Cet album paru il y a trente ans se relit très bien. Le scénario est historiquement intéressant, bien mené et cohérent. Si la fin, un peu courte à mon sens, laisse un peu perplexe avec l’intervention d’un personnage providentiel, elle ne gâche en rien la lecture. Le héros, dont on découvre la vie depuis l’enfance, suit un parcours programmé par les services secrets soviétiques, un parcours dans lequel il n’était prévu aucune déviation, aucun fait du hasard, aucune initiative personnelle. Et évidemment, ce qui devait arriver arriva ! Le héros tente d’échapper au contrôle de ses supérieurs. Le récit prend le temps de dérouler l’histoire, pas à pas, sans raccourcis simplificateurs et solutions faciles. Les pages concernant les techniques d’endoctrinement du KGB sont efficaces, de même que la critique de la société américaine qui nous mène dans les bas-fonds du Bronx hyper bien dessinés. Le dessin de Boucq est excellent, subtil et puissant dans les scènes d’action. Un récit d’espionnage qu’on ne lâche pas jusqu’à la fin.
Depuis le temps que j'attendais de lire cette Bd, je n'avais pas envie de poireauter à chaque sortie d'album, je voulais lire les 4 tomes à la suite. Manque de chance, il y aura un tome 5, c'est à la fois un tort et un bienfait pour cette série, j'y reviendrai.
Il faut bien comprendre que la Bd fait partie d'une collection qui a le parti-pris dès le début de présenter la part sombre ou sulfureuse des reines choisies, sans lisser les personnages. Ceci a bien réussi pour Aliénor, pour Isabelle de France, pour Frédégonde, un peu moins pour Constance d'Antioche. La tâche n'était peut-être pas aisée pour décrire Cléopâtre qui a été hissée au rang de mythe. Aussi, comme dans l'excellent Cléopâtre (Glénat), les auteurs abordent le personnage sous une facette inhabituelle, insolente, perfide, limite cruelle, provocatrice et nymphomane ; est-ce la vérité ? est-ce la meilleure vision ? je ne suis pas assez renseigné sur Cléopâtre pour avoir un avis tranché là-dessus, pendant longtemps, j'ai subi l'influence du film hollywoodien grandiose de 1963, et pour moi, cette femme avait les traits d'Elizabeth Taylor. Mais d'après les bribes de textes que j'ai lu par-ci par-là, je pense qu'il y a sans doute une part de vrai et pas mal de part romancée.
La relation très houleuse et mêlée de haine avec son frère-époux Ptolémée est montrée sans détours, cette part est réelle et probablement peu exagérée. Le contexte d'époque est bien décrit, on y voit en parallèle la détermination de Cléopâtre pour régner seule, et la guerre civile entre pompéiens et partisans de César, puis on passe les étapes en sacrifiant des épisodes probablement légendaires (la rencontre de Cléopâtre avec César roulée dans un tapis, son entrée triomphale dans Rome sur un char gigantesque) ; ces faits ont été magnifiés par le film hollywoodien.
Le couple Gloris ne déforme pas des faits connus mais les réinterprète à sa façon, comme les chamailleries entre Cléopâtre et Marc-Antoine, ou la mort de Vercingétorix ; d'autres sont bien conformes (la mort de Pompée, la mort de Cicéron), mais je suis un peu déçu du traitement concernant l'assassinat de César.
Comme je disais au début de cet avis, le bienfait de la série, c'est qu'elle est contée en détail, ça permet de bien comprendre l'aspect politique et les arcanes du pouvoir, les intrigues et les personnages qui ont tous un rôle important. Le tort, c'est que 4 albums, puis 5, c'est beaucoup trop, ça étire la série inutilement, on sent quelques longueurs, les auteurs prennent trop leur temps, notamment dans le tome 4 qui est le plus dense et aussi le plus érotique. Je crois que 3 albums auraient suffi, là où Cléopâtre (Glénat) a dû énormément compresser pour tout rentrer en 46 planches.
