J'ai été beaucoup moins touché que Alix par cette lecture pour des raisons personnelles, je pense. En dehors de son histoire intéressante et bien menée, c'est surtout sur la question des émotions et des réflexions qui m'a moins pris.
L'histoire est tirée d'un livre que je ne connaissais pas et mis en image par Anneli Furmark, dont le trait faussement naïf et enfantin cache une réelle maitrise de son sujet. Il y a une clarté et une lisibilité totale, avec un jeu de couleurs simples mais qui permet de mettre l'accent sur les touches originales (comme les cheveux de Jens). On pourrait le croire limité, mais le dessin est clairement maitrisé. Ce n'est clairement pas lui qui fera arrêter la lecture !
Le récit est sympathique, à défaut d'être marquant à mes yeux, et pose des questions sur l'adolescence et la sexualité, peut-être des questions que les jeunes garçons découvrant leur homosexualité se posent. Pour ma part, je suis resté plus hermétique parce qu'en dehors d'une résonnance avec ma propre découverte de la sexualité, il est surtout resté toutes les interrogations et le mal-être de l'adolescence. Outre que ça ne m'évoque pas de bons souvenirs, je suis assez peu passionné par les errements amoureux d'adolescents tourmentés. Je comprends les enjeux et les intérêts qu'on peut y trouver, personnellement je trouve ça barbant.
Ce n'est pas une BD qui m'a ennuyé, loin de là, disons plutôt qu'elle fut assez banale dans la lecture. N'ayant pas été touché par le récit (mais je suis très fermé aux récits sur l'adolescence) j'ai surtout suivi l'histoire en étant intéressé par son dénouement, assez bien fait je dois dire. C'est bon, ça plaira sans doute beaucoup plus à d'autres que moi et je conseille notamment aux jeunes personnes, gays ou non, qui trouveront peut-être un écho à leurs propres vies et leurs interrogations. Je suis donc sur une note moyenne, reflet de mon ressenti et des qualités que j'y vois.
Cet album est la quinzième nouvelle de Liu Cixin adaptée en BD, il s'agit normalement de la dernière. L'auteur imagine, à travers des récits totalement indépendants, différents futurs possibles pour l'espèce humaine et la planète Terre. Entre les conflits et les problèmes de climat, qui servent un peu de fil conducteur à ces adaptions, c'est pas bien reluisant en général.
Les migrants du temps s'inscrit parfaitement dans cette optique. Une partie de la population va devoir voyager dans le futur à la recherche d'une époque qui leur permettra de s'installer et de vivre de manière apaisée. L'idée est géniale. Notre équipage ne peut faire que quelques sauts dans le temps, car ils ont une quantité limitée d'énergie. Il leur faudra donc bien choisir leur fenêtre temporelle de destination à chaque voyage. Ces quelques sauts dans le temps sont le prétexte pour l'auteur pour nous présenter encore quelques variations peu envieuses de ce qui nous attends. Pollution à outrance, vie dématérialisée à son maximum... il appuie fort et amplifie les maux de notre société. Plus on semble s'éloigner d'aujourd'hui moins la vie sur Terre fait envie.
Au delà des bonnes idées et du message de fond, les aventures de cet équipage sont dénuées de tout suspens. Même quand des vaisseaux se lancent à leur poursuite et leur tirent dessus, on a aucune inquiétude pour eux et aucun doute qu'ils vont rejoindre leur base et reprendre leur voyage vers la prochaine époque. On pourrait résumer cela en disant que les idées sont là et plaisantes mais que l'intrigue manque d'intensité.
Cette collection, qui s'achève avec ce tome, aura permis de faire découvrir un auteur phare de la littérature chinoise dont les romans sont vendus à des millions d'exemplaires ! La qualité des tomes est assez inégale, et aura alterné le bon et le moins bon. Il y a par contre deux albums remarquables que je recommande particulièrement si vous voulez découvrir cet univers : La Terre Vagabonde et L'Ere Des Anges.
C’est le genre de bouquin dont la diffusion est très limitée. Soit vous tombez sur un distributeur automatique, lieu privilégié pour acquérir les productions de Blow Book, soit votre libraire aime proposer des œuvres atypiques… et vous connait.
