Dans l'esprit des gens, le nom de Catherine de Médicis est synonyme de reine-mère morne, cruelle, machiavélique et calculatrice, elle aurait pu faire une bonne candidate dans la collection des Reines de sang chez Delcourt ; certes il y a du vrai, mais ici, Glénat et Fayard tentent de démontrer que même si son nom est associé aux guerres de Religion et surtout au sanglant massacre de la Saint-Barthélémy, elle était partisane d'une politique de conciliation.
Dans une période aussi riche et aussi chargée, il n'était guère aisé de raconter les nombreux événements qui ont jalonné le royaume entre les années 1550 et 1580, le scénariste a dû faire un tri pour concocter une intrigue suffisamment intéressante sans ennuyer le lecteur non initié à cette période ; il en résulte un scénario dense, pas toujours facile à suivre et qui brasse parfois des actions rapidement, mais qui évite le didactisme qui peut plomber certaines Bd historiques. On assiste donc à de nombreux événements célèbres : la prise de Calais, la mort tragique d'Henri II, la conjuration d'Amboise (avec les fameux pendus au balcon du château), le tour de France de Catherine et du jeune Charles IX, le massacre de Wassy (qui déclenche toute la rivalité entre protestants et catholiques), le colloque de Poissy, la bataille de Jarnac (avec la mort de Condé), l'attentat raté de Coligny (et sa mort horrible lors de la Saint-Barthélémy), l'assassinat du duc de Guise à Blois... même la stérilité provisoire de Catherine est évoquée lors d'une petite scène avec François Ier (alors qu'elle n'est pas encore reine). Comme on le voit, tout ceci fait beaucoup, mais l'accumulation de faits ennuyeuse est évitée par une méthode habile de narration.
De nombreux personnages défilent : le pauvre petit François II (roi-enfant à la santé fragile dont la mort est montrée), Charles IX (qui comme tous les enfants de Catherine est déséquilibré, et non moins fragile puisqu'il meurt à 24 ans de tuberculose et de remord), le chancelier Michel de L'Hospital, l'amiral de Coligny, les ducs François de Guise et Henri de Guise, le baron des Adrets, Condé, Margot et Henri de Navarre, Henri III (le moins faible des 3 fils rois de Catherine, le plus intelligent et le plus cultivé, mais tout aussi déséquilibré et extravagant et maniéré). Même l'Escadron volant est évoqué... Tous ont une place parfois réduite ou plus conséquente. Le point d'orgue de tout ceci est le massacre de la Saint-Barthélémy qui occupe 5 pages dans le dernier quart de l'album, l'action s'arrêtant avant l'assassinat d'Henri III.
Cet album tente avant tout de réhabiliter le personnage controversé de Catherine de Médicis et à relativiser sa "légende noire" ; son image est donc plus contrastée, montrant son intelligence et son grand sens politique dans une époque très troublée constituée d'alliances pas toujours opportunes, d'intrigues, de trahisons et d'exactions. Elle a cherché à conserver l'unité du royaume et à restaurer une autorité royale au prestige indéfectible à travers il est vrai, l'exercice du pouvoir de ses fils, ceux-ci n'étant que des pantins (surtout François II et Charles IX), cet aspect est montré. Elle souhaitait vraiment imposer la paix en faisant cohabiter les 2 religions, mais le jeu des pouvoirs, les manigances des 2 partis dos à dos empêcheront cet idéal ; cet aspect est montré aussi, tout comme le poids de sa responsabilité dans la préparation du massacre de la Saint-Barthélémy. Elle endosse en effet une lourde responsabilité dans ce qui devait être au départ une sorte d'épuration, mais ça a vite dégénéré en boucherie et ça s'est étendu non seulement dans Paris (où la Seine charriait des flots de sang et de cadavres) mais aussi à toute la France..
Un tel récit devait être soutenu par une partie graphique de belle tenue, c'est le cas, le dessin est très beau, le dessinateur italien montre en un trait puissant et élégant tous les événements décrits et les grands personnages, soigne ses décors célèbres, le raffinement des costumes, mais n'arrive pas à stabiliser le visage de Catherine, c'est un peu dommage ; mais on passera sur ce détail tant l'ensemble est bien traité.
Jusqu'à présent, avec Vercingétorix et Charlemagne, c'est un des meilleurs albums de la collection Ils ont fait l'Histoire.
Comme dit dans un autre avis sur les Bd concernant le cyclisme, j'ai été dans mon enfance assez passionné par le Tour de France (l'époque Merckx surtout entre 1969 et 1976) et par les coureurs que j'aimais comme Poulidor, Ocana, Van Impe, Zoetemelk, Gimondi, Thévenet... jusqu'au premier Tour de Greg Lemond. Cette passion m'avait été transmise par mon grand père qui était dans le vélo et qui avait connu personnellement Bartali et Bobet. Après Lemond et l'époque Hinault, j'ai décroché car ce sport a commencé à être moins propre, et surtout beaucoup trop médiatisé.
