Adaptation trop sage et trop fidèle
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Ce tome comprend une histoire complète indépendante de toute autre, cinq histoires courtes en fait. Il constitue l'adaptation du film à sketch du même nom : Creepshow (1982) de George A. Romero (1940-2017), sur la base d'un scénario original de Stephen King. L'adaptation a été réalisée par Bernie Wrightson (1948-2017) pour les dessins et l'encrage, avec une mise en couleurs de Michelle Wrightson. La couverture a été réalisée par Jack Kamen, un des artistes réguliers des EC Comics.
La fête des pères, 11 pages : dans le grand salon de la demeure des Grantham, Sylvia Grantham, Cassandra Grantham, Nathan Grantham et Hank Blaine prennent le thé en dégustant des scones. La conversation débouche sur l'arrivée de tante Bedelia Grantham à quatre heures pétantes. Hank demande si c'est bien elle qui a tué Richard Grantham et Sylvia confirme qu'elle a éclaté le crâne de son père avec un cendrier en verre. D'ailleurs Bedelia arrive au volant de sa voiture dans la propriété ne conduisant pas d'une manière assurée, et pour cause, elle est en train de boire à même la bouteille, un alcool fort. Elle se gare à proximité des tombes. Pendant ce temps-là, les membres de la famille racontent à Hank que Richard Grantham était un invalide tyrannique et qu'il a fait assassiner son fiancé. La mort de Jordy Verrill, 11 pages : quelque part dans une région rurale des États-Unis, Jordy Verrill, un jeune homme, regarde une météorite passer dans le ciel. Il se rend à son point de chute et la touche avec l'extrémité des doigts, mais se brûle. Il se voit déjà en train de la vendre au département des sciences de l'université, marchandant sur son prix, avec un professeur qui refuse de payer ce qu'il demande. Toujours en réfléchissant à comment en tirer un bon prix, en le revendant à quelqu'un d'autre, il verse un sceau d'eau froide dessus pour abaisser sa température, et la sphère rocheuse se fend en deux.
La caisse, 20 pages : Mike Latimer, un homme de ménage, est en train de passer dans l'aile scientifique de l'université d'Horlicks. Il s'arrête pour tirer une pièce à pile ou face : la pièce retombe par terre et roule dans un réduit sous l'escalier. Il se penche pour essayer de la récupérer, éclaire avec sa lampe torche pour y voir quelque chose, et constate la présence d'une caisse avec une inscription évoquant une expédition arctique de 1834. Il décide d'appeler le professeur Dexter Stanley pour l'en informer. Celui-ci est à une réception dans un jardin, avec son collègue Henry Northup qui voit son épouse Wilma draguer sans vergogne un autre invité. Stanley décide de quitter la fête pour aller aider Latimer à récupérer la caisse et l'ouvrir. Un truc pour se marrer, 10 pages : Harry Wentworth n'a plus que la tête qui dépasse du sable, sur une belle plage, et la marée est en train de monter. Il entretient une relation extraconjugale avec Becky Vickers. Or Richard Vickers s'est aperçu de leur petit jeu et il a piégé sa femme, puis diffusé une bande enregistrée dans laquelle elle demande à Harry de lui venir en aide. C'est ainsi qu'il a pu également attirer Harry dans un piège. Ça grouille de partout, 10 pages : Upson Pratt est un homme richissime d'une soixantaine d'années qui vit seul dans un luxueux appartement tout blanc. Ce soir-là, il vient de se lever de son fauteuil pour pulvériser une grande quantité de produit anti-nuisible sur un cafard qui vient de passer par terre devant lui. Il appelle ses bureaux et tombe sur George Gendron à qui il demande d'envoyer une entreprise de désinfection séance tenante, alors que son employé souhaite lui parler d'une OPA hostile sur l'entreprise Pacific Aerodyne.
Voilà une adaptation qui a priori a tout pour plaire. Pour commencer, il s'agit d'une adaptation d'un film à sketch dont l'ambition affichée est de rendre hommage aux bandes dessinées EC Comics, maison d'édition américaine fondée en 1945 par Max Gaines, qui connut son heure de gloire durant la première partie des années 1950 avec des anthologies d'horreur comme The Crypt of Terror, The Vault of Horror et The Haunt of Fear. Ces récits suivaient une structure formatée : généralement 8 pages, avec une courte introduction par un personnage horrifique de type sorcière ou monstre, une histoire à chute, avec une forme de justice immanente ou de morale, et parfois des calembours macabres. le réalisateur utilise exactement le même format avec l'intervention de Creep, un vieillard encapuchonné avec des rides l'enlaidissant, des jeux de mots un peu faciles, et une morale assez tordue, pas vraiment conforme à celle judéo-chrétienne. Les intrigues ont donc été confiées au maître de l'horreur, Stephen King, alors âgé de 35 ans. Lui aussi se calque sur les conventions des comics EC. Le premier récit est donc une histoire de vengeance, avec un individu revenant d'outre-tombe. La seconde met en scène la transformation horrifique d'un être humain. La troisième repose sur une créature dévorant des êtres humains, la quatrième sur une vengeance en forme de meurtre, et la dernière sur une obsession qui tourne à la folie mortelle.
Ces cinq contes horrifiques se lisent facilement et sont sympathiques, mais avec une horreur qui ne se prend pas au sérieux. L'histoire de revenant joue sur le grotesque avec un vieillard acariâtre réclamant son gâteau, la seconde sur le fait que Jordy Verrill est un peu lent du cerveau, la troisième sur un grosse bébête pleine de dents, la quatrième sur une méthode de meurtre un peu trop spectaculaire, et la dernière sur une vraie phobie mais exagérée. le lecteur peut ressentir le fait que l'auteur intègre une saveur parodique à sa narration, ne cherchant pas à faire peur au premier degré. Ça peut être déstabilisant, parce que d'un côté certaines histoires auraient pu fonctionner au premier degré, et parce l'hommage tourne court. En outre, l'adaptateur (son nom n'est pas explicite, vraisemblablement Wrightson) essaye d'écrire à la manière des EC Comics, c'est-à-dire avec des phylactères et des cartouches souvent explicatifs pour essayer d'instaurer un ton. En plus il reprend l'idée d'hommage amusé, avec les commentaires mi-cyniques, mi-moqueurs de Creep, mais en fait assez plats. Du coup, la narration donne une sensation vieillotte, s'adressant à de jeunes lecteurs, désamorçant la dimension horrifique des histoires.