« Au travail » est l’œuvre d’un jeune auteur, Manuel, passé par l’académie des beaux-arts de Bruxelles où il a enseigné. Son récit joue avec les codes narratifs de la bande dessinée et le format imposé, petit par la taille et pourvu d’une seule case par page, lui donne des allures de flip-book. Le récit garde d’ailleurs une grande partie de sa cohérence lorsque vous vous amusez à l’utiliser de la sorte… mais il offre encore bien plus lorsque vous en faites une lecture page par page.
C’est avant tout une œuvre ludique. On sent que l’auteur s’est amusé en la réalisant et nous, lecteur, nous amusons à chercher à comprendre ce qui nous est raconté. La plupart du temps, c’est assez clair car le gaillard maîtrise bien sa technique narrative mais, à l’occasion, j’avoue ne pas avoir tout capté. Ce n’est pas grave en soi car le summum du plaisir ressenti vient justement au moment où je comprends l’intention et donc, si c’est trop évident, le plaisir est faible, si c’est trop compliqué je suis frustré et si c’est dur mais que je parviens à déchiffrer l’intention, ça devient hautement plaisant.
Franchement, pour 5 €, je ne regrette pas mon achat. C’est clairement une œuvre mineure, un jouet expérimental, un objet destiné à une niche, mais dans le genre c’est bien réalisé. Les étudiants avides de techniques narratives inventives et les amateurs de bandes dessinées attirés par ce genre de petit livre expérimental devraient, je pense, partager mon ressenti (Noirdésir, si tu lis cet avis… )
A toutes fins utiles, voici un lien vers la page web de l'album : https://www.blowbook.be/au-travail
L’extraordinaire traversée de Julius Crèvecœur est un récit qui marie le genre policier et le genre fantastique sur fond de tragédie historique. Dans cette histoire, nous suivons un détective privé pas spécialement habile alors que l’Allemagne est confrontée aux premiers excès du nazisme. Si le contexte historique est bien présenté, il n’y a pas vraiment de critique ou d’analyse de cette période, le cœur du récit se situant sur cette fameuse enquête que Julius Crèvecœur doit mener… et à laquelle il ne comprend longtemps pas grand-chose (pas plus que le lecteur, d’ailleurs).
J’ai été attiré par cet album pour de multiples raisons :
- Le nom de l’éditeur (Sarbacane est devenu pour moi un gage de qualité),
- Le dessin, qui me semblait à mon goût,
- Le fait qu’il s’agit d’un one-shot,
- Le ton général qui me semblait léger et mystérieux à la fois.
En gros, je n’ai pas été déçu. L’éditeur a bien travaillé avec, par exemple, un format d’album qui permet de bien mettre en valeur le trait de la dessinatrice. Celle-ci délivre à l’occasion de belles planches dans ce style souple, caricatural et expressif. L’histoire offre bel et bien une conclusion des plus définitives. Enfin, mystère et légèreté cohabitent tout du long. L’album se lit rapidement et l’intrigue demeure très longtemps des plus nébuleuses.
Ce n’est pas parfait pour autant. Tout d’abord, ce récit souffre de quelques longueurs. Ensuite, la lente mise en place nous laisse parfois un peu trop dans l’expectative. Enfin, l’idée même du scénario n’est pas vraiment novatrice et j’ai déjà pu lire des récits fort similaires et au moins aussi bien tournés (mais je ne peux vous dire lesquels sous peine d’en trop divulguer).
Pas mal, donc mais pas la perle rare espérée.
Mégalodon est un reportage naturaliste sous forme d'aventure dramatique dans lequel Christophe Bec nous plonge dans la tête de ce géant des mers depuis longtemps disparu.
Les préoccupations de l’animal sont assez limitées : manger, éviter d’être mangé, se reproduire. Durant la centaine de pages que dure l’album, ces trois thématiques vont se relayer, prétextes à de grandes illustrations spectaculaires de combats aquatiques.
La dernière partie du récit permet de faire le lien avec l’humanité naissante, sans réellement apporter une plus-value à l’ensemble.
Objectivement, ça se lit bien mais c’est très répétitif. La narration à la première personne (nous sommes dans la tête de l’animal) souvent composée de phrases simples, de bribes de phrase voire de mots isolés, se veut profondément dramatique. A force, malheureusement, elle devient juste soporifique car trop répétitive. Ceci dit, on apprend quand même quelques petites choses sur le mode de vie du mégalodon. Pas assez pour pouvoir parler d'une œuvre naturaliste à haute valeur éducative cependant, le côté spectaculaire l'emportant constamment sur l'aspect scientifique.
