Une série qui rentre dans ma définition typique de l’emprunt honnête de médiathèque. Ça se lit facile mais il n’y a vraiment rien d'emballant ni de franchement mauvais. Du divertissement qui sera vite oublié.
Je suis pourtant le coeur de cible, j’aime le fantastique. Mais ici les personnages ne sont pas bien mémorables, de même que les idées distillées. La réalisation est sympa mais pas transcendante.
En fait à aucun moment, je ne me suis ouais trop bien. Les auteurs fournissent du boulot correct mais trop lisse pour un déclic quelconque. Ça ne dépasse pas la simple série B, ça manque d’ambition pour succomber.
Un mix de 30 jours de nuit et de Walking Dead qui se laisse lire mais trop sage.
Ito est l’un des rares mangakas que je suis toujours avec intérêt. Avec ce triptyque, je dois dire que, si la lecture s’est globalement avérée plaisante, j’en suis sorti un chouia déçu. Je pense que ça s’explique par l’impression ressentie de longueurs. Ito aurait aisément pu trancher dans cette histoire, et élaguer quelques passages, pour donner plus de force au récit.
Même si la construction d’une ambiance – à la façon de Lovecraft – participe ici du malaise qui s’étend dans une ville, et dans la tête du lecteur. En effet, par petites touches, Ito réussit quand même à faire naître une gêne, puis une horreur, autour de l’obsession des spirales. Dès le départ on accepte sans sourciller un fantastique noir.
Le dessin d’Ito est comme à l’habitude très classique – peut-être son trait, très fin, est-il un peu moins précis parfois. C’est en tout cas un dessin agréable, et il ne surjoue jamais les émotions comme le font souvent les mangakas (ce que je n’aime pas). A l’inverse, il réussit très bien à montrer l’horreur, dans des scènes saisissantes, où les personnages sont comme habités par une force qui les dépasse et les détruit (là encore on pense à Lovecraft).
Un peu long parfois, mais une série tout de même recommandable.
Note réelle 3,5/5.
A côté de sa volumineuse – et souvent excellente – production humoristique, Tronchet a aussi publié pas mal de choses, avec un résultat inégal. Je trouve que cet album se situe dans une très bonne moyenne de ce pan de son œuvre.
Le début est un peu lent, ça reste souvent dans un quotidien très ordinaire. Mais Tronchet réussit a donner du corps à son personnage principal (je ne sais pas ce qu’il a mis de personnel dans cette quête improvisée de souvenirs, d’un passé familial qui ressort comme le font des momies d’un sol dégelé).
Personnage pathétique au départ, énième loser de Tronchet, notre bonhomme se transforme peu à peu et cesse de subir sa vie. J’ai trouvé que Tronchet avait bien dosé les émotions, et que son récit était crédible – y compris dans ses côtés parfois improbables.
Un petit roman graphique sympathique.
Malgré cette couverture magnifique, et surtout ce titre en guise de promesse d'une palpitante lecture, j'ai été à deux doigts d'abandonner ma lecture à la page 84, très exactement. C'est pourtant là que commence enfin l'aventure tant espérée.
Bon, en réalité, ce n'est pas vraiment d'aventures dont il va être question ici, mais plutôt de philosophie. L'aventurier est essentiellement un longue réflexion sur la vie, la mort et le sens de l'existence, et on est assez loin du rythme débridé d'une BD comme Furieuse, par exemple. L'histoire prend ici le temps de s'installer, au risque d'épuiser le lecteur par des scènes qui, de prime abord, paraissent non seulement digressives mais accessoires, et dont on peine franchement à entrevoir un sens quelconque.
Et puis le choix des couleurs m'est apparu bien terne au fil de ma lecture. Si j'aime beaucoup ce principe des aplats, il manque selon moi dans le cas présent de dynamisme. Est-ce cela qui a nourri ma lassitude ? Ou l'inverse ?