Un peu déçu par l'orientation donnée par George Romero à son hommage aux EC Comics, et par les intrigues de Stephen King, un peu trop linéaires, le lecteur se dit qu'il va se rabattre sur la prestation de l'artiste, un maître en matière d'horreur gothique, avec son adaptation du roman de Mary Shelley Bernie Wrightsons Frankenstein ou ses récits pour le magazine successeur spirituel d'EC Creepy Presents Bernie Wrightson. Effectivement le dessinateur est plutôt en forme et a eu le temps de soigner toutes ses pages. Il croque des visages plutôt sympathiques, jouant sur les expressions veules et les petites exagérations, en phase avec la tonalité sarcastique des commentaires, et le comportement méprisable de la plupart des personnages. Il prend le temps de représenter les décors très régulièrement avec un niveau de détails satisfaisant : les fauteuils confortables du salon, les fenêtres à croisillon, les pierres tombales, la maison à étage en bordure de champ, avec la pompe à essence devant, la décoration surannée et fanée de la pièce à vivre de la maison de Jordy Verrill, la maison confortable des Northup, les veines du bois de la caisse, les vagues et le courant, les pièces blanches aseptisées de l'appartement d'Upson Pratt.
Au fil de ces cinq sketchs, le lecteur apprécie quand Bernie Wrightson se départit d'une narration très naturaliste pour appuyer une ambiance avec un effet. Il retrouve par endroit la verve macabre de l'artiste : l'infirme frappant son fauteuil avec sa canne avec hargne, pour se faire obéir de sa fille, les expressions de visage de Jordy Verrill attestant qu'il est un peu simplet, l'aspect à la fois bucolique et angoissant de sa maison recouverte d'herbe, la dentition acérée du monstre dans la caisse, la chair en décomposition de Becky Vickers et d'Harry Wentworth. Dans ces moments-là, il retrouve son inspiration d'horreur gothique qui fit sa renommée. Il semble également être beaucoup plus à l'aise dans les deux derniers récits. Pour une partie du quatrième, les prises de vue se font à la hauteur de la tête d'Harry Wentworth, la seule partie de son corps qui dépasse de la surface du sable, pour un effet très réussi donnant la sensation au lecteur d'être lui aussi ensablé jusqu'au cou. Dans le dernier, sa direction d'acteur fait apparaître comment Upson Pratt perd peu à peu sa maîtrise de lui-même, sa phobie des cafards gagnant du terrain, pas forcément de la manière dont s'y attend le lecteur.
Difficile de résister à l'attrait de l'adaptation d'un film de Romero, avec un scénario de Stephen King, réalisée par Bernie Wrightson. À la lecture, il est compliqué de dire à qui s'adresse ces récits oscillant entre la parodie du récit d'horreur à chute, surtout du fait des textes un peu balourds, et entre le premier degré horrifique. Bernie Wrightson réalise des planches soignées mais où il semble qu'il est soit en mode fonctionnel, soit il s'est retenu pour ne pas trahir l'esprit du film, alors que des dessins plus dans son registre habituel macabre et gothique auraient apporté une saveur irrésistible a priori compatible avec l'esprit des auteurs.
Sentiment clairement mitigé après la lecture de cet imposant album. Si je reconnais les qualités techniques de l’objet, l’histoire qu’Olivier Grenson m’a racontée n’a pas réussi à me toucher.
Qualités techniques ? Bah le dessin, déjà, qui est très beau (malgré quelques personnages aux profils particuliers). Les planches sont soignées, la mise en couleur est pleinement réussie -jusque dans les passages les plus fantasques qui explosent littéralement de couleurs vives-, le découpage est bon, les personnages sont bien croqués, la narration est fluide. C’est le travail d’un professionnel talentueux.
L’histoire, elle, nous propose de suivre deux personnages réunis par le hasard de la guerre (et des bombardements allemands sur Londres en 1940) : un ‘grand-père’ qui vient de perdre son épouse et une ‘petite-fille’ égarée en quête de sa mère. Deux personnages assez classiques pour ce type de contexte et les liens d’amitié qui vont naître entre eux n’ont rien de surprenant. Très rapidement, j’ai ressenti une forme de monotonie avec ce quotidien rythmé par les alertes aériennes et la recherche de la mère de Mary. Un quotidien uniquement interrompu par des passages fantasmagoriques dans lesquels Isaac raconte une histoire de fantasy à Mary. Cet aspect, plus original, a pour but (je pense) de nous montrer l’importance de ne pas perdre notre capacité à rêver, même dans les pires circonstances. Malheureusement, j’ai trouvé ce conte assez obscur. Surtout, à plus d’une occasion, j’ai trouvé que le vocabulaire employé par Isaac n’était pas du tout adapté à une aussi jeune auditrice. Quant à la morale de ce conte, et bien, je serais bien en peine de vous la donner…
Donc voilà, j’ai lu le récit en me doutant beaucoup trop de sa conclusion et sans que ce qui en fait l’originalité ne parvienne à me convaincre. Reste le dessin de Grenson, qui est souvent très beau… mais je suis un lecteur bien plus en quête d’histoire que d’illustrations. Et là, l'histoire m'a clairement laissé indifférent.
Cet album est un recueil de gags en une planche, de strips et de dessins réalisés par Pierre Kroll pour la presse et ayant tous pour thème l'écologie et l'environnement. Leur création s'étale des années 90 (l'édito indique années 80 mais je n'ai pas su identifier ceux-là) jusqu'à la fin des années 2010. Ils abordent des sujets divers, allant de la crise de la vache folle au nucléaire en passant par la malbouffe et le gaspillage.
Pierre Kroll a un bon coup de crayon. Son style est certes celui de dessins de presse mais il a une patte bien reconnaissable et sous des aspects un peu lâchés, on sent le soin derrière ses planches. Et il inclut également régulièrement des couleurs directes assez jolies.
Par contre, je n'ai pas trouvé ça drôle. Beaucoup de ces petits dessins avaient l'air de travail de commande : "tiens, je viens d'écrire un article sur ce sujet, tu pourrais me faire un petit crobard pour l'illustrer ? Pas besoin que ce soit drôle, tu fais ce que tu veux, j'ai juste besoin que ça attire l'œil des lecteurs." Et de fait, je n'ai pas ri de tout l'album. Pourtant, certains gags ont l'air vraiment bâti pour ça mais non, je les ai trouvés poussifs et convenus. On notera aussi que beaucoup de sujets sont éculés et ne parlent plus au lecteur moderne, comme la crise de la vache folle, Georges W Bush ou d'autres sujets d'une actualité dépassée.
Vous me direz que la thématique globale de l'environnement et l'écologie ne sera jamais un sujet dépassé, certes mais ça n'interdit pas de s'allouer les services d'un scénariste si on sait bien dessiner mais pas vraiment faire rire ses lecteurs.
BD clairement à destination des ados, classée par les éditeurs et libraires en "young adult", qui reprend les codes commerciaux de cette littérature spécifique (assez proches de ceux des séries TV) : une intrigue se déroulant sur un rythme accéléré, des personnages très sommairement décrits répondant initialement à des stéréotypes (l'écorchée, la rejetée, la timide...), évocation du quotidien de cette tranche d'âge (relation aux parents, l'école et la vie sociale, vie sentimentale, etc.) souvent, comme ici, via le genre de la tranche de vie.