Lax rend un hommage à la petite reine dans ce bel album, c'est les débuts du cyclisme, une époque héroïque avec les premiers Tours de France, tout un monde bien éloigné de nous et presque oublié de nos jours, avec de vrais pionniers comme Petit-Breton, Lapize, Trousselier, Garrigou, Thys ou Faber, des gars qui souffraient sur des vélos rudimentaires et sur des routes pyrénéennes dont l'état en ce temps-là était déplorable. A cette époque, ces gars en chiaient vraiment, les crevaisons étaient fréquentes, ils devaient changer leurs boyaux eux-mêmes, les vélos étaient lourds et inconfortables, l'équipement très artisanal, les blessures très douloureuses... bref rien à voir avec le cyclisme moderne que l'on connait avec de belles routes de montagnes regoudronnées chaque année et où les coureurs sont devenus de véritables assistés au coeur d'un dispositif technologique de pointe et d'une ultra médiatisation.
Le vélo et la montagne sont très liés depuis les débuts du cyclisme comme on le voit dans cette aventure qui restitue à merveille cette époque grisante, et dotée d'un personnage très attachant et farouchement déterminé à accomplir son rêve. J'admire des gars comme ça qui ont une telle volonté, une telle abnégation malgré les obstacles.
Le scénario progresse de façon remarquable avec un bon dosage d'émotion, et Lax dont je n'aime pas habituellement le dessin, notamment sur Le Choucas, fait preuve d'un trait plus appliqué (la pleine page du Pic du Midi en construction est vraiment superbe).
D'autre part, la Bd est instructive, j'ignorais ces portages vers le Pic, mais en même temps, il fallait bien grimper là-haut tout ce qui a servi à construire l'observatoire, et ensuite ravitailler les scientifiques qui y travaillaient. Pour y être allé moi-même une fois (en voiture par la piste en fin d'été), je trouve remarquable le courage des gars qui grimpaient chaque jour à pied, même l'hiver.
L'aspect humaniste est enfin bien développé tout au long de ces pages, j'ai bien aimé la relation chaleureuse entre Amédée et Camille, et la ferveur populaire envers Amédée ; je reproche seulement une fin trop hâtive et trop abrupte. Sinon, c'est une belle histoire sportive et une formidable aventure humaine, un défi au destin qui je crois peut plaire même à des lecteurs n'aimant pas particulièrement le cyclisme, mais beaucoup plus aux amateurs de vélo..
Cette BD est un joli conte fantastique autour du sujet du temps et de l'amitié.
C'est l'histoire d'un petit garçon des années 1950 qui, en vacances seul chez son oncle et sa tante, découvre au milieu de chaque nuit un passage vers un jardin de l'époque Victorienne où il devient très ami avec une petite fille. Mais tandis qu'ils se retrouvent chaque nuit aux yeux du petit garçon, en fait le temps s'écoule différemment pour la petite fille.
Le dessin est très agréable et j'aime bien le contraste qu'il offre entre les années 50 un peu grises et mornes et la lumière colorée du jardin victorien.
C'est une fable douce, légèrement contemplative, sans méchants ni épreuves. Les dialogues sont bons et les réactions des personnages crédibles. C'est mignon et beau à la fois, et aussi empli d'une bonne dose de sagesse. J'ai été assez touché et j'en conseille la lecture avec plaisir.
Avouons le d'entrée, une fois qu'on a passé le cap du dessin, ça envoie du lourd ! Le dessin est ce que je qualifierais de minimaliste, surtout au niveau des traits du visage des différents personnages. Mais, finalement, pris par l'intrigue, on en oublie ce petit désagrément et je me suis aperçu que ça collait bien à l'ambiance nerveuse, rapide de ce polar. Enfin polar pas vraiment, disons plutôt western moderne avec tous les ingrédients de l'ancien.
Une ville sous la coupe d'une famille un brin dégénérée avec à sa tête le patriarche très pourri, le héros solitaire sur qui les ennuis tombent sans fin, un pauvre gars frappé par le destin dont la vie a été laminée par la faute de la famille qui met la ville en coupe, une blonde comme on n'en fait plus et enfin quelques mafiosos particulièrement réussis. Le type du début qui suçote ses olives est carrément jouissif.
Un scénario au cordeau et des répliques qui font mouche, voilà un one shot indispensable, très cinématographique et qui, comme dit par mes prédécesseurs, mériterait une adaptation. A conseiller.
Tome 2 : Et bien mes aïeux!! Comment avec de l'ultra classique faire un truc qui claque ? Avec des éléments vus et revus, les film de prisons et de bagnes poisseux nous ont déjà tout dit, les auteurs réussissent le tour de force de nous captiver de la première à la dernière case.
Ce qui me bluffe particulièrement c'est l'adéquation dessin/narration et rythme. En effet le dessin arrive à installer un climat dense et poisseux et un faux rythme qui sous des airs de rapidité prend son temps pour installer les choses. La narration oscille constamment entre scènes violentes ou pleines de tension et des plages plus tranquilles mais ces différents ressentis ne sont jamais éloignés les uns des autres.
Les mots me manquent pour dire toute mon admiration sur la construction basique mais d'une efficacité redoutable de cette histoire, messieurs Nury et Brûno , bravo et bien entendu il faut lire ce diptyque en souhaitant que cela devienne une trilogie rapidement.
Luz aurait dû faire partie des victimes s’il était arrivé à l’heure à la conférence de rédaction de Charlie Hebdo. Pourtant, il n’a pas échappé au « traumatisme du survivant ». Pour tenter de canaliser son angoisse, il fallait qu’il retrouve l’envie de dessiner. Selon ses propres termes, ce livre ne se veut ni une bédé ni un témoignage, mais « l’histoire de retrouvailles entre deux amis [le dessin, ndr] qui ont failli un jour ne plus jamais se croiser ».
