Mouais, pas fou cette BD. Je commence a avoir lu trop de choses différentes pour rester satisfait de cette histoire qui reste carrément en surface de tout son propos.
L'histoire se passe dans une Inde imprécise en terme de date, dans laquelle une reine perd son mari. L'histoire embraye ensuite sur ce qu'il advint et je dois dire que la résolution de l'ensemble est expédiée. C'est un récit dans lequel presque aucun des éléments présentés n'aura son payement, ou presque. L'idée de faire disparaitre les oiseaux aurait pu être largement mieux traité, notamment sur l'apparition d'insecte qui est à peine évoqué. L'histoire d'amour à la fin est amenée franchement maladroitement pour moi.
Mais pour le reste, l'ambiance fonctionne. Le mode de narration et le dessin se combinent pour donner une histoire qui fleure bon le conte, avec une touche de cette légèreté propre au genre. La lecture est très fluide, de fait, et l'ensemble a vraiment de la gueule visuellement. C'est ce que je retiens de l'ensemble : la beauté visuelle et la tonalité du conte. Malheureusement, l'histoire est trop rapide et sans but, ce qui la rend assez oubliable.
Album emprunté au hasard. Je pensais au vu du titre lire un documentaire sur l’exploitation pétrolière – ou quelque autre matière première. Il n’en est en fait rien.
Nous suivons en fait Troubs au Turkménistan, celui-ci participant à un projet local de livre illustré autour de poèmes de Prévert. Il en profite pour visiter un peu le pays – dans les limites permises par la dictature – et nous présenter quelques spécificités de la société turkmène.
C’est une sorte de carnet de voyage – l’aspect crayonné de certains crobars accentue l’effet « pris sur le vif ». Mais le dessin est parfois un peu plus élaboré (il a parfois dû reconstituer des scènes a posteriori, lorsqu’il lui était interdit de dessiner sur place).
Le récit se laisse lire, mais il est un peu trop léger. En ce qui concerne la dictature elle-même tout d’abord (abordée par la bande, autour des figures des deux dirigeants successifs depuis l’indépendance à la fin de l’URSS), ou de la présence de la France (des ministres font le déplacement pour soutenir les projets de Bouygues par exemple).
En fait, il manque les à-côtés, le ton primesautier et plus humoristique qui a fait la réussite de projets similaires réalisés par Delisle par exemple. Et du coup, si la lecture – très rapide au demeurant – n’est pas désagréable, elle n’est jamais captivante, et elle m’a laissé sur ma faim.
Note réelle 2,5/5.
Deux petits albums intéressants. Le dessin minimaliste, et le ton léger et souvent humoristique employé, permettent une lecture fluide et agréable, sur un sujet pourtant difficile, voire pénible : le traitement de la « folie » en France dans la seconde moitié du XXème siècle.
Les deux albums se nourrissent d’anecdotes de « praticiens » et sont ancrés dans une réalité franchement pas toujours reluisante – c’est un euphémisme !
En particulier dans le premier album qui nous montre les méthodes employées dans les années 1960. Méthodes qui relèvent souvent de la torture, et a minima rapprochent les lieux évoqués ici de la prison (on se demande même parfois si certains patients ne sont pas moins bien traités que les prisonniers condamnés à de lourdes peines !). Et le comportement de certains « infirmiers » envers certains « fous » laisse pantois. La définition de « fou » est d’ailleurs à géométrie variable (le passage où l’on voit des consommateurs de drogues être mêlés aux aliénés « classiques » est édifiant).
Le deuxième album pointe un certain nombre d’améliorations à partir des années 1970, où la prise en charge devient plus « humaine », plus médicalisée et moins carcérale. Même si le manque de moyens, et surtout la lenteur pour que tout le monde s’adapte aux changements (les « anciens » cohabitent avec les « modernes ») freinent encore l’évolution.
On s’arrête à l’orée des années 1980, et Lisa Mandel comptait poursuivre sa série (un « à suivre » clôt le deuxième album), mais ça n’a visiblement pas été le cas. On ne saura donc pas – en tout cas via cette série – comment ont évolué prise en charge des malades, et formation des médecins/infirmiers.
