forts de cette série. L’auteur s’informe tant et plus et cela se ressent au final tant cette histoire semble crédible et propose de multiples détails très instructif pour celui que cette période intéresse ; - Le dessin, enfin, est vraiment excellent. Réaliste dans ses décors mais n’hésitant pas à être un poil caricatural dans ses personnages (les nez, notamment) pour nous permettre d’ainsi très facilement les différencier, il est, de plus, dynamique et expressif. Que demander de plus ? Le premier tome m’a fait ressentir le froid de l’hiver russe. Le deuxième tome a bien développé le processus du doute qui lentement s’insinue au cœur de l’armée allemande, et de la perte d’illusion qui l’accompagne. J’attends avec impatience le prochain tome !!! Si vous êtes fans de récits historiques traitant de la seconde guerre mondiale, cette série est un indispensable.
L'Enfant maudit
Il y a dans les productions modernes quelque chose qui m'attire incontestablement et qui confirme le renouveau de la bd française réaliste. Le talent est quelque chose qui ne se commande pas. On peut dire que les auteurs qui nous avaient déjà impressionnés dans l'Envolée sauvage frappe encore une fois très fort. La maîtrise est aussi parfaite scénaristiquement que graphiquement. Il n'y a qu'à contempler la couverture pour percevoir le regard apeuré et triste de cet enfant maudit. On a tout de suite envie d'en savoir plus. L'action se passe en mai 1968 au milieu d'une France qui se réveille et qui gronde entre barricades et manifestations. C'est dans ce tumulte qu'un jeune homme va se tourner vers son passé d'enfant adopté afin de connaître ses véritables origines. Cependant, il faudra se plonger dans les heures tristes de notre Histoire où l'on avait tondu à la Libération ces pauvres femmes qui avaient eu le malheur de s'amouracher de l'occupant nazi. Un cadrage efficace, un trait précis, un scénario bien huilé: tout y est pour passer un agréable moment de lecture au rythme d'une aventure personnelle dans un contexte historique intéressant. Oui, ce récit émouvant et captivant est encore un coup de coeur ! Ajout à l'avis initial Je viens enfin de terminer la lecture du second tome qui clos ce diptyque dont le premier tome m’avait passionné. Tous les ingrédients étaient présents pour passer un bon moment de lecture. A noter que le récit se concentre sur l’histoire des origines familiales de notre enfant maudit. Il n'y a pas de place à l’Histoire malgré le contexte de Mai 68. J’avais deviné dans le premier volume qui était en réalité les parents de Gabriel. La réponse m’a été confirmée. Il est dommage d’avoir été privé de retrouvailles. Les chasseurs de nazi d’origine juive ne sont pas montrés sous leurs meilleurs aspects ce qui pourra faire grincer quelques mâchoires. Sur le fond, les rebondissements sont bien orchestrés par le scénariste qui a maîtrisé son sujet. Certes, le second tome surprend par la direction prise mais cela ne déçoit pas. Le dessin m’est apparu comme très agréable. On va beaucoup voyager au travers de l’enquête menée et il n’y aura pas de temps mort. Les enfants de mère française et père allemand ou autrichien ont été estimés à 200 000 pour l’hexagone. On parle peu souvent de leur souffrance. Avec cette bd, on est sensibilisé sur ce phénomène des enfants maudits. Note Dessin : 4/5 – Note scénario : 4/5 – Note Globale : 4/5
Algernon Woodcock
Les planches de dessins sont absolument magnifiques. Les décors et les personnages sont bien dessinés. Il y a une grande richesse dans les traits et les couleurs ocre et bleutés. Chaque planche est digne d’un vrai tableau de maître tourmenté et coloré. L’ambiance dégagée est très singulière. On est très vite captivé malgré la complexité du scénario et du héros central de cette histoire, médecin de profession. L’histoire est pleine d’intelligence, de fantastique et de mystère. C’est au lecteur de reconstituer le puzzle. Parfois, c’est déroutant. Cependant, le plaisir de cette BD reste intact telle une ballade instructive et argumentée dans les méandres de l'inspiration et de l'imaginaire. Il y a un véritable style de narration directement inspiré par la littérature et notamment par les œuvres d’Edgar Poe entre folie et magie. Huit albums sont prévus pour raconter la vie d'Algernon Woodcock, un drôle de petit bonhomme avec un énorme chapeau qui abandonne progressivement son éducation cartésienne pour se plonger dans le monde de l’étrange. Nous le suivrons avec plaisir ! Néanmoins, arrivé au 6ème album, cela semble bloquer alors que la qualité était irréprochable. Le 7ème album ne verra probablement pas le jour ce qui est handicapant pour terminer l'intrigue commencée dans le volet précédent. Il s'agirait cette fois-ci d'une mésentente entre les auteurs. Il m'arrive de plus en plus de penser qu'il faudrait acheter les séries totalement terminées pour éviter ce type de désagrément. Entre les affres de la création, le niveau des ventes et les rapports avec les maisons d'édition, cela devient un parcours du combattant. On ne peut que regretter car c'est bien le lecteur acheteur qui en payera le prix. Note Dessin : 4/5 – Note Scénario : 4/5 – Note Globale : 4/5
