J'ai acheté le livre à cause du battage médiatique que l'on a fait tout autour, y compris sa nomination à Angoulême dans la catégorie meilleur scénario et les trailers pour le film du même nom. Je dois reconnaître que le scénario est efficace. La tension monte et ne se relâche que pour repartir de plus belle, un cran plus fort. Le suspense est bien tenu. Le scénario reste pourtant tout ce qu'il y a de plus conventionnel dans le genre, sans vraiment rien renouveller. Une histoire classique de gangster rattrappé par son passé. Le dessin est pas vraiment terrible, mais reste lisible. Bref, une BD distrayante, qui fera haleter ceux qui aiment les thriller, mais qui ne satisfera pas ceux qui recherchent quelque chose de nouveau.
Je suis un fan de Béja et Nataël – autant le dire sans détour. Nolimé Tangéré fait partie de mes albums préférés, tous genres confondus. C’est donc avec impatience que j’attendais Fantic. Je n’ai pas été décu, mais néanmoins surpris. Cet album se démarque des précédents, tout en gardant la griffe typique des auteurs, reconnaissable au premier coup d'oeil. Le dessin de Béja a évolué : un peu moins « ligne claire », avec des personnages un peu moins « modèles » et un peu plus « réels » que dans les albums précédents. Le jeu des couleurs dans les tons bruns est superbe (mais inattendu). Le scénario de Nataël est moins dramatique que dans les albums précédents; le ton est plus léger, plus drôle. Mais Nataël reste le maître des histoires mettant en scène le hasard et le destin, le tout sous forme d’une pièce de théâtre où chacun ne sait pas très bien s’il doit jouer son rôle écrit d’avance ou essayer d’y échapper.
Un dessinateur de BD ayant un passé sentimental douloureux, une jolie femme (ancienne détective) et son fils, une concierge, 2 amies Algériennes fêtardes, un propriétaire louche et une boîte aux lettres au nom de FANTIC. Tels sont les ingrédients de l’histoire. Le dessinateur trouve à son trousseau de clé une clé qui ouvre la boîte aux lettres, et y lit les lettres qu’on y dépose… à son attention. Un inconnu y divulgue au compte goutte des informations sur les habitants de l’immeuble. On se rend compte que les différents locataires ne sont pas réunis par le fruit du hasard, mais bien par un plan agencé à l’avance. Lequel ? Qui tire les ficelles ? Qui sait quoi ? Et surtout, quel est le rôle de la belle Lyzia ? Sait-elle que le dessinateur la regarde se déshabiller tous les jours en se cachant derrière par sa fenêtre, et utilise-t-elle son intérêt pour elle par calcul manipulateur ? Ce premier tome plante le décor et les différents acteurs, en les rendant chacun très attachants à leur manière. Il tient le lecteur en haleine et lui fait se poser tellement de questions qu’il sera difficile de patienter en attendant le second tome. Une belle réussite.
Victor Levallois, petit employé terne et sans histoire, met son nez dans une histoire de gangsters qui le dépasse. Il est témoin d'un meurtre, s’embarque sur un paquebot, découvre un traffic véreux, débarque à Saïgon, tue le temps pendant quelques jours puis s’engage dans une course poursuite des plus classiques, qui se finit comme il se doit par un “pan pan t’es mort”. Comme le premier tome, les albums se lisent en 5 minutes - sans surprise et sans intérêt. Ca ressemble à du sous-Tintin et Milou (reporter au petit XXe), en un peu plus adulte (plus violent, plus réaliste, plus historique), mais en beaucoup moins bien ficelé. Ca ressemble aussi à du sous-Théodore Poussin, sans la profondeur psychologique des personnages de Frank Le Gall. Les méchants – comme les gentils d’ailleurs – ont beaucoup plus d’épaisseur et de crédibilité (et d’ambiguité) dans Théodore Poussin que dans Victor Levallois.
Les fans de Stanislas apprécieront, les autres risquent fort de trouver cet album inutile. J’ai acheté cette BD dans un bac à solde, et elle y retournera bientôt.