Pour ne rien arranger, je trouve aussi que l'univers, s'il est très original, manque de présence en terme de personnages. Je m'explique : les scènes se concentrent sur les personnages. Rarement on nous donne à voir des "figurants", d'où ce sentiment d'un univers vide, presque théâtral, à la Giorgio de Chirico (dont j'apprécie assez peu l'œuvre par ailleurs) ; sentiment que j'ai déjà éprouvé à la lecture de Celestia de Manuele Fior, et qui avait déjà un peu terni mon plaisir. Un sentiment presque malaisant qui, je le réalise, contribue grandement à alimenter mon désintérêt pour le Théâtre en général. Conséquemment, on a la sensation d'avoir affaire à des personnages allégoriques. Or ils le sont certes, mais ils manquent de chair, au moins au début.
Heureusement, les choses s'arrangent, même s'il m'a fallu poireauter 80 pages. Et même, l'histoire prend enfin le relief que l'on était en droit d'attendre des quelques lignes qui, en quatrième de couverture, font office de résumé. Et là, c'est maitrisé. Les auteurs posent ce récit en douceur et là, oui, l'aventurier parvient à gagner sa place sur mes étagères. La fin est franchement maitrisée, et enfin on saisit la raison de ces fausses pistes et digressions qu'il nous a fallu essuyer avant de parvenir enfin dans le gras du scénario.
Je reste malgré tout sur 3/5 (à défaut de pouvoir attribuer un 3,5) pour les deux raisons évoquées : une mise en place difficile et longuette, et un univers dépeuplé. Pour celles et ceux que ces aspects ne rebutent pas, c'est malgré tout une très bonne BD.
Quand on découvre cette BD sans en savoir davantage, on se dit que c'est le récit fantasmé d'un quasi super-héros à la française, un petit gars ultra-motivé, dévoué et courageux qui n'hésite pas un instant à plonger sous les balles pour sauver un blessé, voire même à retourner complètement la situation quand il est seul prisonnier dans le camp ennemi et qu'il se retrouve finalement à capturer toute la faction ennemie et à les ramener en tant que prisonniers dans les lignes françaises. Tout ce qui est raconté dans cet album de 64 pages parait trop gros pour être vrai et on se dit que le scénariste a imaginé là quelque chose de peu crédible.
Sauf qu'Albert Séverin Roche a vraiment existé. Et, à moins qu'il s'agisse d'une part de propagande ou d'un récit enjolivé par les soldats et les années, ces nombreux exploits, il les a vraiment réalisés. Et le tout dans un contexte ironique où l'armée ne voulait pas de lui parce qu'il était trop chétif, et où il a même plus tard failli être fusillé par les français qui ont mal interprété les conséquences de son action probablement la plus héroïque avant qu'il ne soit sauvé au dernier moment.
Vous ne le connaissiez pas ? Moi non plus, mais cet album m'a permis de le découvrir et d'avoir presque du mal à y croire tant ce qui est raconté tient de l'héroïsme à la limite de l'inconscience.
Il est présenté en plongeant le lecteur au coeur de l'action, comme dans un récit d'aventure qui accentue cette impression de lire de la fiction et pas un documentaire. Le dessin de Stalner y est maîtrisé et efficace quoique j'y trouve son encrage un peu trop fin à mon goût. L'histoire quant à elle est tellement incroyable qu'elle a des goûts de propagande, d'autant qu'il est difficile dans la France d'hier et d'aujourd'hui de célébrer les actes d'un héros de guerre français sans y voir une possible part de nationalisme et de célébration de la guerre. Heureusement ce héros là n'est pas un tueur, et ses actions héroïques consistent davantage à sauver ses camarades et à capturer des soldats ennemis plutôt qu'à les massacrer.
Si tout ce qui est raconté ici est vrai, c'est en tout cas la vraie définition d'un héros, et pas seulement dans le contexte de la guerre puisqu'il a continué ensuite sa vie en tant que pompier pour sauver d'autres vies.