Un peu par hasard, j’ai lu cette BD une semaine après les attentats du 13 novembre. Ce qui ajoutait une dimension supplémentaire à ma lecture dans la mesure où la sidération était revenue, la même quasiment que celle que j’avais ressenti en début d’année. Et si l’on peine à réaliser l’impensable, comment alors rire avec l’impensable ? Comme tous ses amis de Charlie, Luz était convaincu qu’on pouvait rire de tout. Il était donc logique, après avoir retrouvé son « ami » (le dessin), qu’il réalise cet ouvrage, à défaut de réaliser ce qui lui tombait sur le nez. Mais cette fois, le rire a jauni et perdu quelques éclats dans cette immonde tuerie. Minimaliste comme toujours, son dessin est devenu à la fois plus fragile et plus rageur, et s’il a conservé sa causticité, il semble néanmoins amputé de l’hilarante bonhommie qui le caractérisait. Comment pourrait-il en être autrement ?
« Catharsis » commence par cette même sidération, celle de cent paires d’yeux exorbités devant l’atrocité, réponse en dessin de Luz au question du flic, la seule dont il était capable au lendemain de la tuerie. Puis se poursuit dans un humour très noir, avec un clin d’œil aux Idées Noires de Franquin, ce qui en dit long sur l’état psychologique de l’ami Luz. Mais ce dernier prouve que l’humour reste un excellent exutoire, lorsqu’il décide de baptiser « Ginette » sa boule au ventre, cette excroissance comme une entité autonome et indomptable faisant de lui une sorte de mutant. Et puis il y a aussi ces deux silhouettes noires de djihadistes déboulant au coin de la rue en tirant des salves de kalach, puis enchaînant une sorte de danse macabre qui viendra nous hanter jusqu’à la fin de l’ouvrage. C’est souvent désespéré avec toutefois de beaux moments d’émotion et de poésie, ainsi qu’une petite note d’espoir en conclusion. Des pages réalisées dans l’urgence qu’on pourrait qualifier d’acte de survie d’un dessinateur satirique ayant échappé à la folie religieuse en ce début de XXIe siècle.
Voilà un album surprenant ! Fabcaro, toujours aussi barré et efficace dans l'absurde nous concocte là un album qui prend à parti notre quotidien en exacerbant ses travers les plus menus pour pointer du doigt de façon subtiles des folies et non sens de notre société.
C'est toujours aussi désarçonnant, que ce soit de par les dialogues qu'il nous sert ou les situations qu'il propose, et le fou rire n'est du coup jamais très loin. Mais c'est vrai quoi, qu'elle idée aussi d'oublier sa carte du magasin en allant faire ses courses !!!??? Faut être inconscient !!
Le dessin minimaliste et l'utilisation d'une seule couleur marron/vert pour accompagner son noir et blanc donne la part belle à son histoire loufoque. Ses personnages aux visages presque absents sont pourtant très expressifs ; que ce soit dans les postures, les positions des mains (sur lesquelles il délire par ailleurs) ou des corps, son trait minimaliste dégage énormément en intention et assoie le tout de manière remarquable.
Alors, si une bonne tranche d'absurde et de rigolade vous tente, je ne peux que vous renvoyer vers cet album qui colle parfaitement avec cette phrase d'Audiard que j'affectionne particulièrement : "Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière"
Si j’ai fort apprécié cette lecture, j’ai plus de mal à accepter l’image qu’elle véhicule inconsciemment, à savoir : la guerre, ce n’est finalement pas si dramatique que ça. Non que Nicolas Wild tienne pareil propos mais sa façon très sympathique de raconter son périple nous en ferait oublier la toile de fond.
En effet, au fil des pages, à l’évocation des événements vécus par l’auteur, le lecteur en viendrait à trouver que tout cela est finalement plus amusant qu’autre chose. Nicolas Wild, de fait, nous présente ses aventures en Afghanistan avec un tel humour, une telle distanciation qu’il en occulte souvent les aspects dramatiques (ou les tourne en dérision). Il ne masque pourtant rien mais, voilà, ce graphisme rond et dépouillé, ces dialogues bon enfants sont des boucliers devant l’atrocité d’une guerre. Je ne lui en veux pas, je ne le condamne pas. Je comprends même que quelqu’un qui a vécu ces événements cherche à s’en détacher et à relativiser. Je trouve juste que l’image ainsi reproduite est tronquée, très rassurante pour le lecteur européen que je suis (même si consternante au niveau de l’efficacité voire même de l’opportunité de l’intervention tant militaire que des ONG de culture européenne dans des pays du Moyen-Orient).
Et, comme je le disais, la lecture des deux tomes est très agréable, instructive autant que distrayante. Le dessin, simple rond et dépourvu de couleur (ici, une tâche de sang sera propre), les décors simplifiés (une maison détruite ne « sent » ni la poussière ni les égouts), les visages bon-enfant font de ce trait quelque chose de simple, d’immédiat, d’apaisant. Un contraste avec la situation décrite qui crée une distanciation chez le lecteur. Et puis derrière l’ironie et l’autodérision se cache un constat consternant. Je sors de cette lecture avec le sentiment que rien de ce qui est fait, sera fait, pourrait être fait par des pays occidentaux ne sera utile ou opportun. Comment imposer un gouvernement central dans un pays naturellement divisé ? Comment espérer dissuader ce pays de produire de la drogue lorsqu’il s’agit là de leur principale source de revenus (drogue achetée par des ressortissants de ces même pays occidentaux qui en condamnent la production) ?