Lire un livre de Marjane Satrapi est toujours un plaisir. Mais « Broderies » est spécial à plus d’un titre. D’abord, il ne s’agit pas d’une histoire classique avec une intrigue, un début et une fin, mais plutôt de différentes conversations à bâtons rompus de femmes Iraniennes. Ensuite, il y a le sujet. De quoi les femmes Iraniennes parlent-elles quand elles sont entre elles ? De leur vie, des hommes, d’amour, de sexe, de la beauté de leur nez, seins ou fesses, de relations de pouvoir avec leur époux, leur amant, leurs parents, etc. En soi, ce sujet est déjà rare en BD (même s’il est en train de se développer rapidement). Mais dans un contexte Iranien, c’est encore plus intéressant, car ça ouvre une fenêtre sur un monde que l’on connaît peu, et sur lequel on a beaucoup trop de préjugés. Et il est certain qu’en refermant le livre, le lecteur aura une toute autre vision de ce que veut dire être femme en Iran – loin des clichés de la femme impuissante, cloîtrée, humiliée, exploitée. Les femmes dessinées par Satrapi représentent différentes histoires, différentes personnalités, et brossent le tableau d’une certaine diversité de situations. Le titre, « Broderies », est parfaitement choisi et peut se comprendre à plusieurs niveaux, faisant à la fois référence à ce qu’on pourrait décrire comme une mutilation génitale féminine, et au fait que le livre brode sur les relations hommes-femmes, avec un fil conducteur bien solide et très efficace (la transition entre les différents épisodes du livre est impeccable). Enfin, broderies n’est pas une BD classique, avec des cases bien formatées. Ici, chaque page est en quelque sorte une case gigantesque, dans laquelle les protagonistes interagissent et discutent. Il y a une recherche graphique très intéressante afin d’animer et de donner vie à d’immobiles conversations de salon – ce qui marche très bien. Bref, un livre intelligent, drôle, intéressant, qui divertit autant qu’il fait réfléchir. A ne pas manquer !
Voilà un très bel album sur le libre-arbitre et le conditionnement, un thème classique en science-fiction mais renouvelé de manière magistrale dans cet album, avec plusieurs niveaux de lectures possibles. Il ne faut pas s’arrêter au mauvais résumé qu’en donne BDparadisio, qui ne fait vraiment pas justice à l’intelligence et à la justesse de ton que l’on retrouve dans la « bulle de bertold ». Je n’avais jamais entendu parler des auteurs, mais je ne regrette pas d’avoir écouté mon libraire et acheté cet album qui m’a fait passer un excellent moment. Les auteurs réussissent le tour de force de raconter une histoire qui se tient en 46 pages, sans qu’on ait jamais l’impression qu’il y ait des raccourcis scénaristiques. Le rythme est admirablement maîtrisé, et on se laisse bercer vers la fin inexorable, hypnotisé par des dessins superbes. Les images de l’album continuent de me hanter après l’avoir refermé. Le bonheur peut-il être programmé ? Garde-t-on son libre-arbitre dans un système qui verrouille tous les comportements et maintient les gens en position de dépendance ? Vaut-il mieux mourir libre que vivre en esclavage ? Bertold nous donne sa réponse, et en tire les conséquences.
Anita Bomba est un OVNI de la bande dessinée. On connaissait les anti-héros depuis longtemps, mais les anti-héroïnes se faisaient attendre. Anita Bomba en est une, et une authentique ! Adèle Blanc-Sec fait vraiment pâle figure et peut retourner aux vestiaires, face à Anita qui a la rage au coeur et qui fait tout sauter sur son passage - avec le cynisme et le panache qui lui sied si bien. Et malgré tout, on sent quand même que cette révolte destructrice cache mal un manque d'amour et de tendresse criant. Tous les personnages de l'album sont du même cru, que ce soit le mentor, le policier ou même le robot. Tous sont empreints de douce folie et de violence désespérée, utilisées comme un moyen de trouver un semblant d'équilibre psychologique et émotionnel. C'est très fort. Vraiment une excellente série. Avec tout ca, je n'ai pas encore parlé des dessins. Cromwell a une griffe bien à lui, un style très personnel mais qui reste très lisible. A découvrir de toute urgence!
L'histoire d'un artiste qui veut jouer au dur et au vilain garcon, qui veut se libérer de tous les tabous, mais qui n'est pas bien méchant. Les situations sont délirantes et sans limites : il y a du sexe, du sang, de la merde, du vomi, du foutre, des putes, des voyous, des bourgeoises qui font des pipes en gardant leurs gants blancs, des filles de joie qui se déguisent en bourgeoises. Mais la vulgarité n'est jamais gratuite; elle sert toujours l'histoire, et elle arrive à rester digne (!). Sfar arrive à rendre Pascin attachant, malgré tout. Ca bouillonne, ca vibre, ca vit. C'est iconoclaste. C'est assez étonnant, même profond, et en même temps drôle et distrayant. Les dialogues sont excellents. Ca donne de la matière à penser sur la religion (encore plus que dans les autres BD de Sfar car encore moins politiquement correct), l'amour, la vie, les pulsions, etc. Le dessin est crade, mais sert admirablement bien un personnage et son histoire qui le sont tout autant (un peu comme dans Reiser). Ca renouvelle la manière de faire de la BD, et c'est indéniablement ce que je préfère de la production de Sfar. A découvrir sans préjugés.