Côté dessin, celui-ci n’est pas mauvais mais reste dans une veine classique, ce qui l’empêche d’apporter un réel plus comparé à d’autres œuvres du même genre. Les pages muettes et les grandes illustrations foisonnent, garantissant une lecture rapide de l'ensemble. Les lecteurs les plus jeunes seront sans doute fascinés par certaines de ces dernières.
En gros, c’est pas mal… mais un peu facile à mon goût. Une seule lecture m’aura suffit et je dirigerais l'album vers un public de jeunes adolescents plutôt que vers des adultes (à moins qu'ils ne soient grands fans de Bec).
Marlène, préado d'origine antillaise est mal dans sa peau à cause de ses cheveux. Ils sont frisés par nature et elle n'arrive pas à les coiffer comme elle le voudrait. De toute manière, sa mère l'en empêche en l'emmenant tous les dimanches au salon de coiffure pour les lui lisser. Car les vrais bons cheveux sont ceux lisses et soyeux comme ceux de sa cousine Diana. Marlène en développe une vraie angoisse, celle de ne pas sentir bien dans sa peau, de subir les brimades de ses camarades de collège mais aussi la peur de faire de la peine à sa mère si elle lui avoue détester les séances chez le coiffeur et la pression que sa famille lui fait subir à cause de ses cheveux.
Tout l'album se focalise sur cette angoisse et les tentatives de la jeune héroïne de trouver la coiffure qui lui convient sans chagriner sa mère. Vu avec des yeux d'adultes, cela parait une thématique bien vaine pour un album entier. D'autant qu'en européen aux cheveux lisses, on peut avoir du mal à comprendre cette obsession de ces familles antillaises à vouloir lisser leurs cheveux pour mieux s'intégrer aux Etats-Unis alors qu'on trouve justement que leurs cheveux frisés sont charmants et bien plus naturels. Mais la problématique du mal-être adolescent et des complexes physiques est universelle et cette BD la met plutôt bien en scène. On s'attache vite à la jeune Marlène. Et même si le dessin ne permet pas de distinguer de manière évidente quand une coiffure est ratée ou quand elle est parfaite, le graphisme est agréable et l'histoire bien racontée. Malgré la légère vacuité de cette angoisse autour d'une simple chevelure, on ne s'ennuie pas au long de l'album et le récit apporte son lot d'émotions, qu'il s'agisse de frustration, de colère, de réconfort et de tendresse.
Sympathique lecture même si pas forcément indispensable.
2.5
Un des premiers mangas parus en français, battant même d'un an Akira ! Le seul autre manga que je connais qui est paru en album (je compte pas ce qu'on pouvait trouver dans les magazines spécialisés) avant celui-ci c'est le premier tome de Gen d'Hiroshima.
On est donc dans la préhistoire du manga publié par des éditeurs français et ça se voit: le sens de lecture à l'occidental, c'est basé sur une traduction américaine, on présente ça comme une BD....Et s'il a été un des premiers mangas publiés en France s'est à cause de son sujet: l'économique japonaise. On est à une époque où globalement cela va bien au Japon (mais l'auteur montre qu'il y a des problèmes à résoudre) et on à l'impression en Occident que les japonais vont conquérir le monde. Au final, l'économie s'est écroulé dans les années 90, mais les japonais ont tout de même conquit le monde avec leurs mangas et leurs animes. C'est fou comment ça fonctionne la vie, hein ?
J'ai trouvé que cela se laissait lire comme objet de curiosité et historique. Comme on est dans du documentaire, le coté fictif comme les personnages n'est pas important, ce qui compte s'est d'apprendre des choses et j'en ai appris des choses quoiqu'il y a plusieurs choses que j'ai pas trop compris parce que le milieu financier et moi cela fait deux. C'est surtout intéressant d'un point vue historique parce qu'on voit la situation dans les années 80 et comme cela parle beaucoup de la relation entre le Japon et le reste du monde et en particulier les États-Unis, on va voir les chômeurs américains gueuler contre l'industrie automobile et Ronald Reagan (le monstre le plus effrayant jamais dessiné par Ishinomori) fait plusieurs appariations.