N'empêche que malgré ce défaut d'excès ou d'étirement, la lecture n'est pas lassante ni pesante, et reste très agréable, la narration se traîne un peu par endroits, mais l'atout principal de cette bande est la partie graphique qui est proprement somptueuse. Mouclier a fait de sacrés progrès depuis Sémio, mais il ne reproduit pas un dessin hyperréaliste comme celui vu sur Meridia, il est plus proche de celui de Le Gardien du feu. C'est un dessin fastueux, chatoyant, avec des décors hyper travaillés et des personnages soignés dans leur apparence et leur costume ; il y a juste quelques visages parfois un peu ratés, mais je pinaille, au regard de l'ensemble, c'est magnifique. La mise en page et la colorisation renforcent la dextérité graphique, c'est une belle Bd historique, et c'est comme ça que j'aime qu'elle soit illustrée.
Lovecraft est à l'honneur en ce moment. Entre une superbe biographie en deux tomes sortie chez ActuSF, des adaptations somptueuses en manga par Gou Tanabe, voici une relecture de L'Appel de Cthulhu, l'un de ses titres les plus connus.
C'est une version contemporaine, écrite par Sébastien Viozat, habitué des histoires de peur, qui met en scène un trio d'adolescents, mais toujours à Providence, la ville où a résidé l'auteur (Lovecraft, pas Viozat, enfin pas à ma connaissance). Et malgré les éléments communs (le vieux flic notamment), j'ai eu l'impression de lire une toute autre histoire. Ce n'est que lorsqu'est apparu Cthulhu lui-même, en statuette, puis en chair et en os, que j'ai compris me trouver à lire une adaptation, pas seulement un hommage appuyé. Et cette version me plaît beaucoup. Rendez-vous compte, au tiers de l'album, je me suis obligé à ralentir ma lecture, pour qu'elle dure plus longtemps ! Viozat a introduit quelques touches de modernité dans son récit, un brin de diversité ethnique et sexuelle, et s'est offert les services de l'une des dessinatrices les plus talentueuses du moment, à savoir Anne-Catherine Ott.
Dans le tome 2 Viozat explore une autre figure lovecraftienne, Hastur, que le reclus de Providence avait lui-même emprunté à l'auteur Robert W. Chambers. L'auteur français se l'approprie d'une autre façon, en le liant au mystérieux Howard, dont la nature est révélée dans ce second opus. Cela reste méchamment plaisant à lire, et je suis curieux de voir ce que le duo d'auteurs nous propose pour la suite.
J'avais découvert le travail d'Ott dans l'audacieux Havre, écrit par Isabelle Bauthian, et j'avais raté de le coche de Versipelle, mais je suis content de la retrouver dans cette série horrifique qui colle tellement à son univers visuel, ses personnages si expressifs, son audace graphique et sa mise en scène inspirée, magnifiée ici par les couleurs de Gabriel Amalric, puis Kathrine Avram. On notera deux -très petites- faiblesses dans son dessin, l'absence de relief dans les oreilles de ses personnages, ainsi qu'une propension (moindre que dans Havre) à doter ceux-ci de jambes trop fines, surtout dans le premier tome. Pour le reste, c'est de l'excellent boulot, et j'ai hâte de lire la suite des aventures de Francis, Howard et Atonia.
Un bel album qui laisse une impression assez forte, un bon moment après l’avoir refermé. Un scénario mais en réalité plusieurs histoires qui se croisent et que Cosey mène à leur terme. Deux amis, vétérans de la guerre du Vietnam ont réussi à reconstruire leur vie tant bien que mal mais le traumatisme de la guerre est là, toujours là, et l’auteur sait nous le rappeler par des flashbacks parfaitement bien dosés. Une ancienne histoire d’amour qui semble renaître à l’occasion d’un voyage en Italie mais qui soulèvera plus de questions qu’elle n’apportera de réponses sur la relation que les deux Américains avaient eue avec la jeune femme qu’ils viennent de retrouver. Une histoire d’adoption, aussi. Et surtout, un voyage dans la région des Pouilles, avec ses paysages, ses villages et leurs maisons blanches. Un voyage initiatique qui décidera de l’avenir de chacun des deux hommes, pour le meilleur et pour le pire. J’ai vraiment aimé cet album que j’ai trouvé simple et délicat, sans lourdeur et qui suit le rythme lent des journées qui s’étirent sous le soleil. J’ai aussi beaucoup aimé le dessin, surtout les images lumineuses d’Italie. Au fil des pages, on cerne mieux les deux personnages qui prennent de l’épaisseur. Leur passé se découvre et leurs fêlures apparaissent. Une très belle comédie romantique.
