Les derniers avis (7619 avis)

Couverture de la série Kuklos
Kuklos

Il est toujours difficile de faire le récit d'une autobiographie, même fictive, d'un bourreau sans tomber dans au moins deux pièges. Le premier est de le charger et de le rendre tellement ridicule que cela fait perdre beaucoup de crédibilité au récit ; Le second est au contraire de se laisser happer par sa part d'humanité qui lui est inaliénable et ainsi de lui procurer une part d'empathie qu'il ne mérite pas. Christophe Gaultier et Sylvain Ricard ont admirablement évité ces deux récifs. Les dessins avec des visages taillés à coups de serpes rendent bien la dureté des Kluxers. Les costumes de monsieur tout-le-monde, les décors d'une campagne du Sud, cela est si paisible mais cela se couvre de sang en deux minutes. Ces dessins laissent à imaginer l'angoisse qu'on vécut les habitants Afro-américains du pays champion du monde libre et de la démocratie, pendant 120 ans. C'est d'ailleurs à l'honneur de beaucoup d'Américains Blancs d'avoir vigoureusement combattu cette peste, un passage y faisant référence. Les auteurs ne s'étendent pas sur l'histoire du Cercle (Kuklos veut dire cercle en Grec cela deviendra Ku Klux) mais nous invitent à élargir nos recherches. (Par exemple ce n'est pas Forrest le fondateur mais un petit "cercle" de vétérans sudistes de Pulaski (Tennessee) et comme ils venaient d'Ecosse cela a fait un Klan) Thomas va vivre deux des grandes périodes du Klan. Celle des années 20 et celle des années 50. Son (notre ?) initiation aux rites du Klan, un passage formidable du livre, est en plein "Age d'Or" du Klan. Il y a alors plusieurs millions de cotisants à travers les USA, pas seulement au Sud, ce qui représente une force politique et financière inimaginable. Force qui agira jusqu'au plus haut sommet de l'Etat (Truman a fait partie du Klan à cette époque) comme le prouve l'adoption des lois de 1924 sur l'immigration (Jonhson-Reed Act). Celle des années 50, en réaction aux revendications légitimes des citoyens Afro-américains dont les fils ou frères étaient morts sous l'uniforme et qui avaient par l'éducation aussi, eu le courage de relever la tête. Je pense voir dans l'œuvre de S. Ricard l'expression des deux violences du Klan. La violence gratuite sadique de Hummond qui est là pour assouvir ses désirs psychopathes en toute impunité. Il y a la violence plus politique de Thomas qui est là pour maintenir la suprématie du pouvoir Blanc et Protestant. C'est pourquoi, sur la liste de leurs haines les Kluxers avaient rajoutés les Juifs, les activistes (considérés de facto comme communistes) et les Catholiques (à la fois basanés et/ou papistes). Ces deux violences se rejoignent souvent mais elles peuvent s'affronter. De toute façon, elles sont aussi ignobles l'une que l'autre. Je pourrais faire un peu la fine bouche sur la fin qui met l'accent sur l'action dramatique mais c'est tellement peu par rapport au message.

14/10/2021 (modifier)
Couverture de la série Idées Noires
Idées Noires

Noir c'est noir... Franquin connaissait très probablement cette chanson de Johnny. Quand je relis les deux tomes des Idées Noires, j'associe toujours les deux œuvres qui appartiennent presque à la même génération. Franquin a baigné dans la littérature de l'Absurde des années 50 et je retrouve beaucoup de cet esprit dans son travail. Le Mythe de Sisyphe ? (planche 54) comme illustration de l'absurdité de la condition humaine. Ou bien l'absurdité des choix budgétaires (pl 8). C'est tellement actuel en cette période de pandémie. Bien sûr il y a la réflexion d'un homme qui a la bonne cinquantaine et qui s'interroge sur la finitude humaine (pl 65). J’aime beaucoup la planche 48. Evidemment celui qui lit ces deux tomes croyant y trouver des gags désopilants moquant tel ou tel corporatisme risque d'être déçu. Il y a bien les charges traditionnelles contre les pollueurs, le militarisme, le nucléaire, l'Eglise (un peu), la cruauté des hommes entre eux et vis à vis de la nature (pl 16) traitées avec génie. J'en oublie forcément, tellement il y de créativité dans ces planches. Deux planches me paraissent incroyablement visionnaires. La une qui préfigure un modèle d'obsolescence programmée et bien sûr la 60 qui dit tout des deux dernières années. The last but not the least, toutes ces idées sont servies par une maestria artistique exceptionnelle que je serais trop prétentieux à commenter. Je finirai avec la planche 64 comme une note d'espoir d'un homme qui trouvera bien un petit coin paisible pour vivre en harmonie avec son environnement.

