Dès la lecture du titre de l'album, la volonté de provoquer le lecteur est formulée.
Bien évidemment, le contenu du recueil continue abondamment en ce sens puisque l'on peut y découvrir un pannel d'histoires courtes traduisant les aspirations malsaines d'un Durandur plus qu'inspiré.
Mais cependant pour peu que l’on soit amateur du genre et capable d’en percevoir la dimension décalée et humoristique, si je puis dire, l’on passe un agréable moment à savourer ce type de créations marginales qui, à ce degré de qualité, tendent à disparaître.
Représentant les travers de l’être humain, l’humour noir y est brillamment représenté avec une certaine propension à l’absurde et quelques trouvailles narratives des plus intéressantes.
Fraîchement « enculé », le lecteur, avec toute la franchise qu’on lui témoigne ne peut qu’apprécier cette lecture singulièrement originale teintée d’une certaine subtilité dans les immondités admirablement représentées, pour peu qu’il puisse, et je le lui souhaite pour une agréable lecture, faire preuve d’une certaine ouverture d’esprit et non pas forcément se reconnaître dans ces tendances comme on le lui suggère mais dans tous les cas profiter d’un exercice de création réussi autour de sujets bien souvent laissés pour compte.
En guise de conclusion, les amateurs d’humour noir trash sur fond d’histoire de cul y trouveront un bon divertissement réfléchi et inventif et se réjouiront d’une suite…
Pour les autres, ils pourront probablement considérer doublement le titre de l’ouvrage.
Ouahow ! On dirait un peu du Tarentino en BD, ou du Tueurs Nés. Ca défouraille à tout va. Tout s’enchaîne impeccablement, à un rythme soutenu, avec plein de personnages, des intrigues secondaires. Cette histoire est vraiment bien ficelée. Et aussi une petite originalité : le narrateur change d’un album à l’autre. Un « road-movie » en forme de cavale effrénée d’ultra-violents, et, au fur et à mesure, un peu plus que ça. Et puis si on est pas trop pointilleux, la fin est bonne.
Le dessin par contre est très en dessous ; du point de vue de la qualité, il est plus que passable, réaliste avec de nombreuses fautes de proportions et sans grande maîtrise.
Quoi qu’il en soit ; une bonne histoire, à lire.
Encore une œuvre oubapienne de Étienne Lécroart, mais qui une fois de plus ne m’a pas autant enthousiasmé que Cercle vicieux, son chef d’œuvre à mes yeux. Le passage utilisant un double sens de lecture (européen et manga) m’a ébloui, c’est sûr, mais le reste de la BD est vraiment plus classique (lecture d’une case sur deux, itération iconique…) et ne m’a guère passionné. J’irai jusqu’à dire que sans le passage en question, j’aurais trouvé l’ensemble plutôt ennuyeux.
Bref, à lire si l’OuBaPo vous passionne vraiment, sinon passez votre chemin.
L’histoire de « 2 sœurs » est originale, et mêle des passages très « roman graphiquesques » (enfance difficile de l’héroïne, relation avec sa sœur) à des passages de thriller et d’espionnage. La sauce prend bien, sans doute aidée par une narration qui elle aussi essaye d’innover (longs passages muets, transitions bien faites, découpage original…). J’ai trouvé la fin très belle et poétique.
Au final ce gros tome unique (336 pages quand même) m’a laissé une très bonne impression… impression d’avoir lu une œuvre très personnelle mais accessible, originale mais qui n’en fait pas trop… bref, l’impression d’avoir lu une bonne BD !
Dommage de gâcher du talent dans cette série mineure... Annie Goetzinger, au trait certes classique (qui confine même à un académisme qui cache mal un certain désintérêt), semble s'ennuyer à faire cette série, sauf pour les couvertures et certains plans rapprochés de l'héroïne, Edith Hardy. Dommage, car elle est capable de mieux, bien mieux. Quant à Pierre Christin, ce n'est pas ce qu'il a produit de mieux. Les rebondissements sont nombreux et souvent téléphonés, les personnages fades au possible.