Cinq histoires courtes pour représenter les conditions de la femme dans différents endroits du monde et comment elles peuvent se retrouver bridées voire réprimées par la société patriarcale. Arabie Saoudite, Maroc, Inde, Afghanistan et même Japon. L'autrice prend bien soin de ne pas mettre en scène des familles pauvres et rétrogrades mais montre bien des foyers plutôt aisés et modernes, dont les membres sont instruits et ouverts à l'international. Mais c'est pour appuyer le fait que même dans ces conditions, le poids de traditions séculaires va immanquablement finir par rabaisser la femme et créer une injustice flagrante. Cela peut prendre une forme très visible comme le droit à la polygamie pour les hommes ou l'interdiction de l'éducation pour les femmes, mais aussi des formes plus insidieuses comme le fait qu'une femme ait forcément besoin d'être mariée et au foyer pour être acceptée dans certaines sociétés ou qu'elle ne doit pas être trop instruite, trop grande ou gagner trop d'argent sans quoi les hommes la fuiront.
Ces injustices sont flagrantes mais présentées ici avec subtilité, la condamnation étant évidente mais pas assenée par le récit qui justement montre que c'est davantage le poids d'une société ou de traditions qu'un désir de domination des hommes que cotoient ces femmes. Quant au graphisme, il est propre et agréable même si très classique, et même si on s'étonnera un peu de voir les femmes de pays si différents se ressembler tant dans la manière dont elles sont dessinés.
C'est un bon album, peut-être un peu trop académique et posé sur la forme et dans le ton, mais il transmet des informations importantes sur la situation des femmes dans le monde moderne, même dans des pays qu'on aurait pu penser largement assez développés pour avoir dépassé ce stade.
Intéressante cette collection sur les romans 'durs' de Georges Simenon, un auteur dont je n'ai jamais lu, mais dont j'ai vu plusieurs adaptations de ses romans en films et j'ai un peu une idée comment ses récits non-Maigret peuvent être noir.
Ici, c'est très noir vu que le personnage principal est une vraie ordure qui n'a aucune émotion lorsqu'il exécute froidement tous les crimes inimaginables et puis on va se rendre compte qu'il n'est pas aussi froid qu'il en a l'air. J'avoue que j'étais un peu perplexe face à ce personnage et je ne comprends pas toujours son attitude. Cela va sans doute être plus clair dans mon esprit si je relis l'album un jour.
Le fait de ne pas totalement croire à ce anti-héros a fait en sorte que je ne suis jamais totalement rentré dans le récit. Il y a des bonnes scènes et le dessin est très bon, mais je n'ai pas été grandement captivé.
En fait de love stories, c’est le plus souvent de « tue l’amour » qu’il est question, tant est forte la pression que le régime des mollahs – et la frange la plus rétrograde de la société iranienne – fait peser sur la population, les jeunes en particulier.
Avoir des relations sexuelles, ou tout simplement flirter, voire choisir celui ou celle avec qui l’on veut construire un couple, voilà des choses qui sont compliquées, et même dangereuses. L’album est un reportage réalisé par les auteurs il y a une dizaine d’années, et on peut hélas craindre que la situation n’ait pas évolué dans le bon sens si l’on en croit les différentes révoltes de la jeunesse (suite à la mort d’une jeune femme arrêtée parce que ses cheveux étaient trop visibles).
Un documentaire triste – même s’il révèle quelques différences dans les désirs des jeunes iraniens, et nuance à partir de quelques témoignage la vision que l’on pourrait avoir d’Iraniens obnubilés par la culture américaine/occidentale.
Une lecture intéressante.
Note réelle 3,5/5.
Fan de leur première série Monstress, j'étais curieux de découvrir leur nouvelle production. On retrouve indéniablement leur patte talentueuse... mais aussi les défauts qui apparaissaient déjà par moment dans Monstress, et je sors un peu perplexe de ce premier tome.
L'idée du scénario est pourtant bonne, oscillant entre le loufoque et le gore. Car oui, cette petite famille "pas comme les autres" qui va apprendre à se découvrir passe sans prévenir de burlesques scènes de familles au fantastique sanguinolent d'un chapitre à l'autre. Ce n'est pas tant ça que les passages parfois un peu confus et les quelques longueurs qui entachent la narration.