C'est ça le principal problème du manga: tout est daté qu'au final au lieu d'être un documentaire sur le monde de l'économie, on dirait plus un documentaire historique sur le Japon des années 80. Et lorsqu'on sait comment s'est passé la suite, c'est un peu triste de voir des types voulant appliquer le néo-libéralisme dans tous les secteurs économiques et pire encore ça se termine en nous disant que l'économie japonaise va superbement bien alors que tout a pété un ou deux ans après la publication de ce livre en France ! De plus, il y a souvent des notes de bas de pages pas toujours pertinentes qui brisent le rythme de la lecture.
Sinon, le dessin n’est pas mauvais, mais la photocopie est vraiment moyenne. On dirait que chez Albin Michel on a fait le service minimum parce que bon c’est ‘juste’ de la BD et pas un livre ‘sérieux’….
Un OVNI cette bd, un album dont je ne sais trop quoi penser d’ailleurs, en tout cas j’en suis sorti moins emballé que Spooky.
En hommage à un de leur ami décédé, une bande de potes tourne un film amateur en adaptant son script SF lorgnant ouvertement vers la série Z « Les aventures d’Adrix le Destructeur, l’Empereur des 9 Galaxies », une histoire franchement nanar mâtinée de scènes porno ringardes et improbables.
La lecture possède un gros côté surréaliste avec cette thématique, les fans de Zardoz s’en amuseront. A côté de ça, le récit n’oublie pas d’être plus rationnel avec Élise, la compagne d’un des acteurs.
Un étrange mix de burlesque et de terre à terre, honnêtement je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus délirant et décalé, j’en suis donc sorti un poil déçu.
Reste que certaines scènes sont bien réussies (les chasseurs, le coup des flics) et que l’auteur, sous couvert d’une forme insolite, développe une histoire touchante sur l’amitié.
La mise en page est simple et fonctionnelle.
Pas le franchement bien escompté mais un récit sympathique et qui sort des sentiers battus.
J'ai acheté cette série il y a longtemps, en me basant uniquement sur la note et n'ayant même pas lu l'unique avis posté à ce jour. J'avais longtemps oublié son existence jusqu'à ce que je retombe par hasard sur son nom dans la liste des BD a un seul avis, et je me suis décidé à l'aviser, parce que le manga est franchement étonnant.
Imaginez un Shonen de baston. Imaginez un monde de fantasy. Imaginez un jeune homme au pouvoir énorme. Vous y êtes ? Bien, ce personnage principal c'est le facteur qui délivre les messages dans toutes les situations possibles et imaginable. Voila grosso modo le pitch de base du manga. Et honnêtement, ça fonctionne très bien en tant que parodie du genre !
J'ai lu la série il y a longtemps mais j'ai un bon souvenir des premiers tomes, assez fun et déjanté où un personnage presque immortel et aux pouvoirs absurdement forts se bat contre des armées (ou leur marche dessus) pour livrer du courrier parce qu'il a le sens du devoir avant tout. Je pensais que la série serait un délire absurde pendant plusieurs tomes avec une sorte d'apogée de la surenchère mais malheureusement elle développe ensuite une histoire plus traditionnelle, qui s'éloigne du courrier et part dans une quête de dragon franchement trop classique et inintéressante. Cette quête m'a fait penser que l'intention de l'auteur n'était peut-être pas si humoristique, au moins pour la fin qui se veut plus sérieuse. Projet raté en ce qui me concerne, j'ai largement préféré le début qui va à fond dans le trop.
Une série oubliable (et très certainement oubliée d'ailleurs) mais qui aurait pu être franchement mieux si elle avait exploitée à fond le gros délire qu'elle proposait en introduction. Presque bien, en somme !
Tom Gauld a un style bien particulier et chacune de ses BD est immédiatement reconnaissable. Ce que l'éditeur "2024" améliore plus encore avec la reconduction de son élégant format à l'italienne désormais associé à l'auteur. Preuve incontestable que nous avons là un véritable auteur de BD.
Pour autant, ces strips sont-ils réellement bons, les gags fonctionnent-ils véritablement ? Bien rarement en fait. Si certains sont truculents à souhait et d'une merveilleuse mécanique autorisant les plaisantes analyses déconstructives, force est de constater que dans la majorité des cas, le sourire est à peine de sortie. Du fait de la répétitivité des gags, de la moindre pertinence de certaines idées.
De ces BD que l'on aimerait aimer davantage, qui aimantent notre sympathie, mais qui concrètement déçoivent davantage qu'elles ne promettaient. L'éditeur serait avisé de procéder à un important tri.