J'abonde dans le sens des 3 premières critiques ci-dessous. Les dessins sont très moyens, l'histoire est lamentable. Si on était dans les années 1970, la BD pourrait être passable, mais nous sommes au 21e siècle et elle semble être préhistorique. Gillon a mal vieilli et devrait prendre sa retraite. C'est le pire album de toute la collection Aire Libre et il est à éviter absolument.
Voila ce que j'appelle une bd instructive, sur des évènements qui ne sont pas relatés dans nos manuels d'histoire. On peut également s'interroger sur le rôle de la presse tant à l'époque des faits qu'à d'autres, plus récentes et à la sélectivité des informations qui nous parviennent. De ce point de vue, c'est une très bonne bd.
Coté dessin, c'est assez joli aussi, si on passe sur certains détails, comme des personnages parfois un peu figés, des visages un peu inexpressifs par moment. Mais bon, l'ensemble reste de très bonne facture.
Personnellement, ce qui m'a le plus gêné c'est certains aspect du scénario, comme par exemple le coté "état = salaud" qui berne les pauvres maquisard sans défenses, ou les raccourcis du genre "un journaliste seul contre tous" ou encore l'indigène qui parle un français universitaire...
Pour finir, je conseille vivement la lecture, mais je n'irai pas jusqu'a l'achat.
« Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », celui du service militaire (ou national). Si on veut comprendre quelque chose au tempérament de Manu Larcenet, il faut lire ce livre, témoignage poignant et horrible d’une période vécue comme un cauchemar (ce fût d’ailleurs le cas de beaucoup).
L’encrage choisi, vient renforcer cet aspect glauque et sordide du service militaire, vu par Larcenet.
Mais l’humour (noir) n’est pas en reste car en se caricaturant (lui et sa mère), Larcenet met en relief le fossé qui le sépare de sa mère, sur les fameuses « classes ».
" Presque" c’est une histoire autobiographique, c’est une histoire qui m’a remué les tripes et qui ne peut pas laisser indifférent.
C’est une bd indispensable ou presque…
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A History of Violence
J'ai acheté le livre à cause du battage médiatique que l'on a fait tout autour, y compris sa nomination à Angoulême dans la catégorie meilleur scénario et les trailers pour le film du même nom. Je dois reconnaître que le scénario est efficace. La tension monte et ne se relâche que pour repartir de plus belle, un cran plus fort. Le suspense est bien tenu. Le scénario reste pourtant tout ce qu'il y a de plus conventionnel dans le genre, sans vraiment rien renouveller. Une histoire classique de gangster rattrappé par son passé. Le dessin est pas vraiment terrible, mais reste lisible. Bref, une BD distrayante, qui fera haleter ceux qui aiment les thriller, mais qui ne satisfera pas ceux qui recherchent quelque chose de nouveau.
Fantic
Je suis un fan de Béja et Nataël – autant le dire sans détour. Nolimé Tangéré fait partie de mes albums préférés, tous genres confondus. C’est donc avec impatience que j’attendais Fantic. Je n’ai pas été décu, mais néanmoins surpris. Cet album se démarque des précédents, tout en gardant la griffe typique des auteurs, reconnaissable au premier coup d'oeil. Le dessin de Béja a évolué : un peu moins « ligne claire », avec des personnages un peu moins « modèles » et un peu plus « réels » que dans les albums précédents. Le jeu des couleurs dans les tons bruns est superbe (mais inattendu). Le scénario de Nataël est moins dramatique que dans les albums précédents; le ton est plus léger, plus drôle. Mais Nataël reste le maître des histoires mettant en scène le hasard et le destin, le tout sous forme d’une pièce de théâtre où chacun ne sait pas très bien s’il doit jouer son rôle écrit d’avance ou essayer d’y échapper. Un dessinateur de BD ayant un passé sentimental douloureux, une jolie femme (ancienne détective) et son fils, une concierge, 2 amies Algériennes fêtardes, un propriétaire louche et une boîte aux lettres au nom de FANTIC. Tels sont les ingrédients de l’histoire. Le dessinateur trouve à son trousseau de clé une clé qui ouvre la boîte aux lettres, et y lit les lettres qu’on y dépose… à son attention. Un inconnu y divulgue au compte goutte des informations sur les habitants de l’immeuble. On se rend compte que les différents locataires ne sont pas réunis par le fruit du hasard, mais bien par un plan agencé à l’avance. Lequel ? Qui tire les ficelles ? Qui sait quoi ? Et surtout, quel est le rôle de la belle Lyzia ? Sait-elle que le dessinateur la regarde se déshabiller tous les jours en se cachant derrière par sa fenêtre, et utilise-t-elle son intérêt pour elle par calcul manipulateur ? Ce premier tome plante le décor et les différents acteurs, en les rendant chacun très attachants à leur manière. Il tient le lecteur en haleine et lui fait se poser tellement de questions qu’il sera difficile de patienter en attendant le second tome. Une belle réussite.