Côté dessin, heureusement que la colorisation de Sana Takeda est toujours aussi bonne car son dessin passe de l'excellence à la case brouillonne sans prévenir, ce que je trouve un brin frustrant et énervant quand on voit son potentiel et son savoir faire.
Bref, un début de série intéressant mais inégal ; je poursuivrais quand même ma découverte par curiosité.
J’avais découvert ce duo brésilien avec Daytripper (au jour le jour), une lecture que j’avais trouvé plaisante, même si ce style de roman graphique n’est a priori pas ma tasse de thé.
L’histoire développée ici est une adaptation (d’un auteur et d’un roman que je ne connais pas), mais mes réserves sont un peu du même ordre.
La principale surprise vient du dessin, là encore réalisé à quatre mains, mais qui est très différent de ce que j’avais vu sur "Daytripper". Ici, c’est un Noir et Blanc gras et très tranché, proche de ce que peuvent faire des auteurs comme l’argentin Risso – il est vrai dans des univers plus noirs et glauques le plus souvent. Un travail graphique que j’ai bien aimé en tout cas, malgré certaines difficultés parfois pour reconnaitre quelques personnages.
L’histoire est assez classique, nous suivons l’évolution d’une famille sur une bonne partie du XXème siècle, avec ses hauts et ses bas, la fin étant quand même une lente déchéance, morale et financière – autant que physique. Une chronique familiale avec ses petits secrets – relativement vite éventés – et qui tourne autour de deux jumeaux, dont la trajectoire est très différente, et qui vont entrainer l’écartèlement de la cellule familiale.
Le rythme est assez lent, comme si la chronique familiale, aux faux airs de tragédie grecque, s’était engourdie sous le climat chaud et humide de l’Amazonie : l’intrigue se déroule à Manaus, et les changements de la ville (urbains et sociaux), du pays (la dictature fait son entrée vers la fin) accompagnent l’histoire familiale.
Une lecture plaisante, mais que je n’ai pas trouvé aussi emballante que certains de mes prédécesseurs.
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La Terre des vampires
Une série qui rentre dans ma définition typique de l’emprunt honnête de médiathèque. Ça se lit facile mais il n’y a vraiment rien d'emballant ni de franchement mauvais. Du divertissement qui sera vite oublié. Je suis pourtant le coeur de cible, j’aime le fantastique. Mais ici les personnages ne sont pas bien mémorables, de même que les idées distillées. La réalisation est sympa mais pas transcendante. En fait à aucun moment, je ne me suis ouais trop bien. Les auteurs fournissent du boulot correct mais trop lisse pour un déclic quelconque. Ça ne dépasse pas la simple série B, ça manque d’ambition pour succomber. Un mix de 30 jours de nuit et de Walking Dead qui se laisse lire mais trop sage.
Spirale
Ito est l’un des rares mangakas que je suis toujours avec intérêt. Avec ce triptyque, je dois dire que, si la lecture s’est globalement avérée plaisante, j’en suis sorti un chouia déçu. Je pense que ça s’explique par l’impression ressentie de longueurs. Ito aurait aisément pu trancher dans cette histoire, et élaguer quelques passages, pour donner plus de force au récit. Même si la construction d’une ambiance – à la façon de Lovecraft – participe ici du malaise qui s’étend dans une ville, et dans la tête du lecteur. En effet, par petites touches, Ito réussit quand même à faire naître une gêne, puis une horreur, autour de l’obsession des spirales. Dès le départ on accepte sans sourciller un fantastique noir. Le dessin d’Ito est comme à l’habitude très classique – peut-être son trait, très fin, est-il un peu moins précis parfois. C’est en tout cas un dessin agréable, et il ne surjoue jamais les émotions comme le font souvent les mangakas (ce que je n’aime pas). A l’inverse, il réussit très bien à montrer l’horreur, dans des scènes saisissantes, où les personnages sont comme habités par une force qui les dépasse et les détruit (là encore on pense à Lovecraft). Un peu long parfois, mais une série tout de même recommandable. Note réelle 3,5/5.