Pourtant, il y avait quand même une ou deux idées intéressantes. Une femme détective, ce ne devait pas être courant à l'époque, comme le souligne okilebo. De plus, chacun des trois volets de ce triptyque débute par un rêve qui se réalise plus ou moins dans la suite de l'histoire. Mais ce n'est pas très bien amené, et la confusion de l'histoire n'aide pas vraiment à l'appréciation positive.
Une série mineure dans la bibliographie des deux auteurs.
J'avoue que je ne suis pas preneur de ce genre de BD... Je n'ai jamais supporté Le Chat de Geluck, et ces strips sont exactement dans la même veine.
Sentences qui se veulent universelles, répliques qui tombent à plat, situations absurdes... Certes, Coudray se pose comme un virtuose de l'écriture, son graphisme rond s'effaçant totalement derrière les phylactères.
Mais pour moi ça n'est que de la prétention, du vent, et même si certains se sntiront "philosophes du quotidien" (la belle expression démagogique que voilà !), ce n'est pas mon cas.
A quelques semaines de la sortie ciné, qui sera forcément décevante (déjà, par refus du Maître, elle n'est que "from the graphic novel illustrated by David Lloyd"), quelques pistes pour trouver "V pour Vendetta", la merveilleuse-grandiose-majestueuse-fantastique-inégalable oeuvre du grand Alan Moore, géniale et s'y replonger une 25e fois :
1 - c'est Alan Moore qui l'a écrit
2 - c'est Alan Moore qui l'a écrit (t'écoutes un peu ?)
3 - l'Oeuvre aborde un des thèmes fondamentaux de la BD : la lutte contre l'oppression (Tintin, Spirou, ...)
4 - l'histoire mis en place par Moore tient formidablement bien la route : cette Angleterre néo-fasciste, ses camps, son Destin, tout est crédible
5 - c'est le meilleur hommage qu'on puisse trouver à l'un des livres les plus importants du monde : 1984
6 - le système fasciste inventé par Moore est absolument jubilatoire dans son fonctionnement : la main, l’œil, le nez, l'oreille, la voix... C'est aussi une façon géniale de placer le lecteur devant un système politique complexe, mais finalement facile d'accès pour lui.
7 - Les réflexions sur l'âme humaine, les modes de pensée sont très profondes et à plusieurs degrés. Ce qui renforce complètement et de manière très forte l'ensemble.
Un exemple : lorsque le Dr (l'ex-copine de Finch) raconte dans son journal sa vie au camp, on découvre peu à peu, mais à travers ses yeux l'horreur de ses actes. Elle lâche une petite phrase anodine au début, mais lourde de sens en y prenant du recul, lorsqu'elle commence à administrer ses "traitements" aux prisonniers. Ca donne quelque chose comme : "Bizarrement l'appartenance aux races n'a pas l'air d'avoir d'influence sur les effets secondaire du traitement". Boom ! En une toute petite sentence placée dans la bouche du bon personnage, Moore nous démontre très simplement toute l'horreur idéologique que peu faire naître un régime fasciste et raciste, même chez les "intellectuels", en nous présentant des êtres touchés par la cause fondamentale du mal, la perte totale d'ampathie...
8 - La narration est exemplaire.
Au global, avec cette théâtralité dans la construction de l'histoire, qui est une mise en abîme superbe avec le goût pour le théâtre du personnage principal. L'unité de lieu, Londres, donne d'ailleurs l'impression d'une scène de théâtre.
Dans chaque case et chaque dialogue toutes et tous formidablement bien écrit.
L'épisode "Valérie" est à ce titre exemplaire. C'est le plus dur à lire, mais aussi le plus riche, vraiment. Je me demande encore comment Moore peu aussi bien faire ressentir au lecteur la "libération" d'Evey à ce point. Comme si lui aussi il l'avait vécu.
9 - Moore prend toujours garde à ne pas se laisser emporter par son propos. Exemple, même si V est un "terroriste", il n'utilise jamais les méthodes d'oppression de ce contre quoi il lutte. Ainsi il ne pratique pas l'assassinat politique : [spoiler] le commandeur meurt sous les balles d'un(e) autre...
10 - C'est culturellement bourré de références très pointues (la plupart sur la culture anglaise), et j'ai pas encore tout vu.