La Vie de Victor Levallois
Victor Levallois, petit employé terne et sans histoire, met son nez dans une histoire de gangsters qui le dépasse. Il est témoin d'un meurtre, s’embarque sur un paquebot, découvre un traffic véreux, débarque à Saïgon, tue le temps pendant quelques jours puis s’engage dans une course poursuite des plus classiques, qui se finit comme il se doit par un “pan pan t’es mort”. Comme le premier tome, les albums se lisent en 5 minutes - sans surprise et sans intérêt. Ca ressemble à du sous-Tintin et Milou (reporter au petit XXe), en un peu plus adulte (plus violent, plus réaliste, plus historique), mais en beaucoup moins bien ficelé. Ca ressemble aussi à du sous-Théodore Poussin, sans la profondeur psychologique des personnages de Frank Le Gall. Les méchants – comme les gentils d’ailleurs – ont beaucoup plus d’épaisseur et de crédibilité (et d’ambiguité) dans Théodore Poussin que dans Victor Levallois. Les fans de Stanislas apprécieront, les autres risquent fort de trouver cet album inutile. J’ai acheté cette BD dans un bac à solde, et elle y retournera bientôt.
Broderies
Lire un livre de Marjane Satrapi est toujours un plaisir. Mais « Broderies » est spécial à plus d’un titre. D’abord, il ne s’agit pas d’une histoire classique avec une intrigue, un début et une fin, mais plutôt de différentes conversations à bâtons rompus de femmes Iraniennes. Ensuite, il y a le sujet. De quoi les femmes Iraniennes parlent-elles quand elles sont entre elles ? De leur vie, des hommes, d’amour, de sexe, de la beauté de leur nez, seins ou fesses, de relations de pouvoir avec leur époux, leur amant, leurs parents, etc. En soi, ce sujet est déjà rare en BD (même s’il est en train de se développer rapidement). Mais dans un contexte Iranien, c’est encore plus intéressant, car ça ouvre une fenêtre sur un monde que l’on connaît peu, et sur lequel on a beaucoup trop de préjugés. Et il est certain qu’en refermant le livre, le lecteur aura une toute autre vision de ce que veut dire être femme en Iran – loin des clichés de la femme impuissante, cloîtrée, humiliée, exploitée. Les femmes dessinées par Satrapi représentent différentes histoires, différentes personnalités, et brossent le tableau d’une certaine diversité de situations. Le titre, « Broderies », est parfaitement choisi et peut se comprendre à plusieurs niveaux, faisant à la fois référence à ce qu’on pourrait décrire comme une mutilation génitale féminine, et au fait que le livre brode sur les relations hommes-femmes, avec un fil conducteur bien solide et très efficace (la transition entre les différents épisodes du livre est impeccable). Enfin, broderies n’est pas une BD classique, avec des cases bien formatées. Ici, chaque page est en quelque sorte une case gigantesque, dans laquelle les protagonistes interagissent et discutent. Il y a une recherche graphique très intéressante afin d’animer et de donner vie à d’immobiles conversations de salon – ce qui marche très bien. Bref, un livre intelligent, drôle, intéressant, qui divertit autant qu’il fait réfléchir. A ne pas manquer !
La Bulle De Bertold
Voilà un très bel album sur le libre-arbitre et le conditionnement, un thème classique en science-fiction mais renouvelé de manière magistrale dans cet album, avec plusieurs niveaux de lectures possibles. Il ne faut pas s’arrêter au mauvais résumé qu’en donne BDparadisio, qui ne fait vraiment pas justice à l’intelligence et à la justesse de ton que l’on retrouve dans la « bulle de bertold ». Je n’avais jamais entendu parler des auteurs, mais je ne regrette pas d’avoir écouté mon libraire et acheté cet album qui m’a fait passer un excellent moment. Les auteurs réussissent le tour de force de raconter une histoire qui se tient en 46 pages, sans qu’on ait jamais l’impression qu’il y ait des raccourcis scénaristiques. Le rythme est admirablement maîtrisé, et on se laisse bercer vers la fin inexorable, hypnotisé par des dessins superbes. Les images de l’album continuent de me hanter après l’avoir refermé. Le bonheur peut-il être programmé ? Garde-t-on son libre-arbitre dans un système qui verrouille tous les comportements et maintient les gens en position de dépendance ? Vaut-il mieux mourir libre que vivre en esclavage ? Bertold nous donne sa réponse, et en tire les conséquences.