Le Fils du Yéti
A côté de sa volumineuse – et souvent excellente – production humoristique, Tronchet a aussi publié pas mal de choses, avec un résultat inégal. Je trouve que cet album se situe dans une très bonne moyenne de ce pan de son œuvre. Le début est un peu lent, ça reste souvent dans un quotidien très ordinaire. Mais Tronchet réussit a donner du corps à son personnage principal (je ne sais pas ce qu’il a mis de personnel dans cette quête improvisée de souvenirs, d’un passé familial qui ressort comme le font des momies d’un sol dégelé). Personnage pathétique au départ, énième loser de Tronchet, notre bonhomme se transforme peu à peu et cesse de subir sa vie. J’ai trouvé que Tronchet avait bien dosé les émotions, et que son récit était crédible – y compris dans ses côtés parfois improbables. Un petit roman graphique sympathique.
L'Aventurier
Malgré cette couverture magnifique, et surtout ce titre en guise de promesse d'une palpitante lecture, j'ai été à deux doigts d'abandonner ma lecture à la page 84, très exactement. C'est pourtant là que commence enfin l'aventure tant espérée. Bon, en réalité, ce n'est pas vraiment d'aventures dont il va être question ici, mais plutôt de philosophie. L'aventurier est essentiellement un longue réflexion sur la vie, la mort et le sens de l'existence, et on est assez loin du rythme débridé d'une BD comme Furieuse, par exemple. L'histoire prend ici le temps de s'installer, au risque d'épuiser le lecteur par des scènes qui, de prime abord, paraissent non seulement digressives mais accessoires, et dont on peine franchement à entrevoir un sens quelconque. Et puis le choix des couleurs m'est apparu bien terne au fil de ma lecture. Si j'aime beaucoup ce principe des aplats, il manque selon moi dans le cas présent de dynamisme. Est-ce cela qui a nourri ma lassitude ? Ou l'inverse ? Pour ne rien arranger, je trouve aussi que l'univers, s'il est très original, manque de présence en terme de personnages. Je m'explique : les scènes se concentrent sur les personnages. Rarement on nous donne à voir des "figurants", d'où ce sentiment d'un univers vide, presque théâtral, à la Giorgio de Chirico (dont j'apprécie assez peu l'œuvre par ailleurs) ; sentiment que j'ai déjà éprouvé à la lecture de Celestia de Manuele Fior, et qui avait déjà un peu terni mon plaisir. Un sentiment presque malaisant qui, je le réalise, contribue grandement à alimenter mon désintérêt pour le Théâtre en général. Conséquemment, on a la sensation d'avoir affaire à des personnages allégoriques. Or ils le sont certes, mais ils manquent de chair, au moins au début. Heureusement, les choses s'arrangent, même s'il m'a fallu poireauter 80 pages. Et même, l'histoire prend enfin le relief que l'on était en droit d'attendre des quelques lignes qui, en quatrième de couverture, font office de résumé. Et là, c'est maitrisé. Les auteurs posent ce récit en douceur et là, oui, l'aventurier parvient à gagner sa place sur mes étagères. La fin est franchement maitrisée, et enfin on saisit la raison de ces fausses pistes et digressions qu'il nous a fallu essuyer avant de parvenir enfin dans le gras du scénario. Je reste malgré tout sur 3/5 (à défaut de pouvoir attribuer un 3,5) pour les deux raisons évoquées : une mise en place difficile et longuette, et un univers dépeuplé. Pour celles et ceux que ces aspects ne rebutent pas, c'est malgré tout une très bonne BD.