La Maison dans les blés
J'ai beaucoup aimé cet album assez atypique. Un étrange mariage entre un scénario qui s'est déjà vu et un graphisme très personnel. Sans compter un bon zeste d'érotisme, une touche de questionnement et une tournure proche du conte. Détonnant comme mélange. Ce qui est bien, c'est qu'a force de faire des achats de BD sans me rappeler pourquoi, je lis un peu de tout et n'importe quoi, ce qui n'est pas pour me déplaire. Encore une fois, je retombe sur un roman graphique pur jus. Et encore une fois en noir et blanc. Le dessin est le gros point fort de l'album, que ce soit dans la représentation, les cadrages, la mise en page, les contrastes et la construction noir/blanc. Une excellente mise en scène de l'ensemble de la BD. Et bien souvent suggestif d'ailleurs (voir plus que suggestif). Il supporte une histoire qui est connue, avec des questions sur ce qu'on a fait de sa vie, une sorte de nouveau départ, la question de l'artiste ... Ce sont des sujets déjà usés, mais qui marchent encore une fois à merveille. On sent l'auteur qui parle parfois derrière, mais ça ne m'a pas dérangé. C'est très bon, bien traité et certains dialogues valent le détour. En somme une bande-dessinée très correcte niveau scénario qui nous propose en plus un dessin franchement sympathique et une mise en page audacieuse mais efficace. J'ai bien aimé, c'est une BD sympathique qui m'a interpelée et que je relirais avec plaisir dans quelque temps. Je ne vous la déconseille pas du tout.
Scalped
J’avoue pour cette fois avoir beaucoup de mal à parler d’une œuvre que j’ai déjà terminé depuis quelques semaines mais dont il m’est difficile d’exprimer un véritable coup de cœur comme je l’aurais souhaité initialement et vais tacher de m’en expliquer. Scalped est une des dernières série Vertigo éditées, un label US que j’affectionne tout particulièrement car leur ligne éditoriale est toujours de grande qualité. Il ne s’agit ni plus ni moins d’une peinture sans concessions d’une civilisation laissée pour compte dans une Amérique contemporaine pourrissante : le peuple indien parqué dans un bled ironiquement nommée « Prairie Rose ». Car il ne faudra guère plus d’un épisode sur les 60 constituants l’intégralité de ce polar pour comprendre que l’espoir n’est pas de mise et que le retour de Dash Bad Horse, agent du FBI infiltré dans la police tribale manipulée du parrain local Red Crow et accessoirement enfant du pays fâché avec ses origines, va entrainer un sacré chaos dans ce petit monde bien tranquille en apparence mais il ne faut pas se fier aux apparences… Le début de l’histoire se veut assez laborieux en présentant de façon continue un nombre conséquent de personnages. Le trait gras du Serbe Guéra a beau servir les propos, l’encrage n’aide pas vraiment à la reconnaissance des lieux comme des protagonistes. Le clou est véritablement enfoncé avec un second tome se permettant quelques arrêts sur images, allers et retours apportant autant de confusion que de détails sur la trame principale. Le héros n’en est pas réellement un et ne possède pas le charisme nécessaire à l’identification en bien comme en mal… Et pourtant, on se rend compte sur le long terme que Jason Aaron sait parfaitement où il veut en venir. Ce scénariste n’avait peut-être pas encore acquis la reconnaissance mondiale dans son domaine mais Scalped va surement l’aider en ce sens que toutes les pièces du puzzle s’enchevêtrent parfaitement et que ce qui paraissait si imbuvable en premier lieu devient un atout narratif pour les courageux lecteurs malmenés entre violence crue, immoralité ambiante, drogue et sexe scabreux. Aaron se paye même le luxe de ralentir son histoire par un procédé que j’adore et déjà mis en place entre autres par Ennis sur le cultissime Preacher qui consiste à arrêter l’histoire pour plonger dans le passé d’un personnage secondaire, voire même de développer un arc à l’intérieur d’un autre ce qui enrichit considérablement les points de vue. J’ai ainsi véritablement adoré le traitement du personnage de Shunka, homme de main sans pitié de Red Crow qui cache une terrible souffrance personnelle. C’est simplement somptueux et de grands moments de lecture en perspective. Le trait de Guéra que je ne plébiscite pas s’améliore également et s’accommode par celui d’autres dessinateurs de qualité qui prennent parfois la relève le temps d’un épisode. L’ensemble graphique reste homogène contrairement à l’horrible adaptation de Django Unchained. Sans être un coup de cœur véritable ni surpasser tout le bien que je pense de séries « plus courtes » comme Sin City et Criminal, Scalped reste après cout une lecture que je ne peux que recommander et sur laquelle je reviendrais surement. Mon rêve absolu serait de la voir adaptée en série télévisée tant les propos se prêtent à une narration sur le long terme quelque part entre Breaking Bad et The Shield. J’ai toujours aimé les histoires de mafia et de vengeance et celle-ci ne m’a pas déçu à défaut d’être exceptionnelle mais son ambiance reste envoutante pour peu qu’on se donne la peine d’aller au bout du cauchemar de Dash.