13/10/2021 (modifier)
Par kanibal
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Deadwood Dick
Deadwood Dick

Je n'aurai pas assez de mots pour dire tout le bien que je pense de Deadwood Dick. Quelle lecture !! j'ai savouré ces trois récits, comme dirait l'autre tout est bon dans le cochon. Le dessin de très bonne facture, scenario qui tient en haleine de bout en bout, et les dialogues sont truculents, faut dire que le bougre n'a pas sa langue dans sa poche. Notre cow-boy a de la répartie, il a les répliques qui tuent, il aime les femmes, ce qui lui procurera pas mal de déconvenues. L'humour dans la série est bien dosé, les scènes d'actions sont jouissives (ça saigne quand même) Deadwood Dick rentre au panthéon du western. Culte !!!

12/10/2021 (modifier)
Par Polette
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Tananarive
Tananarive

Après des années de silence, je reprends la plume, euh enfin le clavier, pour vous dire à quel point ce récit m'a touchée. Un road trip du troisième âge c'est du déjà vu, me direz vous. Pourtant dans la lignée des romans graphiques sur les vieux, celui ci se distingue particulièrement. J'ai d'abord été attirée par la graphisme qui est tout ce que j'aime : trait précis, visages expressifs, de belles couleurs. J'ai trouvé dans l'épopée d'Amédée, le notaire retraité, une belle ode à la vie. En partant à la recherche de l'héritier de son ami, ce bonhomme sympathique va vivre des aventures cocasses aux quatre coins du monde des hauts de France. Il rencontre des personnages hauts en couleur qui lui en apprendront beaucoup sur son ami, mais il en apprendra encore plus, sans le savoir, sur lui même. Car au delà de ce coté amusant du scénario, j'ai particulièrement apprécié la réflexion que celui-ci apporte sur le temps qui passe, le coté éphémère de la vie, la nécessité de profiter de chaque instant. Le message de fond "ne passe pas à coté de ta vie" résonne encore dans ma tête après avoir refermé l'album.

11/10/2021 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5
Couverture de la série Monster
Monster

Après mûr réflexion, je me décide tout de même à accorder le culte à cette série. En effet, je considère que Monster, par beaucoup d'aspect, a été une petite révolution à sa publication. Tout d'abord, la publication fit découvrir Naoki Urasawa en Europe, d'autre part, le manga fit beaucoup parler de lui, et enfin (et surtout), cette BD est impressionnante ! Une histoire chorale dont les protagonistes vont se croiser en même temps qu'ils remonteront le cours d'une histoire ancienne. Des enfants au cœur d'une tourmente mélangeant les idéaux de la Guerre Froide, les volontés de personnages malfaisants, et un médecin qui tente de réparer une terrible erreur. Le récit est le point central de ce manga, incontestablement. C'est le mystère du thriller qui nous tient en haleine durant 18 tomes, ce qui n'est pas rien il faut bien l'avouer. Mais c'est aussi une histoire qui brosse un tableau peu reluisant de l'Allemagne post-mur. Nous aurons le droit aux néo-fascistes qui envahissent la politique et opèrent dans les quartiers louches, aux restes d'une Allemagne de l'est testant les pires choses sur les humains en toute impunité, mais aussi à des touches humaines sur des personnes immigrées en situation précaires. D'ailleurs, la thématiques des personnes issues de l'immigration revient dans de nombreux volumes, à commencer par le personnage principal. A travers cette thématique, l'auteur explore la peur de l'inconnu, la notion même de l'identité (thématique centrale aussi à la série) mais aussi aux transformations d'un monde qui a connu le mur de Berlin et le rideau de fer. C'est ingénieusement mis en scène dans l'histoire du personnage principal, ayant fait une chose qu'il pensait bonne et se rendant compte que c'était une erreur, qu'il tente désormais de réparer. Une mise en abyme entre le propos et le récit, en somme. D'autre part, l'auteur a un coup de crayon qui correspond très bien à ce genre d'histoire : réaliste dans les visages, précis dans les décors au point d'avoir l'impression de voyager en Allemagne. C'est aussi un des points qui m'avait surpris à ma première lecture, et encore aujourd'hui d'ailleurs : la précision du dessin ne correspondait pas à mes habitudes de manga que je lisais alors. Je ne parle pas de la précision de tout ce qui entoure les héros, également (les armes, les véhicules, etc ...) dont le détail et le soin confèrent un plus grand réalisme à l'univers. En bref, je dois dire que Monster m'avait mis une claque à l'époque de sa sortie, et avec les relectures je suis toujours sous le charme de cette histoire passionnante qui contient tant de personnages attachants, de situations prenantes et d'histoire prenante. C'est un excellent thriller qui nous est proposé ici, déroulant une histoire cohérente et prenante sur 18 tomes, sans tout dévoiler cependant lorsque l'histoire sera conclue. Des indices sont disséminés au fur et à mesure, mais c'est au final moins la résolution qui importe que son dénouement. Et j'aime beaucoup cette histoire, qui est sortie il y a près de vingt ans. Elle m'aura marquée, notamment parce que ma vision du manga fit un sacré bon avec cette lecture. Et pour toutes les raisons évoquées, je considère Monster comme culte !