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Au plus près
J'ai été beaucoup moins touché que Alix par cette lecture pour des raisons personnelles, je pense. En dehors de son histoire intéressante et bien menée, c'est surtout sur la question des émotions et des réflexions qui m'a moins pris. L'histoire est tirée d'un livre que je ne connaissais pas et mis en image par Anneli Furmark, dont le trait faussement naïf et enfantin cache une réelle maitrise de son sujet. Il y a une clarté et une lisibilité totale, avec un jeu de couleurs simples mais qui permet de mettre l'accent sur les touches originales (comme les cheveux de Jens). On pourrait le croire limité, mais le dessin est clairement maitrisé. Ce n'est clairement pas lui qui fera arrêter la lecture ! Le récit est sympathique, à défaut d'être marquant à mes yeux, et pose des questions sur l'adolescence et la sexualité, peut-être des questions que les jeunes garçons découvrant leur homosexualité se posent. Pour ma part, je suis resté plus hermétique parce qu'en dehors d'une résonnance avec ma propre découverte de la sexualité, il est surtout resté toutes les interrogations et le mal-être de l'adolescence. Outre que ça ne m'évoque pas de bons souvenirs, je suis assez peu passionné par les errements amoureux d'adolescents tourmentés. Je comprends les enjeux et les intérêts qu'on peut y trouver, personnellement je trouve ça barbant. Ce n'est pas une BD qui m'a ennuyé, loin de là, disons plutôt qu'elle fut assez banale dans la lecture. N'ayant pas été touché par le récit (mais je suis très fermé aux récits sur l'adolescence) j'ai surtout suivi l'histoire en étant intéressé par son dénouement, assez bien fait je dois dire. C'est bon, ça plaira sans doute beaucoup plus à d'autres que moi et je conseille notamment aux jeunes personnes, gays ou non, qui trouveront peut-être un écho à leurs propres vies et leurs interrogations. Je suis donc sur une note moyenne, reflet de mon ressenti et des qualités que j'y vois.
Les Migrants du temps
Cet album est la quinzième nouvelle de Liu Cixin adaptée en BD, il s'agit normalement de la dernière. L'auteur imagine, à travers des récits totalement indépendants, différents futurs possibles pour l'espèce humaine et la planète Terre. Entre les conflits et les problèmes de climat, qui servent un peu de fil conducteur à ces adaptions, c'est pas bien reluisant en général. Les migrants du temps s'inscrit parfaitement dans cette optique. Une partie de la population va devoir voyager dans le futur à la recherche d'une époque qui leur permettra de s'installer et de vivre de manière apaisée. L'idée est géniale. Notre équipage ne peut faire que quelques sauts dans le temps, car ils ont une quantité limitée d'énergie. Il leur faudra donc bien choisir leur fenêtre temporelle de destination à chaque voyage. Ces quelques sauts dans le temps sont le prétexte pour l'auteur pour nous présenter encore quelques variations peu envieuses de ce qui nous attends. Pollution à outrance, vie dématérialisée à son maximum... il appuie fort et amplifie les maux de notre société. Plus on semble s'éloigner d'aujourd'hui moins la vie sur Terre fait envie. Au delà des bonnes idées et du message de fond, les aventures de cet équipage sont dénuées de tout suspens. Même quand des vaisseaux se lancent à leur poursuite et leur tirent dessus, on a aucune inquiétude pour eux et aucun doute qu'ils vont rejoindre leur base et reprendre leur voyage vers la prochaine époque. On pourrait résumer cela en disant que les idées sont là et plaisantes mais que l'intrigue manque d'intensité. Cette collection, qui s'achève avec ce tome, aura permis de faire découvrir un auteur phare de la littérature chinoise dont les romans sont vendus à des millions d'exemplaires ! La qualité des tomes est assez inégale, et aura alterné le bon et le moins bon. Il y a par contre deux albums remarquables que je recommande particulièrement si vous voulez découvrir cet univers : La Terre Vagabonde et L'Ere Des Anges.