J'ai vraiment adoré ce livre. Le trait est fort et le scénario très fluide. Nous suivons la vie d'un jeune homme un peu différent qui ne parle pas et s'exprime uniquement à travers le dessin ou écriture. Nous voyons le monde avec ses yeux ce qui est vraiment très bien pensé.
C'est une oeuvre à découvrir !
Je viens de découvrir ce livre ainsi que sa dessinatrice. Il s'agit d'une histoire racontée sous forme de conte sur un sujet plutôt difficile : la mort, et le deuil plus généralement. J'ai été agréablement surpris par les dessins vraiment beaux et assez atypiques dans la BD. Ils semblent au départ un peu hésitants mais deviennent de plus en plus beaux par la suite, un réel coup de coeur pour moi. Le scénario lui est plutôt jeunesse mais emmené de manière très douce, ce qui ravira les plus jeunes.
Zaï zaï zaï est un album étonnant ! Le dessin m'a un peu dérangé au départ mais j'ai fini par l'accepter et même l'apprécier par la suite. L'humour de l'auteur est rafraîchissant, surtout au début. Je ne connaissais pas l'auteur mais ça m'a donné envie de découvrir ses autres albums.
Le trait de Chabouté en noir et blanc reste fort, malgré quelques visages qui manquent d'expressions. Cette adaptation est réussie mais hélas vraiment trop courte. Je pense qu'elle aurait mérité au moins 2 tomes de plus. Le sujet est très bien emmené mais vraiment trop rapide à mon sens. On survole simplement cette histoire pourtant si complexe et si forte. Cette BD n’en reste pas moins une réussite et très belle à regarder.
Les auteurs Greg et Hermann doublent la mise de l'excellence. Après Bernard Prince, les péripéties de Red Dust à travers le Wyoming m'a longtemps tenu en haleine. J'aimais bien le genre western même si un Ouest fantasmé permet des raccourcis au niveau de la violence et de la loi.
C'est justement ce que j'apprécie dans la série, ce passage d'un état sauvage à une volonté de bâtir un état de droit. Le passage exemplaire est quand Red abat Dobbs et se retrouve au pénitencier.
Le ranch 666 est aussi une illustration de cette Amérique qui se transforme. Une femme qui dirige une équipe "plurielle" c'est improbable mais rendu plausible grâce au talent des deux auteurs. Si les personnages du cow-boy solitaire, de l'indien, du vieux et du jeune chien fou sont des classiques, l'introduction de Toby cow-boy Noir est assez rare.
Pourtant si l'on en croit le dernier Lucky Luke qui met en scène Bass Reeves, 50 ans après Comanche, la présence de cow-boys Noirs était relativement courante. C'est donc une très bonne intuition des auteurs. Les scénarii utilisent des thèmes classiques, chemin de fer, indiens, outlaws et difficulté à faire valoir ses droits mais c'est très bien ficelé.
Evidemment comme écrit auparavant, la série vaut pour ses 9 premiers albums. J'ai une préférence pour le diptyque des frères Dobbs et pour "le doigt du diable". Les dessins sont parfaits et j'aime beaucoup l'esprit de Greg dans ses scénarii et dialogues. Pour la suite , il n'est jamais facile de reprendre le travail d'un maître.
Je découvre cette auteure suédoise avec ce petit album, et c'est une chouette découverte (je vous encourage à y jeter plus qu'un oeil).
L'album est assez vite lu (petit format, très peu de texte, et une narration un peu linéaire), mais j'ai trouvé cette lecture agréable, fluide.
C'est une sorte de transposition du cycle de la vie, qui se déroule sur un temps long mais indéterminé, dans un lieu tout aussi inconnu. Certains aspects fantastiques, d'autres plutôt SF, habillent cette histoire, et les textes et pas mal d'images ont une connotation poétique. On a parfois l'impression de suivre la rêverie d'un savant (entomologiste ou spécialiste d'un muséum d'histoire naturelle), ceci n'étant pas pour me déplaire, bien au contraire.
Le dessin est moderne, et la colorisation tout à fait à mon goût.
Bref, une petite lecture rapide mais très recommandable, qui s'adresse à un public très large et curieux.