11/10/2021 (modifier)
Couverture de la série Spirou et Fantasio
Spirou et Fantasio

Sabre de bois, voici une série pilier de la bande dessinée pour la jeunesse. Pour moi, cette série est culte pour plusieurs raisons. Une série éponyme d'un magazine, je n'en connais que trois mais ma science de la BD est courte. Son créateur repose au Panthéon des auteurs de la bande dessinée et si on la nomme Neuvième Art, monsieur Franquin en est pour quelque chose. Franquin, c'est un foisonnement créatif dans chaque case. Que ce soit dans le dessin, ha ! ces vaches de la cambrousse ! ou dans le texte. Sans oublier les clins d'œil aux copains de la rédac Dupuis. De plus le couple Spirou (Spip)/Fantasio, c'est une vraie histoire d'amitié presque de fraternité. J'ai toujours cette case en tête de la Vallée Des Bannis où Fantasio rattrape la main de Spirou malgré son délire meurtrier. Bien sûr avec une série de plus de cinquante albums on peut faire la fine bouche sur un ou deux. On peut s'amuser à comparer Franquin vs Fournier vs Tome et Janry. Que nenni bonnes gens ! Chacun y a déversé son talent et une vision de l'époque qui passe. Il a fallu beaucoup de courage aussi pour assumer la prolongation d'un géant comme Franquin. Chacun sa technique, chacun sa vision mais un Spirou qui avance avec la même aspiration à bonifier le monde, génération après génération. ELLEUQ ELLEB EIRES.

10/10/2021 (modifier)
Par Yann135
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Tananarive
Tananarive

Je ne sais pas vous, mais quand j’étais gosse, il y avait un truc que j’adorais… faire un tour de manège et surtout décrocher la queue du Mickey ! Quelle fierté ! Que du bonheur de savourer cette prise qui semblait inaccessible. Avec cet album, j’ai de nouveau ressenti cette jubilation d’antan. Que c’est bon, que c’est délicieux d’être emmené en quelques planches loin de tout. J’étais pourtant un peu sur la retenue avant de me procurer Tananarive. Le battage médiatique autour de la sortie de cet album ne m’encourageait pas. J’ai pourtant craqué dès que j’ai feuilleté celui-ci. Mais que c’est beau visuellement. Un petit bijou graphique. Le dessin de Sylvain Vallée est juste terrible avec un découpage cinématographique. Les gros plans sont formidables et les personnages expressifs. Quant à l’histoire, je suis tombé à la renverse. Magnifique. Ce duo improbable, Amédée le notaire à la retraite et Jo l’aventurier bourlingueur, va vous entrainer dans leur sillage. Vous ouvrez l’album et vous ne pourrez pas le fermer avant de connaitre la fin. Hummmm c est exquis. Le scénario est maitrisé de A à Z. Pas une minute de temps mort. L’expédition du notaire en quête de l’héritier de son ami, va vous charcuter jusqu’en dans vos entrailles. C’est bouleversant. C’est que j’en reprendrais bien un peu de Tananarive. Oyé oyé chers lecteurs de BDthèque, précipitez vous dans votre librairie pour vous procurer cette pépite. Ce road trip sénior, c’est votre rayon de soleil assuré. Coup de cœur évidemment et un 5 étoiles ! Je ne peux pas mettre moins tellement j’ai aimé.