Une lecture intéressante en tout cas, avec une narration plaisante et dynamique.
J’avais entendu parler du sujet par un ou deux reportages et, je crois, par quelques articles de presse. On est là dans quelque chose de « classique » pour les puissances coloniales (voir ce qu’ont subi Amérindiens, Aborigènes, etc.).
Le « déplacement forcé » (certains parlent de déportation) d’enfants réunionnais vers la métropole, avec changement/vol d’identité a produit des drames humains. Au déracinement s’est ajouté l’impossibilité pour ces enfants devenus adultes de découvrir leur vraie famille.
Tehem traite le sujet de plusieurs façons en parallèle. Une histoire « inventée », mais hélas terriblement crédible, entrecoupée de fausses pages de journaux, dans lesquelles des informations administratives et historiques, des témoignages sont insérés.
Le sujet est scandaleux et douloureux, mais Tehem le traite avec justesse, sans accentuer le pathos. La lecture est agréable (la narration est fluide, et son dessin simple et efficace). Quelques passages trainent en longueur peut-être, mais c’est une lecture instructive et plaisante, sur un sujet qui l’est moins.
L’histoire nous présente une gamine sourde, et nous la suivons l’espace d’une année, après qu’elle et ses parents aient déménagé dans un coin perdu à la campagne.
L’album est quasiment muet (quelques commentaires en début d’album, les paroles des parents étant constituées de bulles vides). Un album quasi muet pour parler de surdité, c’est plutôt une bonne idée, surtout qu’ici la narration est suffisamment claire pour que cela ne gêne pas la lecture.
La gamine est vive, espiègle, et finalement se comporte comme n’importe quelle gamine de son âge.
Si l’histoire est simple et relève du roman graphique, les dernières pages lui donnent une coloration différente. En effet, une sorte d’inondation survient, mais le récit bascule alors vers quelque chose d’un peu onirique ou fantastique (l’interprétation est en tout cas ouverte pour le lecteur) qui m’a laissé un peu perplexe, même si ça n’est finalement pas trop frustrant.
Comme The Patrick en tout cas, j’ai trouvé bizarre que cette gamine soit autant livrée à elle-même : sa « scolarisation » n’apparait pas, et sa « sécurité » peut être menacée. Ces zones d’ombre interpellent, mais l’album se lit quand même agréablement.
Un petit dossier historique sur la prise en compte de la surdité complète l’histoire.
Le Chat mène l'enquête est un recueil d'histoires courtes ou plutôt de chapitres plus ou moins indépendants mettant en scène un gros chat dans les rues du Los Angeles des années 50. Contrairement à ce que laisse penser le titre, ce n'est pas véritablement une histoire policière, tout au plus le félin aide-t-il ses maîtres dans une ou deux de leurs enquêtes, car ce sont eux les détectives.
C'est avant tout une série d'ambiance : celle des rues californiennes de cet âge d'or des années 50, dans une version ensoleillée et pleine de douceur de vivre.
Le héros y est ce chat potelé qui reste muet comme n'importe quel vrai animal. Il se contente de se poser ici et là, de faire la sieste et de lever vaguement un oeil quand quelqu'un lui parle... car il attire l'attention et l'envie de parler aux usagers des parcs et trottoirs de la ville qui le croisent. A travers lui, le lecteur découvre quelques tranches de vie, des discussions entre des personnes qui parlent de la vie et du beau temps. Tout en douceur, ces saynètes et paroles sont parfois anecdotiques, parfois légèrement touchantes.
Au fil des chapitres, l'identité du chat se dévoile de plus en plus ainsi que l'activité de ses maîtres, ce qui l'amène notamment à les aider un peu, par exemple quand l'enquête consiste à retrouver une chatte disparue que le gros chat est le plus à même de retrouver. Mais tout cela reste sur un ton badin, sans grandes conséquences si ce n'est le simple plaisir de raconter.
Une lecture un peu vaine mais relativement jolie et agréable.