L'on découvrira le passé de chacune des cinq héroïnes progressivement, une par tome (là aussi, un grand classique de cette littérature avec cette gestion chorale des personnages et de l'intrigue), tout en conservant une trame générale qui avance logiquement et relie habilement l'ensemble. Les personnages prennent peu à peu de l'ampleur, s'enrichissent d'un passé assez chargé.
Les BéKa, fidèles à eux-mêmes, chargent lourdement la barque en "feel good". C'est très didactique, très bienveillant, émouvant aussi. Les invraisemblances initiales de l'intrigue s'expliquent peu à peu, et le côté "feel good" n'empêche pas l'intrigue d'aboutir à une fin ouverte dramatique.
La morale de l'ensemble est pour le moins discutable et met de côté tous les apports des sciences sociales : ici, bienveillance et volonté peuvent surmonter toutes les inégalités sociales et traumas de l'enfance. Et puis il y a cette vision expéditive et radicale de la justice, que ne renieraient pas les partis de droite les plus décomplexés sinon radicaux, si plébiscités actuellement dans nos contrées.
Couleurs et illustrations recherchent la délicatesse, conciliant la froideur sans âme du trait fin de l'ordinateur et le chaud de ses couleurs saturées.
Cela se lit le plus souvent agréablement, tantôt émeut puis agace. Cette grosse cavalerie a ses partisans, ses facilités et sa moralité ont aussi leurs détracteurs.
J'aime beaucoup Lewis Trondheim, j'ai lu beaucoup de ses albums. Il m'était difficile de faire l'impasse sur celui-ci.
Pour rappel Trondheim s'était lancé sur le sujet sans avoir de scénario pré-conçu et en se forçant à respecter le format gaufrier 4 cases par 3 durant ... 500 pages.
Ce n'est pas pour le dessin que j'aime Trondheim habituellement et cela se vérifie ici. On excusera le trait grossier du débutant qui s'affine au fur et à mesure, c'est intéressant de voir les choses sous cet angle là.
Là où je suis resté sur ma faim est le scénario, construit au fur et à mesure et cela se voit, trop. Il y a beaucoup d'apports de personnages secondaires Scanlan, Ghoran, Mister Weird, KuiKui, le Maire, le Macheur, Baker, l’archéologue… la liste est longue et il est facile de s’y perdre. Certes Trondheim ne manque pas d'imagination, c'est clair. Mais cela devient vraiment confus.
Cette approche improvisée aboutit à une conclusion précipitée, où en quelques pages, tout est bouclé de manière abrupte, laissant de nombreux personnages et intrigues secondaires en suspens. Cela ajoute une couche de frustration pour le lecteur, d’autant plus qu’il n’y a pas de véritable fin.
L’intrigue, si elle peut se montrer plaisante au début, s’étire sur 500 pages, ce qui finit par lasser et j'ai vraiment plus vécu la fin de la lecture comme une contrainte (je ne sais pas arrêter un livre en cours, où alors c'est que je n'accroche pas du tout, ce qui n'est pas le cas ici).
En conclusion, “Les Carottes de Patagonie” est une lecture intéressante pour les inconditionnels de Lewis Trondheim, offrant un aperçu de son processus créatif et de son imagination débordante. Cependant, la longueur excessive et le manque de cohésion narrative rendent l’expérience trop pénible pour moi.
Pour ceux qui ne connaissent pas Lapinot, il peut être plus judicieux de commencer par Les Formidables Aventures de Lapinot avant de se plonger dans cette œuvre-ci.
Vivant à Mulhouse, je connais bien les Vosges tout proche et les environs de Gerardmer en tant que touriste. Mais les Vosges c'est surtout le bois, sans conteste !
La BD est une adaptation d'un livre paru en 1962 et adapté trois ans plus tard en film sous le nom de "Les grandes gueules". Je ne connais ni l'un ni l'autre, je ne peux donc pas comparer. Le tout est centré autour d'un haut-fer, scierie traditionnelle des Vosges (qu'on peut encore voir notamment à la scierie du lançoir pour ceux qui auraient envie d'en voir).
Maintenant, le récit est un polar noir, à l'ancienne dirais-je, avec des gueules qui ne dépareille pas d'un film français époque Audiart, aux personnages fortement marqués et tous mecs du milieu. Bref, ça sent la vieille France et les magouilles. Cependant, je dois dire que rien de bien surprenant n'arrive. C'est un gamin né dans le coin qui revient après des années d'absence pour reprendre la scierie, en concurrence directe avec le riche du coin et surtout en employant d'ancien taulard.
Dis comme ça, l'histoire parait plus intéressante qu'elle ne l'est ici. C'est quelques coups fourrés, des personnages qui retombent dans leurs travers sans arriver à une réelle rédemption et finalement ça se finit assez vite sans vraie conclusion. On a l'impression d'un "tant pis, j'aurais essayé". En terme de tension la fin retombe clairement et il y a un vrai ventre mou dans le récit.
Le dessin est spécial, avec un noir et blanc marqué mais aussi des visages que j'ai souvent confondu. Par exemple au début, j'ai mis un long moment à comprendre que le repreneur de la scierie n'était pas le gars qui sortait de taule, je les ai confondu pendant une bonne partie du récit. Il y a un vrai effort dans les décors (les bâtiments de Mulhouse sont franchement bien rendus) mais pour le reste, c'est un peu trop plat et l'ensemble parait froid.
Une BD que je ne recommande pas forcément, cela dit je serais curieux de voir le film !
C'est l'histoire d'une américaine d'origine coréenne, une adolescente mal dans sa peau parce qu'étirée entre les ambitions que sa mère a pour elle, sa difficulté à s'intégrer à la population américaine du fait de ses origines, la même difficulté à rester dans la culture de ses origines car elle ne parle plus coréen, et son propre sentiment qu'elle est moche et médiocre. En définitive, c'est tout le mal-être adolescent accentué par des origines un peu différente de la moyenne et la pression exercée par sa propre mère. Et pour l'exorciser, l'autrice réalise sa propre psychanalyse en racontant son parcours depuis son entrée au lycée jusqu'à son départ pour la fac : 4 ans donc durant lesquels elle a des hauts et beaucoup de bas, en particulier une tentative de suicide et ses conséquences sur ses proches.
Sur le fond, cet album part d'une bonne intention : refléter le mal-être adolescent, parler à ceux qui ont vécu des évènements similaires, en particulier les adolescents dont les parents sont immigrés et qui doivent en plus lutter avec le fait de n'être ni vraiment d'une société ni vraiment d'une autre. Et graphiquement, c'est plutôt d'un bon niveau, avec un dessin maîtrisé et une narration fluide.