Au travail (Manuel)
C’est le genre de bouquin dont la diffusion est très limitée. Soit vous tombez sur un distributeur automatique, lieu privilégié pour acquérir les productions de Blow Book, soit votre libraire aime proposer des œuvres atypiques… et vous connait. « Au travail » est l’œuvre d’un jeune auteur, Manuel, passé par l’académie des beaux-arts de Bruxelles où il a enseigné. Son récit joue avec les codes narratifs de la bande dessinée et le format imposé, petit par la taille et pourvu d’une seule case par page, lui donne des allures de flip-book. Le récit garde d’ailleurs une grande partie de sa cohérence lorsque vous vous amusez à l’utiliser de la sorte… mais il offre encore bien plus lorsque vous en faites une lecture page par page. C’est avant tout une œuvre ludique. On sent que l’auteur s’est amusé en la réalisant et nous, lecteur, nous amusons à chercher à comprendre ce qui nous est raconté. La plupart du temps, c’est assez clair car le gaillard maîtrise bien sa technique narrative mais, à l’occasion, j’avoue ne pas avoir tout capté. Ce n’est pas grave en soi car le summum du plaisir ressenti vient justement au moment où je comprends l’intention et donc, si c’est trop évident, le plaisir est faible, si c’est trop compliqué je suis frustré et si c’est dur mais que je parviens à déchiffrer l’intention, ça devient hautement plaisant. Franchement, pour 5 €, je ne regrette pas mon achat. C’est clairement une œuvre mineure, un jouet expérimental, un objet destiné à une niche, mais dans le genre c’est bien réalisé. Les étudiants avides de techniques narratives inventives et les amateurs de bandes dessinées attirés par ce genre de petit livre expérimental devraient, je pense, partager mon ressenti (Noirdésir, si tu lis cet avis… ) A toutes fins utiles, voici un lien vers la page web de l'album : https://www.blowbook.be/au-travail
L’Extraordinaire Traversée de Julius Crèvecoeur
L’extraordinaire traversée de Julius Crèvecœur est un récit qui marie le genre policier et le genre fantastique sur fond de tragédie historique. Dans cette histoire, nous suivons un détective privé pas spécialement habile alors que l’Allemagne est confrontée aux premiers excès du nazisme. Si le contexte historique est bien présenté, il n’y a pas vraiment de critique ou d’analyse de cette période, le cœur du récit se situant sur cette fameuse enquête que Julius Crèvecœur doit mener… et à laquelle il ne comprend longtemps pas grand-chose (pas plus que le lecteur, d’ailleurs). J’ai été attiré par cet album pour de multiples raisons : - Le nom de l’éditeur (Sarbacane est devenu pour moi un gage de qualité), - Le dessin, qui me semblait à mon goût, - Le fait qu’il s’agit d’un one-shot, - Le ton général qui me semblait léger et mystérieux à la fois. En gros, je n’ai pas été déçu. L’éditeur a bien travaillé avec, par exemple, un format d’album qui permet de bien mettre en valeur le trait de la dessinatrice. Celle-ci délivre à l’occasion de belles planches dans ce style souple, caricatural et expressif. L’histoire offre bel et bien une conclusion des plus définitives. Enfin, mystère et légèreté cohabitent tout du long. L’album se lit rapidement et l’intrigue demeure très longtemps des plus nébuleuses. Ce n’est pas parfait pour autant. Tout d’abord, ce récit souffre de quelques longueurs. Ensuite, la lente mise en place nous laisse parfois un peu trop dans l’expectative. Enfin, l’idée même du scénario n’est pas vraiment novatrice et j’ai déjà pu lire des récits fort similaires et au moins aussi bien tournés (mais je ne peux vous dire lesquels sous peine d’en trop divulguer). Pas mal, donc mais pas la perle rare espérée.
Mégalodon
Mégalodon est un reportage naturaliste sous forme d'aventure dramatique dans lequel Christophe Bec nous plonge dans la tête de ce géant des mers depuis longtemps disparu. Les préoccupations de l’animal sont assez limitées : manger, éviter d’être mangé, se reproduire. Durant la centaine de pages que dure l’album, ces trois thématiques vont se relayer, prétextes à de grandes illustrations spectaculaires de combats aquatiques. La dernière partie du récit permet de faire le lien avec l’humanité naissante, sans réellement apporter une plus-value à l’ensemble. Objectivement, ça se lit bien mais c’est très répétitif. La narration à la première personne (nous sommes dans la tête de l’animal) souvent composée de phrases simples, de bribes de phrase voire de mots isolés, se veut profondément dramatique. A force, malheureusement, elle devient juste soporifique car trop répétitive. Ceci dit, on apprend quand même quelques petites choses sur le mode de vie du mégalodon. Pas assez pour pouvoir parler d'une œuvre naturaliste à haute valeur éducative cependant, le côté spectaculaire l'emportant constamment sur l'aspect scientifique. Côté dessin, celui-ci n’est pas mauvais mais reste dans une veine classique, ce qui l’empêche d’apporter un réel plus comparé à d’autres œuvres du même genre. Les pages muettes et les grandes illustrations foisonnent, garantissant une lecture rapide de l'ensemble. Les lecteurs les plus jeunes seront sans doute fascinés par certaines de ces dernières. En gros, c’est pas mal… mais un peu facile à mon goût. Une seule lecture m’aura suffit et je dirigerais l'album vers un public de jeunes adolescents plutôt que vers des adultes (à moins qu'ils ne soient grands fans de Bec).