Stassen est un connaisseur et un amoureux de l’Afrique et de ses habitants. Beaucoup de ses séries s’y déroulent. Il n’est donc pas étonnant que les revues XXI et La Revue Dessinée lui aient confié des reportages sur certaines dures réalités de ce continent. Cinq de ces reportages sont repris dans ce recueil.
Au fil de ces reportages, Stassen aborde les liens qui rapprochent ou désunissent L’Afrique noire et l’Europe (ici c’est surtout centré sur la Belgique et ses anciennes colonies) : liens culturels, immigration et ce qui la limite (le premier reportage commence dans l’enclave espagnole au Maroc de Ceuta). Il revient aussi sur le génocide des Tutsis au Rwanda.
Le dernier reportage concerne l’Afrique du sud.
Aucun sujet n’est fondamentalement original ou neuf, mais le travail de Stassen est intéressant. Les parties BD sont parfois encadrées par un texte abondant, la lecture de l’album est un peu exigeante.
Un autre isekai qui se passe dans un monde médiéval fantastique que je vois au moins une dizaine de fois par année.
Il y a quand même des qualités dans cette série. Déjà le héros n'est pas un connard qui s'en va acheter des esclaves au marché du coin et à la place il veut vraiment aider le royaume et il est un roi juste qui fait de son mieux pour régler la situation avec l'aide de gens compétents. Ensuite, l'histoire se laisse lire et il y a quelques très bonnes scènes. Le dessin est bon.
Le problème est que le genre isekai arrive vraiment à saturation. Malgré des qualités, je n'ai pas trouvé la lecture des deux tomes très passionnants et je ne pense pas lire la suite. J'ai eu l'impression d'avoir vu les personnages et les situations au moins une bonne dizaine de fois. Sérieux je pense que le trouve le plus original que j'ai vu au cours des deux tomes c'est ce qui tourne autour de la forêt des elfes noires. Si j'avais lu la série ne serait-ce qu'il y a 5 ans, j'aurais peut-être trouvé cela génial, mais là je pense que ça serait bien qu'on passe à autre chose.
Je rejoins l'avis de Cacal69, même si j'ajouterais que la BD est malheureusement un peu limitée sur certains points. Je vois ce qu'elle veut faire, mais c'est dommage qu'elle n'ait pas osé aller plus loin.
En terme de BD, on est franchement sur le minimalisme. Pas grand chose à voir avec la narration visuelle (ce qui coute la 4ème étoile, je trouve) mais une narration textuelle accompagnée de dessin. C'est pas super bien fait, et après avoir lu pas mal d'autres documentaires je trouve qu'ici on reste dans la facilité. C'est dommage, le contenu est pourtant très bon !
En effet, l'idée est ici de retracer l'origine de Poutine depuis ses années sous l'ère Soviétique, jusqu'à son ascension à la tête de l'état et sa répression progressive d'un peuple russe qui l'apprécie quand même. L'auteur prend le temps de dévoiler quelques points spécifiques, notamment les attentats terroristes qui justifieront la répression toujours plus dure envers tout ce que Poutine déteste. J'avais déjà entendu parler de certains d'entre eux (notamment la prise d'otage du théâtre de Moscou) et la façon dont Poutine l'a ensuite instrumentalisée pour asseoir son autorité et envahir les anciens pays satellite de Moscou.
Au fur et à mesure de l'histoire, on sent poindre le propos de Darryl Cunningham : Poutine est un mafieux, un de ces mafieux qui a su s'emparer de toute la fortune de la deuxième puissance mondiale du XXè siècle pour son compte, tuant, manipulant, torturant, assassinant ... Poutine, c'est la violence de la mafia, l'entre-soi des milliardaires russes qui décident de pourrir le reste du monde dans leur rêve de grandeur. Mais surtout, la BD fustige l'occident qui n'a rien vu venir, resta modéré et prudent vis-à-vis de celui qui s'installait progressivement comme un dictateur mondial. Cunningham appelle les pays occidentaux à clarifier leur position envers lui : ni dialogue ni compromis, juste l'opposition dure et franche.