Georges & Tchang - Une histoire d'amour au vingtième siècle
Au cours d’une interview accordée à Bernard Pivot dans un numéro d’Apostrophes daté de 1974, on avait demandé à Hergé quel était son album de Tintin préféré. Il a répondu : « Tintin au Tibet, simplement, c’est une histoire d’amou… d’amitié ». Voilà un lapsus bien révélateur qui a conduit notre auteur Laurent Colonnier à raconter la relation particulière entre Hergé et Tchang. C’est la thèse développée dans cette œuvre polémique. Quand j’ai commencé ma lecture, je ne savais pas où je mettais les pieds. Je voyais un personnage qui ressemblait à la Castafiore dans le Bruxelles de 1934, puis un grand professeur à la tête de Tournesol. J’ai compris au fil de ma lecture que le fameux Georges était le célèbre Hergé. Tintin a été la grande bande dessinée qui a marqué toute mon enfance. Je la préférais aux Astérix, c’est dire ! Bon, avec cette biographie, inutile de dire que je tombe un peu de haut. Pourtant, plus rien ne devrait m'étonner. On ne sait pas si c’est vrai ou si c’est faux mais qu’importe ! Pour autant, on découvre chaque jour que des gens célèbres ont vécu toutes sortes d’expériences. Je pense à Alexandre le Grand, James Dean ou encore récemment J. Edgar Hoover. Plus près de nous : le chanteur Mika. Bref, j’ai l’impression que c’est un phénomène de mode. Il n’y a plus de honte à le cacher. Finalement, j’ai bien aimé ce biopic avec ce parfum un peu scandaleux car on connaissait tous la droiture d’Hergé. Comme quoi. Bon, il ne faut pas exagérer car il n’y aura aucune scène osée. C’est une œuvre bien singulière qui semble crédible à tout égard. J’ai surtout retenu l’inspiration qu’a eue Hergé au fil des gens croisés. Plus encore, c’est le but de cette rencontre organisée par un abbé qui s’inquiétait de voir Hergé truffer sa prochaine aventure, déjà annoncée, de clichés rétrogrades et colonialistes sur la Chine. Pour souligner l'importance de cette rencontre, Hergé crée dans Le Lotus Bleu un nouveau personnage, Tchang, auquel il donne le nom de son ami, ce qu'il n'avait jamais fait et ne refera jamais. On verra Tintin pleurer au départ de Tchang tout comme à la fin de cette BD comme pour souligner la correspondance entre les deux œuvres. Dans la vraie vie, les retrouvailles n’eurent lieu qu’en 1981 peu de temps avant la mort d’Hergé. Ce dernier est cependant déçu car il retrouve un septuagénaire fatigué et bougon ne parlant plus très bien le français en lieu et place d’un jeune étudiant chinois de talent qui l’avait fortement influencé pour la suite de son œuvre. A noter que presque tous les éditeurs ont refusé de publier cet album. Certains se sont offusqués de s’attaquer aussi impunément à un mythe commercialement vendeur. Je trouve la démarche de l’auteur assez courageuse quand d’autres n'y verront que de la calomnie. Tintin est-il asexué ? Les femmes n’ont pas leur place dans l’œuvre disait Hergé. Certes. Cependant, on comprend mieux pourquoi. Ce n’est nullement un jugement de valeur mais juste une manière de comprendre certaines choses qui paraissaient bizarres car non dites. Au final, une BD qui contrairement à ce qu’on pourrait penser rend un bel hommage à Hergé.