09/10/2021 (modifier)
Par Gaston
Note: 5/5
Couverture de la série The Promised Neverland
The Promised Neverland

Je suis bien content de voir ce manga enfin débarquer en français. Cela faisait longtemps qu'un manga faisant partie de la catégorie des shonens m'avait autant passionné ! Il faut dire que le cadre du scénario est original pour un shonen, un genre qui depuis des décennies ne faisait que reprendre les mêmes codes encore et encore. Ici, il n'y a pas de jeune garçon qui veut devenir le meilleur dans son domaine, il n'y a pas de combats, il n'y a pas de rival qui devient aussi le pote du héros, il n'y a pas d'amie d'enfance amoureuse du héros....Il y a juste des orphelins normaux qui ont leur intelligence comme seul pouvoir. Le cadre de l'orphelinat est aussi original vu que c'est un endroit paisible (je sais pas pour vous mais la plupart du temps lorsque je tombe sur un orphelinat dans une oeuvre de fiction et ben c'est un endroit horrible où les enfants sont misérables). Ici, les enfants sont heureux et ils ont une mère adoptive gentille et affectueuse. On peut tout de même voir que quelque chose cloche (ils n'ont pas le droit d'aller dans le monde extérieur, ils font des tests bizarres) et un jour l’héroïne et son copain découvrent la vérité et leur monde bascule et ils doivent s'enfuir avant qu'il soit trop tard. Le scénario est prenant et intelligent. Les personnages sont attachants, intéressants et leurs réactions sont crédibles. C'est rempli de rebondissements et de retournements de situation qui me tiennent en haleine. Le dessin est dynamique et je le trouve agréable à regarder. Si les auteurs continuent comme ça je vais peut-être même finir par mettre la note culte ! xxx Je remonte mon avis après avoir enfin pu lire le dernier tome. Je sais que plusieurs n'aiment pas comment le manga a évolué et je les comprends un peu. Globalement, j'adore, mais je trouve que cela va un peu trop vite sur les deux-trois derniers tomes. Il y a des bonnes idées, mais mal amenées comme si les auteurs voulaient absolument finir le manga le plus vite possible. Le manga devient un peu générique avec le message "l'amour et l'amitié c'est important" mis en gros plan comme dans n'importe quel manga shonen. Cela reste globalement excellent malgré tout et je garde la note maximale. Je déconseille l'anime parce que si la saison 1 est bonne, cela devient n'importe quoi dans la saison 2.

25/04/2018 (MAJ le 09/10/2021) (modifier)
Par iannick
Note: 5/5
Couverture de la série Le Rapport de Brodeck
Le Rapport de Brodeck

Il y a des bandes dessinées que l’on classe en cultes pour deux raisons principales : soit ce sont des albums qu’on a toujours du plaisir à les relire maintes fois des années et des années après, soit ce sont des réalisations qui nous ont marqué à jamais mais qu’on ne pense pas les relire aussitôt à cause de la forte charge émotionnelle reçue lors de sa lecture. « Le rapport de Brodeck » fait incontestablement partie de cette seconde catégorie de ma liste des bds cultes au même titre que « Maus ». Déjà, rien que le fait de contempler les planches de ce livre, mon dieu, que c’est beau ! Quel boulot ! Et c’est du Manu Larcenet, ce dessin ??!! Et bien, il s’est vachement fait violence le bougre ! Quelle expressivité dans son coup de patte ! Quelle précision dans son trait ! Je savais que Manu Larcenet était capable de concevoir de tel dessin en noir et blanc mais pas tout au long des 360 pages de ce récit ! Au fait, ici, pas besoin de couleurs, le choix du noir et blanc est parfaitement justifié pour cette histoire. Idem pour le format à l’italienne car l’auteur utilise beaucoup des cases dites « horizontales ». Que dire aussi de la narration ? Certes, elle peut paraitre lente du fait d’un nombre impressionnant de cases muettes et d’un découpage très aéré mais cela permet une grande fluidité de lecture ; et surtout, de nous faire monter la pression, de nous faire glisser le récit vers une atmosphère de plus en plus tendue et malsaine. En effet, « Le rapport de Brodeck » n’est vraiment pas un récit rigolo, on assiste plutôt à un drame qui nous montre toute la cruauté et la bêtise de ce que l’être humain est capable de faire. Dans ce milieu nauséabond émerge Brodeck et sa petite famille ainsi qu’un autre personnage dont je vous laisse découvrir si vous avez le cœur bien accroché pour feuilleter ce récit. Il y a des gros relents liés à la seconde guerre mondiale dans cette histoire même si on ne sait pas où l’action se passe et quand se situe ce drame, ce qui fait classer ce recueil dans le genre « conte », ceci est accentué par la représentation de l’ennemi en monstres. J’avoue avoir refermé « Le rapport de Brodeck » avec un sentiment bizarre en me disant que ce conte ne peut être qu’invraisemblable, ce n’est pas possible ! Et pourtant, oui, ça a effectivement dû se passer ainsi et ce genre d’histoire doit malheureusement exister dans des contrées actuellement en guerre ou autres. J’avoue avoir eu plusieurs fois la chair de poule en lisant ce récit, surtout à l’approche du dénouement. « Le rapport de Brodeck » est une bande dessinée qui m’a beaucoup touché. Certes, j’ai eu quelques difficultés à suivre les démarches de Brodeck, non pas à cause de la narration qui m’est apparu parfaite, non pas à cause du graphisme qui est tout de même exceptionnel mais à cause de la charge émotionnelle que ce récit m’a procuré tout au long de sa lecture. Bref, culte !