Anita Bomba
Anita Bomba est un OVNI de la bande dessinée. On connaissait les anti-héros depuis longtemps, mais les anti-héroïnes se faisaient attendre. Anita Bomba en est une, et une authentique ! Adèle Blanc-Sec fait vraiment pâle figure et peut retourner aux vestiaires, face à Anita qui a la rage au coeur et qui fait tout sauter sur son passage - avec le cynisme et le panache qui lui sied si bien. Et malgré tout, on sent quand même que cette révolte destructrice cache mal un manque d'amour et de tendresse criant. Tous les personnages de l'album sont du même cru, que ce soit le mentor, le policier ou même le robot. Tous sont empreints de douce folie et de violence désespérée, utilisées comme un moyen de trouver un semblant d'équilibre psychologique et émotionnel. C'est très fort. Vraiment une excellente série. Avec tout ca, je n'ai pas encore parlé des dessins. Cromwell a une griffe bien à lui, un style très personnel mais qui reste très lisible. A découvrir de toute urgence!
Pascin
L'histoire d'un artiste qui veut jouer au dur et au vilain garcon, qui veut se libérer de tous les tabous, mais qui n'est pas bien méchant. Les situations sont délirantes et sans limites : il y a du sexe, du sang, de la merde, du vomi, du foutre, des putes, des voyous, des bourgeoises qui font des pipes en gardant leurs gants blancs, des filles de joie qui se déguisent en bourgeoises. Mais la vulgarité n'est jamais gratuite; elle sert toujours l'histoire, et elle arrive à rester digne (!). Sfar arrive à rendre Pascin attachant, malgré tout. Ca bouillonne, ca vibre, ca vit. C'est iconoclaste. C'est assez étonnant, même profond, et en même temps drôle et distrayant. Les dialogues sont excellents. Ca donne de la matière à penser sur la religion (encore plus que dans les autres BD de Sfar car encore moins politiquement correct), l'amour, la vie, les pulsions, etc. Le dessin est crade, mais sert admirablement bien un personnage et son histoire qui le sont tout autant (un peu comme dans Reiser). Ca renouvelle la manière de faire de la BD, et c'est indéniablement ce que je préfère de la production de Sfar. A découvrir sans préjugés.
La veuve blanche
J'abonde dans le sens des 3 premières critiques ci-dessous. Les dessins sont très moyens, l'histoire est lamentable. Si on était dans les années 1970, la BD pourrait être passable, mais nous sommes au 21e siècle et elle semble être préhistorique. Gillon a mal vieilli et devrait prendre sa retraite. C'est le pire album de toute la collection Aire Libre et il est à éviter absolument.
Les oubliés d'Annam
Voila ce que j'appelle une bd instructive, sur des évènements qui ne sont pas relatés dans nos manuels d'histoire. On peut également s'interroger sur le rôle de la presse tant à l'époque des faits qu'à d'autres, plus récentes et à la sélectivité des informations qui nous parviennent. De ce point de vue, c'est une très bonne bd. Coté dessin, c'est assez joli aussi, si on passe sur certains détails, comme des personnages parfois un peu figés, des visages un peu inexpressifs par moment. Mais bon, l'ensemble reste de très bonne facture. Personnellement, ce qui m'a le plus gêné c'est certains aspect du scénario, comme par exemple le coté "état = salaud" qui berne les pauvres maquisard sans défenses, ou les raccourcis du genre "un journaliste seul contre tous" ou encore l'indigène qui parle un français universitaire... Pour finir, je conseille vivement la lecture, mais je n'irai pas jusqu'a l'achat.
Presque
« Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », celui du service militaire (ou national). Si on veut comprendre quelque chose au tempérament de Manu Larcenet, il faut lire ce livre, témoignage poignant et horrible d’une période vécue comme un cauchemar (ce fût d’ailleurs le cas de beaucoup). L’encrage choisi, vient renforcer cet aspect glauque et sordide du service militaire, vu par Larcenet. Mais l’humour (noir) n’est pas en reste car en se caricaturant (lui et sa mère), Larcenet met en relief le fossé qui le sépare de sa mère, sur les fameuses « classes ». " Presque" c’est une histoire autobiographique, c’est une histoire qui m’a remué les tripes et qui ne peut pas laisser indifférent. C’est une bd indispensable ou presque…