Donc voilà un avis très paradoxal. Je trouve ces deux tomes très chouettes à lire mais « avec des pincettes », en gardant dans le coin de la tête qu’un pays en guerre ou en reconstruction d’après-guerre n’épargne pas les populations y vivant.
J'avais gardé un très bon souvenir de Wayne Redlake des mêmes auteurs, et voila que je tombe sur cet album lors d'un échange de Bd, quelle joie ! C'est exactement ce que j'aime, de la détente pure, alliée à mon genre préféré.
C'est encore du western très influencé par l'univers de Sergio Leone qui a décidément beaucoup inspiré les auteurs de BD. Mais cet univers sait inventer ses propres particularités, tel ce décor de rochers au bord de la mer, décor assez rare en western ; si ma mémoire est bonne, je n'ai vu la mer dans un tel contexte que dans la Vengeance aux 2 visages, de Marlon Brando, et dans L'homme des hautes plaines, de Clint Eastwood.
Les auteurs installent une ambiance des plus jouissives, des codes bien établis, une outrance réjouissante et des séquences typiques de ce type de western un peu cradoque et ambigu, où la frontière entre bons et méchants est floue, le tout tempéré par un joyeux érotisme dont ils n'abusent pas, alors qu'il aurait été si facile de dénuder encore plus les 2 belles pépées de ce récit. Tous ces éléments seront repris de plus belle en 1995 dans Wayne Redlake, même le dessin sera plus nerveux et vigoureux.
Ici, Lamy fait preuve d'un trait joli et léché, on sent qu'il s'est bien appliqué à soigner des détails, mais son dessin n'a pas la même vigueur que dans Wayne Redlake, il est moins musclé, tout en adoptant un style cinématographique qu'il amplifiera, à savoir des gros plans de flingues et de visages, des contre-plongées, et surtout des cases au format panoramique rappelant le cinémascope des films de Leone. A ce titre, le duel final dantesque dans la rue entre les 2 héroïnes est superbe avec ses cases en continuité en double page.
Je crois que cet album régalera plus un public de mecs que de filles (pourtant c'est les femmes qui mènent le bal), mais tout amateur de western doit le lire, même si le final est très cliché..
Certes, je suis un habitué des bandes dessinées dites "pour adultes" ou "pour public averti", comme il est noté sur le sticker de cet album signé Vince (que je ne connaissais pas) et Zep (que l'on ne présente plus), mais là je dois dire que Esmera est une véritable surprise, dans le bon sens du terme.
J'avais découvert Zep avec son Happy Sex, recueil d'histoires assez osées pour l'auteur de Titeuf, et je le retrouve ici au scénario d'une aventure pornographique, assez drôle tout de même, illustrée par Vince.
Le dessin, tout en lavis, est assez réaliste, tout en en gardant un côté comique. En effet, le fil rouge de cette aventure (Esmera découvre, par hasard, qu'elle change de sexe à chaque fois qu'elle a un orgasme) nous amène à suivre des situations assez surréalistes et souvent très drôles. Les auteurs nous gratifient en effet de tout un catalogue de situations : de la masturbation à la fellation, en passant par des scènes de lesbiennes ou de triolisme, l'ensemble des canons de la pornographie y passe... avis aux amateurs.
Ce côté parfaitement assumé d'une comédie pornographique fait de ce one shot un album qui repose sur un vrai scénario tout long des 78 pages, un véritable exploit pour ce genre de bande dessinée.
Une lecture, évidemment à réserver à un public très averti, il va de soi.
Quelques petits camarades bien intentionnés m'ont fait à maintes reprises l'article sur les œuvres de Marc Antoine Mathieu; Oh mais pardon j'ai appris que l'on devait dire MAM. Un brin snobinard sans doute mais aux vues des titres du monsieur, pourquoi pas. Je galéjade, ceci est donc mon titre, une découverte totale s'il en est.
Et bien les gars, les filles c'est plutôt pas mal du tout, même franchement bien, je répète c'est la première et seule œuvre que je connaisse du bonhomme, ( si je puis me permettre cette familiarité ).
Étant donc un nouvel explorateur de l'univers du monsieur, une ou deux remarques : le dessin est carrément sympa et n'est pas sans avoir quelques similitudes avec Mr Shuiten, les architectures bien sur et quelques perspectives vertigineuses. L'esprit également, particulièrement dans ce volume ou l'organisation des espaces est fondamental. Deuxième point, le côté un peu intello du discours qui risque d'en perdre plus d'un, mais bon il n'est pas inutile de se cultiver!!
L'on m'avait beaucoup vanté, les expérimentations "éditoriales et conceptuelles" des livres de l'auteur en me précisant qu'a certains moments j'aurais à suivre des découpages de pages, des pliages et autres expériences. Ici les choses sont relativement calmes sauf un petit pliage en cours de route, rien de rédhibitoire cependant.
Allez ne tergiversons pas, cet album est vraiment sympa, d'une lecture sans doute plus aisée que la réputation de l'auteur le laisserait supposer, donc hardi les gens, une (re)découverte d'un fameux musée qui ne s'abordera plus de la même manière la prochaine fois que nous irons y user nos semelles.