Personnellement je regrette juste que la BD se limite à Poutine et ses opposants assassinés, sans dévoiler tout l'empire qu'il a bâti en terme de relations, de clientèle, de famille ainsi que toute la partie des oligarques et de leur expansion mondiale. Il l'évoque mais sans trop creuser. En même temps, il est vrai que le sujet a surtout ressurgi depuis la guerre en Ukraine ... Par contre, l'aspect terrifiant reste les liens avec Trump. Une confirmation de ce que ce type est comme genre d'individu ...
La Bd est instructive, assez limitée à mon goût quant à la portée de Poutine, mais elle permet de mettre en lumière le genre d'homme qu'il est, ainsi que ses moyens d'action. Et le constat est douloureux : Poutine doit être arrêté, par tous les moyens.
Un album sympathique. Le dessin, fluide, agréable, est parfait pour nous accompagner dans ce récit.
Fabien Grolleau s'est documenté. Mais, tout en bâtissant un récit que j'ai trouvé crédible, il a su combler habilement les énormes lacunes qui souvent nous empêchent d'envisager précisément cette période lointaine de la préhistoire (l'histoire se déroule il y a plus de 38000 ans).
Il a pris le parti de montrer un face optimiste, presque enjouée de la vie de l'époque, à rebours de la plupart des récits construits sur cette période. Même s'il n'oblitère pas la rudesse de la vie (la moindre blessure peut être mortelle, le danger est omniprésent), c'est avant tout des êtres épanouis que nous suivons.
La vision de l'imaginaire et du sacré - pour ne pas aller jusqu'au religieux - est elle aussi crédible. Grolleau nous amène tranquillement vers l'élaboration des sublimes décors de la grotte Chauvet (chefs-d'œuvre qui m'attirent, mais le manque d'occasions et le rejet de la foule m'ont pour le moment empêché de les découvrir).
Une lecture agréable.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Celle qui fit le bonheur des insectes
Mouais, pas fou cette BD. Je commence a avoir lu trop de choses différentes pour rester satisfait de cette histoire qui reste carrément en surface de tout son propos. L'histoire se passe dans une Inde imprécise en terme de date, dans laquelle une reine perd son mari. L'histoire embraye ensuite sur ce qu'il advint et je dois dire que la résolution de l'ensemble est expédiée. C'est un récit dans lequel presque aucun des éléments présentés n'aura son payement, ou presque. L'idée de faire disparaitre les oiseaux aurait pu être largement mieux traité, notamment sur l'apparition d'insecte qui est à peine évoqué. L'histoire d'amour à la fin est amenée franchement maladroitement pour moi. Mais pour le reste, l'ambiance fonctionne. Le mode de narration et le dessin se combinent pour donner une histoire qui fleure bon le conte, avec une touche de cette légèreté propre au genre. La lecture est très fluide, de fait, et l'ensemble a vraiment de la gueule visuellement. C'est ce que je retiens de l'ensemble : la beauté visuelle et la tonalité du conte. Malheureusement, l'histoire est trop rapide et sans but, ce qui la rend assez oubliable.
Sables noirs - 20 semaines au Turkménistan
Album emprunté au hasard. Je pensais au vu du titre lire un documentaire sur l’exploitation pétrolière – ou quelque autre matière première. Il n’en est en fait rien. Nous suivons en fait Troubs au Turkménistan, celui-ci participant à un projet local de livre illustré autour de poèmes de Prévert. Il en profite pour visiter un peu le pays – dans les limites permises par la dictature – et nous présenter quelques spécificités de la société turkmène. C’est une sorte de carnet de voyage – l’aspect crayonné de certains crobars accentue l’effet « pris sur le vif ». Mais le dessin est parfois un peu plus élaboré (il a parfois dû reconstituer des scènes a posteriori, lorsqu’il lui était interdit de dessiner sur place). Le récit se laisse lire, mais il est un peu trop léger. En ce qui concerne la dictature elle-même tout d’abord (abordée par la bande, autour des figures des deux dirigeants successifs depuis l’indépendance à la fin de l’URSS), ou de la présence de la France (des ministres font le déplacement pour soutenir les projets de Bouygues par exemple). En fait, il manque les à-côtés, le ton primesautier et plus humoristique qui a fait la réussite de projets similaires réalisés par Delisle par exemple. Et du coup, si la lecture – très rapide au demeurant – n’est pas désagréable, elle n’est jamais captivante, et elle m’a laissé sur ma faim. Note réelle 2,5/5.