Mais dans les faits, j'ai trouvé ça tellement mou et long que je m'y suis sérieusement ennuyé. Malgré les environ 350 pages, on pourrait se dire que l'histoire se déroule vite puisqu'elle s'étale sur 4 ans mais c'est à chaque fois pour retrouver une héroïne déprimée, mollassonne et qui se cherche. Et même les moments théoriquement forts, comme la tentative de suicide dont je parle plus haut, restent plats et sans accroche. Il n'y a jamais de moment intense, juste une continuité de scènes du quotidien qui évoluent peu et mènent à une conclusion attendue et ouverte. Seul le personnage de la mère m'a légèrement intéressé, avec son comportement changeant, entre violence verbale, morale mais aussi physique envers sa fille, et autres moments bien plus affectueux ; ils réflètent ses propres tensions internes, le combat entre le résultat de sa propre éducation et son amour pour sa fille. Cela amène un début de réflexion mais celle-ci n'est pas développée et laissée en plan en fin d'album.
Bref, malgré la sincérité de cet album et de son contenu, je m'y suis ennuyé et n'ai pas été touché ni par son héroïne ni par ce qui lui arrive.
Je ne connaissais pas ce drame, et je pensais, à la seule vue du titre, avoir là une sorte d’affaire « Roswell » à la sauce soviétique, un mystère éventuellement mâtiné de thriller lié à la guerre froide.
En fait pas vraiment. Il s’agit de la mort et de la disparition d’une dizaine d’alpinistes (amateurs pour la majorité) dans l’Oural soviétique des années 1950. Les conditions de leur mort étant « bizarres », jamais éclaircies – avec la pression des autorités pour ne pas étaler trop l’enquête, il y a sans doute matière à développer une histoire prenante (le dossier final explore quelques thèses – aucune n’ayant totalement convaincu).
Mais, hélas, j’ai trouvé cette lecture un peu ennuyeuse. La narration est un peu hachée par les flash-backs, et surtout il n’y a ni dramatisation, ni surprise. Les auteurs ont pris le parti de ne pas donner d’explication. Pourquoi pas ? Mais du coup ça ne fait qu’accentuer le manque d’intérêt que j’ai ressenti dans ma lecture.
De plus, je ne me suis jamais réellement attaché aux personnages, peu creusés, et qui – la faute à un dessin certes très correct, mais peu fouillé avec des visages parfois ressemblants – ne se distinguaient pas toujours les uns des autres.
Quant à l’arrière-plan guerre froide, j’attendais sans doute davantage, ou autre chose des pressions du KGB par exemple.
Bref, une lecture décevante. Un mystère non éclairci, mais qui ici n’a jamais réellement titillé ma curiosité.
Franchement le pitch est très prometteur et me faisait envie. Un cadre très original, une histoire de jeunes filles momifiées et une double enquête sur ces meurtres ... c'est la promesse d'un polar Aztèque à la recherche d'un sérial killer. Typiquement le genre d'intrigue que j'aime lire. En plus, le dessin de Hub me plait énormément. Il n'y a que des avis enthousiastes ici, bref il n'y a aucune chance pour que ça ne me plaise pas.
Pourtant il m'aura fallu 2 tentatives pour arriver au bout des 180 pages du tome 1. Et dans la douleur. Malheureusement cette lecture aura été fastidieuse pour bien des raisons. D'abord je trouve que la fameuse enquête est bien trop peu développée, c'est un fil rouge mais vraiment trop en toile de fond. Ca n'est pas l'histoire principale, mais le prétexte à raconter autre chose. La vie des personnages principaux au travers de nombreux flashbacks, comment il se connus, perdus de vue, retrouvés, défiés. Moi j'avais envie de lire un polar Aztèque pas une chronique sociale et culturelle. Pourtant ça aurait presque pu ne pas me gêner plus que ça, si ça avait été un tremplin pour l'intrigue. Mais je ne l'ai pas ressenti comme ça. 3, puis 4, puis 10 puis une quantité indénombrable de momies, ça devient un non évènement au bout d'un moment.
La narration ne m'a pas aidé, sautant de lieux, de temps, de personnages toutes les 4 pages. J'ai trouvé ça décousu, me demandant l'intérêt de certaines scènes. Toutes les 2 pages, dans un dialogue, on a droit à un terme aztèque et une petite astérisque nous renvoie à la définition en bas de page. Un peu, pourquoi pas, quand il n'y a pas de mots précis et qu'on explique un concept. Mais écrire acalli dans le dialogue, pour nous apprendre en bas de page que ça veut dire canoë, il n'y avait qu'à écrire canoë directement dans le dialogue non ? Pour ma pomme, c'est l'overdose de définition en bas de page, et ça me gène dans la fluidité de lecture et dans la compréhension.
Comme dit en intro, j'adore le dessin, et il faut souligner l'effort qui a été fait pour différencier les personnages. Les principaux en tout cas, parce qu'il y a vraiment, vraiment beaucoup de personnages tout au long de l'album. Des personnages même pas vraiment secondaires, des personnages qu'on va voir sur une scène, une page, quelques cases seulement. Et j'ai passé mon temps à me demander si lui ou elle on l'avait déjà vu précédemment. Avec les nombreux saut dans le temps et l'espace que j'ai évoqué plus haut, c'est pour moi le cocktail parfait pour me faire décrocher.
Voilà. J'aurais adoré aimer cette série comme tout le monde, car, encore une fois, il y avait tout pour me plaire. Je voudrais bien me dire que c'était pas le moment de la lire ou que j'étais fatigué, mais non visiblement, puisque 2 tentatives espacées de plusieurs années n'ont pas changé la donne. Malheureusement la lecture de ce premier tome n'a provoqué aucun enthousiasme chez moi. Et il est très peu probable qu'il y ai une troisième lecture, ni que je lise la suite de cette trilogie... visiblement étirée à 5 albums en cours de route.
Ne connaissant pas Lanfeust de Troy, mais connaissant Troll de Troy (que j'adore). J'ai trouvé l'aventure de Cixi ..... mitigée. J'ai acheté l'intégrale en un seul volume parce que je voulais une histoire finie. Le début était intéressant.
Je rejoins ce qui a été dit : le dessin reste efficace, bien. Les couleurs aussi. Mais ça se sent que ça été fait "vite fait".
Le scénario : beaucoup de "circonstances" font que l'histoire ne traîne pas, comme un film d'action américain. Faut pas trop se poser de question. Par contre, la grosse déception vient à la fin ..... ce n'est pas fini. Une partie est faite ..... du coup on reste sur sa fin. Je n'expliquerai pas plus pour ne pas spoiler.
Les plus : se lit très vite, ça ne traîne pas en longueur.
Les neutres : scénario, dessin/couleur
Les moins : la fin !!!!!!!!!!