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Catherine de Médicis
Dans l'esprit des gens, le nom de Catherine de Médicis est synonyme de reine-mère morne, cruelle, machiavélique et calculatrice, elle aurait pu faire une bonne candidate dans la collection des Reines de sang chez Delcourt ; certes il y a du vrai, mais ici, Glénat et Fayard tentent de démontrer que même si son nom est associé aux guerres de Religion et surtout au sanglant massacre de la Saint-Barthélémy, elle était partisane d'une politique de conciliation. Dans une période aussi riche et aussi chargée, il n'était guère aisé de raconter les nombreux événements qui ont jalonné le royaume entre les années 1550 et 1580, le scénariste a dû faire un tri pour concocter une intrigue suffisamment intéressante sans ennuyer le lecteur non initié à cette période ; il en résulte un scénario dense, pas toujours facile à suivre et qui brasse parfois des actions rapidement, mais qui évite le didactisme qui peut plomber certaines Bd historiques. On assiste donc à de nombreux événements célèbres : la prise de Calais, la mort tragique d'Henri II, la conjuration d'Amboise (avec les fameux pendus au balcon du château), le tour de France de Catherine et du jeune Charles IX, le massacre de Wassy (qui déclenche toute la rivalité entre protestants et catholiques), le colloque de Poissy, la bataille de Jarnac (avec la mort de Condé), l'attentat raté de Coligny (et sa mort horrible lors de la Saint-Barthélémy), l'assassinat du duc de Guise à Blois... même la stérilité provisoire de Catherine est évoquée lors d'une petite scène avec François Ier (alors qu'elle n'est pas encore reine). Comme on le voit, tout ceci fait beaucoup, mais l'accumulation de faits ennuyeuse est évitée par une méthode habile de narration. De nombreux personnages défilent : le pauvre petit François II (roi-enfant à la santé fragile dont la mort est montrée), Charles IX (qui comme tous les enfants de Catherine est déséquilibré, et non moins fragile puisqu'il meurt à 24 ans de tuberculose et de remord), le chancelier Michel de L'Hospital, l'amiral de Coligny, les ducs François de Guise et Henri de Guise, le baron des Adrets, Condé, Margot et Henri de Navarre, Henri III (le moins faible des 3 fils rois de Catherine, le plus intelligent et le plus cultivé, mais tout aussi déséquilibré et extravagant et maniéré). Même l'Escadron volant est évoqué... Tous ont une place parfois réduite ou plus conséquente. Le point d'orgue de tout ceci est le massacre de la Saint-Barthélémy qui occupe 5 pages dans le dernier quart de l'album, l'action s'arrêtant avant l'assassinat d'Henri III. Cet album tente avant tout de réhabiliter le personnage controversé de Catherine de Médicis et à relativiser sa "légende noire" ; son image est donc plus contrastée, montrant son intelligence et son grand sens politique dans une époque très troublée constituée d'alliances pas toujours opportunes, d'intrigues, de trahisons et d'exactions. Elle a cherché à conserver l'unité du royaume et à restaurer une autorité royale au prestige indéfectible à travers il est vrai, l'exercice du pouvoir de ses fils, ceux-ci n'étant que des pantins (surtout François II et Charles IX), cet aspect est montré. Elle souhaitait vraiment imposer la paix en faisant cohabiter les 2 religions, mais le jeu des pouvoirs, les manigances des 2 partis dos à dos empêcheront cet idéal ; cet aspect est montré aussi, tout comme le poids de sa responsabilité dans la préparation du massacre de la Saint-Barthélémy. Elle endosse en effet une lourde responsabilité dans ce qui devait être au départ une sorte d'épuration, mais ça a vite dégénéré en boucherie et ça s'est étendu non seulement dans Paris (où la Seine charriait des flots de sang et de cadavres) mais aussi à toute la France.. Un tel récit devait être soutenu par une partie graphique de belle tenue, c'est le cas, le dessin est très beau, le dessinateur italien montre en un trait puissant et élégant tous les événements décrits et les grands personnages, soigne ses décors célèbres, le raffinement des costumes, mais n'arrive pas à stabiliser le visage de Catherine, c'est un peu dommage ; mais on passera sur ce détail tant l'ensemble est bien traité. Jusqu'à présent, avec Vercingétorix et Charlemagne, c'est un des meilleurs albums de la collection Ils ont fait l'Histoire.