11 - Le dessin et les couleurs qui me peinaient un peu au début, sont très en phases avec la noirceur du propos, comme par exemple avec l'arrivée des couleurs chaudes dans l'épisode de la "liberté retrouvée" (de dire des gros mots) de la petite fille.
12 - Moore (c'est aussi pour ça que je l'aime) a le don pour placer de grande phrase qui relève tout l'ensemble. Quelque chose comme ça à un moment : "Il est très dangereux de bâtir son pouvoir sur le silence des masses. C'est très fragile le silence : ça se brise au premier cri."
13 - j'ai dit que c'est saint-Alan qui l'avait écrit ?
Que peut-on dire de cet album...
Oui, le dessin est agréable ; oui, le point de départ de l'intrigue est intéressant ; oui, il y a de l'action.... Mais quel manque de profondeur dans le scénario, mon dieu !
Entre les raccourcis, le faible développement des caractères des personnages, et les nombreuses invraisemblances, on ne peut que regretter que les auteurs aient choisi autant de facilités pour mener une histoire qui semblait prometteuse au départ.
Vraiment dommage...
Vous qui avez adoré la série télé "MI5" diffusée par Canal +, venez découvrir une autre facette ultra-réaliste des services secrets de sa gracieuse majesté.
A travers les histoires de l'agent Tara Chase (alias Gorille Deux), vous serez introduits au sein des S.I.S, les sections spéciales britanniques formées aux missions secrètes à l'étranger. Loin des james-bonderies de l'imaginaire collectif, les agents anglais essayent de faire leur boulot dans un monde chaotique loin de tout manichéisme, même pas sûrs d’œuvrer dans le bon sens.
Avec en toile de fond des opérations au sein des maffias russes ou des talibans, "Queen an Country" nous présente le quotidien professionnel des ces employés (presque) comme les autres : difficultés hiérarchiques, stratégies de positionnement, relations avec les partenaires (la CIA), gestion des ressources humaines, stress et déséquilibre psychologique...
Cet excellent raconteur d'histoires qu'est Greg Rucka (Witheout, Gotham Central) nous sert des intrigues au petits oignons délicieusement comestibles sur les difficultés du travail quand on est un assassin en service commandé. Pas d'exploit ou d'acte d'héroïsme à attendre, juste des personnes essayant d'accomplir la tache qui leur a été confiée du mieux qu'ils peuvent, malgré les obstacles.
Le dessin, fin et soigné, sans fioriture inutile, de Steve Rolston, accentue le parti pris réaliste des scénarii, jusqu'aux physiques, assurément anodins, des protagonistes.
Un seul regret : l'agent Tara Chase est apparemment un personnage différent de l'espionne britannique qu'on rencontrait dans le premier "Witheout". Dommage, car le rôle aurait très bien pu être tenu par la même "personne", permettant ainsi à Greg Rucka d'asseoir un univers de plus en plus complet...
Tome 1 : 3,5/5
Voilà une BD qui ne laisse pas indifférent. Une couverture, qui est à mon avis horrible, des planches qui sont magnifiques.
Oui, car c'est bien grâce aux dessins de Rosinski que cet album sort du lot. C'est un vrai régal pour les yeux, toutes les cases sont autant de tableaux. Je suis vraiment impressionné par le graphisme de cet album.
Par contre, j'ai été moins emballé par le scénario. Ce procès orchestré par le comte Skarbek manque un peu de piquant. Cependant, il se dégage une ambiance assez agréable et réaliste, alors finalement cela passe. Mais j'ai mis 3,5/5 surtout en raison de la qualité graphique de l'album. En espérant que l'histoire soit un peu plus approfondie dans le deuxième tome...
Tome 2 : 4/5
Ouf ! L'histoire s'étoffe enfin dans ce tome 2, ce qui est rassurant. En effet, si la première partie de ce diptyque impressionnait par sa qualité graphique, il manquait un petit quelque chose au niveau du scénario pour rendre cette série admirable.
Avec cet album, c'est chose faite. Outre les peintures toujours aussi remarquables de Rosinski, Sente nous propose une histoire palpitante avec quelques rebondissements bien trouvés. Tout sonne juste dans cet album (l'univers, les dialogues, les références historiques), ce qui rend sa lecture un véritable moment de plaisir.