Héros de guerre - Albert Roche
Quand on découvre cette BD sans en savoir davantage, on se dit que c'est le récit fantasmé d'un quasi super-héros à la française, un petit gars ultra-motivé, dévoué et courageux qui n'hésite pas un instant à plonger sous les balles pour sauver un blessé, voire même à retourner complètement la situation quand il est seul prisonnier dans le camp ennemi et qu'il se retrouve finalement à capturer toute la faction ennemie et à les ramener en tant que prisonniers dans les lignes françaises. Tout ce qui est raconté dans cet album de 64 pages parait trop gros pour être vrai et on se dit que le scénariste a imaginé là quelque chose de peu crédible. Sauf qu'Albert Séverin Roche a vraiment existé. Et, à moins qu'il s'agisse d'une part de propagande ou d'un récit enjolivé par les soldats et les années, ces nombreux exploits, il les a vraiment réalisés. Et le tout dans un contexte ironique où l'armée ne voulait pas de lui parce qu'il était trop chétif, et où il a même plus tard failli être fusillé par les français qui ont mal interprété les conséquences de son action probablement la plus héroïque avant qu'il ne soit sauvé au dernier moment. Vous ne le connaissiez pas ? Moi non plus, mais cet album m'a permis de le découvrir et d'avoir presque du mal à y croire tant ce qui est raconté tient de l'héroïsme à la limite de l'inconscience. Il est présenté en plongeant le lecteur au coeur de l'action, comme dans un récit d'aventure qui accentue cette impression de lire de la fiction et pas un documentaire. Le dessin de Stalner y est maîtrisé et efficace quoique j'y trouve son encrage un peu trop fin à mon goût. L'histoire quant à elle est tellement incroyable qu'elle a des goûts de propagande, d'autant qu'il est difficile dans la France d'hier et d'aujourd'hui de célébrer les actes d'un héros de guerre français sans y voir une possible part de nationalisme et de célébration de la guerre. Heureusement ce héros là n'est pas un tueur, et ses actions héroïques consistent davantage à sauver ses camarades et à capturer des soldats ennemis plutôt qu'à les massacrer. Si tout ce qui est raconté ici est vrai, c'est en tout cas la vraie définition d'un héros, et pas seulement dans le contexte de la guerre puisqu'il a continué ensuite sa vie en tant que pompier pour sauver d'autres vies.
Le Monde dans leurs yeux
Cinq histoires courtes pour représenter les conditions de la femme dans différents endroits du monde et comment elles peuvent se retrouver bridées voire réprimées par la société patriarcale. Arabie Saoudite, Maroc, Inde, Afghanistan et même Japon. L'autrice prend bien soin de ne pas mettre en scène des familles pauvres et rétrogrades mais montre bien des foyers plutôt aisés et modernes, dont les membres sont instruits et ouverts à l'international. Mais c'est pour appuyer le fait que même dans ces conditions, le poids de traditions séculaires va immanquablement finir par rabaisser la femme et créer une injustice flagrante. Cela peut prendre une forme très visible comme le droit à la polygamie pour les hommes ou l'interdiction de l'éducation pour les femmes, mais aussi des formes plus insidieuses comme le fait qu'une femme ait forcément besoin d'être mariée et au foyer pour être acceptée dans certaines sociétés ou qu'elle ne doit pas être trop instruite, trop grande ou gagner trop d'argent sans quoi les hommes la fuiront. Ces injustices sont flagrantes mais présentées ici avec subtilité, la condamnation étant évidente mais pas assenée par le récit qui justement montre que c'est davantage le poids d'une société ou de traditions qu'un désir de domination des hommes que cotoient ces femmes. Quant au graphisme, il est propre et agréable même si très classique, et même si on s'étonnera un peu de voir les femmes de pays si différents se ressembler tant dans la manière dont elles sont dessinés. C'est un bon album, peut-être un peu trop académique et posé sur la forme et dans le ton, mais il transmet des informations importantes sur la situation des femmes dans le monde moderne, même dans des pays qu'on aurait pu penser largement assez développés pour avoir dépassé ce stade.
La Neige était sale
Intéressante cette collection sur les romans 'durs' de Georges Simenon, un auteur dont je n'ai jamais lu, mais dont j'ai vu plusieurs adaptations de ses romans en films et j'ai un peu une idée comment ses récits non-Maigret peuvent être noir. Ici, c'est très noir vu que le personnage principal est une vraie ordure qui n'a aucune émotion lorsqu'il exécute froidement tous les crimes inimaginables et puis on va se rendre compte qu'il n'est pas aussi froid qu'il en a l'air. J'avoue que j'étais un peu perplexe face à ce personnage et je ne comprends pas toujours son attitude. Cela va sans doute être plus clair dans mon esprit si je relis l'album un jour. Le fait de ne pas totalement croire à ce anti-héros a fait en sorte que je ne suis jamais totalement rentré dans le récit. Il y a des bonnes scènes et le dessin est très bon, mais je n'ai pas été grandement captivé.