L'Aigle sans orteils
Comme dit dans un autre avis sur les Bd concernant le cyclisme, j'ai été dans mon enfance assez passionné par le Tour de France (l'époque Merckx surtout entre 1969 et 1976) et par les coureurs que j'aimais comme Poulidor, Ocana, Van Impe, Zoetemelk, Gimondi, Thévenet... jusqu'au premier Tour de Greg Lemond. Cette passion m'avait été transmise par mon grand père qui était dans le vélo et qui avait connu personnellement Bartali et Bobet. Après Lemond et l'époque Hinault, j'ai décroché car ce sport a commencé à être moins propre, et surtout beaucoup trop médiatisé. Lax rend un hommage à la petite reine dans ce bel album, c'est les débuts du cyclisme, une époque héroïque avec les premiers Tours de France, tout un monde bien éloigné de nous et presque oublié de nos jours, avec de vrais pionniers comme Petit-Breton, Lapize, Trousselier, Garrigou, Thys ou Faber, des gars qui souffraient sur des vélos rudimentaires et sur des routes pyrénéennes dont l'état en ce temps-là était déplorable. A cette époque, ces gars en chiaient vraiment, les crevaisons étaient fréquentes, ils devaient changer leurs boyaux eux-mêmes, les vélos étaient lourds et inconfortables, l'équipement très artisanal, les blessures très douloureuses... bref rien à voir avec le cyclisme moderne que l'on connait avec de belles routes de montagnes regoudronnées chaque année et où les coureurs sont devenus de véritables assistés au coeur d'un dispositif technologique de pointe et d'une ultra médiatisation. Le vélo et la montagne sont très liés depuis les débuts du cyclisme comme on le voit dans cette aventure qui restitue à merveille cette époque grisante, et dotée d'un personnage très attachant et farouchement déterminé à accomplir son rêve. J'admire des gars comme ça qui ont une telle volonté, une telle abnégation malgré les obstacles. Le scénario progresse de façon remarquable avec un bon dosage d'émotion, et Lax dont je n'aime pas habituellement le dessin, notamment sur Le Choucas, fait preuve d'un trait plus appliqué (la pleine page du Pic du Midi en construction est vraiment superbe). D'autre part, la Bd est instructive, j'ignorais ces portages vers le Pic, mais en même temps, il fallait bien grimper là-haut tout ce qui a servi à construire l'observatoire, et ensuite ravitailler les scientifiques qui y travaillaient. Pour y être allé moi-même une fois (en voiture par la piste en fin d'été), je trouve remarquable le courage des gars qui grimpaient chaque jour à pied, même l'hiver. L'aspect humaniste est enfin bien développé tout au long de ces pages, j'ai bien aimé la relation chaleureuse entre Amédée et Camille, et la ferveur populaire envers Amédée ; je reproche seulement une fin trop hâtive et trop abrupte. Sinon, c'est une belle histoire sportive et une formidable aventure humaine, un défi au destin qui je crois peut plaire même à des lecteurs n'aimant pas particulièrement le cyclisme, mais beaucoup plus aux amateurs de vélo..
Le Jardin de Minuit
Cette BD est un joli conte fantastique autour du sujet du temps et de l'amitié. C'est l'histoire d'un petit garçon des années 1950 qui, en vacances seul chez son oncle et sa tante, découvre au milieu de chaque nuit un passage vers un jardin de l'époque Victorienne où il devient très ami avec une petite fille. Mais tandis qu'ils se retrouvent chaque nuit aux yeux du petit garçon, en fait le temps s'écoule différemment pour la petite fille. Le dessin est très agréable et j'aime bien le contraste qu'il offre entre les années 50 un peu grises et mornes et la lumière colorée du jardin victorien. C'est une fable douce, légèrement contemplative, sans méchants ni épreuves. Les dialogues sont bons et les réactions des personnages crédibles. C'est mignon et beau à la fois, et aussi empli d'une bonne dose de sagesse. J'ai été assez touché et j'en conseille la lecture avec plaisir.
Tyler Cross
Avouons le d'entrée, une fois qu'on a passé le cap du dessin, ça envoie du lourd ! Le dessin est ce que je qualifierais de minimaliste, surtout au niveau des traits du visage des différents personnages. Mais, finalement, pris par l'intrigue, on en oublie ce petit désagrément et je me suis aperçu que ça collait bien à l'ambiance nerveuse, rapide de ce polar. Enfin polar pas vraiment, disons plutôt western moderne avec tous les ingrédients de l'ancien. Une ville sous la coupe d'une famille un brin dégénérée avec à sa tête le patriarche très pourri, le héros solitaire sur qui les ennuis tombent sans fin, un pauvre gars frappé par le destin dont la vie a été laminée par la faute de la famille qui met la ville en coupe, une blonde comme on n'en fait plus et enfin quelques mafiosos particulièrement réussis. Le type du début qui suçote ses olives est carrément jouissif. Un scénario au cordeau et des répliques qui font mouche, voilà un one shot indispensable, très cinématographique et qui, comme dit par mes prédécesseurs, mériterait une adaptation. A conseiller. Tome 2 : Et bien mes aïeux!! Comment avec de l'ultra classique faire un truc qui claque ? Avec des éléments vus et revus, les film de prisons et de bagnes poisseux nous ont déjà tout dit, les auteurs réussissent le tour de force de nous captiver de la première à la dernière case. Ce qui me bluffe particulièrement c'est l'adéquation dessin/narration et rythme. En effet le dessin arrive à installer un climat dense et poisseux et un faux rythme qui sous des airs de rapidité prend son temps pour installer les choses. La narration oscille constamment entre scènes violentes ou pleines de tension et des plages plus tranquilles mais ces différents ressentis ne sont jamais éloignés les uns des autres. Les mots me manquent pour dire toute mon admiration sur la construction basique mais d'une efficacité redoutable de cette histoire, messieurs Nury et Brûno , bravo et bien entendu il faut lire ce diptyque en souhaitant que cela devienne une trilogie rapidement.