06/10/2021 (modifier)
Par Spooky
Note: 5/5
Couverture de la série L'Adoption
L'Adoption

Voilà une BD que j’attends depuis… très longtemps. Non que je fus au courant du projet depuis ses débuts, mais plutôt par rapport à son sujet facial, l’adoption. Il s’agit d’un sujet complexe, casse-gueule, et parmi la foule des albums qui s’y sont intéressés de façon frontale, peu peuvent se targuer d’y avoir réussi, à part « Couleur de peau : miel » et « Un drôle de père » (sur un registre différent, cependant). Vous l’aurez compris, le sujet me tient à cœur, et je suis intransigeant quant au traitement que l’on fait de ce genre de sujet. Et Zidrou, comme il l’a prouvé avec Lydie, peut aborder des sujets lourds et graves, même s’il a débuté comme auteur « à gros nez », ceci écrit sans aucun sous-entendu négatif. J’ai TOUT aimé dans ce premier volet d’un diptyque. Le traitement de l’arrivée de l’enfant, pudique. L’apprivoisement mutuel de Qinaya et sa nouvelle famille, particulièrement ses grands-parents, entre retenue et chaleur. Les dialogues entre Gabriel et ses amis, ainsi qu’avec son épouse, d’un réalisme bluffant. Les situations compliquées entre Gabriel et son fils Alain, laissant entendre que leurs rapports vont être au cœur du tome 2. Les moments de silence, ces regards qui en disent long sur les pensées des protagonistes. On est à la place de Gabriel, ce bourru qui s’est installé dans une routine active depuis sa retraite et va peu à peu se laisser conquérir par ces grands yeux et ce petit minois venus du Pérou… Une adoption qui se passe bien, tout va bien madame la Marquise ? Non, parce que l’adoption internationale c’est compliqué (Zidrou ne s’attache d’ailleurs qu’à l’étape après l’arrivée de l’enfant), et derrière une histoire heureuse se cache parfois un drame. Le scénariste ne l’oublie pas, en saupoudre savamment son récit, avant de fermer ce premier volet sur un coup de théâtre fort bien amené. Le deuxième volet est très différent : Gabriel, dans l'après, est dans une forme de quête personnelle. Il est présent dans quasiment toutes les cases, dans un décor tout à fait différent. Zidrou réussit là encore à nous étonner, à placer son histoire sur des rails inattendus. La fin est encore une fois très émouvante, et finalement très logique, sans verser une seule seconde dans le sentimentalisme. Je suis le travail d’Arno Monin presque depuis ses débuts, et c’est un bonheur à chaque fois. Pour ce diptyque il a encore varié ses ambiances, musclé son encrage et son style rond et coloré fait des merveilles. Agréablement surpris par l'accueil public et critique du premier diptyque, les auteurs ont décidé de remettre le couvert pour un second diptyque, cette fois-ci avec comme sujet le petit Wajdi, réfugié de son Yémen natal, qui a fait 4 800 kilomètres pour fuir la guerre avec sa mère et sa soeur. Et se retrouver... seul. Zidrou ne montre -presque- rien de la vie d'avant de Wajdi, hormis les images qu'un enfant de 10 ans (au passage, il en paraît 5, ce qui m'a troublé tout au long de ma lecture) peut garder de l'enfer qu'il a traversé. La fin de l'album apporte un évènement inattendu, mais probablement inéluctable, qui va plonger la famille Guitry dans une situation très difficile. J'ai hâte de lire la suite et fin de ce deuxième diptyque. Arno Monin a encore une fois fait un travail formidable, particulièrement sur le jeune Wajdi, qui a un regard... inoubliable, et dont la gestuelle révèle le traumatisme qu'il a subi et subit encore au sein de cette famille qui ne le comprend pas, malgré toute sa bonne volonté. Et un entourage qui ne facilite pas les choses. J’aurais aimé écrire cette BD. Mais d’autres l’ont fait et bien fait, avec le respect, le recul et le talent nécessaires. Bravo !

27/04/2016 (MAJ le 03/10/2021) (modifier)