Love story à l'iranienne
En fait de love stories, c’est le plus souvent de « tue l’amour » qu’il est question, tant est forte la pression que le régime des mollahs – et la frange la plus rétrograde de la société iranienne – fait peser sur la population, les jeunes en particulier. Avoir des relations sexuelles, ou tout simplement flirter, voire choisir celui ou celle avec qui l’on veut construire un couple, voilà des choses qui sont compliquées, et même dangereuses. L’album est un reportage réalisé par les auteurs il y a une dizaine d’années, et on peut hélas craindre que la situation n’ait pas évolué dans le bon sens si l’on en croit les différentes révoltes de la jeunesse (suite à la mort d’une jeune femme arrêtée parce que ses cheveux étaient trop visibles). Un documentaire triste – même s’il révèle quelques différences dans les désirs des jeunes iraniens, et nuance à partir de quelques témoignage la vision que l’on pourrait avoir d’Iraniens obnubilés par la culture américaine/occidentale. Une lecture intéressante. Note réelle 3,5/5.
Night Eaters
Fan de leur première série Monstress, j'étais curieux de découvrir leur nouvelle production. On retrouve indéniablement leur patte talentueuse... mais aussi les défauts qui apparaissaient déjà par moment dans Monstress, et je sors un peu perplexe de ce premier tome. L'idée du scénario est pourtant bonne, oscillant entre le loufoque et le gore. Car oui, cette petite famille "pas comme les autres" qui va apprendre à se découvrir passe sans prévenir de burlesques scènes de familles au fantastique sanguinolent d'un chapitre à l'autre. Ce n'est pas tant ça que les passages parfois un peu confus et les quelques longueurs qui entachent la narration. Côté dessin, heureusement que la colorisation de Sana Takeda est toujours aussi bonne car son dessin passe de l'excellence à la case brouillonne sans prévenir, ce que je trouve un brin frustrant et énervant quand on voit son potentiel et son savoir faire. Bref, un début de série intéressant mais inégal ; je poursuivrais quand même ma découverte par curiosité.
Deux Frères
J’avais découvert ce duo brésilien avec Daytripper (au jour le jour), une lecture que j’avais trouvé plaisante, même si ce style de roman graphique n’est a priori pas ma tasse de thé. L’histoire développée ici est une adaptation (d’un auteur et d’un roman que je ne connais pas), mais mes réserves sont un peu du même ordre. La principale surprise vient du dessin, là encore réalisé à quatre mains, mais qui est très différent de ce que j’avais vu sur "Daytripper". Ici, c’est un Noir et Blanc gras et très tranché, proche de ce que peuvent faire des auteurs comme l’argentin Risso – il est vrai dans des univers plus noirs et glauques le plus souvent. Un travail graphique que j’ai bien aimé en tout cas, malgré certaines difficultés parfois pour reconnaitre quelques personnages. L’histoire est assez classique, nous suivons l’évolution d’une famille sur une bonne partie du XXème siècle, avec ses hauts et ses bas, la fin étant quand même une lente déchéance, morale et financière – autant que physique. Une chronique familiale avec ses petits secrets – relativement vite éventés – et qui tourne autour de deux jumeaux, dont la trajectoire est très différente, et qui vont entrainer l’écartèlement de la cellule familiale. Le rythme est assez lent, comme si la chronique familiale, aux faux airs de tragédie grecque, s’était engourdie sous le climat chaud et humide de l’Amazonie : l’intrigue se déroule à Manaus, et les changements de la ville (urbains et sociaux), du pays (la dictature fait son entrée vers la fin) accompagnent l’histoire familiale. Une lecture plaisante, mais que je n’ai pas trouvé aussi emballante que certains de mes prédécesseurs.