Catharsis
Luz aurait dû faire partie des victimes s’il était arrivé à l’heure à la conférence de rédaction de Charlie Hebdo. Pourtant, il n’a pas échappé au « traumatisme du survivant ». Pour tenter de canaliser son angoisse, il fallait qu’il retrouve l’envie de dessiner. Selon ses propres termes, ce livre ne se veut ni une bédé ni un témoignage, mais « l’histoire de retrouvailles entre deux amis [le dessin, ndr] qui ont failli un jour ne plus jamais se croiser ». Un peu par hasard, j’ai lu cette BD une semaine après les attentats du 13 novembre. Ce qui ajoutait une dimension supplémentaire à ma lecture dans la mesure où la sidération était revenue, la même quasiment que celle que j’avais ressenti en début d’année. Et si l’on peine à réaliser l’impensable, comment alors rire avec l’impensable ? Comme tous ses amis de Charlie, Luz était convaincu qu’on pouvait rire de tout. Il était donc logique, après avoir retrouvé son « ami » (le dessin), qu’il réalise cet ouvrage, à défaut de réaliser ce qui lui tombait sur le nez. Mais cette fois, le rire a jauni et perdu quelques éclats dans cette immonde tuerie. Minimaliste comme toujours, son dessin est devenu à la fois plus fragile et plus rageur, et s’il a conservé sa causticité, il semble néanmoins amputé de l’hilarante bonhommie qui le caractérisait. Comment pourrait-il en être autrement ? « Catharsis » commence par cette même sidération, celle de cent paires d’yeux exorbités devant l’atrocité, réponse en dessin de Luz au question du flic, la seule dont il était capable au lendemain de la tuerie. Puis se poursuit dans un humour très noir, avec un clin d’œil aux Idées Noires de Franquin, ce qui en dit long sur l’état psychologique de l’ami Luz. Mais ce dernier prouve que l’humour reste un excellent exutoire, lorsqu’il décide de baptiser « Ginette » sa boule au ventre, cette excroissance comme une entité autonome et indomptable faisant de lui une sorte de mutant. Et puis il y a aussi ces deux silhouettes noires de djihadistes déboulant au coin de la rue en tirant des salves de kalach, puis enchaînant une sorte de danse macabre qui viendra nous hanter jusqu’à la fin de l’ouvrage. C’est souvent désespéré avec toutefois de beaux moments d’émotion et de poésie, ainsi qu’une petite note d’espoir en conclusion. Des pages réalisées dans l’urgence qu’on pourrait qualifier d’acte de survie d’un dessinateur satirique ayant échappé à la folie religieuse en ce début de XXIe siècle.
Zaï Zaï Zaï Zaï
Voilà un album surprenant ! Fabcaro, toujours aussi barré et efficace dans l'absurde nous concocte là un album qui prend à parti notre quotidien en exacerbant ses travers les plus menus pour pointer du doigt de façon subtiles des folies et non sens de notre société. C'est toujours aussi désarçonnant, que ce soit de par les dialogues qu'il nous sert ou les situations qu'il propose, et le fou rire n'est du coup jamais très loin. Mais c'est vrai quoi, qu'elle idée aussi d'oublier sa carte du magasin en allant faire ses courses !!!??? Faut être inconscient !! Le dessin minimaliste et l'utilisation d'une seule couleur marron/vert pour accompagner son noir et blanc donne la part belle à son histoire loufoque. Ses personnages aux visages presque absents sont pourtant très expressifs ; que ce soit dans les postures, les positions des mains (sur lesquelles il délire par ailleurs) ou des corps, son trait minimaliste dégage énormément en intention et assoie le tout de manière remarquable. Alors, si une bonne tranche d'absurde et de rigolade vous tente, je ne peux que vous renvoyer vers cet album qui colle parfaitement avec cette phrase d'Audiard que j'affectionne particulièrement : "Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière"
Kaboul Disco
Si j’ai fort apprécié cette lecture, j’ai plus de mal à accepter l’image qu’elle véhicule inconsciemment, à savoir : la guerre, ce n’est finalement pas si dramatique que ça. Non que Nicolas Wild tienne pareil propos mais sa façon très sympathique de raconter son périple nous en ferait oublier la toile de fond. En effet, au fil des pages, à l’évocation des événements vécus par l’auteur, le lecteur en viendrait à trouver que tout cela est finalement plus amusant qu’autre chose. Nicolas Wild, de fait, nous présente ses aventures en Afghanistan avec un tel humour, une telle distanciation qu’il en occulte souvent les aspects dramatiques (ou les tourne en dérision). Il ne masque pourtant rien mais, voilà, ce graphisme rond et dépouillé, ces dialogues bon enfants sont des boucliers devant l’atrocité d’une guerre. Je ne lui en veux pas, je ne le condamne pas. Je comprends même que quelqu’un qui a vécu ces événements cherche à s’en détacher et à relativiser. Je trouve juste que l’image ainsi reproduite est tronquée, très rassurante pour le lecteur européen que je suis (même si consternante au niveau de l’efficacité voire même de l’opportunité de l’intervention tant militaire que des ONG de culture européenne dans des pays du Moyen-Orient). Et, comme je le disais, la lecture des deux tomes est très agréable, instructive autant que distrayante. Le dessin, simple rond et dépourvu de couleur (ici, une tâche de sang sera propre), les décors simplifiés (une maison détruite ne « sent » ni la poussière ni les égouts), les visages bon-enfant font de ce trait quelque chose de simple, d’immédiat, d’apaisant. Un contraste avec la situation décrite qui crée une distanciation chez le lecteur. Et puis derrière l’ironie et l’autodérision se cache un constat consternant. Je sors de cette lecture avec le sentiment que rien de ce qui est fait, sera fait, pourrait être fait par des pays occidentaux ne sera utile ou opportun. Comment imposer un gouvernement central dans un pays naturellement divisé ? Comment espérer dissuader ce pays de produire de la drogue lorsqu’il s’agit là de leur principale source de revenus (drogue achetée par des ressortissants de ces même pays occidentaux qui en condamnent la production) ? Donc voilà un avis très paradoxal. Je trouve ces deux tomes très chouettes à lire mais « avec des pincettes », en gardant dans le coin de la tête qu’un pays en guerre ou en reconstruction d’après-guerre n’épargne pas les populations y vivant.