Note réelle 3,5/5.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Bouche du diable
Cet album paru il y a trente ans se relit très bien. Le scénario est historiquement intéressant, bien mené et cohérent. Si la fin, un peu courte à mon sens, laisse un peu perplexe avec l’intervention d’un personnage providentiel, elle ne gâche en rien la lecture. Le héros, dont on découvre la vie depuis l’enfance, suit un parcours programmé par les services secrets soviétiques, un parcours dans lequel il n’était prévu aucune déviation, aucun fait du hasard, aucune initiative personnelle. Et évidemment, ce qui devait arriver arriva ! Le héros tente d’échapper au contrôle de ses supérieurs. Le récit prend le temps de dérouler l’histoire, pas à pas, sans raccourcis simplificateurs et solutions faciles. Les pages concernant les techniques d’endoctrinement du KGB sont efficaces, de même que la critique de la société américaine qui nous mène dans les bas-fonds du Bronx hyper bien dessinés. Le dessin de Boucq est excellent, subtil et puissant dans les scènes d’action. Un récit d’espionnage qu’on ne lâche pas jusqu’à la fin.
Cléopâtre - La Reine fatale
Depuis le temps que j'attendais de lire cette Bd, je n'avais pas envie de poireauter à chaque sortie d'album, je voulais lire les 4 tomes à la suite. Manque de chance, il y aura un tome 5, c'est à la fois un tort et un bienfait pour cette série, j'y reviendrai. Il faut bien comprendre que la Bd fait partie d'une collection qui a le parti-pris dès le début de présenter la part sombre ou sulfureuse des reines choisies, sans lisser les personnages. Ceci a bien réussi pour Aliénor, pour Isabelle de France, pour Frédégonde, un peu moins pour Constance d'Antioche. La tâche n'était peut-être pas aisée pour décrire Cléopâtre qui a été hissée au rang de mythe. Aussi, comme dans l'excellent Cléopâtre (Glénat), les auteurs abordent le personnage sous une facette inhabituelle, insolente, perfide, limite cruelle, provocatrice et nymphomane ; est-ce la vérité ? est-ce la meilleure vision ? je ne suis pas assez renseigné sur Cléopâtre pour avoir un avis tranché là-dessus, pendant longtemps, j'ai subi l'influence du film hollywoodien grandiose de 1963, et pour moi, cette femme avait les traits d'Elizabeth Taylor. Mais d'après les bribes de textes que j'ai lu par-ci par-là, je pense qu'il y a sans doute une part de vrai et pas mal de part romancée. La relation très houleuse et mêlée de haine avec son frère-époux Ptolémée est montrée sans détours, cette part est réelle et probablement peu exagérée. Le contexte d'époque est bien décrit, on y voit en parallèle la détermination de Cléopâtre pour régner seule, et la guerre civile entre pompéiens et partisans de César, puis on passe les étapes en sacrifiant des épisodes probablement légendaires (la rencontre de Cléopâtre avec César roulée dans un tapis, son entrée triomphale dans Rome sur un char gigantesque) ; ces faits ont été magnifiés par le film hollywoodien. Le couple Gloris ne déforme pas des faits connus mais les réinterprète à sa façon, comme les chamailleries entre Cléopâtre et Marc-Antoine, ou la mort de Vercingétorix ; d'autres sont bien conformes (la mort de Pompée, la mort de Cicéron), mais je suis un peu déçu du traitement concernant l'assassinat de César. Comme je disais au début de cet avis, le bienfait de la série, c'est qu'elle est contée en détail, ça permet de bien comprendre l'aspect politique et les arcanes du pouvoir, les intrigues et les personnages qui ont tous un rôle important. Le tort, c'est que 4 albums, puis 5, c'est beaucoup trop, ça étire la série inutilement, on sent quelques longueurs, les auteurs prennent trop leur temps, notamment dans le tome 4 qui est le plus dense et aussi le plus érotique. Je crois que 3 albums auraient suffi, là où Cléopâtre (Glénat) a dû énormément compresser pour tout rentrer en 46 planches. N'empêche que malgré ce défaut d'excès ou d'étirement, la lecture n'est pas lassante ni pesante, et reste très agréable, la narration se traîne un peu par endroits, mais l'atout principal de cette bande est la partie graphique qui est proprement somptueuse. Mouclier a fait de sacrés progrès depuis Sémio, mais il ne reproduit pas un dessin hyperréaliste comme celui vu sur Meridia, il est plus proche de celui de Le Gardien du feu. C'est un dessin fastueux, chatoyant, avec des décors hyper travaillés et des personnages soignés dans leur apparence et leur costume ; il y a juste quelques visages parfois un peu ratés, mais je pinaille, au regard de l'ensemble, c'est magnifique. La mise en page et la colorisation renforcent la dextérité graphique, c'est une belle Bd historique, et c'est comme ça que j'aime qu'elle soit illustrée.