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Durandur
Dès la lecture du titre de l'album, la volonté de provoquer le lecteur est formulée. Bien évidemment, le contenu du recueil continue abondamment en ce sens puisque l'on peut y découvrir un pannel d'histoires courtes traduisant les aspirations malsaines d'un Durandur plus qu'inspiré. Mais cependant pour peu que l’on soit amateur du genre et capable d’en percevoir la dimension décalée et humoristique, si je puis dire, l’on passe un agréable moment à savourer ce type de créations marginales qui, à ce degré de qualité, tendent à disparaître. Représentant les travers de l’être humain, l’humour noir y est brillamment représenté avec une certaine propension à l’absurde et quelques trouvailles narratives des plus intéressantes. Fraîchement « enculé », le lecteur, avec toute la franchise qu’on lui témoigne ne peut qu’apprécier cette lecture singulièrement originale teintée d’une certaine subtilité dans les immondités admirablement représentées, pour peu qu’il puisse, et je le lui souhaite pour une agréable lecture, faire preuve d’une certaine ouverture d’esprit et non pas forcément se reconnaître dans ces tendances comme on le lui suggère mais dans tous les cas profiter d’un exercice de création réussi autour de sujets bien souvent laissés pour compte. En guise de conclusion, les amateurs d’humour noir trash sur fond d’histoire de cul y trouveront un bon divertissement réfléchi et inventif et se réjouiront d’une suite… Pour les autres, ils pourront probablement considérer doublement le titre de l’ouvrage.
Les Enragés
Ouahow ! On dirait un peu du Tarentino en BD, ou du Tueurs Nés. Ca défouraille à tout va. Tout s’enchaîne impeccablement, à un rythme soutenu, avec plein de personnages, des intrigues secondaires. Cette histoire est vraiment bien ficelée. Et aussi une petite originalité : le narrateur change d’un album à l’autre. Un « road-movie » en forme de cavale effrénée d’ultra-violents, et, au fur et à mesure, un peu plus que ça. Et puis si on est pas trop pointilleux, la fin est bonne. Le dessin par contre est très en dessous ; du point de vue de la qualité, il est plus que passable, réaliste avec de nombreuses fautes de proportions et sans grande maîtrise. Quoi qu’il en soit ; une bonne histoire, à lire.
L'Elite à la portée de tous
Encore une œuvre oubapienne de Étienne Lécroart, mais qui une fois de plus ne m’a pas autant enthousiasmé que Cercle vicieux, son chef d’œuvre à mes yeux. Le passage utilisant un double sens de lecture (européen et manga) m’a ébloui, c’est sûr, mais le reste de la BD est vraiment plus classique (lecture d’une case sur deux, itération iconique…) et ne m’a guère passionné. J’irai jusqu’à dire que sans le passage en question, j’aurais trouvé l’ensemble plutôt ennuyeux. Bref, à lire si l’OuBaPo vous passionne vraiment, sinon passez votre chemin.
2 soeurs
L’histoire de « 2 sœurs » est originale, et mêle des passages très « roman graphiquesques » (enfance difficile de l’héroïne, relation avec sa sœur) à des passages de thriller et d’espionnage. La sauce prend bien, sans doute aidée par une narration qui elle aussi essaye d’innover (longs passages muets, transitions bien faites, découpage original…). J’ai trouvé la fin très belle et poétique. Au final ce gros tome unique (336 pages quand même) m’a laissé une très bonne impression… impression d’avoir lu une œuvre très personnelle mais accessible, originale mais qui n’en fait pas trop… bref, l’impression d’avoir lu une bonne BD !
Agence Hardy
Dommage de gâcher du talent dans cette série mineure... Annie Goetzinger, au trait certes classique (qui confine même à un académisme qui cache mal un certain désintérêt), semble s'ennuyer à faire cette série, sauf pour les couvertures et certains plans rapprochés de l'héroïne, Edith Hardy. Dommage, car elle est capable de mieux, bien mieux. Quant à Pierre Christin, ce n'est pas ce qu'il a produit de mieux. Les rebondissements sont nombreux et souvent téléphonés, les personnages fades au possible. Pourtant, il y avait quand même une ou deux idées intéressantes. Une femme détective, ce ne devait pas être courant à l'époque, comme le souligne okilebo. De plus, chacun des trois volets de ce triptyque débute par un rêve qui se réalise plus ou moins dans la suite de l'histoire. Mais ce n'est pas très bien amené, et la confusion de l'histoire n'aide pas vraiment à l'appréciation positive. Une série mineure dans la bibliographie des deux auteurs.