Trio Grande - Adios Palomita
J'avais gardé un très bon souvenir de Wayne Redlake des mêmes auteurs, et voila que je tombe sur cet album lors d'un échange de Bd, quelle joie ! C'est exactement ce que j'aime, de la détente pure, alliée à mon genre préféré. C'est encore du western très influencé par l'univers de Sergio Leone qui a décidément beaucoup inspiré les auteurs de BD. Mais cet univers sait inventer ses propres particularités, tel ce décor de rochers au bord de la mer, décor assez rare en western ; si ma mémoire est bonne, je n'ai vu la mer dans un tel contexte que dans la Vengeance aux 2 visages, de Marlon Brando, et dans L'homme des hautes plaines, de Clint Eastwood. Les auteurs installent une ambiance des plus jouissives, des codes bien établis, une outrance réjouissante et des séquences typiques de ce type de western un peu cradoque et ambigu, où la frontière entre bons et méchants est floue, le tout tempéré par un joyeux érotisme dont ils n'abusent pas, alors qu'il aurait été si facile de dénuder encore plus les 2 belles pépées de ce récit. Tous ces éléments seront repris de plus belle en 1995 dans Wayne Redlake, même le dessin sera plus nerveux et vigoureux. Ici, Lamy fait preuve d'un trait joli et léché, on sent qu'il s'est bien appliqué à soigner des détails, mais son dessin n'a pas la même vigueur que dans Wayne Redlake, il est moins musclé, tout en adoptant un style cinématographique qu'il amplifiera, à savoir des gros plans de flingues et de visages, des contre-plongées, et surtout des cases au format panoramique rappelant le cinémascope des films de Leone. A ce titre, le duel final dantesque dans la rue entre les 2 héroïnes est superbe avec ses cases en continuité en double page. Je crois que cet album régalera plus un public de mecs que de filles (pourtant c'est les femmes qui mènent le bal), mais tout amateur de western doit le lire, même si le final est très cliché..
Esmera
Certes, je suis un habitué des bandes dessinées dites "pour adultes" ou "pour public averti", comme il est noté sur le sticker de cet album signé Vince (que je ne connaissais pas) et Zep (que l'on ne présente plus), mais là je dois dire que Esmera est une véritable surprise, dans le bon sens du terme. J'avais découvert Zep avec son Happy Sex, recueil d'histoires assez osées pour l'auteur de Titeuf, et je le retrouve ici au scénario d'une aventure pornographique, assez drôle tout de même, illustrée par Vince. Le dessin, tout en lavis, est assez réaliste, tout en en gardant un côté comique. En effet, le fil rouge de cette aventure (Esmera découvre, par hasard, qu'elle change de sexe à chaque fois qu'elle a un orgasme) nous amène à suivre des situations assez surréalistes et souvent très drôles. Les auteurs nous gratifient en effet de tout un catalogue de situations : de la masturbation à la fellation, en passant par des scènes de lesbiennes ou de triolisme, l'ensemble des canons de la pornographie y passe... avis aux amateurs. Ce côté parfaitement assumé d'une comédie pornographique fait de ce one shot un album qui repose sur un vrai scénario tout long des 78 pages, un véritable exploit pour ce genre de bande dessinée. Une lecture, évidemment à réserver à un public très averti, il va de soi.
Les Sous-sols du Révolu
Quelques petits camarades bien intentionnés m'ont fait à maintes reprises l'article sur les œuvres de Marc Antoine Mathieu; Oh mais pardon j'ai appris que l'on devait dire MAM. Un brin snobinard sans doute mais aux vues des titres du monsieur, pourquoi pas. Je galéjade, ceci est donc mon titre, une découverte totale s'il en est. Et bien les gars, les filles c'est plutôt pas mal du tout, même franchement bien, je répète c'est la première et seule œuvre que je connaisse du bonhomme, ( si je puis me permettre cette familiarité ). Étant donc un nouvel explorateur de l'univers du monsieur, une ou deux remarques : le dessin est carrément sympa et n'est pas sans avoir quelques similitudes avec Mr Shuiten, les architectures bien sur et quelques perspectives vertigineuses. L'esprit également, particulièrement dans ce volume ou l'organisation des espaces est fondamental. Deuxième point, le côté un peu intello du discours qui risque d'en perdre plus d'un, mais bon il n'est pas inutile de se cultiver!! L'on m'avait beaucoup vanté, les expérimentations "éditoriales et conceptuelles" des livres de l'auteur en me précisant qu'a certains moments j'aurais à suivre des découpages de pages, des pliages et autres expériences. Ici les choses sont relativement calmes sauf un petit pliage en cours de route, rien de rédhibitoire cependant. Allez ne tergiversons pas, cet album est vraiment sympa, d'une lecture sans doute plus aisée que la réputation de l'auteur le laisserait supposer, donc hardi les gens, une (re)découverte d'un fameux musée qui ne s'abordera plus de la même manière la prochaine fois que nous irons y user nos semelles.