Frizzy
Marlène, préado d'origine antillaise est mal dans sa peau à cause de ses cheveux. Ils sont frisés par nature et elle n'arrive pas à les coiffer comme elle le voudrait. De toute manière, sa mère l'en empêche en l'emmenant tous les dimanches au salon de coiffure pour les lui lisser. Car les vrais bons cheveux sont ceux lisses et soyeux comme ceux de sa cousine Diana. Marlène en développe une vraie angoisse, celle de ne pas sentir bien dans sa peau, de subir les brimades de ses camarades de collège mais aussi la peur de faire de la peine à sa mère si elle lui avoue détester les séances chez le coiffeur et la pression que sa famille lui fait subir à cause de ses cheveux. Tout l'album se focalise sur cette angoisse et les tentatives de la jeune héroïne de trouver la coiffure qui lui convient sans chagriner sa mère. Vu avec des yeux d'adultes, cela parait une thématique bien vaine pour un album entier. D'autant qu'en européen aux cheveux lisses, on peut avoir du mal à comprendre cette obsession de ces familles antillaises à vouloir lisser leurs cheveux pour mieux s'intégrer aux Etats-Unis alors qu'on trouve justement que leurs cheveux frisés sont charmants et bien plus naturels. Mais la problématique du mal-être adolescent et des complexes physiques est universelle et cette BD la met plutôt bien en scène. On s'attache vite à la jeune Marlène. Et même si le dessin ne permet pas de distinguer de manière évidente quand une coiffure est ratée ou quand elle est parfaite, le graphisme est agréable et l'histoire bien racontée. Malgré la légère vacuité de cette angoisse autour d'une simple chevelure, on ne s'ennuie pas au long de l'album et le récit apporte son lot d'émotions, qu'il s'agisse de frustration, de colère, de réconfort et de tendresse. Sympathique lecture même si pas forcément indispensable.
Les Secrets de l'économie japonaise en bande dessinée
2.5 Un des premiers mangas parus en français, battant même d'un an Akira ! Le seul autre manga que je connais qui est paru en album (je compte pas ce qu'on pouvait trouver dans les magazines spécialisés) avant celui-ci c'est le premier tome de Gen d'Hiroshima. On est donc dans la préhistoire du manga publié par des éditeurs français et ça se voit: le sens de lecture à l'occidental, c'est basé sur une traduction américaine, on présente ça comme une BD....Et s'il a été un des premiers mangas publiés en France s'est à cause de son sujet: l'économique japonaise. On est à une époque où globalement cela va bien au Japon (mais l'auteur montre qu'il y a des problèmes à résoudre) et on à l'impression en Occident que les japonais vont conquérir le monde. Au final, l'économie s'est écroulé dans les années 90, mais les japonais ont tout de même conquit le monde avec leurs mangas et leurs animes. C'est fou comment ça fonctionne la vie, hein ? J'ai trouvé que cela se laissait lire comme objet de curiosité et historique. Comme on est dans du documentaire, le coté fictif comme les personnages n'est pas important, ce qui compte s'est d'apprendre des choses et j'en ai appris des choses quoiqu'il y a plusieurs choses que j'ai pas trop compris parce que le milieu financier et moi cela fait deux. C'est surtout intéressant d'un point vue historique parce qu'on voit la situation dans les années 80 et comme cela parle beaucoup de la relation entre le Japon et le reste du monde et en particulier les États-Unis, on va voir les chômeurs américains gueuler contre l'industrie automobile et Ronald Reagan (le monstre le plus effrayant jamais dessiné par Ishinomori) fait plusieurs appariations. C'est ça le principal problème du manga: tout est daté qu'au final au lieu d'être un documentaire sur le monde de l'économie, on dirait plus un documentaire historique sur le Japon des années 80. Et lorsqu'on sait comment s'est passé la suite, c'est un peu triste de voir des types voulant appliquer le néo-libéralisme dans tous les secteurs économiques et pire encore ça se termine en nous disant que l'économie japonaise va superbement bien alors que tout a pété un ou deux ans après la publication de ce livre en France ! De plus, il y a souvent des notes de bas de pages pas toujours pertinentes qui brisent le rythme de la lecture. Sinon, le dessin n’est pas mauvais, mais la photocopie est vraiment moyenne. On dirait que chez Albin Michel on a fait le service minimum parce que bon c’est ‘juste’ de la BD et pas un livre ‘sérieux’….