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Creepshow
Adaptation trop sage et trop fidèle - Ce tome comprend une histoire complète indépendante de toute autre, cinq histoires courtes en fait. Il constitue l'adaptation du film à sketch du même nom : Creepshow (1982) de George A. Romero (1940-2017), sur la base d'un scénario original de Stephen King. L'adaptation a été réalisée par Bernie Wrightson (1948-2017) pour les dessins et l'encrage, avec une mise en couleurs de Michelle Wrightson. La couverture a été réalisée par Jack Kamen, un des artistes réguliers des EC Comics. La fête des pères, 11 pages : dans le grand salon de la demeure des Grantham, Sylvia Grantham, Cassandra Grantham, Nathan Grantham et Hank Blaine prennent le thé en dégustant des scones. La conversation débouche sur l'arrivée de tante Bedelia Grantham à quatre heures pétantes. Hank demande si c'est bien elle qui a tué Richard Grantham et Sylvia confirme qu'elle a éclaté le crâne de son père avec un cendrier en verre. D'ailleurs Bedelia arrive au volant de sa voiture dans la propriété ne conduisant pas d'une manière assurée, et pour cause, elle est en train de boire à même la bouteille, un alcool fort. Elle se gare à proximité des tombes. Pendant ce temps-là, les membres de la famille racontent à Hank que Richard Grantham était un invalide tyrannique et qu'il a fait assassiner son fiancé. La mort de Jordy Verrill, 11 pages : quelque part dans une région rurale des États-Unis, Jordy Verrill, un jeune homme, regarde une météorite passer dans le ciel. Il se rend à son point de chute et la touche avec l'extrémité des doigts, mais se brûle. Il se voit déjà en train de la vendre au département des sciences de l'université, marchandant sur son prix, avec un professeur qui refuse de payer ce qu'il demande. Toujours en réfléchissant à comment en tirer un bon prix, en le revendant à quelqu'un d'autre, il verse un sceau d'eau froide dessus pour abaisser sa température, et la sphère rocheuse se fend en deux. La caisse, 20 pages : Mike Latimer, un homme de ménage, est en train de passer dans l'aile scientifique de l'université d'Horlicks. Il s'arrête pour tirer une pièce à pile ou face : la pièce retombe par terre et roule dans un réduit sous l'escalier. Il se penche pour essayer de la récupérer, éclaire avec sa lampe torche pour y voir quelque chose, et constate la présence d'une caisse avec une inscription évoquant une expédition arctique de 1834. Il décide d'appeler le professeur Dexter Stanley pour l'en informer. Celui-ci est à une réception dans un jardin, avec son collègue Henry Northup qui voit son épouse Wilma draguer sans vergogne un autre invité. Stanley décide de quitter la fête pour aller aider Latimer à récupérer la caisse et l'ouvrir. Un truc pour se marrer, 10 pages : Harry Wentworth n'a plus que la tête qui dépasse du sable, sur une belle plage, et la marée est en train de monter. Il entretient une relation extraconjugale avec Becky Vickers. Or Richard Vickers s'est aperçu de leur petit jeu et il a piégé sa femme, puis diffusé une bande enregistrée dans laquelle elle demande à Harry de lui venir en aide. C'est ainsi qu'il a pu également attirer Harry dans un piège. Ça grouille de partout, 10 pages : Upson Pratt est un homme richissime d'une soixantaine d'années qui vit seul dans un luxueux appartement tout blanc. Ce soir-là, il vient de se lever de son fauteuil pour pulvériser une grande quantité de produit anti-nuisible sur un cafard qui vient de passer par terre devant lui. Il appelle ses bureaux et tombe sur George Gendron à qui il demande d'envoyer une entreprise de désinfection séance tenante, alors que son employé souhaite lui parler d'une OPA hostile sur l'entreprise Pacific Aerodyne. Voilà une adaptation qui a priori a tout pour plaire. Pour commencer, il s'agit d'une adaptation d'un film à sketch dont l'ambition affichée est de rendre hommage aux bandes dessinées EC Comics, maison d'édition américaine fondée en 1945 par Max Gaines, qui connut son heure de gloire durant la première partie des années 1950 avec des anthologies d'horreur comme The Crypt of Terror, The Vault of Horror et The Haunt of Fear. Ces récits suivaient une structure formatée : généralement 8 pages, avec une courte introduction par un personnage horrifique de type sorcière ou monstre, une histoire à chute, avec une forme de justice immanente ou de morale, et parfois des calembours macabres. le réalisateur utilise exactement le même format avec l'intervention de Creep, un vieillard encapuchonné avec des rides l'enlaidissant, des jeux de mots un peu faciles, et une morale assez tordue, pas vraiment conforme à celle judéo-chrétienne. Les intrigues ont donc été confiées au maître de l'horreur, Stephen King, alors âgé de 35 ans. Lui aussi se calque sur les conventions des comics EC. Le premier récit est donc une histoire de vengeance, avec un individu revenant d'outre-tombe. La seconde met en scène la transformation horrifique d'un être humain. La troisième repose sur une créature dévorant des êtres humains, la quatrième sur une vengeance en forme de meurtre, et la dernière sur une obsession qui tourne à la folie mortelle. Ces cinq contes horrifiques se lisent facilement et sont sympathiques, mais avec une horreur qui ne se prend pas au sérieux. L'histoire de revenant joue sur le grotesque avec un vieillard acariâtre réclamant son gâteau, la seconde sur le fait que Jordy Verrill est un peu lent du cerveau, la troisième sur un grosse bébête pleine de dents, la quatrième sur une méthode de meurtre un peu trop spectaculaire, et la dernière sur une vraie phobie mais exagérée. le lecteur peut ressentir le fait que l'auteur intègre une saveur parodique à sa narration, ne cherchant pas à faire peur au premier degré. Ça peut être déstabilisant, parce que d'un côté certaines histoires auraient pu fonctionner au premier degré, et parce l'hommage tourne court. En outre, l'adaptateur (son nom n'est pas explicite, vraisemblablement Wrightson) essaye d'écrire à la manière des EC Comics, c'est-à-dire avec des phylactères et des cartouches souvent explicatifs pour essayer d'instaurer un ton. En plus il reprend l'idée d'hommage amusé, avec les commentaires mi-cyniques, mi-moqueurs de Creep, mais en fait assez plats. Du coup, la narration donne une sensation vieillotte, s'adressant à de jeunes lecteurs, désamorçant la dimension horrifique des histoires. Un peu déçu par l'orientation donnée par George Romero à son hommage aux EC Comics, et par les intrigues de Stephen King, un peu trop linéaires, le lecteur se dit qu'il va se rabattre sur