HP
Deux petits albums intéressants. Le dessin minimaliste, et le ton léger et souvent humoristique employé, permettent une lecture fluide et agréable, sur un sujet pourtant difficile, voire pénible : le traitement de la « folie » en France dans la seconde moitié du XXème siècle. Les deux albums se nourrissent d’anecdotes de « praticiens » et sont ancrés dans une réalité franchement pas toujours reluisante – c’est un euphémisme ! En particulier dans le premier album qui nous montre les méthodes employées dans les années 1960. Méthodes qui relèvent souvent de la torture, et a minima rapprochent les lieux évoqués ici de la prison (on se demande même parfois si certains patients ne sont pas moins bien traités que les prisonniers condamnés à de lourdes peines !). Et le comportement de certains « infirmiers » envers certains « fous » laisse pantois. La définition de « fou » est d’ailleurs à géométrie variable (le passage où l’on voit des consommateurs de drogues être mêlés aux aliénés « classiques » est édifiant). Le deuxième album pointe un certain nombre d’améliorations à partir des années 1970, où la prise en charge devient plus « humaine », plus médicalisée et moins carcérale. Même si le manque de moyens, et surtout la lenteur pour que tout le monde s’adapte aux changements (les « anciens » cohabitent avec les « modernes ») freinent encore l’évolution. On s’arrête à l’orée des années 1980, et Lisa Mandel comptait poursuivre sa série (un « à suivre » clôt le deuxième album), mais ça n’a visiblement pas été le cas. On ne saura donc pas – en tout cas via cette série – comment ont évolué prise en charge des malades, et formation des médecins/infirmiers. Une lecture intéressante en tout cas, avec une narration plaisante et dynamique.
Piments zoizos
J’avais entendu parler du sujet par un ou deux reportages et, je crois, par quelques articles de presse. On est là dans quelque chose de « classique » pour les puissances coloniales (voir ce qu’ont subi Amérindiens, Aborigènes, etc.). Le « déplacement forcé » (certains parlent de déportation) d’enfants réunionnais vers la métropole, avec changement/vol d’identité a produit des drames humains. Au déracinement s’est ajouté l’impossibilité pour ces enfants devenus adultes de découvrir leur vraie famille. Tehem traite le sujet de plusieurs façons en parallèle. Une histoire « inventée », mais hélas terriblement crédible, entrecoupée de fausses pages de journaux, dans lesquelles des informations administratives et historiques, des témoignages sont insérés. Le sujet est scandaleux et douloureux, mais Tehem le traite avec justesse, sans accentuer le pathos. La lecture est agréable (la narration est fluide, et son dessin simple et efficace). Quelques passages trainent en longueur peut-être, mais c’est une lecture instructive et plaisante, sur un sujet qui l’est moins.
L'Ecorce des choses
L’histoire nous présente une gamine sourde, et nous la suivons l’espace d’une année, après qu’elle et ses parents aient déménagé dans un coin perdu à la campagne. L’album est quasiment muet (quelques commentaires en début d’album, les paroles des parents étant constituées de bulles vides). Un album quasi muet pour parler de surdité, c’est plutôt une bonne idée, surtout qu’ici la narration est suffisamment claire pour que cela ne gêne pas la lecture. La gamine est vive, espiègle, et finalement se comporte comme n’importe quelle gamine de son âge. Si l’histoire est simple et relève du roman graphique, les dernières pages lui donnent une coloration différente. En effet, une sorte d’inondation survient, mais le récit bascule alors vers quelque chose d’un peu onirique ou fantastique (l’interprétation est en tout cas ouverte pour le lecteur) qui m’a laissé un peu perplexe, même si ça n’est finalement pas trop frustrant. Comme The Patrick en tout cas, j’ai trouvé bizarre que cette gamine soit autant livrée à elle-même : sa « scolarisation » n’apparait pas, et sa « sécurité » peut être menacée. Ces zones d’ombre interpellent, mais l’album se lit quand même agréablement. Un petit dossier historique sur la prise en compte de la surdité complète l’histoire.