Les Boules
Un OVNI cette bd, un album dont je ne sais trop quoi penser d’ailleurs, en tout cas j’en suis sorti moins emballé que Spooky. En hommage à un de leur ami décédé, une bande de potes tourne un film amateur en adaptant son script SF lorgnant ouvertement vers la série Z « Les aventures d’Adrix le Destructeur, l’Empereur des 9 Galaxies », une histoire franchement nanar mâtinée de scènes porno ringardes et improbables. La lecture possède un gros côté surréaliste avec cette thématique, les fans de Zardoz s’en amuseront. A côté de ça, le récit n’oublie pas d’être plus rationnel avec Élise, la compagne d’un des acteurs. Un étrange mix de burlesque et de terre à terre, honnêtement je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus délirant et décalé, j’en suis donc sorti un poil déçu. Reste que certaines scènes sont bien réussies (les chasseurs, le coup des flics) et que l’auteur, sous couvert d’une forme insolite, développe une histoire touchante sur l’amitié. La mise en page est simple et fonctionnelle. Pas le franchement bien escompté mais un récit sympathique et qui sort des sentiers battus.
Banya
J'ai acheté cette série il y a longtemps, en me basant uniquement sur la note et n'ayant même pas lu l'unique avis posté à ce jour. J'avais longtemps oublié son existence jusqu'à ce que je retombe par hasard sur son nom dans la liste des BD a un seul avis, et je me suis décidé à l'aviser, parce que le manga est franchement étonnant. Imaginez un Shonen de baston. Imaginez un monde de fantasy. Imaginez un jeune homme au pouvoir énorme. Vous y êtes ? Bien, ce personnage principal c'est le facteur qui délivre les messages dans toutes les situations possibles et imaginable. Voila grosso modo le pitch de base du manga. Et honnêtement, ça fonctionne très bien en tant que parodie du genre ! J'ai lu la série il y a longtemps mais j'ai un bon souvenir des premiers tomes, assez fun et déjanté où un personnage presque immortel et aux pouvoirs absurdement forts se bat contre des armées (ou leur marche dessus) pour livrer du courrier parce qu'il a le sens du devoir avant tout. Je pensais que la série serait un délire absurde pendant plusieurs tomes avec une sorte d'apogée de la surenchère mais malheureusement elle développe ensuite une histoire plus traditionnelle, qui s'éloigne du courrier et part dans une quête de dragon franchement trop classique et inintéressante. Cette quête m'a fait penser que l'intention de l'auteur n'était peut-être pas si humoristique, au moins pour la fin qui se veut plus sérieuse. Projet raté en ce qui me concerne, j'ai largement préféré le début qui va à fond dans le trop. Une série oubliable (et très certainement oubliée d'ailleurs) mais qui aurait pu être franchement mieux si elle avait exploitée à fond le gros délire qu'elle proposait en introduction. Presque bien, en somme !
La Revanche des bibliothécaires
Tom Gauld a un style bien particulier et chacune de ses BD est immédiatement reconnaissable. Ce que l'éditeur "2024" améliore plus encore avec la reconduction de son élégant format à l'italienne désormais associé à l'auteur. Preuve incontestable que nous avons là un véritable auteur de BD. Pour autant, ces strips sont-ils réellement bons, les gags fonctionnent-ils véritablement ? Bien rarement en fait. Si certains sont truculents à souhait et d'une merveilleuse mécanique autorisant les plaisantes analyses déconstructives, force est de constater que dans la majorité des cas, le sourire est à peine de sortie. Du fait de la répétitivité des gags, de la moindre pertinence de certaines idées. De ces BD que l'on aimerait aimer davantage, qui aimantent notre sympathie, mais qui concrètement déçoivent davantage qu'elles ne promettaient. L'éditeur serait avisé de procéder à un important tri.