la prestation de l'artiste, un maître en matière d'horreur gothique, avec son adaptation du roman de Mary Shelley Bernie Wrightsons Frankenstein ou ses récits pour le magazine successeur spirituel d'EC Creepy Presents Bernie Wrightson. Effectivement le dessinateur est plutôt en forme et a eu le temps de soigner toutes ses pages. Il croque des visages plutôt sympathiques, jouant sur les expressions veules et les petites exagérations, en phase avec la tonalité sarcastique des commentaires, et le comportement méprisable de la plupart des personnages. Il prend le temps de représenter les décors très régulièrement avec un niveau de détails satisfaisant : les fauteuils confortables du salon, les fenêtres à croisillon, les pierres tombales, la maison à étage en bordure de champ, avec la pompe à essence devant, la décoration surannée et fanée de la pièce à vivre de la maison de Jordy Verrill, la maison confortable des Northup, les veines du bois de la caisse, les vagues et le courant, les pièces blanches aseptisées de l'appartement d'Upson Pratt. Au fil de ces cinq sketchs, le lecteur apprécie quand Bernie Wrightson se départit d'une narration très naturaliste pour appuyer une ambiance avec un effet. Il retrouve par endroit la verve macabre de l'artiste : l'infirme frappant son fauteuil avec sa canne avec hargne, pour se faire obéir de sa fille, les expressions de visage de Jordy Verrill attestant qu'il est un peu simplet, l'aspect à la fois bucolique et angoissant de sa maison recouverte d'herbe, la dentition acérée du monstre dans la caisse, la chair en décomposition de Becky Vickers et d'Harry Wentworth. Dans ces moments-là, il retrouve son inspiration d'horreur gothique qui fit sa renommée. Il semble également être beaucoup plus à l'aise dans les deux derniers récits. Pour une partie du quatrième, les prises de vue se font à la hauteur de la tête d'Harry Wentworth, la seule partie de son corps qui dépasse de la surface du sable, pour un effet très réussi donnant la sensation au lecteur d'être lui aussi ensablé jusqu'au cou. Dans le dernier, sa direction d'acteur fait apparaître comment Upson Pratt perd peu à peu sa maîtrise de lui-même, sa phobie des cafards gagnant du terrain, pas forcément de la manière dont s'y attend le lecteur. Difficile de résister à l'attrait de l'adaptation d'un film de Romero, avec un scénario de Stephen King, réalisée par Bernie Wrightson. À la lecture, il est compliqué de dire à qui s'adresse ces récits oscillant entre la parodie du récit d'horreur à chute, surtout du fait des textes un peu balourds, et entre le premier degré horrifique. Bernie Wrightson réalise des planches soignées mais où il semble qu'il est soit en mode fonctionnel, soit il s'est retenu pour ne pas trahir l'esprit du film, alors que des dessins plus dans son registre habituel macabre et gothique auraient apporté une saveur irrésistible a priori compatible avec l'esprit des auteurs.
Le Partage des Mondes
Sentiment clairement mitigé après la lecture de cet imposant album. Si je reconnais les qualités techniques de l’objet, l’histoire qu’Olivier Grenson m’a racontée n’a pas réussi à me toucher. Qualités techniques ? Bah le dessin, déjà, qui est très beau (malgré quelques personnages aux profils particuliers). Les planches sont soignées, la mise en couleur est pleinement réussie -jusque dans les passages les plus fantasques qui explosent littéralement de couleurs vives-, le découpage est bon, les personnages sont bien croqués, la narration est fluide. C’est le travail d’un professionnel talentueux. L’histoire, elle, nous propose de suivre deux personnages réunis par le hasard de la guerre (et des bombardements allemands sur Londres en 1940) : un ‘grand-père’ qui vient de perdre son épouse et une ‘petite-fille’ égarée en quête de sa mère. Deux personnages assez classiques pour ce type de contexte et les liens d’amitié qui vont naître entre eux n’ont rien de surprenant. Très rapidement, j’ai ressenti une forme de monotonie avec ce quotidien rythmé par les alertes aériennes et la recherche de la mère de Mary. Un quotidien uniquement interrompu par des passages fantasmagoriques dans lesquels Isaac raconte une histoire de fantasy à Mary. Cet aspect, plus original, a pour but (je pense) de nous montrer l’importance de ne pas perdre notre capacité à rêver, même dans les pires circonstances. Malheureusement, j’ai trouvé ce conte assez obscur. Surtout, à plus d’une occasion, j’ai trouvé que le vocabulaire employé par Isaac n’était pas du tout adapté à une aussi jeune auditrice. Quant à la morale de ce conte, et bien, je serais bien en peine de vous la donner… Donc voilà, j’ai lu le récit en me doutant beaucoup trop de sa conclusion et sans que ce qui en fait l’originalité ne parvienne à me convaincre. Reste le dessin de Grenson, qui est souvent très beau… mais je suis un lecteur bien plus en quête d’histoire que d’illustrations. Et là, l'histoire m'a clairement laissé indifférent.
Des signes qui ne trompent pas
Cet album est un recueil de gags en une planche, de strips et de dessins réalisés par Pierre Kroll pour la presse et ayant tous pour thème l'écologie et l'environnement. Leur création s'étale des années 90 (l'édito indique années 80 mais je n'ai pas su identifier ceux-là) jusqu'à la fin des années 2010. Ils abordent des sujets divers, allant de la crise de la vache folle au nucléaire en passant par la malbouffe et le gaspillage. Pierre Kroll a un bon coup de crayon. Son style est certes celui de dessins de presse mais il a une patte bien reconnaissable et sous des aspects un peu lâchés, on sent le soin derrière ses planches. Et il inclut également régulièrement des couleurs directes assez jolies. Par contre, je n'ai pas trouvé ça drôle. Beaucoup de ces petits dessins avaient l'air de travail de commande : "tiens, je viens d'écrire un article sur ce sujet, tu pourrais me faire un petit crobard pour l'illustrer ? Pas besoin que ce soit drôle, tu fais ce que tu veux, j'ai juste besoin que ça attire l'œil des lecteurs." Et de fait, je n'ai pas ri de tout l'album. Pourtant, certains gags ont l'air vraiment bâti pour ça mais non, je les ai trouvés poussifs et convenus. On notera aussi que beaucoup de sujets sont éculés et ne parlent plus au lecteur moderne, comme la crise de la vache folle, Georges W Bush ou d'autres sujets d'une actualité dépassée. Vous me direz que la thématique globale de l'environnement et l'écologie ne sera jamais un sujet dépassé, certes mais ça n'interdit pas de s'allouer les services d'un scénariste si on sait bien dessiner mais pas vraiment faire rire ses lecteurs.