Le Chat mène l'enquête
Le Chat mène l'enquête est un recueil d'histoires courtes ou plutôt de chapitres plus ou moins indépendants mettant en scène un gros chat dans les rues du Los Angeles des années 50. Contrairement à ce que laisse penser le titre, ce n'est pas véritablement une histoire policière, tout au plus le félin aide-t-il ses maîtres dans une ou deux de leurs enquêtes, car ce sont eux les détectives. C'est avant tout une série d'ambiance : celle des rues californiennes de cet âge d'or des années 50, dans une version ensoleillée et pleine de douceur de vivre. Le héros y est ce chat potelé qui reste muet comme n'importe quel vrai animal. Il se contente de se poser ici et là, de faire la sieste et de lever vaguement un oeil quand quelqu'un lui parle... car il attire l'attention et l'envie de parler aux usagers des parcs et trottoirs de la ville qui le croisent. A travers lui, le lecteur découvre quelques tranches de vie, des discussions entre des personnes qui parlent de la vie et du beau temps. Tout en douceur, ces saynètes et paroles sont parfois anecdotiques, parfois légèrement touchantes. Au fil des chapitres, l'identité du chat se dévoile de plus en plus ainsi que l'activité de ses maîtres, ce qui l'amène notamment à les aider un peu, par exemple quand l'enquête consiste à retrouver une chatte disparue que le gros chat est le plus à même de retrouver. Mais tout cela reste sur un ton badin, sans grandes conséquences si ce n'est le simple plaisir de raconter. Une lecture un peu vaine mais relativement jolie et agréable.
I comb Jesus et autres reportages africains
Stassen est un connaisseur et un amoureux de l’Afrique et de ses habitants. Beaucoup de ses séries s’y déroulent. Il n’est donc pas étonnant que les revues XXI et La Revue Dessinée lui aient confié des reportages sur certaines dures réalités de ce continent. Cinq de ces reportages sont repris dans ce recueil. Au fil de ces reportages, Stassen aborde les liens qui rapprochent ou désunissent L’Afrique noire et l’Europe (ici c’est surtout centré sur la Belgique et ses anciennes colonies) : liens culturels, immigration et ce qui la limite (le premier reportage commence dans l’enclave espagnole au Maroc de Ceuta). Il revient aussi sur le génocide des Tutsis au Rwanda. Le dernier reportage concerne l’Afrique du sud. Aucun sujet n’est fondamentalement original ou neuf, mais le travail de Stassen est intéressant. Les parties BD sont parfois encadrées par un texte abondant, la lecture de l’album est un peu exigeante.
How a realist hero rebuilt the Kingdom
Un autre isekai qui se passe dans un monde médiéval fantastique que je vois au moins une dizaine de fois par année. Il y a quand même des qualités dans cette série. Déjà le héros n'est pas un connard qui s'en va acheter des esclaves au marché du coin et à la place il veut vraiment aider le royaume et il est un roi juste qui fait de son mieux pour régler la situation avec l'aide de gens compétents. Ensuite, l'histoire se laisse lire et il y a quelques très bonnes scènes. Le dessin est bon. Le problème est que le genre isekai arrive vraiment à saturation. Malgré des qualités, je n'ai pas trouvé la lecture des deux tomes très passionnants et je ne pense pas lire la suite. J'ai eu l'impression d'avoir vu les personnages et les situations au moins une bonne dizaine de fois. Sérieux je pense que le trouve le plus original que j'ai vu au cours des deux tomes c'est ce qui tourne autour de la forêt des elfes noires. Si j'avais lu la série ne serait-ce qu'il y a 5 ans, j'aurais peut-être trouvé cela génial, mais là je pense que ça serait bien qu'on passe à autre chose.