Béret et casquette
J'avoue que je ne suis pas preneur de ce genre de BD... Je n'ai jamais supporté Le Chat de Geluck, et ces strips sont exactement dans la même veine. Sentences qui se veulent universelles, répliques qui tombent à plat, situations absurdes... Certes, Coudray se pose comme un virtuose de l'écriture, son graphisme rond s'effaçant totalement derrière les phylactères. Mais pour moi ça n'est que de la prétention, du vent, et même si certains se sntiront "philosophes du quotidien" (la belle expression démagogique que voilà !), ce n'est pas mon cas.
V pour Vendetta
A quelques semaines de la sortie ciné, qui sera forcément décevante (déjà, par refus du Maître, elle n'est que "from the graphic novel illustrated by David Lloyd"), quelques pistes pour trouver "V pour Vendetta", la merveilleuse-grandiose-majestueuse-fantastique-inégalable oeuvre du grand Alan Moore, géniale et s'y replonger une 25e fois : 1 - c'est Alan Moore qui l'a écrit 2 - c'est Alan Moore qui l'a écrit (t'écoutes un peu ?) 3 - l'Oeuvre aborde un des thèmes fondamentaux de la BD : la lutte contre l'oppression (Tintin, Spirou, ...) 4 - l'histoire mis en place par Moore tient formidablement bien la route : cette Angleterre néo-fasciste, ses camps, son Destin, tout est crédible 5 - c'est le meilleur hommage qu'on puisse trouver à l'un des livres les plus importants du monde : 1984 6 - le système fasciste inventé par Moore est absolument jubilatoire dans son fonctionnement : la main, l’œil, le nez, l'oreille, la voix... C'est aussi une façon géniale de placer le lecteur devant un système politique complexe, mais finalement facile d'accès pour lui. 7 - Les réflexions sur l'âme humaine, les modes de pensée sont très profondes et à plusieurs degrés. Ce qui renforce complètement et de manière très forte l'ensemble. Un exemple : lorsque le Dr (l'ex-copine de Finch) raconte dans son journal sa vie au camp, on découvre peu à peu, mais à travers ses yeux l'horreur de ses actes. Elle lâche une petite phrase anodine au début, mais lourde de sens en y prenant du recul, lorsqu'elle commence à administrer ses "traitements" aux prisonniers. Ca donne quelque chose comme : "Bizarrement l'appartenance aux races n'a pas l'air d'avoir d'influence sur les effets secondaire du traitement". Boom ! En une toute petite sentence placée dans la bouche du bon personnage, Moore nous démontre très simplement toute l'horreur idéologique que peu faire naître un régime fasciste et raciste, même chez les "intellectuels", en nous présentant des êtres touchés par la cause fondamentale du mal, la perte totale d'ampathie... 8 - La narration est exemplaire. Au global, avec cette théâtralité dans la construction de l'histoire, qui est une mise en abîme superbe avec le goût pour le théâtre du personnage principal. L'unité de lieu, Londres, donne d'ailleurs l'impression d'une scène de théâtre. Dans chaque case et chaque dialogue toutes et tous formidablement bien écrit. L'épisode "Valérie" est à ce titre exemplaire. C'est le plus dur à lire, mais aussi le plus riche, vraiment. Je me demande encore comment Moore peu aussi bien faire ressentir au lecteur la "libération" d'Evey à ce point. Comme si lui aussi il l'avait vécu. 9 - Moore prend toujours garde à ne pas se laisser emporter par son propos. Exemple, même si V est un "terroriste", il n'utilise jamais les méthodes d'oppression de ce contre quoi il lutte. Ainsi il ne pratique pas l'assassinat politique : [spoiler] le commandeur meurt sous les balles d'un(e) autre... 10 - C'est culturellement bourré de références très pointues (la plupart sur la culture anglaise), et j'ai pas encore tout vu. 11 - Le dessin et les couleurs qui me peinaient un peu au début, sont très en phases avec la noirceur du propos, comme par exemple avec l'arrivée des couleurs chaudes dans l'épisode de la "liberté retrouvée" (de dire des gros mots) de la petite fille. 12 - Moore (c'est aussi pour ça que je l'aime) a le don pour placer de grande phrase qui relève tout l'ensemble. Quelque chose comme ça à un moment : "Il est très dangereux de bâtir son pouvoir sur le silence des masses. C'est très fragile le silence : ça se brise au premier cri." 13 - j'ai dit que c'est saint-Alan qui l'avait écrit ?