Le Cercle de Providence
Lovecraft est à l'honneur en ce moment. Entre une superbe biographie en deux tomes sortie chez ActuSF, des adaptations somptueuses en manga par Gou Tanabe, voici une relecture de L'Appel de Cthulhu, l'un de ses titres les plus connus. C'est une version contemporaine, écrite par Sébastien Viozat, habitué des histoires de peur, qui met en scène un trio d'adolescents, mais toujours à Providence, la ville où a résidé l'auteur (Lovecraft, pas Viozat, enfin pas à ma connaissance). Et malgré les éléments communs (le vieux flic notamment), j'ai eu l'impression de lire une toute autre histoire. Ce n'est que lorsqu'est apparu Cthulhu lui-même, en statuette, puis en chair et en os, que j'ai compris me trouver à lire une adaptation, pas seulement un hommage appuyé. Et cette version me plaît beaucoup. Rendez-vous compte, au tiers de l'album, je me suis obligé à ralentir ma lecture, pour qu'elle dure plus longtemps ! Viozat a introduit quelques touches de modernité dans son récit, un brin de diversité ethnique et sexuelle, et s'est offert les services de l'une des dessinatrices les plus talentueuses du moment, à savoir Anne-Catherine Ott. Dans le tome 2 Viozat explore une autre figure lovecraftienne, Hastur, que le reclus de Providence avait lui-même emprunté à l'auteur Robert W. Chambers. L'auteur français se l'approprie d'une autre façon, en le liant au mystérieux Howard, dont la nature est révélée dans ce second opus. Cela reste méchamment plaisant à lire, et je suis curieux de voir ce que le duo d'auteurs nous propose pour la suite. J'avais découvert le travail d'Ott dans l'audacieux Havre, écrit par Isabelle Bauthian, et j'avais raté de le coche de Versipelle, mais je suis content de la retrouver dans cette série horrifique qui colle tellement à son univers visuel, ses personnages si expressifs, son audace graphique et sa mise en scène inspirée, magnifiée ici par les couleurs de Gabriel Amalric, puis Kathrine Avram. On notera deux -très petites- faiblesses dans son dessin, l'absence de relief dans les oreilles de ses personnages, ainsi qu'une propension (moindre que dans Havre) à doter ceux-ci de jambes trop fines, surtout dans le premier tome. Pour le reste, c'est de l'excellent boulot, et j'ai hâte de lire la suite des aventures de Francis, Howard et Atonia.
Le Voyage en Italie
Un bel album qui laisse une impression assez forte, un bon moment après l’avoir refermé. Un scénario mais en réalité plusieurs histoires qui se croisent et que Cosey mène à leur terme. Deux amis, vétérans de la guerre du Vietnam ont réussi à reconstruire leur vie tant bien que mal mais le traumatisme de la guerre est là, toujours là, et l’auteur sait nous le rappeler par des flashbacks parfaitement bien dosés. Une ancienne histoire d’amour qui semble renaître à l’occasion d’un voyage en Italie mais qui soulèvera plus de questions qu’elle n’apportera de réponses sur la relation que les deux Américains avaient eue avec la jeune femme qu’ils viennent de retrouver. Une histoire d’adoption, aussi. Et surtout, un voyage dans la région des Pouilles, avec ses paysages, ses villages et leurs maisons blanches. Un voyage initiatique qui décidera de l’avenir de chacun des deux hommes, pour le meilleur et pour le pire. J’ai vraiment aimé cet album que j’ai trouvé simple et délicat, sans lourdeur et qui suit le rythme lent des journées qui s’étirent sous le soleil. J’ai aussi beaucoup aimé le dessin, surtout les images lumineuses d’Italie. Au fil des pages, on cerne mieux les deux personnages qui prennent de l’épaisseur. Leur passé se découvre et leurs fêlures apparaissent. Une très belle comédie romantique.