Filles uniques
BD clairement à destination des ados, classée par les éditeurs et libraires en "young adult", qui reprend les codes commerciaux de cette littérature spécifique (assez proches de ceux des séries TV) : une intrigue se déroulant sur un rythme accéléré, des personnages très sommairement décrits répondant initialement à des stéréotypes (l'écorchée, la rejetée, la timide...), évocation du quotidien de cette tranche d'âge (relation aux parents, l'école et la vie sociale, vie sentimentale, etc.) souvent, comme ici, via le genre de la tranche de vie. L'on découvrira le passé de chacune des cinq héroïnes progressivement, une par tome (là aussi, un grand classique de cette littérature avec cette gestion chorale des personnages et de l'intrigue), tout en conservant une trame générale qui avance logiquement et relie habilement l'ensemble. Les personnages prennent peu à peu de l'ampleur, s'enrichissent d'un passé assez chargé. Les BéKa, fidèles à eux-mêmes, chargent lourdement la barque en "feel good". C'est très didactique, très bienveillant, émouvant aussi. Les invraisemblances initiales de l'intrigue s'expliquent peu à peu, et le côté "feel good" n'empêche pas l'intrigue d'aboutir à une fin ouverte dramatique. La morale de l'ensemble est pour le moins discutable et met de côté tous les apports des sciences sociales : ici, bienveillance et volonté peuvent surmonter toutes les inégalités sociales et traumas de l'enfance. Et puis il y a cette vision expéditive et radicale de la justice, que ne renieraient pas les partis de droite les plus décomplexés sinon radicaux, si plébiscités actuellement dans nos contrées. Couleurs et illustrations recherchent la délicatesse, conciliant la froideur sans âme du trait fin de l'ordinateur et le chaud de ses couleurs saturées. Cela se lit le plus souvent agréablement, tantôt émeut puis agace. Cette grosse cavalerie a ses partisans, ses facilités et sa moralité ont aussi leurs détracteurs.
Lapinot et les Carottes de Patagonie
J'aime beaucoup Lewis Trondheim, j'ai lu beaucoup de ses albums. Il m'était difficile de faire l'impasse sur celui-ci. Pour rappel Trondheim s'était lancé sur le sujet sans avoir de scénario pré-conçu et en se forçant à respecter le format gaufrier 4 cases par 3 durant ... 500 pages. Ce n'est pas pour le dessin que j'aime Trondheim habituellement et cela se vérifie ici. On excusera le trait grossier du débutant qui s'affine au fur et à mesure, c'est intéressant de voir les choses sous cet angle là. Là où je suis resté sur ma faim est le scénario, construit au fur et à mesure et cela se voit, trop. Il y a beaucoup d'apports de personnages secondaires Scanlan, Ghoran, Mister Weird, KuiKui, le Maire, le Macheur, Baker, l’archéologue… la liste est longue et il est facile de s’y perdre. Certes Trondheim ne manque pas d'imagination, c'est clair. Mais cela devient vraiment confus. Cette approche improvisée aboutit à une conclusion précipitée, où en quelques pages, tout est bouclé de manière abrupte, laissant de nombreux personnages et intrigues secondaires en suspens. Cela ajoute une couche de frustration pour le lecteur, d’autant plus qu’il n’y a pas de véritable fin. L’intrigue, si elle peut se montrer plaisante au début, s’étire sur 500 pages, ce qui finit par lasser et j'ai vraiment plus vécu la fin de la lecture comme une contrainte (je ne sais pas arrêter un livre en cours, où alors c'est que je n'accroche pas du tout, ce qui n'est pas le cas ici). En conclusion, “Les Carottes de Patagonie” est une lecture intéressante pour les inconditionnels de Lewis Trondheim, offrant un aperçu de son processus créatif et de son imagination débordante. Cependant, la longueur excessive et le manque de cohésion narrative rendent l’expérience trop pénible pour moi. Pour ceux qui ne connaissent pas Lapinot, il peut être plus judicieux de commencer par Les Formidables Aventures de Lapinot avant de se plonger dans cette œuvre-ci.
Le haut-fer
Vivant à Mulhouse, je connais bien les Vosges tout proche et les environs de Gerardmer en tant que touriste. Mais les Vosges c'est surtout le bois, sans conteste ! La BD est une adaptation d'un livre paru en 1962 et adapté trois ans plus tard en film sous le nom de "Les grandes gueules". Je ne connais ni l'un ni l'autre, je ne peux donc pas comparer. Le tout est centré autour d'un haut-fer, scierie traditionnelle des Vosges (qu'on peut encore voir notamment à la scierie du lançoir pour ceux qui auraient envie d'en voir). Maintenant, le récit est un polar noir, à l'ancienne dirais-je, avec des gueules qui ne dépareille pas d'un film français époque Audiart, aux personnages fortement marqués et tous mecs du milieu. Bref, ça sent la vieille France et les magouilles. Cependant, je dois dire que rien de bien surprenant n'arrive. C'est un gamin né dans le coin qui revient après des années d'absence pour reprendre la scierie, en concurrence directe avec le riche du coin et surtout en employant d'ancien taulard. Dis comme ça, l'histoire parait plus intéressante qu'elle ne l'est ici. C'est quelques coups fourrés, des personnages qui retombent dans leurs travers sans arriver à une réelle rédemption et finalement ça se finit assez vite sans vraie conclusion. On a l'impression d'un "tant pis, j'aurais essayé". En terme de tension la fin retombe clairement et il y a un vrai ventre mou dans le récit. Le dessin est spécial, avec un noir et blanc marqué mais aussi des visages que j'ai souvent confondu. Par exemple au début, j'ai mis un long moment à comprendre que le repreneur de la scierie n'était pas le gars qui sortait de taule, je les ai confondu pendant une bonne partie du récit. Il y a un vrai effort dans les décors (les bâtiments de Mulhouse sont franchement bien rendus) mais pour le reste, c'est un peu trop plat et l'ensemble parait froid. Une BD que je ne recommande pas forcément, cela dit je serais curieux de voir le film !
In Limbo
C'est l'histoire d'une américaine d'origine coréenne, une adolescente mal dans sa peau parce qu'étirée entre les ambitions que sa mère a pour elle, sa difficulté à s'intégrer à la population américaine du fait de ses origines, la même difficulté à rester dans la culture de ses origines car elle ne parle plus coréen, et son propre sentiment qu'elle est moche et médiocre. En définitive, c'est tout le mal-être adolescent accentué par des origines un peu différente de la moyenne et la pression exercée par sa propre mère. Et pour l'exorciser, l'autrice réalise sa propre psychanalyse en racontant son parcours depuis son entrée au lycée jusqu'à son départ pour la fac : 4 ans donc durant lesquels elle a des hauts et beaucoup de bas, en particulier une tentative de suicide et ses conséquences sur ses proches. Sur le fond, cet album part d'une bonne intention : refléter le mal-être adolescent, parler à ceux qui ont vécu des évènements similaires, en particulier les adolescents dont les parents sont immigrés et qui doivent en plus lutter avec le fait de n'être ni vraiment d'une société ni vraiment d'une autre. Et graphiquement, c'est plutôt d'un bon niveau, avec un dessin maîtrisé et une narration fluide. Mais dans les faits, j'ai trouvé ça tellement mou et long que je m'y suis sérieusement ennuyé. Malgré les environ 350 pages, on pourrait se dire que l'histoire se déroule vite puisqu'elle s'étale sur 4 ans mais c'est à chaque fois pour retrouver une héroïne déprimée, mollassonne et qui se cherche. Et même les moments théoriquement forts, comme la tentative de suicide dont je parle plus haut, restent plats et sans accroche. Il n'y a jamais de moment intense, juste une continuité de scènes du quotidien qui évoluent peu et mènent à une conclusion attendue et ouverte. Seul le personnage de la mère m'a légèrement intéressé, avec son comportement changeant, entre violence verbale, morale mais aussi physique envers sa fille, et autres moments bien plus affectueux ; ils réflètent ses propres tensions internes, le combat entre le résultat de sa propre éducation et son amour pour sa fille. Cela amène un début de réflexion mais celle-ci n'est pas développée et laissée en plan en fin d'album. Bref, malgré la sincérité de cet album et de son contenu, je m'y suis ennuyé et n'ai pas été touché ni par son héroïne ni par ce qui lui arrive.