Nova Genesis
Que peut-on dire de cet album... Oui, le dessin est agréable ; oui, le point de départ de l'intrigue est intéressant ; oui, il y a de l'action.... Mais quel manque de profondeur dans le scénario, mon dieu ! Entre les raccourcis, le faible développement des caractères des personnages, et les nombreuses invraisemblances, on ne peut que regretter que les auteurs aient choisi autant de facilités pour mener une histoire qui semblait prometteuse au départ. Vraiment dommage...
Queen & Country
Vous qui avez adoré la série télé "MI5" diffusée par Canal +, venez découvrir une autre facette ultra-réaliste des services secrets de sa gracieuse majesté. A travers les histoires de l'agent Tara Chase (alias Gorille Deux), vous serez introduits au sein des S.I.S, les sections spéciales britanniques formées aux missions secrètes à l'étranger. Loin des james-bonderies de l'imaginaire collectif, les agents anglais essayent de faire leur boulot dans un monde chaotique loin de tout manichéisme, même pas sûrs d’œuvrer dans le bon sens. Avec en toile de fond des opérations au sein des maffias russes ou des talibans, "Queen an Country" nous présente le quotidien professionnel des ces employés (presque) comme les autres : difficultés hiérarchiques, stratégies de positionnement, relations avec les partenaires (la CIA), gestion des ressources humaines, stress et déséquilibre psychologique... Cet excellent raconteur d'histoires qu'est Greg Rucka (Witheout, Gotham Central) nous sert des intrigues au petits oignons délicieusement comestibles sur les difficultés du travail quand on est un assassin en service commandé. Pas d'exploit ou d'acte d'héroïsme à attendre, juste des personnes essayant d'accomplir la tache qui leur a été confiée du mieux qu'ils peuvent, malgré les obstacles. Le dessin, fin et soigné, sans fioriture inutile, de Steve Rolston, accentue le parti pris réaliste des scénarii, jusqu'aux physiques, assurément anodins, des protagonistes. Un seul regret : l'agent Tara Chase est apparemment un personnage différent de l'espionne britannique qu'on rencontrait dans le premier "Witheout". Dommage, car le rôle aurait très bien pu être tenu par la même "personne", permettant ainsi à Greg Rucka d'asseoir un univers de plus en plus complet...
La Vengeance du Comte Skarbek
Tome 1 : 3,5/5 Voilà une BD qui ne laisse pas indifférent. Une couverture, qui est à mon avis horrible, des planches qui sont magnifiques. Oui, car c'est bien grâce aux dessins de Rosinski que cet album sort du lot. C'est un vrai régal pour les yeux, toutes les cases sont autant de tableaux. Je suis vraiment impressionné par le graphisme de cet album. Par contre, j'ai été moins emballé par le scénario. Ce procès orchestré par le comte Skarbek manque un peu de piquant. Cependant, il se dégage une ambiance assez agréable et réaliste, alors finalement cela passe. Mais j'ai mis 3,5/5 surtout en raison de la qualité graphique de l'album. En espérant que l'histoire soit un peu plus approfondie dans le deuxième tome... Tome 2 : 4/5 Ouf ! L'histoire s'étoffe enfin dans ce tome 2, ce qui est rassurant. En effet, si la première partie de ce diptyque impressionnait par sa qualité graphique, il manquait un petit quelque chose au niveau du scénario pour rendre cette série admirable. Avec cet album, c'est chose faite. Outre les peintures toujours aussi remarquables de Rosinski, Sente nous propose une histoire palpitante avec quelques rebondissements bien trouvés. Tout sonne juste dans cet album (l'univers, les dialogues, les références historiques), ce qui rend sa lecture un véritable moment de plaisir.