Le Spectateur
J'ai vraiment adoré ce livre. Le trait est fort et le scénario très fluide. Nous suivons la vie d'un jeune homme un peu différent qui ne parle pas et s'exprime uniquement à travers le dessin ou écriture. Nous voyons le monde avec ses yeux ce qui est vraiment très bien pensé. C'est une oeuvre à découvrir !
Le Silence de l'Ombre
Je viens de découvrir ce livre ainsi que sa dessinatrice. Il s'agit d'une histoire racontée sous forme de conte sur un sujet plutôt difficile : la mort, et le deuil plus généralement. J'ai été agréablement surpris par les dessins vraiment beaux et assez atypiques dans la BD. Ils semblent au départ un peu hésitants mais deviennent de plus en plus beaux par la suite, un réel coup de coeur pour moi. Le scénario lui est plutôt jeunesse mais emmené de manière très douce, ce qui ravira les plus jeunes.
Zaï Zaï Zaï Zaï
Zaï zaï zaï est un album étonnant ! Le dessin m'a un peu dérangé au départ mais j'ai fini par l'accepter et même l'apprécier par la suite. L'humour de l'auteur est rafraîchissant, surtout au début. Je ne connaissais pas l'auteur mais ça m'a donné envie de découvrir ses autres albums.
Moby Dick (Chabouté)
Le trait de Chabouté en noir et blanc reste fort, malgré quelques visages qui manquent d'expressions. Cette adaptation est réussie mais hélas vraiment trop courte. Je pense qu'elle aurait mérité au moins 2 tomes de plus. Le sujet est très bien emmené mais vraiment trop rapide à mon sens. On survole simplement cette histoire pourtant si complexe et si forte. Cette BD n’en reste pas moins une réussite et très belle à regarder.
Comanche
Les auteurs Greg et Hermann doublent la mise de l'excellence. Après Bernard Prince, les péripéties de Red Dust à travers le Wyoming m'a longtemps tenu en haleine. J'aimais bien le genre western même si un Ouest fantasmé permet des raccourcis au niveau de la violence et de la loi. C'est justement ce que j'apprécie dans la série, ce passage d'un état sauvage à une volonté de bâtir un état de droit. Le passage exemplaire est quand Red abat Dobbs et se retrouve au pénitencier. Le ranch 666 est aussi une illustration de cette Amérique qui se transforme. Une femme qui dirige une équipe "plurielle" c'est improbable mais rendu plausible grâce au talent des deux auteurs. Si les personnages du cow-boy solitaire, de l'indien, du vieux et du jeune chien fou sont des classiques, l'introduction de Toby cow-boy Noir est assez rare. Pourtant si l'on en croit le dernier Lucky Luke qui met en scène Bass Reeves, 50 ans après Comanche, la présence de cow-boys Noirs était relativement courante. C'est donc une très bonne intuition des auteurs. Les scénarii utilisent des thèmes classiques, chemin de fer, indiens, outlaws et difficulté à faire valoir ses droits mais c'est très bien ficelé. Evidemment comme écrit auparavant, la série vaut pour ses 9 premiers albums. J'ai une préférence pour le diptyque des frères Dobbs et pour "le doigt du diable". Les dessins sont parfaits et j'aime beaucoup l'esprit de Greg dans ses scénarii et dialogues. Pour la suite , il n'est jamais facile de reprendre le travail d'un maître.
In-Humus
Je découvre cette auteure suédoise avec ce petit album, et c'est une chouette découverte (je vous encourage à y jeter plus qu'un oeil). L'album est assez vite lu (petit format, très peu de texte, et une narration un peu linéaire), mais j'ai trouvé cette lecture agréable, fluide. C'est une sorte de transposition du cycle de la vie, qui se déroule sur un temps long mais indéterminé, dans un lieu tout aussi inconnu. Certains aspects fantastiques, d'autres plutôt SF, habillent cette histoire, et les textes et pas mal d'images ont une connotation poétique. On a parfois l'impression de suivre la rêverie d'un savant (entomologiste ou spécialiste d'un muséum d'histoire naturelle), ceci n'étant pas pour me déplaire, bien au contraire. Le dessin est moderne, et la colorisation tout à fait à mon goût. Bref, une petite lecture rapide mais très recommandable, qui s'adresse à un public très large et curieux. Note réelle 3,5/5.