Le Mystère du col Dyatlov
Je ne connaissais pas ce drame, et je pensais, à la seule vue du titre, avoir là une sorte d’affaire « Roswell » à la sauce soviétique, un mystère éventuellement mâtiné de thriller lié à la guerre froide. En fait pas vraiment. Il s’agit de la mort et de la disparition d’une dizaine d’alpinistes (amateurs pour la majorité) dans l’Oural soviétique des années 1950. Les conditions de leur mort étant « bizarres », jamais éclaircies – avec la pression des autorités pour ne pas étaler trop l’enquête, il y a sans doute matière à développer une histoire prenante (le dossier final explore quelques thèses – aucune n’ayant totalement convaincu). Mais, hélas, j’ai trouvé cette lecture un peu ennuyeuse. La narration est un peu hachée par les flash-backs, et surtout il n’y a ni dramatisation, ni surprise. Les auteurs ont pris le parti de ne pas donner d’explication. Pourquoi pas ? Mais du coup ça ne fait qu’accentuer le manque d’intérêt que j’ai ressenti dans ma lecture. De plus, je ne me suis jamais réellement attaché aux personnages, peu creusés, et qui – la faute à un dessin certes très correct, mais peu fouillé avec des visages parfois ressemblants – ne se distinguaient pas toujours les uns des autres. Quant à l’arrière-plan guerre froide, j’attendais sans doute davantage, ou autre chose des pressions du KGB par exemple. Bref, une lecture décevante. Un mystère non éclairci, mais qui ici n’a jamais réellement titillé ma curiosité.
Le Serpent et la Lance
Franchement le pitch est très prometteur et me faisait envie. Un cadre très original, une histoire de jeunes filles momifiées et une double enquête sur ces meurtres ... c'est la promesse d'un polar Aztèque à la recherche d'un sérial killer. Typiquement le genre d'intrigue que j'aime lire. En plus, le dessin de Hub me plait énormément. Il n'y a que des avis enthousiastes ici, bref il n'y a aucune chance pour que ça ne me plaise pas. Pourtant il m'aura fallu 2 tentatives pour arriver au bout des 180 pages du tome 1. Et dans la douleur. Malheureusement cette lecture aura été fastidieuse pour bien des raisons. D'abord je trouve que la fameuse enquête est bien trop peu développée, c'est un fil rouge mais vraiment trop en toile de fond. Ca n'est pas l'histoire principale, mais le prétexte à raconter autre chose. La vie des personnages principaux au travers de nombreux flashbacks, comment il se connus, perdus de vue, retrouvés, défiés. Moi j'avais envie de lire un polar Aztèque pas une chronique sociale et culturelle. Pourtant ça aurait presque pu ne pas me gêner plus que ça, si ça avait été un tremplin pour l'intrigue. Mais je ne l'ai pas ressenti comme ça. 3, puis 4, puis 10 puis une quantité indénombrable de momies, ça devient un non évènement au bout d'un moment. La narration ne m'a pas aidé, sautant de lieux, de temps, de personnages toutes les 4 pages. J'ai trouvé ça décousu, me demandant l'intérêt de certaines scènes. Toutes les 2 pages, dans un dialogue, on a droit à un terme aztèque et une petite astérisque nous renvoie à la définition en bas de page. Un peu, pourquoi pas, quand il n'y a pas de mots précis et qu'on explique un concept. Mais écrire acalli dans le dialogue, pour nous apprendre en bas de page que ça veut dire canoë, il n'y avait qu'à écrire canoë directement dans le dialogue non ? Pour ma pomme, c'est l'overdose de définition en bas de page, et ça me gène dans la fluidité de lecture et dans la compréhension. Comme dit en intro, j'adore le dessin, et il faut souligner l'effort qui a été fait pour différencier les personnages. Les principaux en tout cas, parce qu'il y a vraiment, vraiment beaucoup de personnages tout au long de l'album. Des personnages même pas vraiment secondaires, des personnages qu'on va voir sur une scène, une page, quelques cases seulement. Et j'ai passé mon temps à me demander si lui ou elle on l'avait déjà vu précédemment. Avec les nombreux saut dans le temps et l'espace que j'ai évoqué plus haut, c'est pour moi le cocktail parfait pour me faire décrocher. Voilà. J'aurais adoré aimer cette série comme tout le monde, car, encore une fois, il y avait tout pour me plaire. Je voudrais bien me dire que c'était pas le moment de la lire ou que j'étais fatigué, mais non visiblement, puisque 2 tentatives espacées de plusieurs années n'ont pas changé la donne. Malheureusement la lecture de ce premier tome n'a provoqué aucun enthousiasme chez moi. Et il est très peu probable qu'il y ai une troisième lecture, ni que je lise la suite de cette trilogie... visiblement étirée à 5 albums en cours de route.
Cixi de Troy
Ne connaissant pas Lanfeust de Troy, mais connaissant Troll de Troy (que j'adore). J'ai trouvé l'aventure de Cixi ..... mitigée. J'ai acheté l'intégrale en un seul volume parce que je voulais une histoire finie. Le début était intéressant. Je rejoins ce qui a été dit : le dessin reste efficace, bien. Les couleurs aussi. Mais ça se sent que ça été fait "vite fait". Le scénario : beaucoup de "circonstances" font que l'histoire ne traîne pas, comme un film d'action américain. Faut pas trop se poser de question. Par contre, la grosse déception vient à la fin ..... ce n'est pas fini. Une partie est faite ..... du coup on reste sur sa fin. Je n'expliquerai pas plus pour ne pas spoiler. Les plus : se lit très vite, ça ne traîne pas en longueur. Les neutres : scénario, dessin/couleur Les moins : la fin !!!!!!!!!!