Poutine - L'ascension d'un dictateur
Je rejoins l'avis de Cacal69, même si j'ajouterais que la BD est malheureusement un peu limitée sur certains points. Je vois ce qu'elle veut faire, mais c'est dommage qu'elle n'ait pas osé aller plus loin. En terme de BD, on est franchement sur le minimalisme. Pas grand chose à voir avec la narration visuelle (ce qui coute la 4ème étoile, je trouve) mais une narration textuelle accompagnée de dessin. C'est pas super bien fait, et après avoir lu pas mal d'autres documentaires je trouve qu'ici on reste dans la facilité. C'est dommage, le contenu est pourtant très bon ! En effet, l'idée est ici de retracer l'origine de Poutine depuis ses années sous l'ère Soviétique, jusqu'à son ascension à la tête de l'état et sa répression progressive d'un peuple russe qui l'apprécie quand même. L'auteur prend le temps de dévoiler quelques points spécifiques, notamment les attentats terroristes qui justifieront la répression toujours plus dure envers tout ce que Poutine déteste. J'avais déjà entendu parler de certains d'entre eux (notamment la prise d'otage du théâtre de Moscou) et la façon dont Poutine l'a ensuite instrumentalisée pour asseoir son autorité et envahir les anciens pays satellite de Moscou. Au fur et à mesure de l'histoire, on sent poindre le propos de Darryl Cunningham : Poutine est un mafieux, un de ces mafieux qui a su s'emparer de toute la fortune de la deuxième puissance mondiale du XXè siècle pour son compte, tuant, manipulant, torturant, assassinant ... Poutine, c'est la violence de la mafia, l'entre-soi des milliardaires russes qui décident de pourrir le reste du monde dans leur rêve de grandeur. Mais surtout, la BD fustige l'occident qui n'a rien vu venir, resta modéré et prudent vis-à-vis de celui qui s'installait progressivement comme un dictateur mondial. Cunningham appelle les pays occidentaux à clarifier leur position envers lui : ni dialogue ni compromis, juste l'opposition dure et franche. Personnellement je regrette juste que la BD se limite à Poutine et ses opposants assassinés, sans dévoiler tout l'empire qu'il a bâti en terme de relations, de clientèle, de famille ainsi que toute la partie des oligarques et de leur expansion mondiale. Il l'évoque mais sans trop creuser. En même temps, il est vrai que le sujet a surtout ressurgi depuis la guerre en Ukraine ... Par contre, l'aspect terrifiant reste les liens avec Trump. Une confirmation de ce que ce type est comme genre d'individu ... La Bd est instructive, assez limitée à mon goût quant à la portée de Poutine, mais elle permet de mettre en lumière le genre d'homme qu'il est, ainsi que ses moyens d'action. Et le constat est douloureux : Poutine doit être arrêté, par tous les moyens.
Peindre avec les lions
Un album sympathique. Le dessin, fluide, agréable, est parfait pour nous accompagner dans ce récit. Fabien Grolleau s'est documenté. Mais, tout en bâtissant un récit que j'ai trouvé crédible, il a su combler habilement les énormes lacunes qui souvent nous empêchent d'envisager précisément cette période lointaine de la préhistoire (l'histoire se déroule il y a plus de 38000 ans). Il a pris le parti de montrer un face optimiste, presque enjouée de la vie de l'époque, à rebours de la plupart des récits construits sur cette période. Même s'il n'oblitère pas la rudesse de la vie (la moindre blessure peut être mortelle, le danger est omniprésent), c'est avant tout des êtres épanouis que nous suivons. La vision de l'imaginaire et du sacré - pour ne pas aller jusqu'au religieux - est elle aussi crédible. Grolleau nous amène tranquillement vers l'élaboration des sublimes décors de la grotte Chauvet (chefs-d'œuvre qui m'attirent, mais le manque d'occasions et le rejet de la foule m'ont pour le moment empêché de les découvrir). Une lecture agréable.